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Par levelfive.fr Blog créé le 21/12/10 Mis à jour le 22/08/13 à 10h31

A travers des chroniques, articles de fond ou reportages, nous nous efforçons d'aborder le jeu vidéo de façon intelligente. Sans pédanterie, avec humour ou le plus grand des sérieux.

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Réflexions

Notre grand dossier sur la french touch se poursuit, petit à petit. Avec cette nouvelle partie, ce sont déjà cinq créateurs de jeux vidéo français, renommés et reconnus comme dignes représentants du mouvement french touch dans le jeu vidéo, que nous sondons. Au programme de cette cinquième partie, c'est le développeur Paul Cuisset qui aura les honneurs d'une analyse de ses oeuvres. Figure emblématique (vice président) du, non moins emblématique, studio Delphine Software, l'homme revient depuis peu sur les devants de la scène en travaillant en collaboration avec Lexis Numérique, le studio d'Eric Viennot.

 

 

 

Bio Challenge

On passe rapidement sur le jeu Bio Challenge, une des premiers réalisations de Delphine Software, première oeuvre créditée de Paul Cuisset. Ce jeu d'action futuriste nous permet de contrôler un robot s'attaquant à d'autres robots dans des univers lointains et sans  références (géographiques, picturales, littéraires...). Peu d'intérêt donc pour notre dossier puisqu'il s'agit d'une énième production sans réels "contours".

Les Voyageurs du temps

Le jeu Les Voyageurs du temps nous met dans la peau d'un laveur de carreau qui va, malencontreusement, voyager dans le temps. Du XXème siècle au Moyen Age, son périple l'entraînera dans bien des contrées et époques, l'occasion pour lui de découvrir la difficile condition des humains tout au long de l'Histoire.

La scène cinématique introduisant le jeu montre l'arrivée d'aliens débarquant d'une soucoupe volante. Le soft s'inscrit ainsi dès le départ dansce courant d'une science fiction populaire, jouant sur le lointain, codifiée, n'hésitant pas à reprendre des lieux communs lisibles et visibles chez d'autres créateurs, dans d'autres pays. Les aliens, le vaisseau lumineux, ce sont des codes. Des codes, en particulier le vaisseau, qui rappellent le film de 1977 de Spielberg : Rencontre du troisième type. Une possible référence quand on voit que Les Voyageurs du temps est sorti en 1989. Parmi les autres lieux communs visibles, on peut citer les portes à fermeture automatique, les lasers protecteurs, etc...

Image extraite de la cinématique d'introduction

Le vaisseau du film, Rencontre du troisième type

La première scène, jouable, présente notre personnage suspendu à une nacelle, entrain de nettoyer des carreaux. Même si le contexte n'est pas précisé, pas de lieu cité précisément, on ne peut s'empêcher de penser aux États-Unis en découvrant cet univers de gratte-ciels. Une ambiance très new-yorkaise. Ainsi, après seulement quelques minutes de jeu, le joueur comprend que l'imaginaire proposé s'inspirera et reproduira bien des éléments de sous-cultures américaines et non françaises.

Début des Voyageurs du temps

Esthétiquement, le jeu ne propose pas de vraie inspiration française. Au mieux, à un moment donné, le joueur se retrouve dans un univers médiéval qui rappelle l'Europe mais pas spécifiquement la France. Néanmoins, ce rapprochement tend rapidement à se rompre. Notre personnage, vêtu d'une capuche, déambulera bien rapidement dans un monde futuriste. Son accoutrement même fait irrémédiablement penser aux Jedis de la saga Star Wars. Plus loin dans le jeu, c'est un univers monolithique, asphyxiant, d'une blancheur presque totale, que notre héros parcourt. THX 1138, le film de George Lucas, semble s'imposer comme une autre référence possible.

Accoutrement blanc, lumière blanche dans Les Voyageurs du temps

Deux protagonistes du film THX 1138

Du fait de ses références, souvent cinématographiques et exclusivement américaines, ses allusions géographiques, Les Voyageurs du temps fait parti de ces jeux forgés dans un moule fortement redevable aux sous-cultures provenant des États-Unis. Point de francité ici.A peine un léger rapprochement d'une esthétique et d'une histoire propre à l'Europe.

Operation Stealth

 

La même année que Les Voyageurs du temps, Operation Stealth sortait. Un nouveau point and click qui cette fois-ci ne nous transportait pas à travers le temps. Point de science-fiction, rien qu'un jeu d'aventure à base d'espionnage et de complots.

Le joueur incarne un agent de la CIA, John Glames, chargé d'enquêter sur la disparition d'un prototype d'avion furtif volé sur une base militaire américaine. Notre héros se rendra à Santa Paragua, une république bananière d'Amérique latine, pour retrouver le précieux appareil.

Par la simple fonction de notre personnage, réaliste puisque la CIA existe, Operation Stealth va comme Les Voyageurs du temps regarder du côté des États-Unis. Non plus dans les différentes sous-cultures mais dans les institutions américaines comme c'est le cas ici avec la CIA.

On note les drapeaux américains et le Mickey sur le bureau

Base secrète enfouie comme celles trouvables dans les films James Bond

Pour ce qui est des références, il faut plus regarder du côté de l'Angleterre.Le personnage de John Glames s'inspire énormément de James Bond. Le héros de Ian Fleming, écrivain anglais. D'ailleurs, à certains moments, le soft parodie l'agent secret britannique en détournant quelques répliques cultes des films. Au lieu du classique « Bond, James Bond », le joueur lira « Mon nom est Glames. John Glames ».

Reprenant les codes du roman ou film d'espionnage, le joueur parcourra différents endroits exotiques, infiltrera des bases secrètes, des sous-marins...En tous les cas, que ce soit dans sa parodie (le matériau la servant), les références précises à un pays et le côté globe-trotter, Operation Stealth se refuse lui aussi à aller puiser dans la culture française pour tisser son imaginaire. James Bond plutôt qu'OSS 117.

 

Flashback

Flashback, tout comme Les Voyageurs du temps, reprend le principe, déjà vu précédemment chez d'autres concepteurs français, de la science fiction lointaine et populaire. Du style de celle que l'on pouvait lire dans les pulps ou les romans de gare. L'histoire se déroule en 2042, le joueur incarne Conrad B. Hart qui découvre l'existence d'entités extra-terrestres infiltrées dans la population terrestre. Il est alors capturé par les aliens, sa mémoire effacée mais il parvient à s'échapper et se retrouve sur Titan, un satellite de Saturne. Partant en émission, notre héros devra déjouer un complot planétaire.

Par le nom même du héros que le joueur incarne, Conrad, Flashback montre là-encore qu'il ira puiser du côté des États-Unis pour ses influences. A propos des des références, souvent cinématographiques et exclusivement américaines, on peut citer Total Recall de Paul Verhoeven. Même s'il s'agit d'un réalisateur hollandais, du fait de son matériau de départ (une nouvelle de Philip K. Dick, We Wan remeber if gor you wholesale) et ses acteurs, le film reste profondément américain. Le clin d'oeil est visible lors d'une cinématique du jeu où l'on découvrele personnage principal entouré d'une machine qui rappelle le film.

Version Total Recall

Version Flashback

Autre référence, toujours avec Schwarzenegger, Terminator. Dans une autre cinématique, le joueur retrouve le même effet visuel autour du héros que dans le film de James Cameron lorsque les robots apparaissent, nimbés d'un halo de lumière, d'électricité.

Terminator et sa fameuse apparition électrique

La version Flashback

A côté de ces citations, les environnements du jeu empruntent, une fois encore, bien des lieux communs de la science fiction populaire : un monde technologiquement avancé avec ses barrières, ses lasers, ses jetpacks. L'aspect décadent et interlope de certains niveaux renvoie plus précisément au monde de Blade Runner.

Tout comme Les Voyageurs du temps, Flashback n'emprunte pas plus à la culture française pour créer son imaginaire. Entre les références explicites et les influences ressenties, extra-européennes, ce jeu d'action/aventure ne déroge pas aux éternelles conclusions que l'on a pu tirer jusqu'à présent.

Croisière pour un cadavre

 

Croisière pour un cadavre est un cas à part et intéressant. Intéressant déjà du fait de son personnage principal. En effet, le joueur devra résoudre un meurtre en incarnant un certain Raoul Dusentier. Ce dernier, invité à prendre une croisière sur le bateau de Niklos Karaboudjan, va rapidement se mettre à enquêter après la mort du richissime homme d'affaire.

Esthétiquement, le personnage de Raoul Dusentier est aussi français que son nom le laisse penser. En le regardant, on a l'impression de voir un personnage échappé de la série Les Brigades du Tigre. La moustache bien taillé, le petit veston, le pantalon...Un gentleman mais pas de la trempe d'un Sherlock Holmes, alors qu'il est détective également, pas du tout britannique dans son attitude, ses pauses, mais vraiment français.

De même, le jeu dissipe parfois quelques jeux mots français. Difficilement traduisibles dans une autre langue, ils montrent la volonté de faire un jeu véritablement français dans ce qu'il véhicule de culturel. C'est ainsi qu'on pourra lire sur le schéma du bateau le nom d'un autre personnage : Désiré Grosjean.

Un jeu de mot propre à la langue française

Au fil de vos recherches, vous tomberez sur le missel du père Fabiani, un prêtre voyageur. Même si le missel, livre liturgique, vient de l'Eglise latine et n'est pas un objet identitairement français, ils'inscrit parfaitement dans une tradition européenne et française. A défaut d'une vraie exclusivité, cet élément sort pour une fois des codes d'un sous-genre pour représenter une tradition ancestrale et nationale, celle de l'église chrétienne et catholique plus précisément. Il est intéressant de retrouver ces quelques touches dans un jeu qui se déroule pourtant sur un bateau, donc sans ancrage terrestre, sans géographie précise. Étonnant de voir plus de francité dans ce jeu mouvant que dans bien des productions standards.

Le missel du père Fabiani

Le reste du jeu est difficilement identifiable et l'aspect typé de certains éléments est plus à rapprocher du contexte que propose le jeu : une croisière avec des personnages très marqués, de vrais stéréotypes. Néanmoins, malgré cette marge de manoeuvre réduite (stéréotypes des voyageurs d'une croisière, jeu sur les flots), le jeu distille des touches de francité qui en font non pas une énième enquête à la Sherlock Holmes mais bien un roman policier fin XIXème d'inspiration française. Même si on pense à Agatha Christie, Meurtre sur le Nil par exemple, très similaire dans son scénario, la couleur et les détails ne sont pas britanniques. Point d'Hercule Poirot ou de Miss Marple mais Raoul Dusentier qui sans être un personnage incroyablement développé a la mérite de s'inscrire dans une tradition nationale.

 

Fade to Black

Fade to black est la suite de Flashback, en trois dimensions cette fois. On retrouve le personnage de Conrad, se réveillant de sa cryogénisation après avoir réussi à faire exploser la planète des aliens menaçants. Le jeu reprenant l'esthétique du premier épisode, un scénario de la même trempe, on ne restera pas longtemps dessus. Les remarques de Flashback se valent dans l'ensemble pour cette suite. Une science-fiction de lieux communs, un futur très avancé technologiquement. Seule référence précise à une culture, le niveau des pyramides renvoyant à une Égypte fantasmée. Bref, pas plus de francité ici que dans le précédent épisode.


 

Mr Slim Jr.

Cet petit jeu d'aventure sur Nintendo DS marquait d'une certaine manière le grand retour de Paul Cuisset dans le monde des jeux vidéo. Seulement, en plus d'être un jeu médiocre, ce soft n'est pas un vecteur de la culture française. En effet, le joueur incarne Slimmy, un jeune Slim, qui vit sa jeunesse le plus normalement qu'il soit en attendant le grand affrontement contre les Axons. Une bataille cyclique, tous les quarante ans, avec comme enjeu les denrées de la planète. Le scénario, bien que mince, existe mais il n'est pas plus empreint d'une certaine francité que l'esthétique du jeu ou quoi que ce soit d'autre. Un imaginaire enfantin, globalement déconnecté de toute référence précise.

Amy

Le dernier projet de Paul Cuisset est un jeu qui sera uniquement téléchargeable. Il s'agit d'Amy, un survival horror d'un genre particulier. Comme le titre n'est pas encore sorti, il est trop tôt pour critiquer ce dernier. Il faudra atteindre un pour savoir si Paul Cuisset, en dépit du pas de côté Croisière pour un cadavre, ira enfin puiser dans la culture française pour créer des jeux vidéo.

L'article d'origine : http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=123:reflexions-french-touch-label-ou-realite-partie-5&catid=35:reflexions&Itemid=29

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