PG Birganj

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Par PG_Birganj Blog créé le 24/06/12 Mis à jour le 29/06/15 à 10h06

Blog du site PG Birganj, site d'actualité vidéoludique prônant la lecture au calme, loin de la frénésie du web 24/24.
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Critiques

Cet article a été publié il y a déjà deux semaines. Ce WE, Birganj a publié sa critique de Metro : Last Light. Ainsi que notre compte-rendu du Xbox One, regroupant toutes les infos qui ont circulé la semaine passée.



En cette période franchement calme en terme de « gros jeux » ou même de jeux intéressants tout court (oui oui Don't Starve c'était chiant et même si Monaco est sympa, bon, mais ça nous apporte pas grand chose), voilà qu'on a décidé de s'intéresser à Mars : War Logs. Pourquoi ? Parce qu'un tout petit peu chauvin nous sommes, alors s'intéresser à un jeu du studio parisien Spiders (des anciens développeurs du hack'n slash Silverfall) semble normal. Mais surtout si on vous dit que Mars, c'est un peu The Witcher qui rencontre Red Faction, il y a peut être un peu d'intérêt dans ce Mars, vendu pour un petit 20 euros sur Steam et avec du retard sur PSN et XLA.

Mars, ça repart pô

Le pitch de Mars débute dans une prison sur la planète Mars (no shit ?) où un jeune homme, Innocence, tout frêle ayant apparemment servi dans l'armée est fait prisonnier de guerre. Rapidement, il est sauvé par un type taciturne aux yeux de couleur différente, appelé Roy. Le jeu entre dans le vif du sujet : s'échapper d'une prison délabrée et sale, assez ouverte où les prisonniers doivent travailler dont les gardes eux-mêmes se déplaisent. Petit à petit, on comprend que les habitants sur Mars sont en guerre et que retourner sur Terre est impossible. Le but va alors dans un premier temps fuir cette prison pour être amené à se rebeller contre un gouvernement abusant de pouvoir des Technomancers, des humains modifiés pour exploiter un pouvoir à base d'électricité. Le jeu est mis en scène comme une grande aventure où les détails se décantent progressivement, faisant petit à petit connaissance avec un univers d'anticipation qui semble riche. Mais ce moment n'arrive jamais. Défaut bien connu des productions françaises voulant jouer dans la cours des grands mais sans les moyens colossaux qui vont avec, Mars n'explore absolument pas son idée principale. Tout d'abord à cause d'une narration simpliste, schématique, plutôt avare en dialogues, plutôt avare en mise en scène, même si les moyens limités ne permettent pas une réalisation dantesque mais au moins savoir poser un récit ne devrait pas demander un gros budget... Or, Mars reste à la surface des choses avec une bête histoire de gouvernement à renverser. Il faut aller lire le glossaire dans les menus pour comprendre que la guerre a lieu entre deux sociétés qui exploitent les ressources d'eau permettant de vivre sur Mars : la société Abondance d'un côté et la société Aurora qui fait régner son dictat par l'abus des technomancers cherchant à exploiter toujours plus profondément les sources de la planète au détriment du peuple qui meurt de faim dans les bidonvilles. C'est aussi par un simple glossaire qu'on apprend qu'un cataclysme solaire empêche les habitants de Mars de revenir sur Terre, livrés à eux mêmes... C'est en lisant ce glossaire, très simple au demeurant qu'on ne comprend pas du tout le traitement visuel aussi superficiel de Mars. Roy, le héros taciturne n'a pas un grand charisme à cause de dialogues assez bateaux et déjà lu mille fois, pas aidé par un sens de l'animation assez raide, dont la technique limitée n'est pas compensée par des trouvailles de mise en scène. Spiders tente en effet de jouer la carte du spectacle premier degré (cascades explosives, pose-attitude, gros plan sur le visage inexpressif, etc), mais ça ne peut pas fonctionner sans les lourds moyens derrière. Pourtant, on a un pitch de base intéressant où la lutte pour le contrôle des ressources planétaires amène à la guerre mais elle ne sert finalement que de toile de fond pour une histoire de gouvernement à renverser, réutilisant les ficelles des révolutionnaires naïfs et des conservateurs voulant renverser le pouvoir trop extrême. Une dualité rappelant The Witcher 2 et d'autres jeux à choix. Néanmoins si ça nous rappelle The Witcher c'est plus pour son gameplay que pour sa mise en scène.

Mime Marceau

Mars est un RPG avec combats en temps réels. Vous contrôlez Roy, muni de son arme de mêlé, un bâton customisable, ainsi qu'un pistolet à clou, pièges, dynamites, puis magie. On pourra parer, briser des gardes et esquiver. Tout ça se joue très bien au clavier où l'on passera beaucoup beaucoup de temps à esquiver pour enchainer ses frappes d'un clic. Ce combo répondant très bien, même si Roy est parfois un peu court sur certaines actions, on peut dire que le lock automatique (un manuel est aussi disponible) fonctionne à merveille dans ces combats en zone. Des zones parfois étroites, ce qui posera problème contre certains ennemis regroupés mais globalement c'est au joueur de savoir se customiser. On notera cependant une latence trop importante dans l'utilisation de la parade auquel cas on préféra esquiver sans cesse autour de nos ennemis. Chaque arme et armure de Roy est customisable par le joueur. En récoltant du matériel, soit sur les corps ennemis, soit dans des coffres ou des tas de détritus, Roy peut ainsi booster les stats de son armure par exemple, avec une meilleure défense mais aussi pourquoi pas un gain de santé progressif pour peu que vous ayez suffisamment de matos. Ce craft est très basique puisqu'il suffit d'un clic et pas de matériaux rares puisqu'ils abondent le long de l'aventure. Mais l'idée est là. Cependant pour ceux qui espéraient faire du trafic in-game en achetant une arme de base pour l'upgrader et la revendre plus cher : ça ne fonctionne pas... Pas logique. Mais en même temps, le jeu n'est pas suffisamment long et riche pour marchander autant. En effet, vous boosterez votre arme/armure que très rarement, le reste sera du skill à base d'esquive ou de bouclier magique. On doit aussi crafter ses items de soin et ses munitions. Une bonne idée même si la pratique est que là aussi, on n'en manquera pas et qu'il suffit de deux clics. Le jeu n'amène pas une gestion de ressources cruciales. L'idée est donc bonne mais sa mise en pratique n'apporte pas grand chose au gameplay auquel on se contentera d'enchainer les combats en temps réels de la même façon du début à la fin du jeu, ralenti par un menu radial très efficace pour lancer ses attaques à feu ou magiques (éclairs, vagues d'énergie) bien placées.

Un système de bon et mauvais karma est aussi disponible pour influencer la fin du jeu. Vers la fin, qui arrive après environ 10 heures de jeu, vous aurez des choix cruciaux, notamment choisir un camps. Là encore, la mise en pratique de cette idée est restreinte par les faibles moyens du studio. Vous n'aurez pas trente-six décisions à prendre, ça se limitera qu'un ou deux choix importants et pas des plus compliquées moralement parlant tant l'absence d'empathie est marquée par cette mise en scène rigide et passe-partout, muni d'un gros manque de précision dans le traitement des personnages et de l'univers. Les quêtes nécessiteront aussi, de temps en temps, d'être résolues en discutant. Des dialogues néanmoins binaires dont ne dépendent aucune statistique. Donc quand on vous dit « 1 : intimider 2 : attaquer » difficile de ne pas savoir ce qui est bien et ce qui est mal. Les quêtes ont aussi la fâcheuse tendance à être très répétitives (chercher objet ou parler à x et éliminer les mêmes ennemis copiés-collés humanoïdes dont les taupes ressemblent à Maitre Splinter aveugle coincé dans un sauna) et consistent à plusieurs aller-retours dans des décors pas franchement variés, rallongeant artificiellement la durée de vie. En effet, on passera beaucoup plus de temps dans des quêtes fedex que dans l'avancée de l'histoire. On soulignera une qualité graphique pour autant correcte, d'une palette ocre logique à son sujet avec quelques jolis effets de lumière en arrière-plan. Mais on ne quittera jamais le style bidonville en métal rouillé le long du jeu, malgré quelques tentative ici et là avec des neons roses pour le quartier prostitué (chic) et les nuances gris pour le quartier général de fin (choc). Mais c'est propre, malgré des textures low-res, et ne souffre pas de gros bugs qui tachent (ce qui arrive souvent ou plutôt arrivait souvent dans les productions françaises). L'ensemble se regarde sans aucun problème. On pestera néanmoins sur la direction artistique assez fade, avec des décors manquant d'inspirations et de diversité, ainsi que le look des héros assez impersonnels. Dont certains choix sont des plus étranges comme le personnage de Mary d'un style vestimentaire anglais à la Mary Poppins au début du jeu pour ensuite se balader les fringues arrachés avec une coiffe de pouffe demandant au héros, tel un robot, « tu veux coucher avec moi »... Très étrange quand on sait que la présidente de Spiders, Jehanne Rousseau, répondait à Canard PC en avril 2013 sur le sujet du « sexisme dans le jeu vidéo », laissant passer des choix visuels aussi grossiers, et pas franchement justifiés puisqu'on l'a dit le background des personnages n'est pas assez creusé, assez dévoilé pour en ressortir une psychologie des plus complexes (bien qu'on puisse aisément l'imaginer mais ce n'est pas le rôle du joueur). Pas que ce soit choquant (ça va, c'est bon, on n'a pas dix ans), mais juste artistiquement étrange et peu justifié.

Sans que ce soit mauvais, le problème de Mars : War Logs est que ça ne nous apporte strictement rien. Pas de plaisir particulier, pas de scénario intense ou subtil, pas de gameplay surprenant puisque reprenant les mécaniques d'un action-RPG contemporain, pas de spectacle puisque les moyens n'y sont pas... Donc il reste quoi ? Du potentiel. Aaaaah le fameux potentiel français. Celui qui nous a rendu Amy de VectorCell sympathique malgré sa qualité objective des plus relatives. Ce potentiel qui nous fait que sans problème de gestion, Eden Games serait peut être un des meilleurs studios au monde avec Test Drive... Ce potentiel inabouti français quoi. Sur le papier et par certains aspects entraperçus, Mars a quelque chose. Bien que pas franchement original, sur fond de catastrophe spatiale, la planète Mars devient indépendante et entre en guerre pour la répartition des ressources. Un soupçon de Mad Max dans ce background, mêlé à de la science-fiction spatial et d'expériences interdites... Il y a moyen de faire quelque chose. Mais ce n'est pas au joueur de se faire des films quand il joue à ce « potentiel ». Il joue, il doit voir, entendre et sentir ses qualités au fil des heures passées. Or, ça n'arrive pas. Vous pouvez très bien traiter une histoire fouillée et intéressante sans gros budget. Mais dans ce cas, pourquoi s'échiner à reprendre les mécaniques de jeu, mais aussi et surtout les mécaniques de narration et mises en scènes des blockbusters si on en a pas les finances ? C'est absurde et vous êtes obligés de faire des sacrifices. En l'occurrence, le potentiel de départ est grillé par un jeu, certes pas mauvais sur bien des points (gameplay assez efficace, ce visuel ocre oppressant), mais certainement pas au niveau de ses concurrents. La faute à une absence de profondeur que vous ne pouvez atteindre avec un budget limité. Dans ce cas, il faut trouver une autre forme de narration et pas du A-RPG de blockbuster, qui fonctionne surtout sur la longueur mais aussi grâce à son travail visuel à grand spectacle, masquant les carences de gameplay. On pourrait aussi être complaisant et se dire que ce n'est qu'un bon petit jeu à 20 euros et que ce n'est pas si mal... Sauf que le joueur que vous êtes, vous avez 20 euros en poche, vous avez probablement raté des grands jeux encore jouables aujourd'hui en promo à moins de 20 balles et vous ferez mieux de passer votre temps sur ces expériences plus abouties que Mars : War Logs. Évidement, c'est français, cocorico tout ça, et c'est un jeu techniquement correct. Mais il n'apporte rien et voit son idée de départ être très vite exploitée. Autrement dit, est-ce « intéressant » ? Pas trop, non.

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(Re)lire cet article, mis en page, sur PG Birganj : en Une ou dans la rubrique "Critiques".

Voir aussi

Jeux : 
Mars : War Logs
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Ce blog va avoir pour but de mettre en valeur le site PG Birganj, autrefois appelé Puissance-Gamers, en activité depuis 2005 et dont l'URL n'a pas changé : http://www.pg-birganj.com

L'idée est de partager notre travail critique sur les jeux vidéo, principalement, à la philosophie du blog et à la communauté qui s'y rattache.

De temps en temps, l'article partagé sera en entier ou tronqué, ça dépendra. Mais si vous aimez lire tranquillement les articles, allez faire un tour sur PG Birganj devenu hebdomadaire pour profiter de la lecture, s’éloignant ainsi du train-train habituel du web 24/24.

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