Rêves électriques

Rêves électriques

Par Noiraude Blog créé le 17/09/10 Mis à jour le 21/11/16 à 14h44

30 ans de passion pour les jeux vidéo, le Japon et le cinéma, ça laisse forcément des traces. Vous voulez en savoir plus?

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Cinéma

Hello tous,

Chose promise, chose dûe. Après la présentation des éléments réels qui sous-tendent l'histoire de The Conjuring (je vous invite d'ailleurs à retrouver mon post à l'adresse http://www.gameblog.fr/blogs/noiraude/p_94093_the-conjuring-la-realite-derriere-le-film), il est temps, à présent, de s'intéresser au film lui-même. Car, ne nous y trompons pas, bien que finanacé par un grand studio, le long métrage de James Wan dépasse - et de beaucoup - les traditionnels nanars qu'Hollywood a pris l'habitude de pondre ces dernières années sitôt le thème de l'épouvante abordé. The Conjuring, c'est un retour assumé aux fondamentaux des années 1970, ainsi qu'à une règle d'or en vigueur autrefois dans le genre, et indispensable à l'émergence de la peur : c'est en dévoilant le moins possible le choses  à l'écran que l'on titille l'esprit et l'imagination.

The Conjuring, donc, c'est avant tout une histoire réputée authentique. La famille Perron investit en 1971 une nouvelle demeure, a priori parfaite pour y construire un petit nid douillet d'amour, du côté de Harrisville, dans l'Etat de Rhodes Island. Mais très vite, des événements étranges surviennent. Des portes qui claquent, une terrible sensation d'oppression, des agressions physiques inexpliquées. Terrorisée, la famille fait appel au couple Warren, des spécialistes du paranormal qui acceptent de lui venir en aide. La suite, c'est à découvrir dans ce long métrage de 1h50 qui vous fera dresser pas mal de cheveux sur la tête. Et détester les poupées vintage que l'on trouve dans les magasins d'antiquité.

L'on pourrait se dire que derrière ce pitch se cache une énième histoire de maison hantée, et en rester là parce que oui, le scénario est indéniablement d'un classicisme assumé... et potentiellement assommant. Oui, mais voilà : depuis quelques années maintenant, l'on sait James Wan bon faiseur d'horreur (le premier Saw) et, surtout, intéressant raconteur d'histoires à vous coller les miquettes (Insidious). Or, The Conjuring pourrait bien être le film de sa consécration : non seulement Wan y a trouvé un parfait syncrétisme entre ces deux tropismes majeurs de son cinéma, mais il a profité de ce sujet pour s'intéresser à la nature même du film d'épouvante, faisant de l'authenticité son arme principale. Ici, donc, pas de relecture de l'histoire pour coller au modèle du cinéma à grand spectacle, pas de recontextualisation pour donner à l'oeuvre la patine de la modernité. The Conjuring se déroule au début des années 1970, et assume ce statut jusqu'à inscrire sa mise en scène dans les canons des films de l'époque. Il en résulte une image patinée à l'ancienne, un grain qui n'est pas sans rappeler celui des vieux Wes Craven et des premiers Carpenter. Une image brute, délibérément désaturée, dans laquelle la morne réalité ne se marie que plus mal avec les manifestations du surnaturel, terriblement authentiques.

Loin des codes actuels du genre, également, The Conjuring trace paradoxalement son propre sillon en réinventant un certain nombre de prises de vue. La virtuosité est ici évidente, et Wan de s'amuser avec ces scènes vues et revues dont il offre ici une relecture diablement pertinente. Exemple emblématique : une porte qui s'ouvre inexplicablement, mais avec les personnages principaux dans le champ de la caméra, en arrière-plan, implique bien davantage le spectateur que ces jeux de faux-semblants dans lesquels, trop souvent, l'on attend que le héros referme la porte de son frigo pour voir surgir une manifestation du surnaturel. Surtout, les effets à court terme, s'ils sont présents, ne constituent pas le socle sur lequel The Conjuring construit son ambiance. Non, il y a ici une volonté  de faire baigner l'histoire dans un malaise constant, une oppression croissante qui rend les climax plus intenses encore qu'ils ne le seraient dans un roller coaster traditionnel. Le choix de tourner principalement en espaces clos, au fil de couloirs étroits et de pièces en clair-obscur, est à ce titre une gageure technique que l'équipe de tournage a su parfaitement gérer, avec ceci de bénéfique que la sensation d'étouffement ressentie par les personnages est vite partagée par le spectateur.

Le propre d'un film d'épouvante tient à définir précisément le crescendo de la tension, qui doit aboutir en un climax à répétition, presque en forme de frustration. Le rythme, vous l'aurez compris, y est essentiel, et c'est un paramètre parfaitement intégré dans The Conjuring. Le film, malin, se construit même en deux actes distincts suffisamment différents pour induire deux manières différentes d'amener la peur au sein des scènes - et, surtout, de générer deux climax qui resteront dans les mémoires. La première partie, l'exposition, présente le point de vue de la famille confrontée à l'inexplicable. La seconde, plus intéressante encore, prend le parti de suivre le point de vue des chasseurs de fantômes tout en démontrant, au passage, que le frisson et l'émergence d'une tentative pour lutter contre son origine ne sont pas incompatibles - c'est là un constat qui n'allait pas de soi, nombreux sont les longs métrages qui ont échoué sur ce point.

Ce parti-pris suppose, partant, que le duo d'acteurs amenant une esquisse de solution face à l'indicible fasse preuve d'un talent consommé. Mission parfaitement remplie ici aussi, puisque Vera Farmiga et Patrick Wilson ne surjouent à aucun moment, amenant l'indispensable crédibilité à cette histoire qui se serait mal accomodée d'approximations ou de sourires involontaires. C'est, en fait, emblématique de cette volonté visiblement partagée par tous, sur le plateau de tournage, de croire en cette drôle d'histoire, un premier degré salvateur qui n'est plus en odeur de sainteté dans le cinéma de genre moderne et dont on a enfin une bonne raison de regretter la mise au placard. Ici, pas de concession, encore moins de compromis. L'intrigue ne s'accomode à aucun moment d'un animal à sauver, n'épargne ni les adultes, ni les enfants, ni les coupables, ni les innocents. C'est peut-être cela qui rend d'ailleurs The Conjuring si terrifiant. Lorsque l'on sort, estomaqué, de ce tourbillon de folie qui s'est déversé à l'écran, c'est sur cette idée inconfortable que le Mal est aveugle que l'on tente de trouver le sommeil du juste. Sans y parvenir, tant ces images d'un cinéma puissant et indélébile vous suivent jusque sur - sous ? - l'oreiller... C'est à quelle heure, déjà, que le soleil doit se lever ?



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Commentaires

JunXPS
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JunXPS
j'ai adoré insidious, donc j'ai plus que hâte de voir celui ci
Le-Hobbit-Ninja
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Le-Hobbit-Ninja
Critique intéressante, bien construite, courte mais qui va à l'essentiel de manière intelligente.
Ton analyse est de qualité je trouve.

Bien qu'étant imperméable aux films d'horreurs,ta critique me fait envie. Mais dans tout les cas je n'irais pas de peur de flipper^^.

Édito

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