Screenopathe
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Cinéma

 


    

Lorsque l'on croise un scénario de Jacques Tati et l'animation française, cela donne
L'Illusionniste. Après Les Triplettes de Belleville, Sylvain Chomet nous revient avec son nouveau film d'animation, mettant en scène un vieux magicien itinérant qui représente à lui tout seul la fin d'un monde : le music hall. Entre un scénario qui fend le coeur et une animation à tomber par terre, L'Illusionniste arrive sans mal à égaler Les Triplettes.

                            



C'est l'histoire d'un scénario que Jacques Tati n'a jamais pu transposer à l'écran. L'Illusionniste met en scène un magicien qui cherche à gagner sa vie avec ses différents tours de magie. Pour cela, il passe sa vie sur les routes, sa valise à la main et son affiche sous le bras. Tous les soirs il se produit dans un lieu différent, tous les soirs il affronte un public différent et tous les soirs il ne reçoit pas de torrents d'applaudissement. Ses voyages, souvent initiés au fil des rencontres, l'amèneront jusqu'au territoire britannique où il tente de faire son petit bonhomme de chemin. Un ivrogne écossais l'emmène jusqu'à chez lui, dans une île du Nord de l'Ecosse où il donnera quelques représentations avant de rencontrer une jeune femme : Alice, qu'il prendra sous son aile et emmènera jusqu'à Edimbourg.

                                                                          
 
L'Illusionniste est un film sur le voyage, le personnage principal ne reste pas souvent en place. Son seul gage de stabilité est Alice grâce à laquelle il se sent renaître. C'est aussi grâce à elle qu'il s'engage vers d'autres expériences, elle brise ses habitudes sans même le vouloir. En effet, les deux protagonistes ne se comprennent pas ou très peu. Alice découvre peu à peu la vie citadine alors que l'illusionniste cherche par tous les moyens à lui assurer une belle vie. Rencontre intergénérationelle, c'est aussi une drôle de relation que les deux protagonistes entretiennent, à mi chemin entre l'amour platonique et l'amour entre un père et sa fille.

Mais
L'Illusionniste représente aussi la fin du music hall, supplanté par d'autres divertissements qui attirent les foules comme les groupes de rock qui ne cessent de faire leur apparition remarquée dans le film. En suivant le personnage principal, on va de désillusion en désillusion. En effet, on voudrait que cela marche mais, derrière le rideau, on voit que le monde du music hall s'effondre peu à peu. Notre prestidigitateur a tout d'un clown triste. C'est là que L'Illusionniste se révèle poignant, en faisant naître une intime sensation de tristesse lorsque l'on regarde ce vieil homme dégingandé (qui est véritablement la représentation animée de Jacques Tati) essayer de s'en sortir dans un monde voué à une fin certaine.

                                                                              

L'Illusionniste est tout d'abord un film que l'on contemple. L'animation est le dessin ne peuvent être qualifiés que de magnifiques, surtout dès que l'action se déroule en Ecosse qui est une véritable petite merveille de paysage. Et pour être tout à fait honnête, le scénario n'est pas forcément très apparent au premier abord, c'est à dire que l'on attend que quelque chose d'important se passe à l'écran. Mais c'est justement ce qui ne se passera pas. Le scénario est écrit de telle manière à ce que le film se met à jour lorsque les lumières de la salle s'allument à nouveau. Lorsque l'on regarde le film, on est souvent dans le domaine du contemplatif (certains le trouveront peut être même long) et ce n'est que lorsque le film prend fin que l'on peut commencer à réfléchir sur ce que l'on a vu. C'est là toute la force de ce film, dans la mesure où on le découvre sous deux angles différents, en le regardant puis en y réfléchissant après coup.

En somme, L'Illusionniste est un très beau film qui fait naître des sentiments très intimes. Il ne fera certes pas vibrer tous ses spectateurs car, pour l'apprécier encore plus, il faut aller au-delà de l'expérience purement visuelle et entrer dans une réflexion à partir des sensations. Pour cela, on peut le qualifier de véritable bijou à ne pas rater.

Mordraen

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Commentaires

Screenopathe

Par Mordraen Blog créé le 08/05/10 Mis à jour le 01/07/13 à 18h10

Itinéraire d'un jeune homme atteint de screenopathie (maladie en phase terminale causée par l'abus de biens visuels comme les jeux vidéo ou les films). Le screenopathe n'est rien d'autre qu'un amoureux de l'écran et de tout ce qui s'y passe, pour son plus grand plaisir...

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Édito




La fascination de l'écran et de tout ce que l'on peut en faire m'amène à créer ce blog. Amoureux de jeux vidéo et de cinéma depuis mon plus jeune âge, je rêve de faire partager ces passions qui m'animent quotidiennement. Etant donné que j'aime aussi écrire, l'idée d'un Gameblog était faite pour moi!

J'estime qu'une grande partie d'entre nous est atteinte d'une délicieuse maladie : la screenopathie. Tout ce qui peut être projeté sur tout type d'écran (des jeux vidéo aux films en passant par les séries télévisées...) emporte en nous un grand intérêt.

Ce blog a l'intention modeste de vous faire partager mes opinions sur tout ce qui peut passer sur mes écrans. Quand j'irai voir des films au cinéma, je vous en parlerai. Quand je jouerai à un jeu vidéo, je vous en parlerai. Tout simplement parce que j'aime parler de ces choses là et, qu'entre nous, être amoureux des petits comme des grands écrans est tout à fait compréhensible, nous ne savons que trop bien ce qui s'y passe!

Je vous invite donc à continuer un bout de chemin avec un screenopathe et fier de l'être!

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