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Par Le Gamer aux Mains Carrees Blog créé le 04/11/11 Mis à jour le 12/05/17 à 21h33

Ce blog n’'existe PLUS. Si tu y as accès, c’'est que tu n’'existes plus non plus. Au mieux, tu es l'’émergence d’'une anomalie systémique au sein d'’une structure virtuelle parfaite. Mais ça pourrait être pire. Tu pourrais attendre impatiemment la sortie de Final Fantasy XV.

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Sur Evangelion, lire les excellents articles de l'excellent Snake_in_a_box, sur son blog qui ne l'est pas moins, ici et ici

 

 

1995.

 

Une date à marquer d'une pierre blanche dans l'histoire de l'animation nippone. Le public qui, depuis des mois, surveille les pages du mensuel Newtype pour ne manquer aucune info, aucun visuel inédit, attend avec fébrilité la diffusion du premier épisode de la nouvelle série d'Anno Hideaki, dont les précédentes productions (Honeamise no Tsubasa, Top Wo Nerae Gunbuster, Fushigi Umi no Nadia) ont fait l'unanimité critique. Ce qu'il ignore encore, c'est que cet animé, qui aurait pu n'être qu'un énième show de robots géants parmi d'autres, représentera une véritable révolution sur le fond comme la forme, et mettra un terme provisoire à la crise créative que connaît alors le pays. Car exception faite des travaux de Mamoru Oshii, jamais auparavant un dessin animé n'avait fait preuve d'autant de liberté, de sophistication - voire d'élitisme - que ce Neon Genesis Evangelion (Shin Seiki Evangelion), tant dans le traitement « clinique » de la psyché des protagonistes, dans les circonvolutions mystiques de l'intrigue ou dans les audaces de sa mise en scène minimaliste. Au-delà des traditionnelles (dans tous les sens du terme) orgies de tôles froissées pour « protéger la terre », c'est à une analyse sans concession des névroses qui empoisonnent les rapports entre les êtres que l'auteur tente de se livrer en détournant les codes, les habitudes, les stéréotypes associés à ce genre de programmes, et en multipliant les niveaux de lecture pour se faire un reflet fidèle de la réalité. Peut-être, au-delà : susciter la réflexion, la remise en cause. Une révélation, pour bien des auteurs, qui découvrent tardivement qu'on peut divertir tout en abordant de front des questions sociologiques ou philosophiques complexes, sans pour autant perdre les faveurs du spectateur. Bien au contraire : le succès colossal de la série semble traduire un besoin latent, et représenter un nouveau marché pour les investisseurs, ouvrant une brèche providentielle dans le carcan de leurs cahiers des charges... Il n'en faudra pas plus pour que les auteurs s'y engouffrent têtes baissées, par dizaines, avec plus ou moins de talent ou de sincérité.

 

 Aussi ne compte-t-on plus les oeuvres qui, sans cet illustre précurseur, n'auraient vraisemblablement jamais existé : Serial Experiment Lain, Rahxephon, Zettai Shonen, Gasaraki, Interlude, Haibane Renmei, .//Hack Sign, Ergo Proxy, Haruhi Suzumiya, Mawaru Penguindrum, Puella Magi Madoka Magica, et tant d'autres encore... Rien de surprenant à ce que cette influence, encore perceptible aujourd'hui, se soit étendue à d'autres médias complémentaires, à commencer par le jeu vidéo avec des titres majeurs tels que Rebus, Xenogears ou  Chrono Cross (dans son dernier tiers)... mais surtout, surtout, avec ce qui sera appelé à devenir l'un des épisodes-phares d'une série d'ores et déjà légendaire : l'opus VII de la saga Final Fantasy, sorti deux ans plus tard sur la fringante Playstation 1. Lequel, plus encore que les titres mentionnés ci-avant, et à la manière d'un Rahxephon (mais avec ô combien plus d'adresse !), s'offre le luxe d'une réécriture mot-à-mot (ou peu s'en faut) de l'animé sus-mentionné, mais sans l'ombre d'un titan d'acier.

 

Pari risqué, comme nous nous proposons maintenant de le démontrer point par point.  

 

 

 

Tokyo 3, théâtre de marionnettes. Et au centre de la scène : Ayanami Rei, une poupée cassée, un pantin biologique dont on subodore qu'il est mi-humain, mi-« autre chose ». Clone d'une femme décédée, conçu en série, dépourvu d'ego, d'émotions, d'aspirations, prêt à être remplacé à la moindre défaillance ou à être sacrifié, encore, et encore, et encore, comme autant de pions à visage unique sur un échiquier d'apocalypse. Ceci, jusqu'à ce que fin de partie s'ensuive. Un réceptacle, destiné à devenir la Lilith nouvelle, la Mère Originelle vers laquelle l'humanité doit revenir pour pouvoir, à son tour, guérir de son incomplétude.

 

A l'image, ou peu s'en faut, de son homologue masculin, Nagisa Kaoru,  17ème Ange sous forme humaine, créé par la Seele pour contrecarrer les plans de la Nerv et réceptacle d'Adam, le Père. Reine blanche d'un côté, Roi noir de l'autre. L'avenir appartient à qui joue le dernier coup.

 

 

Poupée cassée, aussi, que ce Sephiroth dont la glorieuse existence n'est que mensonges et dont l'ADN, pareillement, n'est qu'en partie humain. Un enfant perdu prêt à tout pour retourner vers une Mère non-humaine, tombée du ciel, et pour transcender ainsi sa condition de mortel.

 

Et que penser de ces clones innombrables, copies imparfaites produites en laboratoire et n'existant que pour lui permettre de jouer sa propre partie, dans l'attente de cette Reunion par laquelle ils lui donneront leur substance et lui permettront d'accéder au rang d'entité supérieure ?

 

Roi noir d'un côté, Reine blanche de l'autre, en la personne d'Aerith Gainsborough, son antithèse, dont seul l'un des deux parents est humain et qui, par conséquent, ne l'est pas tout à fait elle-même.

 

On pense également à Cloud Strife, longtemps convaincu qu'il n'est qu'une enveloppe charnelle, un double, un pion sans volonté, sans libre arbitre, et qui se laisse ronger par ce vertige existentiel avant de se redécouvrir in extremis.

 

Ainsi qu'à pu le faire Rei avant lui.

 

Ainsi que le fera Cait Sith, le robot espion télécommandé, quand les circonstances l'y pousseront et qu'il n'aura plus d'autre choix que de regarder sa réalité en face.

 

Ainsi que le fera, enfin, le ténébreux Vincent Valentine, quand il réalisera que les monstres emprisonnés dans sa chair ne sont pas une malédiction, mais une déclaration d'amour.

 

 

 

 

Entre les lignes d'Evangelion, partout, derrière chaque réplique, chaque silence: le dilemme du hérisson, qui veut que plus celui-ci se rapproche de ses semblables, plus il se pique à leurs épines, de sorte qu'il ne peut trouver ni chaleur, ni tendresse auprès de ceux-ci. Métaphore évidente du rapport à l'autre au sein de nos sociétés modernes, où prédominent crainte de l'attachement, repli sur soi, défiance, mise à distance, dans un ballet attraction-répulsion à en perdre tout repère. Le désir - le besoin, même ! - d'être aimé d'une part, la peur de souffrir de l'autre. Et à équidistance, l'individu, écartelé, incapable de renoncer à l'un, incapable de se défaire de l'autre. C'est ce dilemme, avant toute chose, qui conditionne les actes et les paroles des protagonistes de cette psychanalyse grimée en oeuvre SF, et qui se voit personnifié par le personnage d'Ikari Shinji, cet enfant rejeté, solitaire, renfermé, terrifié à l'idée de décevoir ce père qu'il prétend haïr plus que tout au monde, et dont il n'a de cesse de quémander l'affection. Shinji, qui ne met sa vie en jeu et ne tue que pour être aimé en retour, parce que c'est, croit-il, ce qu'on attend de lui, parce qu'il se conçoit moins comme un individu que comme un objet, un outil, apprécié aussi longtemps qu'il saura se rendre indispensable. Mais pas au-delà. Sous ses dehors de divertissement calibré pour vendre de la figurine en plastique, la série propose de montrer comment cet archétype de l'otaku prend sa place dans le monde, sans s'en apercevoir, dans la douleur, et comment il finit par remplir ce vide intérieur qui est tout à la fois son baume et son poison, sa geôle et son refuge, par le biais de ce mystérieux « Plan de Complémentarité » à travers lequel il comprend que ces autres, qu'il le veuille ou non, sont partie intégrante de sa personne. Ceux qui dépendent de lui comme ceux dont il dépend. Et tout particulièrement : Rei, qu'il désire protéger, Asuka, qui le pousse à se surpasser, Kaji, qui lui sert de modèle, Misato, qui joue pour lui le rôle qu'il a décidé de jouer pour Rei...

 

C'est ce dilemme du hérisson qui fait aussi de Cloud ce qu'il est quand le joueur prends ses commandes : un individu mutique, sombre, taciturne, appliqué à ne rien dévoiler de ce qu'il ressent, ou à se persuader qu'il ne ressent rien, que rien ne peut l'atteindre - ne peut plus l'atteindre, le cas échéant. Une façade, qui ne laisse aucune prise et derrière laquelle il cache ses traumas, sa honte, sa culpabilité. Il n'est plus ce soldat d'élite raté qui n'a su empêcher ni le massacre des habitants de son village natal, ni le meurtre de sa mère, ni celui du père de la jeune femme qu'il aimait - ni, plus tard, l'exécution de son protecteur par sa faute. Sa vérité, il l'a enfermée au plus profond de son subconscient, au point d'aller s'inventer un passé plus conforme à ses rêves d'enfant (ou plutôt : au point d'aller s'approprier celui de l'homme à qui il doit cette vie nouvelle), doublé d'un grade imaginaire (cette fois, celui de l'homme qu'il admirait et qui lui a tout enlevé). Incapable de faire face à ses démons, il fuit dans le mensonge, dans le combat, dans une vengeance dont il a oublié la vraie nature, sans laisser personne s'approcher de lui ni faire de premier pas, jamais. Sa rencontre avec Aerith, en définitive, c'est la rencontre de Shinji avec Rei : plus qu'une caricature d'histoire d'amour, c'est sa chance, son opportunité à lui de se réconcilier avec le véritable Cloud, de l'absoudre, de le reconstruire en revêtant la cape d'un héros prêt à tout pour protéger celle qui, à ses yeux, n'est qu'innocence et vulnérabilité. Ainsi prouvera-t-il, se prouvera-t-il, qu'il mérite d'être aimé. Qu'il n'est ni le lâche, ni l'usurpateur, ni l'être détestable qu'il voit en lui-même. C'est précisément ici que commence un long et périlleux voyage, abstrait autant que concret, qui l'entraînera au fond du précipice pour mieux lui permettre de renaître à terme, alors qu'il n'avait plus aucun espoir d'y parvenir. Car dans ces conditions, comment le décès dramatique de celle dont il a fait, à tort (car égoïstement), l'instrument de sa guérison aurait-elle pu ne pas précipiter sa perte, ajouter à sa déchéance avec un nom de plus, sur la liste des personnes qui sont mortes par sa faute.

 

Ces considérations posées, sur un plan plus trivial, on ne manquera pas de sourire en se demandant si l'improbable coiffure « hérissonne » qu'il arbore ne symbolise pas, au regard de celles-ci, les failles et les contradictions du personnage...

 

 

 

  

Si Cloud fait d'Aerith le nouveau soleil de son ciel - au risque de s'y brûler les ailes -, sa bonne étoile, celle qui veille sur lui et à qui il devra sa vie neuve, à la fin du périple, c'est l'amie, l'amour d'enfance, Tifa Lockheart, qui l'accompagne comme son ombre, en retrait, sans jamais s'imposer ni jamais s'effacer non plus. Toujours là pour l'encourager, lorsqu'il doute. Toujours là pour l'aider à se relever, lorsqu'il tombe. Toujours là pour le ramener à la raison, lorsqu'il s'apitoie sur son sort. Dévouée à lui, autant qu'il se dévoue à sa rivale de coeur, sans jamais mettre ses sentiments ou ses blessures intimes dans la balance. A la manière d'une Katsuragi Misato, officier supérieur de la Nerv, lorsqu'elle prend la décision de laisser entrer Shinji chez elle - et plus que chez elle, dans son existence -, et qui va devenir pour lui tout à la fois une mère, une grande soeur, une amie, voire... un premier émoi ?

 

Misato, Tifa : même combativité, même énergie communicative, même désinvolture affectée, même distance raisonnable, même force de caractère, même refus de la complaisance. Mais aussi, et peut-être avant tout, même tendance à chercher, sans le savoir, comme Cloud et comme Shinji, son salut dans cet « autre » qui, au fond, ne lui ressemble que trop.

 

 

 

 

 

Qu'il s'agisse de dresser une barrière invisible entre le monde et soi, ou de se servir de ceux qui le peuplent pour fuir ce que l'on est, les solutions ainsi envisagées ne sont que des mirages. Une façon, au contraire, d'entretenir le mal en croyant oeuvrer à sa guérison, au point que les efforts demandés sont toujours toujours plus violents, plus futiles, plus désespérés, et que les satisfactions à court terme annoncent autant de frustrations futures, de manques à satisfaire.

 

Dans Final Fantasy VII autant que dans Evangelion, seul celui ou celle qui fait face peut reconstituer le puzzle de son ego brisé - ce à quoi il ne se résout, la plupart du temps, que contraint et forcé. Car pour cet être meurtri, cela implique de se confronter sciemment à des traumatismes qu'il n'a jusqu'ici pas été capable de surmonter... ce qui, dans les formes, se transforme en chemin de croix au long duquel l'individu part à la rencontre de lui-même, au sens littéral de l'expression, dans des univers chimériques construits à partir de ses souvenirs, de ses fantasmes ou de ses ressentis, et dont il ne peut sortir que plus fort... ou anéanti, physiquement autant que psychologiquement.

 

Plus fort : Shinji, après avoir manqué de fusionner avec l'appareil qu'il pilote et y avoir senti, fugitivement, la présence de sa défunte mère, victime d'un accident similaire en son temps (épisode 20).  

 

Anéantie : Asuka, après que l'Ange Arael se soit infiltré dans son esprit et l'y ait mise à nu,  l'obligeant à revivre ce passé tragique dont elle porte les stigmates en silence (épisode 22).

 

Anéanti, également : Cloud, après une première chute dans le lifestream, incapable de poursuivre une quête en laquelle il ne croit plus, persuadé à tort de n'être qu'une marionnette.

 

Plus forts, enfin : ce même Cloud, et Tifa, après un double rendez-vous onirique avec ce qu'ils étaient jadis (ce qu'ils n'ont jamais cessé d'être), affleurant à l'âme de Gaia par cette résurrection commune.

 

Alors et alors seulement sont-ils en mesure de reprendre les rênes de leur destin, en mesure d'agir pour de bon...  En mesure d'affronter leur adversaire, aussi.

Soit, plus explicitement : de s'ancrer dans l'instant présent et, pour la première fois, d'envisager l'avenir pour ce qu'il est - un infini de possibilités et d'horizons ouverts, offerts, à conquérir. 

 

 

 

 

 

 

Dans les deux oeuvres, « Je » est un autre. La guérison est une aventure intérieure. Les introspections se succèdent au fil des monologues, tantôt muets, tantôt surréalistes, toujours bavards et pourtant, elliptiques, nourris de cauchemars, de doutes, de réminiscences,  d'estime de soi à l'agonie... jusqu'à s'afficher en toutes lettres, blanc sur noir, et remplacer jusqu'au monde et au personnage, réduits à des plaintes et à des vertiges dont seuls les échos habillent encore le néant. 

 

 

On s'y interroge, on s'y interprète, on s'y met en abyme avec candeur, grandiloquence, chacun dans son propre cachot, chacun prisonnier de ses propres chaînes. Si bien que dans les deux oeuvres, pareillement, c'est quand l'autre prend la place de ce « je » narcissique que l'individu accède enfin à la plénitude, qu'il peut renoncer à « se dire » pour se contenter de « se vivre ». Les mots, ensuite, ne sont plus nécessaires. 

 

 

 

 

 

 

 

Jamais auparavant, la famille n'avait occupée une place si prépondérante et si ambiguë au sein d'un Final Fantasy. On y a bien croisé, ça et là, des frères ennemis, des orphelins livrés aux vents de la fortune, des veufs inconsolables, des princes en froid avec leur héritage, mais la plupart du temps, ceux-ci n'étaient que des cas isolés, des procédés stylistiques, des artifices incarnés dans des corps de pixels. Considérations en regard desquelles l'épisode VII marque une rupture : non seulement la famille s'y fait omniprésente, mais c'est paradoxalement par l'absence, subie ou volontaire (voire, parfois, par l'opposition), qu'elle occupe l'espace du récit. Jamais elle n'est ce cocon protecteur ou ce refuge auquel on l'associe spontanément.

 

De la même façon, dans Evangelion, Shinji n'est pas le seul à avoir des comptes à régler avec l'image du père. Misato n'a pas pardonné au sien d'avoir fait passer son travail avant ceux qu'il aimait  - et ceci, bien qu'il soit mort pour la protéger. Asuka doit au sien la folie qui a transformé sa mère en monstre - et la silhouette de cette dernière, inerte, pendue dans le salon, pour noircir un peu plus ses rêves les plus cruels. Ritsuko n'éprouve quant à elle que condescendance et dédain envers celle qui lui a donné le jour,  dont la faiblesse morale l'a toujours dégoûtée. Foyers déchirés, conflictuels, rongés par le deuil, par la frustration, par l'incompréhension, dont on trouve un reflet fidèle une fois la manette à la main.

 

Car dans Final Fantasy VII, comme on l'a écrit en préambule, la famille est partout et nulle part à la fois. A quelques rares exceptions près, elle n'est affaire que de souvenirs, bons ou mauvais. Les parents d'Aerith : abattus par les troupes de la Shinra. Les parents de Tifa : une mère qui meurt quand elle n'a que 8 ans, un père autoritaire, tué lors du massacre de Nibelheim. Les parents de Cloud : un père qui meurt alors qu'il n'est qu'un jeune garçon, une mère aimante, tuée lors du massacre de Nibelheim. Les parents de Marlene : abattus par les troupes de la Shinra. Des cicatrices qui restent douloureuses, malgré les années, quand elles ne démangent pas, quand elles ne conduisent pas à la colère. Celle de Red XIII / Nanaki, convaincu d'avoir été abandonné par ce père qui, au contraire, s'est sacrifié pour lui. Celle de Sephiroth, découvrant qu'il n'est pas de divine ascendance. Ou encore le mépris d'un Rufus Shinra pour ce géniteur qu'il exècre et dont il aurait sans doute commandité l'assassinat, un jour ou l'autre, si les circonstances ne lui avaient pas été tristement favorables. Ou encore, même, la révolte adolescente d'une Yuffie, vis-à-vis de ces traditions qui lui gâchent l'existence, et de ce chef de famille auquel elle ne veut pas ressembler.

 

 

 

 

Ne manque qu'une figure au tableau de ces familles dysfonctionnelles. Une figure emblématique, cela va sans dire : pour Evangelion, ce sera Gendo, père biologique de Shinji et leader de la Nerv, qui va jusqu'à cacher le moindre de ses sourires derrière le rempart de ses gants. Pour Final Fantasy VII, ce sera Hojo, père biologique de Sephiroth et chef de la section « Sciences et Recherche » de la Shinra, qui ne se donne même pas la peine de feindre des émotions.

 

Deux scientifiques aux caractères égotistes, nombrilistes, équivoques, obsessionnels. Deux personnes dépourvues d'intégrité, d'humanité, d'éthique, de compassion. Deux pères qui n'ont jamais témoigné d'amour à leurs fils, traités en étrangers et en rats de laboratoire. Deux veufs dont on se demande s'ils ont aimé ou s'ils ont été aimés un jour. Deux hommes prêts à toutes les trahisons, à toutes les compromissions afin d'atteindre leurs objectifs... et oui, quels objectifs ! 

 

Car alors que le premier ne semble obéir aux ordres de la Seele que pour mieux pouvoir la doubler, le moment venu, et accomplir ce qu'elle tente d'empêcher (ou vice versa ?), le second n'est pas plus loyal envers la Shinra, dont il utilise les moyens pour poursuivre des recherches à la moralité douteuse.

 

Qu'il s'agisse de son fils, du clone de sa défunte épouse, de ses collègues, de ses amis - voire  de l'humanité entière -, Gendo n'a aucun scrupule à manipuler tous ceux qui peuvent lui permettre d'exaucer son voeu : unir ses semblables, devenir un dieu et, ainsi, retrouver la femme sans qui il n'est qu'une moitié d'individu. Pour lui, par lui, Shinji est placé aux commandes de l'EVA 01 et endure mille souffrances, corporelles autant que mentales, devenant tour à tour victime et bourreau malgré lui, sans bientôt plus pouvoir distinguer l'un de l'autre. Pour lui, par lui, le code génétique de sa femme est associé à celui d'une entité d'origine inconnue, afin d'en concevoir des répliques en série.

 

Sephiroth n'est pas en reste, en la matière : il n'est pas encore venu au monde que déjà, son concepteur (aucun substantif ne saurait mieux convenir) mêle son ADN à celui d'une créature extraterrestre qu'il prend à tort pour le dernier représentant d'une espèce supérieure, dans le but avoué de créer un surhomme. Un dieu, une fois de plus. Le premier représentant d'une armée indestructible, qu'il laissera livré à lui-même et aux bons soins de la Shinra - mais dont il épousera la cause, plus tard, quand le but de ce dernier aura rejoint ses propres ambitions.

 

Sans Gendo, pas de Nerv. Sans Hojo, pas de SOLDIER. A chacun sa souillure. Seule différence, mais significative : Gendo, on le découvre trop tard, n'agit que par amour. Du moins, par l'idée faussée qu'il s'en fait. Il n'a abandonné Shinji que pour le protéger - cherche-t-il à se persuader -, et ce sont ses sentiments pour Yui qui guident ses actes, là où son homologue n'est mû que par la curiosité scientifique. Laquelle, bien évidemment, finit par entraîner sa perte. Et sur ce plan comme sur tant d'autres, tous deux sont logés à la même enseigne.

 

 

 

 

 Impossible d'évoquer Gendo et Hojo sans évoquer, en prolongement, leurs pendants féminins, la lumière dans leurs ombres : Ikari Yui, Lucrecia Crescent, deux personnages exceptionnels, deux scientifiques de renom au centre d'un triangle amoureux auquel elles mettent un terme en choisissant, l'une comme l'autre, le mauvais garçon plutôt que le bon, pour le meilleur et pour le pire. L'une par amour. L'autre, par culpabilité. Toujours est-il que c'est de leur plein gré qu'elles serviront de cobayes pour leurs estimés partenaires.

 

C'est ainsi que Yui disparaîtra, corps et âme, dans le cockpit de l'Eva 01, lors d'une expérience de contact prématurée, en laissant derrière elle fils et mari, incapables de communiquer, de vivre ensemble - avec le poids du monde sur leurs épaules, et aucune raison de le supporter.

 

C'est ainsi que Lucrecia donnera naissance à l'enfant par lequel tout arrive, cet ange qui ne tarde pas à succomber au démon qui l'habite et qui va oeuvrer à détruire le monde pour devenir un dieu. Fatalité génétique à laquelle sa mère biologique aurait, peut-être, pu s'opposer, si elle était restée à ses côtés. Mais quand Vincent, son garde du corps et véritable amour, est mortellement blessé par son époux, ses péchés la rattrapent, son reflet lui devient insupportable : elle veut mourir, mais elle ne le peut pas. Les cellules de Jenova qui lui ont été injectées au cours de sa grossesse ne le lui permettent plus ; en conséquence de quoi disparaît-elle de son propre gré, s'enfermant pour l'éternité dans une gangue d'énergie Mako pour y expier ses fautes. Laissant, hélas, à l'instar de Yui, son fils grandir loin de sa bienveillance, pour le résultat que l'on sait.

 

 

 

 

Au-delà de ces prestigieux jeux de miroir, on pourra encore trouver de réjouissantes similitudes entre Asuka, la jeune prodige de Tokyo 3, et Yuffie, la fille chérie du Wutai, égales en arrogance, excès et débordements infantiles. Toutes deux tenues à l'excellence par leurs histoires personnelles respectives, elles partagent un goût similaire pour les titres honorifiques (réels ou imaginaires - n'hésitant pas à s'en inventer à l'envi), ainsi qu'une confiance en elles similaire, jusque dans son caractère factice. 

 

De Kaji, l'agent triple et tombeur de ces dames, Cid conserve le magnétisme animal, la nonchalance virile et la désinvolture adulescente, tous deux aussi peu soucieux des apparences que de la correction de leur langage. Mais c'est surtout dans leurs histoires d'amour entre parenthèses, et les innombrables actes manqués qui vont de paire, que ces deux bad boys se rejoignent à la croisée des temps perdus. L'un est repoussé sans relâche pour de mauvaises raisons (l'image d'un père absent, toujours). L'autre repousse sans guère plus de légitimité. Mais pour l'un comme pour l'autre, les événements seront le vecteur du pardon, de la réconciliation et de la seconde chance.

 

Clin d'oeil, enfin, sur un plan de pure forme : Cait Sith, qui apporte au jeu sa touche décalée façon Pen-Pen, le mystérieux pingouin d'eau chaude logé dans le frigo de Misato. Une mascotte 100% kawaii dont il adopte le gabarit comme les couleurs : du noir et du blanc pour un corps hérité de l'épisode VI, du jaune flamboyant pour la couronne, du rouge vermillon pour la cape, rappelant respectivement le bec et les sourcils de son probable inspirateur.

 

 

 

  

On le sait ou on le devine (pour peu qu'on ne soit pas familier de l'oeuvre), l'architecture narrative d'Evangelion fait la part belle à un ressort scénaristique classique, certes, mais qui a fait ses preuves. En l'occurrence : une toile de fond aux mailles inextricables faite d'organismes aux dénominations absconses, de références sibyllines, de conspirations en poupées gigognes, d'intérêts divergents, de secrets sinistres, de buts effroyables ou d'imprévisibles trahisons. Panorama paranoïaque dans le décryptage duquel le spectateur va se perdre avec délices, recherchant pistes, indices ou preuves selon l'avancée de ses théories.

 

Nerv, Gehirn, Seele : autant de silhouettes informes, indistinctes, menaçantes, dont on sait qu'elles tirent ou ont tiré leurs propres ficelles, sans qu'on sache dans quel but ni pour quel résultat. Et au sein de celles-ci, bien sûr : des individus aux motivations troubles, aux identités floues, aux jeux de dupe à de multiples niveaux et aux intérêts à tiroir. Keele, Gendo, Kaji et tous les autres : bien malin serait celui qui pourrait se prononcer sur qui sert qui, et pourquoi, avant l'accès aux révélations finales.

 

Ce qu'on retrouve, dans une mesure moindre, à l'arrière-plan d'un Final Fantasy VII qui, de son côté, n'est pas avare en Shinra, en Turks, en sous-divisions et départements occultes, au sein desquelles les collusions et les rivalités semblent être monnaie courante, et où les traîtres ne sont pas nécessairement ceux qu'on croit. Qui, par exemple, aurait parié sur Reeve en début de partie ?

 

Nerv ou Shinra, les logotypes eux-mêmes présentent d'ailleurs de troublants points communs, dès lors qu'on s'y attarde : dominance du rouge et du noir, importance de la diagonale dans la composition, acronymes courts, construits autour d'une voyelle identique...  Autant de coïncidences qui, aussi bien, n'en sont pas.  

 

 

 

 

 

Il est arrivé à maintes reprises, au cours de l'histoire des Final Fantasy, que leurs concepteurs puisent dans des substrats culturels étrangers pour en tirer des noms de villes ou de protagonistes (ainsi, inévitablement, que pour grossir les rangs de ses bestiaires), sans que cela n'ait de signification pour autant. A titre d'exemple, les mots Midgar ou Nibelheim renvoient tous deux aux Eddas de la mythologie Nordique et contribuent à installer, pour les fins connaisseurs, un climat de Ragna Rok (comprendre : de fin de monde) dès les premières minutes de jeu.

 

Mais entre tous, c'est le terme Sephiroth qui attire l'attention de par la récurrence de ce symbole mystique dans la série d'Anno, laquelle a grandement contribué à le faire connaître du public des non-initiés. Présent dès les premières secondes du générique d'introduction, l'Arbre de Vie de la Kabbale (ou arbre des Sephiroth) s'affiche au sol et au plafond du bureau de Gendo, au coeur du Geofront... quand il ne se dessine pas dans le ciel en caractères ardents.

 

A l'extrémité de chaque branche de ce qui est souvent considéré, aussi, comme un chemin, bourgeonne l'une des dix Sephiroth censées représenter un attribut divin, mais si les interprétations de l'ensemble restent multiples, c'est sur l'une d'elle qu'il convient ici de nous attarder. En l'occurrence : celle qui veut que cet arbre trace la voie par laquelle l'homme peut atteindre la transcendance, le plus haut degré de la spiritualité. En d'autres termes : « devenir plus qu'humain », ce qui correspond plutôt bien au personnage éponyme.

 

En prolongement, il est possible, cela n'aura échappé à personne, d'entendre en «Jenova » une retranscription volontairement imparfaite de « Jehovah », le nom (hébreu, encore) du Dieu unique, dont elle est pourtant l'antithèse. Quel sens donner à cet emprunt, alors ? Aucun. Ou simplement une hypothèse, qui vaudra ce qu'elle vaut : celle d'une opposition conceptuelle un rien naïve entre un monothéisme peint comme dévastateur et un panthéisme « naturel », plus en accord avec l'essence du monde. Ce qui, du reste, se ferait l'écho du militantisme écologique servant de noyau à cet épisode.

 

 

 

  

On ne s'étonnera pas de choix aux connotations si ésotériques. Dans Final Fantasy VII comme dans Evangelion, ce sont les origines de l'espèce humaine que l'on questionne à mots couverts,  et ce sont vers ces origines que l'on retourne, pas à pas, au fil des rebondissements, des hypothèses, des révélations, de tous les sous-entendus et toutes les contradictions qui mènent de l'un à l'autre.

 

L'homme est-il né de cet Adam gigantesque, venu d'ailleurs, dont il ne subsiste qu'un embryon mal en point ? Ou bien de Lilith, son premier enfant ? Et que sont-ils tous deux, eux qui étaient jadis à notre image, et qui ont traversé l'espace pour ensemencer cette planète que nous avons fait nôtre ?

 

Descend-il des Cetra, cette énigmatique civilisation issue de Gaia, que la venue de Jenova a presque entièrement réduite à néant ? Ou bien n'est-il qu'une nouvelle espèce parmi d'autres ?

 

Des questions que ces deux oeuvres posent, autour desquelles elles s'articulent mais auxquelles elles ne répondent pas. Ou, en tout cas, jamais explicitement, de manière à laisser de son charme au mystère et à permettre au public, s'il le désire, de prolonger ce questionnement hors de son cadre formel, de se l'approprier, voire... d'y trouver un reflet des siens et d'en faire, par-là même, un trait d'union inattendu entre fiction et réalité.

 

 

 

 

 

Géants surgis des entrailles de Gaia pour servir de dernier rempart entre elle et l'anéantissement, les Armes ont cela de commun avec les Anges d'Evangelion (ou, du moins, la plupart d'entre eux) leur gigantisme, l'incompréhensible diversité de leurs apparences, leur intelligence « différente », leur formidable puissance de destruction et leur marche implacable vers ce qu'ils identifient comme « leur but ».

 

Pour les Anges, ce sera retourner vers Adam et provoquer la fin d'une humanité qui n'était pas censée exister, afin de rendre à la planète sa pureté biologique originelle et permettre à ce même Adam, peut-être, d'ensemencer celle-ci comme il était prévu.

 

Pour les Armes, il s'agira de mettre un terme à toute agression subie par Gaia, dont elles constituent le système immunitaire, afin de rétablir l'équilibre au sein du lifestream et de préserver le cycle de la vie. Raison pour laquelle ces créatures titanesques, initialement conçues pour combattre Jenova, se retournent contre l'espèce humaine dont la soif d'énergie Mako apparaît tout aussi dangereuse.

 

Et comme les Anges, nés d'Adam, sont les cousins de l'homme, né de Lilith, Armes et humains sont nés du même lifestream et sont donc liés par nature.

 

Quant au coeur des Anges, la koa (core), sphère écarlate dont ils tirent leurs pouvoirs et où est enchâssée leur âme, quatre Armes en arborent une copie conforme. Ce qui ne manquera pas d'évoquer, à une autre échelle, les Materia, ces cristaux d'énergie renfermant une partie de l'âme de la planète et qui octroient à leurs bienheureux possesseurs des facultés hors du commun.

 

 

 

  

Evangelion, Final Fantasy VII, deux trames distinctes, deux crises à l'échelle planétaire, mais un seul déclencheur par lequel tout arrive : une simple, mais regrettable méprise, dont les implications et répercutions excèdent les limites de l'entendement humain.

 

Méprise des Anges, convaincus que c'est la présence d'Adam, qu'ils ressentent, au coeur du Terminal Dogma, ce qui les pousse à attaquer ce dernier sans relâche.

 

Méprise de la Shinra, convaincue que le corps découvert dans le cratère du Nord est celui d'un Cetra, et qu'elle pourra l'utiliser pour créer des surhommes.

 

Dans un cas comme dans l'autre, les apparences sont trompeuses, comme le découvre Kaoru/Tabris avec amertume, à la fin de l'épisode 24 : ce colosse empalé, crucifié, estropié, qui a servi de base à l'élaboration de l'EVA 01 et dont la blessure ne cesse de suinter du LCL (celui-là même que la Nerv utilise pour synchroniser ses pilotes avec ses monstres) n'est pas Adam, mais Lilith, sa première fille qui, plusieurs millions d'années plus tôt, a percuté la terre par accident et y a donné naissance, de sa propre initiative, au 18ème Ange, Lilim, l'Humanité. Cette Lilith que les textes sacrés présentent comme la première femme, avant Eve, bannie des cieux pour avoir refusé de se soumettre à l'autorité de son compagnon et dont on dit qu'elle a, ensuite, engendré les démons qui peuplent l'Enfer.

 

Des démons, Jenova n'en a enfanté qu'un seul, mais il amène l'Enfer partout où ses pas le conduisent. Arrivée sur Gaia quelques deux mille années plus tôt (le nombre n'a rien d'anodin), cette entité vagabonde décide de se l'approprier et d'en faire le vaisseau qui la mènera vers d'autres terres de conquête. Vaincue in extremis par ses dernières victimes, elle est ensevelie et oubliée... jusqu'à ce que ses restes mutilés soient exhumés, puis conservés par la Shinra, qui se sert de son ADN pour créer le corps d'élite du SOLDIER.

 

Lilith, Jenova : deux créatures extraterrestres que le hasard à conduit l'une sur terre, l'autre sur Gaia, deux démiurges (tels que la Gnose le conçoit), deux mensonges de divinité, deux mères contre-natures réveillées par l'espèce humaine dont elles vont, chacune à leur manière, précipiter la fin ( ?).

 

 

 

 

 

 

 

Assaut sur Tokyo 3. Alors que les protections du Geofront sont percées les unes après les autres, que tous les voyants d'alarme virent au rouge et qu'aucune arme, aussi perfectionnée soit-elle, ne semble capable d'ouvrir une brèche dans le bouclier de l'envahisseur, le danger contraint Misato à jouer notre survie sur un coup de poker (épisode 6) : l'opération Yashima (qui inspirera plus tard d'autres opérations éponymes, mais cette fois bien réelles). Sa dernière carte ? L'Eva 01, armée d'un canon à positron expérimental, et toute l'électricité du Japon, canalisée, concentrée en un tir dévastateur - deux tout au plus.

 

Situation désespérée qui n'est pas sans rappeler celle que connaît Midgar lorsque l'Arme de Diamant s'arrache à l'océan, et qu'elle se dirige vers ses réacteurs Mako pour mettre un terme à ce pillage en règle. Rufus Shinra n'a alors d'autre choix que de transférer toute l'énergie de la cité dans le Sister Ray, canon géant développé sur le site de Junon mais rapatrié dans l'urgence vers le siège principal de l'organisation. Un seul tir à peine puissance, c'est tout ce que l'arme sera susceptible de supporter, ce qui suffira cependant à abattre l'adversaire et à atteindre l'objectif initial : dissiper le champ de force qui entoure le cratère du Nord, où Sephiroth attend son heure.

 

Reste en persistance rétinienne l'image surréaliste de deux mégalopoles plongées dans des ténèbres qui n'auraient jamais dû ne serait-ce que les effleurer.

 

 

 

 

Devoir y renoncer. Peut-on imaginer plus cruelle façon de réaliser que l'on possède une âme  quand on a cru, sa vie durant, n'être qu'un contenant dépourvu de contenu, une mécanique de chair impersonnelle, artificielle, dénuée de valeur ? Mais peut-on imaginer façon plus objective de prouver l'existence de cette étincelle intérieure, que de la sacrifier pour une cause ou un être cher qui nous sont plus précieux encore ?

 

C'est en tout cas ce que fera Rei, à l'issue du combat qui l'oppose à Armisael (épisode 23) et alors qu'elle vient d'ouvrir les yeux sur ce qu'elle est devenue, sans s'en rendre compte, en fréquentant Shinji. Loin du clone qu'elle est par nature ou de l'outil qu'elle s'applique à être par devoir : une personne authentique, dotée de sa sensibilité, de sa persona, de son libre arbitre. Une jeune fille qui, comme toutes ses camarades, ressent, rêve, aime, tremble, pleure, et dont la survie est conditionnée par le désir plutôt que par l'instinct. Avant tout : un bourgeon de femme, prête à mourir pour permettre à celui qu'elle aime d'échapper à un sort funeste. En conséquence de quoi n'a-t-elle pas d'autre choix que de s'auto-détruire avec l'unité qu'elle pilote, remportant l'affrontement au prix de ce qu'elle venait de se découvrir. Acte d'autant plus douloureux pour le spectateur qu'elle est aussitôt remplacée par une nouvelle poupée, aussi vide et indifférente qu'elle pouvait l'être elle-même à l'arrivée du 3rd Children. Seul subsiste l'accessoire, l'apparence, l'illusion. Rei a beau exister en dizaine d'exemplaires, elle n'est plus qu'un souvenir dans le coeur de ceux qui l'ont côtoyée.

 

Des souvenirs, c'est aussi ce que Cait Sith laissera derrière lui, après avoir accompli cette mission-suicide pour laquelle il s'est porté volontaire. Extraire la materia noire du Temple des Anciens sonnera le glas de celui ou celle qui s'y risque. Une tâche sur mesure, pour un pantin au coeur de métal et à la chair de tissu : il suffirait d'un ordre, un seul, donné à distance, et pourtant... Pourtant, cette décision lui appartient. Car s'il aurait dû n'être qu'un matricule sur une chaîne de montage, rien qu'un gadget sophistiqué, ses pérégrinations aux côtés de ceux qui, petit à petit, lui ont enseigné la bravoure ont contribué à le transformer, à le réveiller, à lui façonner une identité, unique, précieuse, indépendante de celle qui le contrôle. Un autre modèle prendra sa place, ensuite, annonce-t-il avec détachement : aucune raison d'être attristé par sa disparition. Mais en ce cas, pourquoi les adieux s'avèrent-ils si déchirants, et pourquoi insiste-t-il pour pouvoir, une dernière fois, tirer les cartes à ses compagnons de fortune ? L'arrivée de son substitut confirme ce que le joueur pressentait, et redoutait en proportion : il s'agit bien du même Cait Sith, jusque dans la couronne ou dans les facéties clownesques. Et pourtant, non, ce n'est plus Cait Sith - comme la Rei de remplacement n'est plus Rei.

 

Ce qui, en filigrane, revient à proposer une égale définition de l'identité : non pas comme produit d'un code génétique ou d'une donnée innée, écrite ou immuable mais a contrario, un ensemble de potentialités en constante évolution, une architecture intérieure complexe qui se construit, se matérialise au contact d'autrui. Autrui sans lequel, par conséquent, nous n'existons pas.

 

 

 

 

 

Difficile, en assistant au Third Impact qui clôt Evangelion - cette fin de monde par lesquelles les consciences humaines fusionnent à travers Lilith pour ne faire plus qu'une -, de ne pas penser à la Reunion souhaitée par Sephiroth, ou aux dernières minutes du dénouement cinématique, ne serait-ce que par le choix des couleurs utilisées et le contraste qui en découle : un rouge brasier, crépusculaire, opposé à l'éclat d'un vert luminescent, porteur d'espoir. Mêmes prémices, même aboutissement. La fin, le renouveau. La nécessaire transition entre l'un et l'autre. Et tandis que dans la série d'Anno, l'humanité accède au salut en redevenant ce Tout qu'elle n'a jamais véritablement cessé d'être, c'est ce même Tout, cette « Terre Promise » (nouvelle référence religieuse, nouvelle passerelle) guidée par l'esprit d'Aerith, qui permet aux effets de la materia blanche de faire obstacle au météore invoqué par Sephiroth. Qu'importe, au bout du compte, si Final Fantasy va plus loin qu'Evangelion en intégrant tant les animaux que les végétaux dans l'équation de cet ensemble vital : dans les deux oeuvres, c'est au moment où les parties retrouvent le lien qui les unit par-delà la matière, et où elles communient par-delà les individualismes qu'elles accèdent à la possibilité d'un avenir radieux. Dont elles se font, ainsi, les premiers artisans.

 

 

 

 

 

 

 

Alors que les deux derniers épisodes d'Evangelion rompent le fil de la narration en imposant au spectateur une ellipse radicale en forme de puzzle à reconstituer, laissant planer le doute sur le sens de cette fin qui aura fait couler tant d'encre, Final Fantasy VII ne peut qu'opter pour une conclusion plus conventionnelle, plus respectueuses des attentes de ses joueurs. Pour autant, il se garde bien de leur proposer le traditionnel happy ending de rigueur, et ne va pas sans poser son lot de questions. Car si l'on sait que grâce aux efforts conjugués des protagonistes, de la rivière de la vie, de la materia blanche et d'Aerith, la catastrophe a pu être évitée, on ignore tout du prix de cette victoire. L'ultime séquence présente la ville de Midgar en ruines, plusieurs siècles en aval, mais à l'exception d'un Red XIII encore vert pour son âge et de sa juvénile progéniture ( ?), rien ne permet de deviner avec exactitude comment le rideau est tombé. L'humanité a-t-elle survécu à la chute du météore, ou seule la planète a-t-elle été préservée ? L'état de la cité est-il dû au passage du temps, ou au cataclysme ? Le peuple de Nanaki a-t-il remplacé le nôtre à la surface de Gaia ? Et qu'est-il advenu de ceux qui se sont battus en son nom ? Chacun est libre d'imaginer la fin qu'il préférera ou qui lui semblera la plus sensée. Ou de s'interroger sans... fin. Sûrement est-ce d'ailleurs là l'une des grandes forces de ce dénouement ouvert qui, lui aussi, s'achève sur un nouveau départ. S'achève sans s'achever, en somme.

 

 

 

 

Evangelion, Final Fantasy VII, une seule et même histoire...  Canular ou réalité ? C'est à la marge du Gold Saucer qu'est détenue la clé de cette double lecture. Et plus précisément : dans le musée personnel de Dio, où l'observateur attentif aura tôt fait de repérer, au fond à droite, un scaphandre ressemblant à s'y méprendre à la combinaison portée par l'Eva 02 pour affronter l'Ange Sandalphon (épisode 10). Et si, en effet, rien ne ressemble plus à un scaphandre qu'un autre scaphandre, la mention « D Type Equipement » ne laisse pas de place à la controverse : c'est au mot près celle qu'on peut lire sur le prototype de la Nerv, et l'élément objectif dont nous avions besoin pour entériner ce qui précède.

 

 

 

 

 *

 

 

 

 

Faut-il ne voir en Final Fantasy VII qu'un plagiat, dans ces conditions ? Une escroquerie, et rien de plus ?  

 

Ce serait faire bien peu de cas du colossal travail de réécriture auquel cet ingénieux copié-collé a donné lieu, car si se fendre d'un scénario original demande plus de talent qu'on ne se l'imagine, il en faut autant, si ce n'est plus, pour s'approprier de la sorte un matériau si populaire, sans que le public ne se sente lésé ni n'ait conscience du procédé.

 

Ce serait oublier un peu vite, de la même façon, tout ce que les scénaristes ont pu apporter de personnel à ces emprunts : tous les ajouts, les prolongements, les à-côtés qui donnent son relief à cette aventure. On ne manquera pas de mentionner, notamment, la richesse du background des personnages, ainsi que l'intelligence narrative avec laquelle celle-ci est exploitée - jusqu'à ce Cloud Strife qui relève du tour de force, de par l'habileté avec laquelle il évite l'écueil du héros amnésique, dont il conserve pourtant les principaux attraits. On saluera aussi le souffle épique de cette transposition dans un cadre fantastique plus libre, plus vaste, plus exotique, affranchi des contraintes formelles de notre réalité : rebondissements feuilletonesques, légèreté de ton, humour, apartés romanesques, petits moments de grâce ne viennent que renforcer encore la gravité des instants dramatiques... Et comment ne pas louer le coup de génie de ce prologue anxiogène en vase clôt, quand les horizons s'ouvrent après une course de moto échevelée ? Autant de qualités (et tellement plus encore !) qui sont propres à ce titre exceptionnel et sont à imputer au crédit de ses créateurs. Lesquels, non content d'offrir à la saga l'un de ses épisodes les plus flamboyants, rendent également un bel hommage vidéoludique à leur inspirateur. C'est plus que n'en a jamais fait BanDai, l'éditeur officiel de la licence, qui la cantonne depuis quinze ans aux visual novels, au Pachinko et aux jeux d'action 3D au rabais.

 

Un comble. 

 

 

 *

 

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Commentaires

Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees

Il était en favori depuis tout ce temps.

 

 

Chapeau. :)

M'est avis que tu as dû battre un record du net. J'en mettrais ma main à couper.

Enfin, peut-être pas toute entière... mais un pouce, au moins !

koforever
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koforever
Il était en favori depuis tout ce temps.
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees

J ai enfin lu ton article ( il etait temps ) et j ai bien aime . Merci .

 

Merci à toi d'avoir pris le temps de repasser par-là et de lire ce pavé, dans lequel je me suis beaucoup investi !

 

ça fait plaisir de voir que certains ici se souviennent de mon blog. :)

koforever
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koforever
J ai enfin lu ton article ( il etait temps ) et j ai bien aime . Merci .
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
Oui, ça s'intercale entre l'épisode 24 et le 25, pour combler les trous, et ça n'a d'ailleurs de sens que visionné ainsi. Mais bon. Vu que c'est un film de commande et qu'Anno ne voulait pas le faire, pas sûr qu'il ait vraiment donné le meilleur de lui-même, pour le coup. Sauf en terme de f*utage de tronche, domaine dans lequel ledit film confine au grandiose...
Pedrof
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Pedrof

Perso j'ai pas plus compris avec The End. En fait on te donne la fin "factuelle" du récit, dont on t'a privé dans la série. Ou alors ce qui se passe avant la toute fin (les deux derniers épisodes de la série). M'enfin me demandez pas...

Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
Excellent résumé, Strife. Si j'avais été toi, j'aurais plus insisté sur le fan-service quand même, mais globalement, on lit ton commentaire, on n'a plus besoin de voir cette purg... ce film. :lol:

@Zinzolin : le seul mérite du film en question, à une ou deux (maximum !) séquence sympa près, c'est de fournir des réponses. Certes, de fournir mal des réponses stupides, mais hé, on ne peut pas tout avoir. En l'occurrence, le mieux qu'on ait à attendre de cette purg... ce film, c'est un sentiment de malaise diffus comme on peut en ressentir au visionnage de certains pornos (oui non, moi, je sais pas, hein, mais on m'a raconté ! :ninja: B) ).
Zinzolin
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Zinzolin

Comment vous me donnez envie. xD

 

Nan, mais je veux voir ça de mes propres yeux. Puis on passera à Rebuild of Evangelion.

Strife
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Strife
@Zinzolin: Un bref résumé de The End: FAN SERVICE FAN SERVICE GIGANTIC SPACE BOOBIES FAN SERVICE HUGE NONSENSICAL BATTLE FAN SERVICE EVERYONE DIES BUT IT'S OK CAUSE SHINJI IS JESUS FAN SERVICE THE END
Pedrof
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Pedrof

Hum... J'ai commencé la lecture puisque je viens de finir la série Evangelion... mais... Il semblerait que je doive trouver et regarder The End of Evangelion pour tout comprendre.

 

N'espère pas trop quand même !

Zinzolin
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Zinzolin
Hum... J'ai commencé la lecture puisque je viens de finir la série Evangelion... mais... Il semblerait que je doive trouver et regarder The End of Evangelion pour tout comprendre.
Chrisleroux
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Chrisleroux
Sérieusement, je suis sur le cul.

Je te préviens je suis en train de le faire tourner en MP à des gens autre part.
Vais encore me faire engueuler d'envoyer des trucs à 01h du mat' passé :lol:

Du beau très très très beau boulot Liehd.

:japh:
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
Un grand merci !
Vu le travail qu'il m'a demandé, je suis heureux de voir qu'il est encore lu, même des mois après avoir été posté.
C'est vraiment motivant.

J'en profite pour le signaler, vu que j'ai oublier d'updater les liens... dans le même genre, il y aussi : http://www.gameblog....entre-les-ligne
psykomatik
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psykomatik
Un article extraordinaire !
Yaden
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Yaden
Non seulement ton dossier m'a motivé à regarder Evangelion (un parallèle avec mon jeu ultime, ça ne peut être qu' un super anime !) mais en plus il s'avère lui-même excellent ! Alors même que j'ai regardé la série en ayant en tête ta comparaison, je n'ai pas relevé tout ce qui est présent ici (ce qui tend à prouver que FF7 n'en est pas qu'un vulgaire copié-collé).

J'ai adoré Evangelion, et je vais sûrement regarder les films (même si je n'ai rien compris sur leur scénario, si ce sont des réécritures, des remakes, des versions Director's Cut...) et je suis curieux de voir ce nouvel éclairage sur FF7 lors de ma prochaine partie de FF7 (je finis toujours par en faire une, au moins tous les ans :P)

Bref, bravo, et merci.
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
Il faut dire, à ma décharge, que je n'ai toujours pas vu le 3.33. Peut-être ce long week-end sera-t-il l'occasion d'y palier ?
J'espère bien, mais je sais aussi que le temps file à toute allure...

Pour The End of, il me semble qu'en plus du reste, Anno était obligé de le réaliser par les financeurs, ce qui lui a rendu la chose encore plus douloureuse. Et comme l'écrit KingTeddy ailleurs, finalement, The End of, on peut l'interpréter comme un doigt d'honneur au public...
-Dan-
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-Dan-
Aucun problème ! Prends ton temps ;)
Celimbrimbor
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Celimbrimbor
Aaaah ! Ok ,très bien. Merci !

Celim.
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
@Celim :

Normal, je n'ai ajouté que ça. :lol:
Désolé de t'avoir fait perdre ton temps, j'ai dû mal m'exprimer en statut.


@Dan :

Houlàààà, mais c'est que j'ai presque oublié de te répondre ! O_______O Promis, je reviens vite !
Celimbrimbor
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Celimbrimbor
J'ai cherché ce que tu avais ajouté, je pense être passé trop vite, je n'ai vu que les détails triviaux que tu as affiché en statut, déjà.

Celim.
-Dan-
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-Dan-
Je regarderais cette série que tu m'offres là :P

Concernant la 3.33, pour finir de te convaincre (je suis maléfique), imagine que l'auteur te regarde et te dise : "Ecoute, eh bah, tout ce que tu as vu, tout ce que tu crois savoir... eh bah, je vais te faire douter de tout cela!"
Et c'est là, ou j'ai été frappé par le 3.33. Je suis resté scotché par le "Mince ! Mais c'est quoi ce bordel!" ! Et franchement, c'est plutôt ce qu'on retrouver avec la série de base (sans l'atteindre) puisqu'on retrouve cette sensation de lenteur, de profondeur, même parfois cette volonté de l'auteur de te faire comprendre que tu ne sais rien, que tu ne sauras pas grand chose et que tu dois t'en contenter. Et franchement, c'est plus qu'agréable.
Même si on ressent une très grande frustration !
Et puis graphiquement c'est quelque chose. Même si le design global me parait... "Etrange".
Enfin, tu verras bien. :P

Concernant The End of Evangelion, je le vois (tristement) comme le symbole même de "l'obligation de contenter le fan". Et généralement, quand l'auteur, qui a sa vision de l'oeuvre, qui est l'âme créatrice de l'oeuvre, commence à écouter les fans, c'est le début de la fin.
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
@Dan :

C’est exactement ça, en ce qui concerne the End of Evangelion. « Quelque chose cloche ». ça frappe dès les premières minutes. J’ai eu l’impression d’un miroir inversé, d’une caricature, comme si l’auteur avait jeté aux orties tout ce qui faisait l’intérêt de la série, la finesse, la profondeur, la complexité, et tout axé sur les aspects anecdotiques et superficiels : les robots, le sexe, les références religieuses faciles, le WTF gratuit. Comme si, poussé dans ses retranchements par les fans, il s’était appliqué à leur donner ce qu’ils voulaient : du fan service, et rien de plus. Un auto-sabordage de son travail. C’est en tout cas ce que j’espère car à une ou deux séquences touchées par la grâce, il n’y a rien à sauver, hélas. Et pourtant, je suis curieux de voir la Director’s cut. Je vais juste attendre qu’elle baisse un peu parce que je ne suis quand même pas prêt à y mettre 40 euros.

Au sujet des Rebuild, le moins que l’on puisse dire, c’est que tu as su me vendre le 3.33. Moi qui avais l’intention d’attendre stoïquement une sortie DVD, mais qui ait le lien dans ma boîte à MP… Raaaah, le dilemme s’annonce… Evangelionesque. :lol: Je vais avoir besoin d’un plan de complémentarité pour y voir plus clair, tiens. ;) Perdre mes repères, j’adore ça. Etre surpris, dérouté, mis en déroute… du moment que c’est bien fait. Par exemple, je n’ai pas accroché à Serial Experiment Lain, curieusement. Alors que Mawaru Penguindrum m’a rapidement conquis. Et tant que j’y suis à citer, à toi aussi, je conseille Noein, si tu n’as pas vu. Pour moi, la meilleure série animée de tous les temps, rien de moins. Et pour détrôner Evangelion à mes yeux, il fallait du niveau !

Et s'il faut te convaincre, en bonus, un amv que je trouve magnifique. Bon, il spoile un peu, mais si tu ne le visionnes qu'une fois, tu ne devrais pas y perdre, loin s'en faut.






@CyberNemrod :

:lol:
Je me disais bien que ce pseudonyme mystérieux ne m’était pas inconnu… :D
On s’est effectivement déjà croisé dans un tout autre contexte, celui d’une autre œuvre de génie, au moins sur le plan graphique… En plein grand écart : la gaudriole d’un côté, le sérieux de l’autre. Je suis d’autant plus ravi d’avoir réussi à retenir ton attention dans ces deux registres très différents (c’est peu de le dire). Il faut dire que Gameblog m’a fait un joli cadeau en postant en Home ces deux textes à si peu de temps d’intervalle. Avec, finalement, très peu de commentaires négatifs.
Un double merci à toi, donc.
J’espère que d’ici peu, je pourrais compter sur un troisième commentaire de ta part. Reste aux aguets. Pour mon prochain « vrai » billet, je remets le couvert avec du Final Fantasy et si ce ne sera pas aussi marquant, ça pourra peut-être t’intéresser. Il ne me reste plus qu’à trouver le temps de l’écrire et ça, c’est pas gagné.
Ça te laisse le temps de replonger dans Evangelion et FFVII, donc. ;) Au risque de me répéter, tu ne le regretteras pas. Et si tu n’as pas vu les Rebuild, c’est, je pense, un excellent début. :)
CyberNemrod
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CyberNemrod
@Le gamer aux mains carrées:

Merci beaucoup pour cette réponse très complète, qui achève de me convaincre du fait que rejouer à FF7 et revisionner Evangelion devra figurer sur ma prochaine liste de bonnes résolutions.

Effectivement je poste peu.

Parmi mes 6 derniers messages en six mois, j'avais commenté un certain texte hilarant à propos d'un fameux auteur de manga japono helleno shoneno chevalleresque...

Je n'avais pas de suite fait le lien entre les deux textes, au vu de l'éloignement des sujets abordés...puis la qualité et le sérieux de l'écriture m'ont poussé à vérifier: purée, effectivement les deux textes ont été écrits le même gamer aux mains carrées.

On ne pourra pas dire que je ne suis pas cohérent quant à mes choix de posts!

Encore bien joué, l'ami!
-Dan-
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-Dan-
Ah mais on va continuer à commenter alors ! :D
Pour le côté merchandising, je n'ai jamais été très porté sur Evangelion (pourtant ayant été fou amoureux d'Asuka, j'aurai pu) mais sur FF7, c'est quelque chose qui a véritablement touché mon expérience et c'est pour cela que je suis assez critique avec eux.
J'ai eu un peu le même sentiment lorsque j'ai vu The End Of Evangelion, ou j'ai eu l'impression que quelque chose clochait, dans le sens ou j'ai vu l'oeuvre originelle (critiquable, évidemment) être dénaturée. Comme si l'évolution que l'on me proposait n'était pas "naturelle".
Et je partage ton sentiment lorsque tu parles des Rebuild. J'avais une double vision : pressé de voir les nouveaux effets graphiques, le retravail stylistique de la série, tout cela me donnait énormément envie. Et pourtant, j'avais une certaine appréhension à l'idée de voir l'oeuvre originale, l'histoire, l'idée et la volonté de l'auteur être dénaturée par ce remake.
Eh bien, si tu aimes être perdu, je pense que le 3.33 va être un véritable régal pour toi. Je l'ai regardé plusieurs fois, j'ai ralé devant l'incroyable sensation de perte de repère, et puis j'ai finis par aimé.
Anno nous travail de plus en plus. Il joue avec nous. Et dans le dernier c'est clairement ça. A tel point que tu en viens à remettre en cause tes jugements sur les personnages en fonction du point de vue que tu adoptes. C'est assez perturbant. Vraiment, au début, je suis resté sans voix en me disant : "Mais c'est quoi ce foutoir..." et pourtant, à la fin je me suis simplement réveillé et j'ai constaté que je n'avais pas cligné des yeux une seule fois en 1h35... Magistral. Mais tellement perturbant. Tellement déroutant.
Vraiment le 3.33 te donne l'impression de jouer avec toi.
Je pense que tu vas apprécier.
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
@Dan :

C’est très bien vu, ça : le merchandising est un autre point commun significatif entre Evangelion et FFVII. Sur un autre plan, certes, mais il n’empêche : tous deux ont soufferts de leurs spin-off sans grand intérêt (dans le meilleur des cas) et de la marchandisation forcenée de leur univers. Bon, personnellement, je suis plutôt bon public, donc j’ai apprécié Advent Children, Last Order et Dirge of Cerberus, mais je ne les ai jamais considérés comme des suites officielles… et c’est la raison première de mon indulgence à leur égard. Si j’avais dû les prendre comme des prolongements officiels, sans doute aurais-je rué dans les brancards et les aurais-je vouées aux Gémonies, ou un truc dans le genre…

En ce qui concerne Rebuild, j’avoue que je l’attendais sans trop d’impatience, et même avec appréhension. D’une part, parce que je trouvais la série parfaite en l’état (bon, OK, elle a vieilli… mais est-ce bien important, en ce qui la concerne ?), et que The End of m’avait énormément déçu. Chat échaudé craignant l’eau froide, je suis donc resté sur la réserve jusqu’à la sortie du 2.22. Le 1.0 était visuellement très réussi, mais comme il ne faisait que reprendre le cheminement de l’œuvre originelle, en moins « psychologiquement éprouvant », j’avais apprécié mais sans véritable enthousiasme. Par contre, avec le 2.22, ça a été une autre chanson, j’ai été scotché de bout en bout, tant la façon qu’a Anno de jouer avec les attendus confine au génie, sur le plan narratif. Je suis donc partagé entre l’envie de regarder le 3.33 sans plus attendre ou, au contraire, de faire durer le plaisir et, ainsi, de réduire l’attente qui me séparera du dernier épisode… Mais ma préférence va toujours à l’œuvre originelle, forcément : comme tu l’exprimes très bien, les Rebuild sont plus divertissants, ils en mettent plein les mirettes sans oublier d’être intelligents, mais ils sont aussi plus conventionnels, sur le fond comme la forme. Ils sont aussi plus explicites, là où les interrogations qui subsistaient à la fin de la série entretenaient le mystère et la fascination, un peu à la Twin Peaks. De mon point de vue, les deux derniers épisodes étaient (et sont toujours) un monument de l’animation japonaise (même si ça n’est effectivement pas très animé). Etre paumé, j’adore ça. Quand c’est le fruit d’une volonté de l’auteur, et pas de son manque de talent, ça va de soi. ;)
Comme toi, j’espère donc que celles et ceux qui découvriront cet univers via les Rebuilds ne s’en tiendront pas là, et sauront apprécier la série, malgré sa technique désuète et ses aspects intellectuellement exigeants. Car pour te citer encore, ce sont deux expériences différentes… et complémentaires. Je pense d’ailleurs qu’on ne peut vraiment apprécier les Rebuild à 100% qu’en connaissant le matériau d’origine, tant les variations qui lui sont imposée « font sens ». Oh, et à titre personnel, maintenant, j’espère que la qualité se maintiendra jusqu’au bout et qu’on évitera un The End Of bis… Perspective qui m’effraie un peu, je l’avoue. B)

Quant à répondre aux commentaires… oui, je me fais un point d’honneur à essayer, autant que faire se peut et malgré un manque de temps chronique assez frustrant. L’article, c’est une chose, les échanges auxquels il peut donner lieu, c’en est une autre, et les deux sont intéressant. D’autant que pour moi, qu’on prenne le temps de venir ici commenter ma prose, même si ce n’est pas nécessairement toujours en bien, ça relève du cadeau. Personne n’est obligé de le faire et par conséquent, j’apprécie vivement, aussi longtemps que le respect est là. Et comme je considère ces retours comme des « chances », y répondre me semble être la moindre des politesses. Si seulement j’avais plus de temps… (soupir).




@Djordan117 :
Comme je l’ai répondu à plusieurs reprises dans les coms précédents (mais je comprends tout à fait que tu n’aies pas eu envie de tout lire, il y en a un paquet), au moment d’entamer la rédaction de cet article, j’ai longuement hésité sur les limites à poser.
Devais-je me contenter d’évoquer les seuls éléments « sûrs et certains », ou devais-je au contraire essayer d’être exhaustif et de lister TOUS les liens éventuels que je pouvais établir, y compris les plus subjectifs ? Finalement, j’ai choisi la deuxième option, plus riche et plus complète. Je reconnais donc qu’il peut y avoir des points plus personnels et litigieux que d’autres, et qu’ils peuvent prêter à débat, mais il me semblait important de les présenter et de laisser chacun décider subjectivement de leur pertinence. Ils convaincront certains lecteurs (moi le premier), ils en laisseront d’autres dubitatifs… l’important, pour moi, était qu’à côté de ces interprétations plus « libres », il y ait des éléments objectifs incontestables pour structurer l’ensemble de mon propos. Dès lors, le reste, c’était un peu « du bonus », pour prolonger le plaisir (le mien, en tout cas).

Ceci étant, pour clarifier un peu mon propos, je n’établis pas des rapports de concordance absolue. Je me suis peut-être mal exprimé mais je n’ai pas voulu écrire que Cloud = Shinji, Tifa = Misato, Rei = Aerith, Kaoru = Sephiroth, etc… Par contre, je suis persuadé (et c’est ce que j’ai essayé de montrer) que ces personnages de FFVII portent un peu (dans des proportions plus ou moins significatives) de ces personnages d’Evangelion en eux, tant sur le plan de ce qu’ils sont que sur celui de leurs interactions, de ce qu’ils permettent de développer. De mon point de vue, ça se justifie totalement, mais je conçois que d’autres, dont tu fais partie, ne trouvent pas ça très pertinent. C’est toute la beauté et le drame de la subjectivité. Peut-être aussi n’ai-je « juste » pas réussi à bien exprimer ma position ?

En ce qui concerne tes questionnements, maintenant, compte tenu de la proximité des dates de sortie, je serais tenté d’affirmer assez catégoriquement qu’il ne peut pas s’agir de coïncidences. Il y a trop de similitudes, et elles sont trop complexes… Par contre, les scénaristes de FFVII se sont-ils volontairement inspirés d’Evangelion, ou ont-ils été inconsciemment influencés par celui-ci, ça, je ne saurais le dire. La présence du scaphandre dans le musée de Dio tend à suggérer qu’ils savaient ce qu’ils faisaient, mais la question reste entière. Et comme hélas, je ne détiens aucune vérité vraie, je serais aussi curieux que toi d’entendre la version des principaux intéressés, et que la question leur soit posée un jour, histoire d’être sûr… On peut rêver. Remarque, je pourrais envoyer le lien de l’article à Square Enix France, on ne sait jamais…

Quant aux clins d’œil, je ne suis pas certain de les avoir tous trouvés, en fait. La dernière fois que j’ai vu Evangelion, c’était il y a des années, et encore plus loin que ça pour ce qui est de la dernière fois que j’ai joué à FFVII. J’ai travaillé de mémoire, il se peut donc fort bien que je sois passé à côté de plein de choses. Et c’est tant mieux, d’ailleurs : je serais ravi d’avoir des retours de gens qui se seront remis à ce grand RPG et qui auront trouvé de nouveaux rapprochements.

Pour ce qui est de The End of, j’ai aussi répondu dans un commentaire précédent : j’étais bien conscient qu’il ne pouvait pas y avoir d’influence véritable, mais voilà, j’avais mes captures d’écran, et le parallèle était si bluffant que j’ai quand même tenu à le faire figurer dans l’article. Pour autant, je ne me suis pas appesanti, et j’ai expédié ce « mystère » (véritable) d’un lapidaire « mêmes prémices, même aboutissement », ou quelque chose comme ça. Je suis, pour le coup, persuadé qu’il s’agit d’une coïncidence, mais elle est tellement bluffante que je n’ai pas pu résister à l’envie de la relever.

Pour répondre à ton interrogation finale, c’est un peu la même chose que pour les rapprochements de personnages abordés plus haut : évidemment, je ne pense pas que FFVII se réduise à une réécriture complète d’Evangelion, loin s’en faut. Heureusement, d’ailleurs, sans quoi le jeu n’aurait été qu’une escroquerie et n’aurait eu aucun intérêt. Alors qu’il a d’immenses qualités qui lui sont propres. C’est le sens que j’ai essayé de donner à ma conclusion. Oui, je pense que FFVII réécrit Evangelion, mais cela ne veut pas dire qu’il le décalque de bout en bout (un peu comme, pour prendre un exemple littéraire parlant, les rapports liant Lorenzaccio à Hamlet) : il le transpose, se l’approprie, le prolonge à sa sauce… ou plus explicitement : il reprend nombre des éléments qui le composent et parfois le structurent, suit une direction globale similaire, mais trace sa propre voie.

Quant à Sephiroth… petit détail amusant : le prénom choisi est fautif, car Sephiroth est le pluriel du mot Sephirah. Qui n’aurait pas sonné très « masculin », ceci dit.

Merci pour le retour, anyway, et pour les compliments. Je ne cesse de le répéter mais c’est vrai : c’est toujours un plaisir, vraiment.



@CyberNemrod :


Il n’y a pas de raison que tu échappes aux remerciements. ;)
Un grand merci à toi, donc. Je te suis d’autant plus reconnaissant que, de ton propre aveu, tu ne commentes pas souvent par ici, j’apprécie d’autant plus. Rien que le fait de « prendre la plume », c’est un beau compliment que tu me fais ici : ça prouve que tu as apprécié ta lecture et c’est toujours un soulagement quand on s’est donné tant de mal (on écrit rarement pour faire perdre leur temps aux gens).
Je suis d’autant plus ravi, d’ailleurs, que je t’ai donné envie de t’y remettre. Ça aussi, c’est une belle récompense, et je ne saurais trop t’encourager à sauter le pas : dans un cas comme dans l’autre, tu ne devrais pas le regretter car je suis sûr qu’avec quelques années de plus, ces deux œuvres prendront pour toi des sens différents. En ce qui me concerne, je m’y remettrais volontiers, puisqu’on en parle : je suis sûr que j’y trouverais encore de nouvelles choses. Ce n’est pas pour rien si ces deux titres ont marqué si profondément plusieurs générations de joueurs/spectateurs. Leur incontestable qualité fait qu’on peut les redécouvrir, encore et encore, sans jamais être certain d’en avoir percé tous les secrets.
Si seulement j’avais plus de temps libre, je n’hésiterais donc pas. Car oui, je fais mon coming out : à ma grande tristesse, je n’ai vu Evangelion que deux fois, et n’ai fait FFVII que deux fois pareillement. J’ai juste eu la chance de les découvrir à la même époque, en parallèle, et d’avoir déjà pas mal de bouteille à ce moment-là (oui, je suis vieux, snif), ce qui m’a permis de faire le lien lors de ma deuxième « partie intégrale » (la première fois, je l’avais fait en japonais, sans comprendre grand-chose, persuadé qu’il ne sortirait jamais en version US et en version Française. Remarque, je n’avais pas tout à fait tort : il n’est jamais vraiment sorti en version française, hélas. Il faudrait que je me trouve une version américaine, maintenant que j’y pense). Et pour tout te dire, j’ai été obligé de demander au grand internet de me rafraîchir la mémoire sur certains points précis, histoire d’être sûr de ne pas écrire (trop) d’âneries et de m’éviter les foudres des fans… ;)

Édito

 

pour : "Le Gamer aux Mains Carrées, l'homme qui murmurait à l'oreille du manque de race"

(Du coup je ne sais pas trop comment je dois prendre cette distinction)

 

Gameblog Community Award de l'article de l'année 2016 pour un post sans texte, c'est sûr, ça fait toujours plaisir, mais c'est quand même assez surprenant.

Ce qui l'est beaucoup moins, par contre, c'est que ce post traite ENCORE de Final Fantasy.

 

Bref, pour de vrais "articles de l'année" passionnants, passionnés, pertinents et bien écrits, allez plutôt lire :

- Migaru

- Noiraude

- Snake_in_a_box

 

 ET QUE CA SAUTE, COMME TIDUS DANS L'INTRO DE FFX !

 

*

 

Parce qu'on n'est pas tous nés avec des doigts aux mains (fonctionnels, en tout cas) !

 

Parce qu'on a tout à fait le droit de ne pas savoir parer aux jeux de combats, ou de ne pas savoir freiner aux jeux de course automobile, ou de ne pas savoir diriger son bonzhomme à Resident Evil 1 !

 

Parce qu'on n'est pas tous à l'aise avec plus de deux boutons, surtout quand il faut alterner leur utilisation !

 

Parce qu'on n'est pas tous au courant qu'on est au XXIème siècle et que de toute façon, c'était mieux avant !

 

Parce qu'on est libre de préférer acheter nos jeux à Cash Converter plutôt qu'à Micromania !

 

Le Blog du Joueur aux Mains Carrés vous propose des tests périmés et de mauvaise foi, des dessins réalisés à la hache, à l'arrache et avec des mains carrées (aussi), des découvertes culturelles à manger son code du psychiatre (sans sauce) et autres billevesées qui vous demanderont au mieux beaucoup d'indulgence, au pire du prozac. Mais surtout, surtout, depuis quelques mois, du gros troll qui tache.

 

Le Blog du Joueur aux Mains Carrées se veut un blog tout à fait inutile, sous-documenté, sous-illustré et sous-créatif, qui ne vous guidera en rien dans vos futurs achats ou vos quêtes du fini-à-200%. Le Joueur aux Mains Carrées fait un plus gros score à Tetris s'il laisse les pièces descendre sans toucher à la manette.

 

Tout est dit.

 

Enfin, le Joueur aux Mains Carrées est fan de Mr Patate, Paul Binocle et Boulet, dont il s'évertue à plagier les meilleures idées, des fois que. 

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