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Par levelfive.fr Blog créé le 21/12/10 Mis à jour le 22/08/13 à 10h31

A travers des chroniques, articles de fond ou reportages, nous nous efforçons d'aborder le jeu vidéo de façon intelligente. Sans pédanterie, avec humour ou le plus grand des sérieux.

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Réflexions

Il arrive un moment dans la vie d'un homme où le jeu vidéo ne présente plus l'attraction de son enfance. J'y suis depuis un an, j'ai le plus grand mal à m'investir corps et âme dans une aventure qui me semble, à mesure que les obligations professionnelles et sentimentales se font insistantes, d'un intérêt ludique éphémère, ou bien d'une vacuité artistique et intellectuelle sidérante.

Les jeux vidéos ont bercé mon enfance, accompagné mon adolescence, aujourd'hui ils parviennent avec peine à me distraire.

J'ai cru d'abord à une phase passagère, enfin à un abandon inéluctable synonyme d'une nouvelle étape dans ma vie : je devenais un adulte.

J'ai réfléchi sur les causes de ce désamour, mais il m'a fallu rebrancher mes anciennes consoles pour en tirer des analyses concrètes.

 

 

Premièrement, la technique s'est considérablement enrichie, les moteurs graphiques ne limitent plus la créativité des développeurs et les productions sont d'envergure hollywoodienne. Pourtant il manque à la plupart de ces jeux une mise en scène. Les plans fixes, la recherche esthétique dans le cadre, la composition autour du personnage qui faisaient la force d'un Resident Evil 2 n'existent plus dans les survival horror. Le joueur n'est plus prisonnier de l'espace créé par les développeurs, il le dirige au même titre que les mouvements du héros. Autant qu'une bande sonore, la mise en scène participe de l'atmosphère qui se dégage d'un univers. Même dans Silent Hill 2 où la caméra est plus ou moins libre en mouvements circulaires, elle conserve une certaine indépendance dans son rapport au personnage (décentrée, en plongée etc.). La tendance à recentrer la caméra sur le personnage, à l'inexpressivité de l'espace, a profondément modifié la relation entretenue entre le joueur et l'univers vidéoludique.

Resident Evil 2  /  Silent Hill 2

Deuxièmement, alors que les jeux sont de plus en plus courts, ils ont perdu la notion du temps. Le mot d'ordre est de ne plus laisser le consommateur s'ennuyer une seconde, des scripts se déclenchant dès qu'une action est accomplie pour en relancer une aussitôt. L'action a phagocyté l'exploration au détriment du développement du scénario, qui devient une toile de fond, un prétexte à un tsunami de combats sans fins. C'est le cas de la série Uncharted, où malgré la réussite des phases d'exploration et de plateforme, le joueur passe plus de temps à tirer dans tous les sens qu'à rassembler les pièces d'un puzzle. A quoi bon s'investir dans un scénario s'il est réduit à l'état de cinématiques n'ayant pour seule fonction que d'établir une transition entre deux séquences de castagne. L'hyperactivité du personnage, la démesure quantitative d'ennemis à abattre, la répétition de schémas guerriers, à défaut d'immerger le joueur, n'ont pour effet qu'un appauvrissement de l'intensité scénaristique et par là même de l'aventure, dont la nature cérébrale, affective et imaginaire est bradée au profit des pulsions reptiliennes.

Enfin, ces deux évolutions, d'une part l'absence de mise en scène à travers l'expressivité de la caméra, et d'autre part la rentabilisation du temps par une dynamisation de l'aventure au détriment du développement scénaristique, ont fluidifié les genres traditionnels du jeu vidéo pour en édulcorer leurs spécificités contemplatives et les unifier au sein du paradigme de l'action. C'est le cas de Resident Evil 5, Dead Space, Alan Wake et Mass Effet qui sont fondamentalement des jeux d'action - des jeux de tir - habillés d'une surcouche d'aventure, d'horreur ou de jeu de rôle.

Jeu de tir 1 / Jeu de tir 2 /Jeu de tir 3 / Jeu de tir 4

Deux contre-exemples me viennent toutefois à l'esprit. Heavy Rain, oeuvre cinématographique, assume la mise en scène, en ce qu'elle appuie le caractère des personnages et restitue une vision de l'espace propre à l'imaginaire des développeurs. Aussi, la contemplativité de l'aventure prend le contre-pied des productions actuelles en permettant au temps et à l'espace d'installer leur univers et non pas seulement d'être un champ de tir.

Demon's Souls prend lui la défense du jeu de rôle, malmené par des scénarios et personnages infectes et des combats à répétition sans intérêt. Le scénario est minimaliste, obscur et mystérieux, tandis que l'aventure en elle-même est flegmatique, nécessitant de la part du joueur une appréciation constante de la situation et une immersion totale dans un univers labyrinthique où chaque affrontement restitue l'intensité du combat entre la vie et la mort. Pas d'esbroufe, mais une alchimie qui transforme le plomb en or.

Heavy Rain / Demon's Souls

Ces constatations - sans aborder le sujet de la stagnation de genres tels que la plateforme ou la baston depuis une décennie - m'amènent à comprendre les ressors de mon éloignement progressif du jeu vidéo contemporain. Des productions relancent parfois mon intérêt, mais il est vrai que je regrette une époque où la limitation technologique semblait protéger le juste équilibre entre gameplay et scénario, entre action et contemplation.

L'article d'origine : http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=107:lassitude-du-jeu-video&catid=39:reflexions&Itemid=29

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Commentaires

Atticus
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Atticus
Je ne suis pas vraiment d'accord avec cet article enfin si tant on ne puisse être d'accord car c'est avant tout subjectif (comme mon commentaire qui plus est). Certains exemples ici me chiffonnent un peu. Comme le mentionne Haorou, on ne peut nier que Mass Effect et Alan Wake possèdent une réelle force scénaristique. En ce qui concerne l'avancée technologique, là où je tombe d'accord avec toi, c'est qu'avant les limitations imposaient une réflexion plus profonde sur le reste du contenu. Or aujourd'hui un studio est souvent très fier de nous proposer un jeu magnifique sans fond aucun. J'ai déjà été confronté à la lassitude des jeux vidéo mais mine de rien j'y suis retourné au bout d'un an sans jouer. Je pense que cette lassitude est passagère ou bien que tu en as fait le tour mais je ne sais pas si l'on peut parler d'entrer dans l'âge adulte. Le jeu vidéo n'est qu'un médium culturel comme les autres et on ne peut décemment estampillé un tel support d'enfantin. Le cas échéant il faudrait en faire de même pour la bande dessinée par exemple.
Haorou
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Haorou
Je suis d'accord au sujet de la caméra. Je pense que les développeurs faisaient du meilleur boulot quand elle était fixe et non pas libre. Ce qui ne veut pas dire que c'est impossible de faire un truc qui déchire avec une camera libre, c'est plus difficile et ce n'est pas le même ressenti.

Après, ton paragraphe sur l'action est fort de café. Surtout que tu conspues Alan Wake qui a un vrai scénario et Mass Effect 1 qui a crée un univers à lui. Donc parler d'action et seulement d'action, c'est vachement réducteur.

En tout cas, ton avis est intéressant.
Pedrof
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Pedrof
"Pourtant il manque à la plupart de ces jeux une mise en scène. Les plans fixes, la recherche esthétique dans le cadre, la composition autour du personnage qui faisaient la force d un Resident Evil 2 n existent plus dans les survival horror. Le joueur n est plus prisonnier de l espace créé par les développeurs, il le dirige au même titre que les mouvements du héros."

Bon alors ce que je voulais dire avant que ce MONSTRUEUX BUG tronque mon commentaire, c'est que je me suis fait une réflexion similaire à propos de Shenmue. Je pense que tu as tout à fait raison dans ce que tu dis, et que caméras libres et recherche de fluidité de mouvement à tout bout de champ CASSE quelque chose, que tu décris très bien. En fait le visuel n'est plus maîtrisé par les développeurs.

J'ai pensé à ce que donnerait Shenmue 2 avec une caméra libre et un contrôle du personnage plus souple. L'expérience serait RADICALEMENT différente ! La caméra fixée derrière, en bas du personnage, couplée avec le mode de déplacement bien particulier du personnage, produisent visuellement ce respect constant de la majesté des décors, que l'on peut ressentir durant toute l'aventure ! Une caméra libre produisant potentiellement des plans hors-sujet, des déplacements frénétiques à la Tomb Raider Anniversary "désanoblirait" considérablement les tribulations de Ryu à Shanghai. Je dis NON à la sacro-sainte fluidité des déplacements et à la caméra libre !
levelfive.fr
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levelfive.fr
Simple précision, je ne suis pas l'auteur du billet, il s'agit de Néant. Co-fondateur et ami. Je ne partage pas forcément ses points de vue, comme c'est ici le cas mais une pluralité d'opinions me semble toujours une bonne chose.
Tony12V
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Tony12V
Je me suis arrêté au 3ème paragraphe, tu reprends la sempiternelle image du jeu vidéo : c'est pour les gamins. En gros tu n'éprouves plus l'envie de jouer, parce que tu deviens adulte ? Je ne suis pas d'accord, plus tu grandis, et plus tu as besoin de t'échapper émotionnellement à cause de ton boulot, ta copine, etc. Certes, tu peux très bien vivre heureusement avec ta petite femme, tes enfants,... mais le jeu vidéo est un autre monde, un monde parallèle.

Pour prendre mon exemple (oui osef mais bon !), je suis en stage depuis 7 mois bientôt du lundi au jeudi, je suis en appartement avec ma copine depuis 7 mois aussi (2 ans qu'on est ensemble), j'ai cours le week-end (vendredi + samedi), j'ai beaucoup moins de temps qu'avant pour jouer ou faire du sport, mais j'essaye de toujours trouver du temps pour jouer à ma PS3, c'est une échappatoire exceptionnelle. C'est indispensable, et je pense pas que cette envie me quittera un jour.

Je pense que ça dépend des personnes, certaines trouvent leur bonheur en découvrant autre chose, d'autres trouvent leur bonheur en couplant jeu vidéo et autre chose.
Et si parfois le jeu vidéo n'apporte plus son lot de sensations, ces personnes laissent tomber, voilà tout :)

Édito

Il est temps que l'on communique. Rédiger des articles c'est bien mais communiquer...c'est nécessaire. Du coup, nous investissons gameblog afin d'avoir un meilleur écho pour nos articles. Surtout que gameblog.fr semble être une bonne plateforme pour nos écrits, plus des analyses que des tests; des réflexions que des actus.

Merci à vous tous de prendre la peine de nous lire. N'hésitez pas également à venir sur le site officiel : www.levelfive.fr

 

 

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