Rêve du Rivage

Rêve du Rivage

Par Migaru Blog créé le 07/02/11 Mis à jour le 02/02/17 à 20h30

Ici sur le rivage, vous venez d'échouer. Auriez-vous donc fait un clic de trop, lorsque vous naviguiez sur les flots tumultueux de ce vaste océan qu'on nomme l'Internet ? Mais puisque vous êtes là, détendez-vous, et profitez des divagations que pourraient déposer ici quelques vagues fantasmées.

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RPG (Jeu vidéo)

 

Accusée pour un crime commis le 27 Octobre 1999, la huitième itération de la saga Final Fantasy est jugée lors d'un procès dans lequel on l'accuse d'avoir ruiné l'héritage qui lui a été légué, en plus d'avoir trahi une partie de ses clients. Devant un jury curieux bien que divisé, un énième témoin arrive à la barre, monsieur M., dont les affinités avec l'accusé remontent à presque dix ans. Le représentant de l'accusation se lève, se dirige vers le témoin, et entame l'interrogatoire...

 

*****

 

Monsieur M., si l'on excepte les épisodes en ligne, il n'y a que trois opus numérotés qui ne vous sont pas familiers, à savoir les 3, 4 et 13. Comment expliquez-vous, d'une manière relativement succincte, que votre opus préféré soit le numéro huit ? N'avez-vous pourtant pas eu tout le loisir de terminer les épisodes 6 et 7 ?

Final Fantasy 6 et 7 sont deux épisodes uniques auxquels j'ai pris grand plaisir à jouer, et même à rejouer, soyez-en certain. Cela dit, je trouve que Final Fantasy 8 n'a que peu de choses à leur envier, et je ne parle pas là uniquement de l'aspect graphique, qui, vous en conviendrez je l'espère, était quasiment irréprochable pour l'époque. L'univers singulier du jeu, et son scénario plus profond que l'accusation ne s'accorde à le penser, sont autant de qualités que je lui ai trouvées. J'ai également bien apprécié les personnages, même si j'en suis sûr, vous avez votre mot à dire là-dessus.

 

Ah, les personnages, venons-y. Oserez-vous prétendre qu'un protagoniste aussi pauvre et exaspérant que le dénommé Squall Leonhart soit digne de ses glorieux prédécesseurs ? Oserez-vous défendre ses inutiles petits compagnons, aussi superficiels soient-il ?

Je trouve personnellement que Squall est un personnage très intéressant à voir évoluer, loin d'être aussi pauvre que vous l'affirmez. Certes, son côté asocial peut s'avérer exaspérant, mais c'est ce point là justement qui en fait un anti-héros par rapport à ses prédécesseurs. Tout le monde attend de lui qu'il accomplisse sa mission, qu'il les guide sur le chemin de la victoire, mais il refuse de l'assumer et rejète ses responsabilités, ce qui lui est paradoxalement impossible. Ceux qui n'y voient là qu'un personnage froid ont tout faux, Squall est bien plus complexe que ça et n'a de cesse d'être confronté à de cruels dilemmes qui le font mûrir. Pour finir, je trouve qu'il dégage en plus un charisme certain, mais là-dessus chacun son avis. Quand aux autres, eh bien, chacun possède des qualités et des défauts qui les rendent d'autant plus complémentaires. Leur design moderne les rend plus réalistes, leur psychologie plus recherchée et subtile les rend au final plus crédibles, mais surtout, plus humains. On s'attache à ces personnages, on s'identifie même parfois à eux. Le background individuel n'a pas tant d'importance ici, ce qui compte, c'est la psychologie des protagonistes et ce qui explique leurs agissements, ainsi que leurs émotions. A ce niveau là, c'est à mon goût une réussite.

 

 
  L'arme du crime                                                                           L'un des criminels

Soit, passons à autre chose. Serez-vous d'accord avec moi, monsieur M., si je vous dis que l'histoire développée de façon brouillonne par l'accusé n'est rien de plus qu'une histoire d'amour mièvre pour adolescent(e)s américain(e)s, prenant place dans un univers dépourvu de toute magie ?

L'amour est un thème abordé par le jeu de manière assez importante, c'est vrai, mais j'aimerais attirer votre attention sur deux points cruciaux. Le premier, c'est que cette romance n'est pas aussi niaise qu'on a tendance à le dire, celle-ci étant réfrénée par le tempérament singulier et la psychologie radicalement opposée des deux protagonistes concernés. Le deuxième, c'est que pour résumer Final Fantasy 8 à son histoire à l'eau de rose, il faut être passé à côté de toute la richesse scénaristique du soft. La narration est variée, rythmée, et nous entraîne régulièrement dans des phases de jeu intenses magnifiées par une mise en scène géniale ponctuée de cinématiques à couper le souffle. En plus de ça, on note la présence d'un aspect politique intéressant qui joue beaucoup sur l'ambiance que dégage les deux premiers CDs, de rêves paranormaux déroutants et loin d'être anecdotiques, sans oublier la sorcellerie, un thème inédit dans la saga qui a le mérite d'apporter un vent de fraîcheur dans la trame scénaristique. Au final, on se retrouve avec un univers plus moderne, plus réaliste, peut-être même plus implicite, qui réinterprète le terme fantaisie pour en faire quelque chose de nouveau, d'unique. Et c'est bien là le leitmotiv de la série depuis ses débuts, se réinventer en permanence d'un épisode à l'autre. Par conséquent, je n'ai pas le sentiment que ce jeu trahisse la saga qu'il représente.

 

Entrons maintenant dans le vif du sujet, à savoir le gameplay de l'accusé. Si toutefois passer son temps à voler des magies inutiles et à lancer des chimères trop longues peut être qualifié de gameplay...

Eh bien, monsieur l'accusateur, vous n'avez pas tout à fait tort. Oui, lancer des G-Forces c'est long, c'est chiant, et hélas beaucoup ont vu cela comme la seule commande efficace au combat. C'est faux ! Les attaques physiques et magiques peuvent être tout aussi efficaces, pour le peu qu'on se donne la peine de comprendre le système d'associations, trop sous-côté à mon goût. Certes, il n'est pas évident de l'assimiler, d'autant plus qu'il est incrusté dans une interface peu conviviale et relativement austère, mais il vaut le coup de s'y attarder si l'on désire profiter pleinement des joutes. L'association d'une G-Force à un personnage n'a rien de hasardeuse, prenons un exemple. Joindre Ifrit à Squall dès le début du jeu lui permettra d'associer une magie en vigueur, ou force d'attaque si vous préférez, qui va donc lui permettre de frapper plus fort. Combiné avec une ou plusieurs compétences Vgr+xx% de cette même G-Force, les dégâts effectués peuvent s'avérer plus intéressants que ceux d'une G-Force invoquée, en étant de surcroît plus rapide. Le leveling est inutile ? Toujours grâce à Ifrit, vous pouvez associer au personnage la compétence passive Bonus Vgr qui lui donnera un point de bonus supplémentaire dans cette statistique à chaque level-up. Il devient donc possible de spécialiser un personnage dans divers domaines (magie, attaque, support etc...) en favorisant certaines statistiques, et même de définir l'attaque et la résistance élémentale d'un personnage à un degré plus ou moins élevé pour chaque élément. Et ne je vous ai même pas parlé des Limit-Breaks, tous plus variés les uns que les autres, qui s'avèrent au final plus dévastateurs que n'importe quelle G-Force. Le système de Final Fantasy 8 permet presque de jouer comme on le souhaite, alors pourquoi se limiter à une seule façon de faire ?

 

 

 

Un gros frigo qui vole... Non mais vraiment.            Le trou dans la couche d'ozone, c'était lui !   

Il s'agit là d'un système infaillible, dites-moi !...

Non, il convient toutefois de nuancer, parce que tout n'est pas si parfait. Notamment parce qu'un néophyte passera forcément à côté de tout ce que j'ai évoqué plus haut, pour la simple et bonne raison que certaines capacités de G-Forces sont cachées, et qu'il n'y a aucun moyen de savoir qu'elles existent, ni de savoir quels pré-requis sont demandés pour les débloquer. D'autre part, pour faire apprendre une capacité à une G-Force, il faut lui indiquer dans le menu, sans quoi elle privilégiera par défaut les capacités comme Invoc+xx% qui augmentent sa puissance d'attaque. Un réflexe rare pour une première partie, où l'on se laisse plus ou moins guider par le jeu. Pour en revenir à ce que vous critiquiez plus haut, voler des magies au début du jeu s'avère en effet fastidieux, même s'il est appréciable de pouvoir en fabriquer plus tard grâce à certaines capacités G-Forces. Enfin, et c'est peut-être là le plus gros point noir, le challenge global du jeu est assez peu relevé et rend même possible d'éviter les combats grâce à une énième capacité G-Force, ce qui peut être pénalisant au moment d'entamer le CD4 et un boss étonnamment corsé.
Mais ne voyez pas en ces défauts quelque chose de rédhibitoire, car passées les premières heures, le système s'enrichit à mesure que vous récupérez de nouvelles G-Forces et de nouvelles magies. Prenez le temps d'assimiler le système, essayez d'entrevoir les possibilités qui s'offrent à vous, et tentez de jouer différemment sans invoquer de G-Forces toutes les deux minutes. Peut-être percevrez vous le jeu autrement.

 

Intéressons-nous maintenant à l'un des complices de l'accusé, monsieur Uematsu. Lui qui nous avait habitué à tant de chefs d'oeuvre par le passé, comment expliquez-vous qu'il n'ait composé qu'une bande-son quelconque pour cet opus ?

Quelconque ?! Bon, c'est forcément quelque chose de subjectif, mais qualifier la musique de Final Fantasy 8 de quelconque, je trouve ça encore plus insultant que de lui vomir dessus. Nobuo Uematsu a parfaitement réussi à adapter son style pour coller à l'univers plus moderne et plus militaire du jeu, sans omettre cette touche de sorcellerie inhérente à l'intrigue. Résultat : l'immense Liberi Fatali, des thèmes épiques et intenses à souhait comme The Landing ou The Stage Is Set, des morceaux emplis d'émotions tels que Drifting ou The Oath, des combats mémorables au rythme de The Man with the Machine Gun ou The Extreme, et tant d'autres qui méritent d'être cités; Fisherman's Horizon, Force Your Way, Only A Plank Between One And Perdition, The Mission, Premonition, Ami, Movin', The Salt Flats, Silence And Motion, Maybe I'm a Lion... Pour finir sur un Ending Theme de toute beauté. Qu'on aime ou pas la chanson thème, Eyes on Me, il y a en tout cas largement de quoi se contenter à côté.

 

 

A la lumière de ce témoignage, Final Fantasy 8 est donc selon vous le meilleur de tous ?...

C'est en tout cas celui que je vénère le plus. Mais avant d'être conspué, notez bien qu'il ne s'agit là que d'un simple avis lié à mes goûts, une saga comme Final Fantasy ne peut pas mettre tout le monde d'accord pour la simple et bonne raison qu'il y en a pour toutes les couleurs ! J'espère toutefois qu'après ce témoignage, vous penserez lui donner une seconde chance, car un procès aussi absurde n'a pas lieu d'être pour un jeu dont le plus grand malheur aura été de succéder au septième opus...

 

L'accusation en a terminé. Le jury s'apprête désormais à délibérer...

 

Voir aussi

Jeux : 
Final Fantasy VIII
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Commentaires

Kurokami
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Kurokami
Je ne l'ai pas encore fait, venant d'avoir ma PS3 il y a peu. Et puis, les JRPG de cette génération ne m'emballent pas trop. J'ai Ni no Kuni et je compte tester un Tales of ainsi que Resonance of Fate. Juste déçu de ne pas avoir de Wii pour Xenoblade ^^
Migaru
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Migaru
Bah écoute, c'est moi qui te remercie.
Bon par contre j'ai pas fait FFXIII, donc si je devais y consacrer un article du même genre, je sais pas si je serais dans le camp de l'accusé ou de l'accusateur :P
Kurokami
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Kurokami
Je suis en mode "remontage de post". J'ai découvert ton blog hier à la lecture de ton article sur les combats aléatoires et en arpentant ledit blog, j'ai découvert tous ces articles fort intéressant. Etant un grand fan de RPG et de la saga Final Fantasy en particulier, c'est avec joie que je lis tes articles. J'aime beaucoup l'idée de créer des petits articles sur les stéréotypes des JRPG qui ont la peau dure - même si des changements ont eu tendance à pointer le bout de leur nez dans les dernières productions next-gen. Et j'ai beaucoup aimé cet article de défense de FF8, un jeu que je possède et auquel je n'ai jamais joué (peut-être parce que je l'ai eu sous une forme pas très légale :P). Une approche fort innovante qui serait intéressant de voir de nouveau pour la défense de jeux comme FF13 :)
Merci pour ces articles - même s'ils datent - en espérant avoir l'occasion de relire ta plume plus souvent (dis celui qui n'est pas capable de se lancer correctement dans la tenue de son blog ^^).
Memoire
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Memoire
Le triple trial c'etait cool.
Migaru
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Migaru
Content de voir que vous avez apprécié la forme, c'est une idée qui me plaisait bien pour défendre FF8 ;)
Bon courage Onink !
demarreur
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demarreur
" Le frigo qui vole " ça fait très 2001 l'odyssée de l'espace ^^
Seishoujyo
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Seishoujyo
Bon article et original.

Bon perso moi FF 8 j'aime bien, un des meilleurs FF sortis avec le 6, le petit Quiz sur les Seeds c'etait un truc cool.
Onink
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Onink
Article intéressant (et présentation original, comme c'est dit plus haut!). Pour ma part, j'ai plutôt apprécié ce huitième opus bien que je ne l'ai pas encore terminé (je dois en être au 3e CD, mais je n'ai pas eu le courage de le continuer). J'ai bien aimé le scénario ou les musiques, ce qui m'a posé problème est surtout le système de combat avec les associations, que je n'ai pas bien compris (du coup, pour pas m'embêter, j'ai fais toutes les associations de mes personnages en automatique, et je doute que ce soit la meilleure chose à faire).

Du coup tu m'a donné envie de le terminer une bonne fois pour toute!
Astha
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Astha
Sympa comme présentation.

J'avoue avoir eu du mal à terminer ce FFVIII, alors que j'avais adoré le 6, même chose pour le 7... puis le 9. Univers trop "réaliste" (pas de SD), système de jeu qui force à voler du matériel sans seconde chance, et surtout, un personnage qui ne me donnait pas envie de rentrer dans l'histoire. C'est un jeu que j'ai terminé car à l'époque je n'avais que ça à faire. Le même titre à notre époque, et je n'aurais certainement pas dépassé les 10h de jeu.

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