Rêves électriques

Rêves électriques

Par Noiraude Blog créé le 17/09/10 Mis à jour le 05/05/18 à 10h23

30 ans de passion pour les jeux vidéo, le Japon et le cinéma, ça laisse forcément des traces. Vous voulez en savoir plus?

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Catégorie : Cinéma

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Cinéma (Cinéma)

Hello les p'tits loups !

Je dois vous faire un aveu: ce post n'était pas prémédité. Cela fait déjà quelques jours que je suis allé découvrir cet Alien Covenant qui, promettait la pub, devait faire le lien entre Prometheus et le reste de la franchise. Dès mardi soir, en avant-première, je me suis donc bien sagement calé dans mon fauteuil de ciné et j'ai profité de la bête sur écran géant. J'en suis sorti perplexe, mais finalement plutôt content: il y avait quelque chose, dans ce nouveau cauchemar, que je trouvais assez séduisant. Mais pas assez pour que je me mette au clavier et que j'en parle longuement.

Ce Covenant, depuis lors, a subi les foudres de bon nombre de spectateurs. Assez amusant, au passage, de constater une fois encore les profondes divergences qui éloignent toujours davantage le grand public de la critique. La seconde est dithyrambique, là où le premier témoigne tant et tant, à l'encontre du long métrage, d'une réaction épidermique. Les griefs ? Le manque de cohérence de l'oeuvre, ses entorses récurrentes au réalisme (l'exploration sans précautions de la planète, sans casque et sans analyse préalable de l'environnement, notamment), son manque de souffle. En arrière-plan, je crois aussi y avoir décelé quelque chose qui tiendrait presque du crime de lèse-majesté: à force de réinterpréter le matériau original du Huitième Passager, Covenant refonde les bases d'un univers que l'on pensait balisé. Et cela, je l'entends bien, peut avoir du mal à passer.

Bref. La vraie question qui m'a taraudé quelques jours durant tenait à comprendre pourquoi le réalisateur s'est scrupuleusement attaché à prendre les fans de la saga à rebrousse-poil. Et c'est cela qui m'a doucement amené à essayer de formuler les raisons qui, a contrario, m'ont fait aimer le spectacle en dépit de ses incohérences. J'ai fini, peu à peu, par construire ma propre théorie sur ce film. J'en suis arrivé à la conclusion que Ridley Scott y offre un nouvel éclairage sur sa filmographie et sa définition du "monstre" de cinéma.

Je m'explique. Revenons un instant à Prometheus. On y avait laissé David et Shaw en route pour la planète des Ingénieurs. La problématique mise en oeuvre dans le film - que j'avais eu du mal à supporter, pour le coup - tenait à poser la question du créateur et de sa création. Scott postulait que la foi et la science se rejoignent dans cette quête, et que nous sommes tous, quelque part, les enfants de cette dialectique. Mais la figure du robot, elle, interpellait: David était face à son créateur, lui, doté d'une conscience mais sans autre but fondamental dans l'existence, donc, que de servir et vénérer. Jusqu'à cette rébellion finale, poussant la création au crime, au péché pour obtenir sa liberté. Une référence évidemment implicite à la théorie de la Singularité, mais également, bien au-delà, à la mythologie égyptienne renvoyant à la rébellion des hommes contre les dieux. Peut-on s'encombrer de ses créateurs une fois qu'ils n'ont plus de véritable rôle à jouer ?

Alien Covenant, sous ses apparences de remake-refondation du Huitième Passager, poursuit  le même questionnement. La scène d'ouverture, qui a interloqué tant de spectateurs, est fortement marquée par cette filiation avec Prometheus. Un édito paru sur le site du magazine Première (http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Alien-Covenant-la-lecon-d-art-de-Ridley-Scott) relève très justement que les oeuvres d'art évoquées ont toutes un sens caché. La sculpture du David de Michel-Ange, ainsi, renvoie à l'inspiration des Ingénieurs dans leur création de la vie. Il est aussi emblématique de ce qui se joue, et va se jouer sous nos yeux: l'oeuvre symbolisait en son temps la révolte face à la tyrannie, renvoyant au personnage du tyran Savonarole mort en 1498 à Florence. La toile de la Nativité de Pierro della Francesca repose sur l'idée de géométrie et donc de maîtrise de l'homme sur la Nativité du Christ - nous serions donc maîtres de notre foi et de notre destinée. L'Or du Rhin, de Wagner, introduit pour sa part la notion de démiurge à travers le personnage de Wotan. Son invocation à l'image peut prendre plusieurs sens, mais à la lumière de la suite du film, il semble pertinent de penser que c'est la chute des dieux qui est ici préfigurée.

Toutes ces thématiques sont la colonne vertébrale du film. Et c'est là que se situe, à mon sens, la grande incompréhension que l'oeuvre de Scott peut susciter. Elles renvoient à l'idée que l'alien n'est guère plus qu'un épiphénomène de ce qui est en train de se jouer sous nos yeux. Au centre des préoccupations de l'oeuvre figure plutôt le nouveau gestateur de la créature, celui qui la pousse à devenir la quintessence d'elle-même. Ce nouveau démiurge, c'est David, l'androïde capable de créer, capable de liberté, le robot conçu par l'homme qui a dépassé son créateur, l'a tué et voue désormais son existence à perpétuer le cycle en donnant à une nouvelle espèce les ressources  pour continuer à évoluer - cette vision cyclique de la création est au coeur de l'oeuvre de Wagner, d'ailleurs. Pour avancer, du passé faisons table rase.

Cette thématique du post-humain irrigue chaque scène du film et perpétue le malentendu jusqu'aux derniers instants du long métrage, avec cette fin que je vais éviter de détailler ici pour ceux qui n'en auraient pas encore pris connaissance. Pourtant, elle est assez fascinante, car à bien y réfléchir, elle est au coeur de Prometheus, de Covenant, mais aussi du Huitième Passager. Ridley Scott introduit l'idée que le véritable "monstre" est celui qui est à notre image, au-delà des apparences. L'idée, déjà présente dans l'épisode inaugral de 1979, se décline sous la forme d'un regard mi-fasciné, mi-horrifié pour la puissance de la technologie, la forme que prend la magie aujourd'hui. Et se superpose d'une conscience aiguë que nous sommes sommes l'instrument de notre propre perdition.

Et c'est là que la cohérence de l'oeuvre de Scott m'interpelle: ce sont les mêmes questionnements qui sont à l'oeuvre dans Blade Runner, à travers la figure de ces réplicants qui réclament le droit de vivre libres... tandis que l'humanité a bien compris que l'existence de ces créatures annonçait son déclin - pourquoi donc les chasser avec autant de véhémence si ce n'est par besoin de leur survivre ? A force de retourner le concept dans tous les sens, j'en viens à la conclusion que les films partagent une symbolique commune, difficile à occulter. Ce ne peut être un hasard, Covenant comme Blade Runner s'ouvrent d'ailleurs tous deux sur le gros plan d'un regard, comme pour annoncer, via cette thématique commune du post-humain, une nouvelle vision du monde, qui porte forcément en elle les germes de notre évolution... ou de notre destruction. Mêmes peurs, mêmes interrogations: Ridley Scott nous confirme ici que le robot, plus que le xénomorphe, est bien au coeur de ses préoccupations.

Se pourrait-il d'ailleurs que la saga Alien et Blade Runner soient, dans la tête de Scott, les deux faces d'une même médaille ? La chronologie ne correspond certes pas en apparence (Blade Runner pose ses réplicants en 2019, Alien introduit la création de David 50 ans plus tard, mais rien ne dit qu'il n'y ait pas eu de robot pensant au préalable), mais faire se côtoyer ces oeuvres dans le même espace-temps serait diablement séduisant. La thèse semble d'ailleurs étayée par quelques easter eggs glissés dans la version blu ray collector de Prometheus (http://www.neozone.org/cinema/prometheus-alien-blade-runner-univers-identique/). Ce serait, a minima, la promesse d'une phénoménale réinterprétation pour ces deux franchises cultes de la science-fiction...

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Cinéma (Cinéma)

 

ATTENTION : s'il ne dévoile rien de l'intrigue, ce post donne des éléments sur la scène post-finale de Split

Ceci est un "yop tous" surexcité,

La scène est gravée dans ma mémoire. Venu porter secours à une famille victime d'un tueur, Bruce Willis tombe dans une piscine. Dans le noir, il se débat pour échapper à la bâche qui l'empêche de remonter à la surface. Il se noie. Deux enfants, dans un arrière-plan flouté, font leur apparition, tendent à leur sauveur une perche pour l'aider à sortir de l'eau. C'est ce qu'il fait, péniblement. D'abord un genou à terre, Willis se lève, tandis que la caméra se positionne en contre-plongée, donnant à l'acteur une stature quasi monumentale. Cette scène, c'est le moment clé d'Incassable. C'est l'instant précis où un anonyme prend conscience, vraiment, de ce qu'il est: un de ces super-héros que fantasment les bandes dessinées.

Incassable, c'est un de ces quelques films fous et géniaux dont Michael Night Shyamalan a le secret. Sorti en 2000, le long métrage a vu le jour après le succès du Sixième Sens, film que j'ai pour le coup toujours trouvé un peu surestimé. On y suivait la trajectoire d'un looser, un homme qui a choisi de sacrifier sa nature pour vivre une vie de famille dans laquelle il n'a jamais vraiment pu s'épanouir. Son couple est en morceaux, et Shyamalan décrit avec une acuité quasi chirurgicale cette descente aux enfers, qui prend la forme d'un morne quotidien, d'où le rire a été banni, la vie aussi.

C'est en prenant conscience  d'une particularité physique unique que le héros de Shyamalan reprend des couleurs. Jusqu'à finir, avec cette scène, par enfin comprendre quelle est sa place dans l'univers. Et le spectateur avec lui: Incassable est un film de super-héros sans super-héros, une oeuvre naturaliste et décalée, dans laquelle il est postulé que la mythologie n'est rien de plus qu'une tentative d'expliquer une réalité parfois occultée, oubliée. Une étape clé dans le cinéma de Shyamalan, et une première approche de ce questionnement sur les mythes, qu'il remettra sur le métier aussi bien avec l'excellent "Le village" qu'avec le très sous-estimé "La jeune fille de l'eau".

 

A sa sortie, Incassable n'a pourtant pas connu le succès public espéré. Et cette fréquentation en berne a eu un prix: l'ajout d'une chute sous forme de texte post-épilogue dans la version DVD. Cette chute semblait fermer définitivement la porte à une suite, mais il faut croire que les ventes DVD et blu-ray, nettement plus importantes que ce que laissaient présager les entrées ciné, ont fini par remettre le rêve de Shyamalan sur le métier: lui voyait son film comme le premier volet d'une trilogie en bonne et due forme, et dix-sept ans plus tard, son rêve devient réalité.

Cette bonne nouvelle, on la doit à Split. Deux heures durant, le dernier long métrage de Shyamalan se déguste comme une production qui se suffit à elle-même, et qui offre à James McAvoy l'opportunité d'interpréter un rôle qui devrait asseoir encore sa notoriété. Je n'entends pas ici déflorer le sujet, d'autant que les films de Shyamalan reposent sur l'effet de surprise. Je dirai simplement que Split, petite merveille de ciné, est sans doute l'un des meilleurs films de l'auteur, ainsi qu'un thriller sévèrement burné. Mais il a une autre particularité: une scène finale qui a été ajoutée après les projections test, pour garder le secret. On y est projeté dans un dinner un peu miteux, dans lequel une télévision revient, par le biais d'un journaliste, sur les événements complètement fous qui ont précédé. Une petite mélodie parfaitement reconnaissable commence à monter - on l'avait déjà entendu quelques instants auparavant, sans vraiment y croire, mais l'erreur n'est plus possible. Et le soupçon se confirme lorsque la caméra, qui se promène dans le café, finit par s'arrêter sur un crâne rasé. C'est Bruce Willis, visiblement très intéressé par les informations qui viennent d'être communiquées. Et voilà que Split se mue en gigantesque teaser pour annoncer cet Incassable II dont les fans n'osaient même plus rêver.

Interviewé fin janvier, Shyamalan a confirmé la chose, et donné quelques éléments plus précis sur la trilogie telle qu'il la conçoit. Split serait ainsi totalement intégré à l'histoire d'Incassable, et constituerait le deuxième volet de la saga. Le réalisateur a également précisé que son prochain sera la suite de ces deux longs métrages.  Pas de date annoncée, mais le projet semble solide. Alors révisez vos classiques, regardez de nouveau dix fois Incassable et faites-en autant pour Split: le grand final de la trilogie Incassable est dans les tuyaux, et il va falloir l'accueillir comme il le mérite !

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Cinéma (Cinéma)

 

Hello tous,

Je ne sais pas, cela fait sans doute des mois, peut-être bien plus longtemps encore, que je ne suis pas sorti d'une salle de cinéma avec un tel sourire. Ce soir, j'ai pourtant traîné des pieds pour aller voir La La Land. Trop de pub, trop de critiques dithyrambiques, et puis ce peu d'envie de me frotter à la comédie musicale, un genre qui ne m'a jamais fait vibrer sur grand écran. Cela faisait beaucoup de choses qui jouaient contre ce deuxième long métrage de Damien Chazelle, dont le sujet même me laissait perplexe. Comment l'auteur d'une petite merveille de noirceur et de complexité comme Whiplash pouvait-il en effet se laisser séduire par les sirènes les plus mainstream du cinéma de l'âge d'or hollywoodien ? La réponse m'a sauté à la figure en quelques secondes à peine: aucun sujet, aucun genre n'est mauvais en soi, il suffit d'inventer, de réinventer, chaque scène, chaque regard, chaque passage que l'on croit imposé. La La Land, c'est un chemin de traverse par excellence. C'est l'histoire d'un film incroyable, qui cueille le spectateur pile là où il ne l'attend pas, qui nie les évidences là où on l'aurait cru prendre le parti des convenances. C'est un souffle de liberté, c'est une invitation à vivre ses rêves plutôt qu'à rêver sa vie sous le poids de multiples compromis.

L'histoire n'est pas nouvelle. Un homme, une femme, et des tonnes d'occasions manquées qui finissent par devenir autant de raisons de s'aimer. Mais, tout de suite, un constat qui s'impose. Dans les rôles titres, Ryan Gosling et Emma Stone illuminent le film de leur grâce, de cette légèreté qui se dégage de leur complicité à chaque petit moment privilégié qu'ils parviennent à faire vivre à l'écran. C'est beaucoup, assez même pour suffire à passer un bon moment. Pourtant, c'est un point de départ seulement. Car Chazelle a ce talent précieux de n'être pas qu'un bon directeur d'acteurs. Il pense les scènes, construit minutieusement son film en inventant une grammaire qui n'appartient qu'à lui et au sujet qui l'occupe. Dans La La Land, comme dans Whiplash, cette colonne vertébrale n'est autre que la musique. C'est elle qui donne le ton, c'est elle qui vient dire au spectateur que le rêve est en train de devenir réalité. C'est elle qui brille par son absence quand cette réalité n'a plus rien d'un rêve éveillé. La musique, c'est la petite mélodie des sentiments qui unissent cette petite serveuse qui se voudrait actrice et ce pianiste en perdition, qui rêve de ressusciter le jazz par la seule force de son talent et de sa passion. Tendez l'oreille, la musique vous en dit davantage, ou presque, que les mots, faite d'harmonie quand la passion est sans nuages, douloureuse quand l'éloignement surgit, discordante quand les chemins se séparent, aussi.

La musique, donc. Comédie musicale oblige, elle peut renvoyer à ce répertoire, décliné en quelques moments qui sont, étonnamment, autant d'instants de pur bonheur là où je les avais craints gênants. Elle est aussi, beaucoup, un grand cri d'amour pour ce jazz que le réalisateur semble tant aimer - et connaître. Incroyable tirade d'ailleurs que celle de Ryan Gosling qui doit, en quelques secondes, expliquer à Emma Stone pourquoi cette musique n'est à nulle autre pareille. Au fil des mots, on comprend qu'elle est comme le cinéma dont rêve Chazelle: invention constante, improvisation, toujours à l'écoute et en conflit. Elle à l'image de la première partie, magistrale, du film, qui vient décrire comme dans un canon épileptique, virevoltant et déstructuré, les trajectoires parallèles des deux protagonistes, jusqu'à les faire résonner ensemble pour donner naissance à une nouvelle mélodie et une histoire partagée. Et bientôt vient cet instant, magique, où les instruments sont à l'unisson, où la mélodie naît d'un chaos soudain organisé. A l'écran, tout fait sens, et les drôles de détours pris par le film semblent soudain d'une parfaite légitimité.

Evidemment, il y a des hauts, des bas, des pleurs et des séparations. Evidemment, on prend fait et cause pour ce couple de rêve parce qu'on a tous en nous le coeur d'une midinette de 14 ans. Mais La La Land ne fait décidément pas grand cas de ce que l'on espère, encore moins de ce que l'on attend. Jusqu'à refuser la simplicité et éviter soigneusement ce boulevard qui lui était offert par la promesse d'une fin téléphonée. Hors des clous, La La Land trouve un épilogue plus qu'inspiré. La mélodie était en sourdine ? Elle finit, heureusement, par retrouver toute sa force et sa beauté. La musique, encore elle, électrise le grand final qui laisse bouleversé, amoureux, heureux, désespéré et épaté. Un dernier regard en arrière, les yeux embués, et la vie peut continuer. Avec cette petite conviction, désormais, qu'on ne sait jamais ce qu'elle peut nous réserver...

 

Au cas où vous ne l'auriez pas encore compris à la lecture de ces quelques lignes, je vous conseille CHAUDEMENT d'aller voir et revoir La La Land, qui a de bonnes chances de rafler pas mal d'Oscars fin février. Au passage, si ce n'est déjà fait, il faut aussi découvrir d'urgence WHIPLASH, le premier long de Damien Chazelle, qui fait montre d'une pareille virtuosité - dans un registre nettement plus torturé cependant. Si vous aimez le jazz, ces deux films sont faits pour vous.

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Cinéma (Cinéma)

[CETTE RUBRIQUE CONTIENT QUELQUES SPOILERS MINEURS]

Hello tous !

Ca y est, la séance vient de s'achever. Rogue One, huitième opus et premier spin-of en bonne et due forme de la franchise Star Wars, est désormais derrière moi. Je dois dire que je suis, plus que contenté, paradoxalement assez soulagé. L'idée de sortir du canon de la saga, les reshootings qui ont fait polémique pendant l'été et même le réalisateur, Gareth Edwards, capable du meilleur (Monsters) comme du pire (Godzilla), m'avaient fait douter au point que ce n'est qu'hier que je suis allé prendre ma place, porté par la tradition qui me fait aller aux premières séances de chaque Star Wars depuis que je suis gamin. J'avais tort, au moins en partie, de me méfier, car j'ai pris du plaisir pendant les quelque 2h10 que dure cette épopée. Je n'en ressors certes pas totalement convaincu, mais suffisamment enchanté pour avoir envie d'en traiter.

Mais d'abord, parlons du contexte. Ce Rogue One est un précurseur. Vous comprendrez par là que le film entend narrer comment les plans de l'Etoile noire arrivent entre les mains de la rébellion, de la princesse Leia et de Luke Skywalker in fine dans le quatrième opus, intitulé "Un Nouvel Espoir". La temporalité des deux longs métrages est quasiment la même. Rogue One se place dans les jours qui précèdent l'attaque de l'arme ultime de l'Empire, et suit la trajectoire d'une jeune héroïne,  Jyn Erso (Felicity Jones), qui a vu sa mère être tuée et son père se faire enlever par les forces de l'Empire alors qu'elle était enfant. Evidemment, la choupette a grandi et elle en veut terriblement aux méchants.

Pas de Skywalker dans cette affaire, donc, et  une prise de distance parfaitement assumée avec les précédents volets, ce dès les premières secondes.  On comprend immédiatement que le long métrage entend marquer une rupture avec les sept opus du canon lorsqu'il retoque le générique qui a fait la légende de la saga. Rien, ici, ne vient marquer les enjeux, expliciter le contexte sur les notes magistrales de la partition de John Williams. L'absence même de cette dernière est un point crucial d'ailleurs, puisqu'elle structure tout le film. A l'exception de l'un ou l'autre moment de complicité privilégié avec le fan qui comprend l'allusion à un événement de l'épisode IV, Rogue One trace son propre sillon au fil du son... jusqu'à tenter de créer son propre gimmick (las, si la recette est comprise, digérée, la mélodie n'est pas franchement inspirée et, pire, pas toujours très adaptée. Dommage pour l'OST qui, malgré quelques belles envolées, ne saura jamais vraiment charmer). Edwards réalise un long métrage d'Edwards dans un univers Star Wars, sans se plier aux règles usuelles que cette parenté devrait impliquer.

Sur la forme, le réalisateur clame donc son indépendance. Sur le fond en revanche, il répond au cahier des charges. Les enjeux de l'oeuvre sont limpides. Le spectateur sait une chose en entrant dans la salle, à savoir que l'obtention de ces plans a coûté la vie de nombreux héros - c'est ce qu'expliquera Leïa dans Un Nouvel Espoir. Toute la question est donc de savoir qui survivra, et qui n'y parviendra pas. Edwards a parfaitement conscience de cette réalité, et la tonalité du long métrage s'en ressent: c'est un univers assez sombre qui est dépeint ici, dans la veine de ce qu'Irvin Keshner avait proposé dans L'Empire Contre-Attaque, qui reste l'opus le plus abouti de la saga. Sombre, et pas manichéen. Les personnages qui entourent l'héroïne n'ont rien de chevaliers blancs, les rangs de la rébellion sont peuplés d'assassins, d'extrémistes, de couards. Drôle de revers de la médaille, Rogue One montre le "côté obscur du bon côté" de la Force, et fait entrer son film dans des nuances de gris assez éloignées des enjeux habituellement caricaturaux des différents volets de la saga. Il faut entendre le chef des forces impériales tenter de convaincre son opposant de se rallier à lui au motif qu'il y va de "la paix dans l'univers" pour comprendre que tout est relatif, jusqu'à aux concepts de justice et de vérité, décidément à géométrie variable dans notre bonne vieille réalité.

Cette noirceur est au coeur de l'aventure et conditionne les relations entre les principaux protagonistes. En parlant d'eux, je vous économise ici le listing des héros rencontrés, des compagnons avec qui Jyn va se lier d'amitié au fil du périple - et des dificultés. Tout juste retiendra-t-on la prestation du trouble Cassian Andor (Diego Luna), capable d'aller très loin pour ses convictions, et celle de Chirrut Imwe (Donnie Yen, toujours excellent), un combattant aveugle qui semble étonnamment clairvoyant. Imwe a une place très importante dans le film: si la Force a disparu (les chevaliers jedi ont été exterminés, remember), son rôle vient postuler qu'elle n'est pas éteinte pour autant, qu'elle affleure chez des personnes sensibles à sa présence. Imwe, en d'autres temps, aurait sans doute porté un sabre laser. Il est, ici, comme une bougie dont la flamme vacille dans la nuit.

Rogue One construit habilement la confiance qui va unir ces personnages. Il multiplie les scènes de bravoure, de combats spatiaux, d'actes de renoncement et d'abnégation, mais se préoccupe surtout de raconter l'héroïsme et le sens du sacrifice de gens que rien ne prédestinait à cela - le personnage de Bodhi Rook, interprété par Riz Ahmed, en est un exemple vibrant. Cette dimension presque intimiste est l'une des grandes forces de l'oeuvre, et n'en jure que davantage avec ce qui m'a semblé l'un des points noirs du film. La proximité de Rogue One avec Un Nouvel Espoir a en effet pour conséquence directe de permettre l'apparition à l'écran de plusieurs personnages-clés du classique de Georges Lucas. Je vous ménage la surprise pour me concentrer sur la technique utilisée: ce sont des personnages en images de synthèse qui sont ici exploités, et malheureusement pas au bénéfice de la cohérence visuelle de l'oeuvre. Leur artificialité est criante face à des acteurs de chair et de sang, ce qui donne lieu à des dialogues embarrassants face à des visages de carton-pâte très peu expressifs. Heureusement, ces scènes sont rares. Mais on ne m'enlèvera pas de l'idée qu'Edwards aurait pu en faire l'économie, d'autant qu'elles n'apportent rien à l'intrigue. A moins qu'elles fassent partie de ces fameux "ajouts" auxquels Disney tenait pour inscrire le film dans la galaxie Star Wars...

Ce côté carton-pâte, partant, pourrait presque symboliser l'autre point sur lequel le film échoue, selon moi. Edwards a beau savoir se faire rigoureux sur le montage, sur la construction de personnages au background travaillé, il peine sur un plan qui me semble fondamental: la création d'une émotion. Quelle que soit la situation décrite, à aucun moment le spectateur de peut faire preuve d'empathie, partager les pleurs et les souffrances de ceux pour qui il devrait pourtant vibrer. Peut-être est-ce dû, au moins en partie, à un montage un rien épileptique, le réalisateur ne laissant guère le temps à des scènes psychologiquement importantes de s'imposer. Peut-être s'agit-il simplement d'une incapacité du réalisateur à saisir la force des émotions - il avait témoigné de ce regrettable travers dans Godzilla. Cela rend en tout cas Rogue One étrange à regarder, un peu comme si l'on s'y sentait pris d'autisme face aux tragédies qui sont sous nos yeux dévoilées. Et c'est d'autant plus étrange que le film passionne, globalement fonctionne. Las, ce Star Wars manque peut-être du plus important: un peu d'humanité...

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Cinéma

[ ATTENTION, PETITS SPOILERS INSIDE ]

(Up d'une chronique de 2013, qui pour moi se confirme après un énième revisionnage de l'oeuvre. Bordel, quel film !)

Longtemps, je n'ai su quoi dire, quoi écrire. Voici plusieurs mois, déjà, que j'ai découvert Only god forgives, lové dans un fauteuil au fond d'une salle de cinéma vieillotte, minuscule et désertée. Et comme beaucoup, je suis resté interdit, perdu à la fin de la projection. Que diable voulait donc signifier cette expérience visuelle brisant sans retenue tous les codes narratifs du septième art, passant du fantasme à la réalité en les mélangeant parfois au risque de faire primer l'onirisme sur la lisibilité? Pourtant, l'incompréhension n'a fait que renforcer la fascination. Car, hypnotique, Only god forgives est de ces films qui vous poursuivent, qui se gravent dans un petit coin de votre mémoire et se nourrissent des références auxquelles vous le rattachez, progressivement, presque inconsciemment. Vous cherchez, vous interrogez chaque image, vous y revenez comme sur un métier à tisser. Pour comprendre le film de Nicolas Winding Refn, et plus encore pour l'apprécier, peut-être faut-il simplement du temps... et l'envie de s'interroger.

Etrange magma, de fait, que celui proposé par ce curieux long métrage. Sombre histoire de vengeance, drame familial, thriller contemplatif, regard faussement complaisant sur la cité souillée par le stupre et la violence qu'est la vénéneuse Bangkok... Ici, l'on avance sur un matériau en fusion, jamais lisible, parfois au risque de perdre le spectateur en cours de route. Sans doute ce qui m'a, longtemps, égaré. A tel point qu'il m'aura fallu trois visionnages pour commencer, à peine, à y trouver mon chemin. Tel un Petit poucet, vaquant de pierre blanche en image de référence, j'ai fini par y trouver un fil directeur, une justification, un art du cinéma consommé. J'ai forgé dans ces petites découvertes ma propre interprétation, car Only god forgives pourrait bien être une oeuvre qui prend son sens seulement dans le regard de celui qui vient de le visionner. Chacun y trouve ce qu'il est venu y chercher.

L'image qui me revient, sans cesse, est celle des deux bras de Ryan Gosling. Scène d'exposition, et les voici déjà sectionnés par la caméra. Ils sont un leitmotiv, une récurrence qui donne, forcément, un rythme, un sens. Ils marquent les principales étapes de l'oeuvre et sont aussi l'élément qui doit interroger le spectateur au regard du titre même du long métrage. Car tout est là, dans cet ultime châtiment infligé par celui que le script désigne, apparemment, comme l'instrument de la justice divine. Chang, ce policier incorruptible, impitoyable, ce "dieu terrible" qui a fait du Talion un acte de pacification.

Premier acte. Deux frères, dont un qui laisse soudain exploser son subconscient pervers. Viol, meurtre d'une gamine de 14 ans. "Il est temps d'aller rencontrer le diable", lâche-t-il peu auparavant. Et l'enfer se déchaîne lorsque se verse le sang. D'abord celui de l'innocent, puis celui du coupable, appelant à la vengeance une famille qui, justement, a ça dans le sang. Le mythe grec des Atrides ? Peut-être, mais pas vraiment. Ici, Refn construit sa propre mythologie, explore les limites du mal, en évoque la tendance à la propagation, presque virale. Le mal, c'est le frère pervers, mais c'est aussi la mère vengeresse (Kristin Scott-Thomas, fabuleuse), aveuglée par la colère et ses propres démons, castratrice et incestueuse. Elle a enfanté le mal, et elle lui donne l'occasion de prospérer en alimentant la vengeance de sa propre loi du Talion. Le mal, enfin, c'est peut-être encore celui par qui arrive la justice, celui qui outrepasse la loi des hommes pour infliger son propre châtiment. Autant de figures qui baignent dans une pourpre moiteur, instruments d'un drame antique qui se joue et se rejoue depuis la nuit des temps.

On parle de contagion du mal. Et de fait, Only god forgives s'enfonce peu à peu dans la violence la plus sordide. Bangkok, ville bien innocente en surface, s'y dévoile progressivement dans ses recoins les plus sombres, comme si Refn invitait le spectateur à traverser en sa compagnie les sept cercles de l'Enfer. Deuxième acte. Gosling - Julian dans le film - est spectateur de cet abysse. Lui existe sur fond bleu autant que rouge. A l'image du Eyes wide shut de Kubrick, les deux couleurs se côtoient incessamment dans le film, l'une pour évoquer le déferlement des passions autant que le mal et la tentation, l'autre pour figurer la peur, le désir d'élévation. C'est selon.

Magma en fusion. Et troisième acte. L'on découvre que les limites sont floues, ténues, que chacun porte en lui le potentiel du bien autant que la propension à succomber au mal. Une prostituée qui a tout d'un ange, un flic impitoyable (Chang) qui s'adonne au karaoké et offre sa voix superbe pour inspirer ses subordonnés juste après avoir torturé de la pire manière possible un suspect. Une mère capable du pire en revendiquant oeuvrer pour son fils sacrifié. Où est le mal, où est le bien ? Refn confronte les points de vue, mais le sien fait partie des présupposés. Only god forgives, a-t-il titré. Le personnage de Julian prend alors toute sa dimension, celle du divin tel que le conçoit le nouveau Testament. Julian a pardonné le père de l'adolescente violée et tuée, qui a revendiqué son droit à faire payer le coupable. Et Julian est encore capable de pardon lorsqu'il décide de ne pas venger sa mère, finalement châtiée. L'image des bras, encore, s'impose. Au lieu d'apparaître depuis le bas de l'écran, comme dans la scène d'ouverture (pour symboliser un désir d'élévation ?), ils surgissent, cette fois, du haut de l'image, et s'offrent en sacrifice à celui que le long métrage désignait jusqu'alors comme l'instrument de la justice divine. Chang - l'excellent Vithaya Pansringarm - est en réalité celui qui désigne le divin à travers l'acte castrateur. Le pardon, le sacrifice : ce sont les valeurs que Refn met en avant, la capacité supérieure au bien dont fait preuve son personnage le sauve in extremis de la fange dans laquelle il est plongé depuis trop longtemps.

Only god forgives joue avec le temps, ose la contemplation pour offrir au spectateur l'opportunité de la réflexion. Ici, tout prend sens, une fois que change le point de vue initialement posé sur l'image. Si Julian est "Dieu", alors se comprennent les travellings incessants - qui n'ont rien à envier à ceux du Shining de Kubrick, ici encore - donnant cette étrange impression d'une présence supérieure autour du frère égaré. S'expliquent également les prémonitions qui jalonnent l'oeuvre, ainsi que l'onirisme prégnant dans lequel baigne tout le long métrage. Julian, en ce sens, devient presque une abstraction, se fait l'instrument de la salvation. Les mains symbolisent le "faire", le "physique". Les couper revient à donner au personnage interprété par Gosling le statut d'idée, de précepte moral et théologique. En acceptant de verser son sang, Julian dispense ainsi le Pardon dans son acception judéo-chrétienne. Il devient l'agneau sacrifié, pour permettre à son bourreau de s'en aller chanter, lavé de ses péchés, dans la salle de karaoké. Vénéré tel un faux dieu, là où la puissance du Divin vient pourtant de s'exprimer...

 

 

 

Pour conclure

Only god forgives n'est certes pas un film à mettre entre toutes les mains. Souvent délibérément lent, résolument peu accessible, le dernier long métrage de Nicolas Winding Refn demande un effort auquel le cinéma moderne ne contraint plus guère le spectateur. Pourtant, je suis désormais convaincu que ce film constituera, d'ici quelques années, l'une des références cinématographiques incontournables de ce début de XXIe siècle. La capacité de Refn à conserver une narration claire tout en éclatant son scénario et en déstructurant totalement sa mise en scène ouvre des pistes pour le cinéma à l'image de ce qu'avaient réussi à faire, en leur temps, les oeuvres du regretté Stanley Kubrick. Au détour des images surgissent d'ailleurs moult références au réalisateur anglais (le jeu des perspectives est à ce titre saisissant), ainsi qu'au Wong Kar-Wai de Chungkin Express et des Anges déchus dans sa manière de filmer Bangkok, et inévitablement à Jodorowski dans son approche des séquences oniriques - sans surprise, puisque les deux réalisateurs se vouent une admiration mutuelle sans faille. Parvenir à intégrer le travail de ces trois maîtres et à en tirer une forme de cinéma syncrétique capable de poser des questions sur sa propre nature n'est pas la moindre des qualités de ce film que je ne saurai jamais assez vous conseiller de voir. Vous serez peut-être enchantés, peut-être déçus, voire même fâchés, mais vous ne sortirez pas indemnes de cette expérience de cinéma aussi puissante qu'impossible à oublier.

 

Et si vous avez envie de lire une autre interprétation du film, je ne peux que vous conseiller le papier de Nemesis-8-Sin sur le sujet : c'est splendide !

http://h2g3.wordpress.com/2013/08/12/only-god-forgives-nicolas-winding-refn-2013/comment-page-1/#comment-20

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Cinéma (Cinéma)

Yop tous,

Maintenant que la plupart d'entre nous ont vu le film, le moment est peut-être venu de parler de ce septième opus Star Wars, de ses petits secrets et des possibilités qu'il ouvre pour le prochain épisode. Que ceux qui n'ont pas encore été voir la merveille quittent ce post au plus vite, la suite contient des spoils assez conséquents relatifs au Réveil de la Force.

 

1. Qui est Rey ?

Personnage central de l'épisode 7, Rey vit sur Jakku depuis, nous apprend le film, qu'elle y a été déposée durant sa jeunesse par les personnes dont elle attend désormais le retour. C'est la raison pour laquelle elle refuse le poste proposé par Han Solo dans le Faucon Millenium, avant d'être ramenée à la raison par Maz Kanata, qui lui suggère quelque chose que Rey sait déjà en son for intérieur - une intuition liée à la Force ? "Ceux que tu cherches ne reviendront pas, mais il y en a encore un qui peut être retrouvé".

Cela peut induire deux options. La première serait que Rey est bien une descendante de Luke Skywalker, qu'elle retrouve lors des derniers instants du film, ce qui expliquerait pourquoi son flashback, lorsqu'elle tient le sabre, inclut des images de ce temple jedi dans lequel elle retrouve Luke. L'autre hypothèse est peut-être un peu plus complexe. Ce même flashback invoque la voix de Yoda, mais aussi celles d'Obiwan Kenobi jeune et plus âgé. Il faut se rappeler ici qu'Obiwan est mort lors des événements du Nouvel Espoir, soit 34 ans auparavant. Il ne peut donc être le père de Rey. En revanche, il pourrait parfaitement en être le grand-père.

Reste que cette théorie irait contre l'un des trailers du film, qui évoque clairement la filiation de Rey avec Luke: à propos de la Force, la voix off de Luke ne disait-elle pas "The Force is strong in my family. My father has it (sic, ce présent devra être clarifié), I have it, my sister has it, you have that power too". Selon moi, il y a une option qui ramènerait l'équilibre dans la Force : Rey pourrait bien être la fille de Luke et d'une enfant cachée d'Obiwan. Ce qui tendrait à indiquer qu'elle pourrait être  la descendante de deux jedis et donc peut-être plus naturellement encline à maîtriser la Force de manière intuitive. Ceci aurait le mérite d'expliquer sa gestion du combat contre Kylo Ren et ses aptitudes de contrôle mental.

 

2. Qui est Finn ?

Le stormtrooper le plus indiscipliné du Premier ordre n'est évidemment pas un personnage lambda. On le sent intuitivement, et il en va de même pour Maz Kanata, qui s'intéresse de très près à ce drôle de personnage qui semble fuir son destin mais  montre vite ses qualités de coeur en volant au secours de Rey sitôt celle-ci enlevée par Kylo Ren. Sa couleur de peau nous offre deux options assez évidentes concernant sa filiation, le film nous apprenant que Finn a été enlevé à sa famille alors qu'il était bébé. Il pourrait s'agir d'un descendant de Mace Windu: la maîtrise au sabre de ce dernier est légendaire, ce qui pourrait expliquer pourquoi Finn parvient à tenir face à Kylo Ren alors qu'il ne témoigne (pour l'instant?) d'aucune aptitude à la Force. Il pourrait également être un descendant du roublard Lando Calrissian. La théorie présente l'avantage de raccrocher le personnage à une figure de la trilogie originale dont on ignore le destin - et donc potentiellement invocable par le scénario pour un retour dans l'intrigue. Il n'est pas exclu que Billy Dee Williams, l'acteur qui l'incarne, ressurgisse à l'écran à la faveur du prochain opus - le grand ami de Han Solo pour remplacer la perte du contrebandier le plus célèbre de la galaxie...

Une petite question subsidiaire, au passage: comment se fait-il que les troopers, censés être retournés dans le giron de la République à la fin des événements du Retour du jedi, soient à la botte du Premier ordre ?

 

3. Qui est Snoke ?

La rumeur a déjà bien enflé sur le web ces derniers jours. Doté d'une apparence extrêmement spécifique, le leader suprême Snoke est bien évidemment un chevalier Sith, puisqu'il annonce dans le Réveil de la Force vouloir achever l'initiation de Kylo Ren une fois ce dernier débarrassé de ses sentiments pour son père - et de son père par la même occasion. Mais Snoke pourrait être bien plus encore, car derrière ce nom se cacherait en réalité l'une des figures majeures de Star Wars, évoquée dans l'épisode III par Palpatine: le maître de ce dernier, Darth Plagueis. Les illustrations relatives au personnage semblent valider la thèse, ainsi que la musique associée au personnage, qui renvoie directement au fond sonore utilisé lorsque Palpatine évoque le sujet. Plagueis, originaire de la planète Muunilinst, est censé être mort, tué par Darth Sidious. Mais on sait également que ce super badass Sith avait le pouvoir de manipuler la vie et la mort, et qu'il serait, selon l'univers étendu de la saga, l'utilisateur originel de la Force.

Il n'est pas du tout exclu que Lawrence Kasdan, scénariste de la saga sur les épisodes IV, V et VI, ait lié cette nouvelle trilogie à la métahistoire de Star Wars par ce biais, ce qui aurait l'avantage de faire des épisodes VII, VIII et IX une véritable suite logique des événements précédents, et non une nouvelle épopée raccrochée artificiellement au reste.

 

4. Le côté obscur de la famille Solo ?

Kylo Ren, on le sait désormais, n'est autre que le fils de Han et Leia, Ben Solo. Séduit par Snoke, c'est lui qui a détruit l'oeuvre de Luke, qui s'était lancé dans l'éducation d'une nouvelle génération de chevaliers jedi. Autant dire que comme parents, Han et Leia se posent là, vu l'ampleur de l'échec. Mais s'agit-il réellement d'un échec ? La théorie commence en effet à avoir ses adeptes qui voudrait que Kylo Ren ait fait tout cela pour pouvoir approcher Snoke, et ainsi s'inscrire dans l'héritage d'Anakin plutôt que dans celui de Vador: infiltrer le régime héritier de l'Empire pour en finir définitivement avec l'obscurité. Ben aurait tué son père pour pouvoir convaincre Snoke de sa fidélité, sacrifice qui s'inscrirait dans la continuité de l'épisode des élèves jedi de Luke.

Pour ma part, je demande à voir: Kylo Ren me fait surtout l'effet d'être un personnage déboussolé, qui rencontre sa destinée en tuant son père de ses mains: il peut désormais s'abandonner totalement au côté obscur, et donc réussir là où  Vador avait échoué en imposant une Pax Romana version dictatoriale et génocidaire à toute la galaxie.

Beaucoup de questions subsistent, en tout cas:  qu'ont donc pu faire Han et Leia pour perdre ainsi leur enfant, et comment un personnage comme Snoke a-t-il pu approcher l'enfant alors qu'en théorie, Luke était présent ? Le plus puissant des Jedi n'aurait-il pas vu venir la menace ? Par ailleurs, qui sont les chevaliers de Ren, que l'on aperçoit dans le flashback de Rey ? Se pourrait-il qu'il s'agisse des anciens apprentis de Luke ?  Enfin, il faudra aussi que l'épisode VIII tranche concernant la fin de Han Solo: celle-ci renvoie trop directement à la chute de Luke après son combat contre Vador pour que l'on accepte d'emblée la mort du contrebandier. La présence d'Harrison Ford au casting de l'épisode VIII (http://www.staragora.com/news/star-wars-8-le-casting-revele-avec-harrison-ford/522585), déjà confirmée, peut signifier deux choses : le tournage de flashbacks, ou le retour du personnage à un moment où personne ne l'attend. Wait and see...

Enfin, LA question. Où est passé le bikini de Leia ?

 

5. Et Luke, alors ?

C'est la grande question soulevée par cet épisode VII. S'il est question de lui deux heures durant, si tout le film tourne autour de sa recherche, Luke Skywalker n'apparaît qu'une petite minute à l'écran, comme récompense finale d'une quête pour le moins mouvementée. Le sabre que lui tend Rey a un sens assez évident : le chevalier jedi mythique acceptera-t-il de reprendre les armes pour s'en aller affronter le Premier ordre ?

En clair, Luke n'a pas un avenir clairement tracé devant lui. Déjà, il faut résoudre la question des raisons de son départ. L'échec en tant que formateur suffit-il vraiment à  expliquer sa disparition, alors même que l'Empire se découvrait un héritier avec le Premier ordre ? Ne faudrait-il pas supputer que Luke  est parti pour tenter de combattre, seul, cette tentation du côté obscur qui est décrite lors de sa formation par Yoda ? Et si c'est le cas, a-t-il atteint son objectif ? De cette réponse découlent deux options: s'il a échoué, il ne peut prendre une part active dans la bataille. Il se contentera peut-être de former Rey à la maîtrise de la Force. L'autre option voudrait qu'il revienne au premier plan de la saga. Après tout, c'est de lui (et d'Anakin) que les films ont toujours parlé, d'une manière ou d'une autre.

Une chose est sûre, et le scénariste Michael Arndt, qui a travaillé un temps sur le script de l'épisode VII, en convient volontiers : il est très difficile de faire évoluer l'histoire des nouveaux protagonistes de Star Wars dès lors que la figure majeure de la trilogie précédente est à l'écran. Un équilibre très délicat devra donc être trouvé par le scénario de l'épisode VIII, étant entendu que les fans n'accepteraient sans doute pas que Luke y soit cantonné à un rôle secondaire. Alors, le tuer peut-être ? On n'ose même pas y penser...

(Ce post a une vocation participative: si vous avez des théories valides sur la suite des événements, n'hésitez pas à les poster en commentaire, je les intègrerai au fur et à mesure si elles sont pertinentes)

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Cinéma (Cinéma)

Yop tous !

Cette fois, on y est. Comme pas mal de fanatiques de la franchise Star Wars, je me suis précipité mercredi matin, dès 10h, dans la salle de ciné la plus proche pour tâter de la bête. "Le" Réveil de la Force que tout le monde attendait était là, qui me tendait les bras.

Ca n'a pas été facile de rester motivé depuis l'achat des billets, fin octobre. La campagne marketing autour du film, d'abord, m'a un peu agacé. Puis sont venus les éternels critiques et oiseaux de mauvais augure, qui se sont mis à  prédire, face au rouleau compresseur, l'avènement d'un immonde machin filmique, blockbuster sans âme et décérébré, sacrifié sur l'autel de ce business qu'ils prétendaient pourfendre en bons chevaliers jedi de la culture bien troussée. Des jours et des jours durant, le matraquage, résolument hype, fut incessant. A tel point que, paradoxalement, il fallait résister non plus à cette folle promotion made in Disney, mais à ses adversaires les plus acharnés pour continuer à attendre ce moment comme cela se devait: avec un regard d'enfant qui ne demandait qu'à être émerveillé.

Heureusement, en ce mercredi matin, l'envie ne m'avait toujours pas lâché. Et c'est tout guilleret que j'ai rallié mon temple des images, avec une heure d'avance pour faire bonne mesure, dans la perspective de passer un bon moment de pelloche. Ceci pour découvrir, non sans étonnement, que la foule attendue était tout simplement absente du rendez-vous. Crainte de la ruée ? Désamour pour la saga ?  Problèmes du logiciel de vente de billets - un ami m'a confié avoir voulu acheter des places, mais s'était vu répondre que la séance était complète ? Je n'ai pas eu de réponse à la chose, toujours est-il que nous nous sommes retrouvés à une vingtaine, tout juste, dans la plus grande salle du ciné. A bicher comme pas possible tandis que les lumières déclinaient et que s'achevaient les 25mn de pubs conclues sur la bande annonce du prochain Tarantino, Hateful Eight. Une sacrée promesse de western, celui-là.

Cut, et fondu au noir. Logo Star Wars sur l'écran, travelling vers un gigantesque croiseur interstellaire, pour finalement atterrir sur la planète Jakku, à suivre les premières péripéties de BB-8 et de son compagnon humain. Dans cet ordre précis, étant entendu que BB-8, remplaçant R2 au pied levé, a tout du robot gadget sur lequel Disney a imposé pas mal de séquences comme autant de placements produit au fil du long métrage. Le robot y prend une place qui n'est pas cohérente, interagissant presque avec les protagonistes du film comme un alter-ego crédible. Ce qui n'est pas foncièrement dramatique, mais nuit un peu à la cohérence de l'oeuvre. A tout le moins, cela m'aura gêné.

Ce regret évacué, Le Réveil de la Force ne trahit pas sa nature. Et encore moins les rêves des fans, sérieusement flétris depuis la prélogie de triste mémoire. Car dès les premiers instants du film, la chose est entendue: Abrams a voulu rendre hommage au travail de Lucas dans l'épisode IV. Héroïne en devenir sortie des sables du désert, recherche du père, implication dans une bataille qui dépasse une simple destinée et finit, comme dans tout bon SW, par une nouvelle Etoile Noire à faire exploser, référéences évidentes au régime nazi pour décrire le Premier Ordre, à l'image de ce qu'avait fait Lucas pour caractériser l'Empire... La trame fait immanquablement penser à l'oeuvre de 1977, et d'aucuns y ont d'ailleurs d'ailleurs vu une copie de l'histoire originale, presque un remake non assumé. Je crois que l'on est dans autre chose, en réalité: une sorte de relecture du mythe, qui utilise les mécaniques de l'opus initial pour refonder une nouvelle mythologie. C'est là tout le questionnement d'Abrams, qui se demande deux heures durant ce qui fait la magie de la saga, et part à la recherche de ces ingrédients, qu'il intègre peu à peu pour faire monter la mayonnaise. La Force elle-même est devenue un élément éthéré, une légende quer l'on raconte aux enfants le soir, et il faut attendre un bon moment dans l'oeuvre pour comprendre que c'est bien de résurrection de cette mystique que veut parler le réalisateur. Et à travers elle, poser les fondements d'un monde où la technologie est à nouveau supplantée par le fantastique et la magie. Réenchanter Star Wars...

Le Réveil de la Force, évidemment, se comprend au rythme de multiples références et clins d'oeil à l'univers de toute la saga. Il pose également les bases de toute la nouvelle trilogie, étant entendu que c'est en tant qu'introduction (à l'image du premier Seigneur des anneaux) qu'il doit être compris. Ceci explique cette sensation d'univers en construction qui ne lâche pas le spectateur tout du long, lequel assiste à la mise en place, avec plus ou moins de bonheur, d'une nouvelle dynamique narrative, l'Empire cédant la place à un intriguant Premier Ordre face à un versant lumineux de la Force clairement décimé mais en passe de renaître de ses cendres. Tout n'y est pas impeccable, soyons honnêtes. La relation entre Rey et Finn souffre d'une superficialité coupable et se construit au fil de dialogues parfois maladroits (la scène du mimétisme dans le faucon millenium est emblématique), et le rythme même du long métrage sacrifie parfois les instants dédiés à la mise en place de l'intrigue au profit de scènes d'action diaboliquement spectaculaires mais un peu trop présentes pour laisser l'épique de cette aventure réellement s'exprimer. Si je devais d'ailleurs avoir un grief majeur contre cet épisode VII, ce serait celui-ci: trop sage, trop généreux et sans doute trop enthousiaste à l'idée de graver sa contribution à Star Wars dans toutes les mémoires, Abrams a un chouilla sous-estimé la profondeur inhérente à la trilogie originale. Cela se ressent jusque dans le traitement accordé au bad guy de l'histoire, l'infâme Kylo Ren. Trop souvent, la mise en scène ruine les effets du chevalier Sith en invoquant un second degré décalé à l'image (les troopers qui filent en entendant Ren tout démolir, de colère), ce qui a pour effet d'amener le personnage, initialement bien décrit, vers une dimension de clown triste dont on se serait bien passé. Heureusement, c'est un passage à vide compensé par les derniers moments du film, où semble se construire une nouvelle destinée pour ce monstre en devenir, enfin à la hauteur de la terreur qu'il suscite sur son passage.

Mais ce sont les grincements d'une mécanique par ailleurs parfaitement huilée, et dont  la dynamique parvient à recréer à l'écran cette recette magique qui avait fait des trois opus initiaux des références incontournables du space opéra. Mention spéciale à Harrison Ford, qui reprend son rôle comme au premier jour, mais aussi à pas mal de nouveaux venus qui semblent dessiner les contours d'une nouvelle fraternité éminemment sympathique contre le mal promis à se dresser contre eux. C'est là tout le sel de cette nouvelle épopée, qui parvient, par la grâce d'un Abrams qui a laissé ses prétentions de réalisateur au placard pour se mettre tout entier au service de cet univers, à faire le lien logique entre la trilogie originale et ces éléments nouveaux amenés à porter Star Wars vers de nouvelles contrées. La suite, annoncée pour mai 2017, devra faire fort pour se hisser au niveau de cette rampe de lancement remarquablement gérée...

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Cinéma (Cinéma)

Yop tous,

Voilà, après 10 jours passés à courir un peu partout à travers la ville, je vois enfin le bout d'un long tunnel qui a pris la forme de nuit blanches à répétition : le festival européen du film fantastique de Strasbourg se termine ce soir, au terme de quelque 140 projections de films de genre, d'une Zombie Walk qui aura attiré 5000 personnes, d'une diffusion de Gremlins en plein air en présence de son réalisateur, Joe Dante, de découvertes en réalité virtuelle parfois étonnantes, d'exposition Lego ou retrogaming, j'en passe et des meilleures. Le FEFFS, qui en était à sa huitième édition cette année, a fait de son appétit pour la diversité une force. Et tout le monde pouvait y trouver son compte, plus que jamais. Personnellement, le souci tenait davantage à déterminer où je pouvais ne pas aller.

Pour ma part, je termine cette édition avec le sentiment du travail accompli. J'ai pu voir une bonne quinzaine de films de la sélection, rencontrer Joe Dante himself en tête à tête pendant une demi-heure, boire une bière avec Frédérick Raynal, partager un café avec Enzo Castellari, Franck Ilfmann et Alain Schlockoff, et causer cinéma avec quelques-uns des réalisateurs venus défendre leur film face au public. Globalement, j'en retiens une chose : les plus doués sont aussi, bien souvent, les plus sympathiques, et je garderai à ce titre un souvenir ému des quelques mots échangés avec Joe Dante, extrêmement aimable et attentif,  ainsi qu'avec Enzo Castellari et son fils, modèles de convivialité à l'italienne. Je sais que ce nom ne doit pas vous dire grand-chose, il est pourtant une brique importante de l'histoire du cinéma: Castellari a fait partie de l'épopée des westerns spaghetti - il a réalisé le crépusculaire Keoma en 1976, avec Franco Nero dans le rôle titre - et l'une de ses oeuvres est de longue date vénérée par le cinéphile fou qu'est Quentin Tarantino. Son Inglorious Basterds n'est rien de plus qu'un hommage à l'Inglorious Bastards (notez le changement de voyelle) de Castellari.

Mais revenons un peu sur cette semaine. Le FEFFS a en effet réservé son lot de surprises quasiment chaque jour, et il  me semble assez intéressant de vous faire un petit topo sur ce que j'ai pu glâner comme infos sur les films au quotidien. Ceci nous amène donc à

 

VENDREDI

Il faut bien un début, et c'est à Knock Knock, d'Elie Roth (Hostel, pour ceux qui ne le remettraient pas), qu'est revenue la mission d'ouvrir le bal cette année. De ce thriller un peu potache, qui raconte l'histoire d'un gentil papa abandonné pendant un week-end par sa femme et sa fille... et qui se retrouve aux prises avec deux superbes créatures pas forcément très bien intentionnées, je retiendrai surtout que Roth n'a rien perdu de son appétit pour les sujets  un peu poil à gratter. Ici, en l'occurrence, outre donner un rôle à Keanu Reeves qui soit capable de le ramener dans le petit monde des acteurs crédibles - ce n'est pas totalement réussi -, il s'agit de suivre une méticuleuse opération de démolition d'une cellule familiale, du moins autant que d'une sorte de guerre des sexes dans laquelle le concept de femme-objet se retourne contre ceux qui y croient encore. Knock Knock n'est certainement pas le film de l'année, le long métrage souffrant de pas mal d'incohérences et paradoxalement d'une relative timidité l'empêchant d'aller au bout de son sujet, mais il y a de quoi s'amuser. Le final, en particulier, mérite à lui seul que l'on s'attarde sur ce drôle d'objet filmique un peu mal gaulé mais plein de bonnes intentions et assez emblématique de cette envie sans cesse répétée d'Elie Roth de filmer quelque chose qui tient du choc de deux mondes. Ah, et je le dis au cas où, parce que je l'ai entendu ici et là après la séance : non, il n'y a rien de sexiste dans cette affaire, même si l'image de la femme en prend un coup. Mais vu que l'image de l'homme également...

Ce choc des mondes, des cultures, c'est aussi le propos du deuxième film projeté lors de cette soirée inaugurale. Mais là, attention, ça ne rigole plus du tout. Bouclé depuis 2013 mais victime de vents contraires qui l'ont trop longtemps empêché de trouver sa place sur les écrans, Green Inferno est LA pépite que tout le monde attendait du même Elie Roth. A raison : projeté en séance de "midnight movie" après un petit salut personnalisé du réalisateur aux festivaliers strasbourgeois (sympa!) par le biais d'une vidéo projetée en guise d'apéro, le bidule est un vrai, bon gros bain de sang gore et fun comme on les aime. Le pitch est basique : des étudiants pétris de bonnes intentions entendent sauver une tribu indigène d'Amazonie des grands méchants intérêts industriels qui veulent raser leur forêt. Seul souci en vue: ces indigènes sont réputés cannibales, et n'ont absolument aucune idée des intentions qui animent ces bonnes âmes. La suite ? Tartare et steacks de potes en veux-tu en voilà, avec un salutaire mauvais esprit renvoyant dos à dos les idéalistes, les industriels, les cannibales et les fumeurs de beuh. Cette dernière catégorie s'offrant au passage le plat de résistance - irrésistible - de ce long qui restera l'une des excellentes surprises du festival.

Bonne nouvelle, Green Inferno sort en e-cinéma dès le mois d'octobre, alors foncez si vous avez le coeur bien accroché.

 

SAMEDI

Joe Dante

Un tout petit dodo après Green Inferno, et la journée aura commencé assez tôt puisque c'est à 10h que je devais croiser la route de Joe Dante. Je n'ai pas grand-chose à dire sur le sujet, si ce n'est que le bonhomme est pile comme je l'attendais: aimable, courtois, passionnant et sensible à la vraie cinéphilie. Avec peut-être un soupçon de regrets quand on lui parle de The Second Civil War, hélas méconnu mais qui rassemble à mon sens tout ce que  son cinéma référentiel, irrévérencieux et politique a produit de mieux. Là encore, je ne saurais que trop vous conseiller de vous précipiter sur cette pépite méconnue de sa filmographie, drôle d'histoire en forme de vraie fausse comédie dans laquelle l'Etat de l'Idaho fait sécession après avoir refusé d'accueillir des enfants devenus orphelins à cause d'un conflit nucléaire entre l'Inde et le Pakistan. Tout y passe : satire des moeurs, de l'Amérique profonde, de la politique spectacle, des médias... Dante s'en donne à coeur et livre un film férocement intelligent et bien moins amusant qu'on pourrait le croire, finalement. Il y a une dimension prophétique dans le cinéma de Dante, et cet ofni est là pour le démontrer.

 Evan Dumouchel, acteur dans They Look Like People. Autant vous dire que le monsieur a eu beaucoup de succès auprès des spectatrices.

La suite du FEFFS, pour moi, démarre en soirée avec They Look Like People, de Perry Blackshear. Soyons honnête : cette histoire de dérive paranoïaque jouant sur l'hésitation fantastique - une invasion extraterrestre, vraiment ? - ne révolutionne de loin pas le genre. Mais son approche intimiste, bien servie par un excellent casting permet au film de sauver les meubles. Avec toutefois un effet pervers: échaudé à l'idée de plonger dans un deuxième plan auteurisant de film de genre, j'ai fait l'impasse sur le film suivant, The Invitation, de Karyn Kusama. Pas de bol, c'est l'Octopus d'or 2015, et accessoirement l'un des coups de coeur du public. Ce huis clos serait, selon Enzo Castellari, le président du jury, "une oeuvre maîtrisée de bout en bout avec beaucoup, beaucoup de tension". Je vais guetter sa sortie au ciné ou en DVD.

Déçu, je me suis tout de même rattrapé avec le "midnight movie" du jour, Tales of Halloween. Si vous cherchez un film choral efficace, flippant et bourré d'humour, c'est ici que ça se passe. Le long raconte une série de petites légendes modernes d'Halloween redoutablement noires et parfois très gores, qui ont de plus le bon goût de s'insérer dans une structure cohérente qui permet d'échapper à l'impression d'un empilement de courts métrages. Une vraie bonne surprise qui fera un parfait divertissement à la fin du mois prochain si vous êtes adepte des "tricks or treets".

 

DIMANCHE

Ici encore, il y aura eu des regrets, puisque j'ai raté Der Bunker, de Nikias Chryssos, qui a beaucoup plû aux festivaliers. Mais j'ai sauvé l'honneur en allant découvrir Cop Car, de Jon Watts, dans lequel l'excellent Kevin Bacon, sheriff de son état, doit se mettre en chasse pour retrouver deux gamins (même pas douze ans) qui se sont amusés à lui piquer sa voiture de service. C'est drôle, tendu comme c'est pas permis, bien écrit, superbement filmé et rythmé par des twists qu'on ne voit jamais venir. Des films comme ça, j'en redemande.

 

LUNDI

Un petit dodo, une journée de boulot, et retour au ciné à 22h pour profiter du show. J'aurai raté Ni le ciel ni la terre du Strasbourgeois Cogitore, mais j'aurai l'occasion de le revoir bientôt au ciné.

Quant à la suite de la soirée, je ne retiendrai que du bon.

Emelie, d'abord, pose la question de la sécurité du cocon familial de manière frontale, en y introduisant, de manière apparemment bien innocente, un élément perturbateur et finalement destructeur. Le film de Michael Thelin est extrêmement malsain, confrontant l'enfance à la folie des adultes, ce qui a pour résultat de proposer au spectateur l'image d'une destruction patiente et méticuleuse de l'innocence. Certains, dans la salle, ont eu du mal à supporter, mais il est impossible de rester indifférent à ce sujet, traité avec une vraie maestria. Emelie n'a rien obtenu à Strasbourg, mais il reste l'un de mes coups de coeur de la sélection.

Deathgasm, ensuite. Comment parler de ce midnight movie qui a fait sensation au festival sans en déflorer le sujet ? Réalisé par Jason Lei Howden, d'ailleurs présent pour défendre son bébé, le long métrage est de ces rares pépites qui proposent une idée à chaque plan, sans jamais pourtant se prendre trop au sérieux. En même temps, le pitch invite clairement au delirium tremens : un groupe de metal tombe sur une partition surnaturelle qui permet d'invoquer le roi des démons et donc l'apocalypse. Résultat: un grand n'importe quoi, des gros riffs toutes les trente secondes, un humour ravageur et du gore bon teint pour faire bonne mesure. On se croirait presque revenu aux bons vieux Bad Taste et Braindead de Peter Jackson, et de fait il y a de ça puisque Deathgasm affiche fièrement son ADN neo-zélandais. Ces gars-là sont vraiment dangereusement allumés.

Ah, un truc amusant en anecdote : Deathgasm n'existe que parce qu'un concours d'affiches a primé l'idée de film que Howden avait envie de réaliser. Trois mois plus tard, c'était dans la boite !

 

 MARDI-MERCREDI

Quelques contraintes professionnelles, et voilà comment on loupe deux soirées de projections. J'ai quand même réussi à sauver une oeuvre de ce marasme, mardi, à savoir When animals dream de Jonas Alexander Arnby. Une bien jolie variation sur le thème du loup-garou et de la transformation, le sujet étant traité comme une légende scandinave, tout en retenue et en tendresse. Pas de bain de sang, aucun frisson, simplement le terrible poids de la société et le cri, déchirant, d'un auteur qui revendique le droit à l'altérité. Je crois bien qu'il s'agit du film que j'ai préféré durant le festival, avec The Survivalist. Mais concernant ce dernier, on y reviendra un peu plus loin.

Ah, et j'ai fait un saut au Shadok, le spot numérique strasbourgeois, pour découvrir Catatonic, l'un des tout premiers films d'horreur en réalité virtuelle. Le court-métrage dure quatre minutes, mais cette plongée dans un asile d'aliénés à la dérive est assez géniale. Si vous avez l'occasion de vous y essayer, jetez-vous dessus.

 

JEUDI

Les craintes étaient là, et je dois bien dire qu'elles étaient fondées: jeudi soir, c'est avec Nightfare, de Julien Yamakazi Seri, que j'ai attaqué la soirée. Un film dont le réalisateur a expliqué qu'il a été conçu dans l'urgence, davantage dans la sensation que dans la réflexion, et avec un budget ridiculement riquiqui. Inévitablement, cela se ressent à l'écran. Cette histoire de taxi tueur la nuit dans Paris est bourrée de clichés, plombée par des incohérences scénaristiques parfois maousses et un goût du "too much" assumé mais souvent mal amené. Là-dessus, je passe sur la caractérisation des personnages, qui relève de la foire aux clichés, pour saluer malgré tout une bonne interprétation, une photo hallucinante de qualité pour un tel budget et quelque chose qui tient de la vraie envie de faire plaisir au public. Le film parvient presque à sauver la mise dans la dernière partie, qui perd en réalisme ce qu'elle gagne en dimension référentielle en mutant vers une sorte de cartoon asiatisant. Et la conclusion du film d'offrir un joyeux bazar foutraque où l'on finit par se laisser emporter pour peu que l'on laisse son cerveau au repos quelques instants. Nightfare n'est pas un bon film, mais il porte en lui les germes d'un cinéma plus intéressant. Seri est un mec à suivre, je l'attends au tournant.

J'ai fait l'impasse sur The corpse of Anna Fritz - la nécrophilie n'a jamais fait partie de mes thèmes préférés de cinéma - pour aller boire un verre, à 22h. Bien m'en a pris, puisque c'est avec Frédérick Raynal, président du jury de l'Indie Game Contest, que j'ai papoté une bonne partie de la soirée. Je ne vous referai pas le film. Je retiendrai simplement que ce gars-là est un modèle de créateur de jeux vidéo, tant dans l'esprit que dans la façon de faire. Raynal, en effet, en est resté à l'époque où il faisait des jeux pour amuser les copains, et les business-plans ne sont désespérément pas sa came. Alors, quand on cause avec lui, c'est l'occasion de découvrir ce qui le fait courir, ses derniers coups de coeur, ses analyses sur l'état du marché des jeux vidéo et surtout de mieux comprendre cette incessante envie de développer, de chercher la nouveauté, qui ne l'a jamais quitté. Une belle rencontre à la clé, que j'ai un peu fait durer par gourmandise, étant entendu que j'avais déjà vu le midnight movie de la soirée, Turbo Kid. Au passage, il y a là un post-apo bien barré, drôle et décalé, à ne surtout pas louper.

 

VENDREDI

Dernière ligne droite avant la cloture, et que du bon en perspective. On commence la soirée avec The Survivalist, un "post-events" selon les mots de son réalisateur, Stephen Fingleton (ci-dessus). Le long métrage aborde la question de la survie en milieu hostile de manière quasiment naturaliste, sans aucune recherche d'effet, si ce n'est l'envie de montrer à l'écran ce que peut donner une vie quotidienne dans laquelle chaque écart peut signifier la mort. Le personnage principal se retrouve confronté à l'arrivée de deux femmes, qui seront deux bouches de plus à nourrir. Fingleton y trouve l'occasion de décrire la nature des rapports humains en souscrivant aux théories du Leviathan de Hobbes. Une vision du monde noire, mélancolique et d'autant plus terrifiante qu'elle se place volontairement dans un contexte qui semble très proche de celui que nous connaissons. The Survivalist a obtenu une mention spéciale du jury, et ce n'est vraiment, vraiment pas volé tant cette oeuvre est puissante et maîtrisée.

Dans la foulée, c'est The Hallow qui prend le relais. Sur le papier, le film de Corin Hardy a tout pour plaire : une histoire de forêt maudite en plein coeur de l'Irlande, dans un contexte de rachat de ces bois par des compagnies privées - le propos social du film est très appuyé. Et je dois bien dire que l'ensemble fonctionne d'abord plutôt bien, imposant une vraie tension qui va crescendo à mesure que l'on comprend la nature de la menace. En revanche, la dernière partie de l'oeuvre perd en cohérence, et sacrifie un peu sa nature de film de monstre à l'ancienne en surlignant une morale familiale lourdingue qui gâche le dénouement, un peu comme si l'enjeu de la survie face à la menace ne suffisait pas à lui seul à tenir l'oeuvre. C'est un choix qui n'a pas gêné tout le monde - The Hallow a d'ailleurs séduit le jury, qui lui a attribué le Méliès d'argent - mais il ne m'a en tout cas pas convaincu. Je tenterai peut-être un deuxième visionnage à l'occasion pour conforter - ou non - cette opinion. Je le dois bien à Corin Hardy, qui a pour lui d'être tout-à-fait sympathique.

 

SAMEDI

 Pour finir la semaine en beauté, il fallait bien quelques aventures un peu exceptionnelles, et c'est pile ce qui m'est arrivé. Avec d'abord, dans le cadre de mon taf, un petit café partagé en compagnie du jury longs métrages, en l'occurrence le compositeur anglais Franck Ilfmann (auteur de l'OST de Big Bad Wolves, à voir absolument si ce n'est pas déjà fait), le fondateur de L'Ecran Fantastique Alain Schlockoff et le cinéaste italien Enzo Castellari, venu à Strasbourg avec son fils (le critique Kim Newman s'était absenté). Un chouette moment de discussion en leur compagnie, à revenir sur les films de l'édition 2015 et à parler de leur amour inconditionnel pour le septième art. C'est dans ces moments-là qu'on se rend compte que finalement, entre passionnés, qu'on soit une légende vivante, un pro du milieu ou un simple quidam, on arrive toujours à se comprendre. 

La soirée de cloture aura de son côté aussi été un grand moment. A pouvoir croiser les réalisateurs primés - à l'exception de Karyn Kusama, qui n'a pas fait le déplacement -, le jury - encore lui ! - et Raynal - décidément sympa comme tout. L'organisation du FEFFS, elle, avait réservé une ultime surprise aux festivaliers, avec la projection du nouveau Takashi Miike, Yakuza Apocalypse. Où l'on aura une fois encore pu apprécier le goût immodéré du réalisateur pour les histoires totalement barrées qui s'offrent le luxe de partir en sucette à répétition et  de virer au n'importe quoi absolu invoquant aussi bien Godard que Sergio Leone, X-Or ou Godzilla. C'est pas bien de fumer la moquette, Takashi !

 Autant vous dire que l'"oeuvre" n'a pas fait l'unanimité dans la salle, mais elle aura eu le mérite de bien nous faire rigoler. L'un dans l'autre, un final parfait pour un festival qui aura tenu ses promesses du premier au dernier jour. A l'année prochaine !

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Cinéma (Cinéma)

Hello tous !

La nuit est déjà bien avancée, mais impossible d'aller rejoindre les bras de Morphée sans attraper le clavier et coucher ici même les premières remarques qui me viennent à propos du film que vous êtes nombreux à attendre. A Strasbourg comme un peu partout en France, une séance spéciale de minuit a en effet permis aux plus courageux de découvrir la nouvelle pépite de Joss Whedon, l'Avengers 2 qui se devait de relever le défi de prendre la suite d'un premier opus resté dans toutes les mémoires. Autant le dire tout de suite : s'il n'atteint pas les sommets de son prédécesseur, Age of Ultron n'en reste pas moins un spectacle abouti à plus d'un titre, et il serait criminel de passer à côté de ce qui s'annonce comme une gigantesque oeuvre de transition dans l'écosystème mis en place par Marvel dans les salles obscures depuis quelques années maintenant.

[ATTENTION : ce qui suit contient quelques spoilers]

Mais commençons par le commencement. Avengers avait laissé la petite équipe de super-héros épuisée, mais désormais solidement soudée par ce qu'on décrira comme une forme embryonnaire d'amitié mâtinée d'une confiance en l'autre inébranlable, née sur le champ de bataille durant la guerre contre les Chitauris. C'était là le principal apport du premier opus qui décrivait, plus de deux heures durant, la genèse d'une équipe dans le magma de très, très fortes individualités.

Depuis cependant, les équilibres du monde ont changé. Avengers 2 postule de fait que le spectateur a suivi les événements racontés par Captain America : The Winter Soldier. Une terrible bataille contre Hydra y a conduit à l'implosion du Shield, noyauté de toutes parts, et c'est dans ce contexte que démarre  le film : Captain, Thor (désormais en mesure de rallier la Terre, depuis le deuxième opus de ses aventures), Ironman, Hulk et les autres s'emploient à finir le boulot lorsque démarre cette nouvelle aventure. Un quart d'heure plus tard, Hydra est vaincu, mais il laisse un héritage dont on ne mesure pas encore toute l'importance: deux jumeaux que les Avengers décrivent comme des "humains optimisés". Le premier peut se déplacer à la vitesse de l'éclair, la seconde peut manipuler l'énergie et les esprits. Quicksilver et Scarlet Witch intègrent l'univers Marvel ainsi que The Winter Soldier le laissait supposer lors de sa scène post-générique.

Les ressorts narratifs du nouvel Avengers sont dès lors en place. Et mènent à l'arrivée sur le devant de la scène d'un nouveau-né, une créature cybernétique mûe par l'envie de sauver l'humanité... quitte à l'éradiquer si elle ne veut pas progresser. Né des expériences menées par Tony Stark avec la complicité de Bruce Banner, Ultron est un authentique super-vilain, mais un super-vilain très différent de Loki ou de Thanos, apparu dans la scène post-générique du premier opus: sa nature cybernétique est contrebalancée par sa profonde humanité. Ultron  en a adopté, d'ailleurs, tous les traits de caractère : il est menteur, sensible, hésitant parfois comme le serait un adolescent tiraillé entre son envie de rébellion et son besoin de reconnaissance, capable de compréhension et du plus terrible des aveuglements. C'est ce qui le rend terriblement attachant.

Oui, bon, c'est vrai qu'on ne lui donnerait pas un premier rôle dans un Shakespeare,
comme ça, de prime abord.

 

En face, Joss Whedon remet en question les liens humains -justement - qui font des Avengers ce qu'ils sont. La cohésion du groupe repose sur des non-dits et des conceptions du rôle de chacun qui varient profondément. De ce postulat, le réalisateur fait usage pour décrire de nouveaux rapports de force et l'émergence de factions au sein même de l'équipe. Tout l'enjeu du film consistant dès lors à savoir si ces factions sont capables de travailler ensemble au bénéfice d'une cause supérieure. Car le danger est bien réel, et donne évidemment a lieu à des scènes d'action d'une folle ampleur. Sur ce point, le spectacle est total. Marvel assume enfin totalement la nature "bédé" de son univers et en délivre à l'écran une représentation digne des cases d'un comics survitaminé. Tous les personnages de l'équipe des Avengers en ont au passage profité pour gagner en puissance et en efficacité, jusqu'à Hawkeye et Natasha Romanoff qui ne sont plus cantonnés, désormais, au rôle de faire valoir. Au contraire même.

C'est l'heure d'une petite berceuse ?

 

Focalisons-nous un instant sur les deux "humains" de l'étape, d'ailleurs. Age of Ultron souffre d'un scénario un peu (beaucoup?) maigrichon, sans doute dévoré par son appétit pour les scènes d'action (jusqu'à l'écoeurement par moments), mais parvient paradoxalement à travailler plus en profondeur la caractérisation de ses personnages. Et ceux qui y gagnent le plus sont, justement, Hawkeye et Romanoff. Le premier dévoile à l'équipe un aspect inattendu, et vraiment touchant, de son intimité, tandis que la seconde semble enfin nourrir des émotions et des sentiments, dans une dynamique de rapports humains qui n'a rien de simple. C'est ici que disposer d'acteurs de la trempe de Jérémie Renner et Scarlett Johansson s'avère précieux : Whedon s'adonne enfin à une véritable direction d'acteurs lorsque la caméra se fait plus intime, et permet aux deux stars hollywoodiennes de justifier leur cachet. Il ne leur faut pas plus de quelques minutes pour donner une véritable épaisseur aux deux rôles, et donc créer une tension qui se révèlera précieuse une fois le danger omniprésent lors des combats. On vibre pour eux, on souffre avec eux face à l'adversité.

Cette dynamique des rapports humains, je la tiens pour l'aspect le plus réussi du long métrage. Amours impossibles, besoin de vengeance, peur de soi et des autres... Plus sombre, plus mature, Avengers Age of Ultron se fait étonnamment calme, par moments, pour un blockbuster de cette envergure, laissant enfin la psyché de chacun s'installer à l'écran. C'est alors notamment l'occasion d'explorer les motivations de Tony Stark, qui semble commencer à dévoiler un aspect de sa personnalité  que les films, au contraire des comics, n'avaient pas encore effleuré. C'est aussi une opportunité de s'interroger sur ces nouveaux personnages que le film introduit. Quicksiver semble superficiel, mais révèle bien vite une plaie béante partagée par sa jumelle. Scarlet Witch, elle, est à fleur de peau, mais mûe par un irrépressible besoin de justice. Interprétée par Elisabeth Olsen, elle est l'une des très bonnes surprises du film, et devrait à coup sûr prendre une place importante dans l'univers Marvel version phase 3, et sans doute dès le Captain America Civil War prévu l'an prochain.

 

La phase 3 ? Pour ceux qui n'auraient pas suivi, chaque Avengers vient conclure un cycle dans les longs métrages estampillés Marvel. Le premier avait introduit l'univers et ses enjeux, le deuxième vient remettre en cause les équilibres et annoncer la genèse éventuelle d'une nouvelle formation d'Avengers. La grande question qui sera posée ces prochaines années sera de savoir qui survivra à cette remise en cause, et qui sera présent pour affronter le gigantesque enjeu que devrait constituer Avengers Infinity War, prévu en deux parties pour 2018 et 2019. D'ici là, on devrait en savoir plus avec un nouveau Captain America, donc, mais aussi un Dr Strange, un Gardiens de la Galaxie, un Thor... et un Spiderman. Vous avez bien lu : l'homme araignée devrait intégrer le groupe ces prochaines années. Avec lui, l'équipe sera au complet pour affronter le plus grand des dangers...

 

Ce qu'il faut retenir

Avengers Age of Ultron, redisons-le, n'est pas à la hauteur de son modèle. Principalement en raison de son scénario un peu trop expédié pour être honnête et d'un appétit un peu trop féroce pour les scènes d'action gargantuesques qui occupent l'écran les trois quarts du temps. Les enjeux financiers sont énormes, faut-il rappeler, ceci expliquant sans doute cela.

Heureusement, Whedon parvient à préserver l'essentiel, à savoir le capital sympathie du spectateur pour les personnages - l'on constate d'ailleurs au passage que les figures de proue du premier opus - Thor et Ironman - passent doucement au second plan, au profit du leader naturel de l'équipe, le Captain America. Et, surtout, le réalisateur pose les bases d'une phase 3 dont on attend désormais qu'elle renouvelle un peu les codes du genre, auquel Marvel semble un peu trop attaché. On veut y croire : l'exemple réussi des Gardiens de la galaxie a prouvé que la firme sait quel chemin emprunter pour faire évoluer ses bébés..

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