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NOTE : l'article a été rédigé initialement par bleubleubleu pour Numericity.fr

 

Ce qu'il y a de bien à écrire pour un site indépendant c'est que l'on peut descendre un jeu en flammes sans se soucier des relations avec son éditeur...parce qu'évidemment l'éditeur ne soupçonne même pas notre existence. Inversement et parce qu'à Numericity nous sommes du genre à voir le verre à moitié plein, on peut également bâtir un pont d'or à un titre quand on pense qu'il le mérite sans se soucier de passer pour des vendus auprès de nos lecteurs, parce qu'évidemment nous n'avons pas de lect...hum, parce qu'il est bien évident que nous n'avons pas d'argent!

Gran Turismo portable récemment paru et presque aussitôt digéré par le web spécialisé eut gagné à être considéré selon le plaisir brut qu'il apporte plutôt que passé au crible des attentes des uns et des autres: pas de mode carrière dans GT portable? Le jeu est "moyen", "passable", "médiocre" ou pour les plus indulgents simplement "bon". Mais quels que soient les reproches adressés au jeu, certains personnels ("c'est le mode GT qui fait un Gran Turimo") d'autres définitivement absurdes ("manque de contenu"), on se serait attendu à ce que les "journalistes", ces grands professionnels, aient la délicatesse d'éditer une note en bas de page pour signaler que le titre est, malgré tout, le plus abouti de l'histoire du genre sur consoles portables. Mais non. Dans le monde merveilleux du pro-journalisme, on préfère minimiser ce qui fait la force d'un titre pour se concentrer sur l'image fantasmée que s'en font les joueurs lors de la promotion. C'est vachement mieux. Cela évite de perdre son temps à décrire toutes les qualités du jeu. Parce que des qualités, Gran Turismo portable en a à revendre!

A commencer par sa réalisation hors normes. 800 voitures admirablement modélisées, 30 circuits construits ou reproduits avec un souci du détail inégalé et éclairés par une lumière somptueuse: oui cela scintille et cela pop (certains éléments du décor apparaissent soudainement, à la dernière minute) un peu trop souvent pour un jeu de cette envergure mais les titres qui peuvent se vanter de posséder une réalisation d'une qualité ne serait-ce qu'équivalente sur PSP se comptent sur les doigts d'une main. De plus, la prouesse réalisée par les équipes de Polyphony Digital n'est pas seulement graphique; le jeu n'est pas seulement beau, il est aussi techniquement bluffant.
Chaque voiture se conduit différemment, c'est aussi simple que cela. Rappelons que GT PSP en compte plus de 800. On se serait certes attendu à ce que la Subaru 360 ne réagisse pas comme la Nissan GTR SpecV mais voir une telle variété de comportement dans les modèles d'une même catégorie (Mercedes SLR MacLaren/ Ferrari Enzo/ Jaguar XJ220/...) ou dans les différentes versions d'une même voiture (Mitsubishi FTO), c'est absolument sans précédent sur une console portable. La conduite d'un modèle varie en fonction de son poids, de sa cylindrée, de sa transmission, des pneus équipés, des différentes aides au freinage et au braquage (paramétrables) et du type de physique choisi (standard ou professionnel). Par ailleurs les circuits (31 circuits différents pour plus de 70 tracés) ne sont pas de simples lignes plus ou moins sinueuses et il faudra tenir compte en course du dénivelé comme des imperfections de la piste. Cela donne une idée des ressources du jeu en matière de pilotage. Or s'il existe des simulations de conduite, c'est bien parce qu'il existe des joueurs motivés par le seul "beau pilotage".

Mais les critiques (raisonnables) les plus souvent émises concernent plutôt le game design, en particulier l'absence d'un mode carrière pour un contenu effectivement présent et la réduction du nombre d'opposants, quatre par course.
Pour qui n'a jamais touché à un Gran Turismo jusqu'ici, il faut savoir que le mode GT, présent depuis les débuts de la série proposait aux joueurs de passer des permis composés de plusieurs épreuves (négocier un freinage, une série de virages, un dépassement) au volant de voitures imposées. Ces permis une fois obtenus donnaient accès à différentes compétitions réunissant des voitures d'une même catégorie, qu'il n'était pas possible de piloter autrement. La progression du joueur était ainsi limitée en fonction de sa propre maîtrise des mécaniques de jeu.
Mais ici, il est en théorie possible de finir Gran Turismo portable (s'il est possible de finir un jeu de ce genre, obtenir l'or pour tous les défis, passer toutes les courses en rang S...) sans acheter une seule voiture. Les défis (très amusants) sont facultatifs et il n'existe pas de compétitions fermées. Chaque épreuve se dispute individuellement. L'ordinateur choisit aléatoirement des adversaires correspondants à la motorisation de votre propre voiture; la course se joue et c'est en gagnant que l'on débloque le niveau de difficulté supérieur (de D à S donc) ainsi que quelques crédits qui serviront à acheter de nouveaux modèles. Présenté ainsi de manière formelle, le jeu semble manquer de fantaisie et d'attraits. Mais c'est oublier qu'il s'agit d'un Gran Turismo et que le seul confort de jeu, le plaisir de la conduite justifient bien l'enchainement des courses: chaque épreuve se déroule de manière similaire, on commence inévitablement en dernière position mais si tout se passe bien on est déjà devant dès le deuxième virage franchi, parfois même dès le premier virage, après avoir raflé la troisième position en ligne droite et passé les deux adversaires restants au freinage. Ainsi la difficulté (relative, les niveaux D et C ne proposent aucun challenge) ne consiste pas à remonter ses adversaires mais bien à résister à leurs attaques jusqu'à la fin du deuxième tour, l'½il rivé au rétro dans les lignes droites, attentif aux moindres centièmes gagnés ou perdus dans les courbes, grisé par la maîtrise du véhicule, par la sensation de ne faire qu'un avec lui et de négocier les virages à l'instinct!

Après avoir remporté la victoire, on se rend chez les quelques concessionnaires ouverts pour y dépenser ses crédits nouvellement acquis. On arrive dans l'idée de s'acheter une petite sportive tranquille et d'économiser pour plus tard et bien évidemment on repart avec une Lamborghini Countach que l'on va essayer illico en Time Trial puis en course, juste pour voir. Parce qu'on ne sait pas la conduire on finit sur une humiliante deuxième place; énervé, on recommence jusqu'à la maîtriser parfaitement et finir premier. Et puis on retourne vers les concessionnaires, là encore, juste pour voir. On se dit qu'il a vraiment une drôle de touche ce Midget II de chez Daihatsu et qu'il doit bien valoir les quelques crédits qu'il coûte. Retour vers le TT, pour voir ce que ça donne...et ainsi de suite. A l'image d'un (très) bon T-RPG ce GT PSP sait captiver son public et bien qu'il soit conçu pour un usage nomade, il n'est pas rare d'y passer une bonne heure (au moins) quand on ne comptait lui consacrer que trente minutes.

Une tension délicieuse démultipliée encore par le mode multijoueur du titre tout simplement excellent. Trois modes de jeu différents sont prévus pour permettre jusqu'à quatre joueurs de s'affronter frontalement, de gommer leurs différences de niveau (départs différés, choix aléatoire de la voiture) et de manière générale de se lâcher des bordées d'injures après s'être poussés aux fesses les uns les autres en entrée de virage! Pour encourager encore la compétition, le jeu propose un système de jackpot qui permet à chacun de multiplier les crédits gagnés mais aussi et surtout au premier arrivé, s'il sait prendre suffisamment d'avance de rafler les gains de ses adversaires. Par ailleurs le mode multi du titre est également une possibilité pour ceux qui définitivement ne sauraient se satisfaire de ces sessions courtes pensées pour un usage nomade puisqu'il permet de recréer à plusieurs ces fameuses compétitions qui "manquent" au jeu. Du championnat de super cars US sur les circuits de New York et de Seattle au classique choc des titans (Citroën 2CV vs Subaru 360 vs Mazda Carol vs Volkswagen Beetle sur le Nürburgring), il suffit de se prendre au jeu.

Après l'avoir fréquenté assidument pendant un mois et alors que l'on disait ce Gran Turismo portable répétitif et pauvre en contenu, non seulement je ne m'en suis pas encore lassé mais je doute sérieusement d'en avoir fait le tour. Plus précisément, après avoir parcouru 4150 km lors de 216 courses (dont 63 en multi) qui m'auront permis de récolter plus de 27 millions de crédits, je ne possède que 102 voitures, je n'ai fait que survoler les défis, je n'ai passé que 16 tracés en S (sur 75) et je n'ai pas une seule fois tenté le mode Drift qui comme son nom l'indique propose sur de courtes sections de circuit de courir en dérapant en permanence. Si je dois considérer ce titre comme moyen ou décevant, j'aimerais que les grands reporters du jeu vidéo me montrent celui qui le surclasse!

 

bleubleubleu

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Commentaires

Numerimaniac
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Numerimaniac
Je comprends la déception initiale qui me paraît légitime. Au delà de l'aspect simulation, Gran Turismo se caractérise aussi par sa progression de type RPG. C'est peut-être ce que je préfère dans cette licence. J'ai toujours aimé les progressions, c'est sans doute pour ça que mettre un peu de roleplay dans la plupart des jeux de courses qui proposent un mode carrière me plaît tellement.

Après, si GT portable s'impose comme la référence sur PSP, alors il faut le dire, conseiller le jeu et même le consacrer! D'autant plus que le jeu propose de quoi s'amuser très longtemps!
ippo
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ippo
Je ne l'avais pas lu à l'époque, ce texte. Mais j'ai beaucoup apprécié, merci !

-> "bleubleubleu" synonyme dans le dictionnaire de "belle, franche et solide argumentation".
upselo
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upselo
J'avais aussi remarqué ce tollé sur le contenu de GT Portable avec pas mal de dégoût. Et pour faire mon radoteur en chef, ça prouve que les joueurs veulent être pris par la main, et qu'on leur donne des objectifs et des récompenses claires. Jouer pour le plaisir de jouer, c'est apparemment un plaisir d'un autre temps.

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Par Numerimaniac Blog créé le 29/12/09 Mis à jour le 11/02/12 à 21h04

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