Inauguration de cette catégorie, où seront consignés principalement des textes, souvent courts, rédigés à la hâte sur un coup de tête ou d'inspiration totalement aléatoire. Certains d'entre eux (dont le suivant) seront directement inspirés de mes rêves/cauchemards. Ne vous étonnez donc pas. Et ne rédigez jamais vos rêves...C'est très mal.
--------------------------------------------------------
Dream On
"Il se réveille."
En effet. Je n'avais pas les idées très claires... à vrai dire, même pas d'idées. Du tout. Mes yeux, ouverts, étaient littéralement violés par un flot de lumière m'empêchant de voir quoi que ce soit. J'essayais de bouger, en vain. Ce qui était engourdi était douloureux...autant dire que je ne sentais rien. Ma bouche, me rappela brusquement à quoi ressemblait un lendemain de cuite...en plus violent.
"Restez tranquille. Vous revenez de loin... littéralement."
Des larmes. Je les sentais, au coin de mes yeux, couler désagréablement sur mes tempes. Malgré l'impression que ma gorge allait s'ouvrir en deux, je parvins à articuler ce qui dût passer pour un vague grognement aux yeux de mon interlocutrice.
"Où est-ce que je suis?
- A l'hôpital.
Je tentais de me lever. Une main, ferme, me repoussa violemment sur le lit.
- Restez tranquille, je vous dis. Ouvrez les yeux. Lentement...
J'inspirais profondément, et entrouvrit les paupières. Nouvelle agression visuelle, moins forte. Les formes étaient floues, chaque seconde les rendaient plus distinctes. La lumière avait été tamisée. Je distinguais la personne qui me parlait. Sa silhouette en tout cas. A mesure que mon corps retrouvait ses sensations, un flot d'informations me parvenait, des cinq sens jusqu'à mon cerveau, entraînant souvenirs et interrogations dans un ras de marée qu'une bouche seule ne pourrait exprimer.
- Quel est votre nom?
La question était simple, pourtant la réponse sembla mettre un certain temps à venir.
- Derek.
Elle était en noir. Pas un uniforme de personnel médical. Les souvenirs me revenaient, et nul doute que son accoutrement m'était familier. Une lampe, brusquement braquée dans un oeil, puis l'autre. Je grognais de mécontentement, mais connaîssait la routine...
- Derek, vous avez été blessé au combat. Quelle est la dernière chose dont vous vous souvenez?
Je ne pouvais pas réfléchir distinctement, mais mon esprit se passait vraisemblablement de moi. Il me fallut un autre interminable silence pour identifier, au milieu du flot de souvenirs, quelque chose de tangible.
- Paris brûle t'il toujours?
Je pus distinguer un sourire sur le visage que je ne distinguait pas entièrement.
- Non. Plus aujourd'hui.
Elle se tut. Je l'entendis griffoner, s'activer, puis elle se dirigea vers la porte.
- Vous avez sûrement une foule de questions... Elles auront des réponses. Vous êtes tiré d'affaires, à présent.
Lorsqu'elle eût quitté la pièce, ma vue, rétablie, identifia mécaniquement les lieux. La lumière de la lune traversait les stores pour éclairer nettement le carrelage blanc. A quelques détails près, rien dans cette chambre n'était inhabituel. Je sentais mes membres retrouver peu à peu leurs mobilité et leur force. Le processus était rapide. Mes interrogations, pour le moment, avaient d'autres priorités. Les souvenirs émergeaient à toute vitesse, et lorsque la jolie brune (A ce moment là, j'identifiais son visage) revint, une question me brûlaient les lèvres.
"Je dois passer un coup de fil."
Peu importe ce qu'il s'était passé, pour l'heure. Je voulais entendre une voix famillière.
Elle resta silencieuse. Impassible, Peut être ne m'avait-elle pas entendu? Finalement, elle répondit.
- Contente de voir que votre mémoire est intacte. Je crains cependant que vous ne puissiez passer de...coup de fil. Nous devons discuter de certaines choses."
Elle s'assit sur le lit, près de moi. Elle était jeune, presque trop pour exercer un quelconque métier médical. Je réflechissais trop vite pour que cette question ne me perturbe plus de quelques secondes. Elle ne me laissa de toute façon pas le temps de la poser. Son ton était grave lorsqu'elle reprit.
- Il n'y a pas de façon de vous dire ça doucement. Par avance, je m'excuse de mon manque de tact. Derek, Vous avez passé 16 ans dans le coma.
J'étais à présent parfaitement réveillé, et plus du tout dans le gaz... c'est le genre d'annonce qui vous dessoûle un homme.
Elle ne plaisantait pas. Bien sûr qu'elle ne plaisantait pas. Et l'idée qu'elle le puisse, bien que m'effleurant vaguement l'esprit, fut immédiatement balayée. Elle poursuivit.
- D'après votre dossier, vous avez été retrouvé sous les décombres, après l'implosion. Vous étiez armé, et passablement amoché. Mais bien vivant. Quelqu'un vous aura conduit dans un centre de secours, et de là...nous nous sommes occupés de vous, jusqu'à aujourd'hui. Je suis...heureuse de pouvoir vous parler en personne. Je m'appelle Kali, et cela fait maintenant six ans que j'étudie votre cas."
"L'Implosion". La dernière nuit dont je me souvienne était donc restée ancrée dans l'Histoire...Une guerre civile sans précédent, la soi-disant révolution que le monde que je connais avait si souvent prédit. Mon silence dût en dire long, puisqu'elle continua, sur un ton désolé.
- Je n'ai pas le droit de vous raconter les détails de tout ce qui s'est passé depuis...Certains points sont plus douloureux que d'autres à aborder. J'ai parcouru votre dossier, plusieurs fois. A l'heure actuelle, je suis certainement la personne de ce monde qui vous connaît le mieux.
Les mots qu'elle employait étaient choisis avec soin, et en disaient presque autant que ce qu'elle ne disait pas. Mais ils entrainaient également de nouvelles questions. Je me redressa, prêt à sortir du lit. Que cela soit la piqure ou le choc de ce réveil atypique, mon corps était définitivement et totalement rétabli. Mon cerveau, en revanche tournait à toute vitesse, et pourtant revenait systématiquement à la même question...la seule qui importait.
-...Ma famille?
Elle resta silencieuse, et soutint mon regard d'un air aussi sombre qu'auparavant. Ce fut comme si l'on venait de me couper tout apport d'oxygène. Je titubais vaguement, proche du malaise.
- Je dois sortir.
Elle se leva brusquement.
- Impossible. Ordre du médecin. vous ne devez pas quitter cette chambre, pour le moment.
J'avais assez connu ces cliniques militaires pour savoir que l'hésitation palpable dans chacun des mots qu'elle venait de prononcer cachait quelque chose de plus gros. Seize ans de ma vie, ma famille introuvable...Il y avait pire à m'annoncer?
- Démerdez-vous avec lui.
Je n'attendis pas sa réponse et passa la porte. Dans le couloir, un garde, pas plus vieux que Kali elle même, fit un geste pour me stopper. Un signe de la jeune femme suffit à le faire se raviser. Elle tenta de me retenir. Je dégageais sa main, cherchant du regard n'importe quelle sortie.
Je devais les retrouver. Il le fallait. Eux, leurs tombes, n'importe quoi..Je devais savoir. A travers la vitre, je distinguais un grand lac, magnifiquement éclairé par la lune. Le genre de cadre qu'elle adore... Qu'elle adorait.
J'entendis vaguement mon nom résonner dans les couloirs de l'hôpital lorsque la porte se referma, me laissant enfin seul à seul avec moi-même. Je tremblais, sans pouvoir en déterminer la cause. Le froid? le choc? la colère? Futilités sur lesquelles je ne m'attardais pas. Franchissant la volée de marches, mes pieds, nus, me portaient presque contre mon gré aux abords du lac. Le ciel était incroyablement éclairé, et les étoiles, par milliers, me rappellaient que certaines choses ne changent jamais.
A la surface du lac, tout semblait plus calme encore, m'apaisant quelques peu. Je laissais mon regard voguer sur l'eau, avant de le plonger dans le reflet rond et brillant de la lune. Ils avaient disparus. Ally. Mon père. tous...ça ne pouvait être vrai. Même après une guerre civile, il était impossible que je sois le seul survivant de tout mon entourage. Il devait y avoir quelqu'un d'autre, en vie, ailleurs. Il...
Il me fallut plusieurs minutes pour réaliser que l'astre qui se reflétait sur l'eau n'était pas la lune. Ce que je vis en me retournant fit disparaître toute pensée précédente de mon esprit, le plongeant dans un sentiment proche de ces chutes éternelles que l'on fait lorsque l'on dort, avant de se réveiller brusquement, en sueur. Un abime qui me percuta de plein fouet et jamais plus ne me quitterait.
La Terre, au dessus de ma tête, plus brillante et belle que toute photographie qu'on avait pu m'en montrer, me fit entrevoir une pensée, claire et désormais évidente : Je ne les retrouverais jamais.
----------------------------------------------------------------------------------
Je vous dirais bien "N'hésitez pas à donner votre avis blablabla" Mais nous savons tous ici que la franchise est une vertue, et que j'aurais bien vite des retours en cas de diarrhée textuelle. Bonne soirée donc.