Premium

Psychanalyse pour les curieux

Par Malom Blog créé le 08/09/10 Mis à jour le 10/09/11 à 14h32

Psychologue français vivant aux États-Unis, j'ai eu envie de vous proposer des articles où j'utiliserai la psychanalyse pour éclairer jeux vidéo, mangas et cinéma d'une manière originale. En tout cas, je vais le faire en fonction de ce que j'en sais (de la psychanalyse et du reste) ^__^

Ajouter aux favoris
Signaler
psychanalyse et manga

 

L'idée principale est la suivante : on ne crée qu'en fonction de qui on est, de notre histoire. Cela implique donc la partie inconsciente de notre psyché. Nous allons donc utiliser les représentations conscientes et inconscientes que nous possédons, et ces dernières vont s'exprimer de façon déformée et cachée dans les premières. Et là ça devient intéressant car, comme vous le savez maintenant, le passage de l'inconscient à la conscience fait toujours intervenir la censure sur les représentations refoulées qui tentent d'émerger. C'est le même mécanisme que lorsqu'on se réveille et qu'on se souvient de son rêve.

Lorsque l'on crée quelque chose, on se rend rarement compte de ce qui nous pousse inconsciemment à le faire. Ça peut venir au mieux dans l'après-coup, une fois qu'on s'est bien servi de la création, et qu'on peut enfin avoir un nouveau regard dessus. C'est le genre de moment où on se dit parfois des années plus tard « J'ai dû faire ça parce que j'étais en colère ou parce que j'avais très envi de te voir. Je ne m'en étais pas rendu compte. »

Pour continuer à illustrer cette histoire, je pourrais citer ici l'exemple de David Lynch (auteur entre autre de Twin Peaks et Mullholland Drive) dont les oeuvres sont toujours assez « torturées » pourrait-on dire. Il a raconté être allé voir un psychanalyste pour lui demander si l'analyse risquait de tarir son imagination, ce à quoi le clinicien (le psychanalyste dans le cas présent) lui a répondu que c'était envisageable. Grâce à quoi, David Lynch n'a finalement jamais fait de thérapie, mais à continué à faire des films ou des pubs (les premières pour la PS2 il me semble) toujours aussi étranges.

Pourquoi donc le psychanalyste lui a répondu ça ? Vous allez voir, c'est très important. Déjà on peut penser que c'était quelqu'un de sérieux qui ne courait pas après l'argent ou la gloire. Ensuite, on peut supposer qu'il s'est appuyé sur le fait que plus vous serez au clair avec vous-même le moins vous serez torturés puisque les représentations refoulées dans l'inconscient, qui faisaient s'exprimaient sous la forme de symptôme (la création d'un univers de fiction dans le cas qui nous intéresse), auront pu revenir à la conscience de façon sécure par le travail de la cure. Or, sans ces représentations inconscientes qui vous tourmentaient, il y a un sérieux risque (si on peut parler en terme de risque) que vous ne soyez plus à même de créer, de sublimer de la même façon. Vous continuerez mais autrement, on ne peut s'empêcher de sublimer, la psyché fonctionne comme ça.

Vous allez me dire « Mais pourquoi certaines représentations sont plus à même de revenir à la conscience que d'autres ? » Je vais essayer de faire simple, mais c'est assez compliqué. Lorsqu'on expérimente quelque chose, cela crée une représentation avec son affect, son émotion, associé. Plus l'expérience est vécue comme forte, plus l'affect va être fort. Quand ces expériences sont insupportables pour la conscience, la psyché va séparer l'affect de sa représentation, puis déplacer le premier vers une représentation anodine, et refoulé le second. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si ça en restait là. Or ce n'est pas le cas puisqu'il semblerait que le lien entre la représentation et son affect ne soit jamais totalement coupé. Ainsi plus le couple est fort plus la représentation va vouloir faire retour.

Ouf ! J'espère que j'ai rendu ça compréhensible :).

 

On se retrouve la semaine prochaine pour parler de l'enfance, l'adolescence et l'âge adulte au sens psychanalytiques du terme.

Ajouter à mes favoris Commenter (2)

Commentaires

Malom
Signaler
Malom
Bonjour,
Je vais essayer de répondre question par question.
"- Les artistes sont-ils tous considérés comme malades par la psychanalyse ?"
Oui et non. En fait, Freud a tout de suite posé que la frontière entre le normal et le pathologie (le malade) est loin d'être tranchée. Freud allait même jusqu'à dire que tout est une question d'intensité. Pour faire simple, il pensait que tout être humain a en lui la totalité des possibles, mais qu'en fonction des événements de la vie, et de sa constitution, certaines sensibilités allaient plus se développer que d'autres.
Une fois qu'on a dit ça, on peut dire que finalement personne n'est complétement "normal", si encore ça a véritablement un sens. On souffre tous d'un manque qui va lui même créer une souffrance qui va elle même créer un symptôme qui viendra à la fois rappeler le manque et le palier. La psychanalyse considère que les artistes sont artistes justement parce qu'ils arrivent à dépasser la simple création de symptôme "toute bête", du genre je suis hautin parce qu'on n'a pas eu confiance en moi quand j'étais petit (j'invente complétement), en une sublimation, c'est à dire à rendre le symptôme utile dans le fonctionnement de la société, ou plus généralement à en faire quelque chose de beau (mais ça reste très général), comme une peinture ou un livre.

"Le soin de ces maux entraîne probablement la disparition de l'inspiration, donc l'inspiration est-elle quelque chose de mal (puisqu'elle est la conséquence du refoulement) ?"
En psychanalyse, aussi choquant que ça puisse être parfois, il n'y a pas de considération de mal ou de bien. On y cherche plutôt un équilibre épanouissant pour les sujets, sans question de jugement de valeur (en tout cas dans la théorie, en pratique c'est toujours plus souple ;). Donc l'inspiration n'est pas quelque chose de mal, au contraire elle apporte un certain réconfort puisqu'elle transforme une souffrance. Certaines personnes y trouvent un équilibre satisfaisant, d'autres non. Si ces dernières viennent faire une cure (une psychanalyse), on peut imaginer qu'elles vont chercher à mieux saisir d'où viennent leurs souffrances. Une fois qu'elles l'auront compris, il est possible que le symptôme (l'inspiration) diminue voire disparaisse.
Pour être clair, l'inspiration n'est pas la conséquence directe du refoulement. En fait le circuit est le suivant :
1 - j'expérimente quelque chose qui me déplaît profondément.
2 - je refoule la représentation et je déplace l'affect qui y était lié.
3 - Je crée du symptôme pour trouver un équilibre entre ce qui cherche à revenir à la surface (la représentation refoulée) et ce qui est acceptable pour moi.
Donc l'inspiration en tant que symptôme n'est pas liée au refoulement, mais à l'échec du refoulement justement parce que la représentation est trop chargée en libido.

"- En fait, l'art est-il considéré comme un mal par la psychanalyse ?"
Il n'y a pas de bien ou de mal en psychanalyse, mais plutôt de l'utile ou non pour le sujet. Si une personne souffre moins grâce à son art, c'est que c'est utile. D'un point de vue moral on peut évidemment pensé que c'est bien, mais ça reste une autre affaire. La psychanalyse défend le libre choix d'une façon "jusqu'auboutiste" qui prête souvent à débat à l'intérieur même du milieu psychanalytique.

"- Enfin, étant donné que l'art est aujourd'hui souvent fait dans un but commercial (parce que bon, Avatar ...), et que les auteurs (que ce soit de films, de jeux vidéo, de mangas ou de livres) utilisent souvent des ressorts narratifs qu'ils ont déjà étudié (et les changements de camp en premier), ne peut-on pas dire que les
Malom
Signaler
Malom
 
L'idée
principale est la suivante : on ne crée qu'en fonction de qui on
est, de notre histoire. Cela implique donc la partie inconsciente de
notre psyché. Nous allons donc utiliser les représentations
conscientes et inconscientes que nous possédons, et ces dernières
vont s'exprimer de…
lire...
Psychanalyse pour les curieux

Édito

Bonjour à toutes et à tous,

Tout d'abord, je souhaite remercier toutes celles et ceux qui ont eu le courage de cliquer sur ce lien, ainsi que l'équipe de GameBlog qui offre un espace pour s'exprimer.

Pourquoi ce blog ?

L'idée de créer un blog m'est venue après avoir constaté que la psychanalyse avait peut être quelques petits trucs à dire sur les jeux vidéo, les mangas, les animés et autres "oeuvres de l'esprit". J'ai été inspiré par l'émission EXP sur Nolife (abonnez-vous à Nolife online pour avoir droit aux émissions en ligne) quand un animateur tentait d'illustrer comment le joueur pouvait s'identifier à un personnage.

Pourquoi GameBlog ?

GameBlog remplit deux qualités importantes :
1 - Il est issu d'anciens de Joypad, mon ancien mensuel de référence.
2 - Il cherche à promouvoir le "jeu vidéo autrement", et là je crois qu'on est en plein de dedans.

 

Bonne lecture, et n'hésitez pas à questionner ce que ce j'écris.

 

Archives