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Par levelfive.fr Blog créé le 21/12/10 Mis à jour le 22/08/13 à 10h31

A travers des chroniques, articles de fond ou reportages, nous nous efforçons d'aborder le jeu vidéo de façon intelligente. Sans pédanterie, avec humour ou le plus grand des sérieux.

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Chroniques

 

Sortie un peu de nulle part, la série Hector : Badge of Carnage a frappé un grand coup sur Iphone dès le premier épisode. En l'espace de trois opus, cette toute nouvelle licence de Telltale Game invente une nouvelle grande figure du jeu vidéo. Hector, flic alcoolique, amateur de pornographie, et joyeusement incorrect. Un jeu punk, désarmant d'humour et ironisant sur les travers du genre dans lequel il s'inscrit et sur la société occidentale.


 

Monde interlope, de l'échec et de la laideur

Le monde d'Hector est un monde de la laideur et de l'échec. Échec social (jeunes désorientés qui font des raves risibles dans le parc municipal, flic désabusé...), laideur physique (les prostitués adossées au commissariat, le jeune délinquant dégingandé...), échec intimiste (pornographique en pleine expansion. Hector dira devant le sex shop : « Pourquoi payer quand j'ai Internet au travail ? », pas de couples visibles, d'amour rieur...), non respect des valeurs (Hector veut le taser d'une vieille dame et lui fait plusieurs propositions impensables envers une personne d'un tel âge : disperser les cendres de son mari, lui faire rapidement l'amour, etc.).

Le jeu vidéo n'est pas souvent nihiliste. Lorsqu'il met en scène des mondes interlopes, ces derniers ne le sont souvent que par une esthétique ou des agissements violents. Là, c'est sur plusieurs domaines (intimistes ou généraux) que la ville d'Hector est pourrie. On a comme l'impression d'une longue, et lente, décadence. Une sorte de miroir grossissant les tares de nos sociétés occidentales actuelles.


 

Se moquer des travers du genre point and click

Le genre du jeu d'aventure point and click est ancien. De ce fait, au fil des années, les différentes productions ont développé quelques clichés. La complexité des énigmes, reposant sur des combinaisons à décoder, des épreuves de mathématiques délicates sont autant d'exemples qui trouvent leur paroxysme dans des jeux comme Myst.

Myst

Hector épisode 1 joue beaucoup sur l'ironie. Une ironie qui permet aux développeurs de tourner en dérision certaines pratiques, de souligner des travers. Cette ironie s'applique au genre du point and click et à la difficulté de ses énigmes plus précisément.


A un moment donné, Hector enquêtant dans la boutique porno de la ville se retrouve dans l'arrière-boutique. La porte franchie, c'est une armée de lasers qui s'impose devant l'enquêteur bedonnant. La situation est complexe, on s'attend à une résolution qui le sera tout autant (algorithmes, système de miroirs, etc.). Il n'en est rien, en cliquant sur un bouton à gauche de la porte, le système s'éteint comme on éteindrait la lumière dans son appartement. Hector renchérit devant ce soufflet qui se dégonfle : « It was a puzzle » alors qu'il ne s'agissait pas d'un puzzle mais d'une action ordinaire et logique.

En dégonflant totalement une situation qui s'annonçait périlleuse, les développeurs font rire du fait du décalage (énigme/résolution) mais souligne également la manie des point and click à imaginer des énigmes retorses à se tirer les cheveux. Hector joue de la frustration mais en joue intelligemment.

 

Tourner en ridicule les clichés de l'industrie pornographique

Après s'être introduit dans l'arrière-boutique du magasin porno de la ville, Hector mène une fouille minutieuse dans le bureau du gérant. Hector fantasme, il s'attend à trouver des choses infâmes : objets moralement douteux, dossiers compromettants pour des politiciens...tous ces clichés habituellement attribués au monde du porno.

En fait, Hector ne trouve que des lettres du gérant à sa mère, des papiers administratifs ordinaires, etc. Un patron sans histoire. Là encore, le jeu joue sur la frustration tombant comme un couperet après un désir savamment orchestré. Le joueur découvre des éléments dissimulés ici et là, Hector évoque des découvertes croustillantes mais ces révélations salaces tombent à plat dès que l'objet fantasmé devient accessible d'un clic. Hector détricote des clichés, aussi bien dans le domaine du jeu vidéo que dans celui de la pornographie.


 

Des personnages hauts en couleurs

Certains point and click imaginent des personnages hauts en couleurs. Proche d'une certaine tradition du cartoon, plusieurs protagonistes marquent par leurs tics, leur apparence ou bien d'autres détails. Hector s'inscrit pleinement dans cette tradition. C'est ainsi qu'au fil du premier épisode, le joueur découvre un gardien de tour en fauteuil roulant, borgne et faisant de la distillerie clandestine ou encore un gérant de magasin porno obèse se baladant sur une sorte de déambulateur.

Les personnages sont souvent drôles car ils cumulent les tares. Seulement, ce ne sont pas que des protagonistes amusants mais sans profondeur, presque tous décrivent en creux des catégories de personnes. Ce sont des délaissés de la société, des ratés, victimes de problèmes sociétaux plus ou moins graves (guerre, pornographie débridée, commerce parallèle, esprit de secte, chômage, etc.).

Derrière quelques situations ludiques, des dialogues, ces loosers renvoient l'image d'une société gangrénée, décadente. Ils font rire mais n'ont pas que cette utilité, ils sont les incarnations de misères humaines sans pour autant que cette misère soit véhiculée par un misérabilisme forcené.

 

Le Mal contre le Mal

D'ailleurs, si l'on devait s'attarder sur les personnages, celui d'Hector est probablement le plus marquant car le plus tendancieux. Hector est un policier mais on est loin du personnage propre sur lui, défenseur de la veuve et de l'orphelin. Il est gros, est coiffé bizarrement, est un grand consommateur de pornographie, n'a qu'une très faible motivation pour la justice.

De plus, pour résoudre les problèmes qui gangrènent la ville, résolutions imposées par le sniper fou qui tient la ville au collet, Hector pourtant du côté du Bien agit négativement pour lutter contre le Mal.


C'est ainsi que la fin du premier épisode met en scène l'écroulement du magasin porno par Hector. Ce dernier confectionne un système alliant MacGyver aux blagues les plus potaches. Hector doit faire fermer le fameux magasin. Seulement, au lieu de recourir à une méthode pacifique, il va littéralement détruire ce temple de la pornographie en sapant les fondations. Pour ce faire, notre homme va combiner de l'alcool, un câble et des vibromasseurs dans la cave du magasin porno. De l'inventif, du farfelu et du graveleux.

 

Du sale, du répugnant

Hector agit parfois avec violence, mais la violence n'est pas sa seule tare. Il se montre également sale et répugnant. Le jeu vidéo peut se montrer répugnant. Une répugnance qui vient se nicher dans l'esthétique d'un bestiaire (Silent Hill) ou dans les actes mis en scène (Manhunt, etc.).

Silent Hill Homecoming

Manhunt 2

Hector met à plusieurs reprises le joueur face à des situations répugnantes. C'est ainsi que, dès le premier tableau, notre détective devra repêcher un trombone dans une cuvette sale de toilette avec un préservatif usagé, ce dernier étant attaché à un lacet de chaussure. Hector met les mains dans le cambouis et n'hésite pas à perdre toute sa dignité dans des actes impensables dans d'autres jeux. Violent et répugnant, Hector est de plus un héros désabusé et démotivé.

 

Un policier aussi pitoyable que les délinquants

Hector est une parfaite incarnation de l'antihéros. Il rechigne à sauver sa ville en proie à la folie meurtrière d'un sniper, là où Mario est toujours enthousiaste pour faire régner le Bien au royaume Champignon. Une des confrontations les plus amusantes, et révélant le mieux le caractère pitoyable et démissionnaire du personnage, est celle opposant Hector au jeune délinquant dans le commissariat.

Le jeune veut accomplir un mauvais acte pour bien se faire voir dans sa bande. Il télécharge sa musique sur Itunes (donc légalement) mais se dit « rebelle ». Face à lui, Hector, le sale flic. La figure de la loi est pitoyable tout comme le délinquant, plus dans l'apparence que dans les faits. Plus qu'une confrontation absurde, c'est une crise des valeurs : le banditisme et la Loi foutent tous deux le camp. Un nihilisme doucement absurde, drôle mais pas si éloigné du réel.


Hector est également un personnage politiquement incorrect. On le découvre dans une cellule au début du jeu, classique du point and click (l'enfermement, etc.), mais l'originalité ne vient pas de la situation en elle-même mais du prétexte : il sort d'une méchante cuite. De même, il aime « Helen Mirven », une actrice de film porno dont il a un poster très distingué dans sa cellule. Enfin, alors que le héros est présentable et ne doit pas être sujet à la moquerie, surtout pour son physique, on aperçoit dès le début du jeu une partie des fesses d'Hector. Le policier porte un slip kangourou mal remonté, montrant l'anatomie disgracieuse de cet homme.

Hector est tout aussi incorrect dans ses occupations, il dira d'ailleurs que l'alcool l'aide à dormir, et parfois la lecture. En clair, la culture ? Très peu pour lui. Il la place au même niveau qu'un somnifère. Le seul livre qu'il lit est Brutalities for dummies, un manuel d'extorsion d'informations à base de coups.

 

Conclusion

Hector premier épisode est une introduction en fanfare. Drôle, incorrect, inventif et malin, le jeu réussit à captiver par son histoire autant que par ses énigmes et leurs résolutions. Fait rare dans le jeu vidéo, Hector est un jeu nihiliste, bête et méchant mais plus intelligent qu'on pourrait le penser tant la caricature est une critique biaisée de la réalité et de ses travers. Un premier épisode et déjà un grand jeu.

L'article d'origine : http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=213:chronique-hector-the-badge-of-carnage-episode-1-iphone&catid=50:iphone&Itemid=28

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Merci à vous tous de prendre la peine de nous lire. N'hésitez pas également à venir sur le site officiel : www.levelfive.fr

 

 

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