Le Gameblog officiel du site levelfive.fr

Par levelfive.fr Blog créé le 21/12/10 Mis à jour le 22/08/13 à 10h31

A travers des chroniques, articles de fond ou reportages, nous nous efforçons d'aborder le jeu vidéo de façon intelligente. Sans pédanterie, avec humour ou le plus grand des sérieux.

Ajouter aux favoris
Signaler
Réflexions

Je voulais vous proposer aujourd'hui un nouveau billet sur le sondage que je mène actuellement, et depuis quelques jours, semaines même, sur les fanfiqueurs de Wakfu. Après avoir évoqué mes déboires face aux refus d'Ankama, je tiens à vous donner un premier aperçu des résultats de cette enquête.

 

Actuellement, j'ai reçu 28 réponses, donc 28 fanfiqueurs, par rapport à mon questionnaire. Le questionnaire a évolué, en particulier après l'entretien téléphonique que j'eus avec Michel Bernard, mon directeur de recherche.

 

 

 

 

Avant d'apporter tout commentaire, voici le sondage actuel, et je pense définitif.

 

. Combien de livre pensez-vous lire par an ?

 

1.    1 à 9 livres
2.    10 à 24 livres
3.    25 livres et plus

 

Cette première question permet d'avoir une vision quantitative du rapport des fanfiqueurs à la littérature. J'ai choisi de reprendre les classifications de la grande enquête du ministère de la culture sur les pratiques culturelles des français. Une enquête qui se déroule tous les huit ans, la première date de 1973.

. Sur cet ensemble annuel, combien de bandes dessinées ou de mangas selon vous ?

 

1.    Moins de la moitié
2.    Environ la moitié
3.    Plus de la moitié

 

Il ne s'agit pas ici de discriminer la bande dessinée mais de chercher à aborder la question sous un angle qualitatif. Le fanfiqueur lit peu ou beaucoup mais surtout que lit-il ? De la "littérature dessinée" pour reprendre l'expression d'Hugo Pratt ou de la littérature classique, exclusivement textuelle ?

. Pour les livres lus, quel genre lisez-vous le plus ?

 

1.    Littérature classique française et étrangère (jusqu'au XXe siècle) (Exemples : Zola, Rabelais, Conrad, Tanizaki...)
2.    Roman policier (Ex : Agatha Christie, Doyle...)
3.    Roman fantastique ou de fantasy (heroic fantasy) (Ex : Tolkien, Poe...)
4.    Roman de science-fiction (Ex : K. Dick, Asimov...)
5.    Roman sentimental (Ex: collection Harlequin)
6.    Roman d'horreur (Ex : Stephen King...)
7.    Biographies (de personnalités de divers milieux, ex : chanson, cinéma...)
8.    Essais (tout livre proposant une réflexion sur un sujet : histoire, géographie...)

 

Le choix des genres est basé, là encore, sur l'enquête des pratiques culturelles des Français.

 


. Quel âge avez-vous ?

. Quel est votre sexe ?

 

1.    Masculin
2.    Féminin

 


. Quelle est votre utilisation des livres numériques ? (tablettes, Ereader...) (ne pas considérer les fanfictions lues sur ordinateur dans ce lot)

 

1.    Rare (un tiers de ma consommation annuelle de livres)
2.    Moyenne (la moitié de ma consommation annuelle de livres)
3.    Elevée (plus de la moitié de ma consommation annuelle de livres)

Cette question sur la littérature numérique est justifiée par le fait que les fanfictions de Wakfu, et les fanfictions dans leur globalité aujourd'hui, se lisent et se diffusent sur Internet, donc lecture par ordinateur. Il est intéressant de se demander s'il y a là une logique de promotion de la littérature numérique ou un cas à part dans la pratique de la lecture. De même, l'âge et le sexe permettent de mieux cerner les tendance. S'agit-il d'un lectorat masculin, féminin, mixte ? D'enfants ? D'adolescents ? Jeunes adultes ? Adultes ?

Quantitativement, on remarque tout d'abord que le fanfiqueurs de Wakfu est un moyen ou gros lecteur. Sur l'échantillon actuel, quasiment la moitié relève du gros lecteur (15/28). Trois sondés sont des petits lecteurs, le reste appartient à la catégorie des "moyens lecteurs". Ainsi, premier élément, le fanfiqueur a une pratique soutenue, voire très soutenue, de la lecture.

Mais quelle est la proportion dans cet ensemble de bandes dessinées ou de mangas ? Le fanfiqueur est-il un gros lecteur de bandes dessinées ou de romans ? Sur 28, 10 certifient que la bande dessinée ne représente qu'un tiers de leur consommation annuelle de livres. Il ne s'agit donc pas pour eux d'une pratique soutenue. 8 affirment lire majoritairement des mangas. Le reste, 10 donc, annoncent que la moitié de leur consommation de livres relève de la bande dessinée. Contrairement à la précédente question, il est ici plus délicat de déceler des tendances puisque les chiffres sont quasiment similaires d'une catégorie à l'autre. Il y a presque autant de faibles lecteurs que de moyens ou gros lecteurs de bandes dessinées. Peut-être que le sondage terminé les résultats évolueront.

Enfin, pour la question du genre le plus lu (sur le sexe et l'âge je ne peux rien donner car le changement est récent), une tendance lourde s'affirme. 21 sondés, sur 28, évoquent la fantasy et le fantastique (réponse 3). Certains mettent en avant plusieurs choix mais beaucoup de fanfiqueurs choisissent de ne citer qu'un genre. Cette tendance est compréhensible quand on sait que Wakfu entretient de nombreux liens avec ce genre littéraire (bestiaire, pouvoirs magiques, écologie...).

Ces premiers résultats sont loin d'être complets mais ils esquissent déjà, la moitié des pages de fanfictions du forum de Wakfu fut sondé, quelques tendances. On voit que majoritairement le fanfiqueur a une pratique importante voire très importante de la lecture et que pour les livres classiques il s'oriente très majoritairement vers la fantasy.

 

L'article d'origine : http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=261:reflexions-journal-dun-memoire-premieres-conclusion-du-sondage-des-fanfiqueurs&catid=35:reflexions&Itemid=29

Suivez-nous sur Twitter : https://twitter.com/#!/alfouxlf

Rejoignez-nous sur Facebook : https://www.facebook.com/pages/Levelfivefr-Chroniques-vid%C3%A9oludiques/121393444645752

Ajouter à mes favoris Commenter (5)

Signaler
Réflexions

Après un premier entretien téléphonique avec mon directeur de recherche, Michel Bernard, je me devais de vous tenir au courant des changements touchant le mémoire. Voici donc, en quelques phrases, un résumé de cet échange téléphonique.

Tout d'abord, le plan qui jusqu'à présent se divisait en deux grandes parties va changer pour devenir un plan en trois grandes parties. La première partie ne bougera pas. A part quelques ajouts liés à de nouvelles lectures, sur les salons littéraires par exemple, les sous-parties resteront stables. Voici le squelette du mémoire jusqu'à la première grande partie.

  • Introduction
  • Développement préliminaire

On trouvera dans cette partie une rapide histoire des fanfictions ainsi qu'un résumé de Wakfu. Comme il s'agit des deux grands sujets de ce mémoire, il faut bien une première approche pour les néophytes.

  • Partie I)
  1. Modes d'écriture des écrits de fans
  2. Formes des fictions de fans
  3. Pratiques littéraires au seins de Wakfu
  4. Genres littéraires des fictions de fans
  5. Modes de diffusion des fictions de fans
  6. Rapports des fanfiqueurs à la littérature

Je ne développe pas cette première partie car ce fut déjà le cas dans des billets précédents. Les seuls changements concernent un déplacement de l'histoire des fanfictions dans le développement préliminaire et, de mémoire, des modifications de place entre sous-parties.

La seconde partie, pas encore clairement définie pour les sous-parties, portera sur la transfictionnalité (personnages qui passent d'un roman à l'autre, d'une fiction à l'autre, devenant des types. Un même personnage réutilisé par plusieurs auteurs). L'étude comparée littérature et écrits fictionnels de fans se poursuivra donc sous cet angle. Il s'agira de montrer que cette réutilisation des personnages appartenant à Ankama par les fans n'est pas un procédé étranger à la littérature. On trouve des correspondances dans la littérature traditionnelle.

On peut évoquer des personnages mythologiques traversant les siècles, passant d'auteur à auteur, d'un genre littéraire à un autre. Electre pour le théâtre du XXème siècle, Don Quichotte qui connut une suite, Bovary de même, Les Misérables également. On peut évoquer le cas de personnages poursuivant leur destin en changeant d'auteur comme San Antonio qui passa du père au fils après la mort du père. La fanfiction, et écrit fictionnel de fan pour être plus large, se place-t-elle dans un tel sillon ou élargit-elle se rapport visible et lisible dans la littérature traditionnelle ? Apportant ainsi une plus grande souplesse dans le rapport auteur/propriétés intellectuelles ?

On pourra aussi évoquer la novelisation (film traduit en roman, jeux vidéo en romans, etc.) qui est également un phénomène de la transfictionnalité. On trouvera dans cette seconde partie des évocations de la théorie littéraire des mondes possibles (Sophie Rabot s'attaque à la transfictionnalité pour ce qui est de la théorie des mondes possibles en littérature) ou encore du "monde persistant" de Jenkins qui peut faire pendant à une forme de création purement littéraire : la saga. La saga ayant pour but d'explorer avec minutie des personnages et la géographie (réaliste ou non) d'un monde imaginaire ou du moins pensé.

Enfin, la troisième partie devrait aborder la question de la légitimation des fanfictions et autres écrits fictionnels de fans. Il s'agira d'étudier la jonction entre l'univers de la fanfiction, ou de la fiction amateur, et la littérature traditionnelle. Passer de l'écriture loisir à une écriture plus "sérieuse", validée par Ankama. Mais également le rapport littérature officielle (Ankama) et officieuse (les fans).

Il s'agira donc de voir les rapports de validation qui se font au sein de ces fictions de fans. Avec les fanfictions, on observe une reconnaissance par les pères (auteurs confirmés de fanfictions, scénaristes d'Ankama). De ce rapport de légitimation, on étudiera alors les différences avec la littérature, afin de voir comment les fanfictions bouleversent le rapport à l'écriture et à la légitimation littéraire (auteur/éditeur pour la littérature traditionnelle; auteur qui se fait soi-même agent, éditeur, etc...avec la fanfiction). La fanfiction semble mettre l'accent sur l'aspect collectif de l'écriture, dépassant ainsi la littérature traditionnelle qui reste dans un rapport solitaire et exclusif. Une oeuvre littéraire est l'oeuvre d'un auteur, l'écriture collective est rare. Masquée (Drumont qui pilotait une équipe pour Les Rois maudits) ou mal vue (le nègre littéraire).

Bref, les deux grandes parties vont s'affiner. Je vais organiser tout cela pour proposer plus tard des sous-parties. Il s'agit toujours d'étudier la littérarité des écrits de fans en poursuivant la logique sur d'autres terrains, que ce soit le maniement de la propriété intellectuelle ou la légitimation de son écrit dans les deux domaines.

Autre remarque, à propos du questionnaire adressé aux fanfiqueurs (leur rapport à la littérature), je vais ajouter une question sur l'âge, le sexe mais également leur rapport à la littérature numérique (ebooks, tablettes).

Et en bonus, une belle réponse d'un fanfiqueur m'expliquant son rapport à la littérature :

"Les fanfictions de Wakfu", sur son rapport à la littérature : "Le rapport qui lie la littérature et la fan-fiction est que la lecture m' incite à écrire et inversement, mes créations ont besoin d' exemples afin de permettre au déroulement de l' histoire d' avoir un foisonnement de détails, un rendu plus réaliste si bien que tous les sujets que je souhaite mentionner à l' avenir dans " le cycle krosmique " seront d' abord étudiés grâce à d' autres oeuvres. Par exemple, " le cycle " qui en premier lieu est l' histoire de mon personnage en jeu, se transformera à l' avenir en une quête initiatique ; de ce fait j' ai une pile de livre du genre " New age " sous le coude de Joseph Chilton Pearce à Labsong Rampa. Au sein de ma fic, se déroulera notamment plusieurs enquêtes, alors je relis toutes les oeuvres de Conan Doyle. Les biographies constituent aussi une part importante de mes lectures afin de développer mes personnages. J' ai pu lire notamment la biographie de Robert-Houdin ou celle de Vigée-Lebrun afin d' inspirer la création de Celescio et de Lucciola.
La fantasy est bien sûr très importante et pour ce genre, j' ai une nette préférence pour Mathieu Gaborit.
Bref, je lis tout ce qui mérite d' être lu ^^."

L'article d'origine : http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=260:reflexions-journal-dun-memoire-nouveaux-changements-au-niveau-du-plan&catid=35:reflexions&Itemid=29

Suivez-nous sur Twitter : https://twitter.com/#!/alfouxlf

Rejoignez-nous sur Facebook : https://www.facebook.com/pages/Levelfivefr-Chroniques-vid%C3%A9oludiques/121393444645752

 

Ajouter à mes favoris Commenter (6)

Signaler
Réflexions

Comme il s'agit du journal d'un mémoire, je vais, pour une fois, utiliser cette tribune comme un vrai journal. Je ne vais donc pas recopier une version d'une sous-partie du mémoire mais évoquer les difficultés rencontrés. En effet, rédiger un mémoire n'est pas toujours évident. On passe de la joie à la peine, de l'euphorie à la désillusion en fonction des critiques et des obstacles de l'enquête.

Si vous suivez ce journal, vous savez déjà que la première grande partie devrait comporter une sous-partie se penchant sur le profil littéraire des fanfiqueurs de Wakfu. Il me semble indispensable de les interroger pour voir si le rapprochement des fictions de fans avec la littérature, plus ou moins important selon l'angle d'approche, est conscient ou instinctif.

 

Il me fallait donc choisir une forme pour interroger les fanfiqueurs. Sondage ? Questionnaire ? Le sondage fut ma première option. Seulement, la mise en place d'un sondage n'est pas simple. Les sites permettant de créer un sondage en ligne ne me satisfirent pas vraiment. Pas assez de possibilités, des publicités intrusives pour les solutions gratuites, etc.

Abandonnant l'idée du sondage en ligne, je songeai un temps à proposer un sondage à télécharger (format Word) sur un site du type petitfichier.com. Seulement, après une tentative avortée, je décidai d'abandonner cette piste. Publicités intrusives, crainte du téléchargement (virus) de la part des fanfiqueurs...

La solution idéale m'apparut alors : un questionnaire court mais pertinent, simple et rapide à remplir. Il ne faut pas que le questionnaire soit trop long, trop contraignant. On risque sinon de perdre une grande partie de la cible visée. Au lieu d'un sondage en ligne via un service internet ou d'un fichier Word à télécharger, je me décidai à poster mon questionnaire sur le forum officiel de Wakfu. Pour répondre, que trois questions à choix multiples, le fanfiqueur n'avait qu'à ajouter ses choix à la suite du message (en mettant en gras les réponses par exemple). Simple, rapide.

Seulement, c'était sans compter sur la modération de l'équipe de Wakfu. A peine posté, le sujet fut fermé. Alletun, modérateur du forum, m'expliqua que "les sondages non cautionnés par Ankama sont interdits sur le forum".
 Me donnant un nom, Eskarina, je pris alors contact avec cette personne. J'essuyai alors un second refus, "Malheureusement nous ne pouvons pas autoriser de tels sondages sur le site pour éviter toute dérive, j'en suis navrée".

Sonder les fanfiqueurs sur leur rapport à la littérature devenait problématique. Comment faire ? Comment toucher les fanfiqueurs tout en contournant ce refus d'Ankama ? Par chance, une jeune lectrice, LMS, m'envoya un message après avoir lu mon message. Elle me proposa son aide, autrement dit de poster le même sondage sur un forum de fans. L'idée était séduisante seulement les sites de fans sont nombreux et la plupart ne touchent qu'une dizaine de personnes (le total des inscrits). Un site sortait du lot, Wakfu World, connu et reconnu par la communauté Wakfu mais également par l'équipe d'Ankama, c'est le grand site non-officiel.

Contactant le responsable du site, Saternio, je reçus quasiment le lendemain un nouveau refus : "Je suis beaucoup sollicité pour ce genre d'initiatives personnelles et je ne peux malheureusement pas satisfaire la tienne, sinon il me sera beaucoup plus difficile de dire non aux autres". Bref, un nouveau refus qui s'ajoutait aux autres, je compris alors qu'il était bien difficile de mettre en place une telle enquête. Seulement, je ne voulais pas abandonner. Cette partie du mémoire avait, et a toujours, sa pertinence.

Depuis, j'ai trouvé la solution. Je me dévoue désormais à envoyer le sondage sur la boite mail personnelle des fanfiqueurs qui postent sur le forum officiel de Wakfu (le forum officiel propose une messagerie privée assez efficace). L'opération est longue, surtout que Ankama limite l'envoi à 25 messages par jour : dérisoire si l'on compte les remerciements que j'envoie à chaque réponse), mais a l'avantage de toucher avec précision le public visé.

Cette histoire relève de l'anecdote mais a le mérite de montrer que la rédaction d'un mémoire est parfois complexe. Je ne dévoile encore rien du sondage, j'accumule de plus en plus de réponses, des tendances lourdes se dégagent. Bref, à bientôt pour un nouveau billet du journal d'un mémoire, un billet plus classique la prochaine fois.

L'article d'origine : http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=259:reflexions-journal-dun-memoire-le-sondage-impossible&catid=35:reflexions&Itemid=29

Suivez-nous sur Twitter : https://twitter.com/#!/alfouxlf

Rejoignez-nous sur Facebook : https://www.facebook.com/pages/Levelfivefr-Chroniques-vid%C3%A9oludiques/121393444645752

Ajouter à mes favoris Commenter (4)

Signaler
Réflexions

En ce début février, je vous propose le nouveau plan du mémoire, et un affinement de la problématique.

 

 

 

 

Introduction (amorce, présentation de la problématique, annonce de plan)

 

Problématique : "Les productions textuelles autour de Wakfu relèvent-elles de la littérature ?".

Développement préliminaire (Présentation synthétique de Wakfu)

 

I) Les fanfictions et la littérature

 

Pour savoir si les productions textuelles des fans de Wakfu relèvent de la littérature, il convient d'effectuer une étude comparée entre ces productions et la littérature traditionnelle. Pour apporter de la cohérence à cette étude, on suivra pour cette première partie les différents processus de la création d'une fiction. De l'idée à la lecture.

 


A) Histoire des fanfictions (Pour mieux cerner ce que sont les fanfictions, rapide historique. Les fanfictions demeurent le gros des pratiques textuelles étudiées)

B) Les formes des fanfictions (Exclusivité du texte comme en littérature traditionnelle ? Hybridation ?)

C) Modes d'écriture des fanfiqueurs (Du côté de la solitude de l'écrivain ou des exercices littéraires collectifs du style les Surréalistes ?)

D) Pratiques littéraires au sein de Wakfu (Dans les productions textuelles des fans, on trouve d'autres exercices textuels (rôle-play...), à côté des fanfictions. Ces pratiques se rapprochent-elles des productions littéraires orales comme le conte, le théâtre, les causeries littéraires des salons ?)

E) Genres littéraires (Les productions textuelles des fans s'inscrivent-elles dans des genres littéraires ? Lesquels ?)

F) Modes de diffusion (Les productions textuelles des fans utilisent-elles les canaux classiques de la littérature pour se diffuser (comité de lecture, maison d'édition) ? Ou vont-elles du côté des nouvelles pratiques littéraires (auto-publication, maison d'édition numérique : ebooks) ?

G) Sociologie du fanfiqueur (Les analogies littéraires constatées précédemment dans les productions textuelles des fans sont-elles le fait d'une connaissance littéraire ? Quelle connaissance ? Paralittérature ? Littérature classique ?)

Transition : Ainsi, les fanfictions ne s'inscrivent pas pleinement dans la continuation de la littérature traditionnelle (ses formes, genres, écoles, courants, etc.). Les fanfictions tiennent surtout de l'hybridation et du détournement, de la réutilisation lointaine. Seulement, cette propre littérature, conçue par les fans pour les fans, n'est jamais à considérer comme isolée, officiant dans un vase clos. Une fanfiction fera toujours échos à une oeuvre fictionnelle, plus classique (pour son inscription dans un genre, une forme...). C'est encore plus le cas pour une oeuvre transmédia puisqu'une telle oeuvre cherche à bâtir un monde parallèle, vraisemblable. Les scénaristes, produisant la littérature officielle de la série Wakfu, constatent une concurrence des fans sur le terrain de l'explication de ce monde imaginaire. Développement, réécriture, contestation sont autant de possibles pour les productions textuelles des fans. La littérarité questionnée précédemment doit donc également interroger ce rapport entre la littérature officieuse des fans et celle officielle des scénaristes d'Ankama. De tels rapports trouvent-ils un écho dans la littérature traditionnelle ? Les fictions des fans poursuivent-elles encore le sillage de la littérature à ce niveau-là ? Ou proposent-elles de nouvelles relations ?

 

II) Littérature officielle et officieuse (les fanfictions et les écrits officiels des scénaristes d'Ankama)


A) "Monde persistant" de Jenkins (Évoquer la théorie de Jenkins pour avoir une vision d'ensemble du oeuvre transmédia comme Wakfu)

B) Théorie littéraire des mondes possibles (Pour comprendre la hiérarchie des éléments d'une création transmédia, donc la place des écrits officieux et officiels, le rapport entre eux)

C) Influences de l'officiel sur l'officieux (Des influences entre ces deux littératures ? Démarcation par rapport à la littérature traditionnelle ou des analogies existent ?)

D) Transition de l'officiel vers l'officieux (La fiction d'un fan peut-elle devenir une fiction "officielle" ? Des cas similaires en littérature ?)

E) Limites de la tolérance d'Ankama (Rapports d'Ankama aux fanfictions ? Similaires aux autres fanfictions ? La littérature traditionnelle propose-t-elle une même  vision de la propriété intellectuelle ? )

Conclusion

Bibliographie

Annexes (des captures d'écran)

 

L'article d'origine : http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=258:reflexions-journal-dun-memoire-nouveau-plan-et-affinement-de-la-problematique&catid=35:reflexions&Itemid=29

Suivez-nous sur Twitter : https://twitter.com/#!/alfouxlf

Rejoignez-nous sur Facebook : https://www.facebook.com/pages/Levelfivefr-Chroniques-vid%C3%A9oludiques/121393444645752

Ajouter à mes favoris Commenter (4)

Signaler
Réflexions

Il n'est pas toujours évident de suivre la progression, et la cohérence, du mémoire qui se construit peu à peu, et du journal ici présent qui cherche à retranscrire les évolutions de cette réflexion. C'est pour cette raison que j'ai décidé de faire le point sur l'état du mémoire.

J'avais déjà rédigé début décembre un article sur l'élargissement du sujet. On passait en effet d'une étude stricte sur les fanfictions à une étude de l'écrit dans la production fictionnelle des fans. J'avais justifié, il me semble, avec pertinence cet élargissement. Seulement, des interrogations demeurent. Elles touchent aussi bien la problématique que la cohérence du déroulement du mémoire.


La problématique n'est pas définitive mais, à l'heure actuelle, elle prend la forme suivante : Quelles formes, quelles fonctions pour les fanfictions, et autres productions fictionnelles textuelles, dans le cadre d'une création transmédia de type Wakfu (oeuvre transmédia dont le point de convergence est un jeu de rôle massivement multi-joueur en ligne) ?

Après un premier examen de l'univers de Wakfu (développement préalable expliquant au plus grand nombre ce qu'est Wakfu), il me semble intéressant de s'interroger sur les fanfictions. Quelle définition ? Quelles contraintes liées à ce type de création ? Après une étude de cette question, donc de la forme originelle (ou des formes permises) de la fanfiction, il est évident que les fanfictions sont des productions majoritairement textuelles.

Cette affirmation découle de l'histoire des fanfictions plus que d'une codification rigoureuse de théoriciens. Du fait de cette forme, ce type de fiction se prête parfaitement une étude comparée avec un autre domaine de création, la littérature (fictions textuelles également). Pourquoi une telle étude comparée ? Tout simplement parce que cet élément de comparaison permettra de mieux comprendre les fanfictions, de cerner ce qu'elles sont dans un premier temps avant de les envisager dans la perspective d'une oeuvre transmédia, Il est nécessaire de connaître son sujet, dans l'absolu, avant de l'observer dans un cas précis.

Comment mener à bien cette étude comparée ? Tout simplement en retraçant le circuit du livre, ou plutôt de la création de fictions. De l'idée à la conception jusqu'à la diffusion.

Cette première partie nous aidera ainsi à comprendre ce que sont les fanfictions. Les deux autres grandes parties nous permettront d'analyser les fanfictions dans le cadre précis de la création transmédia. La seconde partie se focalisera sur deux théories, la théorie littéraire des mondes possibles et celle du « monde persistant » d'Henry Jenkins. Grâce à ces théories, on pourra avoir une vision d'ensemble structurée de la création transmédia et de la place, et des fonctions, de la fanfiction en son sein. Le « monde persistant » de Jenkins nous permet de visualiser cet ensemble, de dégager une structure à ce qui semble, a priori, être une nébuleuse. Puis, la théorie littéraire des mondes possibles nous offrira une grille de lecture de cet ensemble, comme une hiérarchie et une place pour les écrits officiels (des scénaristes de Wakfu) et les écrits de fans.
La troisième, et dernière, partie consistera à étudier les rapports entre ces écrits officiels et officieux dégagés lors de la précédente partie. Autrement dit, l'influence de l'officieux sur l'officiel, le passage de l'officieux à l'officiel (publication dans des magazines, etc.) et les limites de la tolérance des tenants de la littérature officielle sur celle des fans (donc les limites autorisées par Ankama pour la manipulation de sa propriété intellectuelle).

Ce plan et cette problématique ont probablement des défauts. Néanmoins, il me semblait nécessaire de poser ces bases au moment où le mémoire, et son journal, devenait de moins en moins clair. Pour moi, comme pour mes lecteurs.

L'article d'origine : http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=257:reflexions-journal-dun-memoire-le-point-sur-la-problematique-et-le-plan&catid=35:reflexions&Itemid=29

Suivez-nous sur Twitter : https://twitter.com/#!/alfouxlf

Rejoignez-nous sur Facebook : https://www.facebook.com/pages/Levelfivefr-Chroniques-vid%C3%A9oludiques/121393444645752

Ajouter à mes favoris Commenter (7)

Signaler
Réflexions

Il a été question, jusqu'à présent, des écrits de fiction (fanfictions en grande partie) rattachés à l'univers de Wakfu. L'étude des modes d'écriture permet de mieux cerner la gestation de ces productions. Mais qu'en est-il des contenus par rapport à la littérature ? Retrouve-t-on des genres connus des littéraires ? Des hybridations ? Des inventions ? Des pratiques textuelles renvoyant à certaines formes de création fictionnelle anciennes ?

Avant d'aborder la question des genres littéraires à travers les fanfictions de Wakfu, il semble intéressant de se pencher sur la question des anciennes formes de création de fiction. En effet, l'utilisation du texte par les fans, pour créer des fictions, ne se limite pas à la rédaction de fanfictions publiées sur Internet. On trouve également, au sein du jeu Wakfu, une utilisation importante du texte allant dans ce sens.

Petit théâtre

 

 

Il faut tout d'abord savoir qu'au sein du monde imaginaire de Wakfu, les joueurs communiquent entre eux via des bulles de texte. Ces bulles font penser aux phylactères des bandes dessinées qui expriment la parole, ou la pensée, d'un personnage précis. Ainsi, un joueur peut dialoguer avec d'autres personnages en écrivant du texte sur son clavier et lire la réponse de son interlocuteur en regardant la bulle qui lui répond. Sans rentrer dans trop de détails, on remarque qu'il existe plusieurs manières de dialoguer. Il s'agit toujours d'utiliser le texte mais ce texte peut-être partagé avec tous ou restreint à un groupe préalablement défini.

En jouant à Wakfu, j'ai pu découvrir que les fans qui écrivaient des fanfictions pouvaient également pratiquer ce que l'on nomme le « rôle-play ». Il s'agit de faire vivre son personnage en s'assimilant complètement à ce dernier le temps d'une partie. Le joueur prend la peine de construire un passé à son personnage, des traits de caractère et peut se lancer ainsi dans des événements qu'il scénarise lui-même, impliquant souvent plusieurs joueurs faisant également du rôle-play. Avant d'étudier plus en détail les pratiques littéraires anciennes que l'on peut retrouver dans cette pratique particulière du jeu de rôle en ligne, il semble important de proposer une synthèse de ce qu'est le rôle-play.

Tout d'abord, le rôle-play est une pratique possible du jeu. En effet, tous les joueurs au sein de Wakfu ne font pas de "rp" (abréviation utilisée entre initiés), certains préfèrent le "xp" (autrement dit, faire gagner à son personnage de l'expérience en menant des combats, donc augmenter le niveau son niveau d'évolution, ses statistiques, etc.). En se penchant sur la pratique du "rp", on découvre que cette pratique n'est pas que la manifestation d'une liberté absolue. En effet, une codification parfois importante structure ces échanges.

Classes de personnages dans Wakfu

 

La classe du personnage que le joueur choisit, avant de se lancer dans l'aventure, est déjà une détermination importante. En effet, chaque classe a sa psychologie et il serait incongru d'aller à l'encontre de cette base (sauf s'il s'agit de pratiquer le détournement volontaire). Par exemple, un personnage peut-être un Iop. Un Iop est un guerrier, il est réputé pour sa force, sa bravoure (son souhait le plus profond est de mourir en héros, d'entrer dans la légende pour reprendre quelques expressions de Tristepin, personnage Iop du dessin animé Wakfu), mais pas pour son intelligence. Une des moqueries récurrentes dans le dessin animé, à l'égard de Tristepin, mais que l'on retrouve également dans le jeu Wakfu (entre joueurs), est "cervelle de Iop".

Pratiquer le rôle-play, c'est se plier à des déterminations, c'est donc faire abstraction de notre monde, accepter la logique du monde imaginaire de Wakfu. En effet, si l'on pratique le rôle-play, on ne peut pas parler de bus ou de philosophie rousseauiste. Ces éléments de vie appartiennent à notre monde. Il convient donc d'être cohérent par rapport à la psychologie de notre classe, l'essence du personnage, mais également cohérent vis-à-vis de l'univers fictionnel dans lequel on évolue.

L'univers fictionnel du rôliste (celui qui pratique le rôle-play) dans Wakfu, c'est le background (l'arrière-plan, ici au sens d'histoire). Dans le cas de Wakfu, il s'agit du monde des douze. Cette contrainte veut donc dire que pour le rôliste, il faut respecter un cadre géographique (pour Wakfu, un monde partiellement englouti après le chaos de l'ogre Ogreste, ses pleurs noyèrent des terres), un cadre temporel (actuellement nous sommes en 970 dans Wakfu) et des particularités techniques et technologiques (pas de voitures, de bus mais des portails Zaap, des montures et...vos pieds).

Après ces quelques éléments, il convient de rentrer un peu plus dans le détail. J'évoquais plus haut la psychologie générale de la classe. La classe définit également des caractéristiques physiques. Par exemple, un Iop n'a pas d'iris. Il serait donc absurde, si je converse en "rp" avec un Iop, de lui dire « Regarde-moi dans les yeux ».

La pratique du "rp" se soumet donc à des contraintes variées. C'est également une pratique, fictionnelle et textuelle, qui peut s'exercer de diverses manières. Il est possible de ne faire que du "rp", certains joueurs croisés m'affirmèrent que ce personnage (ils en avaient plusieurs) était dédié au « rp ». D'autres par contre préfèrent pratiquer le "rp" de temps en temps. Pour baliser cet exercice singulier, les joueurs parlent de "séances RP". Sur Wakfu, le joueur Nalon m'avoua qu'il ne faisait pas d'xp le soir mais qu'il pratiquait le rôle-play. Il partageait ainsi son temps de jeu sur Wakfu de manière très distincte. Un temps pour se battre et un temps pour tenir un rôle et donc créer des histoires via ses actions et le texte (dialogues).

Mais comment débute un « rp » ? Il est possible de rentrer pleinement, de manière arbitraire, dans un échange. Ce fut plusieurs fois mon cas. J'observais par exemple Xremington, un joueur dont la classe est « brigand », à la taverne d'Astrub racontant des histoires sanglantes. J'ai écouté et suis intervenu à plusieurs reprises en faisant le Iop, donc la brute ("Ouais, du sang !!", "Encore de la baston").

Il est aussi possible de débuter grâce à des phrases vides de sens, qui ne servent qu'à établir une connexion, à montrer à son interlocuteur que l'on dialogue en tant que personnage et non en tant que joueur. En disant, par exemple à la taverne d'Astrub, « Bonjour, vous me servez à boire ? », l'autre joueur comprend qu'il ne s'agit pas d'un joueur ordinaire mais d'un rôliste. En tous les cas, les indices sont nombreux (vouvoiement, évocation d'une pratique virtuelle comme s'il s'agissait d'une pratique réelle, etc.). Mais où se pratique le rôle-play dans Wakfu ?

Le "rp" se pratique dans des lieux particuliers même si, au quotidien, il est possible de l'exercer où l'on veut. Bien souvent, dans Wakfu, c'est dans la taverne d'Astrub que les échangent naissent (carrefour des joueurs abonnés ou non, juste après l'initiation qui sert de tutoriel). Le fait qu'il s'agisse d'une taverne offre aux rôlistes des possibilités de mise en scène. S'asseoir sur un tabouret ou sur la table montre aux autres, sans rien dire, le caractère du personnage. Du respectueux au frondeur. Encore une fois, il s'agit d'indices pour une interprétation. Il existe des tavernes dans les autres nations mais elles sont souvent moins fréquentées.

Les caractéristiques de notre personnage, imposées par le jeu (la classe) ou par soi-même (l'histoire qu'on lui invente), guident les échanges. Par exemple, les sens physiques du personnage. Si j'incarnais un Ecoflip, j'aurais un odorat très fin. Je pourrais donc, dans certaines situations, inventer des dialogues en me basant sur cette donnée propre à ma classe et le cadre (à côté d'un Iop, je peux faire la grimace et me plaindre d'odeurs nauséabondes). Les sens psychiques correspondent eux principalement à l'histoire que j'imagine pour mon personnage. Son enfance, son passé. Si j'imagine une enfance difficile, je pourrais facilement jouer sur une émotivité forte.

Il faut noter, même si cela semble une évidence, que le "rp" doit être voulu par tous les personnages en contact. Je vis un soir une scène illustrant une rupture de ce contrat tacite. Xremington était à la taverne d'Astrub, toujours provoquant il posa son personnage sur une estrade, devant un autre joueur (Pisio) dont le personnage était une femme. La surplombant, Xremington commença à tenir un propos volontairement outrancier en demandant à Pisio s'il voulait vendre son corps contre quelques Kamas (monnaie du jeu). Pisio, au lieu de rentrer dans le jeu, en s'offusquant ou non, rompit toute volonté de rôle-play en affirmant qu'il était "un gars". Xremington jouait un rôle, Pisio refusa de rentrer dans l'échange. Il parla en tant que joueur et non en tant que personnage. Le rôle-play est une pratique fictionnelle comprenant des contraintes mais cette création de fiction au sein du jeu passe-t-elle exclusivement par le texte ?

Dans Wakfu, le "rp" peut utiliser différents canaux. A côté des dialogues écrits, et visibles via des bulles, il existe en effet des émoticônes. Ils sont nombreux et permettent, si l'on clique sur l'un d'entre eux, de faire agir notre personnage. On y trouve une matérialisation de la colère, le fait de pointer du doigt voire de lâcher une flatulence.

Voici un exemple d'une utilisation pour le rôle-play de ces émoticônes. Un soir, je découvris un joueur, Kills Heal, à la taverne d'Astrub. Ce dernier ne parlait pas mais son comportement relevait du rôle-play. En effet, son personnage lisait la gazette de Wakfu. Seulement, au lieu de laisser son personnage seul, sans mise en scène, il l'avait laissé à une table, assis sur un tabouret, un journal à la main. L'avatar reproduisait la pratique réelle du joueur, ce qui n'était pas obligatoire si Kills Heal voulait lire la gazette en tant que joueur sur son ordinateur.

D'autres outils sont proposés par les développeurs pour favoriser les rôlistes à vivre leurs histoires. Par exemple, en utilisant « ** » au début de son message, notre texte prendra la forme d'une bulle de songe.

Seulement, à côté de cela, on note l'émergence de conventions d'écriture inventées par les rôlistes. La pratique du rôle-play a entériné certains codes. Par exemple, en entourant son texte de « * », le joueur signale une action comme : *frappe le Iop*. On ne verra rien à l'écran, mais le rôliste palie l'absence de possibilités physiques offertes par les développeurs en rédigeant du texte. Certaines actions ne peuvent se faire via les émoticônes, ainsi les rôlistes rusent.

Avec une telle synthèse, on cernera plus facilement ce qu'est le rôle-play. Une question demeure : quel(s) lien(s) peut entretenir cette pratique majoritairement textuelle, cherchant à créer des fictions, avec la littérature ?

En assistant à plusieurs sessions de rôle-play, on se rend compte tout d'abord qu'il s'agit d'une pratique de groupe. Puis, d'une pratique orale, improvisée ou non, retranscrite par du texte dans le jeu. Par la volonté de fictionnaliser le propos, de créer des fictions à plusieurs en racontant des histoires ou en incarnant des histoires (personnage avec un passif imaginé), on se rend compte que le rôle-play est une pratique qui s'éloigne du simple chat (IRC : Internet Relay Chat) (1).

Chat IRC

En regardant cette pratique dans une perspective littéraire, on perçoit plusieurs analogies avec des pratiques littéraires anciennes marquées par l'oralité. En effet, la littérature n'a pas toujours été le fait de l'écrit, pas exclusivement. Même si l'écrit de fiction a connu une expansion forte grâce à la popularisation de supports (des écrits égyptiens sur ardoise ou papyrus à la massification via l'imprimé sortant des imprimeries à caractères mobiles type Gutenberg, voire aujourd'hui le numérique), il y a toujours eu en parallèle l'existence d'une littérature orale.

On constate encore aujourd'hui, par exemple, la pratique de spectacles de conteurs, pour un public d'enfants ou pour adultes. La pratique du rôle-play dans Wakfu ne fait au fond que poursuivre cette pratique orale de la littérature. Il y a une véritable filiation, consciente ou non (ce qui reste à déterminer), qui existe entre ces sessions dans le jeu et des manifestations orales de l'antiquité.

Au temps de la Grèce antique, les grandes cités organisaient de nombreux concours artistiques comme le rappelle Jean-Charles Moretti dans son livre Théâtre et société dans la Grèce antique (2).

Les rhapsodes par exemple étaient des spécialistes de la déclamation de poèmes sans accompagnement musical (3). Artisan de la déclamation, le rhapsode choisissait un poème qu'il psalmodiait en public et participait parfois à des concours artistiques (4).

Les adeptes du rôle-play dans Wakfu aiment à créer des événements (« events »). Ces évènements consistent bien souvent en une réunion de plusieurs personnes afin de créer une histoire, élaborer un concours, etc.
Pour étudier ces filiations, on se focalisera sur le forum officiel de Wakfu, ce dernier possède une rubrique nommée « Évènements entre joueurs » (5). En consultant plusieurs pages de cette rubrique, via diverses recherches par mots-clés (« poésie », « concours », « poèmes », « théâtre », etc.), on tient la preuve que les rôlistes de Wakfu réactivent plusieurs pratiques antiques de la littérature. Mais de quelles manières ?

Jean-Charles Moretti parlait de concours artistiques. On retrouve des concours du même type sur Wakfu. Un phénomène récurrent reste le concours de poésie. Certains rôlistes emploient des termes très techniques, comme « barde » (6), ou encore des références littéraires (comme Cyrano de Bergerac (7)) ce qui semble signaler une culture littéraire. Ce point sera étudié plus en profondeur dans le dernier chapitre de cette première grande partie lorsqu'il sera question de la sociologie des auteurs.

Grâce à l'existence de ce monde imaginaire qu'est Wakfu, et grâce à la marge de manoeuvre allouée par les développeurs, il est tout à fait possible de créer des réunions artistiques au sein du jeu. Certains concours sont parfois le fait des développeurs. Un bon exemple ici avec le concours Une note de tendresse (8) où le but était de déclamer son amour aux membres de Clan. On observera plus en détail ces rapports entre l'officieux et l'officiel dans la dernière partie de ce mémoire. Pour le moment concentrons-nous sur les concours créés et organisés par les fans eux-mêmes. Afin de comparer intelligemment ces concours à ceux de l'Antiquité, il serait intéressant de se demander comment se déroule ce type de réunion poétique.

Le concours poétique qui se déroula en mars 2012, rapportée par Bananeblonde (9) nous renseigne sur plusieurs éléments. Tout d'abord, le concours se déroula sur une estrade à Sufokia (une des nations de Wakfu), « J'arrive sur l'estrade de l'artère sans arrêtes accompagnée par certains participants de ma réunion » écrit Bananeblonde. Dans chaque état, les développeurs ont pris la peine de proposer des estrades. On observe là une appropriation du matériel du monde imaginaire de Wakfu par les fans. Ils décident, cette fois-ci, d'en faire le lieu d'un concours poétique.

Le message, annonçant le concours, est véhiculé par des « tofus voyageur » (créature de Wakfu ressemblant à des poussins), « portant des affiches ». On apprend également que le concours se solde par une récompense en Kamas (la monnaie du jeu). Bananeblonde explique, « Un lot de 30 Kamas sera donner au vainqueur, un Lot de 10 Kamas au second et 5 kamas au troisième...Plus ! Une bourse de 5 Kamas pur un prix...Spécial ! ».

Le déroulement du concours fut particulièrement simple. Les participants, une dizaine, passèrent les uns à la suite des autres sur l'estrade pour déclamer leur poème. Le jury, dont le gouverneur de l'Etat organisant ce concours, décerna les prix. Les poèmes sont retranscrits dans le sujet dédié à ce concours sur le forum officiel de Wakfu. On trouve également dans le sujet la liste des participants.

Une limite est à relever, celle de l'accord de tous les participants. En effet, comme ce genre de concours est organisé par quelques-uns, qui attendent la participation, et la bonne volonté, d'autres joueurs, rien n'empêche l'intrusion de joueurs refusant de « faire semblant ». Bananeblonde rapporte ainsi « dommage que certain ne cherche pas à jouer le jeu ». A côté de ces ruptures de contrat, en se basant sur cet exemple, et après avoir expliqué les concours artistiques de l'Antiquité, quelles analogies relève-t-on entre ces deux pratiques ?

Tout d'abord, l'organisation de l'événement est rattachée à un lieu précis. Ici, une estrade. En parcourant plusieurs sujets relatifs à des concours poétiques du même type, j'ai pu constaté que les joueurs privilégiaient souvent le havresac. Il s'agit là d'un sac magique que possède chaque joueur. Il est possible de rentrer dedans et d'aménager son espace comme une maison (qui grandit avec l'expérience du personnage). Le fait que ce lieu soit privé, et ressemble à une maison, est propice au calme et à la création de café-théâtre (10). Je n'ai par contre pas relevé l'existence de théâtres comme durant l'Antiquité, au mieux des havresacs aménagés comme des tavernes (11).

On trouve également, comme au temps de la Grèce antique, l'existence de prix en or. Chaque concours trouvé sur le forum officiel de Wakfu proposait comme récompenses des lots plus ou moins conséquents d'argent. Néanmoins, malgré ces analogies, on ne retrouve pas la richesse des concours artistiques de l'Antiquité dans ces initiatives au sein de Wakfu.

Par exemple, on ne retrouve pas d'utilisation d'instruments comme la cithare, de costumes (masques, vêtements), de mécènes type chorège ou agonothète, etc. Il est possible que ces absences tiennent aux limitations techniques. Les joueurs pratiquent le rôle-play avec les outils fournis par les développeurs. Même s'il est possible d'en détourner certains, de se les approprier comme les estrades, très rapidement les joueurs vont buter sur les limites des matériaux disponibles. De ce fait, un concours artistique prendra le plus souvent la forme d'une réunion entre personnages parlant chacun leur tour dans un lieu précis (souvent isolé, pour le calme, tel un havresac aménagé). Mais les joueurs utilisent-ils forcément toutes les possibilités offertes, déjà, par les développeurs ?

Il semble difficile d'être tout à fait affirmatif, d'annoncer que les rôlistes utilisent tous les moyens possibles et réclament toujours plus de facilités. Par exemple, le jeu permet de faire agir de différentes manières son personnage, via les émoticônes évoquées plus haut. Il est possible, si encore on possède ces actions, de faire chanter pendant quelques secondes notre personnage, ou de lui faire jouer de la guitare. Alors que les développeurs proposent de telles opportunités, je n'ai pas assisté, ni lu dans un compte-rendu, à l'utilisation de ces actions prédéfinies dans le cadre d'un concours de poésie. Ce qui contribue à simplifier les concours poétiques par rapport aux concours ou pratiques fictionnelles du passé, comme par exemple les troubadours du Moyen Age utilisant des instruments (12). A noter tout de même, pour les émoticônes, que des discussions peuvent naître sur le sujet, voire des demandes (13), malheureusement ce phénomène reste marginal.

En se référant au travail de Jean-Charles Moretti, on peut dire que les concours poétiques organisés dans Wakfu sont surtout d'ordre chrèmatique (non sacrées, avec récompenses numéraires) et les participants s'apparentent essentiellement à des rhapsodes (déclamation d'un texte sans accompagnement musical).

Plan d'un théâtre type de la Grèce antique

Comme ces concours se restreignent le plus souvent à la déclamation d'un texte, il n'est pas rare de voir également naître ce genre d'initiatives sur le forum de Wakfu. Certains sujets sont spécialement créés pour cela, il ne s'agit plus de compte-rendu d'un événement qui se déroula dans le jeu mais d'un événement imaginé spécialement pour le forum (14).

Même si l'on ne retrouve pas la complexité des concours artistiques de l'Antiquité, il n'empêche que les rôlistes de Wakfu tentent plusieurs projets consistant à réactiver d'anciennes pratiques littéraires. A côté des poésies mentionnées plus haut, on observe également des concours d'écriture de contes (15) qui se déroulent essentiellement sur le forum. Malgré une recherche approfondie par mots-clés dans les événements entre joueurs sur le site de Wakfu, je n'ai pas relevé de session de rôle-play s'apparentant à une veillée de contes dans le jeu.

Ces concours de contes ressemblent surtout à des concours d'écriture classique. Il s'agit de proposer son texte, souvent avec un nombre de signes déterminé, sur un thème précis, et d'attendre le jugement du jury qui décidera des vainqueurs et des récompenses.

Enfin, on relève également une autre pratique artistique ancienne dans ces événements de rôle-play dans le jeu : le théâtre de rue. Sur le forum, certains rôlistes cherchent à engager des volontaires pour créer des pièces de théâtre (16). Ce théâtre peut-être improvisé et fait parfois l'objet de captations vidéos (17).

Les rôlistes peuvent choisir de se cacher des autres pour créer leur propre histoire, qui sera montée par la suite et postée sur Internet. Mais le rôle-play théâtral peut également prendre la forme d'une improvisation collective.

En se baladant dans les tavernes des différents lieux de Wakfu, il n'est pas rare de rencontrer des personnes pratiquant du rôle-play au regard de tous. J'ai personnellement assisté à plusieurs reprises à des échanges, souvent dramatiques (il était le plus souvent question de troubles amoureux), entre personnages à la taverne d'Astrub.

Bien souvent, les autres joueurs se posent à côté des rôlistes, les regardent, voire interviennent à certains moments (de façon délicate ou non). C'est ainsi que cette pratique fictionnelle peut émerger un peu partout dans le monde de Wakfu. Il suffit que deux rôlistes qui se connaissent se rencontrent pour que naissent un échange théâtral improvisé.

Ainsi, on observe une plus grande flexibilité dans cette reprise de pratiques artistiques anciennes. Là où l'Antiquité gagnait en complexité, avec des costumes, des décors, des concours de différents types (sacrés ou non), le monde imaginaire de Wakfu gagne en spontanéité.

Il n'est plus question de mécénat, de lieux spécifiques (même s'ils peuvent exister de manière temporaire), mais plus d'un état d'esprit qui peut éclore un peu partout. Au fil des rencontres, les rôlistes, ces amoureux du verbe et de la fiction, peuvent créer des histoires en échangeant entre eux. La part d'improvisation est difficile à cerner tant ces personnes peuvent se retrouver ailleurs (sur le forum, dans la vraie vie) et élaborer des embryons d'intrigue.

Il n'en demeure pas moins, que cette spontanéité est constatée et peut-être éprouvée à tout moment, à toute échelle. J'ai moi-même joué le jeu à plusieurs reprises. Me baladant dans la taverne d'Amkana ou d'Astrub, j'ai à plusieurs moments joué un rôle, celui d'une brute épaisse, afin d'enrôler d'autres amateurs de théâtre improvisé. Cette invitation fut le plus souvent bien reçue et entraina quelques joutes verbales, voire quelques veillées (de contes, de poèmes). La seule restriction à cette spontanéité reste l'accord des autres, l'acceptation de jouer un rôle un temps donné.

A côté de ces pratiques littéraires anciennes, et après avoir étudié le processus d'écriture des fictions, qu'en est-il du contenu de ces écrits fictionnels au regard de l'héritage littéraire ? Les fictions, fanfictions ou autres écrits fictionnels, de Wakfu s'appuient-elles sur des genres littéraires établis ? Partent-elles du legs de certains courants littéraires ?


(1) C'est l'informaticien Jarko Oikarinen qui décrira en premier le principe même du chat sur Internet, échanges textuels : http://tools.ietf.org/html/rfc1459, page consultée le 20/01/2013

(2) « Les Grecs distinguaient deux types de concours. Les uns, qualifiés de sacrés offraient comme principale récompense aux vainqueurs des couronnes de feuillage, d'où leur nom de « stéphanites », stéphanos désignant, en grec ancien, la couronne. Les autres mettaient en jeu des objets de valeur ou des espèces numéraires ; ils étaient dits « chrèmatiques », « chrèmatiques », « thématiques » ou « thématites », adjectifs dérivés de deux termes désignant des sommes d'argent. », p.41, Moretti, Jean-Charles, Théâtre et société dans la Grèce antique, Paris, Livre de poche, LGF, 321 p.

(3) « Les rhapsodes étaient spécialisés dans la déclamation de poèmes sans accompagnement musical. Ion d'Ephèse, l'un des plus illustres représentants de la profession à l'époque classique, limitait son répertoire aux poèmes homériques. », p.31, Moretti, Jean-Charles, Théâtre et société dans la Grèce antique, Paris, Livre de poche, LGF, 321 p.

(4) « Dans les concours chaque rhapsode devait choisir dans un poème, un passage de quelques centaines de vers ayant une unité thématique. Tout son art consistait à l'apprendre par coeur et à le psalmodier devant un publier qui en connaissait souvent le texte. », p.31, Moretti, Jean-Charles, Théâtre et société dans la Grèce antique, Paris, Livre de poche, LGF, 321 p.

(5) http://www.wakfu.com/fr/forum/64-evenements-joueurs, page consultée le 15/01/2013

(6) http://www.wakfu.com/fr/forum/64-evenements-joueurs/220878-sufokia-concour-poemes, page consultée le 15/01/2013

(7) http://www.wakfu.com/fr/forum/64-evenements-joueurs/227224-hrp-duel-rime-rixme, page consultée le 15/01/2013

(8) Le texte d'introduction explique : « Sortez vos plus belles plumes, les plus émouvants, drôles ou charmeurs d'entre vous pourraient se voir récompensés de leur dévotion », http://www.wakfu.com/fr/mmorpg/communaute/news/272649-concours-note-tendresse, page consultée le 12/01/2012

(9) http://www.wakfu.com/fr/forum/64-evenements-joueurs/220878-sufokia-concour-poemes, page consultée le 15/01/2013

(10) L'Auberge du Moskito est un bon exemple d'un lieu créé spécifiquement pour le rôle-play, ici axé sur le théâtre. Néanmoins, cette création tient plus du fourre-tout que du théâtre antique avec ces codes et sa complexité : http://www.wakfu.com/fr/forum/64-evenements-joueurs/31676-auberge-moskito

(11) Ici le havre-sac taverne sur Emelka, http://www.wakfu.com/fr/forum/64-evenements-joueurs/57353-havre-sac-taverne-emelka, ou la taverne du Dragon Chantant : http://www.wakfu.com/fr/forum/137-histoires-jeu-role/87903-taverne-dragon-chantant

(12) Lire à ce sujet l'étude d'Henri-Irénée Marrou pour une première approche des troubadours, Les Troubadours, Paris, Seuil, 187 p.

(13)  www.wakfu.com/fr/forum/69-autres/35395-nouveau-systeme-emotes, page consultée le 15/01/2013

(14) http://www.wakfu.com/fr/forum/137-auberge-bouftou-croustillant/219998-aggro-poemes-betises, page consultée le 15/01/2013

(15) Le texte introductif est particulièrement clair, il s'agit d'écrire des « conte(s) pour enfants », http://www.wakfu.com/fr/forum/64-evenements-joueurs/231526-event-sufokia-raconte-histoire`, page consultée le 15/01/2013

(16) http://www.wakfu.com/fr/forum/64-evenements-joueurs/96598-bonta-inscriptions-pieces-theatre, page consultée le 15/01/2013

(17) Quelques exemples : https://www.youtube.com/watch?v=q3_YzqOlMBI, https://www.youtube.com/watch?v=hMEEDXuif74&feature=relmfu, https://www.youtube.com/watch?v=2dQMK8imSYM&feature=relmfu, pages consultées le 15/01/2013

 

Lien d'origine : http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=256:reflexions-journal-dun-memoire-pratiques-litteraires-le-role-play-et-les-formes-anciennes-de-fictionnalisation&catid=35:reflexions&Itemid=29

Suivez-nous sur Twitter : https://twitter.com/#!/alfouxlf

Rejoignez-nous sur Facebook : https://www.facebook.com/pages/Levelfivefr-Chroniques-vid%C3%A9oludiques/121393444645752

Ajouter à mes favoris Commenter (4)

Signaler
Réflexions

S'il y a réaction aux critiques, c'est qu'il y a bien une forte interaction entre l'auteur et les lecteurs. On peut même parler d'influences. Pour mieux appréhender ces influences, il semble intéressant de tenter une formalisation des types de réaction du fanfiqueur. Il ne s'agit, encore une fois, pas d'une classification définitive mais d'une première approche avant un potentiel affinage.

 

Focalisons-nous pour ce cas d'étude sur la fanfiction Le Passé d'Evangéline (1). Pourquoi cette fanfiction ? Principalement du fait de sa popularité. A l'heure de la rédaction de cette partie du mémoire (23 décembre 2012), cette fiction s'étale sur 15 pages. Les premières datent d'avril 2011 et les dernières d'octobre 2012. On tient donc un écrit qui s'étale sur plus d'un an et nourrit bien des commentaires. La plupart des fanfictions n'atteignent pas de telle statistiques.

 

 

Evangelyne du dessin animé Wakfu

 

 

 

 

 

Ainsi, du fait d'un tel foisonnement, à la fois au niveau du nombre de chapitres et de commentaires, ce récit est susceptible de fournir un nombre important et varié de types de réaction de la part de l'auteur. A noter que lorsque les commentaires sont nombreux après la publication d'un chapitre, l'auteur publiant une nouvelle partie de son récit cite le lecteur à qui il répond. Une convention adoptée sur Internet par la plupart des utilisateurs de forums. Une convention qui permet une meilleure lisibilité et évite tout quiproquo.

 

Voici plusieurs types d'intervention de l'auteur observés au cours de cette fanfiction fleuve :

 

  • •    Remerciement (l'auteur adresse un remerciement à un commentaire posté (2))
    •    Jeu avec les fans sur la publication à venir (Le prochain chapitre sera-t-il publié le soir même ? Le lendemain ? L'auteur, qui se fait éditeur d'une certaine manière, entretient un suspense qui peut aussi concerner des éléments énigmatiques du récit : qui est « r » ? (3))
    •    Annonce sur publications à venir (Proche du type décrit ci-dessus, il s'agit ici non plus de jouer avec l'impatience des lecteurs mais d'annoncer, comme un publicitaire, les suites de son récit. Ces annonces peuvent porter sur une date : « la suite lundi » (4) par exemple)
    •    Explication sur le rythme des publications (Il est parfois possible que l'auteur ne puisse publier à la date prévue. En général, le fanfiqueur se fend d'une explication sur ces imprévus, retards...(5))
    •    Explication sur l'écriture du récit (Il est également observable à certains moments que l'auteur évoque son appréhension de l'écriture. Il peut alors parler du nombre de parties déjà rédigées (6), du nombre de chapitres envisagés, etc...)
    •    Anticipation sur l'écrit qui est publié plus bas dans le même message (L'auteur peut annoncer que la partie publiée dans le message sera la fin de l'introduction (7), etc.)
    •    Mention de corrections suite à des commentaires
    •    Réponses directes aux critiques

 

Argumentaire des fanfiqueurs

 

Le dernier type de réaction du fanfiqueur nous concerne directement. Néanmoins, il serait fastidieux de toutes les lister. En effet, ces dernières forment la plupart du temps une symétrie parfaite par rapport aux critiques des lecteurs listées plus haut. Ainsi, le fanfiqueur s'expliquera sur les remarques concernant la narration, le récit en lui-même (pour le cas de la résurrection de Pinpin, l'auteur avancera l'argument qui consiste à dire qu'il s'agit d'une « réalité alternée »), le style, etc.

 

L'élément le plus intéressant à interroger ne réside donc pas dans les types de réponse mais dans l'argumentation développée par l'auteur. Seulement, les stratégies de défense semblent, après l'étude de plusieurs fanfictions, moins complexes que chez des auteurs classiques et reconnus comme le décrira Gérard Genette dans Seuils. On dégage le plus souvent une position d'acquiescement ou d'argumentation consistant à expliciter sa vue de départ.

 

Dans le cas de la fanfiction Le Passé d'Evangéline, l'auteur (LilyChoco) ne peut qu'acquiescer et reconnaître son erreur lorsque le lecteur Madride soulève une description en partie fausse des Dragodindes. La reconnaissance de la faute peut être lapidaire comme c'est le cas ici : « Effectivement, le coup des sabots pour les dragodindes, j'avais pas remarqué dsl » (8).

 

Modification de l'écrit suite aux commentaires

 

Au-delà de ces réponses, qui sont globalement le signe d'un vif échange sur l'écriture, on peut observer parfois une modification de l'écrit par l'auteur après des critiques de lecteurs. Ainsi, dans la fanfiction Le Passé d'Evangéline, on remarque que l'auteur LilyChoco modifie le retour de Pinpin (personnage mort à la fin de la saison 1 dans le dessin animé) car plusieurs lecteurs jugèrent ce retour assez peu réaliste et rapidement éludé. On peut ainsi lire comme commentaire préalable à l'écrit modifiant ce retour : « Pour commencer, suite aux remarques sur le retour peu réaliste que j'avais fait à Pinpin, j'ai décidé de changer sa résurrection en essayant de l'accorder avec l'histoire en cours. J'ai donc modifié son retour dont je parlais lors de la remise des dagues. Mais la suite, vous l'apprendrez plus tard. Eh, Eh ! » (9).

 

Cette réécriture suite à des critiques n'est pas un cas isolé. On retrouve d'autres exemples de ce type ailleurs sur le forum officiel de Wakfu. Ainsi, Tatii-Mimii, auteur de la fanfiction Wakfu saison 3 - The Last fight of the world, reviendra sur son premier chapitre suite à des critiques. Le lecteur Ioslesombrean notera « trop rapide ce prologue. Ajoute du détail, de la profondeur, du style mais on te retrouve avec quelques fautes mais cela passe ». De ce fait, Tatii-Mimii remaniera son premier chapitre en annonçant « Bon vu que c'était trop rapide, j'ai rectifier mon premier chapitre, je l'est refait de A à Z et voilà ce que sa donne, en espérant que vous aimerez » (10).

 

De même, on relève dans les commentaires de l'auteur certaines remarques adressées à des lecteurs. Il ne s'agit plus de répondre simplement à une critique, comme un échange traditionnel auteur/lecteur observé plus haut, mais de faire une sorte de clin d'oeil. Ainsi, à l'annonce du chapitre 15 de la fancition Le Passé d'Evangelyne, l'auteur LilyChoco annonce : « Voila un nouveau chapitre qui devrait plaire à Akuo pour le coté sous entendu et prise de tête. » (11). Cette remarque est intéressante car elle prolonge les cas de réécriture après lecture de critiques. Bien que l'auteur soit seul pour écrire, en lisant de telles remarques, on peut se demander s'il y a ou non réécriture, même partielle, après la lecture de critiques. En effet, le chapitre était-il écrit au préalable, avant publication, ou vit-il le jour après les premiers chapitres publiés et donc les premiers commentaires  lus ?

 

Dans ce cas précis, on peut affirmer que le chapitre 15 était déjà rédigé. LilyChoco affirme page 1, « Pour ce qui est du faite d'écrire vite, j'ai aucun mérite, j'avais déjà écrit les 17 premiers chapitres quand j'ai posté le premier » (12). Malgré tout, cette remarque ne signifie pas que les commentaires répétés d'Akuo n'ont pas influencé l'écriture, ou plutôt la réécriture, du chapitre s'il y eut remaniement, même léger, avant publication sur le forum.

 

On ne peut pas être toujours catégorique à propos des processus d'écriture de ces écrits. On peut néanmoins constater une tendance à la perméabilité entre l'auteur et les critiques lors de la publication de fanfictions solitaires à l'écriture progressive. Les commentaires nombreux et variés, les réponses de l'auteur et, au-delà de ça, les possibles relations en tant que joueurs (pour le critique et l'auteur) dans le jeu amènent beaucoup de promiscuité. On est loin de l'image d'Epinal de l'auteur écrivant seul dans son coin et publiant son récit terminé.

 

Un rapport visible dans la littérature

 

Cette vision d'un rapport à sens unique, au sein de la littérature traditionnelle, entre le lecteur, qui devient critique, et l'auteur reste pourtant à nuancer. Il est possible que des remarques de lecteurs (par courriers, lors de séances de dédicace, etc.) amènent à des corrections d'un ouvrage pour de futures réimpressions. De manière plus tangible, ce rapport de promiscuité observé pour les fanfictions de Wakfu rappelle beaucoup les relations qu'entretenaient certains auteurs de romans-feuilletons au cours du XIXème siècle. Cette promiscuité, et donc interaction, est même accrue par rapport aux relations des feuilletonistes puisque les technologies ont évolué. Il ne s'agit plus d'échanges de courriers mais d'échanges virtuels, sur un forum, permettant une réaction quasiment immédiate du lecteur.

 

Pour creuser un peu l'exemple des feuilletonistes, le cas le plus fort d'interaction entre auteur et lecteurs est probablement Eugène Sue. Le romancier fut particulièrement populaire avec sa grande saga Les Mystères de Paris publiée au Journal des Débats. Ainsi, du fait d'une correspondance abondante, Sue publia parfois des témoignages à coté de son feuilleton ou modifia son propre récit après lecture du contenu de certaines lettres. On peut citer le cas d'une lectrice qui demanda à Sue de peindre la douleur de Rodolphe apprenant la mort de sa fille. Afin de se rendre compte de la richesse de cet échange, on pourra regarder l'étonnante compilation de Jean-Pierre Galvan intitulé Les Mystères de Paris. Eugène Sue et ses lecteurs (13).

 

 

Eugène Sue

 

Ce phénomène est assez unique, dans cette proportion, dans le cadre de la littérature et même dans celui plus restreint des romans-feuilletons. En effet, Alexandre Dumas ou Pierre Alexis de Ponson du Terrail reçurent eux aussi une correspondance abondante mais ces courriers n'entraînèrent pas d'interactions aussi fortes que chez Sue et ses lecteurs.

 

Le forum, un lieu d'échanges et de débats

 

En poursuivant sur cette perméabilité entre l'auteur et ses lecteurs, il est intéressant de noter que les échanges ne sont pas uniquement le fait de ces deux instances. Les discussions dépassent cette relation à double sens et peuvent parfois se faire entre critiques. Ainsi, un véritable débat sur l'écriture peut émerger dans le topic de certaines fanfictions. Les lecteurs évoquent des théories, se lancent dans des interprétations du texte qu'ils commentent d'abord avec l'auteur avant de poursuivre entre eux. Le forum officiel de Wakfu n'est plus simplement un lieu de publication mais de discussions littéraires voire de débats.

 

Reprenons pour exemple la fanfiction Le Passé d'Evangéline. Au fil des publications de ce récit, on observe un échange entre Akuo et Machinima (deux lecteurs) à propos de l'histoire. L'auteur donne des pistes mais laisse le champ libre à des hypothèses. Ce sont ces hypothèses qu'émettent les lecteurs/critiques en abordant des thèmes comme, par exemple, l'inceste, le viol pour expliquer le caractère d'Evangéline (14). En abordant de tels thèmes, forcément délicats, on est en droit de se poser la question du regard d'Ankama sur les productions textuelles de ses fans. Cet élément sera abordé plus tard lorsqu'il s'agira d'analyser les limites tolérées par Ankama à propos des fanfictions. Autrement dit, le rapport entre l'écrit officiel et officieux.

 

Ecriture à plusieurs

 

L'écriture solitaire, dans le cadre de fanfictions liées à un univers transmédia comme Wakfu, est donc un phénomène textuel complexe autant dans sa production que sa réception. On se rend bien compte que les lignes sont fragiles et que la porosité est importante entre l'auteur et le lecteur. Cette relation influence l'auteur, de manière plus ou moins soutenue, ce qui n'est pas toujours facilement déductible. Elle fait également naître des débats littéraires entre lecteurs. Il semble ainsi compliqué de parler encore d'écrivain solitaire tant le mode de publication conduit à de nombreux échanges et peut potentiellement influencer l'auteur dans son écriture ou sa réécriture. Seulement, une question demeure à propos des processus d'écriture, à côté de cette écriture solitaire, existe-t-il des modes de création à plusieurs ?

 

On a tendance à réduire l'écriture de fictions à une activité solitaire. Or, en observant les productions fictionnelles à travers les siècles, on se rend compte à quel point l'écriture d'une fiction fut parfois l'oeuvre de plusieurs mains. On peut évoquer pour l'Antiquité le cas d'Homère qui divise les spécialistes. Ce nom renverrait-il à plusieurs auteurs ? Ou plus près de nous, et de manière plus sûre, des oeuvres à quatre mains comme celles d'Erckmann-Chatrian ou des frères Goncourt.

 

De même, le XXème siècle fut particulièrement prolifique en matière d'écriture à plusieurs. Les surréalistes explorèrent plusieurs jeux collectifs d'écriture comme le cadavre exquis (tous les participants écrivent tour à tour une partie de phrase sur une feuille sans connaître ce que les prédécesseurs ont rédigé), le jeu des définitions (un jeu qui se joue à deux, un des participants écrit une question du type « qu'est-ce que... ? », l'autre rédige une définition sans connaître la question), le jeu de l'un et de l'autre (sorte de devinettes) ou encore le jeu des syllogismes (jeu qui se joue à trois et qui repose sur une subversion du syllogisme traditionnel : Majeure/Mineure/Conclusion : "Tous les hommes sont...Or...Donc..."). Tous ces jeux collectifs d'écriture sont définis dans le Dictionnaire abrégé du surréalisme (15) d'André Breton et Paul Eluard. Les fanfictions de Wakfu jouent-elles elles aussi sur ces principes d'écriture à plusieurs ? Poussent-elles ces logiques plus loin que la littérature traditionnelle comme on a pu l'observer pour les relations auteur-lecteur ?

 

 

Cadavre exquis 2.0 avec Twitter

 

Cette partie de l'étude se focalisera sur le forum officiel de Wakfu. En effet, le forum est la forme la plus adéquate pour un échange et donc, potentiellement, pour une écriture à plusieurs. Bien plus qu'un blog personnel. En interrogeant les cinq premières pages, et en effectuant quelques recherches via l'utilisation de mots-clés comme « plusieurs », « collectif », etc., on recense plusieurs cas d'écriture à plusieurs. Afin de mieux comprendre ce processus, il est important de tenter de formaliser les types d'écriture collective rencontrés. Quelles formes ? Quelles organisations ?

 

On note tout d'abord des divergences au niveau du nombre. Certaines fanfictions collectives se réduisent au strict minimum avec l'existence d'un binôme. L'auteur Tatii-Mimii, par exemple, précise dans le titre même de son sujet Une fanfiction seulement à deux (16). Le nombre est un objectif précis sur lequel on ne transigera pas. Le reste du message donne des indications, comme le rythme de publication « tout les deux trois jours », mais avec moins de précision et d'exigence. Sans s'étaler sur le nombre de participants, qui peut fluctuer, on remarque que certains appels à contribution pour l'écriture collective ne mentionne pas de limite de participants. Ainsi, la fanfiction Black Moon et ses légendes (17) peut potentiellement accueillir une infinité d'auteurs. Le cadre de la fiction plantée, chaque intervenant n'a plus qu'à s'imaginer un profil et écrire.

 

Il convient également de noter l'origine de l'écriture collective. En effet, un écrit collectif peut faire l'objet d'un recrutement, comme on a pu le voir plus haut avec Une fanfiction seulement à deux. Il s'agit d'une écriture progressive, et d'une publication également progressive. Mais il existe également des cas d'écritures à plusieurs où la publication montre une oeuvre finalisée. C'est le cas de la fanfiction The end of the beginning, duo avec LMS (18) postée par Tatii-Mimii . Comme pour les fanfictions solitaires, il faut distinguer l'écriture de la publication. Une écriture à plusieurs peut être progressive ou non.

 

Plus haut, nous abordions la question du nombre. Il s'agissait parfois d'une contrainte d'écriture. D'autres contraintes existent et conditionnent l'écriture collective. On peut ainsi trouver une exigence concernant le ton du récit. Certains cherchent un ton humoristique comme Flabra-le-sacrieur qui propose un casting de fanfictions portant le nom Une petite fanfiction humoristique, ça vous tente ? (19), d'autre veulent un « style assez gore » (20).

 

A côté de ces contraintes de ton, on observe quelques fois des projets d'écritures reprenant des formes littéraires. Ces cas restent plus isolés, la plupart du temps l'écriture collective est peu contraignante. On trouve alors quelques traces de cet héritage littéraire évoqué plus haut, comme ici (21) avec le cadavre exquis, mais ce rapport reste lointain et rare.

 

Les fanfictions relèvent d'un mode d'écriture riche et qui bien souvent se rapproche de certaines pratiques propres à la littérature. Seulement, il ne s'agit jamais véritablement, pour le cas des fanfictions de Wakfu, de reproduire un schéma classique mais de le dépasser du fait d'outils de communication, comme le forum, axés sur l'échange. Les relations sont diverses et variées entre l'auteur et ses lecteurs. L'isolement est rare. Le plus souvent, c'est un processus d'écriture lié au groupe que l'on constate même si le rapport à la littérature est plus souvent inconscient que conscient. Les fanfiqueurs ne mentionnent que très rarement des auteurs classiques ou des jeux d'écriture de la littérature traditionnelle. Ils écrivent et échangent sans connaître cet héritage mais en réactivant parfois, voire en dépassant dans certains cas, certains des schémas de la littérature.

 


 

(1) Le passé d'Evangelyne, Lilychoco, forum officiel de Wakfu, http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=1, page consultée le 26/12/2012

 

(2) LiLyChoco remerciant LMS pour son premier commentaire, "Merci LMS, je pensais pas avoir un commentaire aussi rapidement : ça fait plaisir", http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=1,
page consultée le 26/12/2012

 

(3) LMS qui demande à l'auteur, "C'est qui ? C'est qui qui dit moi ? Huhu, je veux le savoir", http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=1, page consultée le 26/12/2012

 

(4)  http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=2, page consultée le 26/12/2012

 

(5) LilyChoco qui explique la raison d'un retard par "Désolée pour le retard : petits problèmes avec Internet", http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=2,
page consultée le 26/12/2012

 

(6) LilyChoco explique "j'avais déjà écrit les 17 premiers chapitres quand j'ai posté le premier", http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=1,
page consultée le 26/12/2012

 


(7)  http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=1, page consultée le 26/12/2012

 

(8) http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=1, page consultée le 26/12/2012

 

(9)
http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=2 page consultée le 26/12/2012

 

(10)
http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/281206-wakfu-saison-3-last-fight-world page consultée le 26/12/2012

 

(11) http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=2 page consultée le 26/12/2012

 

(12) http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=1 page consultée le 26/12/2012

 

(13) Les Mystères de Paris. Eugène Sue et ses lecteurs, Paris, L'Harmattan, 1998

 

(14)
http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=2 page consultée le 26/12/2012

 

(15) Dictionnaire abrégé du surréalisme, Paul Eluard et André Breton, José Corti, août 1989

 

 

 

(16) http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/281376-fanfiction-seulement-deux-petit-casting page consultée le 26/12/2012

 

 

 

(17) http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/272026-black-moon-legendes-rp-multi?page=1 page consultée le 26/12/2012

 

 

 

(18) http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/282674-end-beginning-duo-lms page consultée le 26/12/2012

 

 

 

(19) http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/282414-casting-petite-fanfiction-humoristique-tente page consultée le 26/12/2012

 

 

 

(20) http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/282294-appel-collaboration page consultée le 26/12/2012

 

 

(21) http://www.wakfu.com/fr/forum/30-fan-arts/42768-eh-bien-existe-cadavre-exquis-wakfu page consultée le 26/12/2012

 

L'article d'origine :http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=255:reflexions-journal-dun-memoire-le-processus-decriture-des-fanfictions-de-wakfu-0202&catid=35:reflexions&Itemid=29

Suivez-nous sur Twitter : https://twitter.com/#!/alfouxlf

Rejoignez-nous sur Facebook : https://www.facebook.com/pages/Levelfivefr-Chroniques-vid%C3%A9oludiques/121393444645752

Ajouter à mes favoris Commenter (2)

Signaler
Réflexions

Après avoir déduit que les fanfictions, et les fictions textuelles déviantes, ne proposaient que peu de cas d'hybridation (comprendre hybridation des médias et non intertextualité au sein de ces textes) (partie 1 et partie 2), il convient de réfléchir à la manière d'aborder ce domaine dans un angle littéraire. En étant le plus souvent une production exclusivement textuelle, l'analogie entre fanfiction et littérature a du sens. Le question qui demeure est : comment interroger ces écrits de fans dans une perspective littéraire ? Il semble qu'il faille d'abord commencer par une étude des processus d'écriture, que l'on mettra en parallèle avec ceux de la littérature traditionnelle, avant de s'aventurer sur des questions plus théoriques comme les genres ou écoles littéraires.

Le processus d'écriture peut être complexe

Fanfiqueur chez Wakfu et ailleurs

La question première pourrait être la suivante : Comment écrivent les auteurs de fanfictions lorsqu'il s'agit de se référer à une création transmédia comme Wakfu ? Avant d'aborder frontalement cette question, il semble pertinent d'analyser certaines notions qu'elle renferme. J'entends par là le statut de l'auteur. Peut-on encore parler d'auteur ou plus précisément d'écrivain (puisqu'il s'agit de créations textuelles) pour ces fanfictions ? Y a-t-il de grandes différences entre le statut d'un fanfiqueur et celui plus classique de l'écrivain traditionnel, publié par une maison d'édition ?

Tout d'abord, on peut remarquer que l'auteur de fanfictions de Wakfu, donc qui s'inscrit dans une création transmédia, est différent de l'auteur de fanfictions se rapportant à d'autres univers (par exemple, Harry Potter, Twilight). En effet, le fanfiqueur de Twilight ou d'Harry Potter est en premier lieu un lecteur qui devient fan d'une série et qui par la suite écrit sur cette série.

Harry Potter à l'école des sorciers, transposition du premier roman de la saga (du même nom) en film

Théoriquement, on retrouve ce même processus pour un fanfiqueur de Wakfu. L'auteur peut être à la base un lecteur de mangas ou bandes dessinées se rapportant à cet univers, devenir fan et écrire à son tour sur ce monde imaginaire. Seulement, le fanfiqueur de Wakfu n'est pas qu'un lecteur devenu écrivain, et accessoirement fan. Il peut également être un spectateur (regardant le dessin animé d'Ankama), et pas exclusivement un lecteur, mais surtout un joueur. Le MMORPG Wakfu demeure le centre convergent de cette oeuvre transmédia.

Alors qu'un fanfiqueur d'Harry Potter, de Twilight ou même de Naruto est surtout un lecteur qui devient écrivain, on observe une multiplicité de statuts chez le fanfiqueur de Wakfu. Il est un joueur de jeux vidéo bien souvent, mais aussi un lecteur voire un spectateur en regardant le dessin animé. Il s'agit toujours d'usage de médias variés qui tous alimentent un univers fictif, là où les autres fanfiqueurs se contentent le plus souvent, s'il y a consommation de médias différents à propos de leur série favorite, de transpositions (Le premier film Harry Potter transposant le premier livre de la saga, etc.). Focalisons-nous plus spécifiquement sur ce statut double, qui fait la spécificité du fanfiqueur de Wakfu, joueur et écrivain.

Joueur et écrivain

Il y a, dans ce double statut, une contradiction forte chez l'auteur de fanfictions de Wakfu. La contradiction vient de ces pratiques qui sont, par définition, opposées en terme de rapport à autrui. Écrire est, a priori, une activité solitaire. Prenant à contre-pied cette pratique textuelle de création, jouer à Wakfu (donc à un jeu de rôle en ligne), est une activité éminemment collective. Jouer, c'est construire son personnage, son destin, parcourir et découvrir des mythes dont regorge le monde de Wakfu. Il ne s'agit pas que d'un plaisir de l'esprit comme les échecs, le récit demeure important et se déroule, pour chaque joueur, via une narration qui lui est plus ou moins propre (une marge de manoeuvre est autorisée par les développeurs mais des balises existent comme les quêtes données par certains personnages).

Il est certes possible de jouer seul à Wakfu mais c'est occulter de nombreuses possibilités et passer ainsi à côté de l'essentiel du jeu : le groupe. Il faut être en groupe pour mener à bien des donjons et gagner de l'expérience, pour participer à des événements, etc. Ainsi, la création de son personnage, l'élaboration d'une mythologie passe par un contact étroit avec autrui.

Derrière un personnage se cache peut-être un auteur de fanfictions

Il y a donc deux postures bien différentes, a priori, entre celle de l'écrivain (qui compose de manière solitaire) et celle du joueur de MMORPG (affilié à un groupe ou du moins en contact, plus ou moins fort, avec une communauté qui construit sa propre histoire dans la grande Histoire officielle, rédigée par les scénaristes).

Ce postulat est une base qu'il convient d'interroger plus en profondeur. Grâce à des recherches sur Internet, nous interrogerons différentes sources (forum officiel de Wakfu (1), sites spécialisées dans les jeux vidéo dont une partie traite de Wakfu (2), blogs personnels sur Wakfu (3), afin de dégager les tendances des modes d'écriture de fanfictions. Cette enquête permettra de savoir comment écrit un fanfiqueur mais également si le dualisme évoqué plus haut (écrivain et joueur) a une incidence sur le processus d'écriture.

Tendances du processus d'écriture de fanfictions liées à Wakfu

Deux tendances semblent en premier lieu se dégager après l'étude de plusieurs fanfictions émanant des sources évoquées plus haut. Tout d'abord, on observe une écriture solitaire. Cette écriture demeure en tout point semblable à l'écriture traditionnelle d'un romancier publié par une maison d'édition. En effet, l'auteur imagine son texte seul, le rédige puis le publie (sur le forum officiel de Wakfu, un blogs personnel, etc.). Certes, il ne s'agit pas d'une publication en physique (roman, revues, etc.) mais numérique, visible sur Internet. Sur ce point, les fanfictions de Wakfu se rapproche grandement des romans autopubliés (4) sous forme d'ebooks puisqu'elle ne passent jamais, ce point reste à nuancer et on le verra dans la partie de ce mémoire consacrée aux rapports entre les fans et l'équipe de Wakfu, par la case imprimerie. Il s'agit donc à chaque fois d'une écriture solitaire mais cette solitude supposée est-elle totale ?

Logo du service Kindle Direct Publishing

Il est difficile de répondre de manière définitive à cette question. En effet, le processus d'écriture est parfois solitaire mais se double toujours d'une réception critique. Aujourd'hui, Internet permet une réactivité forte des lecteurs et leur offre la possibilité d'intervenir rapidement. Les commentaires sont souvent nombreux pour commenter la fanfiction proposée, particulièrement pour le forum officiel de Wakfu. Cette réception critique pose une question par rapport à l'écriture solitaire, cette dernière est-elle influencée par les commentaires ? Si oui, peut-on dégager des types d'écriture solitaire ?

De même, à côté de cette ambigüité, on observe une autre tendance concernant le processus d'écriture : l'écriture à plusieurs. Le récit prend forme sous l'impulsion de plusieurs auteurs. On peut donc, à ce stade, dégager deux modes d'écriture pour les fanfictions de Wakfu : l'écriture solitaire et l'écriture à plusieurs.

L'écriture solitaire

Avant d'aborder l'écriture collective, poursuivons notre étude de l'écriture solitaire. Après avoir étudié différentes fanfictons, on remarque que, pour cette première tendance, l'écriture d'une fanfiction peut se faire avant toute publication (un poème ou une nouvelle est mis en ligne dans son intégralité en une fois (5)) ou de manière progressive (par exemple, un roman qui est publié, et rédigé, au fur et à mesure (6)). Il semble alors important de distinguer dans l'écriture solitaire le récit clos et progressif ainsi que le phénomène de l'écriture et la publication de l'écrit.

Des nuances interviennent lorsque l'on se penche sur ce sujet. Par exemple, une publication progressive (en chapitres et non d'un bloc) peut renvoyer à un écrit clos (déjà terminé avant publication) ou progressif (que l'on rédige quasiment en même temps qu'on le publie).

Dans le cas d'un récit progressif, il est intéressant de se pencher sur la solitude, et donc l'indépendance, de l'auteur. En effet, du fait même qu'il rédige, et publie, petit à petit sa fiction, l'auteur d'un récit progressif est-il encore un écrivain solitaire comme le romancier qui publie son roman chez un éditeur ? En observant les fanfictions de ce type, on remarque une grande perméabilité entre les fanfiqueurs et les commentateurs.

Le forum de Wakfu regorge de fanfictions de ce type. En observant de près ces fictions, on remarque que bien souvent le fanfiqueur porte une grande attention aux commentaires. Il y a un véritable regard de l'auteur sur les critiques de ses lecteurs alors que le récit est entrain de se construire au fur et à mesure. Afin de mieux cerner les rapports qui se tissent, tentons de formaliser plusieurs aspects de cette relation. Voici tout d'abord, après étude des cinq premières pages de fanfictions du forum officiel de Wakfu, les types de commentaires que l'on retrouve le plus souvent :

  • •    Remarques sur l'orthographe, la conjugaison (les commentateurs reprennent l'auteur sur des fautes d'accord ou d'orthographe) (7)
    •    Louanges (les lecteurs félicitent l'auteur, les commentaires se résument à des phrases du type « c'est bien », « Continue », etc.) (8)
    •    Critiques sur l'écrit (des remarques sur la cohérence de l'intrigue, le style, etc.)

Comme il s'agit d'observer les relations entre le fanfiqueur et ses lecteurs pour un récit progressif, il est intéressant de s'attarder sur les critiques de lecteurs portant sur l'écrit lui-même. En partant du même corpus, on remarque une grande variété de remarques. Ce qui montre que l'intervention des lecteurs n'est pas que d'ordre technique (l'orthographe ou la grammaire) ou affectif (louange) mais peut contenir des remarques propres à une critique littéraire.

  • •   Taille de l'écrit (Certaines critiques se plaignent de la taille des chapitres. Comme il s'agit d'un récit progressif, souvent, le fanfiqueur publie vite mais publie peu.) (9)
    •    Cohérence par rapport au monde de Wakfu (Dans l'exemple suivant, un lecteur fait remarquer qu'un animal de Wakfu, le Dragodinde, n'a pas de sabots mais des pattes d'autruche (10))
    •    Demande d'éclaircissement sur le texte (Les lecteurs sont avides de réponses d'où une impatience qui se traduit par des questions variées sur les personnages le plus souvent. On lira ainsi des questions du type « Lequel est bon ? », « Pourquoi tel personnage agit ainsi ? », "M'enfin c'est vrai que pour se cacher derrière un masque, faut avoir des choses à cacher, aussi, nan ?" (11). Il est intéressant de noter que le lecteur n'est pas passif, il s'interroge et fait part de ses interrogations)
    •    Critiques de choix de narration ou d'éléments du récits comme des péripéties, des descriptions psychologiques de personnages, etc. (exemple, plusieurs lecteurs n'apprécient pas la justification avancée par l'auteur pour faire renaître un personnage mort dans le dessin animé. On lira « c'est facile », « Le caractère de Nox ne correspond absolument pas à un aide-soignant et la situation dans laquelle Tristepin (est) ne permet pas une résurrection Express 11.95$ TTC ! » (12), ou à propos des combats, « les combats sont trop courts »). A noter que certaines de ces critiques peuvent également relever de la cohérence de la fanfiction par rapport au monde de Wakfu.
    •    Critiques sur le style (Un exemple, « Ce que je vous reproche toutefois, c'est la surenchère de dialogue qui font planer l'action sans la faire se mouvoir. Votre style de dialogue ne prend vraiment une certaine profondeur qu'en fin de discussion (je l'ai noté sur les chapitres premier et second), c'est un choix certes mais qui, je pense, nuit plus qu'il n'aide au bon déroulement du récit. » (13)).
    •    Demandes sur la suite du récit (exemple, « Sinon l'histoire bien mais décris plus » (14))
    •    Conseils d'écriture (Certains lecteurs n'hésitent pas à donner des conseils d'écriture mais, pour l'exemple choisi, un lecteur qui explique qu'il serait bien de rester en mode "description en détail" un peu plus longtemps pour "qu'on soit bien dedans".(15)). Là encore, la frontière est ténue entre le style et l'écriture. On pourrait tenter de dissocier les deux en notant que les remarques sur le style s'attardent à critiquer une écriture personnelle, tandis que les conseils d'écriture cherchent plus à faire office de manuel objectif d'écriture (rapport au schéma situation initiale/élément perturbateur, etc.).
    •    Propositions d'aides (Assez proche des conseils d'écriture, on trouve également des lecteurs qui cherchent à aider directement l'auteur pour améliorer son écrit. Certains proposent de corriger les fautes (16) (orthographe, grammaire, etc.), ou d'imaginer des illustrations (17)).

Comme on peut le constater, les interventions des lecteurs/commentateurs sont variées et touchent de nombreux points. Il peut être autant question du style, que du récit en lui-même ou de la conduite de ce dernier (la narration) voire de l'orthographe. On est donc loin d'une image que l'on peut avoir a priori à propos des échanges sur les forums entre jeunes adolescents (ce sujet sera abordé dans le chapitre "La Sociologie du lecteur"). Le plus souvent les lecteurs rédigent des commentaires critiques, réfléchis, et ne se contentent pas d'un simple « j'aime/j'aime pas ».

A côté de cette complexité constatée dans la nature des interventions, il semble tout aussi intéressant de se questionner sur l'impact de telles interventions sur l'écriture progressive du récit. En effet, bien que cette écriture soit a priori solitaire (le récit, même s'il est en cours de construction, reste l'oeuvre d'une personne), ne constate-on pas des modulations de l'écrit du fait d'une critique variée et rapide ? Pour étudier cet aspect, on mettra de côté les entraides orthographiques et autres demandes de co-écriture comme la réalisation de dessins. En effet, ces aspects sont soit technique, soit du ressort d'une écriture collective que l'on étudiera plus loin dans ce chapitre.

En examinant ces fanfictions issues du forum officiel de Wakfu, on constate que la majorité des réponses de l'auteur, qui publie à chaque fois un bout de son récit après les commentaires des lecteurs, comprend une part de réaction aux critiques puis le nouveau chapitre de la fanfiction. Il est très rare de relever un message de l'auteur ne comprenant que le nouveau chapitre rédigé.


(1) Forum officiel de Wakfu : http://www.wakfu.com/fr/forum, page consultée le 23/12/2012

(2) Site spécialisé, jeuxvideo.com, partie dédiée à Wakfu http://www.jeuxvideo.com/jeux/pc/00016130-wakfu.htm, page consultée le 23/12/2012

(3) Quelques blogs personnels : http://wakfu-les-gardiens-fic.skyrock.com/ ; http://kagura-no-manga.over-blog.com/categorie-12447974.html, page consultée le 23/12/2012

(4) On note une expansion de ce mode d'écriture/publication avec, par exemple, la version française du Kindle Direct Publishing d'Amazon : https://kdp.amazon.com/self-publishing/signin?ie=UTF8&language=fr_FR, page consultée le 23/12/2012

(5) Petite histoire, un peu de tout, poème et histoire, forum officiel de Wakfu, auteur forevercassie, http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/42515-petite-histoire, page consultée le 23/12/2012

 

(6) Le Destin rouge sang, forum officiel de Wakfu, auteur -Semper-Fidelis-, http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/291774-destin-rouge-sang, page consultée le 23/12/2012

(7) Exemple le premier commentaire de Snoopy196 qui reprend l'auteur, Moka62, sur quelques points d'orthographe comme "aucun est invariable, jamais de s" : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/275766-jour-pluie, page consultée le 23/12/2012

(8) Redspanx qui répond au premier chapitre publié par un "Le début est encourageant, j'attends de voir la suite" : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/256080-vengeance-amere, page consultée le 23/12/2012

(9) Eva-du-73 qui dira "Petit chapitre mais cool" pour la fanfiction Aurore et Fleurette : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/253826-aurore-fleurette

(10) Madride fait remarquer "Il ne me semble pas non plus que les Dragodinde ont des sabots, elles sont des grosses pattes d'autruches", http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne

(11) Commentaire de AlbynnB à propos du personnage de la fanfiction Bomber-Bat : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/288070-bomber-bat-renouveau

(12) Commentaire de Tempus-Sanctus à propos d'un élément de la fanfiction Le Passé d'Evangelyne : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=2

(13) Commentaire de Tempus-Sanctus à propos du style employé dans la fanfiction Le Passé d'Evangelyne : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=2

(14) Prestigo pour la fanfiction Wakfu, le chemin de la destinée : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/280404-wakfu-chemin-destinee

(15) Floflora pour la fanfiction Le Passé d'Evangelynehttp://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=2

(16) LMS pour la fanfiction Le Passé d'Evangelyne : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=2

(17) Proposition de Copyright6 pour la fanfiction Le Passé d'Evangelyne : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=3

 

L'article d'origine : http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=254:reflexions-journal-dun-memoire-le-processus-decriture-des-fanfictions-de-wakfu&catid=35:reflexions&Itemid=29

Suivez-nous sur Twitter : https://twitter.com/#!/alfouxlf

Rejoignez-nous sur Facebook : https://www.facebook.com/pages/Levelfivefr-Chroniques-vid%C3%A9oludiques/121393444645752

Ajouter à mes favoris Commenter (4)

Signaler
Réflexions

Après avoir constaté une codification par tradition, plus que par l'oeuvre de théoriciens, des fanfictions, regardons du côté des autres fictions de fans avec une base textuelle. En effet, il existe, pour se concentrer sur le forum officiel de Wakfu, qui demeure l'un des lieux les plus populaires pour publier sa création de fan, diverses parties du forum qui propose des fictions (avec une partie texte) réalisées par des fans mais qui ne sont pas qualifiées de fanfictions.

Forum officiel de Wakfu

 

Les fan-classes

Tout d'abord, ces écrits sont publiés ailleurs que dans la rubrique « fan-fiction » du forum. De plus, ces écrits ne sont pas nommés fanfiction par les auteurs. On parle par exemple de "fan-classe" lorsqu'il s'agit d'inventer une classe de personnage avec un arrière-plan (une histoire que l'on appelle background), des caractéristiques (physiques, magiques, etc.).

« Fan-classes » (1) est une rubrique de la partie fan-media du forum de Wakfu. Cette rubrique se trouve à côté de « fan-fictions » mais du fait de cette séparation, une telle création n'est pas à confondre avec une fanfiction. Pourtant, il s'agit encore d'une fiction avec une base textuelle importante. L'auteur invente un peuple, une classe de personnages de Wakfu. Ces classes n'existent pas dans le jeu, elles sont le produit de l'imagination de joueurs se faisant auteurs.

Ce type de fiction semble aller plus loin dans l'hybridation des médias que les fanfictions. En effet, il est courant de constater un mélange de texte évoquant tour à tour l'histoire du peuple puis l'histoire personnelle de quelques personnages et d'images avec une représentation du peuplé évoqué précédemment par l'écrit.

Alors que l'incursion de l'image est rare dans les fanfictions, comme on a pu le constater précédemment, on remarque un usage soutenu de l'image pour les fan-classes. D'ailleurs, les échanges ne manquent pas comme on peut le voir avec cette fan-classe L'Alchimie de Rixilia (2), où un lecteur, KuraKira propose sa propre vision de la classe évoquée. Pourquoi un usage plus soutenu de l'image et donc d'une hybridation des médias pour ce type de création ? Probablement parce que la fan-classe sous-tend une utilisation de l'image. Il s'agit d'imaginer une classe, un peuple, il faut donc faciliter la projection d'un tel imaginaire s'intégrant à Wakfu. Les fanfictions inventent aussi mais le plus souvent en reprenant des éléments connus (classes de personnages jouables dans le jeu, personnages du dessin animé, etc.).

Fan-art d'une Rixilia (illustrant la fan-classe L'Alchimie de Rixilia)

En parcourant les deux premières pages de résultat des fan-classes, on constate une grande variété dans l'hybridation des médias. Tout d'abord, les auteurs, et les commentateurs, usent de différentes techniques picturales pour représenter le peuple inventé. Voici un recensement de quelques techniques découvertes, pour le dessin, à travers les pages consultées :

•    Feutre (3)
•    Crayon à papier (4)
•    Crayons de couleur (5)
•    Ordinateur (6)

A côté de ces techniques, c'est également une variété de style graphique que l'on découvre. Voici une première formalisation listant les styles rencontrés :


•    Comique
•    Réaliste
•    Primitif
(7)

Il s'agit ici d'évoquer les dessins mais d'autres créations picturales se rencontrent. Dessin fixe mais également animé à travers l'utilisation de .gif. De même, les sujets sont très variés avec des représentations de blasons, de personnages, etc. Il ne s'agit pas ici de lister avec précision les différents sujets, les quelques formalisations visibles plus haut suffisent à montrer que l'hybridation des médias a toute sa place dans le cadre d'une fan-classe. Puisqu'il s'agit d'imaginer sa classe, son peuple, son histoire et donc son esthétique et quelques héros, le fan-auteur est libre de mélanger le texte descriptif avec des dessins illustrant ces descriptions.

Le plus important sur cette question demeure la nature de cette hybridation. Qu'elle soit variée est une chose, mais comment se construit cette hybridation ? Trouve-t-on dans cette hybridation un art total où l'image et le texte ont une place égale et développent entre eux des échanges riches ? En se rapportant aux exemples rencontrés, on peut répondre que cette hybridation est plus courante que pour une fanfiction mais demeure assez pauvre au niveau des relations entre les médias utilisés.

Planche d'Astérix où le texte et l'image se conjuguent pour raconter une histoire et dépeindre des personnages et des émotions

En effet, il s'agit le plus souvent d'illustrer une classe, un héros. Point de narration conjointe à la manière d'un roman graphique ou d'une bande dessinée. On observe comme une segmentation entre le texte et l'image qui arrive, après le plus souvent, pour illustrer le texte. Une chose est sûre, on ne peut plus parler dans de tels cas de fanfiqueur ou de fanfiction. C'est un fan qui devient créateur et sa création est hybride, textuelle et visuelle, et conduit à des échanges créatifs entre l'auteur et ses lecteurs.

Les fan-classes ont une place à part dans la production fictionnelle, avec une base textuelle, des fans. Pour reprendre les sous-rubriques de la partie "Fan-media" du forum officiel de Wakfu, il ne s'agit ni de fan-fictions (majoritairement textuelles), ni de fan-vidéos (essentiellement visuelles puisqu'il s'agit de vidéos), ni de fan-arts (essentiellement visuels, des créations type dessin) mais de créations hybrides où le texte tient une part plus ou moins importante par rapport aux autres médias convoqués. Doit-on en conclure que l'hybridation des médias pour le cas de fictions, avec une base textuelle, de fans reste rare et cantonnée aux fan-classes ? Ce serait être un peu rapide.

En effet, le forum officiel de Wakfu regorge de productions fictionnelles de fans qui ne se rangent pas sous l'étiquette de fan-fictions voire, plus largement, dans la partie dédiée aux créations de fans : l'espace "fan-media". Cela peut sembler étonnant mais au fond la marge de manoeuvre des fans pour la création est presque infinie.

Il est possible, pour quasiment chaque sujet et donc chaque type de discussion, de créer une fiction. Qu'est-ce qui pourrait empêcher un auteur de créer une fiction pour fixer un événement de rôle-play à venir ? Ou d'imaginer une fiction à partir d'un sujet traitant de la politique dans Wakfu ? Le joueur-auteur peut choisir de traiter des sujets a priori strictement informationnels en tant que fictions.

Il serait vain de vouloir lister toutes ces formes de fiction puisque potentiellement tout message peut être fiction. Arrêtons-nous plutôt sur un cas populaire de fiction, avec une base textuelle, se situant en dehors de l'espace fan-media. Y a-t-il hybridation des médias ? Si oui, les relations entre les médias utilisés sont-elles plus complexes que pour le cas des fan-classes ?

En consultant les deux premières pages de résultat des discussions politiques, on ne constate le plus souvent que des productions textuelles. Les joueurs jouent le jeu et parlent politique comme s'ils étaient leurs avatars. Ils ne parlent pas en tant que joueur derrière son ordinateur mais en tant que personnage et citoyen de Wakfu.

Bandeau d'une campagne politique, Moiq, roi des nouilles

Du point de vue de l'hybridation, l'usage combiné de différents médias est finalement très rare. Le plus souvent, les images sont là pour attirer le lecteur (bandeaux annonçant un thème, etc.) ou pour illustrer un propos. Des fonctions similaires à celles relevées pour les fanfictions d'Harry Potter ou de Twilight.

Que peut-on conclure au sujet de cette hybridation ? Les fanfictions et autres écrits fictionnels restent-ils majoritairement textuels ? Au regard des précédentes recherches, on peut répondre par l'affirmative. En effet, les écrits fictionnels des fans restent le plus souvent textuels. Même si l'univers de Wakfu est un univers transmédia (le MMORPG en est le plus bel exemple), conjuguant l'image et le texte pour faire vivre un monde imaginaire, on relève le plus souvent une grande segmentation dans l'utilisation des médias à des fins créatrices chez les fans. Les joueurs sont des auteurs variés puisqu'ils touchent au dessin, à la vidéo et au texte fictionnel mais font le plus souvent la part des choses. Ils publieront dans les parties dédiées leurs dessins et leurs textes. Jusqu'à présent, on n'observe que de très rares hybridations qui pourraient transcender ces clivages pour créer une sorte d'art-total, caisse de résonance à la pluralité du monde de Wakfu.

Puisque le texte fictionnel ne se mélange presque pas aux autres médias, il convient donc d'interroger ces textes par rapport à la littérature. Comme il s'agit de fictions, quels liens ces productions entretiennent-elles avec la littérature de fiction comme les nouvelles, les romans et autres formes d'écriture ?


(1) Forum officiel du site Wakfu, http://www.wakfu.com/fr/forum/80-fan-classes

(2) L'Alchimie de Rixilia, fan-classe, http://www.wakfu.com/fr/forum/80-fan-classes/41183-fan-classe-alchimie-rixilia, page consultée le 17 décembre 2012

(3) La Cuisine de Baklawa, fan-classe, http://www.wakfu.com/fr/forum/80-fan-classes/56024-cuisine-baklawa , page consultée le 17 décembre 2012

(4) Le Silence d'Emim, fan-classe, http://www.wakfu.com/fr/forum/80-fan-classes/157452-silence-emim , page consultée le 17 décembre 2012

(5) La Gadgetologie d'Etil, fan-classe, http://www.wakfu.com/fr/forum/80-fan-classes/269762-gadgetologie-etil , page consultée le 17 décembre 2012

(6) Kopy, la Khraméléonne, fan-classe, http://www.wakfu.com/fr/forum/80-fan-classes/56882-kopy-khrameleonne , page consultée le 17 décembre 2012

(7) Les Sables de Moneda, fan-classe, http://www.wakfu.com/fr/forum/80-fan-classes/219306-sables-moneda , page consultée le 17 décembre 2012

 

L'article d'origine :http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=253:reflexions-journal-dun-memoire-fan-classes-et-autres-creations-textuelles-ou-hybrides&catid=35:reflexions&Itemid=29

Suivez-nous sur Twitter : https://twitter.com/#!/alfouxlf

Rejoignez-nous sur Facebook : https://www.facebook.com/pages/Levelfivefr-Chroniques-vid%C3%A9oludiques/121393444645752

Ajouter à mes favoris Commenter (3)

Signaler
Réflexions

Une fanfiction, terme anglophone comme le rappelle Elodie Oger (1) dans son mémoire Littérature et Internet : la fanfiction, enjeux littéraires et éditoriaux, provient de la « juxtaposition de « fan » et de « fiction ». Comme j'ai pu l'évoquer dans plusieurs articles précédents, il s'agit d'une fiction inventée par un fan par rapport à un univers aimé.

 

Dans cette définition vague, on ne peut pas vraiment dégager de contraintes formelles.  « Fiction » peut renvoyer à bien des formes. Il convient donc, pour tenter de cerner un peu mieux ce type de création, de regarder du côté de l'histoire des fanfictions. J'ai déjà abordé ce point précédemment (2) mais une question demeure : Qu'observe-t-on du point de vue de la forme ?

 

 

Joan Marie Verba

 

On note que les fanfictions furent exclusivement textuelles à l'origine. Rien que du texte publié dans divers fanzines consacrés à des séries comme Star Trek. C'est ces origines que retraçait Joan Marie Verba dans son livre A Trekker fan and zine history. Pourtant, même si cette exclusivité du texte s'est perpétuée bien après ces premiers fanzines, peut-on continuer d'affirmer qu'une fanfiction doit être obligatoirement, et exclusivement, textuelle ? N'existe-t-il pas une relation d'influence (au niveau de la forme) entre l'univers aimé et la fiction qui célèbre cet univers ? Pour notre cas, les fanfictions de Wakfu, le fait que cet univers fictif soit pluri-médiatique (jeux vidéo, dessin animé, comics, manga, bandes dessinées, cartes, figurines, etc.) pousse-t-il les fanfiqueurs à des créations incorporant divers médias ? En d'autres termes, un univers transmédia provoque-t-il des fanfictions transmédia ou cette forme de création, la fanfiction, a priori floue, garde-t-elle son exclusivité du texte ?

 

Le cas Harry Potter et Twilight

 

Pour tenter de répondre à ces interrogations, penchons-nous tout d'abord sur les fanfictions de deux univers populaires qui ont comme point commun d'être originellement textuels : Twilight et Harry Potter. Même si ces univers ont bénéficié d'adaptations au cinéma, par exemple, il ne s'agit que de déclinaisons ou plutôt d'adaptations. L'idée n'est pas pour J.K. Rowling, la créatrice du jeune sorcier, de créer un univers transmédia où chaque média développe une partie du monde imaginaire de Poudlard, de même pour Stephenie Meyer et ses vampires. La base reste les romans qui furent, du fait d'un succès d'édition colossal, déclinés sur divers médias. Les produits dérivés viennent après le succès du livre, alors que pour Wakfu les produits dérivés interviennent en parallèle les uns des autres non pas pour raconter la même histoire mais exploiter les possibilités d'un monde fictif.

 

 

Harry Potter, le film

 

Pour observer la forme des fanfictions émanant de créations originellement textuelles, on se bornera au site le plus populaire en matière de fanfictions : http://www.fanfiction.net. Twilight (3) et Harry Potter (4) ont leur propre page. Il serait fastidieux, et malgré tout stérile, de regarder toutes les pages listant les fanfictions de ces univers. On se contentera donc de regarder les deux premières pages afin de dégager des tendances formelles.

 

Le résultat est clair pour les deux univers, on ne trouve aucune image de quelque sorte que ce soit dans tous ces résultats. Du texte, rien que du texte. Pas de dessin, de photographie, de montage, de .gif ou de vidéo. Le tendance originelle décrite plus haut se confirme. Mais cette tendance lourde est-elle le fait du site ? Sur d'autres sites, en particulier des blogs personnels dédiés aux univers étudiés, constate-t-on une même domination du texte ?

 

Prenons le cas d'Harry Potter (5) pour commencer. Sur le site dédié aux fanfictions d'Harry Potter, hpfanfiction.org, on ne trouve quasiment que du texte sur les fanfictions des deux premières pages. Pourtant, une différence par rapport à fanfiction.net se dessine, des images sont visibles et consistent le plus souvent en quelques montages. Ces images sont rares, une par fanfiction, et n'apparaissent la plupart du temps qu'au début du récit. Elles n'apportent rien à la narration, rien au récit et se contentent d'agir comme des publicités. Le but est d'attirer le regard, d'amener le visiteur à cliquer pour découvrir la suite du texte et à lire. D'ailleurs, dès que le lecteur clique sur une fanfiction de hpfanfiction.org, il ne voit plus que le texte et plus l'image. Il y a donc comme une séparation nette entre l'image, publicitaire, et le texte, la création.

 

On retrouve le même principe, la même segmentation donc le même statut conféré aux différents médias (texte et image) pour la série Twilight. En parcourant d'autres sites Internet consacrés aux fanfictions de la série (6), on retrouve ce principe de la photo-montage avant le texte. Deux fonctions se dégagent de cette utilisation des images dans les fanfictions : attirer le lecteur pour qu'ils lisent le texte et signer son oeuvre. Parfois, ces montages sont l'occasion pour le fanfiqueur de signer de son nom d'auteur. Néanmoins, l'image (donc l'incursion d'un autre média dans le texte) reste gratuite et n'apporte rien à la démarche créative de la fanfiction. En est-il de même pour des créations qui ne sont pas originellement liées au texte mais à l'image, comme une bande dessinée ou un manga ?

 

 

Twilight, le film

 

Fanfiction de Naruto

 

L'exemple de Naruto semble idéal pour cette étude. Naruto est un manga à l'origine, qui a donné lieu à divers produits dérivés (dessin animé, jeux vidéo, etc.) et reste très populaire au niveau de la production de fanfictions.

 

Reproduisons pour commencer le même processus que précédemment, autrement dit une recherche préalable sur fanfiction.net (7). En parcourant les deux premières pages de fanfictions tirées de l'univers Naruto, on ne retrouve, comme auparavant, que du texte. Pas l'ombre d'une image ou d'un dessin. Ce qui est étonnant pour une oeuvre à la base visuelle.

 

 

Naruto, le manga

 

Regardons maintenant sur d'autres sites, génériques (des fanfictions issues de tous univers avec fanf-fic.net (8), version francophone de fanfiction.net) et spécifiques (wonaruto.com (9)). Les résultats sont strictement identiques. On retrouve du texte mais jamais d'images. Ainsi, en dépit d'une oeuvre originelle visuelle, la fanfiction semble tracer sa propre route, celle d'une création exclusivement textuelle n'admettant que de manière sporadique et arbitraire d'autres médias. Même si la définition de fanfiction laisse place, en théorie, à une création sans réelle contrainte formelle, dans les faits on observe une tendance lourde pour un usage exclusif du texte. Qu'en est-il de Wakfu, oeuvre transmédia ? Il ne s'agit plus, comme précédemment, d'une oeuvre originelle affiliée à un média précis mais des médias convergeant pour raconter l'histoire d'un monde imaginaire.

 

Les fanfictions de Wakfu

 

Pour cette recherche, on se contentera de regarder les résultats des fanfictions publiées sur le site officiel Wakfu, plus précisément le forum et sa partie dédiée aux créations de fans (10). Ce jeu est motivé par le fait que ce lieu de publication comporte le plus grand nombre de fanfictions liées à l'univers et nourrit bien des échanges au quotidien. En clair, un lieu où foisonnent les fanfictions.

 

Regardons les résultats des deux premières page des fanfictions sur le forum officiel du jeu, dans la rubrique « fan-fictions ». On découvre plusieurs cas où se conjuguent les médias. On note par exemple des échanges entre l'auteur et les lecteurs, après publication du texte, conduisant à la création d'images (dessins de différents styles). Prenons l'exemple de la fanfiction Menestrels en actions (11). Ce sujet recense des poèmes en acrostiche à partir de noms de personnages faisant du rôle-play dans Wakfu.

 

Le joueur AlbynnB a rédigé des poèmes dont un sur la joueuse Deora. Cette dernière le remercie, « un poème en mon nom ? Je te le revaudrais avec ma plume l'ami, en m'inspirant de tes songes, pour créer une nouvelle lune ! ». Quelques réponses plus loin, Deora poste un dessin à l'aquarelle en annonçant « comme promi, une création au claire de lune ». Ce cas d'échanges amenant à une création visuelle reste exceptionnel dans cette partie du forum dédiée aux fanfictions. De plus, il ne s'agit que  d'une création arrivant après le texte, dans le but de l'illustrer. En aucun cas, il n'y a là une fanfiction qui se rapprocherait d'un art total, conjuguant le texte et l'image.

 

 

Début de la fanfiction L'Histoire d'un homme (presque) ordinaire

 

Au fil de ces échanges, certains lecteurs, aimant la fanfiction, se proposent pour dessiner les personnages. C'est le cas de Tatii-Mimii pour la fanfiction Wakfu : l'histoire parallèle (12). Cette dernière écrit à l'auteur, « Si tu es d'accord, je pourrais te faire un fan-art de ta fanfiction mais il faudrait que tu me fasse un descriptif des personnages principales ». Parfois, ce sont les auteurs eux-mêmes qui décident de proposer un dessin lié à leur création. C'est le cas avec la fanfiction Histoire d'un homme (presque) ordinaire (13) où l'auteur, Muledecogere, propose un dessin de son personnage. Là encore, l'intervention d'un autre média se fait après la publication du texte et n'a pour fonction que d'illustrer le texte.

 

Autre cas de figure, à la manière de ce que l'on a pu voir avec les fanfictions Harry Potter ou Twilight, certains fanfiqueurs s'amusent à dessiner, ou à créer des images par ordinateur, pour annoncer leur fanfiction. A la manière de l'affiche publicitaire, il convient par ce moyen d'aguicher l'internaute pour qu'il devienne un lecteur. C'est le cas de Wakfu : une histoire parallèle (14). D'ailleurs, cette fanfiction est une vraie exception. Alors que dans les cas de figure décris plus haut, il ne s'agissait que d'illustrer du texte, de manière sporadique, ici il s'agit d'utiliser le dessin avec une grande régularité. Un peu comme les cadences des romans illustrés de Jules Verne, on constate que chaque chapitre, d'une ou deux pages, s'associe à un dessin.

 

Néanmoins, il convient de tempérer ces exemples décrits. En effet, sur deux pages analysées, on ne constate que quelques cas isolés où l'image intervient dans le texte. Ces cas ne sont pas représentatifs de l'ensemble des fanfictions publiées. La tendance lourde demeure l'utilisation exclusive du texte, alors que Wakfu est une création transmédia.

 

Il semble clair que les fanfiqueurs s'en tiennent à la forme originelle de la fanfiction, par tradition plus que par respect d'une codification rigoureuse. Les fans-créateurs cloisonnent leurs créations. Le forum Wakfu démontre parfaitement cela par son architecture. La partie du forum dédiée à la communauté, et plus précisément au « fan-media », comporte plusieurs rubriques comme « fan-fictions », « fan-videos », « fan-arts », « fan-classes ». Cette segmentation empêche, en tous les cas pour le site officiel de Wakfu, une hybridation des médias pour les fanfictions. Si quelques cas existent, ces exemples restent anecdotiques et l'utilisation d'un autre média que le texte est le plus souvent sporadique et gratuite.

 

Même si les fanfictions semblent s'enfermer dans une forme précise, quelque soit l'univers dont s'inspirent les fans, il ne faudrait pas conclure trop vite à l'impossibilité d'une hybridation des médias dans les créations textuelles des fans. Si hybridation il y a, « Créations textuelles » est une expression qui ne conviendrait plus. Afin de poursuivre cette étude, il faudrait regarder du côté des autres créations textuelles de fans. Ces autres créations que l'on ne nomme pas fanfiction et qui ne sont pas publiées sous cette étiquette. Autrement dit, les fan-classes et autres textes fictionnels (comme les campagnes politiques) portant sur l'univers Wakfu.

 


 

(1) Oger, Elodie, Littérature et Internet : la fanfiction, enjeux littéraires et éditoriaux, p.6

 

(2) Hassler Alexis, Journal d'un mémoire : Précisions sur la fanfiction, levelfive.fr,
http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=244:reflexions-journal-dun-memoire-precisions-sur-la-fanfiction&catid=35:reflexions&Itemid=29, page consultée le 13/12/2012

 

(3) http://www.fanfiction.net/book/Twilight/, page consultée le 13/03/2012

 

(4) http://www.fanfiction.net/book/Harry-Potter/ page consultée le 13/03/2012

 

(5) http://www.hpfanfiction.org/fr/browse.php?type=categories&catid=69, page consultée le 13/03/2012

 

(6) http://thelemonrepertoire.skyrock.com/, page consultée le 13/03/2012

 

(7) http://www.fanfiction.net/anime/Naruto/, page consultée le 13/03/2012

 

(8) http://www.fanfic-fr.net/fanfics/animes-mangas/n/naruto.html, page consultée le 13/03/2012

 

(9) http://www.wonaruto.com/fanfictions/, page consultée le 13/03/2012

 

(10) http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions, page consultée le 13/03/2012

 

(11) http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/245162-menestrel-actions, page consultée le 13/03/2012

 

(12) http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/283784-wakfu-histoire-parallele, page consultée le 13/03/2012

 

(13) http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/285322-histoire-homme-presque-ordinaire, page consultée le 13/03/2012

 

(14) http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/283784-wakfu-histoire-parallele, page consultée le 13/03/2012

 

 

L'article d'origine : http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=252:reflexions-journal-dun-memoire-fanfiction-creation-textuelle-ou-plurielle-&catid=35:reflexions&Itemid=29

 

Suivez-nous sur Twitter : https://twitter.com/#!/alfouxlf

 

Rejoignez-nous sur Facebook : https://www.facebook.com/pages/Levelfivefr-Chroniques-vid%C3%A9oludiques/121393444645752

Ajouter à mes favoris Commenter (12)

Édito

Il est temps que l'on communique. Rédiger des articles c'est bien mais communiquer...c'est nécessaire. Du coup, nous investissons gameblog afin d'avoir un meilleur écho pour nos articles. Surtout que gameblog.fr semble être une bonne plateforme pour nos écrits, plus des analyses que des tests; des réflexions que des actus.

Merci à vous tous de prendre la peine de nous lire. N'hésitez pas également à venir sur le site officiel : www.levelfive.fr

 

 

Archives

Catégories