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Par levelfive.fr Blog créé le 21/12/10 Mis à jour le 22/08/13 à 10h31

A travers des chroniques, articles de fond ou reportages, nous nous efforçons d'aborder le jeu vidéo de façon intelligente. Sans pédanterie, avec humour ou le plus grand des sérieux.

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Réflexions

Pour ce nouveau billet du journal d'un mémoire, je souhaitais vous parler d'une lecture. En effet, tout mémoire nécessite des lectures variées. De l'article de blog à l'étude universitaire, il est parfois nécessaire de compiler les références pour bien aborder une question et proposer une réflexion pertinente. Pour ce mémoire sur les fanfictions de Wakfu, j'ai déjà relevé plusieurs ouvrages sur les fanfictions, la création transmédia mais également des ouvrages de théorie littéraire plus généraux. Le livre d'aujourd'hui fait parti de cette dernière catégorie, il s'agit de La Théorie littéraire des mondes possibles, un livre édité par CNRS éditions comprenant des textes réunis et présentés par François Lavocat (professeur de littérature comparée à l'Université Paris 7).

La Théorie littéraire des mondes possibles

Voici donc le premier livre réellement acheté par mes soins pour mener à bien ce mémoire de seconde année de Lettre Modernes. Je dis "réellement acheté" car j'ai déjà évoqué précédemment le livre Boldly writing de Joan Marie Verba. Livre libre de droit, trouvable en format .epub sur Internet (1). Mais revenons à ce livre qui se présente comme une compilation d'articles sur ce thème des "mondes possibles" en littérature. La quatrième de couverture le précise, il s'agit du "premier ouvrage de référence en français sur la théorie des mondes possibles appliquée à la littérature, dans une perspective diachronique large". Dès la lecture de l'avant-propos, cette assertion est confirmée. Comme souvent, les études littéraires dépassant le cadre strict de la littérature (ici en allant du côté des sciences, là-bas en allant du côté des jeux vidéo) sont relativement ignorées en France. Une auteure comme Anne-Marie Ryan n'est pas encore traduite en français, on pense à son ouvrage de référence : Possible Worlds, Artificial Intelligence and Narrative Theory (2). Encore et toujours à l'étranger, la Suède proposa en 1986 un colloque (3) tentant une synthèse des avancées sur les mondes possibles en littérature.

Quel est le rapport des mondes possibles à la science ? Que signifie "les mondes possibles en littérature" ? Je vais tenter d'apporter quelques réponses, sachant que je suis actuellement depuis deux jours en pleine lecture de cet ouvrage qui n'est pas toujours très aisé. Il faut donc du temps pour lire et assimiler les théories avancées. Tout d'abord, l'origine des mondes possibles semble provenir de Leibniz et plus précisément de la troisième partie de son livre La Théodicée (4). En évoquant le rêve de Théodore, prêtre de Delphes, ce dernier affirme que les mondes possibles sont les chambres-bibliothèques d'une pyramide infinie qui contient toutes les variantes de la vie de Sextus Tarquinus s'il avait choisi d'écouter le conseil de Jupiter de renoncer au trône.

Essai de Théodicée, de Leibniz

Ainsi, comme on peut le lire dans le chapitre I de l'ouvrage, "cette séduisante fiction corrobore l'intuition commune selon laquelle le monde aurait pu être différent, à des degrés variables, de ce qu'il est, qu'un petit événement aurait pu changer les cours des choses". L'exemple du film d'Alain Resnais, Smoking/No Smoking, joue énormément sur cet aspect des possibles. Il s'agissait alors de présenter une série de personnages dans un petit village de Yorkshire et de montrer aux spectateurs plusieurs versions de leur vie.

Smoking/No Smoking, d'Alain Resnais

Trois conceptions des mondes possibles dominent actuellement. Tentons de les résumer. D'un côté, on trouve Lucia Vaina qui pense que le texte est un "monde textualisé" qui est ainsi "composé de sous-mondes textualisés (qui sont les différents états de l'action)". De l'autre, Umberto Eco évoque une vision différente de Vaina en pensant que les mondes possibles ne sont pas des textes mais sont "générés par le texte". Enfin, troisième voie, Thomas Pavel, Marie-Laure Ryan et Lubomir Dolezel pensent eux que "les mondes possibles sont les univers de référence construits par les textes fictionnels".

Je pense que dans le cas d'un univers transmédia comme Wakfu, on assiste surtout à un univers fictionnel, un monde possible (avec ses lois, ses règles) qui est généré comme dirait Eco par différents médias. De la bandes dessinées au dessin animé jusqu'aux écrits officieux des fans. Le problème d'un univers transmédia, c'est qu'il ne peut se résumer exclusivement à du texte et que de ce fait il échappe en partie à la théorie littéraire des mondes possibles. Il n'est pas seulement généré par de l'écrit.

Différentes notions émergent à propos des mondes possibles, des notions qui cherchent à définir des types de fiction. Certains parlent de "faction" qui serait, selon les anglo-saxons, une sorte d'auto-fiction, de docu-fiction où l'on projette deux mondes avec "la particularité qu'il est difficile, voir impossible de les distinguer; la relation qui les lie existe mais elle est dissimulée" (5). D'autres mentionnent la "fiction autonome", "par "fiction autonome", nous entendons une oeuvre qui contient tous les éléments nécessaires au déroulement de sa fabula et dont la cohérence et l'interprétation ne dépendent pas de la mise en relation avec d'autres mondes" (6).

Certains théoriciens évoquent des degrés d'autonomie d'un monde fictionnel. Pensent qu'un manque d'autonomie provoque un déficit de narrativité. C'est le cas du jeu en ligne Second Life. Seulement, un univers comme Wakfu, qui est pourtant un jeu en ligne avec des avatars pour matérialiser les joueurs, a la particularité d'être généré par l'écrit, l'image et de manière permanente, 24h/24, par le jeu lui-même qui reproduit un monde avec ses nations et ses habitants qui les peuplent de manière aléatoire.

Image extraite du jeu Second Life

Les textes sont clairement dépendants par rapport à l'univers vidéoludique de Wakfu. Ils génèrent l'univers fictionnel mais ne sont pas les seuls à le faire et surtout ne sont pas nécessaires. Le jeu en ligne est l'ossature de l'univers, les textes (officieux et officiels) ne font qu'apporter des éclairages, enrichissent un récit, une base qui vit d'elle-même (scripts des développeurs) et des mouvements et actions des joueurs via leurs avatars.

Je ne fais que débuter cette lecture et j'essaie tout d'abord de comprendre ces théories sur les mondes possibles en littérature avant de les raccorder à un univers transmédia comme Wakfu. Néanmoins, il est déjà possible de caractériser dans un tel univers des fictions selon différents genres. Dans La Théorie littéraire des mondes possibles, on évoque trois genres de la fiction.

  • Fiction alternative : comprenant allégories, factions, contrefactuels, utopies, mondes virtuels
  • Fiction autonome : fictions monocentrées, polycentrées
  • Transfiction (suites, continuations/ parodies, pastiches / adaptations/ fictions métaleptiques

Selon cette classification, on peut déjà reconnaître un entremêlement de genres à l'intérieur de l'univers transmédia Wakfu. Par exemple, le MMORPG Wakfu est une fiction autonome. Elle existe par elle-même, pour elle-même, même si ses principes d'enrichissement se basent à la fois sur de l'aléatoire (action des joueurs) et du prédéfini (scripts). Il serait d'ailleurs intéressant de se demander quelle est la part d'aléatoire dans les actions du joueur. Le jeu Wakfu correspond à la définition de la fiction autonome (voir plus haut (6)).

Seulement, comme il s'agit d'un "monde virtuel informatique", le jeu Wakfu rentre aussi dans le cadre de la fiction alternative. On trouve dans le jeu la porosité évoquée par l'essai entre le monde réel et le monde fictif (certains joueurs parlent comme s'ils étaient leur avatar, d'autres parlent en tant qu'humain et non plus en tant que personnage de fiction), la relation interactive entre ces deux mondes : "Les mondes virtuels informatiques n'effacent pas la frontière entre fiction et réalité, mais rendent celle-ci particulièrement poreuse. La relation qui les lie organise maintes intersections et chevauchements entre les deux mondes. On la qualifiera d'interactive." (7). Ainsi, le jeu Wakfu est à la fois fiction autonome (du point de vue de la fabula) et fiction alternative (du fait de son interaction entre le réel et la fiction). On voit bien à quel point un jeu en ligne comme celui-ci, qui s'inscrit dans un univers transmédia plus vaste, dépasse en complexité un jeu comme Second Life.

Autour de cette fiction autonome, et alternative, on observe dans les fanfictions et les écrits officiels (bds, comics, mangas) des transfictions. Certains fanfictions imaginent, par exemple, la troisième saison (non prévue encore sous la forme d'un dessin animé mais plutôt d'un manga) du dessin animé Wakfu. Comme il s'agit de suites, ce sont des transfictions. Les fans inventent ce que seraient les aventures de Yugo et de sa bande après la fin de la saison 2 (8).

Je vais en rester là pour le moment. Il y a encore à creuser dans ce livre passionnant. Il semble clair que l'univers transmédia de Wakfu dépasse le cadre strict des théories littéraires des mondes possibles, mais je reste persuadé que certains éléments peuvent éclairer à la compréhension de ce monde fictionnel.

N'hésitez pas à commenter cet article. Tout regard extérieur m'aidera dans la réalisation de ce mémoire.

 


 

(1) http://www.ftlpublications.com/bw.htm, page consultée le 22/10/2012

(2) Possible Worlds, Artificial Intelligence and Narrative Theory, Anne-Marie, Ryan

(3) Possible Worlds in Humanities, Arts and Science, Edition Walter de Gruyter, Collectif

(4) Essais de Théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l'homme et l'origine du mal, Flammarion, Philosophie, Gottfried Wilhelm Leibniz.

(5) La Théorie littéraire des mondes possibles, CNRS éditions, Collectif, p.30

(6) La Théorie littéraire des mondes possibles, CNRS éditions, Collectif, p.34

(7) La Théorie littéraire des mondes possibles, CNRS éditions, Collectif, p.31

(8) Wakfu saison 3 de Bihanpoudec, http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/240178-wakfu-saison-3, page consultée le 22/10/2012

 

L'article d'origine : http://www.levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=247:reflexions-journal-dun-memoire--lecture-la-theorie-litteraire-des-mondes-possibles&catid=35:reflexions&Itemid=29

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Commentaires

levelfive.fr
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Célim -) Je comprends mieux ton approche holistique maintenant. Je maintiens que les classifications ne sont pas par essence mauvaises. Elles sont des balises dans une réflexion, je pense qu'il est bon de parfois formaliser parfois. Histoire de faire le point. Les classifications ne doivent pourtant pas être une fin mais un moment de la réflexion. Un moment que l'on dépassera en nuançant le propos grâce à des arguments, lectures, etc...

Strife -) Merci pour cette référence. Pas de problème pour la langue. Depuis l'année dernière, je me suis remis intensivement à l'anglais. Il faut dire que dans les mémoires que j'entreprends, les sources sont souvent américaines.
Strife
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Strife
Alors, avec un peu plus de temps et le livre sous les yeux: "Postmodernism, or, The cultural logic of late capitalism, de Fredric Jameson; première publication en 1991, au Royaume Uni chez Verso et aux USA chez Duke University Press.
Je n'ai pas le souvenir d'une édition francophone, hélàs :(
Celimbrimbor
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Celimbrimbor
Je me suis sans doute mal exprimé en parlant d'approche holistique. Erreur de langage de ma part, j'utilise l'adjectif comme synonyme de totalisant. C'est une approche que j'ai développé à la suite de lectures assez variées (Genette, Figures 1 à 3, Éco, De Superman au surhomme, Lector in Fabula, Barthes, Le neutre, Le plaisir du texte, Le degré zéro de l'écriture, S/z, etc. et sans doute d'autres auteurs).
En fait, on touche là à une de mes limites assez graves : je n'ai aucune culture critique. C'est-à-dire que les formalistes russes, si je sais ce qu'ils sont et l'époque d'où ils proviennent, j'aurais du mal à raconter ce qu'ils ont dit. Donc, je serais incapable de t'orienter vers un ou des auteurs pour mieux saisir une façon de penser.
Par contre, je peux te définir un peu ce que j'entends par approche totalisante. C'est une approche qui considère le (ou les) texte(s) comme matériau premier et unique. Pas forcément à l'exclusion du contexte, évidemment, mais je vais d'abord chercher à connaître / comprendre le texte et laisser advenir des grilles d'analyses avant de le... Ranger dans des cases.
C'est-à-dire partir du texte en premier lieu, bien le comprendre, bien saisir les effets qu'il peut produire et voir comment il les produits. Je suppose que c'est un peu formaliste, sans doute ?

Cela dit, les classifications me hérissent quand elles pré-déterminent la lecture. Là, elles sont, pour moi, insupportable. Par exemple, lire un Dickens pour lire un roman réaliste du XIXème est pour moi une hérésie. D'abord lire le roman, ensuite voir où il se situe. Et souvent, il se situe ailleurs. La classification vient, toujours, après.

En fait, c'est aussi tout le discours critique qui s'effectue a posteriori. J'entends par là qu'une critique, qu'une étude, ne peut se fonder que sur une connaissance du texte et de ses mécanismes. Une analyse genettienne est un prélude à une classification. Il s'agit de dégager les lignes de force et les lignes de fuite de l'oeuvre avant toute chose. Mais là encore, je réponds sans doute à côté.

J'espère que cela t'éclaire un peu, navré de ne pouvoir en dire beaucoup plus.

Celim, du désavantage de n'avoir de maître à penser.
levelfive.fr
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Célim - Tu parles d'approche holistique, je découvre car je ne connaissais pas. En cherchant un peu, je vois que l'expression s'applique à différents domaines dont la médecine. De manière générale, il s'agit de considérer les phénomènes comme des globalités. C'est intéressant mais un peu vague. As-tu des références sur le sujet ? De même, je persiste à penser qu'une classification n'est pas mauvaise en soi. C'est un peu comme le travail des formalistes russes. Au début, c'est les louanges, puis les critiques et désormais on observe un retour, partiel, vers les schématisations des formalistes. En disant que finalement il y a du bon même s'il s'agit de dépasser, à un moment, ces éléments. Je suis convaincu qu'une classification permet de poser les choses à plat, de cadrer une pensée qui peut partir dans tous les sens. Après, en avançant, en compilant, en réfléchissant on peut nuancer les premières approches voire apporter des contradictions.

Sinon, merci pour vos remarques sur les citations et le reste. Je note tout ça. C'est vrai que je suis moins rigoureux car il s'agit du journal d'un mémoire, et non le mémoire, mais il vaut mieux prendre le pli tout de suite.

Encore merci pour vos commentaires, et vos lectures. C'est agréable de voir ça sur Internet.
Celimbrimbor
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Celimbrimbor
Ah, vu que Wiinston parle de la bibliographie, n'oublie pas de donner la date, le lieu de publication et l'éditeur si jamais tu intègres cet article à ton mémoire.

Ex. : Palimpsestes, G. Genette, Paris : Seuil, 1992.
Et si le texte est ancien : Robot Dreams, I. Asimov, New York : Gollanz, 2004 (1962).

D'autre part, quelques conventions de note qui peuvent les alléger un peu.
Si tu cites plusieurs fois le même ouvrage d'affilé :
- Palimpsestes, G. Genette, Paris : Seuil, 1992, p. 30.
- Ibid. (en italiques), p. 26.

Si tu cites plusieurs fois le même ouvrage d'un même auteur, tu peux :
- Ou l'indiquer par sa date de parution, qui renseignera ses références dans la bibliographie : G. Genette, (1980).
- Ou le cité une fois complètement puis : "Palimpsestes, G. Genette, op. cit. p. XXX" avec le op. cit. en italiques.

Celim.
winston
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winston
Article très intéressant ... même si je dois dire que j'ai failli me noyer à mi-parcours.
Pour ton acte de colloque de 1986 : Il serait plus judicieux de citer le directeur/responsable de publication plutôt que de marquer "Collectif". De même pour l'ouvrage CNRS.

Pour les classifications : je suis du même avis que Celim. Il faut faire super attention car elle ne reflète qu'une démarche personnelle. Si cette classification émane de l'auteur de l'ouvrage (si j'ai bien tout compris) il serait judicieux de le noter. Comme ça tu peux y faire référence sans pour autant te mouiller personnellement.

Enfin : Très intéressant la ref à smoking no smoking. Dans la même démarche je te conseil l'épisode de community "Remedial Chaos Theory" (saison 3 épisode 4). L'arbre des possibles est moins touffu que dans smoking no smoking, mais je trouve la démarche tout aussi intéressante.

En attendant la suite avec impatience.
Celimbrimbor
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Celimbrimbor
Hum... Comment dire ?
J'ai une appréhension assez forte des classifications. Cela tient au fait que je ne les aime pas. Je préfère une approche holistique que je vais ensuite raffiner, plutôt que partir de classes prédéterminées. Pour redécouvrir l'eau tiède, en somme. Cependant, je ne nie pas qu'une typologie soit un mauvais outil d'analyse. Au contraire. Je m'en méfie, par habitude et par principe et m'en tiens éloigné, sans doute par erreur, mais ce n'est qu'une habitude de travail que j'ai.

J'attends avec impatience ton explication sur le monde textualisé.

Palimpseste fut une révélation. Enfin, non. Pas une révélation. Mais quelque chose d'extrêmement intéressant à lire. Je te conseille Seuils, du même auteur, aussi, qui pourrait te servir.

Pour le post-modernisme, tu as Jean-François Lyotard, si mes souvenirs sont bons. (La condition post-moderne)
Je vais me renseigner auprès d'amis qui apprécient plus ce courant littéraire que moi, ils devraient pouvoir me donner quelques pistes de lecture.

Celim.
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Strife - Pourrais-tu me donner une référence précise ? Je ne vois pas d'ouvrage intitulé "On post-modernism" de Fredric Jameson.

Célim - Je vais potasser un peu plus le livre pour tenter d'expliquer le phénomène de "monde textualisé". Sinon, je ne te suis pas totalement sur le cas des classifications. Je pense qu'elles sont le point de départ d'un développement. Je ne dis pas que tout est explicable en petites cases mais qu'elles permettent souvent de poser une première pierre avant affinement. C'est un peu pareil pour les mouvements littéraires. On cherche à les définir, on propose une grille pour les lycéens mais en creusant on découvre des porosités, des nuances. Seulement, pas de nuances si pas de schéma, même si réducteur ou grossier, à la base. C'est mon avis.

Je ne sais pas pour les prolongements. Un prolongement, c'est tout en fait. A la fois préquelle, suite, etc. Lorsque je parle de sous-textes, c'est surtout que les fanfictions ne sont pas nécessaires. Elles sont dans une relation de totale dépendance vis-à-vis de l'univers de Wakfu, donc du jeu. S'il n'y avait pas de fanfictions, l'univers de Wakfu ne s'écroulerait pas.

En tous les cas, j'avais noté Palimpsestes, du coup je vais l'emprunter demain.

Je parlerai peut-être les prochaines fois des livres sur la narration transmédia lus l'année dernière. Ils sont toujours valides pour mon mémoire sur Wakfu. La vision de Jenkins, dans Convergence Culture par exemple, est proche de celle de Wakfu. Un petit rappel qui ne fera pas de mal.
Strife
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Strife
Ah pas bête ça Celim, ça me fait penser notamment à On post-modernism de Fredric Jameson qui pourrait apporter un éclairage complémentaire sur les oeuvres transmédia.
Celimbrimbor
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Celimbrimbor
Une remarque importante : Françoise Lavocat, pas François.

Ensuite, quelques pistes de lecture : G. Genette, Palimpseste. Ainsi qu'un peu de Borges (La Bibliothèque de Babel, le Livre de Sable). Pour mieux saisir cette idée d'univers.
Ah, et aussi, sans doute, un peu de post-modernisme. Cela semble bien en lien avec ce livre que tu nous présentes.

Des questions.

1) "Trois conceptions des mondes possibles dominent actuellement. Tentons de les résumer. D'un côté, on trouve Lucia Vaina qui pense que le texte est un "monde textualisé" qui est ainsi "composé de sous-mondes textualisés (qui sont les différents états de l'action)". De l'autre, Umberto Eco évoque une vision différente de Vaina en pensant que les mondes possibles ne sont pas des textes mais sont "générés par le texte". Enfin, troisième voie, Thomas Pavel, Marie-Laure Ryan et Lubomir Dolezel pensent eux que "les mondes possibles sont les univers de référence construits par les textes fictionnels"."

Je n'ai pas compris ce paragraphe. Pourrais-tu développer un peu et l'expliquer plus avant. Si je suis familier d'U. Eco et arrive comprendre à quoi tu fais référence, je ne saisis rien pour les deux autres voix. Qu'est-ce qu'un monde textualisé ? Qu'est-ce qu'un sous-monde textualisé ? En outre, énoncé ainsi, cela m'apparaît fondamentalement absurde. Bref. Je ne comprends pas et je souhaiterai en savoir plus;

2) "Fiction alternative : comprenant allégories, factions, contrefactuels, utopies, mondes virtuels
Fiction autonome : fictions monocentrées, polycentrées
Transfiction (suites, continuations/ parodies, pastiches / adaptations/ fictions métaleptiques"

Soyons toujours frileux des classifications. Tu le montres très bien dans les paragraphes qui suivent : elles sont poreuses.
J'aurais tendance, d'un pur point de vue personnel, à les éliminer comme parasite à l'analyse. Le découpage en petites cases ne m'a jamais semblé pertinent. Prudence, donc, à mon avis.

Enfin, de la manière dont je perçois ton sujet - fausse, donc - il ne me semble que peu pertinent d'aller chercher une théorie pareille. En effet, l'univers de Wakfu est cohérent, maintenu, unique. Les fanfictions s'y inscrivent de façon logique. Plutôt que les qualifier de sous-textes, j'aurais tendance à les appeler "prolongements".
Cela m'encourage vivement à te conseiller Palimpseste, absolument génial de ce point de vue.

Enfin, comme je l'ai dit : j'ai fondamentalement tort et je n'ai pas tout compris.

Celim.

Édito

Il est temps que l'on communique. Rédiger des articles c'est bien mais communiquer...c'est nécessaire. Du coup, nous investissons gameblog afin d'avoir un meilleur écho pour nos articles. Surtout que gameblog.fr semble être une bonne plateforme pour nos écrits, plus des analyses que des tests; des réflexions que des actus.

Merci à vous tous de prendre la peine de nous lire. N'hésitez pas également à venir sur le site officiel : www.levelfive.fr

 

 

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