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Par levelfive.fr Blog créé le 21/12/10 Mis à jour le 22/08/13 à 10h31

A travers des chroniques, articles de fond ou reportages, nous nous efforçons d'aborder le jeu vidéo de façon intelligente. Sans pédanterie, avec humour ou le plus grand des sérieux.

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Réflexions

Certains jeux terminés me donnent la sensation d'un plaisir non achevé. Un peu comme si, les différentes sessions se succédant, le bien-être censé être au rendez-vous avait fait faux bond. En réfléchissant à ce problème, j'en suis arrivé à décortiquer ma propre expérience de joueur. Tout est limpide, une question de ludique et de cérébralité.


I) Un jeu, un livre

Honoré de Balzac

C'est après avoir terminé le jeu Red Dead Redemption que la puce vint se faire entendre à mon oreille. J'avais pris le temps de faire tranquillement cette aventure solitaire. Seulement, en regardant les notes dithyrambiques de la presse spécialisée, je me rendis compte que mon ressenti n'était pas aussi flamboyant que ce que les testeurs décrivaient.

Une appréciation plus négative de ma part ? Oui, mais pas seulement. Ce petit bémol ne pouvait pas se résumer uniquement à un avis subjectif différent. Donc, de l'arbitraire in-critiquable d'une certaine manière. J'avais apprécié le jeu mais un profond ennui m'avait emparé à certains moments de l'aventure. Une analogie se fit presque automatiquement dans mon esprit. Je me remémorai Balzac et son Père Goriot. Pourquoi ce morceau de la Comédie humaine ? Quel est le rapport entre le jeu de Rockstar et ce roman réaliste ?

II) Nourrir l'interprète

Une gravure représentant une scène des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos

La réponse est simple. J'ai pris beaucoup d'intérêt à analyser Red Dead Redemption. A prendre des notes après mes sessions de jeu, à revenir dessus, à approfondir tout cela. La construction cyclique, la dimension économique voire politique du jeu, la morale pessimiste, voire célinienne (c'est toujours les sans-grades qui l'auront dans le cul en quelque sorte, eux qui font le sale boulot et que l'on paie mal), la finesse des relations entre certains personnages, etc.

Un jeu capable de nourrir une foule de lectures, interprétations, riche à analyser, bref une belle création. Car, il faut bien le rappeler, une bonne oeuvre c'est une oeuvre qui nourrit l'interprète. Prenons le cas de la littérature, je parlerai de Balzac juste après. Un roman dont on ne peut rien tirer, aucune lecture possible car, en quelque sorte, le roman dit déjà tout et ne dit rien de plus, ce n'est pas une grande oeuvre, une création au sens noble du terme.

C'est pour cette raison qu'un Marc Levy, qui ne nourrit rien si ce n'est le désir insatiable de lecture de jeunes ou vieilles demoiselles, ne rentre pas dans le champ de la littérature. Pas dans le même champ que Rousseau pour rester dans des thématiques amoureuses. Avec La Nouvelle Héloïse, Rousseau ne fait pas, comme Marc Levy, que dépeindre une histoire d'amour. Il apporte également sa réflexion sur les passions (forcément intérieures, tout jaillissement étant une violence), leur contrôle, le rapport de l'être amoureux à la société dans laquelle il s'intègre (ne pas provoquer de rupture du contrat social qui structure la société), la glorification de l'âme pure (Rousseau s'opposant à la mystification justifiée de Diderot), etc.

Rousseau apporte des niveaux de lecture à son roman. Il injecte une réflexion. D'autres auteurs dépeignent des histoires suffisamment riches pour permettre diverses lectures. C'est le cas des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos. Un auteur comme Roger Vailland n'a cessé d'apporter des interprétations modernes de l'oeuvre de Laclos. Il se fend même d'une interprétation marxiste des rapports de force décrits dans le roman épistolaire. Tout cela est anachronique, pas de marxisme à l'époque, mais pertinent. On peut en effet, tout cela tient debout, y lire une lutte des classes personnifiée par Valmont et ces dames.

III) Le ludique et l'analyse

Ainsi, Read Dead Redemption fut pour moi une création riche, intéressante à analyser. Seulement, je n'ai pas pris un grand plaisir à y jouer. Malgré ses bonnes idées, le ludique était assez peu présent lors de mes sessions de jeu. Par exemple, ne proposer que quatre/cinq canevas pour toutes les missions (la séquence avec la gatling, la protection d'un convoi et compagnie), ce qui veut dire de nombreuses répétitions dans les situations rencontrées, clore l'histoire avec des missions inutiles, ne pas assez développer ce système des actions arbitraires (la prostituée qui vole le cheval, le commerçant qui se fait attaquer...)....tous ces détails furent des embûches à mon plaisir.

Le Père Goriot

 

J'en tire donc la conclusion qui s'impose, le ludique et l'analyse ne sont pas forcément liés. Il est tout à fait possible d'avoir en face de soi une oeuvre dense, nourrissant notre intelligence, mais absolument pénible à lire, voir ou jouer. Ces deux modes de réception, l'un immédiat l'autre non, sont exclusifs d'une certaine manière et l'on aurait tord de critiquer excessivement un jeu en prétextant seulement qu'il est redondant et donc peu ludique. En effet, derrière cette austérité, ou ce raté sur le plan ludique, il est probable que le soft soit intelligent pour ce qui est de l'analyse. Que l'on parle de la finesse du scénario, d'une esthétique léchée ou d'un sous-texte critique pertinent.

Balzac m'a éclairé dans cette réflexion. Je n'ai jamais pris un grand plaisir à lire ses romans. Style assez plat, narration pas vraiment fluide, des descriptions lourdes et longues...Balzac est poussif sur le plan ludique, là où d'autres auteurs, comme Stephen King, le surclasseront. Seulement, en termes d'analyse, de réflexion, la Comédie humaine impose le respect. Prenons le cas du Père Goriot.

Le Père Goriot s'ouvre sur une longue et lente description de la pension dans laquelle vont évoluer les personnages du récit. Le tout doit bien faire dans les cinquante pages. Balzac nous décrit par le menu cette gargote en s'attardant sur une foule de détails. A lire, on s'endort souvent, on s'ennuie beaucoup. Seulement, l'idée est forte. Balzac fait cette description non pas pour meubler mais parce que, dans sa pensée, lui qui incarne le mouvement réaliste dans la littérature française, il faut connaître précisément le contexte dans lequel évolue l'homme pour mieux comprendre ce qu'il est voire ce qu'il devient. Une condition par le milieu. Brillant mais mal dit, en quelque sorte.

L'article d'origine : http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=142:reflexions-le-ludique-et-lanalyse&catid=35:reflexions&Itemid=29

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Commentaires

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Je ne fais pas cette distinction, en effet, même si elle me semble pertinente.

Pour RDR, le récit n'est pas faiblard à mon sens, sur le strict plan de la narration, du fait qu'il est cyclique déjà. Initiation du début que l'on retrouve à la fin. Volonté du héros de reproduire les gestes ordinaires des fermiers qui l'ont recueilli au début. Bref, pour ça et pour d'autres raisons, la conduite de l'histoire et l'histoire elle-même valent le détour. Ce qui n'empêche pas les défauts attention : missions répétitives, fin avec des missions inutiles comme tu le dis.

En résumé, tu soulèves des points intéressants Pedrof. Je reste néanmoins convaincu qu'il y a deux modes de perception d'une oeuvre. Un immédiat et un différé. Tes remarques en tous les cas me serviront pour plus tard. Histoire de creuser cette première idée. Toujours agréable de lire des commentaires constructifs. Si rares malheureusement.
Pedrof
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Pedrof
J'ai une autre réaction : tu opposes le ludique à l'analyse et tu prends pour exemple Red Dead Redemption. Mais dans ce que tu appelles le ludique je vois deux choses que tu ne sembles pas différencier : le plaisir de la narration et le strict ludique. Le strict ludique ça serait l'intérêt ludique des épreuves que le jeu te fait vivre, l'intérêt d'un niveau de Super Meat Boy par exemple. Mais RDR aurait pu aussi t'ennuyer à cause de son récit faiblard, et les exemples que tu cites (missions répétitives, fin avec des missions inutiles) m'invitent plutôt à penser ça.
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Non je ne prends pas ça comme seule nourriture. La preuve, nos chroniques sur levelfive.fr qui couvrent des jeux variés et des points également variés : esthétique, narration, idéologie....Justement, c'est ça qui est plaisant dans le jeu vidéo. Un jeu peut nourrir à sa façon. Sur untel, ce sera la critique sociétale donc le discours, sur tel autre ce sera tel personnage, telle ambiance, telle esthétique ou telle conduite de la narration.

Je suis d'accord avec toi Pedrof sinon. La chronique de Kane and Lynch 2 sur le site le prouve. J'ai analysé et relevé des éléments importants à mes yeux...pas de discours pour ce jeu mais une ambiance, une narration elliptique et nerveuse, etc...
Pedrof
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Pedrof
"Un jeu capable de nourrir une foule de lectures, interprétations, riche à analyser, bref une belle création. Car, il faut bien le rappeler, une bonne œuvre c’est une œuvre qui nourrit l’interprète."

Oui mais il y a d'autres façons de nourrir l'interprète que les interprétations, le propos de fond, etc. Là tu parles de ce que l'oeuvre peut nous dire sur la vie ou le monde et tu prends ça, j'ai l'impression, comme la seule nourriture spirituelle qu'une oeuvre peut apporter à son spectateur. Or, je ne suis pas d'accord.

L'histoire d'un personnage avec des enjeux et confronté à des problèmes, quand c'est bien fait, ça nourrit l'esprit. La narration et ce qu'elle apporte spirituellement à son auditeur c'est pour moi très important. On a tendance maintenant à critiquer seulement "le discours" d'une oeuvre et oublier la narration, alors que c'est une chose formidable. Personnellement je me fiche des messages qu'a envie de faire passer une oeuvre, seul m'importe le récit qu'elle s'ingéniera à me faire vivre, comment elle me placera au plus près de ses personnages et de leurs enjeux.

Dans Dog Days une séquence mémorable pour moi (et je pense aussi pour BlackLabel) c'est quand on joue Lynch qui court pour sauver sa copine et qu'on est à fond dedans au point de se presser dans le jeu même s'il ne nous le demande pas. Du suspens à gogo, on vit le périple de Lynch au plus près de lui. Ce genre d'expérience, c'est ça la nourriture que peut nous apporter une oeuvre narrative.
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Je ne dis à aucun moment que Stephen King c'est mieux que Balzac, jugement de valeur absolu dans ton commentaire, je dis que du point de vue de la fluidité et de la narration basique (raconter une histoire, c'est tout) King est plus doué que Balzac. Chez King ça avance facilement, chez Balzac c'est un peu un travail laborieux.

Le style, c'est encore autre chose, est plat chez King, je le concède. Seulement, il sait raconter une histoire là où Balzac, tenu par les impératifs du courant littéraire dans lequel il s'inscrit (le réalisme qui passe par des descriptions, ouverture de biens des romans de Balzac), et aussi par les contraintes de la publication (Balzac c'est du roman-feuilleton à la base donc une écriture rapide, etc), peine à avancer.

Il faut dissocier le champ des idées et le champ de la narration, le plaisir ludique immédiat en littérature. Bref, tu es passé à côté de pas mal de choses. C'est pourquoi je te propose une nouvelle lecture.
BlackLabel
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BlackLabel
Sans vouloir être méchant, tu racontes n'importe quoi. King c'est extrêmement pauvre et très mal écrit. En fait King ne sait pas écrire, tout simplement, comme la grande majorité des écrivains d'aujourd'hui. C'est même pas que tu compares Mozart à André Rieux, c'est que tu compares Mozart à ton copain qui fait de la guitare depuis deux mois et qui sait pas encore accorder correctement son instrument, et que tu conclus que comme toi tu préfères écouter ton copain, ben c'est que quelque part il est plus doué que Mozart.

King met juste des phrases bout à bout, comme, au hasard, Maxime Chattam, Marc Lévy, Werber, Michael Connelly, Dan Simmons, Philip K. Dick, etc. Balzac effectue un véritable travail d'écrivain, sur tous les plans.

Après on n'est pas obligé d'aimer non plus. Perso je déteste lire Zola. Mais de là à dire que King a un style plus agréable ou plus ludique, y'a tout un abîme.



Après que tu trouves Balzac pénible à lire, ben là c'est ton problème. Moi j'aime pas du tout lire Zola, mais je
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En quoi "au secours" ? On parle de ludique là, de fluidité de la narration et non de la richesse du sous-texte idéologique ou de l'entreprise littéraire chez tel ou tel auteur. Je persiste, Balzac est assez pénible à lire mais incroyablement riche sur le plan intellectuel. Stephen King est très agréable à lire mais pauvre sur le plan intellectuel. D'où, le ludique et l'analyse.

Après l'exclamation, BlackLabel, il faut assurer le développement...ça demande un poil plus d'effort.
BlackLabel
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BlackLabel
Style assez plat, narration pas vraiment fluide, des descriptions lourdes et longues…Balzac est poussif sur le plan ludique, là où d’autres auteurs, comme Stephen King, le surclasseront.


oO !!?

Au. Secours.

Édito

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