Rêves électriques

Rêves électriques

Par Noiraude Blog créé le 17/09/10 Mis à jour le 16/09/19 à 10h21

30 ans de passion pour les jeux vidéo, le Japon et le cinéma, ça laisse forcément des traces. Vous voulez en savoir plus?

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Cinéma (Cinéma)

Yop tous !

Se retrouver face à Marjane Satrapi par un jeudi soir froid et pluvieux dans l'Est de la France, c'est un truc qui ne vous arrive pas souvent. La réalisatrice - et dessinatrice - du superbe Persepolis était pourtant à Strasbourg pour présenter son nouveau film,  The Voices, qui la voit s'aventurer sur des terres inattendues, celles du film de genre. Le côté décalé en prime. Sans doute le cadeau d'une ancienne de l'école des Arts Déco à la capitale européenne, dans laquelle elle a vécu pendant trois ans. C'était il y a longtemps.

The Voices, c'est une version trash des dessins animés de Tex Avery. Jerry Hickfang (Ryan Reynolds) est un gars apparemment sans histoires, bien sous tous rapports et passionné d'emballages au point d'en avoir fait son soporifique métier. Surtout, Jerry voit la vie en rose. Le rose pétant de sa ville, le rose bonbon de l'entreprise dans laquelle il bosse, version Willy Wonka... Et Jerry  vit dans un monde extraordinaire. Son chien lui dit son amour et sa fidélité chaque soir quand il rentre du boulot, son chat lui crie son envie de patée et se moque de ses difficultés à s'insérer dans la société. C'est que Jerry est psychotique, et pas qu'un peu. Alors, depuis qu'il a laissé tomber ses pilules malgré les avertissements de sa thérapeute, il entend des voix. Qui lui disent ses envies de mal, qui lui crient que "non, il ne faut pas". Ou que balancer le chien sous les roues d'un monospace, ce serait une idée à explorer plus sérieusement que ça...

Marjane Satrapi aime Jerry. Elle le dit haut et fort quand elle en parle devant les spectateurs, elle le démontre scène après scène à l'écran. Ryan Reynolds incarne l'archétype du bon gars, un peu lisse, bien sous tous rapports, légèrement gauche avec les filles. C'est ce léger décalage qu'exploite la réalisatrice pour créer le rire, d'abord, l'inquiétude, ensuite. La question de la séduction amène le film vers de nouveaux rivages, imperceptiblement. Jerry tente de séduire Fiona (Gemma Arterton), se fait joliment planter avant de "planter" à son tour. Mais l'innocence du personnage tranche avec cet acte fondateur, commis par maladresse. Et c'est en toute innocence que le personnage sombre, petit à petit, dans la plus meurtrière des folies. Par amour.

The Voices, tout du long, se construit sur la vision qu'a Jerry du monde. Les meurtres, sa maison, ses relations avec les autres, réels ou non... Tout repose sur son imagination - ce qui explique au passage que ce soit Ryan Reynolds qui fasse les voix de Bosco, le pataud canin, et de Mr Moustache, le diabolique petit rouquin.

Evidemment, lorsque la réalité explose -brièvement - à l'écran, elle n'en est que plus terrifiante. Derrière cet univers ouaté se cache le monde poisseux et malsain d'un esprit dérangé. Marjane Satrapi a beau détester "regarder des films d'horreur", la réalisatrice franco-iranienne sait faire peur, et manie les codes du film de genre avec bonheur. Jusqu'à modifier en une scène centrale toute la perception que le spectateur peut avoir de l'oeuvre. Tour de force : l'on rit malgré tout, tandis que l'on plonge dans la terreur...

Quelque part entre film de genre, comédie potache et bande dessinée, Marjane Satrapi s'est approprié le scénario de Michael R. Perry ( Paranormal Activity 2) pour  y glisser son cinéma à elle, tout à rebrousse-poil.  The Voices faisait partie, explique-t-elle, des scenarii "blacklistés à Hollywood, parce qu'ils sont bons mais trop chers à réaliser pour le gain espéré, ou techniquement trop compliqués". Le défi ne l'a pas rebutée, pourtant, et c'est pour une enveloppe de 11 millions de dollars qu'elle a mis en boite le film, le tournage durant une trentaine de jours. "En lisant cette histoire, je savais exactement où aller, ce que je voulais scène par scène. Ce film s'est imposé à moi", raconte la réalistarice, qui a déployé des trésors de persuasion pour lui donner vie. "Une fois que je suis lancée de quelque chose, il faut que j'aille au bout quoiqu'il en coûte", sourit-elle. Elle a sans doute été bien aidée par l'arrivée de Ryan Reynolds au casting, spontanément venu offrir ses services car séduit par l'histoire et le rôle.

Pour échapper au diktat des studios, Marjane Satrapi a fait le choix de tourner en Europe, en Allemagne plus précisément. A l'écran, cela ne se devine pas un instant. "Vous savez, l'Amérique est enfant de l'Europe, alors vous arriverez toujours à trouver de ce côté de l'Atlantique une petite ville qui ressemble trait pour trait à ce que vous avez là-bas". Une parenté que la réalisatrice a voulu mettre en avant jusque dans sa manière de faire un film : "Ce genre de cinéma, on ne l'a pas en France, et je me demande bien pourquoi. Parce que rien ne nous en empêche". Sans doute les mauvais conseils d'un chat...

 The Voices sort le 11 mars sur les écrans français.

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Découverte (Voyage)

Yop,

 

Ca se passe de commentaire, encore un documentaire génial de la BBC. Je vous mets le teaser ci-dessous. Si on m'avait dit que je verrais un jour les manchots empereurs avoir froid au point de vouloir devenir migrateurs...

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Découverte (Séries TV)

AVERTISSEMENT

[ Ce post contient quelques spoils, non cruciaux pour le visionnage de la série cependant. ]

 

Hello tous,

 

Ce soir, envie de prendre la plume pour  m'adresser autant aux adeptes de séries TV que de bons bouquins. Depuis peu, The Man in the high castle a en effet fait son apparition sur la plateforme VOD d'Amazon. Impossible de savoir pour l'heure si ce pilote aura une suite, mais il y a là matière à y regarder de plus près : c'est en s'inspirant de l'ouvrage éponyme de Philip K. Dick que Franck Spotnitz a écrit ce scénario de cauchemar. Une uchronie comme on les aime.

La question de départ est on ne peut plus classique: et si la Deuxième Guerre mondiale avait débouché sur la victoire des forces de l'Axe? Nous sommes en 1962, et les premières images qui apparaissent à l'écran sont celles d'un flash info à l'ancienne, comme on en voyait autrefois au cinéma. Mais quelque chose cloche, dans le ton des commentaires, dans le prosélytisme outrancier pour le régime en place. Les images s'enchaînent, un aigle apparaît à l'écran. Pendant ce temps, deux hommes, dans la salle, s'échangent un bout de papier. Joe Blake (Luke Kleintank), l'un d'eux, se lève, en possession d'une heure et d'un lieu de rendez-vous. Il quitte la salle tandis que flotte à l'écran le drapeau américain... Floqué de la croix gammée. "Sieg Heil", clame la voix off. Les USA sont occupés.

Peu de détails se font jour quand aux événements qui ont mené à la défaite des Alliés. Ce qui est sûr, c'est qu'à présent, le pays a été partagé entre les vainqueurs (Italiens mis à part, le pilote n'y faisant pas référence). La côte Est est désormais sous la coupe du Reich, tandis que les Japonais ont pris le contrôle de la zone Pacifique. Au milieu, une zone neutre, où tout n'est que désespoir, où refluent ceux qui n'ont nulle part leur place. Une terre décrite comme celle des temps de l'Ouest sauvage, avec un marshall chargé de faire régner la loi. Et la terreur, surtout la terreur : lui se charge de faire disparaître tous ceux qui oeuvrent contre le régime d'Adolf Hitler.

Ces 52 minutes inaugurales suivent la trajectoire de Joe Blake, qui gagne cette zone neutre pour intégrer ce qu'il reste de la "Résistance". Elles s'arrêtent aussi sur la destinée de Juliana Crain (Alexia Davalos), une jeune femme qui poursuit la mission de sa soeur tuée peu auparavant pour avoir voulu s'élever face à l'occupant. Ce qui lie Joe et Juliana, sans même qu'ils le sachent, c'est ce qu'ils transportent avec eux : une bobine vidéo qui montre de troublantes images d'un monde dans lequel les forces Alliées auraient gagné la guerre, dans lequel la statuaire du IIIe Reich aurait été jetée à terre. Notre réalité à nous, cachée sous un manteau, dans le fond de caisse d'un camion, inlassablement pourchassée par des forces occupantes qui semblent savoir de quoi il retourne sans pour autant le formuler. La série semble se faire des non dits une vraie spécialité.

C'est là tout le sel du livre autant que de son adaptation : ces non dits reposent sur un fascinant jeu de miroirs entre réalité et fiction. Difficile de rester de marbre, ainsi, devant la projection d'images d'archives  en appelant à nos souvenirs tout en prenant conscience qu'il s'agit d'une uchronie dans l'uchronie. Elément fantastique ? Peut-être. Le livre de Philip K. Dick comme le pilote s'offrent une description étrange, presque surnaturelle, des choix politiques effectués par le camp japonais, reposant sur un ouvrage chinois, le Yi King, censé posséder des propriétés divinatoires. Cette incertitude est le moteur de l'intrigue telle que l'a redessinée Franck Spotnitz, et force est de constater que la formule fonctionne à merveille : plus le mystère s'épaissit, plus l'envie est grande d'en savoir plus sur la vérité cachée du monde ici décrit.

Mais The Man in the high castle, à travers l'image, s'offre aussi la possibilité de donner corps à un monde qui aurait pu être le nôtre si le cours des choses avait été favorable aux "autres". C'est donc l'occasion de décrire un fonctionnement politique alternatif, une sorte d'évolution des régimes fascisants qui ont poussé la planète au bord du gouffre dans les années 1940. Hitler, ici, est atteint d'Alzheimer, et les conséquences de cette maladie sont celles que notre réalité nous rendrait compréhensibles : ses lieutenant Goebbels et Himmler se préparent déjà à prendre la suite des opérations. Sont-ils pires encore que leur Führer ? C'est l'avis d'une faction allemande, mais aussi de l'allié japonais, inquiet d'imaginer les conséquences de la mort du maître du Reich. Une nouvelle guerre - bombe? - semble plus que plausible, à mesure que l'alliance des vainqueurs se fissure, entre colère, mépris et incompréhension.

Cette description va jusqu'à mettre en scène, sans tomber dans le piège de la caricature, la vie quotidienne. S'y dessinent les différences de culture entre l'Occident et l'Asie. L'occupation japonaise semble ainsi plus "pacifique" que celle des forces allemandes, et ce sont deux descriptions radicalement différentes du sort des quidams qui sont proposées d'un bout à l'autre des USA. Différentes, jusqu'à la limite infranchissable que constitue la remise en cause du (des) système(s) : l'ennemi intérieur doit être pourchassé et abattu, ce qui suppose un mode de fonctionnement basé sur la méfiance, la suspiçion et la délation. La justice n'est pas celle des tribunaux, elle s'administre dans une ruelle sombre, le soir, d'une balle dans la tête. Ou à travers des rafles arbitraires contre tous ceux qui ont choisi de ne pas soutenir le système - ou en sont simplement soupçonnés. Les deux régimes se rejoignent dans leur idéologie totalitaire, in fine.

C'est cette idéologie qui a poussé l'Allemagne à vouloir exterminer tout un peuple durant la guerre. Déportations, camps de concentration, chambres à gaz. The Man in the high castle ne fait d'ailleurs pas l'économie d'imaginer comment de tels systèmes de mise à mort à l'échelle industrielle peuvent mener en temps de paix. Fine, élégante, incroyablement dure, la série vous cueille d'un coup dans l'estomac lorsqu'elle évoque le sujet d'une simple phrase. Un policier vient aider Joe alors que ce dernier a crevé un pneu de son camion. En le quittant, le rondouillard représentant des forces de l'ordre partage un sandwich avec le jeune homme, qui se demande ce que sont les drôles de flocons qui tombent autour du camion. "C'est le jour où ils brûlent les mourants et les handicapés à l'hôpital", répond le policier. Le pire n'est même pas de découvrir ce dont l'on se doutait, c'est d'entendre un homme qui a tous les attributs du chic type, de la potentielle âme éclairée, proférer cette phrase effroyable sur un ton badin, presque enjoué. L'eugénisme s'est imposé dans le quotidien de cette société.

Si vous êtes arrivés jusqu'ici, je n'ai pas besoin de vous faire un dessin : The Man in the high castle fait partie de ces moments de télévision qu'il s'agit de ne pas rater. Pour l'heure, impossible de savoir si Amazon compte donner une suite à la série, mais vu les retours critiques dont le pilote commence à bénéficier, on peut croiser les doigts pour que la suite fasse son apparition prochainement sur les écrans. D'ici là, vous pouvez toujours vous offrir le livre de Philip K. Dick et le potasser ; c'est un classique SF comme on n'en fait plus guère, et une belle invitation à l'exercice de son sens critique. Par les temps qui courent, c'est d'utilité publique.

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Photo (Voyage)

Yop tous,

 

Quelques clichés de la Guadeloupe et de Marie-Galante, pour bien commencer l'année. Enjoy ;o)

 Pointe des Châteaux, Grande Terre

 

 Carnaval, Pointe-à-Pitre, Gosier, Grande Terre

 

 Saint-Martin

Au large de la Barbade

 

 Fly me to the moon

 

Au parc des Mamelles, Basse Terre

 

 

La rivière, cascade aux écrevisses, Basse Terre

 

Marie-Galante 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le héros de mon enfance s'en est allé, victime d'une saloperie de cancer du pancréas. RIP, mec. Au passage, j'en profite pour saluer Papi René, dont je découvre également le décès, survenu en 2009. Féchier.

 

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Société (Cinéma)

Yop!

Fini pour moi, les religions traditionnelles. Maintenant, je passe aux choses sérieuses. Je bénis tous les adeptes de bowling, de bière, les nihilistes, les jolies blondes et le créateur du White Russian. Pour toute information complémentaire, droppez un petit message en évitant de pisser sur mon tapis..

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Photo (Voyage)

Yop tous,

 

Quelques photos de Londres parée de ses plus beaux atours à l'occasion des festivités de fin d'année. L'occasion de taper quelques clichés sympas, dont certains pris dans le quartier de Whitechapel, bien connu des amaters de grand frisson. Comme toujours, cliquez sur les clichés pour les visualiser en HD, ça passe bien mieux...

 

 

 

 

 

 

 

 

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Découverte (Voyage)

Yop tous,

Voilà une vidéo à voir absolument : elle explique, en mots très simples, le fonctionnement de la nature et l'importance des prédateurs pour l'écosystème à travers l'exemple de la réintroduction des loups dans le parc naturel de Yellowstone, aux Etats-Unis. C'est ce qui arrive quand on laisse une chance à la vie...

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Édito

Ceci n'est pas un blog.

Ceci n'est pas une pipe.

Ceci est une fenêtre sur un pré où je pais en paix.

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