Rêves électriques

Rêves électriques

Par Noiraude Blog créé le 17/09/10 Mis à jour le 09/12/16 à 15h47

30 ans de passion pour les jeux vidéo, le Japon et le cinéma, ça laisse forcément des traces. Vous voulez en savoir plus?

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Jeux vidéo (Jeu vidéo)

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ET LES ILLUSTRATIONS

L'important, ce n'est pas la route. D'ailleurs, là où il va il n'y a pas, de route... Fidèle à ses habitudes de baroudeur roublard et impénitent, Nathan Drake est à nouveau de retour pour un tour de rollercoaster dans les montagnes, dans la jungle, dans les endroits les plus périlleux de la planète, parce qu'il ne peut s'empêcher de chercher l'aventure. Mais ce chemin-là est un axe secondaire. Uncharted 4 raconte une traditionnelle histoire de bim, de bam et de boum, mais s'arrête surtout sur l'envie d'un homme de régler ses comptes avec son passé, pour enfin pouvoir avancer. Uncharted 4 est une conclusion, un épilogue, le petit supplément d'âme indispensable que la franchise se cherchait depuis des années. Que j'y cherchais depuis des années. Je sors tout juste de quinze heures d'épopée où j'ai ri, vibré, frissonné. Où j'ai terminé surtout, ébahi, la petite larme à l'oeil de découvrir un final aussi touchant, qui m'a cueilli par surprise au bord d'une plage idyllique du bout du monde. Sable émouvant.

 

La forme et le fond

Il s'en est passé, des choses, depuis cette année 2007 où j'ai découvert Nathan, alors à la recherche de la tombe de Sir Francis Drake et dont les premières prouesses m'avaient laissé ce sentiment mitigé d'un univers à la fois superbe et dépourvu de véritable profondeur. Pourtant, l'idée était là, en germe déjà: faire d'un jeu vidéo un film interactif à part entière, dans lequel l'histoire compterait autant, sinon davantage, que la proposition ludique. Uncharted, disons-le clairement, n'a jamais brillé par ses idées de gameplay. Grimper, sauter, tirer, courir... La franchise a fait le choix de reposer sur des concepts basiques pour mettre en musique autre chose, une réalisation dès le départ assez époustouflante pour maintenir l'intérêt du joueur des heures durant. Panoramas sublimes, environnements frisant le photoréalisme. Episode après épisode, c'est cette excellence technique qui a surtout mû l'intérêt du joueur.

Mais pas seulement. Naughty Dog, malin,  a profité de cette stature de vitrine technologique pour amener l'aventurier du pad, petit à petit, à se prendre d'affection pour un personnage qui a lui aussi, doucement, laissé apparaître ses aspérités. Après un deuxième opus dans les méandres du toit du monde et de l'hésitation amoureuse, puis un troisième au coeur du désert et où le personnage féminin de l'histoire, Elena, prenait enfin toute sa dimension, elles ne demandaient plus guère qu'à s'épanouir. Nous avions laissé Nathan avec ses envies de vie ordinaire et la promesse d'un quotidien d'homme rangé. C'est ainsi qu'Uncharted 4 le retrouve, et pose d'emblée sa dimension intimiste comme moteur principal de l'épopée. Pour ce dernier volet, il fallait enfin lever le voile sur les origines du héros, sur ce qui a fait de lui ce qu'il est. Comprendre aussi quelles sont les ressorts principaux de sa psyché. Poser la question de sa place dans un salon, de l'ennui qui gagne l'homme d'action. Oser aborder les raisons profondes qui poussent celui qui a tout à tout remettre en jeu, une dernière fois, au-delà d'une main tendue qui ne peut à elle seule tout expliquer. Esquisser, enfin, cette route qui mène de l'enfance à l'âge de la maturité.

Last of Us, sans doute, a beaucoup pesé dans la dynamique intimiste de ce baroud d'honneur. Depuis cette expérience humaine superbe et terrible proposée par le studio, Naughty Dog ne pouvait sans doute plus se contenter de développer un simple blockbuster à l'hollywoodienne. Uncharted 4 prend donc un malin plaisir à dépasser le cadre classique du TPS peu subtil qui colle au train de la série depuis une dizaine d'années. Oui certes, les explosions y surgissent à foison ; oui, l'on s'ennuie parfois ferme à sauter de pic en falaise pour progresser dans des environnements où la moindre erreur signifie une chute mortelle et un hurlement dans le vide. Oui encore, l'on y tire à tour de bras en des séquences d'affrontement qui reviennent régulièrement, comme si les développeurs se sentaient le devoir d'en faire presque trop. Peut-être même est-ce volontaire...

Il s'en trouvera, comme toujours, pour s'arrêter à ces choix de gameplay. Mais ces moments-là sont tels des transitions, en une amusante inversion des codes qui font le lit de ce genre de titres. Ici, ce sont les dialogues, ces mille et un petits moments où le jeu respire, prend le temps de se poser pour faire interagir ses protagonistes, sans jamais laisser le joueur de côté, qui sont au coeur de l'expérience.  Libre d'aller plus avant dans une discussion avec l'indéboulonnable Sully. Paré pour se quereller avec le frangin ressuscité tandis que l'on résoud une énigme, ou tenter de se rabibocher avec cette femme qui, mine de rien, se fait bouée de sauvetage de l'enfant égaré, plus que jamais. Uncharted 4 place sa narration en plein coeur de son concept, jusqu'à le poser comme un élément essentiel de l'expérience toute entière.

"Tout homme est une histoire sacrée"

Le rythme du jeu s'en trouve affecté, ménageant nombre de pauses permettant de se plonger dans les relations liant les uns aux autres. Différentes temporalités s'y entrechoquent, pour donner de la densité au background de toutes ces personnes que l'on croise, avec l'évidente intention de faire échapper leur caractérisation au manichéisme encore trop fréquent dans l'écriture des jeux vidéo. Nathan et son frère Sam, unis pour la vie par un passé douloureux et une confiance inébranlable l'un dans l'autre - jusqu'à quel point ? L'ennemi qui fut un ancien complice d'aventure, sorte de versant sombre des deux frangins qui l'ont évacué sans trop de raisons de leurs vies. L'ami de toujours, Sully, qui nourrit autant de réserves à l'égard d'un frère qu'il éprouve d'amitié pour l'autre, jusqu'à mettre sa vie en jeu sans jamais hésiter. La relation de confiance qui l'unit à Elena, jusqu'à la guider sur les traces des blessures secrètes dont son homme n'a jamais voulu parler. Et celle, bien sûr, qui nourrit toute l'intrigue de sa force, entre Nathan et Elena. Un beau couple, ces deux-là.

L'épopée regorge de ces petits détails qui font toute la différence, qui donnent aux personnages une véritable consistance. Ils sont là pour permettre aux scénaristes de s'emparer de sujets étonnamment complexes, comme la perte d'un proche, la culpabilité, la question de l'honnêteté dans un couple ou les conséquences des petits sacrifices du quotidien pour celui qui les a consentis. Se pose aussi la question de nos racines, de ce qui, dans notre passé, nous pousse parfois à prendre de mauvaises décisions. Et la peur, l'envie de bien faire, le refus de s'avouer, tout du long, que c'est aussi un peu parce que l'on est ainsi fait que l'on choisit de prendre une route plutôt qu'une autre. Quitte à se tromper encore et encore, quitte à faire du mal à ceux pour qui on compte tellement.

Au coeur de ces questionnements, évidemment, il y a Nathan. Depuis les prisons sud-américaines jusqu'aux îles reculées d'Analanjirofo, au large de Madagascar, l'insouçiant aventurier, le voleur fait son introspection, arpente un chemin inattendu vers la compréhension, vers l'âge adulte. Indispensable chemin qui le mène à cet inattendu épilogue, qui s'aventure, en une logique conclusion, sur les terres douces-amères de la transmission. Une page alors se tourne, et l'aventure se termine. Pour reprendre d'une autre façon, en d'autres lieux, en illustrant de la plus pure des façons ce qui constitue peut-être la plus grande leçon de cette tétralogie numérique: ce sont les liens qui nous unissent qui sont la plus grande de nos richesses. Uncharted a bien grandi, et grâce à lui, nous aussi...

 

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Commentaires

Igerard
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Igerard
Très juste, bien vu. Sacrée aventure, quel régal :)
Ameraz
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Ameraz
Effectivement, superbe article, merci pour le boulot 😉
Donnie Jeep
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Donnie Jeep
Excellent billet. Qui pointe vraiment la grande qualité de cette saga. Avoir réussi le tour de force de faire vivre des personnages qui, au départ, semblaient tout droit sortis des vieux pulp des années 40.
Et je suis totalement d'accord sur l'importance d'Elena. Franchement, toutes ses scènes dans A Thief's End sont d'une justesse assez incroyable. Druckmann a suivi puis amélioré la voie tracée par Hennig dans Drake's Deception (notamment la fameuse cinématique de Nate qui revient après la tempête et qui en dit long sur les relations sans en faire des tonnes). Et cette façon d'utiliser le semi monde ouvert pour apporter respiration et profondeur à la narration, c'est ultra bien fichu.
Quant à la fin, sans spoiler, elle est tout simplement parfaite.
Pimousse_Fraise
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Pimousse_Fraise
Merci pour ce bel article :)
Craven28
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Craven28
Ok merci, ça relance l intérêt alors :)
Rone
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Rone
Non l'image c'est le 12ème chapitre
Craven28
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Craven28
Merci de spoiler la fin avec votre image d illustration de l'article....franchement merci

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