Rêves électriques

Rêves électriques

Par Noiraude Blog créé le 17/09/10 Mis à jour le 19/02/17 à 15h04

30 ans de passion pour les jeux vidéo, le Japon et le cinéma, ça laisse forcément des traces. Vous voulez en savoir plus?

Ajouter aux favoris
Signaler
Jeux vidéo (Jeu vidéo)

Hello tous,

Voilà un moment que je n'avais plus pris la plume pour aborder un sujet transversal qui me tenait vraiment à coeur concernant les loisirs numériques. La découverte de quelques vidéos postées sur youtube et toute une série de messages lus à travers moult sites de passionnés de retrogaming m'amènent cependant ce soir à partager avec vous la petite introspection à laquelle je me suis livré. Celle-ci concerne mes pratiques d'acheteur compulsif en quête de la bonne affaire pour enrichir un peu plus la collection que j'édifie patiemment depuis maintenant un peu plus de quinze ans. Elles concernent l'éthique qui doit, à mon sens, être prise en compte lors de chaque transaction. Dans un monde où règnent désormais embrouilles et spéculation, ces interrogations ne prennent que plus de sens, et j'espère qu'elles vous amèneront à vous demander, vous aussi, ce que vous pouvez faire pour que le futur du retrogaming ne soit pas de faire dormir derrière une vitrine des consoles et des jeux en boite en attendant qu'ils prennent de la valeur - en espérant qu'ils soient authentiques, d'ailleurs.

Commençons donc par un simple constat : depuis maintenant un peu plus de trois ans, la valeur des jeux vidéo d'ancienne génération a tendance à croître de façon exponentielle. Inutile de s'attarder sur le cas Ebay, où les prix pratiqués ont toujours été abusivement élevés. Désormais, le phénomène touche tout le monde, jusqu'aux forums les plus obscurs au fil desquels surgissent les débats commentant cette montée de prix assez remarquable. Ne soyons pas naïfs : l'évolution des cotes est évidemment en partie dûe à des internautes qui ont professionnalisé leur activité, mais elle se nourrit aussi de la raréfaction des produits, devenue structurelle. D'un côté, les années passant, les machines et les jeux encore fonctionnels ont en effet tendance à être mécaniquement de moins en moins nombreux. De l'autre, nombre de proches ayant fait un tour par Tokyo ces dernières années me confirment que la source mondiale à laquelle tous les rétrocollectionneurs allaient s'abreuver - le fameux quartier d'Akiba - a tendance à se tarir. Or, voici plus de quinze ans maintenant qu'Akihabara régulait les cotes en imposant des tarifs bas dictés par une relative opulence. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas : les tarifs affichés sur place voisinent ceux qui sont pratiqués en Europe, voire se mettent à niveau quand il s'agit de la vente en ligne. C'est aussi cela, la mondialisation.

Dans un tel contexte, il devient difficile de contenir la spéculation sur certains titres et hardwares devenus particulièrement rares. Et cette spéculation mène à des aberrations qui ne peuvent que heurter le joueur qui sommeille en chacun de nous : on a beau le regretter, mais comment imaginer, par exemple, qu'un passionné ose introduire la cartouche originale d'un Neo Turf Masters AES - un titre fabuleux, qui plus est - dans sa Neo Geo en connaissant la valeur qu'a atteint la pièce ces derniers mois - plus de 10 000 euros - et la décote que signifie une simple rayure ? J'entends également chaque jour, autour de moi, des amis collectionneurs s'enthousiasmer d'avoir acquis telle ou telle pièce en état "mint", voire neuf et encore emballé... et qui n'envisagent pas un instant d'ouvrir cette boite pour renouer avec ce qui les a pourtant amenés à effectuer l'acquisition à prix d'or : l'envie de jouer. Il s'en trouve même quelques-uns pour s'offrir une version "loose" ou "convert" de la pièce afin de pouvoir en profiter malgré tout, sans toucher au graal qui désormais dort sagement à l'abri du soleil - le sunfade est sacrilège ! - et de la poussière. Nous touchons du doigt, ici, l'irrationnalité du système qui se met en place, obligeant à choisir entre le plaisir de jouer et la préservation de l'investissement consenti. Or tous  les retrogamers vous le diront : ce ne sont pas les solutions alternatives - émulation, conversion... - qui restitueront les sensations originales délivrées par un hardware et ses logiciels. Car l'expérience ludique est un tout : elle englobe le jeu, mais aussi la machine, ses composants spécifiques - on ignore encore comment émuler parfaitement le fameux mode 7 de la SNES - ainsi que la manette d'époque, le tout branché au tube cathodique qui va bien. Un bon émulateur PC n'est jamais qu'un pis-aller.

Cette évolution du marché du retrogaming, surtout, doit nous interroger sur nos propres pratiques. Car nous sommes, à des niveaux variables, en partie responsables de ce qui se joue ici. D'aucuns cautionnent le système en faisant l'acquisition de pièces séduisantes à des tarifs indus, d'autres l'alimentent en profitant d'une flambée des cotations pour se séparer de leur jeu, de leur machine, et ainsi opérer une petite plus-value. Evidemment, il n'y a ici rien de répréhensible. Mais peut-être devons-nous prendre en considération les conséquences de ces actes de consommation sur le marché du jeu vintage, a fortiori dans un contexte où il semble désormais admis que les valeurs de ces produits ne baisseront plus à l'avenir. Chaque nouvelle vente a un prix surévalué peut contribuer à faire évoluer la cote, et à rendre un peu plus inaccessible le jeu qui vient d'être acheté. Vendre un Demon's Blazon SNES complet à 200 euros, c'est admettre l'idée que le jeu n'est plus fait pour être joué.

Il est intéressant de noter, toutefois, que des forums spécialisés tentent d'endiguer le phénomène en lui opposant le bon sens de la communauté. A coup de cotes régulièrement réévaluées mais toujours dans le domaine du raisonnable, de relations de confiance entre abonnés des topics, les prix restent relativement stables, et l'on y privilégie souvent un bon échange à une vente contre argent sonnant et trébuchant. Ces initiatives sont la preuve qu'il est possible de faire fonctionner le marché du retrogaming de manière éthique. L'on y évite aussi - sauf rarissime mauvaise surprise - les escroqueries qui ont de plus en plus souvent cours sur les grands sites de vente en ligne. Car la montée en puissance de l'argus du retrogaming a aussi eu ceci de pervers qu'il a généré toute une dynamique de contrefaçon. Et pour cause : un faux Pulstar AES écoulé 600 euros alors qu'il en a coûté 150,  un Megaman X3 SNES vendu comme un vrai à 800 euros alors que la cartouche a été reprogrammée depuis un simple Mario... L'affaire est pour le moins lucrative.

Bref. Evidemment, ces marchés parallèles font reposer leur succès sur l'acceptation que tout un chacun joue le jeu, revendant ses pièces au prix d'achat, sans plus-value. Ils supposent également que le collectionneur fasse preuve d'une certaine honnêteté intellectuelle. Car non, s'il n'est pas légalement condamnable d'acheter un Castlevania Vampire Kiss mint à 20 euros à un gamin de 12 ans qui a fouillé dans le grenier de papa-maman pour venir participer au marché aux puces du village, il n'est pas non plus particulièrement honnête de lui cacher la valeur réelle de ce qu'il a entre les mains. Ce sont des pratiques auxquelles nombre de collectionneurs ont succombé - moi y compris - très souvent innocemment, pensant uniquement à la bonne affaire alors réalisée. Mais plus encore que de léser quelqu'un, elles remettent en cause notre approche fondamentale du retrogaming, nous incitant à penser, par nature, en termes de plus-value potentielle ("Je l'ai eu à 20 euros, il en vaut au moins 300...").

Ces questions  de moralisation du marché peuvent sembler rébarbatives. Elles n'en restent pas moins cruciales si nous essayons d'envisager la chose plus largement. Aujourd'hui, je me préoccupe davantage de permettre à tout un chacun de découvrir cette histoire des jeux vidéo à laquelle je suis profondément attaché, pour l'avoir vécue depuis le début des années 1980 - et chroniquée depuis le milieu des années 1990. Et ceci passe par une mise à disposition la plus large possible de ces pièces qui méritent de vivre leur véritable vocation jusqu'à ce que mort des composants s'en suive - ce qui suppose un peu plus de responsabilité de la part de tous les passionnés qui nourrissent ce marché. A titre personnel, je refuse de devoir interdire un jour à mes nièces l'accès à tel ou tel jeu qu'elles auront repéré dans ma ludothèque, au motif que le coût de la pièce serait trop élevé pour que l'on puisse la laisser entre les mains de gamines qui auraient alors envie d'en savoir plus sur ce qui faisait rêver tonton quand il était petit. Un jeu est fait pour jouer, l'on n'y gagne jamais rien à seulement le contempler, mais au contraire énormément à pouvoir le partager...

Ajouter à mes favoris Commenter (15)

Commentaires

snkforever
Signaler
snkforever
Tous les jeux que j'achète, c'est pour y jouer.
Le Gamer aux Mains Carrees
Signaler
Le Gamer aux Mains Carrees
J'ai le même principe que Vithia, tiens. J'ai juste dû faire un accroc à ce principe pour FFVI GBA, et encore. 50 euros en louze.
Noiraude
Signaler
Noiraude
Approved ^^
Vithia
Signaler
Vithia
Pour les jeux vidéo (comme pour la BD d'ailleurs) j'ai pour principe de ne jamais payer plus que son prix à sa sortie (modulé parfois avec l'inflation franc/euro). Dans les faits je ne paye jamais plus de 30€ un jeu d'occaz, rétro ou non. Je passe forcément à coté de certains "must have" mais tant pis. Cela étant, je ne pense qu'il ne faut pas non plus blamer trop vite les collectionneurs (que nous sommes tous à différents degrés). Les vendeurs pratiquent des prix excessifs ? C'est tout simplement que nous ne sommes pas dans la cible. Et puis bon, c'est bien connu : c'est l'offre (rare) et la demande (forte) qui font monter le prix. L'objet est rare ? Ok. En ai-je vraiment envie ? Oui. En ai-je vraiment besoin ? Non (mon crédit me le rappelle chaque mois :P )

Recherchez la liberté et devenez esclave de vos désirs. Recherchez la discipline et trouvez votre liberté.

Coda Bene Gesserit
Locutus
Signaler
Locutus
J'ai pratiquement lâché la collectionnite il y a quasiment 2 ans, dégoûté par le système. Seuls 3 jeux ST/Amiga sont passés au travers du filet il y a un an. Non, je ne mettrai pas 100 € pour un Tombi sur Playstation, certainement pas ! Pourtant, Dieu sait combien j'ai eu envie de me le procurer.

Parfois, je dois encore me faire violence pour ne pas craquer, mais la raison finit par l'emporter : entre la déception de ne pas avoir ce jeu et la déception d'avoir claqué autant de thunes dans un unique jeu, j'ai fait mon choix.

Maintenant, je profite de quelques achats très raisonnables sur la génération 128 bits, parfois encore sur Playstation. Pour les vieux trucs, je passe par l'émulation, imparfaite, impersonnelle, froide, mais qui me suffit amplement. Ah, je commence aussi à compléter certaines envies sur 360 avant que le fléau ne progresse trop sur cette génération.

Et puis, tous mes vieux oldies accumulés essentiellement fin 90's sont dans des cartons, je n'ai pas la place pour les exposer, ni l'envie d'investir dans des vitrines Billy. J'ai pensé plusieurs fois à me débarrasser de la plupart de mes vieux ordis, ce n'est pas encore fait, un jour peut-être... ou pas ;)
Noiraude
Signaler
Noiraude
Je regarderai pour toi sur les fofos, au cas où il y en a un qui se vend à prix décent pour tout le monde. Parfois, ça arrive...
Le Gamer aux Mains Carrees
Signaler
Le Gamer aux Mains Carrees
Un article salutaire qui met le doigt où ça fait mal. Et d'autant plus que le problème de la spéculation excède le seul champ du retrogaming, malheureusement.

L'appât du gain, l'attrait de l'argent facile, la conscience morale en berne ne sont que quelques-uns des hauts (terriblement bas) de cet iceberg.

Oui, il y a un système "pourri" en place et oui, il n'y a que deux choix possibles : participer ou ne pas participer. La plupart de ceux qui participent disent à l'opposé qu'ils n'ont pas le choix, que c'est comme ça et pas autrement, qu'ils ne veulent pas passer pour des pigeons.

Sauf que c'est soit PASSER POUR un pigeon, soit ETRE un escroc. Y'a pas de demi-mesure, c'est comme ça.

Alors oui, si seulement on arrêtait tous de cautionner ce système en achetant malgré tout, il se casserait la gueule et tout le monde y gagnerait. Malheureusement, ça nécessite que tous les joueurs concernés aillent dans le même sens et ça, ce n'est même pas la peine d'y compter. Même pour jouer à Pokemon Online, ils n'en sont pas capables.

Perso, j'ai de la chance, les jeux que je recherche ne sont pour la plupart pas cotés. A part Vampire Kiss, justement. :(
Goten62
Signaler
Goten62
Je rejoint nicolah, je suis moi même un collectionneur et que certains de mes jeux prennent de la valeur chaque années me passe par dessus là tête, hormis quelques doublon ou pour upgrade je ne revend pas mes jeux pour spéculer mais seulement pour améliorer ma collection, je pense qu'il est nécessaire de bien distinguées le bon et le mauvais collectionneur ;)
Sinon ton article est plutôt correct, si chacun prend conscience de revendre un jeu à sa vrai valeur on pourra peut être ralentir l'inévitable...
Noiraude
Signaler
Noiraude
@ vithia : comme je te comprends, j'ai fait pareil avec un Matrimelee AES :lol:
@ nikolah : Je ne dis pas que c'est une règle générale, mais une tendance qui va crescendo, soutenue par la montée en valeur des jeux collectionnés. Si tu gardes ta vision actuelle, celle d'un patrimoine à partager, nous ne pouvons qu'être d'accord ^^
nikolah
Signaler
nikolah
Perso je suis un assez gros collectionneur mais je ne me reconnais absolument pas dans ta definition du retrogamer... les jeu que j'achete c'est avant tout pour y jouer ! On ne parle pas ici de retrogamers, on parle de "speculateurs". moi je trouve une rareté sur un vide grenier je la prends que si je vais y jouer ensuite. ou alors bricoler.

comme tu dis en conclusion, clairement ma collection est un "partimoine" mais c'est surtout un moyen de partager ma passion avec mes amis ! les jeu sealed (quand c'est pas une arnaque) plus cher qu'un jeu en parfait etat c'est une abberation pour moi.
Vithia
Signaler
Vithia
Je me suis dégoté récemment une version US de Castlevania NES Classics sur GBA, neuf encore scellé.
En l'ouvrant j'ai divisé sa "côte" par deux voire trois. RAF je ne compte pas le revendre de toute façon :P
Noiraude
Signaler
Noiraude
Cela en vient même à toucher la current gen, par anticipation. Regarde les éditions spéciales de DS et 3DS, le collector Ni no Kuni... Combien de gars n'ont même pas ouvert ces merveilles, par la perspective de plus value "brand new" alléchés?
botteur
Signaler
botteur
Amen. Et c'est principalement pour cette raison que j'en reste à l'émulation ... le plus triste c'est que cela touche aussi même les jeux "moins ancien" comme les jeux PS2 ou GameCube encore ...
Locutus
Signaler
Locutus
:worship:
P.Y.T.
Signaler
P.Y.T.
Amen, maître ! Amen !

Édito

Ceci n'est pas un blog.

Ceci n'est pas une pipe.

Ceci est une fenêtre sur un pré où je pais en paix.

Les vidéos de Noirdenoir sur Dailymotion  

Suivez-moi sur Twitter @Noirdenoir67

Ou sur la communauté Facebook Rêves électriques (toute jeune !)
https://www.facebook.com/noiraude67/

Le site pour les amis de l'illustre Seb le Caribou: http://seblecaribou.wordpress.com/about/

 Et si vous avez envie d'une petite partie de Mario Kart 8 avec moi : Noiraude67
 

Archives

Favoris