ERROR 404 BLOG NOT FOUND

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Par Le Gamer aux Mains Carrees Blog créé le 04/11/11 Mis à jour le 03/12/16 à 15h27

Ce blog n’'existe PLUS. Si tu y as accès, c’'est que tu n’'existes plus non plus. Au mieux, tu es l'’émergence d’'une anomalie systémique au sein d'’une structure virtuelle parfaite. Mais ça pourrait être pire. Tu pourrais attendre impatiemment la sortie de Final Fantasy XV.

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Pour les besoins de cette rétrospective hot en couleurs (ET LES VOTRES, LOL), c’est plus d’une centaine d’illustrations XXX  que j’ai sélectionnées avec le plus grand soin et testées « en situation ». J’espère en cela ne pas m’attirer les foudres de la censure Gameblogguéenne, ni celles du FBI car c’est en toute innocence que je…

 

C’est bon, ça y est, le Rubicon des limites de l’aperçu Gameblog est franchi ?

 

 

Ha oui, effectivement, il est franchi.

Bon.

Une bonne chose de faite, vu que j’avais presque atteint les miennes en matière de japfagitude. Encore un peu et j’étais obligé de vous parler de Neptunia ou des posters lavables de Moreo Chronicle, et personne n’aurait voulu revivre ça, pas vrai (les jeux de miches, c’est le mal, m'voyez) ?

Bref, l’essentiel, c’est que mon petit stratagème ait fonctionné sur vos esprits impressionnables (une belle façon d’orthographier « lubriques ») et que nous nous trouvions tous réunis ici en dépit de nos différences (d’attentes blogguesques, principalement. N’avez-vous donc pas honte ?).

Non parce que si j’avais intitulé ce post « [LECTURE EXCLUSIVE !] Utilise ce qu’on t’a appris à l’école (peut-être) pour lire une nouvelle de cinq pages Word sans illustrations ! », je comptabiliserais actuellement deux malheureux clics au compteur et j’aurais perdu mon très lucratif contrat avec les ayants-droits des bandeaux pub ci-à droite, qui ne font peut-être pas la richesse de ce blog mais qui font la mienne à la place - et c’est bien le plus important.

 

Parce que voilà, pour en venir au fait, figurez-vous que pour la première fois de ma vie, le mois dernier, j’ai participé à un concours de nouvelles.

Non, ne me demandez pas pourquoi.

Enfin si, demandez-le moi, mais à vos risques et périls car tenez-vous le pour dit, le bundle Bibiche + rouleau à pâtisserie est relativement persuasif, même quand on n’a rien écrit depuis des mois et qu’on a perdu la motivation. Alors quand en plus, le sujet s’éloigne des habituels « imaginez une première première fois » ou autres « racontez vos vacances » qui font les beaux jours des sites à vocation (prétention) littéraire, on se retrousse les manches. Certes au dernier moment, et certes en mode contre-la-montre. Mais on s’y colle. Et si on peine un peu au démarrage, force est de constater que ça vous remet quand même bien le pied à l’étrier, et c’est tout ce qui compte. Les résultats étant tombés hier, et votre « serviteur » (LOL) ayant terminé mauvais deuxième « la faute à sa fin », il est donc en mesure de partager avec vous ce grand ( ?) moment de Harris Burdick, puisque c’est bien d’Harris Burdick qu’il est question ici.

 

 

Ledit concours invitait en effet à broder une nouvelle de quatre pages à partir d’une illustration (et de la ligne de texte qui va avec) tirée du recueil de « Mystères » éponymes – lequel, entre légende urbaine, support d’imaginaire et livre d’images, propose une vingtaine d’histoires livrées en kit à fabriquer soi-même.

 

N’écoutant que ma volonté de rendre hommage à mon Ray Bradbury d’amour, mon incapacité à rester dans le cadre « littérature pour ados », et ma police de caractère réduite de deux tailles pour faire rentrer cinq pages en quatre, j’ai opté pour :

 

La Chambre du Deuxième Etage

 

Oui, je crois que tu peux enlever la main de ton slip, Kévin.

Tu peux faire ton deuil de la rétrospective hentai, là, ce sera pour une prochaine fois.

 

Et sa citation assortie :

 

« Tout a commencé quand quelqu'un a laissé la fenêtre ouverte ».

 

Avec, comme inspi musicale, l'intégralité du soundtrack de Franklyn en boucle (car je ne sais pas écrire de la fiction sans fond sonore approprié) : 

 

Et pour ce qui est du résultat, je laisse ceux qui ont tenu jusque-là (et qui ne sont donc plus à ça prêt) juges, du moment qu'ils ne me font que des compliments et/ou qu'ils cliquent sur "j'aime" (tous les autres seront lapidés à coup de FF X HD)  :

 

 Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours été convaincu que dans toutes les maisons, toutes les bâtisses, tous les manoirs, tous les dortoirs, tous les refuges, toutes les cabanes du monde, qu’elles soient en bois de chêne, en pierres de taille ou en briques aussi rouges que les flammes de l’enfer - et peut-être même dès les cavernes obscures aux premiers temps des hommes ; et peut-être même encore bien bien avant cela, quand nos ancêtres se tenaient à distance des leurs -, aussi sûr qu’on était de trouver un plancher qui craque au milieu de la nuit, des gonds qui gémissent au grand jour ou des murs qui murmurent quand les nuages sont à l’orage, en farfouillant un peu, on finissait par tomber sur une pièce comme la chambre du deuxième étage, une porte fermée à double tour que personne n’évoquait jamais - et devant laquelle on passait sans trop la voir, à force de s’obliger à ignorer son existence. Une porte qui, au fil des années, des décennies - peut-être des siècles - s’était si intimement fondue dans le décor qu’elle ne se distinguait plus des autres anachronismes ornementaux, véritable bric-à-brac de maison hantée au rabais, toute en chandeliers de cuivre aux branches calcifiées, en tableaux disproportionnés de femmes obèses et d’hommes aux regards vides - les tantes, les oncles, les arrière-grands-parents, les cousins aussi étranges qu’étrangers, saltimbanques, femmes orchestres, démons tatoués d’un cirque de cauchemar -, leurs faces exsangues et grimaçantes accrochées de travers, sans que nul ne s’avise jamais de les remettre d’aplomb, que ce soit par fainéantise ou sous l’impulsion d’une terreur superstitieuse. 

 

Ce qui pouvait bien se cacher derrière la porte, et pourquoi celle-ci devait rester close, aucun des membres de la famille n’aurait su vous le dire - même si, par extraordinaire, l’un ou l’autre avait été disposé à vous répondre. Et puis après ? Y’avait-il une raison, seulement ? Depuis quand une raison suffisait à donner du sens au monde ? La porte fermée faisait partie de la maison et de son équilibre, c’est ce qui nous était répété depuis notre plus jeune âge. En conséquence de quoi l’ouvrir aurait-il sans doute pu, symboliquement, fissurer les colonnes de marbres du vestibule, ouvrir une brèche dans le toit de tuiles et d’ardoises, réduire le patio à son seul squelette de poutres et de chambranles... Si bien que rares étaient ceux parmi nous qui se sentaient prêts à courir le risque. Oh, bien entendu, les bruits qui s’échappaient parfois de la pièce au-delà - ou les éclats, fugaces, qu’on prétendait pouvoir surprendre à sa fenêtre - contribuaient à nous tenir à distance respectable, non sans jeter des braises paradoxales au feu de notre imaginaire. Les premières années étaient toujours les plus dures pour les enfants de la famille, quand le temps était à l’exploration, à l’aventure et au frisson, et qu’on s’imaginait à la croisée des mondes, à mi-chemin d’Oz ou Narnia, à une imprudence d’un destin glorieux ou d’un palais de pain d’épice. Puis les années passaient comme passait l’innocence et l’on apprenait à suivre l’exemple de nos pères jusqu’à ne plus la remarquer, cette fichue porte, jusqu’à ne plus les entendre, ces satanés bruits, jusqu’à se convaincre que la maison comptait douze pièces et non treize, ainsi qu’il était stipulé sur les plans du cadastre. Je n’ai cependant pas été le premier, je le suppose, à avoir fait la sourde oreille et à avoir désobéi, même si je n’en suis pas très fier. On n’est ni sage, ni mesuré, quand on n’a que sept ans. Ce que j’espérais y trouver, je n’en ai plus qu’une idée nébuleuse - un chaos de course aux étoiles, d’or vivant, de combats au sabre -, mais je me souviens parfaitement de la déception qui fût mienne quand j’ai pénétré dans cette chambre où je me retrouve à présent, près de sept ans plus tard, cet espace encombré de meubles aux formes invraisemblables, ces armoires de pin sculptées au biseau – scènes de chasse ou de fin du monde -, ces commodes gravées de runes incompréhensibles, ces secrétaires frappés de sceaux occultes, d’armoiries improbables, ces camés incrustés dans les cadre de miroirs dont le verre ne reflétait rien, ces coffres portés par des sabots de boucs ou des serres de griffons. Mais en dépit de ces singulières découvertes, à cette époque déjà, c’est sur le papier peint que mes yeux se sont arrêtés, comme attirés par une force invisible qui, si je n’y prenais garde, me happerait tout entier : impossible de me détourner des guirlandes de motifs naïfs, grossiers sans grossièreté, répétés ad emerveillam du sol jusqu’au plafond en sublime ménagerie d’ombres chinoises. Ici, une nuée d’oiseaux qui prend son envol. Là, des tigres ou des lions qui veillent sur leur point d’eau. Là encore, et encore, des chats pour courir après les souris, et encore des serpents pour effrayer les buffles, et encore des dauphins pour éclabousser les flamands, et encore tout ce que la Création comptait d’animaux pourvus de pattes, d’ailes ou de nageoires. Avec, au beau milieu, en place d’honneur, trois êtres humains : un homme, une femme et un enfant… une fresque, plutôt qu’une tapisserie - peut-être sur le thème de l’Arche du mont Ararat, peut-être une réminiscence nostalgique du paradis perdu, ou peut-être une chambre d’enfant pareille à tant d’autres, ai-je songé jusqu’à la semaine dernière. Je me trompais, ça va de soi. La porte aurait dû être scellée, murée, bannie de nos mémoires comme de l’histoire de la famille. Hélas, bien des lunes s’étaient exhibées au firmament depuis ce jour lointain où nous avions déposé nos valises et rangés nos secrets dans une malle à l’écart. Comment, dès lors, aurions-nous pu prévoir ce qui se produirait ? Cette pièce n’était qu’un mythe. Une excentricité, héritée d’un ancêtre à demi-fou. Un rêve éveillé, dont on se réveillait en poussant la poignée pour revenir à une réalité tout ce qu’il y avait de plus banale et de plus tangible. Les bruits ? Des rats ou des pigeons. Les lueurs ? Des reflets et rien d’autre.

 

Sauf que ce lundi-là, un lundi pluvieux et morose que rien n’aurait dû distinguer des autres, nous avons trouvé la porte grande ouverte. La maison ne s’est pas effondrée sur ses bases - pas plus qu’elle n’était tombée en morceaux lors de mon escapade nocturne -, mais c’est à cet instant précis que tout a commencé. Ou plutôt… 

 

Tout a commencé quand quelqu’un a laissé la fenêtre ouverte. Qui ? Quand ? Pourquoi ? Jamais nous n’avons pu l’apprendre. Peut-être avions-nous oublié de mettre en garde l’une des nouvelles femmes de ménage ? Ou peut-être la curiosité de l’une d’elles l’avait-elle emporté sur sa sagesse ? Lily, Jessica ou Nicole, n’importe laquelle aurait pu céder à la tentation, je sais cela mieux que quiconque. J’aurais d’ailleurs été disposé à leur pardonner - ou à plaider leur cause auprès de mes aînés, si mon intervention s’était avérée nécessaire. Cependant elle ne le fut pas, car nous n’avons pas pu les retrouver, aucune d’entre elles. Ni par ce lundi pluvieux, ni dans le soleil de son lendemain, ni sous les nuées du surlendemain, ni dans le vent ou l’azur de ceux qui prirent la relève. Leurs voitures personnelles restèrent alignées dans l’allée. Leurs vêtements civils restèrent suspendus dans la penderie de leurs appartements. Nos appels chez elles restèrent sans réponse, ou se heurtèrent à une absence de tonalité de mauvais augure. La Police, dont nous redoutions la venue, n’a jamais enquêté. Personne n’a porté plainte. Nul n’a rien réclamé. Pour autant que nous le sachions, nous seuls les avons recherchées, retournant ciel et terre dans la maison, à l’affut du moindre cheveu, la moindre empreinte, le moindre indice. En vain. Elles s’étaient volatilisées, sans nous léguer plus que de vagues souvenirs ou de mauvais pressentiments. Aussi avons-nous pris la décision de refermer la porte, avec une désinvolture affectée qui ne faisait guère illusion. « C’est ce qu’il y a de plus raisonnable à faire », avons-nous prétendu pour ne pas avoir à admettre que nous étions terrorisés. L’une de nos infortunées employées avait poussé le zèle jusqu’à entrer dans la chambre interdite où, incommodée par l’odeur de renfermé, de naphtaline et de bois vermoulu, elle avait scellé son sort en levant la guillotine de la fenêtre - la guillotine, quel vilain mot! - pour renouveler l’air. C’était l’explication la plus plausible et aujourd’hui encore, je n’en conçois pas de meilleure. Mais cela n’expliquait pas leur disparition à toutes les trois, et il se passerait quelques jours supplémentaires avant que nous ne fassions la lumière sur la tragédie qui s’était jouée dans la pièce. 

 

Pièce que j’avais retrouvée fidèle à l’image que j’avais gardée d’elle, suite à mon infructueuse visite clandestine. Pas de tâche brunâtre incrustée dans la moquette, pas de gris-gris vaudous pendus à mi-hauteur, pas de message dans la buée qui couvrait le miroir, pas de passage secret aménagé derrière les étagères de la bibliothèque, rien qu’une vieille chambre d’enfant, au deuxième étage d’une vieille maison familiale, pleine à craquer de vieux meubles insolites - mais sur le moment, un doute m’a étreint : étaient-ils vraiment disposés ainsi, par le passé ? -, avec au mur une vieille tapisserie imprimée aussi indéchiffrable qu’en ma mémoire, mais autrement moins mystérieuse à la lumière du jour que ne l’était la fenêtre du fond, et l’obstination presque humaine avec laquelle elle résista aux bras qui se crurent à même de la clore. Ce n’était pas une question de savoir s’y prendre, de s’y mettre à plusieurs ou de peser de toutes ses forces sur le châssis récalcitrant - sans quoi nous aurions fini par avoir raison de ce dernier, au lieu de renoncer comme nous nous y sommes résignés, pressés de quitter cet endroit pour faire comme si rien n’était arrivé… et n’était-ce pas le cas ? Quelle preuve avions-nous du contraire, qui serait plus qu’une intuition ? J’aurais voulu pouvoir conserver jusqu’au soir ces ½illères sur-mesure, le temps de trouver le sommeil : ainsi, je ne me serais pas tourné et retourné sans fin dans un lit trop étroit, avec l’impression de sentir la chambre s’insinuer dans ma tête, remplacer mes souvenirs par ses guéridons poussiéreux, recouvrir mes pensées de sa tapisserie aux couleurs passées, m’enfermer à demeure entre ces murs que je porterais en moi où que j’aille, où que la vie m’entraîne, si loin que je m’enfuie… Ainsi n’aurais-je pas non plus entendu les pépiements, les gazouillis et brouhahas de plumes qui, l’espace d’une seconde, parurent occulter jusqu’au plus infime des frémissements du monde, comme si la fenêtre ouverte avait attiré tous ses oiseaux présents, passés et à venir pour les inviter à se poser jusqu’en ses recoins les plus inaccessibles. Ainsi n’aurais-je pas rompu le serment que je m’étais prêté quelques six heures auparavant, et ne me serais-je pas dressé sur la pointe de mes pieds d’enfant, et ne serais-je pas revenu sur mes pas-de-loup pour jeter un oeil - rien qu’un, nouvelle promesse d’ivrogne - dans la pièce qui-n’existait-pas-qui-n’était-qu’une-invention-qui-ne-pouvait-pas-exister, avec deux fois plus de lâcheté que de circonspection. Mais rien, évidemment. Pas l’ombre d’un volatile, d’une serre, d’une huppe, d’un duvet blanc, si ce n’était les silhouettes imprimées sur le papier peint à ma droite. Ou du moins, celles-là même qui auraient dû y apparaître, mais qui - était-ce bien une surprise ? - n’y apparaissaient plus. Les oiseaux s’étaient envolés. Tous, dans un même battement de cil - ou plus probablement un battement d’ailes. Derrière eux, ils abandonnaient un nid de pigments bleus, industriels - que les coups de pinceaux des déesses de la nuit avaient gouachés de gris, et que contournaient avec zèle la parade des zèbres et des singes. Aucun autre animal ne manquait à l’appel, ni aucune table basse, ni aucun pendentif dans la boîte à bijoux, ni aucun plateau de ouija. Sans chercher à comprendre - car comment l’aurais-je pu ? -, j’ai fait ce que m’ordonnait le bon sens : j’ai tourné les talons, descendu l’escalier, attrapé un cache-col sur le porte-manteaux de l’entrée et quitté la maison pour m’enfoncer dans des ruelles obscures, et marcher, marcher, marcher sans relâche dans une réplique parfaite du monde qui m’avait paru réel jusqu’alors… sans opposer de résistance, je l’ai laissé emplir mes poumons, souffler sur ma peau, porter mes semelles, affoler mon pouls. Effleurements, trébuchements, égratignures : petite touche par petite touche, je l’ai laissé m’imposer sa vérité, raffermir son étreinte sur mes idées fantasques, me mentir avec l’aplomb qui le caractérisait. Sauf qu’en marge de ma conscience, je sentais que quelque chose avait changé. A l’intérieur, à l’extérieur, je n’aurais su le dire, mais bien que le monde soit toujours le même, il avait quelque chose de différent. Quelque chose de l’ordre de l’imperceptible, qui m’échappait avec une obstination égale à celle dont la fenêtre avait fait preuve, quand j’avais cherché à la refermer. Ce fut donc avec autant d’inquiétudes que je suis revenu à mon point de départ ; et avec une patience nouvelle que j’ai attendu le réveil des miens pour me tourner la tête de discussions futiles, de rires artificiels, de tracas dérisoires - à l’affut, sans me l’avouer, de la prochaine crise à venir. Car il y en aurait une, cela ne faisait aucun doute. En conséquence de quoi n’ai-je qu’à peine sursauté quand un barrissement extraordinaire a fait trembler les fondations de la maison et brisé quelques boules divinatoires, installant ce qui devait être des hectares de savane quelque part au deuxième étage. Comme un seul être, cette fois, c’est la famille entière qui s’est précipitée dans l’escalier, bousculée dans le couloir, pressée sur le seuil fatidique dans l’espoir que quelqu’un, mais pas soi, aurait l’audace de le franchir. Ce que j’ai fait, bien entendu. Et ainsi que j’aurais pu feindre de le prédire, le pan de tapisserie que les éléphants occupaient il y a peu était vacant, créant un disgracieux déséquilibre dans la symétrie de la fresque pour témoigner de leur absence. Le lendemain, un bref - mais bouleversant - concert de miaulements terrifiés m’annonça que les chats avaient subi un sort semblable. C’est là que j’ai compris. Lorsque j’ai constaté que la gamelle de Dixie restait pleine, et que ce bon vieux matou ne se montrait plus, qu’il ne répondait plus à nos appels, qu’il ne venait plus gratter l’accoudoir du canapé de cuir ou s’allonger de tout son long sur les parchemins de ma mère, l’évidence m’a noué la gorge. Dixie ne reviendrait jamais. Comme Lily, Jessica et Nicole. Comme les oiseaux. Le voilà, le détail qui m’avait échappé deux jours plus tôt. Il n’y avait plus d’oiseaux. Plus de pies, de pigeons, des passereaux, de corbeaux, de moineaux, de mésanges. Alors seulement ai-je eu la présence d’esprit d’allumer le poste de télévision du salon, non sans devoir en écarter d’abord quelques toiles d’araignées décoratives. Sur toutes les chaînes, on ne parlait plus que de ça : « les éléphants, partis pour un cimetière inaccessible aux hommes », disaient les journalistes les plus inspirés ou les plus cyniques. Suite à quoi on s’est réunis, tous, on s’est regardé en hochant la tête et on a décidé de prendre les choses en main. Il fallait bien. On ne pouvait plus laisser la situation dégénérer sans réagir. Il fallait fermer la fenêtre. Nous avions trop longtemps tourné le dos à des responsabilités qui faisaient partie de notre héritage, au même titre que la maison, ses tableaux hideux, ses chandeliers griffus. Sauf que… sauf qu’il n’était plus possible d’approcher notre objectif, dorénavant. Ce qui, au commencement, put passer pour une brise légère devint à notre approche une tempête d’une force inouïe, laquelle tantôt nous repoussait, tantôt nous attirait à elle, furieuse, irrésistible, manquant de nous plaquer au sol ou, au contraire, de nous faire basculer au-delà de l’encadrement.

 

Arguant qu’on se trouvait face à un cas de force majeure, Oncle Noé a appelé quelques-uns de nos frères itinérants, en compagnie desquels il avait soi-disant gravi les sommets de l’Annapurna, puis il s’est lancé bille en tête dans la planification de son « expédition de la dernière chance », avec un sérieux et un esprit pratique que nous ne lui connaissions pas. Et tandis qu’il ressortait du placard ses piolets et ses mousquetons, et qu’il testait leur résistance à grands renforts d’expériences incompréhensibles, et qu’il dressait des plans aux tracés biscornus, plusieurs nouvelles espèces s’évanouissaient de la tapisserie comme de la surface de la terre, ou des profondeurs de la mer, ou des hauteurs immaculées du ciel. Oncle Noé, lui, conservait son sang-froid. Nous n’aurions droit qu’à une tentative et une seule. « Une erreur, un faux pas et c’en serait fini de nos aspirations », répétait-il dès que nos trépignements avaient raison de son self-control. « Et c’en serait fini de nous », répéta-t-il un ton plus haut, alors qu’il entrait dans la pièce avec quatre de ses compagnons, leur corde de sécurité cadenassée à la colonne de marbre au bas de l’escalier. Je me souviens du clin d’oeil qu’il m’a adressé, de son pouce levé avec une confiance réconfortante, de l’accolade virile qu’un de ses amis m’a donnée en passant à côté de moi. La porte a claqué derrière eux. Nous avons attendu, murés dans le silence, sans qu’aucun bruit ne nous parvienne : ni fracas, ni juron, ni exclamation de triomphe, ni éclat de rire soulagé. La corde est demeurée tendue entre nos mains, elle n’en a pas bougé d’un centimètre, aussi inerte que nous le paraissions nous-mêmes. Une heure, deux heures, trois heures. Personne n’a osé saisir la poignée. Quatre heures, cinq heures, six heures. Personne n’a osé ni tousser, ni se racler la gorge. Sept heures, huit heures, neuf heures. Et encore autant. Et encore le double. Et deux fois le triple. Et cent fois plus de nouvelles espèces rayées des registres. Jusqu’à ce que la corde casse net, et que nous nous trouvions contraints de constater l’échec de nos valeureux camarades - dont, vous vous en doutez, nous n’avons retrouvé nulle trace.

 

Deux semaines ont passé depuis. Les uns après les autres, les motifs se sont arrachés à la tapisserie de la chambre, parfois de leur plein gré, parfois à contrecoeur. Les uns après les autres, les animaux ont été gommés de la Création. Il y a soixante douze heures, le mur ne comptait plus que les silhouettes de l’homme et de la femme pour protéger l’enfant blotti dans leur giron. L’homme a disparu le premier, hier, sur le coup de midi - et mon père, et mon frère, et leurs frères, et tous les pères et les frères et les cousins et les maris et les amants du monde. A l’heure du souper, ce fut au tour de la femme, et de ma mère, et de mes soeurs, et de leurs soeurs, et de toutes les mères et les soeurs et les cousines et les épouses et les amantes du monde. Aujourd’hui, seuls les contours de l’enfant s’étirent toujours en blanc sur bleu pour peupler la chambre et la terre entière. Mes contours à moi et à quelques autres, pelotonnés derrière de fragiles remparts de draps et d’ours en peluche, éparpillés dans les ténèbres de la maison déserte ou regroupés en dernier îlot de chaleur humaine sur le canapé du salon. Quelques sanglots, quelques hoquets, au dedans autant qu’au dehors, quelques hurlements de terreur, ou de rage, ou de faim, quelques « Maman ! », quelques « Papa ! » lancés au visage des étoiles, sans que celles-ci paraissent s’en émouvoir ni que le soleil daigne les remettre à leur place. Patriarche de fortune du haut de mes quatorze années toutes neuves, j’ai ravalé les larmes du petit garçon que je n’étais plus. Je me suis emparé de ce qui restait d’équipement dans le placard d’Oncle Noé. J’ai enfilé mes chaussures porte-bonheur. Noué un bandeau à mon front pour me donner du cran, comme dans un vieux film que j’avais aimé plus jeune. Et voilà où j’en suis maintenant. Prêt à franchir une ultime fois le seuil. Prêt à jouer l’avenir de l’univers à quitte ou double. Et voilà que je m’avance malgré la tourmente, malgré le mugissement, malgré le tonnerre qui a joint sa voix de basse à ces choeurs aliénés, malgré les éclairs et la pesanteur qui me courbe les épaules, droit vers cette fenêtre grande ouverte qui n’est plus véritablement ni l’une ni l’autre, cette plaie béante dans le tissu de la réalité qu’il me faut clore à n’importe quel prix. Et voilà que sans m’en rendre compte, déjà, j’arrive à mi parcours, et voilà que je lutte, et voilà que je serre les dents, que je titube, que je me cramponne aux meubles qui jalonnent ma route, que je redouble d’efforts, même après m’être ouvert la paume sur un montant d’acier, même après qu’un peu de mon sang ait souillé la moquette. Et voilà que mes yeux s’arrêtent, sans que cela soit volontaire, sur le morceau de papier-peint qu’occupait l’ombre à mon image, un centième de seconde plus tôt. Car voilà qu’il n’y a plus rien, ni personne, pour rompre l’unité de la tapisserie. Plus rien qui ait huit pattes, ou quatre, ou deux, ou mille, plus rien qui ait des ailes ou des nageoires, cinq doigts aux mains ou des rêves plein la tête. Et voilà que dans un soubresaut d’espoir et de désespoir mêlés, alors qu’une voix rauque venue des tréfonds de mes entrailles me commande de survivre, de toutes mes forces, je bondis vers l’encadrement béant et je me.

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Commentaires

Luciole
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Luciole
J'ai lu au boulot et j'ai bien aimé. Tu devrais continuer, en progressant ça devrait donner de belles choses.

Par contre pour pinailler je trouve dommage que tu aies pensé au point à la fin. Vu que le héros est censé disparaitre, c'est dommage d'indiquer que sa phrase est bien fini, et non pas interrompu malgré lui. Mais bon ce n'est qu'un détail.
Karas
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Karas
Tu devrais te construire une mythologie basée sur les horreurs indicibles tapies sur les internets : les adorateurs de Shenmuethlu qui attendent que les étoiles soient alignées pour que Yū Suzuki s'attèle au prochain épisode, Tidus-Niggurath et ses Mille Rires...Ton pseudo d'auteur serait tout trouve : Liehdcraft B)
Strife
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Strife

Pour la fin je trouve le "me." de trop.

 

Quant au piège, on a tellement l'habitude maintenant que je me serais senti trollé si tu avais vraiment fait une rétrospective hentai :lol:

 

Joli texte en tout cas, prenant comme une nouvelle se doit d'être :)

MagicPie
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MagicPie
:lol:
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
@Voron :

Tu fais super bien le bruit des ailes pour illustrer le moment où les oiseaux disparaissent, bravo !



@Olive :

T’inquiète. Même si tu y joues sur console de salon, il te suivra quand même partout à travers tes cauchemars… :evil:



@Crito :

Alors ça, ça, ça, mister Prez’, ça me va droit au cœur !
Venant de vous, un compliment est toujours un immense bonheur, mais sur un texte comme celui-ci, ce bonheur est démultiplié. Merci ! :D


@MagicPie :

L’atmosphère tendue, c’est à cause du hentai. ;)
Un grand merci à toi également pour ce retour si positif. Je suis heureux que cette longue lecture n’ait pas paru rébarbative à tout le monde, et que certains y aient trouvé leur compte !
Pour la petite histoire, c’est cette fin qui m’a privé de la première place. Je suis arrivé à une voix derrière… mais je ne regrette rien, c’est vraiment la fin que je voulais écrire.


@Yaden :

Effectivement, en grand fan de FF X devant l’éternel, je ne peux que mesurer cette interruption à sa juste valeur ! Mille merci à toi également d’avoir pris un peu de temps pour commenter. Oui, une page et demi de mise en place, c’est peut-être un peu long, mais cette chambre est un de ces endroits un peu hors norme qu’on a envie de décrire du sol au plafond, difficile d’y résister. Bien vu, la référence à Doctor Who. Elle était inconsciente, mais ça a dû influencer, de même pour la faille de la saison 5 et ces histoires de disparitions… je m’en suis rendu compte après coup (d’autant que dans la première version, l’une des femmes de chambre s’appelait Amy, et Oncle Noé s’appelait Oncle Rory ;) ).

Quant au gamin, oui, on peut aussi imaginer qu’il arrive ensuite sur Spira et qu’il utilise le matériel d’escalade d’Oncle Noé pour défoncer le crâne de Tidus, par exemple.


@Joniwan :

Le rickrolling est entré (tardivement) dans le troisième millénaire !
M’enfin, venant de moi, tu te doutais bien qu’il y aurait une arnaque quelque part… ;)


@Komy :

Y’a pas de boobs dans Endless Duel non plus, je te ferais remarquer. Du coup, envoie-le moi.
Je te filerais FF X sur PS2 et son DVD bonus, en échange.


@Winston :


Comme je le disais à Vic plus haut, ça, c’est parce que j’ai fait l’impasse sur les considérations techniques (et parce que j’étais limité en nombre de pages) (et parce que je suis une grosse feignasse) (et parce que je n’écris jamais de nouvelle : c’est ma deuxième en tout et pour tout).
D’ailleurs, je percute juste maintenant : Celim a un fan ? Comment il est devenu trop mainstream, alors ! S’il lit se com’, sûr qu’il se pendra ! :D
Bon, j’ironise, mais c’est parce que je sais que je vais prendre cher par mail interposé quand il aura lu ce machin… :ninja:
winston
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winston
Celim aurait fait plus long ....
Un fan de Celim.
Komy
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Komy
What!!? Y'a pas de boobs?? Pfff je retourne sur Endless Duel du coup... :evil:
Joniwan
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Joniwan
Comment tu m'a trollé avec ton titre xD
Yaden
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Yaden

J'ai interrompu ma partie de FFX HD pour lire, ce n'est pas rien.

 

Tu m'as accroché à partir de la disparition des domestiques. Avant ça j'ai eu du mal à rentrer dans ton histoire, même si la pièce que personne ne remarque m'a évidemment rappelé Doctor Who. A partir de là j'ai été obligé de lire jusqu'au bout. J'ai bien aimé le petit effet de style de la dernière phrase aussi.

 

Bref, c'était bien sympa, même si Voron semble avoir encore plus apprécié :D

 

P.S. Du coup le gamin, après avoir été aspiré, il arrive sur Spira dans la suite ?

MagicPie
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MagicPie
Une atmosphère juste tendue et omniprésente, et cette fin ! J'adore ;)
Critobulle
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Critobulle
L'ambiance est délicieusement sombre et oppressante, l'idée du papier peint en guise "d'Arche de Noé inversée" est super bien trouvée et puis cette fin est géniale. En un mot : excellent :thumbup:
oliveroidubocal
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oliveroidubocal
Sur PS Vita de préférence, qu'il me suive partout!!!!! :D
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
@Rhed :

Chaque "o" est un téton, chaque "w" est un entrejambe féminin.
Bonne lecture. :)


@Vic :

Je me suis dit que ça devait vous manquer, alors j'ai pris le relais. ;)
Note que tu aurais écrit "on dirait un texte de Celim", ce dernier (qui nous lit toujours de temps en temps) serait sans doute revenu exprès pour mettre un terme à ta courte mais riche existence ! :)

Oh, et je vous ai fait grâce des considérations techniques, quand même. Par fainéantise, d'accord, mais ce n'est quand même pas rien.


@Olive :

Toi, je sens que tu rêves d'un FF X HD gratos... :evil:


@Kelun :

La suite, elle est prévue dans "Phantom Room", la suite qui sortira sur PS4 et X Box One en 2015.
Oui, j'ai tout appris avec Hideo Kojima... B)

Bon, plus sérieusement, la suite, tu peux l'imaginer à ta convenance, c'est tout l'intérêt de la chose (si elle en a un) : tu peux même faire intervenir in extremis les frères Winchester qui débarqueraient dans la chambre et brûleraient la tapisserie sans vergogne, avec le démon qui vit dedans. ;) Sachant que pour ce qui est de ma version, il n'y a
Spoiler
.
Voron
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Voron
*fap fap fap*
Kelun
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Kelun
Noooooon !! Elle est où la suite bordel !!! :lol:
oliveroidubocal
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oliveroidubocal
texte copié avant transformation en pdf bien lisible sur mon ipad ce soir...car oui je lis le soir. Je likerai si je like. Bisous!
Vicporc
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Vicporc
On dirait un post de Celim 0______________0
rhed308
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rhed308
Ils sont où les boobs? Il faut cliquer sur le texte pour les faire apparaître?
C'est quoi tous ces mots, ça donne mal au crâne !!!!

Édito

 (Mais bon, on va pas se mentir, je ne sais pas pourquoi)

 

Si vous aimez les gens qui écrivent plus que bien, allez lire :

- Snake_in_a_box

- Noiraude

- Migaru

 ET QUE CA SAUTE COMME TIDUS DANS L'INTRO DE FFX !

 

 (Là encore, c'est un grand mystère, mais pas désagréable).

Si vous voulez lire des gens vraiment rigolos, par contre, c'est là que ça se passe :

- Snake_in_a_box

- Noiraude

- Migaru

 

Comme par hasard c'est les mêmes...

 

(Là, par contre, OK, rien à redire, y'a du beau linge)

L'article en question, riche en collaborateurs de qualitay, qui méritent tous ce prix avec les honneurs :

Une Rumeur Grandement Exagérée

 

*

 

Parce qu'on n'est pas tous nés avec des doigts aux mains (fonctionnels, en tout cas) !

 

Parce qu'on a tout à fait le droit de ne pas savoir parer aux jeux de combats, ou de ne pas savoir freiner aux jeux de course automobile, ou de ne pas savoir diriger son bonzhomme à Resident Evil 1 !

 

Parce qu'on n'est pas tous à l'aise avec plus de deux boutons, surtout quand il faut alterner leur utilisation !

 

Parce qu'on n'est pas tous au courant qu'on est au XXIème siècle et que de toute façon, c'était mieux avant !

 

Parce qu'on est libre de préférer acheter nos jeux à Cash Converter plutôt qu'à Micromania !

 

Le Blog du Joueur aux Mains Carrés vous propose des tests périmés et de mauvaise foi, des dessins réalisés à la hache, à l'arrache et avec des mains carrées (aussi), des découvertes culturelles à manger son code du psychiatre (sans sauce) et autres billevesées qui vous demanderont au mieux beaucoup d'indulgence, au pire du prozac. Mais surtout, surtout, depuis quelques mois, du gros troll qui tache.

 

Le Blog du Joueur aux Mains Carrées se veut un blog tout à fait inutile, sous-documenté, sous-illustré et sous-créatif, qui ne vous guidera en rien dans vos futurs achats ou vos quêtes du fini-à-200%. Le Joueur aux Mains Carrées fait un plus gros score à Tetris s'il laisse les pièces descendre sans toucher à la manette.

 

Tout est dit.

 

Enfin, le Joueur aux Mains Carrées est fan de Mr Patate, Paul Binocle et Boulet, dont il s'évertue à plagier les meilleures idées, des fois que. 

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