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Psychanalyse pour les curieux

Par Malom Blog créé le 08/09/10 Mis à jour le 10/09/11 à 14h32

Psychologue français vivant aux États-Unis, j'ai eu envie de vous proposer des articles où j'utiliserai la psychanalyse pour éclairer jeux vidéo, mangas et cinéma d'une manière originale. En tout cas, je vais le faire en fonction de ce que j'en sais (de la psychanalyse et du reste) ^__^

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psychanalyse et manga

 

 

Bruno Bettelheim (psychanalyste particulièrement connu pour avoir écrit un livre fondateur sur l'autisme, assez mal compris par nombre de cliniciens pendant des années, La forteresse vide) a écrit en 1976 un ouvrage intitulé Psychanalyse des contes de fées dont je m'inspire pour cet article, et dont je ne saurais trop vous conseiller la lecture. Bettelheim propose une idée maîtresse : les contes de fées facilitent l'intégration des différentes parties de la personnalité de l'enfant qui les écoute, en particulier quand ce sont des figures parentales qui les lisent. L'effet, la résonance, de ces symboles étant fonction de l'histoire personnelle de l'auditeur et du lecteur. Évidemment, il ne vous aura pas échappé qu'un shõnen n'est pas un conte de fées. Nous allons donc revenir sur leurs convergences et leurs divergences fondamentales pour mieux apprécier les limites enrichissantes de cette comparaison.

 

 

Convergences

 

Un univers fantastique :

Si les contes de fées facilitent l'intégration psychique c'est principalement par leur utilisation d'un univers fantastique toujours plus ou moins détaché de toute réalité effective. Une référence trop claire au monde quotidien de l'enfant serait bien trop angoissante pour lui, et ne permettrait pas une identification sécurisante avec les différents personnages de l'histoire. Pour le dire vite, si ça reste trop longtemps trop vrai, ça finit par faire peur, mais si c'est trop incroyable, on ne peut plus adhérer à l'histoire. Cette dimension est tout à fait reconnaissable dans les shõnens, même si dans un moindre degré. Lorsqu'ils ne se déroulent pas dans un monde complètement imaginaire, les éléments fantastiques intégrés à un monde d'abord apparemment proche du notre sont assez puissants pour le rendre irréel. Je rajouterais que pour un Européen, la description même minutieuse du Japon peut évoquer une impression d'irréelle tant la culture et les paysages y sont différents de ce que nous connaissons. Notons que l'appel à l'irréel est plus subtile dans les shõnens, en particulier dans les interactions entre personnages, probablement car la capacité d'élaboration et l'intégration psychique des adolescents est supérieure à celle des enfants.

 

La mise à l'épreuve du héros dans le cadre d'un voyage initiatique :

Contes de fées comme shõnens sont des récits initiatiques dans le sens où le personnage principal est confronté à un certain nombre d'épreuves qui vont le faire mûrir.

 

Des personnages types :

Il est facile de reconnaître dans les scénarios de contes de fées et de shõnens certaines personnalités « typiques » qui sont d'ailleurs attendues par le lecteur, comme celle du héros volontaire, de la méchante belle-mère, du coéquipier taciturne, de l'ami efféminé, etc. Notons que les shõnens mettent généralement en scène un nombre bien plus important de personnages. Cela est probablement du là encore au fait que les adolescents ont une structure psychique plus complexe que celle des enfants.

Dans les prochains articles, je tenterais de développer l'hypothèse que ces personnages représentent chacun à la fois un aspect plus ou moins développé de la personnalité du lecteur (et probablement de l'auteur, même si les impératifs de production des mangas limitent les capacités d'interprétation sur ce point), ainsi que ce dont il a besoin dans son environnement proche pour continuer à grandir harmonieusement. Cela reste à argumenter plus en détail, mais notre hypothèse est que dans la grande diversité des histoires, les différents personnages sont utilisés comme des représentants de fonctions psychiques, ou dit autrement comme des caricatures d'une partie d'une personne. Par exemple, les véritables parents ne sont pas représentés uniquement par les parents du personnages, mais à travers une grande diversité de personnages. Les exemples les plus fréquents étant la belle-mère terrifiante ou la bonne fée consolante, et le bon roi ou le vilain ogre. Enfin, comme toutes les productions psychiques, les personnages sont surdéterminés, c'est-à-dire qu'ils portent chacun plusieurs interprétations possibles, un peu comme quand on regarde un objet sous différents angles.

 

Mise en forme narrative des conflits internes :

Les contes de fées expriment la nécessité pour l'être humain de mettre sous forme narrative la complexité et l'absurdité, pour tout dire l'irréel de la vie réelle. Selon nous, en tant que récit initiatique les shõnens apportent aussi une cohérence à la vie intérieure du sujet. Cette simplification permet de contenir l'évanescence et la discontinuité des sentiments humains. Pour citer Bettelheim s'exprimant sur les contes de fées « Tandis que l'intrigue évolue, les pressions du ça se précises et prennent corps, et l'enfant voit comment il peut les soulager tout en se conformant aux exigences du moi et du surmoi ». Nous aurons l'occasion de voir en quoi les shõnens remplissent aussi ces usages.

 

La bénédiction des figures parentales :

L'accord des parents sur une telle lecture permet une meilleure utilisation des deux supports. En effet, l'enfant, comme l'adolescent, a besoin de sentir que l'agressivité contenu dans ces ouvrages n'est pas dangereuse, ni pour lui ni pour les relations qu'il entretient avec son environnement.

 

 

Divergences

 

La place des parents :

Du fait de l'âge auxquelles ils s'adressent, les contes de fées sont apportés par les parents ou des figures parentales, là où les mangas sont majoritairement consommés entre paires, voire à l'insu des parents.

 

La mise en image :

Tout d'abord, les shõnens se transmettent principalement par l'image alors que les contes de fées se transmettent principalement par le son. La place laissée à l'imaginaire n'est donc pas la même. Là où l'enfant crée de toute pièce sa propre représentation des lieux et des personnages, l'adolescent est invité dans un univers déjà normé par le trait et la mise en scène du mangaka. La dimension imaginaire est donc nécessairement réduite dans les mangas. Toutefois, on peut noter deux réserves à cette contrainte. D'une part, la lecture faite d'un manga est à la fois active et propre à chacun. Ne vous est-il jamais arrivé de ne « pas voir » certaines parties d'une planche lors d'une première lecture ? Cette capacité de voir ou de pas voir rappelle le côté actif du sujet dans la lecture. Ce dernier effectue un tri en fonction de ce qu'il est prêt à traiter au moment où il lit. D'autre part, si le lecteur a moins d'espace d'imagination que l'enfant, on peut penser que la préférence pour un certain style de mise en image par rapport à un autre est un autre signe de l'activité du sujet qui va chercher à faire correspondre la sensibilité de son monde intérieur avec les objets externes qu'il utilise pour l'exprimer, en l'occurrence les shõnens.

 

Il existe probablement d'autres convergences et divergences entre les deux médias sur lesquelles nous pourront revenir. Il s'agit ici de celles qui m'apparaissent le plus importantes. Cette partie sera mise à jour en fonction des futurs développements potentiels.

 

Comme vous avez pu le comprendre l'hypothèse principale sur laquelle je m'appuie est la suivante : les shõnens portent en eux une fonction très proche de celles des contes de fées pour un âge psychique différent. En cela, je vais développer l'idée qu'ils permettent à l'adolescent d'intégrer harmonieusement différentes parties de lui-même qui (ré)émergent à ce moment de la vie. Évidemment, précisons que les contes de fées et les shõnens ne sont pas les seuls à pouvoir se targuer de telles fonctions psychiques. Les jeux vidéos peuvent se targuer d'un tel exploit, mais cela sera traité dans une autre série d'article, probablement à travers l'exemple de Final Fantasy VII. Notre ambition ici est de faire un lien entre ces deux médias, sans pour autant en supposer une quelconque exclusivité.

 

Voici quelques exemples des articles à venir sur le sujet :

Le méchant qui devient gentil : l'intégration de la partie meurtrie en nous

Les méchants vraiment méchants, et ceux pas totalement méchants : une autre histoire d'intégration

La violence des shõnens comme projection de la violence interne du sujet

La mort et la résurrection

Les limites des mangas liées à leur caractère commercial

 

Comme il serait bien trop long (en terme de page et de temps) de faire un véritable travail en profondeur sur ces thèmes, je ne vais prétendre qu'à proposer des hypothèses issues de ma connaissance relative du genre. Je serais très intéressé par tous les contre-exemples ou les suggestions que vous pourriez m'apporter. Cela pourrait m'aider à préciser voire corriger mes hypothèses.

 

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psychanalyse et films

 

Mise en perspective de la théorie analytique et de la mythologie d'Inception

 

Inception n'a aucune véritable prétention à la rigueur scientifique. Toutefois, il est assez frappant de constater avec quelle habileté les éléments théoriques présentés sont détournés pour servir le propos du film. La mécanique la plus fréquemment utilisée est une démonstration en deux temps. Le premier se réfère sans ambiguïté à un savoir académique, puis le second en fait une utilisation tout à fait décalée ayant pour unique but de servir l'intrigue.

Nous allons revenir sur la manière dont le film explique et envisage les rêves, pour en apprécier les convergences et divergences avec la théorie analytique. Nous essayerons de présenter cela en respectant la chronologie du film.

 

La création du rêve

 Dés les premiers échanges, le spectateur peut se croire face à un résumé de la pensée de Freud. En effet, Dom Cobb précise d'entrée que « Once an idea has taken hold of the brain, it is almost impossible to eradicate. »1 Une variation de cette idée est exprimée par le même personnage à la 19e minute « The subject mind can always trace the origin of the idea. »2 C'est l'idée que l'oubli total n'existe pas, que l'appareil psychique garde toujours une trace de ce qu'il traite et qu'une idée introduite reste, quitte à être cachée. Il est donc toujours possible d'en trouver l'origine. On retrouve là simplifiée la théorie de Freud comme quoi une représentation refoulée peut être retrouvée en suivant un chemin d'associations. Son collègue Arthur rajoute « When you dream, your conscious defenses are lowered and that makes your thoughts vulnerable to theft. It's called extraction. »3 L'idée que les défenses baissent lors du sommeil est aussi familière à la psychanalyse. Cependant, comme vous pouvez le remarquer le mécanisme d'appropriation par le film de théories reconnues est déjà en marche avec cette référence à l'extraction. Enfin, à la 26e minute Cobb nous prévient que : « We create and perceive our world simultaniously. And our mind does this so well that we don't know it's happening. »4 On ne pourrait pas mieux résumer la pensé freudienne sur ce point.

 

Le subconscient

La première véritable rupture formelle avec la théorie analytique s'effectue dés la première discussion, lorsque Cobb précise « Mr. Saito, we can train you subconscious to defend itself [...] so that when you're asleep your defense is never down. »5 En se référant au subconscient, Inception établit d'emblée une différence majeure avec la conception psychanalytique du rêve. Freud a bien utilisé le terme de subconscient mais uniquement dans ses tous premiers textes. C'est d'ailleurs dans L'interprétation du rêve (1900) qu'il l'a abandonné formellement parce qu'il prêtait à équivoque. Le préfixe « sub », qui signifie en dessous, suppose qu'il y aurait différents niveaux de conscience ce à quoi Freud s'est clairement opposé. Le problème du terme « subconscient » vient donc du fait qu'il n'implique pas une coupure radicale avec la conscience d'un point de vue du fonctionnement psychique. On pourrait donc le rapprocher du préconscient sans qu'il en soit un parfait équivalent. Notons qu'Inception propose une compréhension du subconscient qui intègre des éléments de l'Inconscient freudien. Ainsi, à la 29e minute Cobb prévient « [People in my dream are] projections of my subconscious [...] You can literally talk to my subconscious. »6 Cela rappelle, d'une part, la remarque de Freud comme quoi le rêve est la voie royale vers l'Inconscient. Et, d'autre part, que les personnes présentent dans un rêve, comme le reste des éléments du rêve, ne sont que des représentantes de l'Inconscient du rêveur. Tout de suite après, lorsque Ariadne, la future architecte, lui demande « Why are they all looking at me ? »7 Il finit par répondre « It's my subconscious, I can't control it. »8 Nous retrouvons l'idée freudienne que l'Inconscient n'est pas contrôlable par le Conscient qui peut uniquement s'en défendre. A la 43e minute, Cobb explique un élément important du fonctionnement du subconscient « Subconscious is motivated by emotions. We need to find a way to translate [a sentence, an idea] into an emotional concept. »9 Cette description peut être mise en lien avec le travail de la Censure qui transforme en concept des représentations inconciliables avec le système Conscient-Préconscient. Dans ce registre, à 1h12 de film, on peut voir qu'un personnage se fait passer pour un autre, et que l'illusion est parfaite. Difficile de ne pas reconnaître le mécanisme du déplacement. Enfin, au bout de 2h Cobb nous dit que « In the real world, we'd have to choose but not [in the subconscious]. »10 Cette phrase illustre l'équivalence effectuée par le film entre « subconscient » et rêve. Or, pour la théorie analytique le rêve est le fruit d'un conflit et non un miroir exact de l'Inconscient. Toutefois, notons que cette représentation du rêve fait directement écho à la capacité de l'Inconscient à exprimer simultanément une chose et son contraire, et plus indirectement au fait que le rêve est le lieu d'accomplissement d'un désir refoulé puisqu'il n'y a plus de contrainte à respecter.

 

Les stimuli extérieurs

Dés le début du film, nous pouvons remarquer que les stimuli extérieurs affectent le contenu du rêve. Cela s'illustre principalement avec l'inondation du bâtiment de la première scène due au fait que Cobb tombe dans l'eau au niveau supérieur de conscience. On en a une autre illustration quand le « subconscient » de Fisher cherche à exclure ceux qui perturbent son rêve. La psychanalyse va dans le même sens. Le rêve, ayant pour fonction de protéger le sommeil du rêveur, inclut les stimuli internes et externes dans la narration. Notons que si le film avait suivit jusqu'au bout la théorie analytique sur ce point, il nous semble qu'au lieu de se limiter à faire apparaître des militaires ou une foule en colère, le rêve aurait aussi forcé ces intrus à agir selon un scénario particulier qui aurait eu pour but de maintenir le rêveur endormi. Un exemple de cela peut être trouver dans le film Paprika11.

 

Les différents niveaux de rêve

Une des idées principales sur laquelle repose l'intrigue du film est celle des différents niveaux de rêve. La théorie analytique intègre aussi cette possibilité, mais contrairement au film qui suggère que chaque niveau représente un rêve autonome, elle considère que l'ensemble de l'histoire fait partie d'un même rêve. Il en est de même de la conscience de rêver qui doit s'interpréter comme n'importe quel autre élément du rêve, et non comme une réelle prise de conscience pendant le rêve. En effet, rappelons que la conscience est de l'ordre du processus secondaire alors que le rêve est dominé par le processus primaire.

 

L'étrangeté du rêve au réveille

Comme tout un chacun a pu l'expérimenter, ce n'est qu'après le réveille que le rêve est vécu comme étrange. Inception reprend cette idée à la 27e minute « Dreams, they feel real when you're in them. It's only when we wake up that we realize something was actually strange. »12 Freud est allé un peu plus loin que ce simple constat en déduisant que si l'esprit critique est exclu du rêve c'ests du fait que dans l'Inconscient, d'où s'origine les pensées du rêve, une chose et son contraire peuvent cohabiter.

 

Le passage du temps dans le rêve

 

Inception et la psychanalyse ont une vision du déroulement du temps assez similaire même si les explications divergent. A la 28e minute, Cobb explique « In dreams your mind functions more quickly, therefore time seems to feel more slow. »13 La théorie freudienne donne une toute autre explication à ce phénomène : l'Inconscient, d'où vient les pensées du rêve, ne connaît pas le temps.

 

La symbolisation

Dés la 28e minute, il est établi que le décor du rêve est le premier instrument qui exprime l'état émotionnel du rêveur. Il s'agit là d'un des éléments le plus en accord avec la théorie freudienne, à la différence près que le film offre une analogie immédiate, là où l'analyse des rêves prête à penser que les déformations sont nombreuses et que les idées sont généralement relativement bien déguisées.

 

Les personnages du rêve en général, et la femme de Cobb en particulier

Comme nous l'avons vu précédemment, les personnages qui peuplent les rêves sont considérés, par le film et la théorie analytique, comme des parties du rêveur. Cela s'illustre principalement avec la femme de Cobb, Mal, qui est présentée comme la figuration de la culpabilité de ce dernier. Ainsi lorsqu'il dialogue avec elle, il dialogue en fait avec une autre partie de lui-même représentée par l'image de sa femme. Sur ce point là, le film et la théorie analytique s'accordent. C'est d'ailleurs l'idée générale à retenir, le contenu du rêve n'est jamais ce qu'il prétend être. Même les rêves typiques à satisfaction immédiate sont considérés par certains psychanalystes comme ayant été déformés par la Censure, et donc ayant un contenu latent différent du contenu manifeste.

 

Les limbes et l'Inconscient

L'élément du film qui se rapprocherait le plus de l'Inconscient apparaît au bout d'1h10. Il s'agit des Limbes qui sont décrites comme « an unconstructed dream space. Just raw, infinite subconscious. Nothing is down there, except for what might have been left behind by anyone sharing the dream who's been trapped there before. »14 Encore une fois, si la première partie peut sembler en lien avec la théorie analytique, la deuxième partie de l'explication sert uniquement le propos du film.

 

Accomplissement d'un désir refoulé et régression

Freud a beaucoup insisté sur le fait que, tout comme les symptômes, les rêves sont le résultat d'un compromis portant sur l'accomplissent d'un désir refoulé, inacceptable par la conscience du sujet. Or, rien de tel n'est directement mentionné dans le film, cela ne se fait que par allusion. Cela peut apparaître surprenant tant le postulat de l'intrigue peut être compris comme tournant autour de cette question d'accomplissement de désir. En effet, Mal, considérant que le rêve est sa réalité, subit une inception par Dom Cobb pour la forcer à sortir du rêve. Il nous est donc possible de traduire que Mal était devenue dépendante au rêve. Or, nous émettons l'hypothèse que cette dépendance s'origine dans le fait que le rêve est un lieu d'accomplissement de désir. Si le rêve était frustrant, il ne pourrait pas provoquer d'addiction.

Le film revient par de nombreuses allusions sur le fait que le rêve est compris comme un lieu où s'accomplissent les désirs du rêveur, car tout y est permis. C'est à la 16e minute qu'apparaît pour la première fois l'idée que l'on puisse avoir envie de rester dans le rêve. A la 43e minute le spectateur est invité à constater que pour certains personnages « The dream has become their reality. »15. A la 56e minute, Cobb exprime très bien cette idée de satisfaction d'un désir inconciliable : « In my dream we're still together [sa femme et lui]. »16 alors qu'elle est morte dans la réalité. Puis à 1h16 Cobb décrit son premier contact avec les limbes « When we wound up on the shore of our own subconscious, we lost sight of what was real. »17 Et quand Ariadne lui demande comment ils ont fait pour y rester 50 ans, il répond « it wasn't so bad at first feeling like gods. »18 L'idée d'accomplissement de désir dans le rêve nous semble donc passer par une référence aux états d'addiction. En effet, dans ces derniers le sujet cherche à régresser jusqu'à un stade archaïque de développement régit par la pensée magique. Or, cette dernière à la particularité d'être un perpétuel accomplissement de désir, le sujet surinvestit son monde interne pour compenser une réalité extérieure trop frustrante pour lui.

 

Le rêve traumatique et l'effraction de souvenirs

Le spectateur attentif a pu remarquer qu'Inception ne met finalement en image qu'un seul véritable rêve, non influencé par des architectes. Il s'agit de celui de Cobb qu'Ariadne entrevoit à la 55e minute. Les différentes parties de ce rêve nous semble particulièrement intéressantes tant elles rappellent ce que la psychanalyse a théorisé autour des rêves en général mais surtout de ceux dits traumatiques, comme présenté au début de l'article.

Tout d'abord, l'utilisation d'un ascenseur ramène à l'idée freudienne que les rêves ont accès à des souvenirs enfouis. Mais l'élément le plus important dans cette scène est le fait que ces derniers ne semblent pas déformés. C'est ce que remarque Ariadne à la 56e minute « This is not only your dream. This is memory. [...] You built a prison of memory to lock her in.»19 Cobb précise alors « [These are] things that I regret. »20 D'autre part, le film présente régulièrement des éléments appartenant aux souvenirs de Cobb mais détachés de tout contexte. Le spectateur finit par comprendre que ces éléments sont reliés chez Cobb à deux expériences traumatiques de ce dernier. Le premier élément à être mis en scène est la séparation brutale d'avec ses enfants. Ainsi, ces derniers apparaissent dans certaines scènes du film sans logique apparente, comme en surimpression. La seconde est plus subtile mais nous paraît plus importante. A 1h18, Cobb raconte la scène où sa femme s'est suicidée devant lui. Le spectateur peut noter qu'en rentrant dans la salle, Cobb marche sur du verre et porte attention au mouvement des rideaux, et cela juste avant que sa femme se suicide sous ses yeux. Ces deux éléments sont repris à différents moments du film, comme dans la scène du bar à 1h28 où un verre se casse sans raison apparente, et à 1h37 où le mouvement des rideaux parasite l'attention de Cobb. L'élément le plus important ici est que tous ces souvenirs font effraction, ils s'imposent dans le rêve sans ce qu'aucun travail de censure ne semble avoir eu lieu. C'est en cela que l'expérience de Cobb est en lien avec la compréhension psychanalytique des rêves traumatiques.

La seule explication suggérée par le film est que le personnage principal est débordé par ces souvenirs. Freud va un peu plus loin et considère qu'une expérience devient traumatique quand le sujet a été pris de court et qu'il n'a pas pu faire émerger une quantité d'angoisse suffisante pour s'en défendre. Ainsi, il comprend cette répétition dans le rêve comme une tentative du sujet de lier le souvenir de cette expérience à une quantité d'angoisse appropriée. Cela ayant pour but final la possibilité d'oublier. D'ailleurs, il nous semble possible de comprendre la dernière confrontation entre Cobb et sa culpabilité comme une mise en image de l'aboutissement de ce mécanisme de liaison entre l'expérience traumatisante et l'angoisse nécessaire à l'oubli. En effet, Cobb finit par discuter ouvertement avec sa partie blessée représentée par Mal. En créant un lien satisfaisant avec sa culpabilité, Cobb est alors en mesure d'entamer un processus de séparation ou devrions nous dire de deuil. Le traitement du film peut paraître un peu rapide, mais accordons à Inception le mérite de ne pas prétendre qu'il s'agit d'un processus facile. Enfin, en suivant la logique analytique sur les rêves traumatiques qui viendraient rajouter une protection, face à un désir du sujet, nous émettons l'hypothèse que ce dernier consisterait pour Cobb à fusionner avec sa femme en tant qu'objet perdu. Ce contre quoi il se défend pendant l'essentiel du film.

 

La cohérence du film et l'image onirique

Certains éléments du film sont partagés avec les contes de fées. Il en est ainsi du nom des personnages. En effet, ces derniers sont suffisamment génériques ou étranges pour ne pas rendre trop réel les personnages et ainsi faciliter les capacités de projection du spectateur. Il n'est parfois fait usage que du nom de famille, qui ne fait donc plus uniquement référence à une personne mais à une ligné. C'est le cas de Mr. Saito qui n'aura pas droit à un prénom et restera ainsi une figure d'autorité, de (Dom) Cobb, et de (Robert) Fisher. D'autres prénoms sont empruntés aux mythes et légendes comme Arthur (en référence au Roi du même nom) et Ariadne, qui grâce à du fil, dans la mythologie grecque, aide Thésée à sortir du labyrinthe et à tuer le Minotaure, créature onirique que l'on croirait issue de diverses condensations. Le film va même jusqu'à utiliser l'ancienne orthographe de ce prénom tirée du grec ancien. Enfin, il est amusant de remarquer le personnage incarnée par une actrice Française a un prénom à sens, « Mal », et qu'il s'agit effectivement généralement dans le film de la représentation de ce qui est mal. En effet, il est assez rare que Marion Cotillard incarne véritablement la femme de Cobb.

 

Pour finir cet article, nous souhaitons rappeler qu'Inception est en tant que film une production utilisant certains des mécanismes du rêve décrit plus haut.

L'état filmique et l'état onirique se ressemblent sur de nombreux points. Déjà, de par leurs dispositifs : immobilité, vigilance affaiblie, obscurité. De plus, l'image est vulnérable à l'attraction du processus primaire. Des opérations primaires sont présentes dans la chaîne secondarisée du discours filmique, et sont provisoirement tolérées. Par exemple, dans la surimpression ou le fondu/enchaîné, on opère entre deux objets distincts une équivalence partielle, métaphorique. Cela permet qu'une charge psychique soit transférée d'un objet sur un autre, sans être lié par le principe de réalité. Le film utilise le montage d'une manière proche de celle du rêve, puisqu'il rompt la continuité espace-temps. Aussi, les différents personnages représentent différents aspects de la personnalité du spectateur. Enfin, le scénario vient donner une cohérence narrative à tous les éléments dispersés, comme le fait l'élaboration secondaire dans le rêve. Le processus secondaire, qui obéit au principe de réalité, reprend alors un peu la main et fixe certains trajets de pensée. Finalement, le film est comme le rêve d'un homme éveillé, qui sait qu'il ne dort pas.

Ainsi, lorsqu'un film cherche à nous convaincre de sa vraisemblance, cela nous semble comparable à une « inception » comme décrite dans le film du même nom, en ce qu'il nous met dans un état proche du rêve et qu'il en profite que nos défenses soit rabaissée pour nous faire adhérer à la véracité de son propos.

1« Lorsqu'une idée est entrée dans le cerveau, il est presque impossible de s'en débarrasser. »

2« L'esprit humain peut toujours retrouver l'origine d'une idée. »

3« Quand on dort, nos défenses consciences sont diminuées ce qui rend nos pensés vulnérables au vol. On appelle ça l'extraction. »

4« Nous créons et percevons notre monde simultanément. Et notre esprit le fait si bien que nous ne nous en rendons pas compte. »

5« M. Saito, nous pouvons entraîner votre subconscient à se défendre [...] afin que même endormi, vos défenses ne soient jamais abaissées. »

6« [Les personnes dans mon rêves sont] des projections de mon subconscient [...] Tu peux littéralement parler à mon subconscient. »

7« Pourquoi est-ce qu'ils me regardent tous ? »

8« C'est mon subconscient, je ne peux pas le contrôler. »

 Le subconscient est motivé par les émotions. Nous devons trouver un moyen de traduire [une phrase, une idée] en un concept émotionnel. »

10« Dans la réalité, nous aurions à choisir, mais pas [dans le subconscient]. »

11Paprika est un long métrage d'animation japonaise de Satoshi Kon sorti en France le 6 décembre 2006 d'après le roman Paprika de Yasutaka Tsutsui.

12« Les rêves, ils ont l'air réel quand on est dedans. C'est seulement quand on se réveille qu'on réalise que quelque chose était étrange. »

13« Dans les rêves, ton esprit fonctionne plus vite, c'est pour cette raison que le temps semble passer plus lentement. »

14« Un espace de rêve déstructuré. Un subconscient brut et infini. Il n'y a rien là-bas, sauf ce qui a pu être laissé par une personne partageant le rêve qui y aurait déjà été piégée. »

15« Le rêve est devenu leur réalité. »

16« Dans mon rêve nous sommes encore ensemble. »

17« Quand nous nous sommes retrouvés sur la rive de notre propre subconscient, nous ne pouvions plus discerner ce qui était vrai. »

18« Au début ce n'était pas si désagréable de se sentir comme des dieux. »

19« Ce n'est pas uniquement ton rêve. Ce sont des souvenirs. [...] Tu as construit une prison de souvenirs pour l'enfermer. »

20« [Ce sont] des choses que je regrette. »

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psychanalyse et films

Bonjour à tous,

Après de longs mois sans publication, me revoilà avec un article sur Inception qui ressemble étrangement au premier publié en septembre de l'année dernière. S'ils se ressemblent c'est que l'article ici présent en est une version finale (si on peut parler ainsi d'un article tant le matériel est toujours en mouvement), plus complète, mieux articulier et offrant d'autres perspectives. J'avais d'abord pensé éditer celui de septembre, mais la nouvelle version est tellement plus complète qu'il m'a semblé plus judicieux de vous proposer les deux. A noter que j'avais écrit le premier après avoir vu le film une seule fois en VO sans sous-titre. Cette fois-ci j'ai pu bénéficier de la version Blu-ray avec sous-titre. J'ai d'ailleurs souhaité garder les citations en anglais avec la traduction en note de bas de page.

Afin de ne pas proposer un article trop long, je vais à nouveau le découper en deux parties. Bonne lecture


Inception (2010) est un film réalisé par Christopher Nolan ayant pour acteur principal Léonardo DiCaprio. L'intrigue en est la suivante : comment Dom Cobb, espion industriel dont l'activité consiste à extirper des informations à ses victimes durant leur sommeil en s'introduisant dans leurs rêves (extraction), va-t-il pouvoir, cette fois, procéder à l'inverse, à une inception, c'est-à-dire implanter une idée dans l'esprit d'un héritier de multinationale, qui lui intimera l'envie de détruire l'empire économique laissé par son père ?

Dans cet article nous tenterons de mettre en parallèle la compréhension psychanalytique des mécanismes du rêve, introduite par Freud dans L'interprétation du rêve (1899), et celle proposée par Christopher Nolan dans son film Inception. Pour cela, nous procéderons en trois temps. D'abord, nous reviendrons rapidement sur les principaux aspects de la formation du rêve dans la théorie psychanalytique. Ensuite, nous mettrons en perspective la mythologie du film Inception sur les rêves et la compréhension analytique de ces derniers pour mieux cerner leurs points de convergence et de divergence. Enfin, nous conclurons sur le rapport de l'image filmique avec l'image onirique.

 

La formation du rêve dans la théorie psychanalytique

Pour comprendre les rêves, Freud s'est appuyé sur son expérience de l'hystérie, acquise avec le Dr Joseph Breuer1, et en particulier sur la manière dont se forme les symptômes dans cette névrose. C'est dans son ouvrage fondateur L'interprétation du rêve qu'il soutient pour la première fois qu'il est possible d'interpréter le rêve au même titre qu'un symptôme, et que « après complète interprétation, tout rêve se révèle avoir un sens, l'accomplissement d'un désir (refoulé) ». Pour bien comprendre cette déclaration, il est nécessaire de distinguer le contenu latent du rêve, dit pensées du rêve, soumis à différents mécaniques inconscients de déformation qui aboutit au contenu manifeste du rêve, celui dont le rêveur se souvient c'est-à-dire le rêve en tant que tel. C'est toujours un élément de la vie diurne de la veille, en lien avec un désir refoulé de l'enfance, qui déclenche la chaîne associative. Rajoutons à cette présentation que les rêves, sur le modèle des symptômes, sont considérés comme surdéterminés, c'est-à-dire concentrant différents conflits. Une seule interprétation n'en épuisent donc jamais totalement le sens.

Une exception à l'accomplissement de désir inconscient par le rêve est mise en avant par Freud avec les rêves traumatiques qui ramènent sans cesse le souvenir de l'expérience traumatique. Le rêve se présente alors comme une figuration au plus près de ce qui a été vécu. Son caractère répétitif a pour but la maîtrise rétroactive de l'excitation pour que se développe l'angoisse dont l'omission a été la cause de la névrose traumatique. Dit autrement, les rêves traumatiques tentent de lier le souvenir de l'expérience à une quantité d'affect supportable pour le sujet. « Dans les rêves qui émanent de restes diurnes non liquidés et qui, dans le sommeil n'ont reçu qu'un renforcement de la part de l'inconscient, il est particulièrement malaisé de déceler la force pulsionnelle inconsciente et de mettre en lumière la réalisation du désir. »2 Ainsi, le caractère anodin des restes diurnes serait remplacé par leur contenu traumatique, tout en gardant la même fonction. Dés lors apparaît le rôle particulier de la répétition dans les rêves : faire écran au désir.

Aussi, les différences entre le rêve et les pensées du rêve n'ont de sens qu'en lien avec l'hypothèse de l'Inconscient émise par Freud très tôt dans son travail. Un peu comme les trous noirs dans l'univers, l'Inconscient est inaccessible à la conscience par des moyens directs, mais on peut en concevoir l'existence par les distorsions qu'il produit autour de lui, dont les lapsus et les actes manqués sont les exemples les plus connus. On pourrait le définir comme un espace psychique régit par des mécanismes propres, issus du processus primaire, différents de ceux utilisés par le couple Conscient-Préconscient, issus du processus secondaire. Notons que si le Préconscient est associé au Conscient car il partage le même type de fonctionnement, son contenu n'est pas directement accessible à la conscience. Il est donc inconscient uniquement au sens descriptif du terme. Cette instance sert, entre autre, de zone tampon entre les deux autres.

Le processus primaire, actif dans le travail du rêve, s'exprime des manières suivantes :
Le déplacement : une représentation souvent d'apparence insignifiante peut se substituer à une autre en se voyant attribuer toute la valeur psychique, la signification, l'intensité originellement attribuée à l'originale.
La condensation : une représentation unique peut rassembler de nombreuses représentations.
La symbolisation : mode de représentation indirecte et figurée d'un contenu inconscient, en général lié aux éléments fondamentaux de notre existence comme notre corps, la vie, la mort et la procréation.
La dramatisation : la mise en scène du rêve vient illustrer la pensée contenu dans le rêve. Par exemple, des personnes qui s'opposent vont se retrouver face à face, un peu comme dans un film.
L'élaboration secondaire : remaniement du rêve destiné à le présenter sous la forme d'un scénario relativement cohérent et compréhensible. Il s'agit d'un processus très proche de la rationalisation.

Dans le cadre du rêve, tous ces mécanismes sont utilisés par la Censure qui interdit aux désirs inconscients et aux formations qui en dérivent l'accès au système Conscient-Préconscient. Freud l'envisage comme une fonction permanente dont on distingue plus clairement les effets quand elle se relâche partiellement comme dans le rêve.

1 Joseph Breuer (1842-1925), est un médecin et physiologiste autrichien.

2S. Freud, in Abrégé de psychanalyse, 1938.

 

 

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psychanalyse et manga

 

Suite à l'article précédent, admettons que Kishimoto a écrit Naruto en fonction de son propre univers psychique. Reste alors un problème : comment expliquer qu'en tant que lecteur on puisse se sentir personnellement touché par cette histoire ?

 

Tout d'abord, c'est une qualité des artistes de pouvoir créer quelque chose qui est en rapport avec les particularités de leur époque, voire de l'être humain en général. On voit bien comment les oeuvres de certains compositeurs classiques parvenues jusqu'à aujourd'hui, continuent à résonner en nous. Dans une autre mesure, on peut être étonné du succès toujours actuel de Dragon Ball Z, là ou d'autres séries de la même époque semblent totalement « has been », voire dépassées en bon français. Il me semble que cette longévité dans le succès est une des façons de mesurer l'adéquation entre l'imaginaire de l'auteur et l'imaginaire des lecteurs. Cette adéquation n'est autre que ce qu'on appelle couramment le talent, sans juger pour autant de la qualité technique de la production.

 

Cette universalité des problématiques psychiques a été postulée par Freud très tôt dans le développement de la psychanalyse. Il s'agissait pour lui de faire comprendre à ses lecteurs (des riches Autrichiens ou Européens) que les problèmes que rencontraient les autres riches Autrichiens qui venaient consulter étaient de même nature que ceux des peuples « primitifs » (c'était le terme sympathique de l'époque servant à désigner les Africains en particuliers, mais aussi tous les peuples hors de la civilisation occidentale).

Cette mise en correspondance faisait du coup perdre à ces « primitifs » leur caractère « primitif ». Vous n'imaginez pas le scandale à l'époque. D'ailleurs aujourd'hui on trouve toujours un « scientifique » pour vous expliquer, souvent avec des mots très doux, que certains peuples sont civilisés et que d'autres ne le sont pas. Évidemment dans ce genre de cas les occidentaux ne sont jamais du mauvais côté de la balance. Heureusement on a James Cameron qui réalise Avatar pour nous illustrer que le niveau de civilisation, de civilité, n'est sûrement pas à mettre en lien direct avec le niveau de développement technique.

 

Ainsi, comme tout être humain est articulé autour des mêmes problématiques psychiques, on comprend mieux qu'un artiste de l'autre bout de la terre puisque produire quelque chose en accord avec un public français par exemple.

 

Certains pourront objecter à juste titre qu'on pourrait complexifier de façon conséquence ces propos, que j'élude pas mal de choses. C'est vrai. Donc si certains d'entre vous désirent poser des questions, n'hésitez pas. Je tenterais d'y répondre pour approfondir ce sujet.

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psychanalyse

MAJ du 18 octobre 2011 : Rajouts importants à la dernière version en date.

MAJ du 5 décembre 2010 : N'étant pas particulièrement content de la première version, voici une nouvelle version de l'article sur les adulescents.

 

L'adulescence à l'épreuve de la psychanalyse

 

 

 

Faisons une petite pause après un article un peu compliqué. Afin de revenir à un thème plus simple et plus actuel, je vous propose de vous parler des « adulescents » dont on peut entendre parler dans les médias grand public. Ce concept me semble suffisamment irritant pour qu'il soit intéressant de mieux en comprendre les limites.

 

Qui sont les adulescents ? Si l'on en croit les médias grand public, il s'agit de jeunes gens qui consacrant la majeure partie de leurs loisirs, voire de leur vie, à la « culture geek » en général, sont incapables de « rentrer dans l'âge adulte » ou encore de « sortir de leur bulle » ou autre expression du même genre. Si l'on en croit Wikipedia, selon le psychanalyste Tony Anatrella, il s'agit du prolongement de l'adolescence en dépit de l'entrée dans l'âge adulte. On peut trouver d'autres définitions mais elles tournent toutes autour de cette idée d'immaturité, souvent en lien avec « l'univers des jeux vidéos ». Ces définitions sont tellement larges et floues qu'on se sent tout de suite happé par le doute : ce concept est-il bien pertinent ? Je vais donc tenter de vous montrer que les concepts de maturité et d'immaturité sont ici galvaudées, et que les expressions d'immaturité, si elles sont plus médiatisées dans certains milieux que dans d'autres, se manifestent bien au-delà de « l'univers des jeux vidéos ».

 

 

Maturité psychique et position sociale

 

 

Pour bien comprendre notre propos, il faut, d'une part, insister sur le fait que nous parlons ici de l'adolescence (mais aussi de l'enfance et du reste) en tant qu'organisation psychique privilégie et non en tant que position sociale. D'autre part, il faut entendre qu'en psychanalyse, tous les âges de la vie restent actifs toute la vie. Pour faire simple, le bébé, l'enfant, l'adolescent sont toujours présents dans l'adulte, même s'ils ne sont plus dominants. Pour illustrer cela, on voit bien le plaisir que certains adultes peuvent avoir à se comporter de temps en temps plus ou moins directement comme des enfants (jouer avec la nourriture, faire les idiots entre amis, écouter des contes de fées, etc.). L'adolescence survit de la même façon à l'âge adulte, mais cela semble plus difficile à digérer. Peut-être est-ce du au fait que le refoulement entre les deux âges est moins efficace ? Pour la psychanalyse, c'est la souplesse psychique qui permet à l'individu de ne pas trop souffrir. Sans former de jugement de valeur, elle considère qu'il serait tout aussi dommage d'être totalement coincé dans le monde de l'enfance que dans le monde adulte. Il est plus profitable d'être en mesure de piocher dans l'un et dans l'autre en fonction des moments.

 

 

 

Passer de l'enfance à l'adolescence, de l'adolescence à l'âge adulte, et de l'âge adulte à la vieillesse, peuvent peut être considérés comme des expériences de la perte. Alors que nous avions établis des repères confortables avec le monde, nous voilà à devoir tout réinventer ou presque. L'entrée dans le monde adulte, aussi relatif que cela soit, s'accompagne idéalement d'un renoncement serein à une croyance dans des positions parentales toute-puissantes, et à une identification à ces nouvelles figures. Dans notre optique, l'adolescence est cette partie de nous qui ne cesse, et ne cessera probablement jamais, de sortir de l'enfance et de rentrer dans l'âge adulte. En passant d'un environnement social ou psychique à un autre, il est donc normal d'expérimenter une certaine anxiété due à cette expérience de la perte. La psyché nous offre le plus souvent une porte de secours assez pratique : le refoulement. Une fois que l'on est passé à autre chose, on oublie globalement ce qui a précédé. Ce qui explique beaucoup de conflits générationnels, soit dit en passant. D'un point de vue psychanalytique, on pourrait considérer pathologique le fait de s'adapter trop rapidement ou trop lentement à ces changements. En psychanalyse le normal, si tant est que cette notion y soit pertinente, se trouve toujours dans le gris et ses nuances, le trop et le pas assez sont des signes de déséquilibre qui mènent ou signalent généralement une souffrance du sujet. Si chacun va à son rythme et à sa manière, une chose est sûre : pour supporter le changement on a tendance à maintenir des activités « repères » d'une époque passée où on se sentait bien, jusqu'à ce que l'on se sente suffisamment bien dans la nouvelle époque pour lâcher ces repères. D'un point de vue subjectif, c'est souvent vécu comme une question de lassitude ou de désintérêt. Parfois cela se fait en quelques années, parfois cela ne se fait jamais.

 

 

Approche, contenu et généralisation

 

 

C'est ainsi que nous pouvons mettre en question le concept même d'adulescent. Cette idée de génie, n'ayons pas peur des mots, se base sur le fait que certains adultes maintiennent des activités considérées en tant que telles, par ces autoproclamés experts en savoir vivre, comme n'ayant pas leur place après la période adolescente, entendue ici probablement socialement parlant.

 

 

Un point de vue psychanalytique pourrait y voir plusieurs fourvoiements. D'une part, cela induit que le recours aux ressources psychiques liée à la période de l'adolescence est une erreur à corriger. Or, n'utiliser exclusivement qu'une façon d'être au monde, quelle qu'elle soit, peut être considéré pour le coup comme pathologique. La capacité de jouer tout en répondant aux nouvelles exigences de l'âge adulte, est un signe de souplesse psychique et donc de relativement bonne santé. Supposer que l'âge adulte puisse se suffire à lui-même, qu'il pourrait fonctionner de manière indépendante et sans l'apport créatif de l'enfance est absurde, tant le sujet est le résultat de tout ce qu'il a vécu dans sa vie. Par exemple, lorsqu'on regardait un dessin animé à 10 ans, nous n'étions capable de l'appréhender qu'avec une maturité d'enfants, en résonance avec notre infantile. Aujourd'hui nous sommes toujours capables de regarder cette série comme des enfants et des bébés, mais nous sommes aussi capable de le faire avec une maturité d'adulte. Les deux cohabitent et dialoguent en nous pour toutes les choses de la vie.

 

 

C'est la fixation rigide à une organisation psychique qui peut être envisagée comme problématique. Par exemple, nous pourrions nous inquiéter d'une personne qui n'arrive pas à sortir d'un état d'esprit familial alors qu'elle se trouve à son travail, mais aussi inversement d'une personne qui resterait toujours dans un état d'esprit travail alors qu'elle se trouve dans un milieu familial. Cela n'est pas mal en soit, mais ça peut signaler une certaine souffrance intérieure qui ne peut être contenue que par cette rigidité. L'immaturité, comme la maturité sont ainsi toujours localisées. Une même personne peut être tout à fait mature dans un certain type d'activité, mais tout à fait immature dans d'autres.

 

 

 

D'autre part, sur quoi ce concept d'adulescent s'appuie-t-il ? La critique de ces experts en savoir vivre suppose l'idée que certains loisirs et certaines occupations peuvent être considérées en tant que telle comme inadaptées à l'âge de la personne. Cette conception des choses est proche de l'idéologie qui soutient la psychologie cognitive ou comportementale, mais elle s'avère anti-psychanalytique. En effet, une activité en tant que telle ne peut pas être considérée mature ou immature. C'est l'approche de l'activité qui peut l'être. Par exemple, il est possible de faire de la couture pour un cosplay ou pour réparer un vêtement toute deux de manière mature ou immature, cela dépendra de la manière dont le sujet investit cette activité.

 

 

Nous ne devons pas douter que dans le « milieu geek » français certaines personnes éprouvent des difficultés particulières à satisfaire les nouvelles exigences du monde adulte. A cela nous répondrons deux choses : d'une part, l'immaturité est généralement circonstanciée à certains domaines de la vie, mais jamais à tous. D'autre part, ce genre de difficultés se retrouvent absolument partout dans la société en général. Récemment, les milieux financiers et politiques nous ont brillamment démontré leur absence de maturité en refusant toute responsabilité pour les crises mondiales qu'ils ont déclenchées. A-t-on vu les journalistes de France 2 ou de M6, voire de n'importe quel média de masse, les qualifier « d'adulescents » pour autant ? L'enfermement intellectuel et l'étroitesse d'esprit avec lesquels les médias de la « culture geek » devraient-ils nous porter à les qualifier « d'adulescents » ? On comprend bien que si ce genre de comportement est considéré comme un comportement adulte, il y a de quoi ne pas prendre aux sérieux ces experts de la critique.

 

 

Pour faire simple, être adulte revient à être suffisamment responsable fasse à ses diverses obligations et à avoir suffisamment intégré les différentes parties de soi pour s'adapter à différentes situations. Force est de constater que cela n'est jamais totalement atteignable, et de là il n'y a qu'un pas à franchir pour dire que la concentrations des accusations indifférenciées d'immaturité contre les personnes organisant leur vie ou leurs loisirs autour de la « culture geek », les supposés « adulescents » servent à créer un bouc-émissaire facile. Nous constatons que cela permet de détourner l'attention des vrais immatures à qui ont a donné les manettes. Malheureusement pour nous, ces dernières ne sont pas là pour manipuler un monde virtuel, mais le notre bien réel. D'autre part, il n'y a pas de corrélation directe entre l'âge social et l'âge psychique. On peut être socialement à une place tout en étant psychiquement globalement sur un fonctionnement différent. Enfin, garons en tête qu'entre une régression qui exprime une certaine souffrance et une régression « normale », la différence se situe dans l'approche du divertissement et non dans le contenu de ce dernier.

 

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psychanalyse et manga

 

L'idée principale est la suivante : on ne crée qu'en fonction de qui on est, de notre histoire. Cela implique donc la partie inconsciente de notre psyché. Nous allons donc utiliser les représentations conscientes et inconscientes que nous possédons, et ces dernières vont s'exprimer de façon déformée et cachée dans les premières. Et là ça devient intéressant car, comme vous le savez maintenant, le passage de l'inconscient à la conscience fait toujours intervenir la censure sur les représentations refoulées qui tentent d'émerger. C'est le même mécanisme que lorsqu'on se réveille et qu'on se souvient de son rêve.

Lorsque l'on crée quelque chose, on se rend rarement compte de ce qui nous pousse inconsciemment à le faire. Ça peut venir au mieux dans l'après-coup, une fois qu'on s'est bien servi de la création, et qu'on peut enfin avoir un nouveau regard dessus. C'est le genre de moment où on se dit parfois des années plus tard « J'ai dû faire ça parce que j'étais en colère ou parce que j'avais très envi de te voir. Je ne m'en étais pas rendu compte. »

Pour continuer à illustrer cette histoire, je pourrais citer ici l'exemple de David Lynch (auteur entre autre de Twin Peaks et Mullholland Drive) dont les oeuvres sont toujours assez « torturées » pourrait-on dire. Il a raconté être allé voir un psychanalyste pour lui demander si l'analyse risquait de tarir son imagination, ce à quoi le clinicien (le psychanalyste dans le cas présent) lui a répondu que c'était envisageable. Grâce à quoi, David Lynch n'a finalement jamais fait de thérapie, mais à continué à faire des films ou des pubs (les premières pour la PS2 il me semble) toujours aussi étranges.

Pourquoi donc le psychanalyste lui a répondu ça ? Vous allez voir, c'est très important. Déjà on peut penser que c'était quelqu'un de sérieux qui ne courait pas après l'argent ou la gloire. Ensuite, on peut supposer qu'il s'est appuyé sur le fait que plus vous serez au clair avec vous-même le moins vous serez torturés puisque les représentations refoulées dans l'inconscient, qui faisaient s'exprimaient sous la forme de symptôme (la création d'un univers de fiction dans le cas qui nous intéresse), auront pu revenir à la conscience de façon sécure par le travail de la cure. Or, sans ces représentations inconscientes qui vous tourmentaient, il y a un sérieux risque (si on peut parler en terme de risque) que vous ne soyez plus à même de créer, de sublimer de la même façon. Vous continuerez mais autrement, on ne peut s'empêcher de sublimer, la psyché fonctionne comme ça.

Vous allez me dire « Mais pourquoi certaines représentations sont plus à même de revenir à la conscience que d'autres ? » Je vais essayer de faire simple, mais c'est assez compliqué. Lorsqu'on expérimente quelque chose, cela crée une représentation avec son affect, son émotion, associé. Plus l'expérience est vécue comme forte, plus l'affect va être fort. Quand ces expériences sont insupportables pour la conscience, la psyché va séparer l'affect de sa représentation, puis déplacer le premier vers une représentation anodine, et refoulé le second. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si ça en restait là. Or ce n'est pas le cas puisqu'il semblerait que le lien entre la représentation et son affect ne soit jamais totalement coupé. Ainsi plus le couple est fort plus la représentation va vouloir faire retour.

Ouf ! J'espère que j'ai rendu ça compréhensible :).

 

On se retrouve la semaine prochaine pour parler de l'enfance, l'adolescence et l'âge adulte au sens psychanalytiques du terme.

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psychanalyse et manga

 

Vous avez tous lu ou regardé un shõnen un jour ou l'autre de votre vie, et vous vous êtes tous dit « Vas-y Seiya fait bruler ton cosmos pour accéder (comme toujours) au 7e sens ! ». Rien ne sert de nier.

Lors de vos nombreuses lectures, ou visionnages, vous avez du remarquer qu'un des premiers gros ennemis du héros finit toujours par devenir son allié. Il faut savoir qu'il s'agit là d'un élément récurrent que ces mangas se doivent de respecter, sans quoi ce ne sont plus des shõnens. Ça peut paraître injuste, mais la vie est injuste, CQFD.

Maintenant, lequel d'entre vous s'est déjà demandé « Quelle est donc la fonction psychique de ces personnages qui étaient méchants et qui deviennent gentils ? »

Quoi ? Aucun !?

Il est donc grand temps d'enfiler sa cravate (cf Dr. Lacave) et de résoudre ce mystère mystérieux avec l'éclairage de la psychanalyse.

 

Voilà comment devait commencer mon article consacré au « méchants qui deviennent gentils » dans les shõnens. Or je me suis rendu compte, d'une part qu'il était nécessaire d'expliquer quelques petits trucs avant, et, d'autre part que cet article n'était finalement qu'une partie d'un ensemble beaucoup plus grand. L'idée directrice est que si les shõnens ont tellement de succès c'est parce qu'ils vont aider leurs lecteurs à grandir, c'est-à-dire à intégrer harmonieusement les différentes parties de leur psyché.

 

Afin de défendre cette idée, dans un premier temps je vais vous présenter quelques hypothèses de base en autant de petits articles :

1 - Les récits sont toujours l'expression symbolique d'un vécu psychique inconscient.

2 - L'inconscient individuel résonne avec l'inconscient collectif.

3 - Les shõnens fonctionnent sur le modèle des contes de fées.

 

Dans un deuxième temps, je rédigerai une série de petits articles sur différents aspects de la narration des shõnens.

 

Et là je sens que le mal de crâne (re)commence à se faire sentir. Déjà qu'avec le coup des rêves d'Inception c'était compliqué, alors maintenant avec ses grandes phrases sa mère (ou son père, parce que je ne suis pas pour la discrimination sexuelle), c'est abusé grave.

L'idée est pourtant simple jeune lecteur insouciant. Lis les articles qui vont suivre (régulièrement je l'espère) et tu comprendras.

 

Si tu as des questions, des envies de révolte, exprime toi, et je te répondrai.

 

A bientôt lecteur (ou lectrice) de l'extrême !

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psychanalyse et films

NB : une version mise à jour de cet article peut être trouver sous le titre Inception - Convergence et Divergence avec la Psychanalyse - Partie 1 & 2

Comme nous l'avions évoqué à la fin de l'article précédent, certains éléments de la mythologie d'Inception peuvent être reliés aux écrits de Freud sur le rêve. Nous allons donc essayer de faire le tri.

 

Tout d'abord, voyons ce qui est cohérent par rapport à la théorie freudienne :

Psychanalyse : Les rêves ont accès à des souvenirs auxquels la conscience n'a pas accès, dont on ne peut pas se souvenir quand on est réveillé.

Film : Le personnage principal a besoin de rêver pour « retrouver » les souvenirs de sa femme. On peut donc en déduire qu'il lui est impossible de le faire consciemment où il n'a pas accès à ce matériel.

 

P : Le contenu des rêves est influencé par les stimuli extérieurs.

F : On le voit bien dans le film avec l'idée d'être systématiquement réveillé par une chute, ou encore la présence de l'eau à certains moments.

 

P : Les personnages qui peuplent les rêves sont des représentations d'idées et de souvenirs propres au rêveur, que ce dernier considère comme extérieur à lui-même pendant le rêve.

F : C'est ce qu'explique le personnage principal quand la future architecte lui demande d'où viennent les personnes dans son rêve : « Ils sont tous une partie de moi » (si je me souviens bien de la réplique). Cela s'exprime aussi dans l'idée que la femme du personnage principal est entre autre une représentation de sa propre culpabilité. Ce qui suppose donc que lorsqu'il dialogue avec elle, il dialogue en fait avec une autre partie de lui-même.

C'est d'ailleurs l'idée à retenir, tout est symbole dans le rêve, sauf l'angoisse.

 

P : Enfin, le rêveur n'a pas l'impression de rêver, tout lui paraît normal. En fait, on pourrait même dire que l'esprit critique est exclu du rêve.

F : On retrouve partiellement cette idée, même si elle s'avère tronquée lorsque le personnage principal prétend que tout paraît normal jusqu'à ce que quelque chose d'étrange arrive. En effet, le rêveur ne se dit pas « C'est bizarre qu'il y ait un train en pleine ville. » mais plutôt « Quelqu'un aurait pu me prévenir que ce train allait passer ! »

 

Désormais, regardons ce qui n'est pas cohérent par rapport à la théorie freudienne :

 

P : Le contenu des rêves est dérivé de la vie éveillée.

F : Or dans le film les « architectes » produisent une structure qui doit ne pas être connu du rêveur. Selon la psychanalyse, c'est impossible car on ne rêve que de ce qu'on a vu (parfois il y a des années et sans faire attention).

Pour bien comprendre cela, il faut admettre l'idée que le cerveau enregistre une quantité d'information phénoménale en permanence et que la partie qui est utilisée par la conscience est extrêmement faible. C'est ce qu'on appelle le refoulement. D'ailleurs, sans ça on devient fou car c'est le refoulement qui permet l'oubli et ainsi l'impression que le temps passe.

 

P : Les rêves sont l'accomplissement d'un désir ou d'un souhait inacceptable par la conscience du sujet (même si cela est fait de façon masquée par les mécanismes de déplacement, de condensation et de censure).

F : Or rien de tel dans le film, sauf peut être cette idée que dans les rêves on est vraiment libre de tout faire.

 

P : Les rêves sont dénués d'émotions. La seule émotion est l'angoisse, mais celle-ci apparaît dans les cauchemars qui sont des rêves n'ayant pas accompli leur fonction d'accomplissement de désir. Si vous faites attention, vous noterez vous-même que l'émotion vient en fait au réveil.

 

F : Or, force est de constater que les rêveurs ressentent des émotions tout le long du film. 

 

P : Enfin, le souvenir que nous avons des rêves n'est pas le rêve lui-même.

F : En effet, sous l'action de la censure toute une partie du rêve est réprimée. Pour vous donner une image, on pourrait comparer la censure entre l'inconscient et la conscience avec des douanes très sévères qui, d'une part, ne laisseraient passer que quelques dessins animés japonais, et qui, d'autre part, les transformeraient tellement qu'on ne les reconnaitraient plus une fois arrivés dans nos écrans.

Cet exemple est évidemment purement fictif.

 

A priori, je pense en avoir fini avec Inception qui reste assez cohérent avec lui-même puisque si on considère que les rêves ont bien lieu dans le subconscient, c'est-à-dire dans un niveau inférieur de conscience, tout se tient à peut près.

Si certains d'entre vous on des questions par rapport à ces 2 articles, n'hésitez pas à poster un commentaire, je tenterais d'y répondre.

Rendez-vous d'ici quelque temps avec un article sur les « méchants qui deviennent gentils », en particulier dans les shōnens. (Sauf si je change d'avis encore une fois bien sûr ^__^)

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psychanalyse et films

NB : une version mise à jour de cet article peut être trouver sous le titre Inception - Convergence et Divergence avec la Psychanalyse - Partie 1 & 2

Cet article sera offert en deux parties afin d'en faciliter la lecture.

[ATTENTION POSSIBLE SPOILERS INSIDE]

 

Ceux qui ont vu Inception (très réussi selon moi) ont entendu le terme « subconscient » répété à de nombreuses reprises lors des tentatives d'explication des mécanismes des rêves. Or, il s'agit d'une erreur (en terme psychanalytique en tout cas), et je voudrais vous expliquer pourquoi histoire que vous n'ayez pas perdu votre temps en cliquant sur ce lien au titre étrange.

Freud a bien utilisé le terme de subconscient dans les tous premiers textes qu'il a écrits, mais il l'a abandonné parce qu'il n'était pas suffisamment clair. 
Le problème du terme « subconscient » vient du fait qu'il n'implique pas une coupure radicale à la fois topique et qualitative... et là je sens que je vous ai perdu. L'idée n'est pourtant pas compliquée. Le préfixe « sub », en dessous, suppose qu'il y aurait différents niveaux de conscience ce à quoi Freud s'est opposé. Il lui semblait très important de poser l'hypothèse qu'il existe dans le fonctionnement psychique de l'Homme une zone étant à la fois inaccessible (ça c'est pour le topique) et ayant un fonctionnement propre (ça c'est pour le qualitatif).

 

En se développant, la psychanalyse n'a plus reconnu qu'un seul niveau de conscience qu'on appelle « le conscient ». Et c'est tout.

Ensuite il y a l'inconscient qui, comme son nom l'indique, n'est pas conscient, mais alors pas du tout. En plus, il a sa propre manière de fonctionner. Je précise bien que l'inconscient n'est pas une forme plus ou moins claire de mauvaise foie, au contraire c'est plutôt une sorte de « malgré soi ».

Enfin, il y a le préconscient qui, pour faire simple, sert à la fois de tampon entre les deux autres, et de lieu de stockage pour toutes les informations que vous avez volontairement mémorisées.

 

Il est assez ironique que cette confusion de terme apparaisse dans un film sur les rêves, car c'est justement en travaillant dessus (L'interprétation du rêve) que Freud a créé les bases de la psychanalyse citées ci-dessus.

Cependant, si de manière générale la mythologie d'Inception est surtout là pour servir l'intrigue du film, certains éléments peuvent être reliés aux écrits de Freud. Nous allons essayer de faire le tri. Nous verrons ça dans quelques jours.

 

 

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psychanalyse

 

J'imagine que beaucoup d'entre vous ont déjà entendu parler de la psychanalyse (qui se prononce « psyKanalyse » pour les plus jeunes d'entre vous et pour les amateurs de Mortal Kombat). On connait souvent (Sigmund) Freud, parfois Lacan, voire Winnicott (quoique là je m'égare). On a entendu dire que la psychanalyse parle beaucoup de sexe (en fait il s'agit surtout de sexualité, ce qui est très différent). On a l'image d'un psy qui écoute une personne allongée (ou pas) en train de raconter sa vie. D'ailleurs, la série In Treatment en donne une image assez juste, loin des caricatures que l'on trouve dans trop de séries télé.

Or, si la psychanalyse est un peu ça, ce n'est pas que ça. Il ne s'agit pas uniquement d'une technique de soin (pour dire vite), car il s'agit avant tout d'une manière de comprendre l'être humain dans toute sa complexité, dans ce qu'il dit et dans ce qu'il fait.

Ainsi, la psychanalyse peut éclairer d'une façon originale ce qu'on appelle les « oeuvres de l'esprit », c'est à dire ce qui relève de la création humaine.
C'est dans ce cadre que je tacherais de vous proposer des articles traitant de jeu(x) vidéo, de manga(s) et d'animé(s) à travers un prisme analytique.

Enfin, je vous laisse méditer sur ce que Christophe Dejours, psychanalyste spécialiste du rapport au travail, avait pu résumer lors d'une émission de débat sur l'aliénation au travail : « La théorie économique libérale considère les êtres humains comme rationnels, en accord total avec eux-même, la théorie marxiste les considère en conflit entre eux, et la psychanalyse les considèrent en conflit à l'intérieur d'eux-même. »

 

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Psychanalyse pour les curieux

Édito

Bonjour à toutes et à tous,

Tout d'abord, je souhaite remercier toutes celles et ceux qui ont eu le courage de cliquer sur ce lien, ainsi que l'équipe de GameBlog qui offre un espace pour s'exprimer.

Pourquoi ce blog ?

L'idée de créer un blog m'est venue après avoir constaté que la psychanalyse avait peut être quelques petits trucs à dire sur les jeux vidéo, les mangas, les animés et autres "oeuvres de l'esprit". J'ai été inspiré par l'émission EXP sur Nolife (abonnez-vous à Nolife online pour avoir droit aux émissions en ligne) quand un animateur tentait d'illustrer comment le joueur pouvait s'identifier à un personnage.

Pourquoi GameBlog ?

GameBlog remplit deux qualités importantes :
1 - Il est issu d'anciens de Joypad, mon ancien mensuel de référence.
2 - Il cherche à promouvoir le "jeu vidéo autrement", et là je crois qu'on est en plein de dedans.

 

Bonne lecture, et n'hésitez pas à questionner ce que ce j'écris.

 

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