Rêves électriques

Rêves électriques

Par Noiraude Blog créé le 17/09/10 Mis à jour le 21/11/16 à 14h44

30 ans de passion pour les jeux vidéo, le Japon et le cinéma, ça laisse forcément des traces. Vous voulez en savoir plus?

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Jeux vidéo (Geekerie)

Yop tous,

 Je me suis fendu d'un petit papier pro pour présenter un aspect un peu méconnu du rétrogaming, l'arcade, à travers le portrait d'un passionné. Je vous mets le texte ci-dessous, j'ai dans l'idée qu'il y a de quoi en intéresser certains d'entre vous ^^

A tous ceux qui se sont défoulés sur des bornes d'arcade...

On peut aimer les timbres ou nourrir des passions plus encombrantes : celle de Kévin, 27 ans, l'amène à collectionner des bornes d'arcade, monstres de jeux vidéo qui ont autrefois régné en maîtres incontestés dans les bars et les cafés. Une forme sévère du virus du rétrogaming [*] que le passionné entend transmettre en organisant vendredi et samedi la Bat'cade à Strasbourg.

 

Kévin Bernard et sa collection de bornes d'arcade. Une passion qui prend de la place.

Kévin et sa collection de bornes d'arcade. Une passion qui prend de la place.

 
Kévin n'aime pas les étiquettes, sans doute parce qu'il s'emploie à y échapper avec une belle régularité. Alsacien ? Il se dit d'ici et d'ailleurs, fils d'un père breton et d'une mère vosgienne, arrivé dans la région pile pour attaquer sa scolarité au collège. Salarié ? Aujourd'hui intermittent du spectacle, il va où le travail le porte pour mettre à disposition de qui en a besoin ses compétences d'éclairagiste. Et c'est un rythme de vie qui lui va bien - « à part peut-être quand il faut expliquer au banquier ce que c'est que le statut d'intermittent, rigole-t-il. C'est un peu chaud à faire comprendre quand tu cherches à emprunter, même quand tu gagnes bien ta vie ». Amateur de jeux vidéo ? Oui, entre autres. Mais comme beaucoup d'autres membres de sa génération. Il est loin, en tout cas, de se réduire à cette définition.

Electronique, huile de coude et système D

Confortablement installé avec sa compagne dans une petite maison aux alentours de Strasbourg, Kévin s'intéresse à tout, aux livres, aux voyages, à l'actualité. Et puis il y a sa passion, à côté, qu'il fait vivre dans un délicat équilibre avec le reste de son quotidien. Depuis quelques années, il a succombé aux sirènes d'un monde que, sur la petite planète du rétrogaming [*], beaucoup regardent avec envie : l'arcade, faite de machines imposantes, d'électronique old school, de jeux mythiques, d'huile de coude et de système D. Il n'y a pas si longtemps, dans les années 1980 et 1990, avant l'avènement de la 3D, cet univers-là régnait en superstar des jeux vidéo. Les titres qui y faisaient fureur, Street Fighter 2, Killer Instinct, Toki et tant d'autres, étaient ensuite adaptés pour les consoles de salon, qui peinaient évidemment à soutenir la comparaison. Ces machines étaient à l'époque extrêmement onéreuses, il n'était guère envisageable d'en posséder chez soi. Ce n'est plus - tout-à-fait - le cas.
L'arcade, c'est un monde qui parle à Kévin depuis toujours. Une enfance passée au contact de hardwares comme l'Atari 520 ST et de classiques comme Ikari Warriors, Bubble Bobble, Barbarians, adaptations de « hits » arcade, ont suffi à forger chez lui l'âme d'un « gamer » des salles obscures. « J'ai toujours été attiré par les jeux typés arcade, entre autres, raconte-t-il. Paradoxalement, je n'ai jamais été dans des salles de jeux, je suis né trop tard pour ça. Mais je me rappelle ma première partie de Street Fighter 2 : j'avais pris Zangief (un énorme catcheur russe, NDLR) et j'avais battu mon grand frère. J'étais content ». Les années ont passé, et c'est un souvenir qui est resté. La nostalgie a fait le reste : les moyens venant avec la maturité, il a fini par vouloir goûter à l'expérience « originale », aux versions « jamma » - la connectique la plus répandue dans ce loisir  - des jeux qui l'avaient fait vibrer durant son enfance. Depuis 2006, Kévin a fait de son rêve d'arcade une réalité.

Une pièce dédiée

Mais là où les « rétrogamers » peuvent faire tenir leur hobbie dans quelques mètres carrés, l'arcade se fait nettement plus encombrante. « Posséder une borne, déjà, ça prend de la place », concède Kévin, goguenard. Alors, en posséder huit, comme lui, cela demande une pièce dédiée. Dans sa maison, c'est la cave qui a été annexée. S'y regardent quelques machines pour le moins exotiques, le jeune homme nourrissant une préférence pour des versions japonaises, en métal et plastique là où les bornes européennes préféraient le bois. Sega Aero City, Astro City, Blast, "Cocktail", Swing, Egret... Certaines sont en "yoko", d'autres en "tate", termes consacrés pour désigner, respectivement, les écrans en position horizontale ou verticale (les premiers se prêtent idéalement aux jeux de combat et autres titres d'action, les seconds trouvent leur usage pour les "shoot'em up", les jeux de tir en 2D à « scrolling vertical », à l'ancienne, dans lesquels le « scoring » fait la loi). Et Kévin choie ses petites pensionnaires, a appris à réparer les pannes les plus évidentes. « C'est un loisir dans lequel tu dois apprendre à te débrouiller, explique-t-il, parce qu'on sait que ces machines ont une durée de vie limitée. Le jeu, c'est de faire en sorte de leur permettre de tenir le plus longtemps possible».
Evidemment, l'arcade a ses usages, et une communauté s'est forgée autour de ce loisir, avec les années. Car la disparition des salles de jeu dans l'Hexagone a peu à peu laissé émerger l'idée qu'un patrimoine était en danger. Des passionnés se sont donc employés à remettre en état les machines, mais aussi les cartes mères des jeux, et se sont mis à échanger, à communiquer. Aujourd'hui, ils sont devenus de vrais spécialistes, auxquels les néophytes peuvent faire appel sur les forums consacrés au loisir que certains d'entre eux ont créés. « Même s'il est parfois un peu difficile de débarquer sans connaissances dans ce milieu, il y a toujours quelqu'un, finalement, qui sera là pour te tendre la main », estime Kévin.

Web, forums et communauté

Lui s'est lancé sur ces espaces web, sous le pseudo "Doufteu", un peu avant le tournant des années 2010, avant que l'arcade ne commence à intéresser au-delà d'un public confidentiel et que le rétrogaming devienne un petit phénomène de société. Pour y trouver les jeux qui le faisaient rêver - « Il y a pas mal d'achat-vente de matériel, c'est un monde de collectionneurs » - mais aussi pour échanger, converser avec d'autres passionnés. Car Kévin a aussi découvert que cet univers n'est pas fait pour ceux qui aiment rester isolés. « Jouer seul à ces jeux, ça n'a aucun intérêt, analyse-t-il. C'est ce constat qui m'a fait réfléchir et qui m'a donné envie de faire vivre ce patrimoine, de le faire découvrir à de nouvelles générations».
L'organisation de sessions de jeu, puis d'événements arcade entre fans à travers la France lui a finalement donné l'idée, et l'envie, de se lancer lui aussi. « J'avais le temps, les moyens, un lieu à disposition et les connaissances. Si je ne me lançais pas, qui d'autre aurait pu organiser un rendez-vous arcade en Alsace? » L'an dernier, la Bat'cade a donc vu le jour à Strasbourg, comme une sorte de musée interactif dans lequel il était possible - et fortement conseillé - de s'amuser. « Je suis parti de l'idée que pour faire perdurer le plus possible cet univers, il fallait l'ouvrir à autant de monde que possible, faire vivre ces objets d'histoire », raconte-t-il. Une centaine de personnes, dont un public familial, ont pu y profiter des bons vieux hits des années 80 et 90... Mais désormais, en "freeplay": pas question de payer pour jouer, en dehors du droit d'entrée : les bornes se découvrent en toute gratuité.
La Bat'cade, c'est une idée que Doufteu a voulu creuser. Cette année, il a donc remis le concept sur le métier, mobilisé ses amis de la petite communauté arcade présente dans la région et lancé une deuxième édition. « On essaye de monter un peu en puissance, avec 19 bornes contre 15 l'an dernier ». Kévin et son équipe de passionnés ont rassemblé leurs PCB et entendent bien les faire découvrir, deux jours durant, à tous ceux qui auront la curiosité de s'y essayer. « Pour moi, tout possesseur de jeux d'arcade a le devoir de s'en occuper et de les partager. C'est pour ça que je suis ravi à l'idée de faire découvrir ces classiques à des parents et des enfants, comme les témoins d'une autre époque des jeux vidéo. » Des classiques technologiquement datés, mais dont les nouvelles générations ont sans doute quelques leçons à tirer. Parce que « les jeux, à cette époque, c'était quand même quelque chose, sourit Kévin. Par certains aspects, ils n'avaient rien à envier à ce qu'on fait aujourd'hui... » Il y a plus dans ce constat que de la simple nostalgie...
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[*] Le rétrogaming renvoie au goût de personnes, jeunes ou moins jeunes, pour les titres et les machines des générations précédentes de jeux vidéo.
La Bat'cade se tient les vendredi 28 et samedi 29 novembre à La Maison Bleue, 3 rue de Guebwiller à Strasbourg. Ouverture des portes à 14 h, début des tournois à 21 h. Entrée : 10¤, boissons et petite restauration sur place. Infos https://fr-fr.facebook.com/Labatcade
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Édito

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Ceci est une fenêtre sur un pré où je pais en paix.

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