Rêves électriques

Rêves électriques

Par Noiraude Blog créé le 17/09/10 Mis à jour le 27/02/17 à 22h55

30 ans de passion pour les jeux vidéo, le Japon et le cinéma, ça laisse forcément des traces. Vous voulez en savoir plus?

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Cinéma

Trailer VF "red band" (non censuré) d'Evil Dead, de Fede Alvarez. Déconseillé aux moins de 16 ans.

 

Post déconseillé aux moins de 16 ans

 

Hello tous,

Ce film-là, je ne pouvais pas le rater. Parce qu'Evil Dead, l'original j'entends, c'est une histoire d'amour. La mienne, celle de mes premiers grands frissons de cinéma, nés ici, dans cette terrifiante affaire de possession au fond des bois. Sam Raimi, Bruce Campbell. Ash. La tronçonneuse. La main. Oui, la main. Et cette caméra qui court à travers la forêt, présence hostile qui possède, attaque, se défend, se rit et se joue des hommes et des éléments. Si Evil Dead a marqué son époque à sa sortie, c'est parce qu'il est une représentation fidèle de la folie sur grand écran. Il est la carte d'un monde déviant, le roman de ses protagonistes qui le sont tout autant. Evil Dead a construit son mythe sur la frénésie et le goût de l'excès, sur la peur viscérale et un indéniable sens du deuxième degré. Un filon que ses deux suites, chacune dans son genre, ont su magistralement exploiter.

Alors, évidemment, qu'un reboot de la saga soit tenté aujourd'hui est une sacrée gageure. Autres temps, autres moeurs, comme on dit. S'il est plus facile de représenter la violence à l'écran, nous avons perdu, durcissement du classement "R" aux USA oblige, de cette capacité à produire de la pelloche réellement dérangeante, capable d'installer le malaise, puis la terreur en échappant à l'effet "montagnes russes". C'est là tout le paradoxe d'une époque où l'apparence s'est mise à primer sur le fond, et c'est ce qui rendait le pari d'un nouvel Evil Dead si risqué. Et c'est ce qui faisait de la découverte de ce film, validé par Sam Raimi lui-même, un impératif pour le fidèle de la saga que je suis depuis maintenant plus d'une vingtaine d'années.

Voir le premier long métrage du jeune Fede Alvarez (Ataque de Panico, le court qui l'a fait connaître, est impressionnant, et à voir à l'adresse http://www.allocine.fr/film/court-metrage/news-18618931/) apparaître sur les programmes ciné avec une mention "déconseillé aux moins de 16 ans" avait quelque chose de rassurant. Que Sam Raimi lui-même ait choisi Alvarez pour ressusciter son film, avec la bénédiction et le soutien de l'équipe qui avait réalisé l'original, était également un motif de confiance. Et de fait, cet Evil Dead nouvelle formule a pas mal d'arguments à faire valoir. Extrême, couillu et jamais con, le film d'Alvarez est une vraie pelloche horrifique comme on n'en voit plus. Un signe qui ne trompe pas : pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai sursauté au cinéma. Dans une salle pleine à craquer de jeunes - et moins jeunes - adultes visiblement très absorbés par cette affaire.

[Attention, la suite contient quelques spoilers, mais rien de crucial]

Cet Evil Dead, partant, n'est pas vraiment un reboot de l'opus inaugural de 1981. Autres personnages, autre histoire, autres conséquences, et surtout autre manière de traiter le sujet. David, Eric, Mia, Olivia et Nathalie se retrouvent certes dans une vieille cabane familiale, mais ceci pour aider Mia à échapper à sa toxicomanie. Pas d'enregistrement retrouvé au sous-sol et diffusé par erreur non plus, mais la lecture à haute voix du livre des morts lui-même - dont  l'exemplaire visible dans le film, à la couverture en peau humaine comme il se doit, devrait devenir un "prop" très recherché ces prochaines années, tant il est réussi. Alvarez prend le parti de raconter sa propre histoire, évidemment éternellement rattachée à l'invocation d'un démon qui va posséder et tuer ses hôtes l'un après l'autre, mais ceci sans tomber dans la citation facile de l'original et en cherchant une tonalité qui lui est propre. Les références existent, certes, à l'image de la scène du viol par les bois ou de celle de la main coupée, mais elles sont immuablement l'occasion pour le réalisateur d'apporter, paradoxalement, un point de vue nouveau sur l'histoire. C'est la grande force de ce long métrage relativement court (1h30): le spectateur connaissant la trilogie originale est sans doute encore plus perdu que celui qui s'en vient pour la première fois à découvrir le sel d'un Evil Dead. Toutes les références sont manipulées, transformées, mènent au contre-pied et surprennent sans jamais trahir, pourtant, le matériau originel, infiniment respecté.

Conséquence immédiate et salutaire, on se plonge avec délectation dans cette histoire que je qualifierai d'inédite, sans doute de manière quelque peu abusive. Le fond est au rendez-vous, reprenant de l'original sa volonté de décrire les mécanismes de la folie et de sa contagion. La forme, elle, est remarquable. L'image, qui sait rester assez brute, se met au service d'une représentation lourde de la violence, du mal, sans complaisance aucune mais avec cette capacité à installer ce dont je parlais plus tôt, ce malaise, cette insanité que le cinéma des années 1970, version Carpenter, Boorman ou Wes Craven, savait si bien manier. Enfant de son temps également, le film va très loin pour une pellicule "seulement" restreinte aux moins de 16 ans. Gore, Evil Dead l'est assurément, et Alvarez pousse loin le concept, osant représenter des scènes de violence sur des animaux qui, si elles ne feront pas l'unanimité, rendent paradoxalement hommage à l'humanité du petit groupe que l'on voit se déchirer. C'est vital : un bon film sait créer l'empathie du spectateur avec les personnages qu'il met en scène. Ce qui suppose que ces derniers soient bien caractérisés et, surtout, traités avec respect. 90% des productions des années 2000 ont oublié cette règle toute simple.

Tout ne fonctionne pas, pourtant, au fil de cette descente aux enfers. La prestation de Lou Taylor Pucci (Dave, qui lit le Livre des morts), en particulier, manque clairement de finesse et nuit à l'immersion. La volonté scénaristique de tout justifier, le besoin de trouver une issue satisfaisante à la malédiction, quelques scènes qui sacrifient à la mode des "rollercoaster movies" (Saw en tête) qui font les beaux jours des salles obscures viennent rappeler que plus de trente années et pas mal de millions de dollars de budget séparent ce reboot du film qui l'a inspiré. Mais la photo, les choix de caméra, la résurrection de ces prises de vue filant à travers la forêt, les teintes ocres qui virent au rouge et tripes à mesure que l'enfer débarque sur terre soulignent a contrario la capacité d'Alvarez à conserver son âme dans cette grosse machine. Evil Dead se nourrit d'un esprit et d'une esthétique baroques et borderline qui renouent avec les excès historiques des films de genre d'autrefois - on parle de plus de 25 000 litres de faux sang utilisés pour ce film, et franchement, j'y crois.

Bien qu'agaçant par certains aspects, Evil Dead constitue à mon sens un vrai moment de cinéma. Dont on ne regrettera finalement qu'une chose : que le personnage d'Ash n'y ait pas trouvé sa place. Bruce Campbell, désormais à la place de producteur du film aux côtés de Sam Raimi, aurait gentiment décliné la proposition d'un caméo. Mais pour tout dire, c'est peut-être mieux comme ça : l'on reste ainsi toujours en droit d'espérer un retour de Raimi derrière la caméra, pour rendre à Ash la place qu'il mérite vraiment : en tête d'affiche, à gueuler comme un putois que "Chez Pryba, les prix sont bas"... 

 Le petit clin d'oeil qui tue : l'épave sur laquelle est assise Mia, au début du film d'Alvarez, est en fait une Oldsmobile Delta 88, soit la voiture utilisée par Ash et ses amis dans le premier Evil Dead de Sam Raimi. Raimi a l'habitude mettre en scène cette automobile, qui n'est autre que la sienne, dans ses films.

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Commentaires

Celimbrimbor
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Celimbrimbor
Non seulement dans la forêt, mais quand Mia lèche la cuisse de Nathalie puis vient l'embrasser. Quand elle appelle son frère pour pouvoir lui "sucer la queue".
Enfin, oui, vous devez avoir raison. Ce film ne m'a pas plu et m'a ennuyé dans sa prévisibilité. Mais j'avoue avoir été entraîné à la fin, car nous arrivions enfin dans quelque chose de drôle. Il faut que je trouve le tout premier.

Celim.
Noiraude
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Noiraude
Les facilités, j'en parle et les déplore dans mon post. Elles sont la déception de ce long métrage. Après, je te trouve sévère dans la caractérisation des personnages (je le suis en revanche davantage sur l'interprétation) et dans ton approche d'un film sans cervelle et prévisible. Justement, il s'amuse à prendre systématiquement le spectateur à contre-pied, du moins le spectateur qui connaît l'Evil Dead original. La peut, elle, est une question de ressenti. Pour ma part, j'ai trouvé le film très efficace, et dieu sait que je suis consommateur de ce genre de pelloches...
Chipster
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Chipster
Je suis d'accord sur le certain "classicisme" et quelques facilités, mais quand tu parles de 'tension sexuelle" je ne vois pas du tout à quoi tu fais référence, hormis la fameuse scène dans la forêt. Or c'est une des grosses scènes du film original, ici poussée à son paroxysme. Pour les personnages, ils correspondent à certains clichés mais j'ai trouvé que c'était seulement en apparence et pas dans leur comportement. Je ne me souviens pas par exemple avoir trouvé la blonde particulièrement "conne" comme on peut s'y attendre dans un film de genre, de même que l'intello qui ne fait rien d'autre d'intello que d'étudier rapidement le bouquin.
Après oui je n'ai pas eu peur non plus (de base j'ai beaucoup de mal à avoir peur devant un film), mais l'ambiance m'a bien accroché grâce à une réal' efficace et des plans très sympas. Le film est pas là pour faire de la psychologie ou suggérer la violence, c'est tout le contraire et si Raimi avait eu les moyens c'est sûrement comme ça qu'aurait été le film à l'époque (déjà très cru pourtant).
Donc je pense au final que c'est pas ton type de film et que tu préfères tout en non-dit et plus… "intellectuel" :3
Celimbrimbor
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Celimbrimbor
Eh bien, justement, je n'ai pas eu peur pendant la projection. J'ai été surpris deux ou trois fois au début, tant que le machin ne s'est pas incarné (d'ailleurs, cette scène est pathétique, comme toutes celles où le réa s'est dit qu'il fallait rajouter de la tension sexuelle histoire de rendre les choses malsaines : les ficelles sont tellement grosses que je parlerais de cordages) et ensuite plus rien. Justement parce que le film est d'un classicisme incroyable. Il déploie sa partition sans jamais en dévier, permettant au spectateur de deviner, point par point, ce qui va se passer avant que cela n'arrive. Il faut aussi noter les archétypes (la pure ou affilié, l'intello orgueilleux, le bourrin, l'idiote blonde par exemple) qui sont exposés sans aucun fard.
Très sérieusement, je me suis ennuyé tout le long du film, rigolant seulement aux moments de "gore", parce qu'ils sont tellement gratuits, tellement absurdes que je ne pouvais pas les lire autrement qu'au second degré. "Comment va-t-il punir X ?" en gros.
Et puis, ce respect de la partoche, des codes éculés, des règles idiotes... J'en aurais chialé, presque. Aucune terreur, aucune peur, aucune suggestion, que tu gros sang qui tâche et, finalement, m'a fait plus rire qu'autre chose.

Celim.
Chipster
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Chipster
J'ai trouvé que Cabin in the Wood ne valait que pour son "twist" et son trip final (tout ce qu'il y a avant la scène avec Weaver un peu "dafuq ?"), en dehors de ça il n'est pas d'une audace folle. D'ailleurs le fait de déjà connaître le principal dès le début m'a un peu gâché le truc.
Par contre concernant la fin d'Evil Dead Celim, je sais pas où tu as vu qu'il est laissé l'hypothèse qu'elle a tout halluciné.
Enfin pour reprendre ce que dit Noiraude, ce Evil Dead ne prend pas en compte le gros délire des deux suites, le film est clairement un "hommage" au premier qui à l'époque avait frappé fort pour son côté presque aussi violent que ce nouvel opus. Je pense donc que c'est se tromper lourdement que de s'attendre à de l'ironie grinçante etc. ici c'est de l'horreur basique mais pure et, à mon sens, très efficace telle qu'elle est présentée.
Noiraude
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Noiraude
Pour reprendre l'exemple de Cabin in the woods, voici un long métrage qui est justement à l'image de tout ce que je déteste dans l'horreur moderne, à savoir factice, trop réflexif et incapable de nourrir une quelconque foi en ses personnages. Nous sommes fondamentalement opposés dans notre approche du genre ;o)
Noiraude
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Noiraude
Ah mais justement Celim, c'est ce qui fait tout le sel de ce film, qui refuse la facilité et évite soigneusement de marcher dans les pas de l'original. C'est notamment pour cela que le terme "reboot" ne me satisfait pas. Il s'agit à mon sens d'une véritable relecture, ultra-référentielle certes (il faut vraiment que tu voies le premier), et dont la principale vertu tient à chercher à faire peur sans artifice, sans deuxième degré, sans volonté de désamorcer la puissance de sa narration par un quelconque sens caché. En un sens, je comprends pourquoi tu n'as pas aimé : il s'agit d'une oeuvre qui refuse toute dimension littéraire et analytique pour se concentrer sur le viscéral, le primal. Une approche qui d'ailleurs est davantage celle du premier Evil Dead que celle de ses deux suites. Il va falloir que tu te fasses l'original pour apprécier la chose ^^
Celimbrimbor
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Celimbrimbor
Tellement déçu.
Evil Dead (précision : je n'ai vu que le deux et le trois, pas le tout, tout, tout premier) c'est pour moi une avalanche de second degré, une audace incroyable et de l'innovation.
Là, j'ai vu un film qui se prenait au sérieux, cantonné dans les réflexes de vingt ans de cinéma d'horreur, qui balançait du sang pour faire genre et qui, pire que tout, se paie l'immense luxe de laisser l'hypothèse : "Elle était en train d'halluciner, c'est elle qui a tout fait en fait" ouverte.
Non, vraiment, terriblement déçu. Dans le même genre, The Cabin in the Woods fait beaucoup mieux et de manière beaucoup plus intelligente.

Celim.
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
J'hésite.
J'ai peur que Ash ne me manque trop.
Remarque, si j'ai d'ores et déjà peur, c'est que le film fonctionne... :lol:
Dopamine
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Dopamine
Noiraude, si t'a envie de voir du gore, viens avec moi au boulot. Au moins ce sera pas du cinéma ;p
Chipster
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Chipster
Ah oui, ça passe pas sur les pages de la communauté je crois (je suis sur l'app mobile moi en fait). Il faut soit passer par le forum, soit afficher le code source de l'élément pour lire les balises spoiler :P
Tiens d'ailleurs j'en profite là pour dire que ta dernière anecdocte est super sympa ^_^

Et je plussoie pour Ash.
Noiraude
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Noiraude
Chipster, impossible de voir ce qui se cache sous tes balises. Y'a souci ?

Ashlotte, t'aurais fait une merveilleuse Mia, je suis sûr ^^
Noiraude
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Noiraude
Ca vaut le déplacement, ué ^^
Celimbrimbor
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Celimbrimbor
I should go and see it.

Celim.
Chipster
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Chipster
Certaines scènes m'ont pas mal impressionné et d'autant plus que je ne me souvenai plus du tout du trailer (que du coup je déconseille de mater pour plus de surprise). D'ailleurs je trouve dommage de mettre la première image, celle de
Spoiler
.
J'ai trouvé quelques facilités comme
Spoiler
. Après clairement le film est gore, ils se sont vraiment lâchés et ça fait plaisir. Un très bon moment que je conseille au ciné avec du gros son :P
Ashlotte
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Ashlotte
J'ai pourtant fait tout ce que j'ai pu, ils ont pas voulu que je joue dedans.

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