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Par PG_Birganj Blog créé le 24/06/12 Mis à jour le 29/06/15 à 10h06

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Catégorie : Ecrans

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Comme d'hab, une semaine de décalage entre la diffusion blog et la diffusion site. Cette semaine, c'est la critique de God of War : Ascension qui est en ligne.


A la toute fin des années 90's, HBO donnait un coup de fouet au milieu de la télévision grâce à des projets matures et cinématographiques comme Oz, Sex and the City et évidement les Sopranos. S'engouffraient par la suite une multitude de projets aux thématiques mures, parfois dures (The Wire) avec ce même souci de liberté créative et parti pris artistique, ce qui donna naissance plus tard à un réveil des chaines du câble comme Showtime, FX ou récemment AMC. Mais, la recette et les méthodes de production deviennent habituelles désormais. Si une série comme The Walking Dead réussit encore à faire le buzz mondial, des séries comme Damages ont par exemple eu du mal à survivre, dépendant des audiences télévisuelles face aux mastodontes des chaines nationales comme CBS, Fox ou NBC pour assurer des lourds coûts de production. Voilà que pour financer les projets ambitieux dont le script nécessite une mise en place progressive de l'histoire (susceptible de faire décrocher le spectateur d'un rythme d'un épisode par semaine), la plate-forme de VOD Netflix se propose d'être le diffuseur d'une série en intégralité sur sa boutique. Le premier projet à naitre sous cette forme complète et immédiate est House of Cards, produit par David Fincher avec Kevin Spacey en vedette. Au delà de l'historique méthode de diffusion, c'est de sa qualité dont il sera question ici.

Rapports de force

Avant toute chose, House of Cards est adapté d'une série britannique de 1990 du même nom. Une fois n'est pas coutume, l'absence d'imagination des producteurs de ces années fin 2000-2010's les pousse à pomper leurs cousins. Passons outre puisque 20 ans séparent les deux séries et surtout House of Cards US fonctionne très bien tout seul. Il est intéressant de noter que la série britannique était en fait une mini-série de 4x55mn. Un format long qui est justement nécessaire pour poser de façon crédible et réaliste les bases du pouvoir politique que l'on nous narre.

Alors que le Président démocratique Garrett Walker vient d'être élu, Frank Underwood (Kevin Spacey) apprend qu'il ne sera pas nommé Secrétaire d'Etat comme le lui avait promis son candidat. Underwood est ce que l'on appelle dans la politique anglo-saxonne, un « whip ». C'est un politicien qui travaille dans l'ombre afin de dire aux représentants d'un même parti quoi voter, quoi dire, quoi penser, bref quelle ligne directive adopter. Même si officiellement, ils n'ont pas le pouvoir de décider, ces « whip » sont des charnières importantes au sein d'un parti pour rester soudé et cohérent. Or, Underwood, cet expérimenté politicien, se sentant trahi par le Président va décider de la jouer fine pour récupérer la bonne place. La soif du pouvoir de ce héros détestable va lui permettre de mettre à son profit toutes les ficelles de la face cachée de la politique américaine (et de n'importe quel pays occidental à vrai dire). La force du récit n'est pas d'être un énième show sarcastique et critique sur la politique américaine avec un fort soupçon de fiction totale, comme la saison 4 de Damages par exemple, ou A la Maison Blanche. La force de ce show est que le spectateur voit l'histoire se dérouler à travers les yeux de son héros incarné par Kevin Spacey. Et pour cause, ce dernier s'adresse directement au spectateur en brisant le quatrième mur, le scrutant et le faisant entrer dans la confidence. On se sent ainsi pénétrer dans l'envers du décors, comme si que l'on assistait en direct aux machinations rhétoriques et manipulatrices d'Underwood. Une plongée totale dans l'intimité professionnelle de son héros dans un espace habituellement « portes fermées ».

Mais ça raconte quoi en fait ? House of Cards est comme un puzzle. Au fil des épisodes, les dialogues s'enchainent, les conseils du héros à son spectateur l'alerte petit à petit. Une action qui semble anodine, une conversation semblant quelconque vont trouver des répercutions dans les épisodes suivants. Underwood va tenter d'obtenir son poste de Secrétaire d'Etat en utilisant des politiciens, des lobbyistes, des journalistes et même sa femme Claire (la ravissante et élégante Robin Wright) comme les pièces d'un échiquier vivant. Toujours anticiper le coup suivant pour faire passer une loi anti-populaire, licencier des emplois, afin de subtilement et lentement faire vaciller le pouvoir en place pour ainsi se rendre indispensable. Une balance de pouvoirs cherchant sans cesse son équilibre, où il n'est pas question du peuple mais juste d'opportunité professionnelle et intérêt personnel.

Manipulation totale

Au fil des 13 épisodes, le récit s'autorise des écarts en adoptant un point de vue plus reculé en délaissant son héros détestable mais pourtant le seul à nous faire entrer dans la confidence de ses plans, rendant le personnage fascinant et même pesant. Bien entendu la justesse de jeu de Kevin Spacey en homme froid et cynique portant si bien le masque du politicien chaleureux toujours prêt à aider est cruciale pour le bon déroulement de la série. Mais il n'y a pas que lui, la série se permet de dévoiler aussi une partie de l'envers du décors des milieux qui touchent directement ou indirectement la Maison Blanche. Le plus évocateur est la jeune journaliste (débutant stagiaire) Zoe Barnes (Kate Mara), qui, soif de refaire le monde et de devenir « importante » est prête à donner de son corps pour alimenter ses papiers et faire grimper ses followers sur Twitter. Un pion très important puisqu'on nous dévoile comment les rumeurs naissent et comment les bons ou les mauvais papiers influent directement sur la perception des citoyens et par extension sur la politique. Par exemple, en lançant la « fuite » d'une élection d'un politicien, ce dernier se sent obligé d'accepter, même à contre-coeur. C'est tout un jeu manipulatoire très intéressant avec en filigrane cette quête journalistique du « bon papier » au détriment de la juste et véracité des faits. Tout simplement éloquent, tout en justesse et jamais pompeux puisqu'on ne se focalisera pas sur un seul sujet à la fois. Un travail de jongleur.

On ira aussi voir comment une association à but caritative pèse dans la balance de l'échiquier politique avec Claire Underwood qui doit entretenir de bons rapports avec des lobbyistes de grosses sociétés d'énergie la plaçant en porte-à-faux quand son mari travaille sur une loi écologique... Enfin, l'autre personnage très important est Peter Russo (Corey Stoll), un jeune politicien qui du jour au lendemain se voit propulsé jeune champion du parti démocrate sous la pression d'un Underwood connaissant ses problèmes d'alcool, de drogue et de prostitués... Tout un programme. Comment créer un « politicien publique », autrement dit un type sans opinion personnelle (ou qui l'a abandonné) qui se fait mené par toute une équipe dans l'ombre pour un intérêt purement personnel... Tout ça est fascinant de crédibilité, de réalisme et on le répète de justesse. Juste car la série prend tout son temps pour mener petit à petit le plan de son héros. Pendant ce temps, la caméra se penche sur la personnalité instable de ses personnages liés au pouvoir avec beaucoup de non-dits et donc de retenu, on a aussi droit à un épisode centré sur le passé d'Underwood comprenant à quel point il a changé, tentant de l'humaniser un peu plus. Ce milieu de requins où s'entassent beaucoup de personnages est parfaitement filmé car justement il pose ses scènes et ne cherche pas à jouer dans la surenchère à la limite du docu-fiction paranoïaque comme sont souvent tentés de faire les productions de ce genre. Et ça, pas sûr qu'une diffusion hebdomadaire aurait réussi à faire captiver le grand public.

Cette première saison de House of Cards est en tout cas déjà une pièce maitresse de la télévision. Un superbe travail d'équilibriste entre sujet très sérieux, pouvant être ronflant, tournant autour de thématiques tendances comme la manipulation des masses mais jamais traitées de façon putassières avec surtout un héros où le cynisme laisse place à un humour corrosif sur fond de dramaturgie politique. Tout en justesse, tout en sensibilité avec cette utilisation du quatrième mur parfaitement justifiée nous faisant entrer à la limite du voyeurisme : on sait que c'est mal mais ça nous fascine. On se sent privilégier d'être invité dans le petit monde pourri et individualiste de Franck Underwood et rien que cette accroche permet de captiver le spectateur le long des conversations blindées de sous-entendus, de menaces et de termes de technocratiques parfois un peu lourds. A la fin de la saison 1, on sait déjà que le terrain est tout prêt pour une suite. C'est là dessus qu'il faudra faire attention afin de ne pas tomber dans la redite avec la saison 1 (elle se boucle avec une fin ouverte) puisque le scénario semble s'y prêter. Et attention de ne pas se bruler les ailes suite au succès médiatique en poussant vers le sensationnel. Mais en attendant, s'il y a une seule série qu'il vous faut regarder là et maintenant, c'est House of Cards !

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Sorti mercredi dernier, The Hobbit était attendu au tournant par bon nombre d'entre nous. Par les lecteurs du livre qui n'attendaient surement que ça, qu'un film soit réalisé après la lecture de cette aventure se prêtant bien à cet exercice, mais également par tous les fans de la trilogie du Seigneur des Anneaux au Cinéma qui se feraient un plaisir de se replonger dans cet univers qu'ils aiment tant.

Alors c'est sûr qu'après les claques qu'ont été les trois LotR, l'exercice était difficile mais le récit original avait énormément de potentiel pour faire de cette nouvelle trilogie une vraie petite bombe.


In a Hole in the ground here lived a Hobbit

Comme tout le monde doit le savoir, à priori, les trois films préparés par Peter Jackson sont bien entendu tirés du livre Bilbo le Hobbit, livre qui sert de préquelle au Seigneur des Anneaux et raconte l'histoire de Bilbo Baggins (Martin Freeman) parti à l'aventure avec une troupe de nains menée par leur chef Thorin (Richard Armitage), dont la quête principale est la reconquête de leur montagne et leurs richesses dérobées par le dragon Smaug. Voilà tout. Bilbo le Hobbit est à l'origine un livre pour enfants et est donc beaucoup plus facile à lire que le Seigneur des Anneaux. Ce qu'il faut comprendre par là c'est que l'histoire est très rythmée et qu'on ne s'ennuie pas à sa lecture. Comment pourrait-il en être autrement dans un film alors ?

Le film débute par la présentation de l'histoire des nains de la montagne solitaire, de l'avènement de Smaug et de la bataille de ces mêmes nains dans les monts Brumeux contre les troupes d'Azog. Le narrateur de cette histoire n'est autre que Bilbo Baggins que l'on trouve chez lui au moment des préparatifs de la fête de son 111ème anniversaire. Le clin d'oeil est sympathique mais ne dure pas puisque l'histoire suit ensuite un déroulement beaucoup plus classique, sans narrateur particulier et donc moins axée sur la vision de Bilbo, sur son aventure et sur son ressenti. Avec le recul c'est vrai que c'est un choix qui peut être regrettable. Le livre est très tourné vers le hobbit, vers ses émotions, ses peurs, ses doutes. Ici ce n'est pas vraiment le cas et il faut avouer que l'on ne s'attache pas à ce personnage tel qu'il est décrit dans le film. Un peu dommage pour un film qui s'appelle Le Hobbit.

Parmi les points forts du scénario, on compte bien sûr les nombreuses références au livre qui vont même jusqu'à reprendre des morceaux entiers, mot pour mot (notamment dans les chansons et les moments clés). D'un point de vue général, pour le moment, tout ce qui se trouve dans le livre se trouve dans le film. Et même plus encore. En effet, ce qui n'a été que sous-entendu dans le livre a ici été développé afin de faire durer encore un peu plus l'aventure pour nous fourguer 3 films de plus de 2h30 chacun (celui-ci faisant 2h54, on ne s'avancera pas tellement plus quant à la durée des deux autres, même s'il n'y a guère de doutes à avoir sur ce sujet).

Ces à coté prennent une place relativement importante puisqu'une grande partie du film est centrée sur la poursuite des orcs menés par Azog (Manu Bennett), personnage qui dans le livre est mort décapité bien avant le récit décrit ici. Ce genre de transgressions ont uniquement été produites pour rajouter, dans les rares moments creux, des scènes d'action qui raviront les fans d'effets spéciaux mais qui ne possèdent que peu d'intérêt d'un point de vue scénaristique.

Là où cela devient intéressant par contre c'est quand Peter Jackson en vient à développer des points sous-entendus dans le livre et qu'on regrette de ne pas avoir pu approfondir pendant notre lecture. Ici, nous n'en sommes qu'à la mise en place du début d'une deuxième quête menée par Gandalf (Ian McKellen) et à laquelle ne participent, normalement, pas les nains, mais cela est de bon augure pour la suite.

Avec tout cela, on a quand même un film assez riche mais qui ne se concentre pas assez sur les personnages et notamment sur Bilbo. Du coup, on ressort de la salle sans réel attachement, contrairement au livre qui vous décrit un Bilbo fort sympathique : un hobbit dans toute sa splendeur, sans prétention, sans aventures, auquel on peut s'identifier très rapidement.

Sur ce point, le jeu fait attention de ne pas se prendre au sérieux et c'est bien du fun qui se dégage de cet réunion dépareillée. Plus dans l'absurde que dans le souci de cohérence d'un Smash Bros, finalement.

Un point sur la troupe

Alors là ils étaient attendus au tournant ces nains ! Et c'est décevant. Théoriquement, un nain c'est un petit gars avec une bonne grosse barbe. Un Gimli quoi ! Là sincèrement c'est quoi cette troupe ? Alors on a un espèce de gros gars avec un accent de l'est (oui je l'ai vu en VF) qui est complètement déformé, une tripoté de guignols à l'allure assez bizarre et on a surtout un chef, Thorin, plutôt stylé, barbe courte bien taillée et le beau gosse de la bande Kili (Aidan Turner). Et bien nous voilà assez perplexe quant à la représentation de ces personnages... Mais quand on connait le dénouement final de l'histoire (entendez par là, la dramaturgie qui en découlera), ces choix sont finalement assez facilement explicables mais dommageables. Ces « nains » n'ont de nains que l'appellation et la taille.

Un film qui en jette...

Peut-être un peu trop d'ailleurs. Ceux qui ont aimé le Seigneur des Anneaux seront toujours ravis par les plans de caméra spectaculaires, les décors magnifiques, le soin global apporté aux costumes et autres détails. Néanmoins, quand dans la première trilogie, on oubliait vite que tout cela était fictif. Ici, nous n'arrivons pas à oublier que tout est en 3D. Les décors sont sublimes mais font beaucoup trop wallpaper HD pour le bureau de son PC... Les orcs également font beaucoup plus « propres » qu'avant par rapport aux costumes et maquillages minutieux de LotR. Maintenant c'est de l'image de synthèse et ça donne un coté propret fort désagréable. Pour être franc et en exagérant à peine, à plusieurs moments, on croit voir des orcs (et même des nains) tout droit sortis de World of Warcraft. C'est assez déroutant et finalement on arrive beaucoup moins à s'immerger dans cet univers que dans le Seigneur des Anneaux. Il perd grandement en singularité et devient beaucoup plus quelconque. Tout ce coté propre se retrouve jusque sur la lame des épées qui ne seront à aucun moment salies par le sang. Sans être fan d'effusions d'hémoglobine, ça ne participe vraiment pas à la cohérence globale de l'oeuvre.

Au niveau des scènes d'action alors là... C'est assez fort. Pas spécialement dans le bon sens du terme. Souvent brouillonnes, ces scènes accumulent effets spectaculaires et situations invraisemblables. Bon, ce n'est pas vraiment un point noir en soit. Mais elles n'impactent pas plus que ça et on se surprendra, la plupart du temps, à sourire devant un tel déluge d'effets spéciaux pour au final un résultat assez pauvre. Le tout mené par une musique bien épique à souhait rebutant bien le spectateur pendant tout le film. D'ailleurs, les seuls morceaux intéressants qui redonnent, l'espace d'un instant, l'aura des films de la premières trilogie sont des thèmes repris de cette dernière.

On a donc là un film vraiment trop beau, trop propre sur lui et qui n'arrive pas vraiment à retranscrire la magie délivrée par le livre.

Parfois ce sont même les choix esthétiques qui choquent. Radagast (Sylvester McCoy), par exemple, fait penser à un personnage d'Alice au Pays des Merveilles et dénote avec l'univers que l'on connait. Et ce n'est pas son traineau tiré par de vaillant petits lapins qui nous contrediront.

Pareillement pour la scène des monts brumeux avec les galeries des orcs, on est loin de l'atmosphère glauque que l'on pouvait ressentir à la lecture du livre.

Tous les « défauts » cités pourront néanmoins être considérés par certains comme étant des avantages et avec le recul, c'est vrai que ce n'est pas un film catastrophique. On restera persuadé par contre que celui qui a lu Tolkien ne pourra s'empêcher d'être déçu par la direction prise par Peter Jackson. Les personnages n'ont pas de profondeur, l'humour est un peu lourdingue, les scènes d'action exagérées, la progression convenue et finalement on se surprend à bailler pendant le visionnage du film à cause de nombreuses longueurs. Mais ce défaut ne sera ressenti que par les personnes qui ont lu le livre. En effet, ce dernier étant très rythmé, on s'attend à un film qui enchaine les chapitres du livre, nous menant ainsi jusqu'à la montagne solitaire dès le premier film. Pas de chance Peter Jackson a décidé d'en faire une trilogie. De plus on a l'impression qu'il reste bloqué dans un format long-métrage de 3h et cela pour ne pas décevoir les fans de la trilogie du Seigneur des Anneaux. Mais le scénario original, de par sa simplicité, est difficilement adaptable en 9h d'images.

Les images de synthèse omniprésentes donnent un aspect aseptisé au film et constituent un peu une vitrine technologique telle qu'on a pu en avoir dans un Avatar. C'est beau mais c'est faux. Et l'immersion en prend un coup.

Heureusement, il y a Gollum (Andy Serkis) et les fameuses « énigmes dans l'obscurité ». Pur moment de plaisir pour les puristes et les autres, cette scène vaut à elle seule le prix de la place de cinéma. Bon là aussi on peut trouver un poil à redire sur le personnage de Gollum qui n'est pas assez glauque. Alors que normalement cela devrait être une scène oppressante, c'est plutôt un moment de franche rigolade qui défile sous nos yeux. M'enfin... bon point quand même pour la fidélité des dialogues et parce que ça nous fait oublier un petit moment les nains et le reste franchement décevants. Tout ça pour plaire au plus grand nombre. Peter Jackson vend ici son âme au diable et on sent clairement que cette trilogie a été produite dans un souci de rentabilité maximum et afin de toucher un très large public


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Il était très attendu. La campagne marketing de la Warner a, une fois de plus, fonctionné à merveille. C'est la fin de la trilogie Batman de Nolan, c'était annoncé. On sait tous que boucler une trilogie est compliquée, surtout quand vous avez la pression du succès. Sam Raimi connait trop bien cette pression où il fut forcé de chambouler ses plans pour Spider-Man 3 (ça aurait dû être le Lézard et non Venom en méchant mais qui a été imposé par les Producteurs suivant certaines envies de fans). Et donc, on pouvait se demander légitimement si Chris Nolan n'avait pas pu, par exemple, se relâcher ou avoir eu des contraintes supplémentaires pour cette fin après un The Dark Knight au regard sociopathe déconcertant qu'il arborait via son avatar du Joker.
Un Dark Knight par ailleurs abonné aux lancements de deuil puisqu'après avoir perdu son acteur Heath Ledger, voilà que le massacre d'Aurora rajoute une tache de pessimisme sur le Chevalier Noir. Ceci ne doit pas nous faire oublier que malgré ces messages et ces propos réalistes ancrés à notre époque, The Dark Knight reste une fiction. Et ce Rises alterne justement le pur spectacle au propos contestataire marqué.


Le méchant a toujours raison

The Dark Knight Rises est la suite directe de The Dark Knight. Même si vous n'avez pas vu ce dernier, vous comprendrez malgré tout le film. Cependant, il reste lié à son prédécesseur et c'est donc mieux de l'avoir vu pour bien comprendre la « gravité » que dépeint ce troisième volet.
Huit ans se sont écoulés depuis que Batman a endossé la responsabilité de la mort de Harvey « Double-Face » Dent pour préserver l'image positive qu'avait cet avocat auprès de la population. Grâce à la loi « Dent », des milliers de criminels sont en prison et Gotham City vit en paix. Batman devenu par dessus le marché criminel s'est effacé et a disparu. Très atteint par cet épisode, Bruce Wayne (Christian Bale) vit reclus dans son manoir et est estropié par ses années de justicier. Ce monde idyllique où la Police en est réduit à enquêter sur le léger retard d'un député chez lui ne peut évidement pas persister. Ces huit années où le Commissaire Gordon (Gary Oldman) a dû mentir à toute une population pour lui garantir une sécurité tiraillent la conscience du policier, tout comme elles ont atteint l'équilibre mental de Wayne. Cette hypocrisie ambiante qui fait comme si de rien n'était alors que l'injustice frappe toujours dans cette société, illustrée très rapidement mais efficacement par le focus d'un orphelinat en manque de moyens sortant des jeunes désabusés, va finir par péter. Et la mèche sera allumée par un mercenaire discret, infiltré mais terriblement violent : Bane (Tom Hardy). Cet élément perturbateur accompagné d'un personnage moins épais mais crucial, Selina Kyle (Anne Hattaway), une voleuse professionnelle vont faire sortir respectivement Batman et Bruce Wayne de leur grotte.

Le métrage est très très pessimiste. La tristesse et le sentiment de désolation vous porteront le long des 164 minutes, du début à la presque fin. Certains trouveront que l'ensemble démarre très doucement, prenant le soin de bien re-situer les personnages aux motivations bien changées depuis les deux précédents films. Gotham pleure Harvey Dent, leur sauveur, tous les ans, Gordon culpabilise, Bruce Wayne n'a plus aucun but dans la vie, Alfred (Michael Caine) se ronge les sangs pour la santé de celui qu'il pourrait considérer comme son fils et surtout, Bane et Selina vont imposer leur rythme. N'importe quel lecteur de comics « super-héros » avec un tout petit peu d'expérience vous le diront : ce sont les méchants les plus fascinants. Ce sont eux qui ont leur caractère complexe, alambiqué permettant de justifier leurs actes, le héros n'est là « que » pour régler l'ordre. Une théorie qui n'est pas véridique à chaque histoire mais il est indéniable que les méchants ont toujours une attention particulière. Batman ne déroge pas à la règle et déjà Tim Burton avait donné le beau rôle à Nicholson, DeVito et Pfeiffer. Cette fois, après que Heath Ledger ait réussi à impacter The Dark Knight de toute sa silhouette en ayant pourtant que des scènes sporadiques, c'est au tour de Tom Hardy de porter le film, accompagné par une Anne Hattaway aux faux airs de Famke Janssen en femme espiègle. Lentement mais sûrement, le dessein de ces personnages se dessine, leur ombre plane sur le Caped Crusader et va l'étouffer sur scène. Bien ? Mal ? Peu importe. Ces méchants donnent une raison de vivre à Batman, c'est un thème récurrent dans le comic et c'est d'ailleurs ce qui est montré dans le film. A partir de là, il est logique de voir Bale se faire voler la vedette et d'endosser un rôle de martyr. En attendant, on décomposera le film en deux parties : une lente ascension des méchants dépeints par leurs motivations et actions dans des scènes optant plus pour les dialogues, le calme... Pour ensuite déchainer la tempête du spectacle moins verbeux mais peut être aussi plus consensuel de ce que l'on avait déjà vu chez Nolan.

Capitalism Ban-n-e-d

Cette première partie du film est fascinante car elle reprend le portrait social qu'avait commencé à dépeindre Nolan en l'effleurant dans Batman Begins grâce au propos de Ra's al Ghul (Liam Neeson), puis mis en exergue via le Joker dans The Dark Knight et sa théorie du chaos. Plus qu'un film de super héros aux simples valeurs morales, la trilogie Batman tente de dépeindre une société en crise, corrompue et faible. Ce troisième volet va très loin dans le propos puisqu'en réalité, les méchants, Bane et Selina, combattent l'injustice sociale. « Catwoman » (elle ne porte pas ce nom dans le film et n'a aucune référence aux chats), voleuse de riches, Bane, mercenaire engagé aux convictions libertaires enragées. Parce que les méchants effacent pratiquement le Batman, parce que la caméra s'attardent sur eux, parce que la « Catwoman » paraît cool grâce à 90% des petites blagues pince-sans-rires du film (qui semblent bien trop décalés et forcés compte tenu de l'atmosphère pesante), parce que la caméra est obnubilée à mettre en avant Bane (gros plans, pose-attitudes montrant sa musculature, abus de contre-plongés pour mettre en avant sa supériorité physique et morale), on met totalement en avant leur idéologie simple : éradiquer l'injustice sociale.

Les deux, aux méthodes très différentes, s'attaquent au système bancaire, à la haute-société et ses privilèges, ainsi qu'à la restriction des libertés et à l'hypocrisie d'un système sous couvert de protectionnisme aiguë. Ce message est présent sur toute la moitié du métrage et c'est ce qui installe justement cette ambiance très malsaine propre au film. Bane est tout simplement un terroriste et la fascination qu'il exerce auprès d'une certaine population avide de liberté et d'égalité parfaite (propos noble, l'air de rien) est à mettre en parallèle avec les tourments du monde Occidental aujourd'hui. Ce monde où le système financier est pointé du doigt, harcelé, surveillé par un peuple qui a de plus en plus de mal à suivre et sacrifié sur l'autel de la rentabilité... Pas besoin de citer l'actualité, on nous en abreuve tous les jours, mais le film The Dark Knight Rises filme tout simplement les agissements (fictifs hein, attention aux amalgames) d'un terroriste au propos contestataire crédible et réaliste. De quoi ancrer la trilogie de Nolan encore plus dans une certaine réalité et ainsi une crédibilité certaine. Vous savez comment ça fonctionne, chaque thèse a son antithèse et la deuxième partie du film, plus spectaculaire, plus divertissante et moins pesante arrive à ce moment.

Trop gros. Passera pas.

Justement, The Dark Knight Rises est censé être plus spectaculaire, plus grandiose que ces prédécesseurs. Ces derniers, pourtant, ne louaient pas l'action facile, donc on n'avait pas à s'imaginer du boum boum sans queue, ni tête. La tension et le risque d'implosion de la société de Gotham City augmente d'épisode en épisode. Dans Batman Begins, Ra's al Ghul prédisait que Gotham ne peut être sauvé et qu'il fallait pour ça l'éradiquer, la purifier. Dans The Dark Knight, Batman accule tellement les criminels qu'ils se retournent vers un dangereux sociopathe pour qui le contrôle asservit le peuple et le tue à petit feu. Si sa démonstration par l'absurde échoue dans ce deuxième film, le troisième, sans le clown (qui aurait dû être le héros sans la tragédie de son acteur) poursuit le propos en allant plus loin. Nous ne vous spoilerons évidement rien. Si ce troisième film contient quelques scènes chocs, on voit que l'ensemble manque leur impact. C'est à dire qu'à aucun moment, Nolan ne réussit à nous faire frémir devant l'image, ne réussit à dynamiser ses scènes d'action, à rendre les actions de Bane terrifiantes. L'ensemble semble si banal à tourner... La fameuse scène du terrain de football par exemple est censé être la scène « star » du film, dans le sens où elle a été teasé dans les bande-annonces. Mais cette fameuse scène est justement si « préparée », si propre à réaliser, amenée avec tant de délicatesse, comme si que « fallait pas se louper, c'est ce que le public attend » qu'elle n'émeut et n'impressionne pas. Cette scène numérique très courte (visible quasiment en intégralité dans la BA) est symptomatique de la réalisation de ce Rises. Si la tension, le propos dérangeant est là grâce à ce rythme lancinant, la peur et le choc de l'image n'est pas présent pour les scènes qui le méritent. Autrement dit, pour la deuxième partie du film. A la moitié, nous tombons dans le spectacle assez classique et cloisonné de « méchants très méchants » contre « gentils très courageux ». Et ça, c'est réellement dommage car si on a vite compris le fonctionnement du rythme à base de « calme avant la tempête », la tempête, elle, n'a pas l'impact des quelques scènes de The Dark Knight. Comme si que c'était trop gros, trop ambitieux, trop de pression aussi peut être ? Nolan ne nous donne pas matière à nous happer dans son film comme il avait réussi à rendre impressionnant les attentas du Joker. Si Bane est visuellement impressionnant grâce aux cadrages spécifiques dont il dispose, les scènes d'action sont trop cleans et trop esthétisantes pour rendre l'ensemble vraiment impressionnant. Trop classique, trop action-movie, pas assez fort.
Le long du film, les scènes d'action seront expédiées comme si de rien n'était. Les fans de Batman connaissent tous la scène mythique de Bane contre Batman dans le comic... Elle est expédiée en deux en trois mouvements sans traitement particulier, sans impact émotionnel, dans le film. Choix, ou plutôt absence de choix fort très étrange.

Après, il faut reconnaître que l'ensemble du film est vraiment bon grâce à son rythme et son propos, ainsi que sa galerie de personnages esthétiques. Mais justement, on a le sentiment que c'est trop esthétique. Trop évident. La carrure de Bane, la combi moulante d'Anne Hattaway assortie d'une prestation espiègle et séductrice beaucoup trop prononcée, afin de masquer le manque d'épaisseur du personnage. D'ailleurs, on aura noté un abus de petites mots d'esprit trop forcés et trop présents pour un film aussi « catastrophe » qu'il est censé être. Autre technique de surenchère : la musique d'Hans Zimmer. Si les percutions et les tons graves y sont toujours aussi impressionnants, on se rendra compte que leur utilisation y est très très présente pour tout et n'importe quoi, rendant alors « dramatique » ou « grandiose » n'importe quelle scène. C'est d'ailleurs cet abus facile qui m'a permis de tiquer sur ces scènes spectaculaires pas si impressionnantes qu'elles auraient dues l'être.
Mais, ça fait parti d'un Cinéma dit « efficace ». C'est à dire que c'est propre, le son tape bien à l'oreille, c'est chouette, on a aussi beaucoup de séquences « larmes à l'oeil » que certains trouveront un peu trop rapides et impromptues... Mais elles manquent d'authenticité, ce qu'avait réussi à créer son prédécesseur. On soulignera, en revanche, l'efficacité des rebondissements ultimes de scénario, là où le spectateur commence à se poser des questions sur le background des méchants. Ce qui permet de boucler une boucle parfaitement cohérente avec Batman Begins. DKR débute sur les traces de DK pour terminer sur celles de Begins. Signe d'une trilogie parfaitement terminée.

Difficile de surclasser The Dark Knight tant il avait surpris à l'époque et tant il s'autorisait à dévier le thème du super héros. La comparaison est très difficile mais finalement, The Dark Knight Rises poursuit le propos avec efficacité et réussite. En faisant le choix de s'axer sur les méchants, tant dans le scénario que dans la réalisation, Nolan nous pousse dans une thématique de « justice sociale », de revanche et de rédemption dont Batman n'en est qu'un symbole, une idée. Ce dernier s'effaçant à la caméra pour en dévoiler toute son importance. A l'aide de messages simples entendus et illustrés ci et là, l'ensemble se met en place au fil de la durée pour nous rendre un film cohérent et surtout une trilogie complète. Ce n'est pas la cape qui fait le héros. C'est à travers cette idée toute simple que Nolan s'autorise à justifier un film aux antipodes du classique champs lexical du super-héros pour se concentrer sur un paysage d'une société en manque de repères morales. Comme toujours, si vous acérez votre regard, les fans purs et durs seront surpris de la ré-écriture du personnage de Bane mais hélas indispensable pour remplacer le Joker initialement prévu. On redécouvre donc un personnage à part entier à la méthodologie froide et rationnel... L'inverse de son prédécesseur. Quelques autres détails ici et là vont être aussi pointés du doigt mais cet article n'a pas vocation à faire la groupie ou partir dans le spoil. Enfin, d'un point de vue purement divertissant, il manque à ce The Dark Knight Rises un peu de folie et de scènes fortes. Une forme de lassitude et de routine de blockbuster s'y étant insinué. Mais qui ne l'empêche pas de réussir, fort heureusement.

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Note : Critique sans spoils, of course.
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Édito

Ce blog va avoir pour but de mettre en valeur le site PG Birganj, autrefois appelé Puissance-Gamers, en activité depuis 2005 et dont l'URL n'a pas changé : http://www.pg-birganj.com

L'idée est de partager notre travail critique sur les jeux vidéo, principalement, à la philosophie du blog et à la communauté qui s'y rattache.

De temps en temps, l'article partagé sera en entier ou tronqué, ça dépendra. Mais si vous aimez lire tranquillement les articles, allez faire un tour sur PG Birganj devenu hebdomadaire pour profiter de la lecture, s’éloignant ainsi du train-train habituel du web 24/24.

Le site prône la lecture au calme et ne sert donc uniquement qu'à ça. Pas de forum, pas de commentaires, on cherche la paix (d'où le choix de s'appeler "Birganj", une ville népalaise qui semblait relax dit comme ça... ahem). Néanmoins, notre page Facebook est présente pour alerter de quelques mises à jour, d'un archivage des news importantes (celles qui nécessitent plus de deux lignes) et autres trucs. Enfin, le mensuel PG Birganj est une façon très concise d'archiver et résumer un mois d'actu et d'articles

Visitez PG Birganj
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