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Je ne suis pas qu'un numero

Par numeroVI Blog créé le 12/12/09 Mis à jour le 09/12/13 à 14h46

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Le temps est déjà venu de se retourner. Se retourner sur une année 2013 que tous s'accordent à considérer comme exceptionnelle en termes de joies vidéoludiques.Que me restera-t-il de ce feu d'artifice d'émotions, d'univers et d'aventures ? La puissance de Last of Us ? La rage du Tomb Raider nouveau ? La folie d'un GTAV ? Pour moi, ce sera plutôt le formidable voyage de BioShock Infinite. Et sa lumière.

 

BioShock Infinite est un jeu qui vous aspire. Dès ses premières secondes, dès son écran d'accueil, le joueur est plongé dans une lumière orange surannée, qui marque la supériorité définitive de la direction artistique sur la technique pure. Si l'intro de la version Infinite de BioShock est moins marquante que celle immédiatement culte de son prédécesseur, combien de jeux offrent un univers aussi incontestablement original ?

Malgré toutes leurs qualités, indéniables, la plupart des jeux marquants de l'année sont soit des suites, soit l'exploitation d'un univers déjà connu (au hasard, l'apocalypse zombie). BioShock Infinite va plus loin. Et il va surtout ailleurs.

Avant même de parler du jeu lui-même, il faut donc évoquer son environnement, et le monde incroyable dans lequel va s'inscrire son histoire. Fini Rapture et sa beauté aussi silencieuse qu'inquiétante, bonjour Columbia, baignée de soleil et dérivant au milieu des nuages.

C'est la première force de BioShock Infinite : contrairement à BioShock 2, il n'essaye pas de refaire. L'univers était sombre et confiné ? Désormais le joueur arpente une ville ouverte, aérienne et aérée, baignée de soleil. Mais BioShock Infinite reste une autre version de la même histoire, comme la magnifique fin permettra de le comprendre, et on retrouve donc ce mélange incroyable de politique, religion et décadence, qui fait bien vite craquer le vernis d'une société utopique perdue dans le ciel.

 

Le jeu se permet d'ajouter une pincée de science-fiction, mêlant univers parallèles et physique quantique pour créer un tout aussi cohérent que fascinant. Au début du XX° siècle, Columbia est donc une ville flottante dans les cieux, censée démontrer la supériorité de l'Amérique sur le reste du monde, et qui va finalement prendre son indépendance. Comme pour Rapture, l'utopie libertaire initiale va évidemment dégénérer et basculer vers une société autoritaire, inégalitaire (même raciste) et policée.

Le jeu a cependant l'intelligence de ne pas faire de ce contexte le noyau de l'aventure. Le joueur va vivre une aventure tout à fait personnelle, voire parallèle, et ne fera finalement qu'évoluer au sein de ces enjeux. BioShock Infinite évite donc la démonstration, avec l'habileté de ceux qui savent raconter la grande Histoire avec la petite.

Et comme si cela ne suffisait pas, BioShock Infinite se permet le luxe d'offrir un scénario extrêmement écrit et surprenant, sans jamais chercher l'épate et en évitant la redite non seulement avec son aîné, mais même avec n'importe quel autre jeu auquel j'ai pu m'essayer.

Il est impossible de raconter ici l'histoire vécue par Booker DeWitt tout au long de son chemin de croix dans les rues et le ciel de Columbia. Il sera simplement dit que chaque étape de sa route, évidemment semée d'embûche, sera en cohérence totale avec le monde créé par Ken Levine. A la fois baroque et intrinsèquement poétique, ce monde regorge d'idées, de situations et de personnages, aussi énigmatiques que riches. Je pense bien sûr à l'oiseau géant protégeant Elizabeth, répondant à quelques notes de musique et ne pouvant contrôler sa force dévastatrice lorsqu'il essaye de la défendre. A la fois rassurant et dangereux, il est magnifique et d'une poésie rare. Je pense également aux surprenants Lutece, jumeaux (?) que croise le joueur à plusieurs reprises et dont les affirmations sibyllines ne trouvent jamais réellement d'explication.

Et puis il y a Elizabeth. Celle que cherche Booker De Witt, celle qui l'accompagnera tout au long de son périple. Rarement un PNJ aura eu autant d'importance dans un jeu. Quelle rage lorsque j'ai aperçu des gardes tirer sur Elizabeth ! Quel désespoir lorsque je n'ai pas pu la secourir ! Quel bonheur de la voir s'émerveiller devant les beautés de Columbia. BioShock Infinite, c'est un voyage qui se fait à deux. Sans Elizabeth, il n'a plus aucun sens.

Alors certes, le jeu n'est pas exempt de défauts, bien au contraire. Paradoxalement, d'un point de vue purement ludique, BioShock Infinite est loin d'être intéressant. Tout son gameplay, tout ce qu'il demande au joueur de faire, est en complète contradiction avec l'univers et l'histoire qu'il propose. Là où tout est écrit en subtilité et non-dits, on ne demande au joueur que d'abattre à la chaîne des dizaines d'ennemis. Au cours de ces phases de shoot, le rôle d'Elizabeth se limite à envoyer miraculeusement des munitions alors que le stock du joueur est épuisé. Le scénario construit, par petites touches, le gameplay demande de détruire, en masse. Un FPS des plus limités, même si son gameplay reste étoffé par les combinaisons possibles entre armes et plasmides. C'est dommage, mais pas rédhibitoire si se laisse emporter par l'histoire.

Car combien de jeux proposent d'admirer une plage ambiance début du siècle, dont la mer se déverse dans le ciel, dans une chute infinie ? Combien de jeux permettent d'affronter un oiseau mécanique et monstrueux sous une pluie battante ? Combien de jeux s'ouvrent et s'achèvent sur un baptême en vue subjective, pour mieux jouer avec l'espace et le temps ?

Et puis il y a cette fin, qui se permet de créer et de boucler une boucle avec BioShock. D'une très grande délicatesse, elle remet tout en perspective à la dernière seconde. BioShock est le seul qui, par son twist, a donné une explication rationnelle au fait que le joueur suive à la lettre les ordres et missions qui lui sont confiés. BioShock Infinite est beaucoup plus ambitieux : par l'unique puissance de sa mise en scène, sa fin délicieusement nostalgique fait retomber sur ses pieds l'ensemble de l'édifice qu'il a construit. Le joueur ne suit plus Booker DeWitt. Il est Booker DeWitt. Il a la gorge nouée à l'idée qu'il arrive quoi que ce soit à Elizabeth. Il fera tout pour elle. Jusque à aller dans les nuages.

 

 

Un article à retrouver sur http://podcastinationfr.wordpress.com/, un blog participatif très sympa.

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Commentaires

KENAVO
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KENAVO
C'est justement pourquoi j'ai préféré Infinite en ce qui me concerne.

Le premier tu es conditionné, il y a une explication "rationnelle" comme tu dis concernant la motivation du héros et par ricochet, notre motivation en quelque sorte.

Par contre, Infinite fait appel à nos sentiments humains et finalement à l'amour que l'on éprouve pour Elizabeth. Tu l'as très bien expliqué, on a peur pour elle, on souhaite plus que tout la protéger et le passage avec les "médecins" qui la triture m'a vraiment retourné les tripes, j'avais la rage et j'avais vraiment envie de la sauver de cette torture.

C'est cette implication émotionnelle qui me fait préféré Infinite au premier.
numeroVI
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numeroVI

Ecoute, je suis entièrement d'accord !

 

Mais j'avoue que j'aurais du mal à choisir entre le 1er et Infinite. Je les vois comme un tout, deux univers complémentaires, et deux aspects d'une même histoire. L'avantage du scénar du 1er, c'est qu'il donne une explication "rationnelle" au fait que le héros suit systématiquement les objectifs qu'on lui donne. A ma connaissance, c'est le jeu qui le fait. Pour tout le reste, je trouve l'histoire de Infinite beaucoup mieux construite et passionnante.

KENAVO
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KENAVO
Oui enfin c'est toujours le problème de donner son avis à chaud...

Un des plus beaux exemples c'est Red Dead Redemption qui était chiant à mourir et beaucoup de personnes le pensent à présent (même si au moins la moitié continue à penser le contraire, qui croire?... ^^).

Mais pour en revenir à Bioshock Infinite, il est vrai que le gameplay est très moyen (identique au premier en fait mais lui avait l'avantage de la jeunesse et de l'époque) mais Infinite est nettement mieux construit, plus prenant et le scénario est supérieur et beaucoup mieux géré! Le scénario de Bioshock premier du nom était sublime dans sa première moitié, mais suite au passage Atlas/Ryan, tout retombe à plat et on perd énormément en motivation...
Infinite c'est une tuerie à ce niveau là! La première demie-heure c'est assez surprenant on ne comprend pas grand chose, on est complètement perdu (et c'est voulu bien sûr), mais à partir du moment où l'on trouve Elizabeth tout s'enchaîne et on ne peut que continuer pour voir comment tout cela va se finir!

Le fait d'intégrer la théorie quantique c'est une super idée! Le gros moment qui m'a complètement foutu en l'air c'est lorsque l'on perd Elizabeth une énième fois et que l'on se retrouve sur un pont au dessus du vide en plein hiver! Cette claque!

Et contrairement au premier enfin, il est quasi obligatoire de le refaire une deuxième fois pour bien comprendre les tenants et les aboutissants et les détails qui nous ont échappé.
Le premier à part sauver/tuer les petites sœurs, la motivation pour le refaire est bien moindre...
numeroVI
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numeroVI

Merci !

 

Comme toi, je suis un peu déçu. Et puis un peu surpris aussi, parce qu'ils me semblent qu'ils étaient beaucoup plus enthousiastes au moment de la sortie du jeu.

KENAVO
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KENAVO
Fichtre!
Je viens juste de découvrir ce test, il est magnifique!
Exactement ce que j'ai ressenti et je suis particulièrement peiné de voir que beaucoup de testeurs/joueurs le mettent dans leur déception de l'année...

Édito

J'ai longtemps hésité avant de me lancer dans la rédaction d'un blog. Je ne sais pas si j'aurais quoi que ce soit d'intéressant à dire! Finalement, on verra bien.

Il y aura, je pense, toutes mes facettes, l'avocat, le gamer qui n'a jamais eu la PS2, le cinéphile, le vieux connard et toutes mes lacunes et partis pris. Quelques blagues aussi. Enfin, c'est pas garanti non plus.

 

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