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Par levelfive.fr Blog créé le 21/12/10 Mis à jour le 22/08/13 à 10h31

A travers des chroniques, articles de fond ou reportages, nous nous efforçons d'aborder le jeu vidéo de façon intelligente. Sans pédanterie, avec humour ou le plus grand des sérieux.

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Réflexions

Le titre de cet article peut faire craindre à une énième dissertation sur les rapports entre le cinéma et les jeux vidéo. Oui, non, mais. Il n'en est rien. Ne souhaitant pas me jeter dans un article fleuve ni une réflexion dense et probablement rebattue pour bien des aspects, je souhaitais tout de même faire part de quelques remarques sur les deux médias. Des remarques absentes des différents billets lisibles ici et là sur Internet. Au coeur de cet article, une question d'adaptation et d'inspiration.

Affiche du film Level Five

 


 

Un débat qui tourne en rond

Christophe Gans, joueur et réalisateur

Lors de la sortie du film Prince of Persia, l'émission Star Mag se décida à évoquer la fameuse adaptation mais également, par un glissement prévisible, la relation actuelle entre les deux médias : cinéma et jeu vidéo. Marcus, un pionnier de la presse vidéo-ludique, un chroniqueur de cinéma pour le magazine Première et un journaliste des Inrockuptibles cherchèrent dans un premier temps à juger le film puis à réfléchir à ce sujet cent fois ressassé.

Résultat des courses, on entendit les sempiternelles références lisibles ailleurs et un diagnostic toujours identique. « Lorsqu'on aura des réalisateurs gamers, on aura alors probablement de meilleurs films ». Christophe Gans est un homme intelligent. On peut ne pas apprécier son travail de cinéaste, il n'en demeure pas moins qu'il incarne ce prototype qui manque pour bien des joueurs : un réalisateur/gamer. Gans est pertinent lorsqu'il parle de ces deux médias, néanmoins son adaptation de Silent Hill, même si au-dessus pour certains du lot quotidien des adaptations, n'atteignait pas des sommets. Adaptation correcte pour la majorité des joueurs, mais de là à parler d'un grand film...il y a un pas qu'on ne saurait accomplir. Du coup, la théorie avancée précédemment n'a rien de la valeur absolue. On peut être joueur et cinéaste mais ne produire que des adaptations médiocres. La connaissance et la bonne volonté ne font pas tout.

A part cette faiblesse rhétorique, ce qui me gêne le plus c'est bien la pauvreté des références de ces soi-disant spécialistes. Resident Evil, Tomb Raider et Silent Hill. Voilà un résumé quasiment correct des films cités durant cet échange. Et durant de nombreux autres échanges.

Pourtant, à part Silent Hill, que je ne juge pas comme un bon film pour ma part, il existe des adaptations de jeux acceptables. Je n'entends jamais parler de Postal de Uwe Boll, un horrible tâcheron ayant pourtant produit pour cet énième portage un film correct. Restituant avec assez de justesse l'esprit débile et jouissif du jeu original en amenant, en plus, une critique sociale bouffonne (l'entretien absurde du héros pour un travail de bureau), une irrévérence balourde mais drôle (le massacre des enfants) et j'en passe.

Une distinction à faire

Image extraite d'Existenz de David Cronenberg

Cette éternelle discussion conduit généralement à un oubli ou plutôt à un amalgame. Il me semble nécessaire de distinguer dans cet univers du jeu vidéo au cinéma deux catégories de film. D'une part, les adaptations de jeux. Reprenant le titre et, selon les cas, l'histoire, les personnages du matériau de départ. D'autre part, les films puisant leur thématique dans le jeu vidéo. Cette séparation n'a rien du dandysme. Au contraire, elle explique, à mon avis, des écarts qualitatifs majeurs.

Les films se basant sur un jeu précis demeurent, dans 99% des cas, de mauvais films. Longs métrages calibrés pour un public d'adolescents (avec toute la codification nécessaire un peu lourde), non respectueux du matériau d'origine et sans ambition artistique (pas de vraie recherche dans la mise en scène ni dans le traitement de l'image). Au final, le seul lien avec le jeu d'origine se résume au nom lisible sur l'affiche. Mario Bros ou Tomb Raider sont deux exemples possibles.

Les films empruntant aux jeux vidéo pour construire leur univers visuel ou leurs thématiques sont très différents. Et, pour le coup, peuvent donner de belles réalisations. J'en veux pour preuve Existenz de David Cronenberg. Dans ce film, le réalisateur se base sur le principe des jeux vidéo, la connexion de l'être charnel à un univers virtuel (non organique, irréel), et développe ainsi une intelligente réflexion sur le rapport à l'imaginaire. Cronenberg exploite la thématique du jeu vidéo pour en développer d'autres, l'éternelle fusion, problématique, de deux corps par exemple, ou créer une esthétique singulière, ces êtres flasques que l'on branche à son épine dorsale via une sorte de cordon ombilical.

Un peu dans le même registre, le documentaire de Chris Marker, Level Five, utilise également le jeu vidéo comme matériau de base. Marker nous conte l'histoire d'un informaticien travaillant sur un jeu évoquant la bataille d'Okinowa. L'occasion pour le cinéaste de proposer une réflexion sur la mémoire, la transmission de l'Histoire par des moyens divers et variés. L'esthétique héritée des premiers jeux vidéo vient également parasiter un documentaire classique type témoignage. Une manière de symboliser l'aspect fragmentaire du souvenir, oubli simple ou volontaire. Ici, celui d'une bataille polémique.

Enfin, encore dans un autre registre, un film comme Tron réussit sa mission de divertissement de qualité. Cette production Disney ne se base sur aucun titre existant, elle s'inspire simplement des jeux vidéo pour créer une esthétique et une histoire à moitié onirique mêlant le réel et le fameux réel bis. Dans ce long métrage, on retrouve aussi les fameux concepts-ludiques (la course des motos par exemple ou le disque désintégrateur) propres à la préhistoire du jeu vidéo. Des concepts encore utilisés dans bien des productions pour smartphones.

Image extrait de Tron

Conclusion :

Les deux médias, cinéma et jeu vidéo, ne sont pas des frères ennemis. Ils peuvent s'inspirer mutuellement pour créer des oeuvres de qualité autant sur le plan esthétique que narratif ou encore réflexif. Il suffit, mais cela n'a rien de simple, de ne pas tomber dans un rapport marketing contraignant. Une licence adaptée impliquant un cahier des charges et un budget parfois trop conséquent pour une vraie prise de risque, c'est sans surprise que l'on trouvera les meilleurs films sur l'univers des jeux vidéo hors de ce champ-là. Mieux vaut une inspiration qu'une adaptation, plus ou moins fidèle. Jusqu'à présent, le contraire n'a pas été prouvé.

L'article d'origine : http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=145:reflexions-cinemajeux-video-le-debat-qui-tourne-en-rond&catid=35:reflexions&Itemid=29

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Commentaires

levelfive.fr
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levelfive.fr
Choix pertinent. Merci pour le lien.
OmegaBahamut
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OmegaBahamut
http://ericviennot.b...jeu-vidéo.html pour compléter l'article.

Édito

Il est temps que l'on communique. Rédiger des articles c'est bien mais communiquer...c'est nécessaire. Du coup, nous investissons gameblog afin d'avoir un meilleur écho pour nos articles. Surtout que gameblog.fr semble être une bonne plateforme pour nos écrits, plus des analyses que des tests; des réflexions que des actus.

Merci à vous tous de prendre la peine de nous lire. N'hésitez pas également à venir sur le site officiel : www.levelfive.fr

 

 

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