Rêves électriques

Rêves électriques

Par Noiraude Blog créé le 17/09/10 Mis à jour le 14/05/17 à 18h00

30 ans de passion pour les jeux vidéo, le Japon et le cinéma, ça laisse forcément des traces. Vous voulez en savoir plus?

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Cinéma

Hello tous,

Pour ce premier véritable post du mois d'octobre, j'ai envie de revenir le temps de quelques lignes sur le festival européen du film fantastique de Strasbourg (FEFFS), qui s'est tenu à la mi-septembre et qui a tout de même attiré cette année, sur une semaine, plus de quinze mille personnes dans les salles et au fil des animations qui ont investi le centre de la capitale européenne. Un moment très particulier, dont j'ai pu profiter à fond, ayant eu l'opportunité de le couvrir de bout en bout pour mon quotidien. J'ai donc pu y découvrir une bonne quinzaine de longs métrages, mais aussi rencontrer des figures du film de genre. Croiser le chemin de Xan Cassavetes, la fille de John Cassavetes et Gena Rowlands en compétition avec son film Kiss of the damned, le temps d'un déjeuner, passer une petite demi-heure en compagnie de Lucky McKee, le président du jury et papa du culte The Woman et du tout nouveau All Cheerleaders die, je vous assure que ça restera pour moi parmi les meilleurs moments de l'année, d'autant que je nourris une passion pour les films de genre (épouvante, horreur, thriller, gore et j'en passe...) depuis que je suis ado, voire plus loin encore : mes parents me récupéraient derrière le canapé, planqué, à mater Amityville la maison du diable ou Poltergeist alors que je n'avais même pas une dizaine d'années.

Le FEFFS, donc, avec tout ce qu'il véhicule de si particulier, cette proximité avec les acteurs et les réalisateurs, que l'on peut croiser dans la ville tout au long de la semaine, ces séances à la saveur si particulière des bons nanars DTV pour une fois honorés du grand écran. Et puis il y a ces films ovnis, ces moments qui vous font aimer encore plus le cinéma. Si Kiss of the damned, élégante histoire de vampires qui rétablit un peu l'honneur du genre après les catastrophiques Twilight, a remporté le grand prix du festival cette année, décision collégiale oblige, c'est un autre long métrage qui avait les préférences du président du jury. Et les miennes : voici donc venu le temps de vous parler de Big Bad Wolves, incroyable pépite venue des terres israéliennes et dont je vous promets qu'on n'a pas fini de parler. Tarantino lui-même vient de le qualifier de "meilleur film de l'année" après l'avoir vu au festival international du film de Busan, en Corée du Sud. Et je peux vous dire que ce n'est pas volé.

Big Bad Wolves, c'est le deuxième film de Navot Papushado et Aharon Keshales, après une première tentative, Rabies (Kalevet, en hébreu) qui avait été remarquée mais dont j'avoue n'avoir pas totalement goûté le style. Rabies, slasher opposant une fois de plus un serial killer à des adolescents en virée, valait surtout pour son changement radical de point de vue en cours de route, mais ses personnages trop caricaturaux, son humour pas toujours bien posé et ses déséquilibres flagrants de rythme réduisaient à néant cette première tentative de film d'horreur sur le sol israélien.

Un premier rendez-vous raté qui aura eu le mérite de permettre au cinéma de ses deux concepteurs de se confronter au genre, et d'en apprendre les arcanes. La chose saute aux yeux lorsque l'on se laisse porter par Big Bad Wolves : l'humour décalé, la noirceur absolue du propos, le sous-texte social mordant... Tous les ingrédients de Rabies sont au rendez-vous, mais la mise en musique change radicalement. Un peu comme si chaque élément trouvait sa place, sa raison d'être, là où ils n'étaient que juxtaposition maladroite auparavant. Big Bad Wolves est un film maîtrisé, de bout en bout, harmonieux, intelligent et diablement prenant.

L'histoire part d'un postulat classique : un tueur d'enfants sévit dans la région de Tel Aviv. L'inspecteur en charge de l'affaire, Miki (Lior Ashkenazi, excellent dans le rôle), ne parvient pas à lui mettre la main dessus, mais il a un suspect, un enseignant qu'il interroge de manière plutôt "musclée" à l'abri des regards. Une démarche qui lui coûtera cher : l'opération hors la loi est découverte, le suspect relâché et, bientôt, le corps d'une petite fille est retrouvé. Miki est relevé de l'enquête, mais persiste à vouloir résoudre l'affaire, jusqu'à croiser le père de la victime, Gidi (Tsahi Grad, aussi drôle qu'inquiétant) un ancien responsable des services secrets bien décidé à rendre sa justice. La descente aux enfers peut commencer.

Big Bad Wolves construit l'essentiel de son intrigue comme un huis-clos impliquant le père, le flic et le suspect. Coupable, innocent ? La question se pose tout au long du film, mais pas seulement. La violence va crescendo, comme pour servir d'exutoire à la frustration de chacun des protagonistes. Et il y a cet humour à froid, qui souligne, toujours plus grinçant, les alliances et les divisions du moment. Big Bad Wolves est un film riche de ses dialogues, ils sont ciselés pour souligner les doutes, les certitudes, la colère sourde ou la froide détermination d'hommes qui font le pire pour tenter de faire le bien. Jusqu'à aboutir à l'irréparable.

Evidemment, il y a un sous-texte virulent à cette histoire. Navot Papushado et Aharon Keshales parlent avant tout de leur pays, de leur peuple, en montrent les faiblesses et les travers du quotidien. On y dénonce, goguenard et tragique, le regard condescendant de la communauté sur les Arabes israéliens (l'apparition à répétition du cavalier arabe est un des temps forts du film, qui invite par ce biais à la réflexion), on dresse un portrait peu reluisant de la mère juive castratrice, on s'interroge sur la propension à la violence des représentants de l'Etat (et pas que), on met en doute la moralité de ceux qui sont du bon côté de la loi - Rabies le faisait déjà. En laissant leurs deux bourreaux s'enfoncer dans la spirale de la vengeance et de la justice personnelle, Papushado et Keshales ouvrent paradoxalement leurs horizons alors qu'ils raréfient toujours plus les espaces de respiration de leur mise en scène, suffocante à force de prendre à la gorge le spectateur.

Car tout est là. A force de sourire, de rire, on finit par grincer des dents, par craindre ce qui nous attend plus loin.  A raison: Big Bad Wolves écrit peu à peu en lettres noires son twist final, qui nous cueille tel un uppercut alors que se rallument les lumières de la salle. C'est un tour de force incroyable de cette comédie noire que de nous laisser là, ébahis, à ne plus savoir s'il fallait rire ou bien pleurer. Une chose est certaine : c'est une expérience qu'il sera impossible d'oublier.

Je me dois de placer ici un avertissement : Big Bad Wolves est un film éprouvant, dont le propos et la mise en images pourront heurter les plus sensibles. Il s'agit aussi, à mon sens, d'un incontournable du septième art, en ce sens qu'il donne à voir l'éclosion de véritables talents cinématographiques de l'autre côté de la Méditerranée. Le long métrage n'a pour l'heure pas encore trouvé de distributeur en France, mais vu l'accueil que lui réservent les différents festivals auquel il est présenté à travers le monde, j'ai du mal à imaginer qu'il ne trouve pas le chemin des salles françaises l'année prochaine. A ce moment-là, repensez à ce post de blog et prenez votre billet : une telle petite merveille de polar noir, ça ne se refuse pas par les temps qui courent.

[MAJ] Les prix commencent à tomber pour Big Bad Wolves. Le long métrage vient d'être couronné du prix du meilleur réalisateur au festival de Sitges. Le premier, je l'espère, d'une longue série...

Et voici une interview des réalisateurs au Frightfest. Instructif:

 

Pour ceux qui n'auraient pas vu Rabies, voici le trailer:



 

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Commentaires

Noiraude
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Noiraude
Tu vas kiffer, Waldo ;o)
Waldotarie
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Waldotarie
C'est marrant, tu viens de me rappeler que "Morse" m'attend sur ma pile "à voir".
Aucun rapport ? Ben si, tu parles de rétablir l'honneur après Twilight, alors que la même année sortait "Morse".

A part ça, je retiens les grands méchants loups...
Celimbrimbor
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Celimbrimbor
Hum, intéressant !

Celim.

Édito

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