Rêves électriques

Rêves électriques

Par Noiraude Blog créé le 17/09/10 Mis à jour le 04/09/17 à 00h15

30 ans de passion pour les jeux vidéo, le Japon et le cinéma, ça laisse forcément des traces. Vous voulez en savoir plus?

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Catégorie : Ces mangas dont on ne parle pas

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Yop tous !

Vous avez peut-être suivi le fil de discussion, voici quelques jours : je lançais un appel à l'aide à la communauté dans le cadre d'une recherche que je mène depuis des années et visant à compléter une collection de BD coréenne que j'ai entamée à l'orée des années 2000. Un site coréen proposait en effet l'intégrale de Yongbi Bulpae Oejeon, ce qui est rarissime, mais il fallait être domicilié dans le pays pour pouvoir passer commande.

La bonne nouvelle, la superbe nouvelle, c'est que l'un des membres de la communauté s'est rapidement mobilisé, d'abord pour m'apporter quelques éléments de compréhension relatifs à cette vente, et ensuite pour acquérir le lot à ma place, se le faire livrer en Corée du sud et le transférer jusque dans mon home, en Alsace. Et ce matin, la Poste a sonné à ma porte avec une petite surprise: le colis en question est arrivé !

Voilà, il est donc temps de parler de mon bienfaiteur, l'ami Antoinesk8 qui a fait le relais avec beaucoup de gentillesse et d'attention. Il s'est même fait d'un petit message anticipant sur ce qui m'attend: pour profiter de ce petit trésor de manhwa, il va effectivement falloir que je me familiarise avec quelques rudiments de coréen. Heureusement que ça défourraille sec au lieu de bavasser au fil des pages, néanmoins ^^.

 

Antoine, je ne t'ai pas envoyé de message privé parce que je voulais te le dire ici: merci pour tout, tu viens d'achever pour moi une quête que je poursuivais depuis bien trop longtemps. Evidemment, si t'as besoin de quoi que ce soit, tu n'hésites pas à demander, je serai là !

 

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Ces mangas dont on ne parle pas

Hello tous,

Si vous êtes un peu lecteurs de manga, vous n'êtes sans doute pas sans savoir que le Japon peine à offrir ces dernières années des grandes séries fédératrices à l'image de ce que Bleach, Naruto, Fairy Tail ou One Piece ont pu être au courant des années 2000 - et continuent d'être, au moins pour One Piece. Le genre très particulier du shônen, qui s'adresse en priorité aux adolescents et met en scène un jeune héros qui va combattre et devenir de plus en plus fort pour ses idéaux à force de courage et d'abnégation, ne se renouvelle plus guère. Inutile de chercher l'explication bien loin : la crise ne touche pas que l'Occident, et le marché du manga tend à faire moins confiance aujourd'hui aux jeunes talents que c'était le cas voici quelques années encore. Le système de prépublication serait-il en train de commencer à montrer des signes de fatigue ? C'est bien possible, a fortiori lorsque l'on décortique la drôle de trajectoire qu'a suivi One Punch Man avant de devenir une oeuvre reconnue, au moins au Japon.

C'est une histoire, de fait, qui démarre sur le web par un beau matin de l'année 2009. One, un illustre inconnu travaillant sous pseudo, commence à publier sur sa page web (http://galaxyheavyblow.web.fc2.com/) les histoires d'un drôle de super-héros. Nous sommes alors le 3 juin 2009, et très vite le bouche-à-oreille commence à remplir son office. Pas très joli mais fichtrement bien raconté, le manga One Punch Man aborde le genre du shônen de manière totalement inattendue, au point d'interloquer, puis de passionner les foules. Au plus fort de la publication du manga, ce sont pas moins de 20 000 personnes qui se connectent quotidiennement au site de One, et c'est par millions (10, en fait) que sont visualisées les pages de son oeuvre, laquelle présente tout de même au total 92 chapitres totalement déjantés.

Et c'est ici que l'affaire prend une tournure encore plus étrange. Yusuke Murata, le mangaka à l'origine du cultissime shônen EyeShield 21 (hélas trop méconnu sous nos latitudes), finit par tomber sur le travail de One. Séduit par l'approche de l'artiste, il décide de le contacter via twitter (https://twitter.com/ONE_rakugaki) pour lui faire une offre qui ne se refuse pas : Murata se propose de prêter son dessin à l'histoire de One, et donc de faire un remake de l'oeuvre qui sera publié sur le site Young Jump Web Comics de la Shueisha (http://youngjump.jp/). Et le rêve devient réalité le 14 juin 2012. Depuis lors, One Punch Man se voit offrir une inédite visibilité, au point que Viz Média en a récemment acquis les droits pour une traduction en anglais à des fins de publication sur le Weekly Shônen Jump Digital Magazine. De là à le voir un de ces quatre matins débarquer en France, il n'y a qu'un pas.

Et ce pas, on commence à être quelques-uns à l'espérer ardemment. Parce que One Punch Man, pour l'heure à découvrir uniquement en fansub pour sa version française (allez hop, vu qu'il n'y a pas d'éditeur en France pour l'instant, allez jeter un oeil sur le site de la MFTeam), est une petite merveille, aussi capable de verser dans un humour désopilant que d'aligner les planches plus élégantes - et impressionnantes - les unes que les autres. L'écriture de One et le dessin de Murata, associés, font des merveilles pour raconter cette épopée d'un super-héros devenu si puissant que plus rien ne peut l'atteindre. Vous avez bien lu : les perspectives du shônen, ici, sont totalement inversées, dès la troisième page du premier chapitre. Il fallait oser.

One Punch Man, ainsi, est l'histoire d'un jeune chômeur, Saitama, qui vit au beau milieu d'une planète régulièrement attaquée par des monstres de plus en plus repoussants et puissants. Le truc, c'est que Saitama est épris de justice, et a décidé de devenir le super-héros le pluspuissant de la planète. Résultat : il s'entraîne trois années durant, à raisons de 100 pompes, 100 tractions et un peu de jogging chaque jour, pour finir par atteindre son objectif. Le seul souci tenant à ce qu'il est trop bien arrivé à ses fins : Saitama est devenu si puissant que plus rien ne lui résiste. Un seul coup de poing, et le plus puissant des adversaires mord la poussière.

Là où l'histoire, déjà passionnante, devient franchement brillante, c'est lorsque l'on comprend que cet état de fait pèse lourdement sur le moral du héros. D'abord, ses trois ans d'entraînement lui ont coûté ses cheveux, et être chauve à 24 ans, c'est quand même regrettable. Ensuite, le pauvre Saitama est devenu très détaché des choses, à force de ne plus ressentir l'excitation du combat. Alors, il se réfugie dans un cynisme assez salvateur, qui ne l'empêche cependant pas de montrer très vite de vraies qualités de coeur. Enfin, quand l'humeur va bien.

Evidemment, One tricote à partir de ce postulat un scénario qui révèle vite une vraie profondeur, et pas mal de subtilité. Ici, face à des ennemis qui deviennent de plus en plus puissants, le principal intérêt de la narration tient à savoir quand, comment et pourquoi Saitama va se décider à agir. Le moteur de l'histoire, ainsi, devient la motivation du héros, et voilà comment l'on se retrouve, de manière assez improbable, en présence d'un shônen qui se préoccupe davantage de psychologie que de spectaculaire. Alors que, pourtant, il l'est.

Car One Punch Man pue la classe. Drôles, parfois hilarants, les chapitres dessinés par Yusuke Murata dévoilent très vite tout le potentiel du crayon du mangaka, qui semble de plus avoir trouvé ici un challenge à sa mesure. Le résultat est incroyable : chaque planche fourmille de détails, les ennemis, comme les alliés bénéficient d'un design, d'une esthétique proprement impressionnants, ce qui accentue encore cette narration à deux vitesses qui fait tout le sel du manga. Parce qu'à côté de Saitama, il y a des humains, quelques héros et des ennemis qui se prennent, eux, très au sérieux. Bonjour le décalage lorsque tout ce petit monde se retrouve face au héros de l'aventure, improbable gringalet sans un poil sur le caillou dont personne n'imagine, de prime abord, qu'il détient la puissance d'un dieu.

Pour l'heure, 35 chapitres ont été publiés sur Young Jump Web Comics, et l'on commence à y prendre la mesure du potentiel de l'histoire à travers un artifice scénaristique assez finement amené et qui préserve One Punch Man de tout risque d'essoufflement pour l'instant. Un ingrédient unique de plus dans une recette qui tient fort du graal pour les fans de shônen en mal de nouveautés. Alors, Liedh, t'as craqué ?

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Ces mangas dont on ne parle pas

Hello tous,

Je sais, vous allez encore me dire qu'on ne parle plus beaucoup de jeux vidéo sur ce blog, mais il se trouve qu'en cet été particulièrement calme sur le plan vidéoludique - en attendant la rentrée, qui s'annonce bien plus mouvementée puisqu'incluant d'office une balade dans les studios Quantic Dreams -, c'est sur le front du manga que se situent mes plus jolies découvertes du moment. Je vous propose donc de m'accompagner dans la présentation de quelques séries et one-shots qui pourraient vous plaire, la production nippone bénéficiant depuis quelques semaines d'une actualité franchement intéressante dans l'hexagone.

 

Nouvel ordre mondial

On va commencer par une série qui n'est pas encore dans les bacs, puisque prévue pour le 28 août. Sakka a en effet eu la gentillesse de me faire parvenir une épreuve non corrigée du shônen BIG ORDER, petite bombe en gestation de Sakae Isuno (Mirai Nikki). Le pitch, pour une fois, change un peu des sempiternels jeunes héros en quête de reconnaissance et affrontant des ennemis toujours plus puissants pour se surpasser et remporter la victoire : ici, l'on suit la trajectoire d'un jeune majeur, Eiji Hoshimiya, qui a la particularité d'avoir en lui la capacité de donner corps à son voeu le plus cher. Le seul problème, c'est que ce voeu, formulé dix ans plus tôt, consistait à détruire la terre, et a provoqué un gigantesque cataclysme qui a en grande partie ravagé la planète. Du moins, c'est ce que pense le jeune Japonais, qui va être rapidement amené à s'interroger sur la véritable nature de son souhait à l'époque, alors que partout dans le monde surgissent des "Orders", des humains capables eux aussi de donner corps à leurs souhaits les plus fous... Evidemment, les combats ne tarderont pas.

Pour l'heure, je n'ai pas encore parlé de cette nouvelle série dans la rubrique manga que je tiens dans mon canard. Mais je compte le faire dès la rentrée : sacrément bien dessiné même si, une fois de plus, le trait souffre du manque de temps chronique des mangakas pour livrer des productions fignolées aux petits oignons - les arrières-plans sont, notamment, une fois de plus très pauvres -, Big Order a pour lui une narration fluide et quelques bonnes idées qui permettent à l'intrigue de se démarquer du reste de la production shônen, pléthorique. Le pouvoir dont dispose Eiji, ainsi, repose sur un souhait, et se veut donc indépendant des efforts produits par le héros pour évoluer, ce qui remet en cause de manière assez fondamentale la structure classique des oeuvres de ce genre. Un signe qui ne trompe pas, c'est la stratégie et la ruse qui permettent au héros de remporter ses premiers affrontements, rien de plus. Un autre aspect de l'histoire, également, attire l'attention, puisque le héros entretient une relation assez ambiguë avec son pouvoir, quelque part entre répulsion et tentation d'y succomber. Difficile pour l'heure de définir la nature profonde du personnage, de fait, qui hésite entre lumière et obscurité et qui, en prime, semble soumis à la manipulation par des intérêts qui le dépassent de beaucoup. Big order, dans ce premier tome, met en place les éléments d'une intrigue assez dense, tout en montrant une belle capacité à mettre en scène des combats efficaces et rythmés. A mon sens, c'est à suivre de près. Trois volumes sont pour l'heure sortis au Japon, la série y est toujours en cours de publication dans Monthly Shônen Ace.

 

 

Du côté de chez Taniguchi

Bon, c'est vrai, Taniguchi est sans doute le plus Européen des mangakas, mais il n'en reste pas moins que sa nouvelle publication, une série de one-shots liées entre eux par un même personnage principal, est un petit miracle de seinen pur jus. Si vous ne connaissez pas encore LES ENQUETES DU LIMIER, je vous conseille de vous précipiter dans la première librairie que vous croiserez.  Ces histoires, qui suivent la trajectoire d'un détective spécialisé dans la recherche de chiens de chasse perdus ou volés (sic!) sont étonnantes de cohérence et d'humanité.

Pourtant, le pitch a de quoi inquiéter. Comment diable rendre attractive l'histoire d'un détective pour chiens ? J'avoue m'être moi-même posé la question avant de me lancer dans la lecture, qui a du coup traîné quelques semaines au pied de mon lit. Mais c'était sans compter le talent de conteur de Jiro Taniguchi, qui part de ce postulat peu académique pour inviter le lecteur à le suivre dans deux histoires indépendantes (pour l'heure, du moins, et intitulées Chien d'aveugle et Pur sang en cavale) dont on découvre bien vite qu'elles parlent de la belle relation de confiance et d'amitié qui lie l'homme à l'animal plutôt que de l'animal lui-même. Chien d'aveugle, le premier tome, s'attarde ainsi sur la relation unissant une jeune non-voyante à son chien-guide, ce qui permet au passage à Taniguchi de mettre en lumière un monde que l'on connaît mal, dans lequel la relation d'amour entre l'homme et le chien se fonde aussi sur un besoin vital. Les émotions en sont exacerbées, et l'histoire offre autant de larmes que de sourires attendris à celui-ci qui veut bien s'y plonger. Pur sang en cavale, de son côté, amène le limier à poursuivre un homme en cavale... avec un chien et un cheval. L'occasion de parler, cette fois, de l'univers des haras, mais aussi de mettre en avant la proximité qui peut naître avec un chien dit d'utilité. Un autre aspect de la relation homme-animal qu'on aurait tort de sous-estimer.

Taniguchi oblige, le trait est léché, et ici chaque planche se veut presque toile de maître, le mangaka recherchant systématiquement l'élégance et le choix idéal des proportions. Mais ce qui compte, c'est la force des sentiments que parvient à susciter l'auteur au travers d'histoires auxquelles, sans talent, l'on n'aurait guère prêté attention. Si vous avez envie de goûter au manga dans ce qu'il a de plus noble, vous savez ce qu'il vous reste à faire...

 

 

 

Manhattan, XIXe siècle

Dans un registre totalement différent, voici une autre série à suivre dans le registre du seinen : GREEN BLOOD. Ici, oubliez les beaux sentiments, vous allez plonger dans la fange, celle des gangs qui ont contribué à écrire l'histoire de New York. Five Points, c'est en effet ce fameux quartier dans lequel se déversaient tous les émigrés venus d'Europe, en ces temps où les Etats-Unis  se voulaient le creuset du melting-pot. Ce quartier qu'a si brillamment mis en images Martin Scorsese dans Gangs of New York, et qui sert ici de cadre à la sombre histoire de deux frères, faite d'espoir et de compromissions, où sera versé le sang des innocents. Masami Kakizaki (Rainbow, Hideout) raconte ici l'histoire du Grim Reaper, l'assassin de l'un des gangs les plus puissants du quartier, et des efforts qu'il doit consentir pour cacher sa véritable nature à son jeune frère, encore empreint de candeur et d'humanité.

Autant le dire tout de suite : âmes sensibles s'abstenir. Green Blood ne concède rien au politiquement correct, et montre de manière très crue la violence, parfois sous son jour le plus abject. Mais rien n'est ici gratuit, et l'on se laisse embarquer par ce qui ressemble fort à une belle histoire de survie dans un monde hostile et décadent. Pour ne rien gâcher, le trait de Kakizaki est absolument magnifique, en particulier dans sa manière de traiter les visages, et le mangaka, visiblement fan de western spaghetti, s'offre moult références cinéphiliques à Sergio Leone, ce qui ne sera pas pour déplaire aux amis du septième art. J'attends la suite avec impatience...

 

 

 

Y'a pas que City Hunter dans la vie

Pour finir, quelques oeuvres méconnues du génialissime Tsukasa Hojo, que tout un chacun connaît pour City Hunter et Cat's Eye. Si le mangaka n'est pas du genre prolifique, il s'est malgré tout offert quelques jolies respirations entre ses séries les plus importantes avec des nouvelles, des petites histoires qui ont pour point commun de parler de l'homme, et des petites choses du quotidien. Amis de la poésie, c'est par ici...

Les fêlures et les qualités de coeur des personnages les plus connus de Tsukasa Hojo deviennent le sujet principal des TRESORS (du nom de la collection) de manga livrés par Ki-Oon au lecteur. À travers l'histoire d'une jeune fille capable de ressentir l'âme des arbres et des fleurs, le recueil Sous un rayon de soleil (trois tomes annoncés) plante une belle histoire d'amitié qui ose le merveilleux pour parler des choses toutes simples de la vie, avec un beau brin de poésie. La mélodie de Jenny, de son côté, aborde la douloureuse question de la Deuxième Guerre mondiale à travers trois petites nouvelles intrinsèquement liées, jamais manichéennes et dont le propos, simple et lumineux, tient à montrer combien ce sont les gens simples, Américains comme Japonais, qui ont souffert de ce conflit qui les dépassait. L'on y passe du rire aux larmes en compagnie d'hommes et de femmes portés, chahutés, trahis par la grande Histoire, parfois sans même le savoir.

Les deux oeuvres, servies par le trait fin, réaliste et reconnaissable de Tsukasa Hojo - les fidèles de l'auteur y retrouveront d'ailleurs des visages bien connus -, viennent lancer la collection des « Trésors de Tsukasa Hojo », dans laquelle figureront également, à terme, Le cadeau de l'ange, Rash !! et Le temps des cerisiers. Si vous avez envie de découvrir une autre facette du travail de ce manka cultissime, il serait dommage de passer à côté...

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Ces mangas dont on ne parle pas

 

Hello tous,

Aujourd'hui, inauguration d'une nouvelle rubrique - oui, encore - sur le blog Rêves électriques, que j'intitulerai "Ces mangas dont on ne parle pas". La chose, au moins, a le mérite d'être explicite. A force de me promener dans les rayons des librairies, j'ai en effet découvert qu'une bonne partie de la production graphique nippone échappait aux radars de la plupart des lecteurs, alors qu'indéniablement il y aurait matière à partager ces petites perles avec le plus grand nombre.

L'hégémonie de quelques grandes franchises - One Piece, Naruto, Bleach, Full Metal Alchemist, Berserk, Kenshin, Detective Conan, Fairy Tail et autres...- ne doit surtout pas faire oublier que le manga peut aussi sortir des sentiers battus et s'approprier une véritable matière littéraire, avec une ambition artistique réelle. Je vous vois venir de loin : j'entends par "ambition artistique" la capacité à transmettre du sens, de l'émotion, de la réflexion à travers le trait. J'y comprends une sublimation du réel, et non une caricature. Vagabond, par exemple, fait oeuvre artistique selon cette acception, en ce sens que le dessin de Takehiko Inoue peut se comprendre, et se ressentir, en dehors de l'histoire qui lui sert de support.

Ces oeuvres, pour la plupart bouclées sur quelques volumes ou simples "one-shots", sont en général publiées chez des éditeurs alternatifs. C'est le cas du manga que j'ai choisi pour inaugurer cette série de posts : Les enfants de la mer est actuellement en cours de publication aux éditions Sarbacane, qui bénéficient du soutien de Flammarion sur le plan de la diffusion. L'éditeur, créé en 2003 par Frédéric Lavabre et Emmanuelle Beulque, est un authentique indépendant, ce qui lui permet de parier sur de nouveaux talents. C'est sans doute dans ce contexte que le travail de Daisuke Igarashi a eu sa chance sur le marché français. Un coup de coeur, vraisemblablement, puisque c'est le premier manga à être édité par Sarbacane. Depuis 2005, c'était en effet Sakka qui se chargeait de diffuser le travail de Daisuke Igarashi dans l'hexagone.

Difficile de savoir qui est vraiment Daisuke Igarashi, d'ailleurs. D'un naturel discret, le bonhomme a la réputation d'aimer vivre en ermite et de fuir micros et caméras (une interview à lire en français, heureusement, en cliquant ici). On sait tout de même de lui qu'il est né à Saitama, dans la banlieue de Tokyo, le 2 avril 1969, et qu'il est fondamentalement amoureux de la nature. Il a commencé à dessiner professionnellement en 1993 pour le magazine Afternoon. Sa série Patati Patata, qui sera publiée en un recueil  (intitulé Hanashippanashi) en 2004 et s'emploie à raconter l'ntrusion du fantastique et du merveilleux dans le quotidien des Japonais, connaîtra un franc succès, ce qui lui permettra de travailler pour le magazine de prépublication Ikki, au Japon, et d'enchaîner avec une série de recueils particulièrement exigeants en termes de qualité, franchement prenants une fois entre les mains. Ses récits sont un délicat équilibre entre poésie, hésitation fantastique, folklore japonais et amour absolu de la nature.

Voici ci-dessous la bibliographie de l'auteur, tirée de l'excellent site Mangaverse, décidément très complet. Vous noterez, en complément de ces informations, que Sorcières a été récompensé en 2004 du prix d'excellence du Japan Medias Art Festival. Little Forest, en 2006, et Children of the See, en  2008, ont de leur côté été nominés au prestigieux prix culturel Osamu Tezuka.

Soratobi Tamashii, un volume, paru le 23-08-2002 aux éditions Kodansha. Inédit en France. 

 

 

 

Hanashippanashi, deux volumes, première parution le 18-02-2004 chez Kawade Shibo Shinsha. Paru en France chez Sakka.

 

Sorcières, deux volumes, première parution le 30-04-2004 chez Shogakukan. Paru en France chez Sakka.

 

Petite forêt, deux volumes, première parution le 23-08-2004 chez Kodansha. Paru en France chez Sakka.

 

Les enfants de la mer, cinq volumes, première parution le 30-07-2007 chez Shogakukan. En cours de publication chez Sarbacane.

 

Adventure of Kabosha, un volume, paru le 30-07-2007 chez Take shobo. Inédit en France.

 

Saru, deux volumes, première parution le 25-02-2010 chez Shogakukan. Inédit en France.

 

 

Les enfants de la mer, comme indiqué ci-dessus, a donc mis cinq ans pour faire le voyage du Japon jusqu'à la France. Mais le temps a des avantages : le travail effectué par Sarbacane pour rendre justice à l'oeuvre est remarquable. On le note d'emblée : couverture et pages bénéficient d'un papier de belle qualité, l'impression est précise, sans bavure, les quelques couleurs qui égayent première et quatrième de couverture tirent sur des pastels élégants, jamais criards. Le manga a visiblement été traité à l'égal d'une bande dessinée européenne, ce qui est appréciable. Les 300 pages de chaque volume (nous en sommes à trois publiés sur cinq annoncés) n'en sont que plus agréables à parcourir. Il y a une contrepartie, tout de même : il faudra acquitter 15,50 euros par ouvrage pour profiter de cette belle adaptation. Mais à mon sens, c'est une somme largement justifiée.

 

Le pitch peut de prime abord sembler déroutant. Une jeune adolescente, Ruka, croise la route de deux garçons, Umi et Sora, alors que débutent les vacances d'été. Les deux frères cachent un incroyable secret : ils ont été élevés par des dugongs, doux mammifères de la famille des lamantins. Mais à l'écoute de l'océan, ils sont aussi en quête d'une explication. Car des poissons meurent, d'autres disparaissent dans un éclat de lumière et d'argent.  Dans la mer, dans les aquariums, ils sont des milliers à, soudain, s'évaporer. Responsabilité humaine ? Acte de rébellion d'une nature que l'homme s'emploie quotidiennement à fouler du pied ?

Nous sommes aux lisières du fantastique. Igarashi y pose les fondements d'une fable écologique questionnant inlassablement notre rapport à la nature. Umi, « la mer », joyeux et insouçiant, et Sora, « le ciel », plus ombrageux, rêveur et intrigant, entretiennent un lien étrange avec l'océan et en sont, d'une certaine manière, les porte-parole auprès du lecteur, ferré par la douce torpeur de cette histoire qui sait se faire captivante sans se presser. A travers Umi et Sora, au fil de leurs ébats au coeur de la grande bleue se dessine, sans urgence aucune, un tendre et chaleureux hommage, plein d'émotion, à la fantastique biodiversité qu'abrite cet élément de l'homme encore peu maîtrisé. Daisuke Igarashi dessine les créatures abyssales avec un souci du détail peu conventionnel pour un manga. Son trait, fin et précis, s'applique à honorer la majesté de ces espèces souvent inconnues du grand public. Et le mangaka prend son temps, se perd en contemplation quelques pages durant, rend au passage hommage aux doux paysages du Kanto, salue les caprices de l'océan dont il saisit l'essence en un instant.

 

Daisuke Igarashi est un esthète, qui n'a sans doute pas oublié que c'est en enfant de l'estampe que le manga est né. L'on retrouve dans ses cases le sens de la composition qui constituait l'une des vertus cardinales de cet art pictural hérité du passé. Naturaliste, le mangaka s'emploie également à échapper aux clichés de la caricature des yeux gigantesques, des onomatopées, des apartés qui jalonnent une bonne part de la production manga générique. Pour autant, Igarashi ne renie pas non plus cette manière de dessiner élancée, élégante, dont Osamu Tezuka a en son temps posé les fondements. Il la sublime, postulant que le manga peut faire sens en associant l'exigence du trait et la profondeur d'une narration à multiples niveaux de lecture.

Les enfants de la mer n'en est à qu'à son troisième volume paru en France ; les enjeux de l'oeuvre ne sont donc pas encore totalement dévoilés. Il apparaît cependant déjà  que Daisuke Igarashi livre, ici, un travail à la puissance d'évocation rare, apte à séduire les esthètes comme le grand public. Comme un clin d'oeil : c'est aussi la grande force du fabuleux conteur auquel Igarashi se réfère souvent : un certain Hayao Miyazaki...

 

 

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