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Par levelfive.fr Blog créé le 21/12/10 Mis à jour le 22/08/13 à 10h31

A travers des chroniques, articles de fond ou reportages, nous nous efforçons d'aborder le jeu vidéo de façon intelligente. Sans pédanterie, avec humour ou le plus grand des sérieux.

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Réflexions

Pour savoir si les fanfictions de Wakfu relèvent de la littérature, il s'agit comme on l'a vu plus haut de fictions textuelles conçues sur ordinateur et majoritairement lisibles sur Internet, il convient de regarder dans un premier temps ce qui fonde ce que l'on va nommer la « littérature propriétaire ». En effet, on ne peut se contenter de parler de « littérature » ou de « littérature traditionnelle » puisque l'ensemble de la littérature ne fonctionne pas sur le modèle que l'on connaît aujourd'hui. La littérature antique et médiévale ne connaissent pas réellement la notion d'auteur ou de propriété intellectuelle. Comme cette étude sera une étude comparative entre les fanfictions et la littérature telle qu'on l'a connaît, on parlera donc pour cette dernière de « littérature propriétaire ». Pour une première approche, on s'attardera sur la question de la forme et du fond, premiers éléments constatables, afin de voir si les productions des fans se rapprochent ou non, à ces niveaux-là, des écrits de la littérature propriétaire.

I) Les formes des fanfictions

A) Les fanfictions des univers textuels

En se référant aux ouvrages retraçant l'histoire des fanfictions, comme Bold Writing : A Trekker fan and zine history de Joan Marie Verba, on se rend compte que les premières fanfictions furent exclusivement textuelles. Rien que du texte, publié dans divers fanzines consacrés à des séries comme Star Trek. On peut expliquer cette exclusivité d'un média par l'aspect économique. En effet, les fanzines sont majoritairement des réalisations amateures, sans vrais moyens financiers. La fiction textuelle s'impose facilement lorsqu'il s'agit d'éditer et de publier une revue bon marché.

Seulement, malgré des prémices exclusivement textuelles, peut-on affirmer qu'une fanfiction doit être exclusivement textuelle ? N'existe-t-il pas une relation d'influence (au niveau de la forme) entre l'univers aimé et la fiction qui célèbre cet univers ? Pour ce qui est des fanfictions de Wakfu, le fait que cet univers soit pluri-médiatique (jeux vidéo, dessin animé, bandes dessinées, etc.) pousse-t-il les fanfiqueurs (créateurs de fanfictions) vers des créations incorporant divers médias ? En d'autres termes, un univers transmédia provoque-t-il des fanfictions multimédia ou cette forme de création, la fanfiction, garde-t-elle son exclusivité du texte, résultat d'une tradition plus que d'une codification théorique ou d'une définition rigoureuse ?

Pour tenter de répondre à ces interrogations, il semble pertinent de se pencher sur les formes observables dans des fanfictions se basant sur des oeuvres issues de médias variés. On se penchera tout d'abord sur les fanfictions de deux univers populaires qui ont comme point commun d'être originellement textuels : Twilight et Harry Potter.


Même si ces univers ont bénéficié d'adaptations au cinéma, par exemple, il ne s'agit que de déclinaisons ou plutôt d'adaptations. L'idée n'est pas pour J.K. Rowling, la créatrice du jeune sorcier, de créer un univers transmédia où chaque média développe une partie du monde imaginaire de Poudlard, de même pour Stephenie Meyer et ses vampires. La base reste les romans qui furent, du fait d'un succès d'édition colossal, déclinés sur divers médias. Les produits dérivés viennent après le succès du livre, alors que pour Wakfu les produits dérivésinterviennent en parallèle du jeu en ligne pour exploiter les possibilités du monde créé.

Pour observer la forme des fanfictions émanant de créations originellement textuelles, on se bornera au site le plus populaire en matière de fanfictions : http://www.fanfiction.net. Twilight[1] et Harry Potter[2] ont leur propre page. Comme il serait fastidieux de consulter tous les résultats, on se contentera de regarder les cinq premières pages afin de dégager des tendances formelles.

Le résultat est identique pour les deux univers. On ne trouve aucune image dans tous ces résultats. La tendance originelle décrite plus haut se confirme. Mais cette tendance lourde est-elle le fait du site fanfiction.net ? Sur d'autres sites, comme des blogs dédiés aux univers étudiés, constate-t-on une même domination du texte ?

Prenons le cas d'Harry Potter[3] pour commencer. Sur un site populaire dédié aux fanfictions d'Harry Potter, hpfanfiction.org, on ne trouve quasiment que du texte pour les fanfictions des cinq premières pages. Pourtant, une différence par rapport à fanfiction.net se dessine. Quelques montages photographiques sont utilisés pour certains écrits. Ces images sont rares, une par fanfiction en moyenne, et n'apparaissent la plupart du temps qu'au début du récit. Elles n'apportent rien à la narration, rien au récit et se contentent d'agir comme des publicités. Le but est d'attirer le regard, d'amener le visiteur à cliquer sur le lien permettant de lire la suite du texte. D'ailleurs, dès que le lecteur clique sur une fanfiction de hpfanfiction.org, il ne voit plus que le texte. Il y a donc une séparation nette entre l'image (publicitaire) et le texte (la création).

On retrouve la même segmentation, donc le même statut conféré aux différents médias (texte et image) pour la série Twilight. En parcourant d'autres sites Internet consacrés aux fanfictions de la série[4], on retrouve ce principe du montage photographique positionné avant le texte.

B) Les fanfictions des univers graphiques

Après de telles recherches, on peut dégager deux fonctions concernantl'utilisation d'images dans les fanfictions : attirer le lecteur pour qu'il lise la suite du texte (l'image est souvent accompagnée d'un extrait de la fanfiction, une amorce) et signer son oeuvre.En effet, ces montages sont parfois l'occasion pour le fanfiqueur de signer de son nom d'auteur. Néanmoins, l'image (donc l'incursion d'un autre média dans le texte) n'apporte rien à la démarche créative de la fanfiction. En est-il de même pour des fanfictions dont l'univers cadre n'est pas originellement lié au texte mais à l'image, comme une bande dessinée ou un manga ?

L'exemple de Naruto semble idéal pour cette étude. Naruto est un manga à l'origine, qui a donné lieu à divers produits dérivés (dessin animé, jeux vidéo, etc.) et reste très populaire au niveau de la production de fanfictions.


Reproduisons pour commencer le même processus que précédemment, autrement dit une recherche préalable sur fanfiction.net[5]. En parcourant les cinq premières pages des fanfictions tirées de l'univers Naruto, on ne retrouve, comme auparavant, que du texte. Pas l'ombre d'une image ou d'un dessin. Ce qui est étonnant pour une oeuvre originellement visuelle.

Si on consulte d'autres sites, génériques (des fanfictions issues de tous les univers avec fanf-fic.net[6], version francophone de fanfiction.net) et spécifiques (wonaruto.com[7]), on constate que les résultats sont strictement identiques. On retrouve du texte mais jamais d'images. Ainsi, en dépit d'un univers usant massivement de l'image, la fanfiction semble tracer sa propre route, celle d'une création exclusivement textuelle n'admettant que de manière sporadique et arbitraire d'autres médias. Même si la définition de la fanfiction laisse place, comme on l'a vu lors du développement préalable, à une création sans réelle contrainte formelle, dans les faits on observe cette tendance lourde d'un usage exclusif du texte. Qu'en est-il de Wakfu, oeuvre transmédia ? Il ne s'agit plus, comme précédemment, d'une oeuvre originelle affiliée à un média précis mais un monde imaginaire alimenté par divers médias.

C) Les fanfictions d'un univers transmédia (le cas Wakfu)

Pour cette recherche, on se contentera de regarder les résultats des fanfictions publiées sur le site officiel Wakfu, plus précisément le forum et sa partie dédiée aux fanfictions[8]. Ce choix est motivé par le fait que ce lieu de publication comporte le plus grand nombre de fanfictions liées à l'univers de Wakfu et nourrit bien des échanges au quotidien.

On se basera encore une fois sur les résultats des cinq premières pages des fanfictions publiées. On découvre plusieurs cas où se conjuguent les médias. On note par exemple des échanges entre l'auteur et les lecteurs, après publication d'une partie du récit, conduisant à la création d'images (des dessins de différents styles). Par exemple, dans la fanfiction Menestrels en actions[9], on relève un recensement de poèmes en acrostiche, exercices exclusivement textuels à l'origine, à partir du nom de joueurs faisant du rôle-play dans Wakfu. On abordera plus en détail le rôle-play plus tard dans cette première partie.

Dans les différentes réponses, on trouve le joueur AlbynnB qui a rédigé des poèmes dont un sur la joueuse Deora. Cette dernière le remercie, « un poème en mon nom ? Je te le revaudrai avec ma plume l'ami, en m'inspirant de tes songes, pour créer une nouvelle lune ! », quelques réponses plus loin Deora poste un dessin à l'aquarelle en annonçant « comme promis, une création au clair de lune »[10]. Ce cas d'échanges amenant à une création visuelle reste néanmoins exceptionnel dans cette partie du forum dédiée aux fanfictions. De plus, il ne s'agit que  d'une création arrivant après le texte, dans le but de l'illustrer. En aucun cas, il n'y a là une fanfiction qui se rapprocherait d'un art total, conjuguant le texte et l'image.

Au fil de ces échanges, certains lecteurs, aimant la fanfiction, peuvent se proposer pour dessiner des personnages. C'est le cas de Tatii-Mimii pour la fanfiction Wakfu : l'histoire parallèle[11]. Cette dernière écrit à l'auteur, « Si tu es d'accord, je pourrais te faire un fan-art [autrement dit un dessin de fan] de ta fanfiction mais il faudrait que tu me fasses un descriptif des personnages principaux ». Parfois, ce sont les auteurs eux-mêmes qui décident de proposer un dessin lié à leur création. C'est le cas avec la fanfiction Histoire d'un homme (presque) ordinaire[12] où l'auteur, Muledecogere, propose une illustration de son personnage. Là encore, l'intervention d'un autre média se fait après la publication du texte et n'a pour fonction que d'illustrer le texte.

Autre cas de figure, se rapprochant de ce que l'on a pu voir avec les fanfictions Harry Potter ou Twilight : certains fanfiqueurs s'amusent à dessiner, ou à créer des montages photographiques par ordinateur, pour annoncer leur fanfiction. L'usage est là encore publicitaire. C'est le cas de Wakfu : une histoire parallèle[13]. D'ailleurs, cette fanfiction est une vraie exception. Alors que, dans les cas de figure décrits plus haut, il ne s'agissait que d'illustrer du texte, de manière sporadique, ici il s'agit d'utiliser le dessin avec une grande régularité. Un peu comme les romans illustrés de Jules Verne, où les illustrations sont nombreuses et apparaissent à cadence régulière. Pour cette fanfiction, on dénombre un dessin pour chaque chapitre (environ une ou deux pages). Pourtant, malgré cet exemple, on est bien forcé de constater que la tendance lourde pour la création d'une fanfiction demeure l'utilisation exclusive du texte. Le fait que Wakfu soit une création transmédia ne semble pas changer grand-chose.

Il semble clair que les fanfiqueurs s'en tiennent à la forme originelle de la fanfiction, par tradition plus que par respect d'une codification rigoureuse. Les fans-créateurs (expression pour distinguer les dessinateurs des auteurs de fictions textuelles : les fanfiqueurs) cloisonnent leurs créations. Le forum de Wakfu démontre parfaitement cela par son architecture. La partie du forum dédiée à la communauté, et plus précisément au « fan-media » (donc aux créations de fans), comporte plusieurs rubriques comme « fan-fictions », « fan-videos », « fan-arts », « fan-classes ». Cette segmentation empêche, en tous les cas pour le site officiel de Wakfu, une réelle hybridation des médias pour les fanfictions. Si quelques cas existent, ces exemples restent anecdotiques et l'utilisation d'un autre média que le texte est le plus souvent gratuite.

Une question demeure par rapport à la forme des fanfictions : pourquoi n'utiliser que le texte alors que l'univers d'inspiration est hybride ? Pourquoi l'exclusivité d'un média alors que l'on constate une démocratisation des divers arts (logiciels gratuits permettant d'effectuer des montages vidéos, du dessin sur ordinateur, etc.) ? Une hypothèse peut être avancée.

L'argument économique, selon lequel les logiciels de création ou de retouche photographique seraient trop onéreux, ne tient pas longtemps. Il existe en effet des logiciels gratuits comme Gimp pouvant pallier l'absence de Photoshop (la référence en la matière). Le critère qui semble le plus pertinent, et qui conduit les fans à choisir de préférence l'écrit, c'est probablement le temps et la nécessité d'une formation. Ecrire une fiction textuelle prend certes du temps mais beaucoup moins que la réalisation d'un dessin ou d'une vidéo. Il est possible de fragmenter un texte de fiction pour le publier en plusieurs parties, ce que font beaucoup de fanfiqueurs, il est plus délicat de faire de même avec les autres créations évoquées plus haut. Sans compter le temps qu'il faut pour maîtriser l'outil graphique, en suivant des dizaines de tutoriels pour acquérir des techniques. D'une certaine manière, il est plus facile d'écrire que de dessiner.

Seulement, même si les fanfictions restent majoritairement textuelles, il ne faudrait pas conclure trop vite à l'impossibilité d'une hybridation des médias dans les créations des fans. Il convient alors d'étudier les fictions de fans, avec une base textuelle, qui ne se définissent pas strictement comme des fanfictions. Une rubrique, sur le forum officiel de Wakfu, attire particulièrement notre attention. Il s'agit des fan-classes.

Exemple de fan-classe

Les fan-classes[14] sont publiées dans la partie « fan-media » du forum officiel de Wakfu mais ont leur propre sous-rubrique, à côté de celle consacrée aux fanfictions. De plus, ces écrits ne sont pas nommés « fanfictions » par les auteurs. On parle de « fan-classe » lorsqu'il s'agit d'inventer une classe de personnage (un type de personnage qu'on retrouvera dans le jeu, une « race » pour reprendre un terme utilisé par les joueurs eux-mêmes) avec un arrière-plan (une histoire que l'on appelle background), des caractéristiques (physiques, magiques, etc.).

Les fan-classes ne sont pas de fanfictions mais ont encore une base textuelle importante. Les classes décrites par les joueurs n'existent pas dans le jeu, elles sont le produit de leur imagination. On pourrait d'ailleurs, mais cela serait l'objet d'un autre mémoire, s'interroger sur ce besoin des fans de créer leurs propres histoires dans un univers qui possède ses propres mythes fondateurs. Est-ce le plaisir du dire, la gloire recherchée ? De telles interrogations mériteraient une étude à part entière si tant est que ces études ne soient pas trop denses, à la limite de l'insondable.

En analysant une fois encore les résultats des cinq premières pages, on observe que ce type de fiction semble aller plus loin dans l'hybridation des médias que les fanfictions. En effet, il est courant de constater un mélange de texte, évoquant tour à tour l'histoire du peuple imaginé puis l'histoire personnelle de quelques personnages, et quelques images représentant le peuple précédemment évoqué par l'écrit.

Alors que l'incursion d'images est rare dans les fanfictions, comme on a pu le constater précédemment, on relève un usage soutenu de cette hybridation pour les fan-classes. D'ailleurs, les échanges ne manquent pas, comme on peut le voir avec L'Alchimie de Rixilia[15], où un lecteur, KuraKira, propose sa propre vision de la classe évoquée. Pourquoi un usage plus soutenu de l'image et donc d'une hybridation des médias pour ce type de création ? Probablement parce que la fan-classe sous-tend une utilisation de l'image. Il s'agit d'imaginer une classe, un peuple, il faut donc faciliter la projection d'un tel imaginaire s'intégrant à Wakfu. Les fanfictions inventent aussi mais le plus souvent en reprenant des éléments connus (classes de personnages jouables dans le jeu, personnages du dessin animé, etc.)

En parcourant les cinq premières pages de résultat des fan-classes, on constate une grande variété dans l'hybridation des médias. Tout d'abord, les auteurs, et les commentateurs, usent de différentes techniques picturales (feutre[16], crayon à papier[17], crayons de couleur[18], ordinateur[19])pour représenter les peuples inventés.

A côté de ces techniques, c'est également une variété de styles graphiques que l'on découvre. Certaines oeuvres sont réalistes, d'autres enfantines, etc. Il ne s'agit ici que de dessins mais d'autres créations picturales existent, on trouve aussi bien des dessins fixes qu'animés (au format .gif). Dans certaines communautés, ce qui n'est pas le cas pour Wakfu, les fans imaginent des machinimas (des films créés à partir des moteurs de jeux vidéo).

Le plus important à propos de cette question demeure la nature de cette hybridation. Trouve-t-on dans cette hybridation un art total où l'image et le texte ont une place égale et développent entre eux des échanges riches ? En se rapportant aux exemples rencontrés, on peut répondre que cette hybridation est plus courante que pour une fanfiction mais demeure assez pauvre au niveau des relations entre les médias utilisés.

En effet, il s'agit le plus souvent d'illustrer une classe, un héros. Point de narration conjointe, à la manière d'un roman graphique ou d'une bande dessinée. On observe comme une segmentation entre le texte et l'image qui arrive, après le plus souvent, pour illustrer le texte. Une chose est certaine, on ne peut plus parler dans de tels cas de « fanfiqueur » ou de « fanfiction ». C'est un fan qui devient créateur, sa création est hybride (textuelle et visuelle) et conduit à des échanges créatifs entre lui et ses lecteurs.

Les fan-classes ont une place à part dans la production fictionnelle, avec une base textuelle, des fans. Pour reprendre les sous-rubriques de la partie « fan-media » du forum officiel de Wakfu, il ne s'agit ni de fan-fictions (majoritairement textuelles), ni de fan-vidéos (essentiellement visuelles puisqu'il s'agit de vidéos), ni de fan-arts (des dessins donc essentiellement visuels) mais de créations hybrides où le texte tient une part plus ou moins importante par rapport aux autres médias convoqués. Doit-on en conclure que l'hybridation des médias pour le cas des fictions de fans, avec une base textuelle, de fans reste rare et cantonnée aux fan-classes ? Ce serait être un peu rapide.

En effet, le forum officiel de Wakfu regorge de productions fictionnelles de fans qui ne se rangent pas sous l'étiquette « fan-fiction » voire, plus largement, dans la partie dédiée aux créations de fans : l'espace « fan-media ». Cela peut sembler étonnant mais au fond la marge de manoeuvre des fans pour la création de fictions est presque infinie.

Il est possible, pour quasiment chaque sujet et donc chaque type de discussion, de créer une fiction. Qu'est-ce qui pourrait empêcher un auteur de créer une fiction pour fixer un événement de rôle-play à venir (à la place d'un classique « Rendez-vous à telle heure pour... ») ? Ou d'imaginer une fiction à partir d'un sujet traitant de la politique dans Wakfu ? Le joueur-auteur peut choisir de traiter des sujets a priori strictement informationnels comme des fictions.

Il serait vain de vouloir lister toutes ces formes de fiction puisque potentiellement tout message peut être fictionnel. En recherchant dans diverses catégories du forum officiel de Wakfu, comme les messages politiques, et en utilisant des mots clés prédéfinis (« hybridation », « art total », « texte », « image », « bande dessinée, « roman graphique », etc.), on ne trouve que de rares cas d'hybridations poussées.

Même si l'univers de Wakfu est un univers transmédia, on relève le plus souvent dans les fictions de fans une grande segmentation au niveau de l'utilisation des médias et donc de la forme des productions. Les fans touchent à de nombreux domaines artistiques pour nourrir l'univers aimé mais ne pensent, ne veulent ou ne peuvent pas concevoir de créations se rapprochant de l'art total. Ainsi, du point de vue formel, les fanfictions sont très proches de la littérature propriétaire, un média exclusivement textuel. Mais qu'en est-il du contenu de ces fictions ? Les fanfictions se rattachent-elles à des genres littéraires éprouvés ou innovent-elles sur ce plan-là ? Pour répondre à cette question, on étudiera en détail les genres littéraires auxquels se rattachent les fanfictions.

II)Les fanfictions et les genres littéraires

Les fanfictions de Wakfu usent quasi uniquement du texte, comme les récits rattachés à la littérature propriétaire. Mais qu'en est-il du contenu ? Les fanfictions s'insèrent-elles dans des genres littéraires connus ou imaginent-elles de nouvelles poétiques ?

Même si la question du genre en littérature conduit à bien des débats, il n'en demeure pas moins qu'affirmer ces normes permet de regrouper des oeuvres qui présentent des points communs. Les genres facilitent ainsi le travail de classification et de création. On peut délibérément écrire une fiction se rattachant à un genre précis, ou partir de genres existants pour les transcender. Les genres permettent également l'élaboration de premières remarques sur le contenu de fictions.

Pour mener à bien cette étude des contenus des fanfictions, on se basera pour une grande partie sur des recherches effectuées sur le forum officiel de Wakfu. Les questions qui découlent d'une telle approche sont les suivantes : quels genres sont utilisés par les fanfiqueurs ? Ces utilisations sont-elles conscientes ? Constate-t-on une utilisation de genres existants ou une volonté de transcender ces schémas et d'en inventer de nouveaux ?

A) Le genre littéraire de l'univers Wakfu

Avant de scruter les fanfictions relevées par nos recherches, il semble important de s'interroger en premier sur le genre auquel se rapporte l'univers de Wakfu. Comme les fanfiqueurs écrivent sur leur univers favori, le genre de l'univers aimé peut avoir, a priori, une influence sur le choix d'un genre pour l'écriture d'une fanfiction.

Tout d'abord, l'éditeur lui-même, Ankama, rattache sa série, mais pas de manière rigoureuse (l'expresion « autour de » a son importance), à l'heroic fantasy[20], donc un dérivé de la famille fantasy qui serait un genre littéraire à part entière. En effet, on retrouve dans la fantasy les trois présupposés nécessaires à la constitution d'un genre qu'avance Yves Stalloni dans Les Genres littéraires[21].


Autrement dit, l'idée de norme (« la catégorie générique prédétermine le contenu des productions qui en relèvent »), l'idée de nombre (« Pour avoir un genre, il faut la réunion, sur des critères de ressemblance, d'éléments individuels pris en nombre indéfini mais nombreux ») et de hiérarchie. Justement par rapport à cette idée de hiérarchie, on trouve au 1er niveau l'espèce puis des divisions comme les familles, les classes, etc. La fantasy serait ainsi l'espèce et l'heroic fantasy une famille possible.

Approfondissons un peu plus cette question de la fantasy. En se référant à La Fantasy de Jacques Badou, dans la collection Que sais-je ?[22] de l'éditeur PUF, on peut commencer par donner une première définition de la fantasy. Michal Moorcock, répondant à la question « Qu'est-ce que la fantasy ? » affirme : « C'est bien sûr, un large territoire, mais il est, d'autre part, assez facile à définir. La fantasy est formée de fictions qui ont relation au fantastique, qui dépassent le cadre de l'expérience humaine ordinaire »[23].

L'univers de Wakfu correspond àcette première définition, très générale, puisqu'on trouve dans le jeu, et ses à-côtés (bandes dessinées, dessin animé, etc.), des races différentes de la race humaine, des pouvoirs, un bestiaire qui n'est pas celui de notre planète. Bref, des caractéristiques qui « dépassent le cadre de l'expérience humaine ordinaire » pour reprendre les termes de Morrcock.

Pour affiner encore un peu plus ce domaine de la fantasy, on peut rapporter qu'il existe en son sein deux grands courants. D'abord la low fantasy où des événements surnaturels« s'y produisent de façon brusque, sans causalité, sans explications »[24]. A la manière du roman d'Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray. Wakfu ne rentre dans ce cadre où le surnaturel n'est qu'épisodique. Le surnaturel, comme les pouvoirs de certaines classes, est permanent.

Ainsi, Wakfu semble se ranger plus du côté de la High fantasy, autre versant de la fantasy. Il s'agit d'un « monde secondaire », ce qui correspond à la théorie littéraire des mondes possibles, que l'on étudiera plus en profondeur dans la seconde partie de ce mémoire, un monde « possédant ses propres lois naturelles qui diffèrent généralement de celles de notre monde ». Wakfu, avec sa magie, et ses créatures étranges, rentre pleinement dans une telle définition. Pour résumer, on peut dire que Wakfu est une oeuvre de fantasy qui rejoint le courant, à la manière de Tolkien, de la High fantasy.

Thym Zahorski et Boyer vont plus loin et affinent à leur tour la High fantasy. Ils proposent une nouvelle segmentation avec d'un côté la Myth fantasy, qui prend ses racines « dans la mythologie - ou plutôt, les mythologies »[25] ; et la fairy-tale fantasy qui « prend source dans les contes populaires »[26]. Il est difficile, avec une telle précision, de raccorder Wakfu à l'un ou à l'autre. Les éléments d'inspiration semblent tellement composites qu'on peut trouver des emprunts autant à la mythologie qu'au conte. Cette tentative de précision trouve à ce stade ses limites.

Seulement, cet arrêt ne veut pas dire qu'il n'est pas possible de préciser la fantasy qui caractérise Wakfu. Focalisons-nous sur l'heroic fantasy, le sous-genre qui semble le plus proche de la création d'Ankama. Comme Jacques Baudou le dit[27], c'est Robert E. Howard qui est considéré comme le père de la sword and sorcery, autre nom pour l'heroic fantasy. S'il fallait donner une définition à ce type de fantasy, il faudrait se tourner vers Lyon Sprague de Camp et son ouvrage, un classique sur la question, Litterary Swordsmen and Sorcerers : The Makers of Heroic Fantasy. Dans ce livre, Sprague de Camp donne la définition suivante : « C'est le terme par lequel les aficionados qualifient affectueusement cette école de la fiction fantastique dans laquelle les héros sont plus héroïques, les vilains tout à fait infâmes et où l'action prend totalement le pas sur le commentaire social ou l'introspection psychologique. »[28].


On peut déjà remarquer un décalage entre cette définition et l'univers de Wakfu. Même si Ankama rapproche son univers transmédia de cette appellation, force est de constater qu'il n'y a pas une totale adéquation entre la création et la définition. En effet, l'action n'est pas le seul fait de Wakfu, la politique et l'écologie sont des éléments sur lesquels les développeurs insistent, pour s'en tenir au jeu en ligne (on peut déjà rappeler que la définition donnée par Ankama à son jeu, et lisible via une simple recherche Google, est « Wakfu, le MMORPG stratégique, politique et écologique »[29]).

Lorsque l'on dégage les caractéristiques de l'heroic fantasy, on est encore plus surpris de l'inadéquation entre la définition et la création d'Ankama. Voici les quatre critères que dégage Jacques Baudou[30], toujours par rapport au livre de De Camp :

·Le héros est un guerrier barbare charismatique ;

·L'emphase est mise sur l'action ;

·Le style est simple, prosaïque, familier ;

·La violence y est gratuite et sensationnelle

Néanmoins, il serait un peu hâtif de s'arrêter à une telle formalisation. Les romans du cycle de Conan comprennent d'autres personnages que celui du guerrier. D'ailleurs, le nom même de « swordsmen and sorcerers » nous rappelle qu'on trouvera au moins des magiciens dans les récits.

Ainsi, du fait de ses classes, variées, Wakfu se retrouve dans la réalité des romans de Robert E. Howard. La classe du Iop correspond parfaitement à l'image du barbare ivre d'action, tout comme un Xélor est à rattacher au magicien. Seulement, à côté de tels types, on trouve également des Roublards ou des Sacrieurs qui sont loin d'être des guerriers barbares ou des magiciens. De même, la violence peut être gratuite mais peut également être justifiée, tout dépend des agissements des joueurs, respectueux ou non des règles posées par les développeurs.

Ainsi, on doit admettre que Wakfu se rapporte au genre littéraire de la fantasy mais est en même temps difficilement rattachable, dans son intégralité, à ce type de fiction. Même en allant du côté de certaines familles de la fantasy, autres que l'heroic fantasy, on ne trouve jamais pleinement satisfaction.

Wakfu n'est pas complètement une fantasy humoristique comme la série du Disque-Monde de Terry Pratchett (qui joue perpétuellement sur la parodie des codes de la fantasy), ni une fantasy urbaine puisque Wakfu ne se déroule pas dans une « ville contemporaine dans laquelle se manifeste d'une manière ou d'une autre la magie »[31], ni une fantasy exotique ou une oriental fantasy qui imagine des cadres exotiques comme « une Chine revisitée » pour le cas de Barry Hughart[32], ni une fantasy arthurienne puisqu'aucune référence aux légendes du roi Arthur n'est repérable dans Wakfu, ni une science fantasy, « un type de fictions dans lesquelles les moyens de la fantasy sont déployés dans un contexte de science-fiction »[33], ni une fantasy épique même si Wakfu a des similitudes avec cette continuation de l'oeuvre de Tolkien.

Terry Pratchett

On ne peut donc rattacher de manière nette et précise Wakfu a une famille de la fantasy. Pourtant, l'univers d'Ankama entretient des liens forts avec ce genre littéraire. On constate tout d'abord un bestiaire propre à la fantasy. Il y a des dragons (comme le Dragon cochon dans la saison 2 du dessin animé[34] ou Grougaloragran, aperçu dès le premier épisode de la saison 1[35]), des ogres (l'ogre Ogrest visible au début du jeu sur le mont Zinit[36] et dans un dessin animé spécial, Ogrest, la légende[37]), etc.

On recense également quelques aptitudes des personnages propres à l'univers fantasy comme la magie (par exemple les Eniripsa, classe que le joueur peut incarner dans le jeu, ont des pouvoirs de guérison[38]). Des éléments que l'on retrouvera facilement chez des auteurs de référence dans le monde de la fantasy comme Tolkien et sa trilogie du Seigneur des anneaux avec le personnage de Gandalf.

Wakfu n'est donc pas pleinement de la fantasy. Il semble compliqué d'affilier l'univers transmédia d'Ankama à un genre littéraire précis. Au contraire, les scénaristes semblent s'amuser à mélanger les genres pour créer une fiction hybride. Par exemple, le jeu Wakfu tend parfois vers la science-fiction.

La classe du Steamer représente cette hybridation. Le Steamer[39] est un robot, aux technologies avancées mais à l'esthétique surannée. De telles caractéristiques, des technologies très avancées dans un monde ancien souvent issu du XIXème siècle et d'une période d'industrialisation forte, renvoient fortement à cette famille de la science-fiction que l'on nomme le steampunk. Ce que confirme Jacques Baudou dans la définition qu'il en donne dans l'ouvrage Science-Fiction[40].

Après avoir constaté le caractère hybride, au niveau des genres, de l'univers de Wakfu, on peut se demander si ce mélange aura une incidence sur l'écriture des fanfictions. Vers quel genre vont s'orienter les fanfiqueurs du fait d'une telle hybridation ?

B) Les genres littéraires des fanfictions de Wakfu

Pour mener à bien l'analyse des fanfictions de Wakfu, on partira d'un corpus fondé sur des recherches par mots-clés se référant à des genres littéraires (« dramatique », « tragédie », « comédie », « épopée », « roman »,« nouvelle », « conte », etc.) à partir de moteurs de recherche mais également, plus spécifiquement, d'une consultation exhaustive des fanfictions postées sur le forum officiel de Wakfu.


Afin de débuter cette analyse, tentons une première formalisation des genres rencontrés. On partira pour cette formalisation de la triade d'Aristote issue de la Poétique. La triade d'Aristote répartit les oeuvres de fiction en trois modes d'énonciation : l'art d'imitation (théâtre), l'art du récit (dithyrambe) et l'art mixte (épopée). Seulement, comme les genres littéraires ont évolué au fil des siècles, on précisera ces catégories génériques. C'est ainsi qu'on trouvera dans le théâtre, en se référant à la classification de Gérard Genette[41], la tragédie et la comédie pour le mode dramatique et l'épopée ou la parodie pour le mode narratif. La première formalisation que l'on effectuera se basera donc sur la triade d'Aristote, et plus précisément cette triade revue par Gérard Genette. Une telle classification, générale, offre un bon point de départ à l'étude des genres littéraires.

·Genre dramatique

1.Comédie (Couples Wakfusien[42]).

On retrouve différentes caractéristiques propre aux genres dramatiques comme une double écriture (écriture dramatique à base de dialogues et des indications scéniques via les didascalies) ou une segmentation en actes et scènes. Pour ce qui est de la comédie, la fanfiction Couples Wakfusien se rapproche du vaudeville par sa thématique (un couple et une maîtresse) ou encore l'accent sur l'expressivité des personnages (multiplication des phrases exclamatives, interrogatives).

·Genre narratif

1.Parodie (Final Wakfu[43])

La fanfiction Satires diverses et variées sur la société Eliatrope se rattache aux genres narratifs par le recours à un narrateur (qui parle ici en son nom et incarne le personnage principal de l'extrait) et à un récit décalé (donc imitation indirecte du réel, contrairement à l'imitation directe, par l'action d'acteurs, pour les genres dramatiques). On peut rattacher cet écrit à la parodie puisqu'il s'agit tout d'abord d'une lettre parodiant le Micromégas de Voltaire (référence explicite) mais accentuant également, ce qui est le fait de la parodie, les caractéristiques thématiques de Wakfu. Par exemple, la mentalité des Eliatropes.

2.Epopée (L'épopée des races perdues[44])

On retrouve là encore les caractéristiques propres aux genres narratifs, évoqués ci-dessus. Plus spécifiquement, la fanfiction L'épopée des races perdues nous narre comme dans une épopée un récit comprenant des éléments surnaturels (l'ogre Ogrest noyant les terres d'Ankama), un destin collectif (Yugo, Amalia, Ruel, etc.), l'accent sur le voyage (la traversée en bateau à la recherche de l'île de Moon).

Avant de poursuivre cette étude, il convient de nuancer cette première formalisation. En effet, même si l'on peut trouver des épopées dans les fanfictions de Wakfu,on ne peut pas vraiment qualifier ces récits d'épopées au sens strict. Si l'on se réfère à la définition qu'en donne Aristote dans le chapitre V de La Poétique, il est clair qu'il manque beaucoup d'éléments dans les fanfictions trouvées. Sans s'étaler sur le sujet, l'expression est en prose et non versifiée et la longueur n'est pas toujours suffisante (format non étendu). De ce fait, il serait plus pertinent de parler de récits d'aventure ayant un souffle épique que d'épopées classiques comme Homère pouvait en écrire.

Après une telle remarque, poursuivons notre travail de formalisation en étudiant plus précisément les sous-genres des genres dramatiques et narratifs en se basant sur l'ouvrage de synthèse d'Yves Stalloni, Les Genres littéraires.

·Genre narratif

1.Roman (Wakfu Saison 3, The Last Fight of the World?[45])

Wakfu Saison 3 se rapproche pleinement du roman par sa longueur tout d'abord. Il s'agit d'un roman fleuve s'étalant, au moment de l'écriture de cette partie (le 17 mai 2013), à 8 pages de résultats. Un récit long séquencé en chapitres, avec la présence d'un narrateur omniscient.

2.Nouvelle (Partenaires[46])

Partenaires est similaire sur bien des points à Wakfu Saison 3, narrateur omniscient, récit et non échanges de dialogues, mais est plus proche d'une nouvelle du fait de sa longueur. Il s'agit en effet d'un écrit en une page.

3.Conte (Les contes du monde des 12[47])

Il s'agit là encore de récits courts mais qui développent une morale propre au conte (qui possède en lui une portée philosophique sous des aspects divertissants) comme le coût de la désobéissance pour le conte « La petite Eniripsa rouge » qui se veut également une parodie du Petit chaperon rouge. A noter également l'usage du traditionnel « Il était une fois » pour ouvrir le récit.

4.Fable (La Fable d'un Noke : l'héros Luka[48])

Même si la fanfiction se qualifie de « fable », il ne s'agit pas vraiment d'une fable car on ne retrouve pas d'animaux en tant que protagonistes ou de leçons de vie à la fin du récit, à la manière des maximes de La Fontaine dans ses Fables. C'est là un premier problème rencontré. Les fanfiqueurs qualifient eux-mêmes leurs fanfictions mais ces qualifications ne sont pas toujours exactes. En dehors de ce résultat, aucun récit ne se rapproche ou ne se qualifie de « fable ».

·Genre lyrique

1.Poésie (Un exemple de poésie versifiée dans les fanfictions de Wakfu, Au Temps du Wakfu[49])

Cet exemple n'est pas le seul mais illustre bien la tendance lourde visible sur le forum officiel de Wakfu. Plusieurs fanfiqueurs écrivent des poèmes mais ces poèmes ne respectent pas une métrique rigoureuse. On trouve dans une même strophe des vers de 4, 5, 7 et 10 syllabes (on pourrait parler de « vers libres »). Malgré cette absence de rigueur dans la composition, ces écrits relèvent de la poésie par un usage de la rime (rimes plates, embrassées) ou un retour à la ligne pour chaque vers.

Au niveau du fond, on constate donc que les fanfictions relèvent de la littérature puisqu'elles s'apparentent, de manière plus ou moins rigoureuse, à des genres littéraires éprouvés. Seulement, les formalisations précédentes le montrent, l'usage des genres littéraires est rarement rigoureux. On retrouve des caractéristiques propres à tel ou tel genre dans telle ou telle fanfiction mais jamais une utilisation méthodique de ces caractéristiques.

Le plus souvent, les fanfiqueurs mélangent les genres. On passe ainsi dans une grande partie des récits d'un roman ou d'une nouvelle avec un récit mené par un narrateur omniscient à de longues séances de dialogues reprenant les caractéristiques formelles de la pièce de théâtre. Les fanfiqueurs ne se contentent pas d'un genre littéraire, ils en synthétisent plusieurs à l'intérieur de leurs écrits, de manière consciente ou non.

Même si l'on peut considérer le mélange comme une invention, il faut constater que les fanfiqueurs de Wakfu n'inventent pas de nouveaux genres alors que c'est parfois le cas pour d'autres fanfictions d'autres univers. On peut citer à nouveau, exemple déjà évoqué dans le développement préalable, la song-fic. Malgré tout, une véritable diversité des genres dans les usages est constatable.

Après avoir étudié ces genres connus et reconnus, il semble intéressant de se pencher du côté de la paralittérature. En effet, si la recherche de sous-genres poétiques, du côté de ses formes les plus classiques, ne donne rien (pas de sonnet revendiqué par exemple), en est-il de même pour le genre narratif, et plus précisément les genres paralittéraires? Autrement dit, le fantastique, le roman policier, la science-fiction ?


Le point de départ de cette nouvelle formalisation sera le livre La Paralittérature d'Alain-Michel Boyer[50]. Grâce à des recherches par mots-clés sur des moteurs de recherche (« fantastique », « policier », « science-fiction », etc.), et plus précisément un dépouillement des fanfictions du forum officiel de Wakfu, voici une première formalisation :

·Fantastique (Une Nouvelle histoire. Le manoir du cauchemar[51])

Le manoir du cauchemar utilise plusieurs caractéristiques du récit fantastique. Tout d'abord, l'irruption d'éléments surnaturels (des fantômes) dans un monde réaliste ou encore une esthétique singulière (un manoir, des bougies qui éclairent faiblement, etc.).

·Science-fiction (La trame de l'espace[52])

La Trame de l'espace se rapproche grandement des space opera, sous-genre de la science-fiction. On retrouve un cadre spatial qui est l'espace, avec son lot de batailles, et plusieurs lieux communs de la science-fiction comme les trous noirs ou les failles temporelles.

·Roman policier (Enquêteurs, à vos enquêtes ![53])

Il s'agit surtout d'un jeu participatif reposant sur la résolution d'énigmes. La résolution prend la forme d'une enquête policière, à la manière des romans d'Agatha Christie. Seulement, il ne s'agit pas forcément ici de meurtres à élucider.

·Roman érotique, pornographique (Nocturne[54])

Nocturne se veut un récit érotique puisque l'auteure évoque une scène de nudité du personnage Evangélyne face à son amoureux, Tristepin. On ne peut pas qualifier cette courte nouvelle de pornograhique puisqu'il n'y a aucune scène de sexe explicite.

Cette formalisation s'est strictement tenue aux catégories proposées dans le livre La Paralittérature. Néanmoins, il faut tout de même évoquer des résultats qui demeurent des fictions mais sortent d'un tel cadre. Les fanfiqueurs ont par exemple imaginé de fausses interviews, de faux articles de journaux ou encore des histoires drôles par rapport à Wakfu.

On constate là encore, comme pour les genres littéraires éprouvés analysés plus haut, un problème de rigueur. Les écrits de fans se rapprochent des genres de la paralittérature mais jamais pleinement.

Autre problème rencontré lors de cette analyse, l'inachèvement des textes. Très souvent, les fanfiqueurs ne terminent pas leurs oeuvres. Soit, faute d'idées, soit par manque de temps ou par manque de réactions des lecteurs. Ainsi, on se retrouve avec des écrits incomplets qui rendent toute analyse comparative délicate. Par exemple, comment être certain qu'un texte en cours est une grande nouvelle, un court roman ou un roman classique dans ses proportions quantitatives ?

Même si certains le font, sans que cela soit toujours pertinent comme on a pu le voir plus haut, peu de fanfiqueurs qualifient leurs oeuvres par une référence générique. On ne lira quasiment pas « une nouvelle » ou « un roman ». Le plus souvent, le fanfiqueur parle de « fanfiction », ou de « fanfic », comme s'il s'agissait d'un fourre-tout dont le caractère commun de tous les écrits qui s'y retrouvent serait la fiction. Il s'agit toujours d'imaginer une histoire, à l'intérieur de l'Histoire imaginée par les équipes d'Ankama.

En résumé, au niveau du contenu, les fanfictions usent de manière non rigoureuse des genres littéraires. Elles démontrent également une tendance à l'hybridation et une domination de la fantasy, une fantasy plus ou moins malmenée. Cette domination s'explique par la référence à lafantasy que met en avant Ankama sur ses créations. Les fanfiqueurs ne font que suivre les caractéristiques du monde aimé pour imaginer leurs propres histoires. Cet usage de la fantasy est également lié aux lectures des fanfiqueurs. On pourra consulter en annexes[55] les résultats d'un questionnaire adressé aux fanfiqueurs du forum officiel de Wakfu.

Majoritairement, ces derniers affirment lire de la fantasy, et de la littérature plus classique (résultat des programmes scolaires), ce qui semble symboliser une extension de Wakfu. Les joueurs appréciant le monde d'Ankama se dirigent par la suite vers des romans appartenant pleinement à la fantasy. Comme la fantasy constitue une grande partie de leurs goûts, Wakfu et lectures, il semble logique que ces fans devenant écrivains reproduisent des schémas, réutilisent des caractéristiques propres à cet univers littéraire.

Les fanfictions, postées sur les forums dédiés à Wakfu, se rapprochent donc, plus ou moins, de la littérature propriétaire au niveau des formes et des contenus. Mais qu'en est-il pour les fictions textuelles à l'intérieur du jeu Wakfu ? En effet, les écrits fictionnels de fans ne se limitent pas aux récits postés sur les forums : à l'intérieur même du jeu de rôle en ligne, on peut découvrir une utilisation littéraire du texte. Ce que l'on nomme le « rôle-play ». Cette utilisation renvoie-t-elle à des pratiques littéraires éprouvées ou imaginent-elles de nouveaux types d'écrits ?

 

III) Réactivation de pratiques littéraires anciennes dans le jeu Wakfu

Même si les fanfictionsconstituent une grande partie des productions de fans avec une base textuelle, il ne faut pas non plus oublier d'interroger la pratique du roleplay. Cette pratique consiste à utiliser encore une fois du texte pour créer des fictions. Des fictions qui peuvent être diffusées sur les forums mais également prendre vie dans un jeu de rôle en ligne. Si les fanfictions, comme on a pu le voir, sont proches sur la forme et le fond de la littérature propriétaire, cette pratique textuelle en direct l'est-elle tout autant ?

A)Le texte comme moyen de communication dans Wakfu

Il faut tout d'abord s'avoir qu'au sein du monde imaginaire de Wakfu, les joueurs communiquent entre eux via des bulles de texte. Ces bulles font penser aux phylactères des bandes dessinées, qui expriment la parole, ou la pensée, d'un personnage précis. Ainsi, un joueur peut dialoguer avec d'autres personnages en écrivant du texte sur son clavier et lire la réponse de son interlocuteur en regardant la bulle qui lui répond. Sans entrer dans trop de détails, on remarque qu'il existe plusieurs manières de dialoguer. Il s'agit toujours d'utiliser le texte mais ce texte peut-être partagé avec tous ou restreint à un groupe préalablement défini.

En jouant à Wakfu, j'ai pu découvrir que les fans qui écrivaient des fanfictions pouvaient également pratiquer ce que l'on nomme le « roleplay ». Il s'agit de faire vivre son personnage en s'assimilant complètement à ce dernier le temps d'une partie. Le joueur prend la peine de construire un passé à son personnage, des traits de caractère et peut se lancer ainsi dans des événements qu'il scénarise lui-même, impliquant souvent plusieurs joueurs faisant également du roleplay.

J'ai pu acquérir des connaissances sur le roleplay grâce à des discussions avec des rôlistes, joueurs pratiquant le roleplay, dans Wakfu mais également grâce à la lecture d'ouvrages en anglais ou de blogs spécialisés dans le roleplay dans Wakfu[56]. Il existe plusieurs essais sur cette pratique d'un rôle dans un univers donné. On peut citer The Functions of role-playing game de Sarah Lynne Bowman[57] ouThe Fantasy role-playing game de Daniel Mackay[58].


B)Synthèse du roleplay

Tout d'abord, le roleplay est une pratique possible du jeu. En effet, tous les joueurs au sein de Wakfu ne font pas de "rp" (abréviation utilisée entre initiés), certains préfèrent le "xp" (autrement dit, faire gagner à son personnage de l'expérience en menant des combats, donc augmenter son niveau d'évolution, ses statistiques, etc.)Ces deux pratiques étant différentes, la réussite recherchée par le joueur n'est pas la même. Alors que le joueur qui veut augmenter son niveau combattra sans cesse pour atteindre un niveau symbolique (comme le niveau 100), le joueur pratiquant le roleplay sera plus soucieux de construire son personnage en lui inventant et en lui faisant vivre des histoires. Il est donc possible qu'un rôliste possède un personnage faible au niveau des statistiques mais ce n'est pas un problème pour lui car cette accumulation de points n'est pas ce qu'il recherche. Il veut au contraire que son personnage possède un background important (autrement dit un passé, une personnalité, etc.) ; cette recherche ne passe pas, contrairement à l'adepte du « xp », forcément par le combat. Les deux peuvent acquérir une certaine notoriété mais pas forcément auprès des mêmes personnes car les rôlistes forment tout de même une communauté très spécialisée.

Même si la pratique du roleplay consiste à s'imaginer des histoires et à les faire vivre à ses avatars, cette manière de jouer n'est pas pour autant pleinement libre. Il existe une codification importante qui structure les échanges entre rôlistes au sein du jeu (via les phylactères évoqués plus haut) ou sur les forums (on utilise une balise [/RP/] pour expliquer que l'on parle comme si l'on était son avatar, et [/HRP/] pour signifier qu'on ne pratique plus le roleplay mais que l'on parle en son nom).

La classe du personnage que le joueur choisit, avant de se lancer dans l'aventure, est déjà une détermination importante. En effet, chaque classe a sa psychologie et il serait incongru d'aller à l'encontre de cette base (sauf s'il s'agit de pratiquer le détournement volontaire). Par exemple, un personnage peut-être un Iop. Un Iop est un guerrier, il est réputé pour sa force, sa bravoure (son souhait le plus profond est de « mourir en héros », d'« entrer dans la légende » pour reprendre quelques expressions de Tristepin, personnage Iop du dessin animé Wakfu), mais pas pour son intelligence. Une des moqueries récurrentes dans le dessin animé, à l'égard de Tristepin, mais que l'on retrouve également dans le jeuWakfu (entre joueurs), est "cervelle de Iop".

Pratiquer le roleplay, c'est se plier à des déterminations, c'est donc faire abstraction de notre monde, accepter la logique du monde imaginaire de Wakfu. En effet, si l'on pratique le roleplay, on ne peut pas parler de bus ou de philosophie rousseauiste. Ces éléments de vie appartiennent à notre monde. Il convient donc d'être cohérent par rapport à la psychologie de notre classe, l'essence du personnage, mais également cohérent vis-à-vis de l'univers fictionnel dans lequel on évolue, cohérent dans ses productions textuelles, sur les forums (lorsque l'on rédige la fiche technique de son personnage ou lorsque l'on raconte sous forme de récit une aventure vécue par son avatar) mais également lors de discussions en direct dans le jeu Wakfu[59].

L'univers fictionnel du rôliste dans Wakfu, c'est le background (l'arrière-plan, ici au sens d'histoire). Dans le cas de Wakfu, il s'agit du monde des douze. Cette contrainte veut donc dire que pour le rôliste, il faut respecter un cadre géographique (pour Wakfu, un monde partiellement englouti après le chaos de l'ogre Ogrest, ses pleurs noyèrent partiellement les terres), un cadre temporel (actuellement nous sommes en 970 dans Wakfu) et des particularités techniques et technologiques (pas de voitures, de bus mais des portails Zaap, des montures et...vos pieds).

Après ces quelques éléments génériques, il convient d'entrer un peu plus dans le détail. J'évoquais plus haut la psychologie générale de la classe. La classe définit également des caractéristiques physiques. Par exemple, un Iop n'a pas d'iris. Il serait donc absurde, si je converse dans le jeu en roleplay avec un Iop,de lui dire « Regarde-moi dans les yeux ».

La pratique du roleplay a également ses degrés d'assiduité. Il est possible de ne faire que du roleplay, certains joueurs croisés m'affirmèrent que ce personnage (ils en avaient plusieurs) était dédié à une telle pratique. D'autres par contre préfèrent pratiquer le roleplay de temps en temps. Pour baliser cet exercice singulier, les joueurs parlent de "séances RP". Sur Wakfu, le joueur Nalon m'avoua qu'il ne faisait pas d'xp le soir mais qu'il pratiquait le roleplay. Il partageait ainsi son temps de jeu sur Wakfu de manière très distincte. Un temps pour se battre et un temps pour tenir un rôle et donc créer des histoires via ses actions (se rendre à tel lieu, agir de telle manière avec quelqu'un) et ses dialogues avec les autres joueurs.

On peut commencer à pratiquer le roleplay en s'introduisant, de manière arbitraire, dans un échange. Ce fut plusieurs fois mon cas. J'observais par exemple Xremington, un joueur dont la classe est « brigand », à la taverne d'Astrubracontant des histoires sanglantes. J'ai écouté et suis intervenu à plusieurs reprises en faisant le Iop, donc la brute ("Ouais, du sang !!", "Encore de la baston").

Il est aussi possible de débuter grâce à des phrases vides de sens, qui ne servent qu'à établir une connexion, à montrer à son interlocuteur que l'on dialogue en tant que personnage et non en tant que joueur. En disant, par exemple à la taverne d'Astrub, « Bonjour, vous me servez à boire ? », l'autre joueur comprend qu'il ne s'agit pas d'un joueur ordinaire mais d'un rôliste. En tous les cas, les indices sont nombreux (vouvoiement, évocation d'une pratique virtuelle comme s'il s'agissait d'une pratique réelle, etc.)

Dans Wakfu, le roleplay se pratique dans des lieux particuliers même si, au quotidien, il est possible de l'exercer où l'on veut. Le plus souvent, c'est dans la taverne d'Astrub que les échangent naissent (carrefour des joueurs abonnés ou non, juste après l'initiation sur le mont Zinit,qui sert de tutoriel). Le fait qu'il s'agisse d'une taverne offre aux rôlistes des possibilités de mise en scène. S'asseoir sur un tabouret ou sur la table montre aux autres, sans rien dire, le caractère du personnage. Du respectueux au frondeur. Encore une fois, il s'agit d'indices pour une interprétation. Il existe plusieurs tavernes dans Wakfu.

Les caractéristiques de notre personnage, imposées en partie par le jeu (et donc le choix d'une classe) et par soi-même (l'histoire qu'on lui invente), guident les échanges. Par exemple, les sens physiques du personnage. Si j'incarnais un Ecaflip, un guerrier[60], j'aurais un odorat très fin. Je pourrais donc, dans certaines situations, inventer des dialogues en me basant sur cette donnée propre à ma classe et le cadre (à côté d'un Iop, je peux faire la grimace et me plaindre d'odeurs nauséabondes puisque le Iop reste un personnage rustre donc potentiellement sale car ne se lavant pas ou peu). Les sens psychiques correspondent eux principalement à l'histoire que j'imagine pour mon personnage. Son enfance, son passé. Si j'imagine une enfance difficile, je pourrais facilement jouer sur une émotivité forte.

Il faut préciser que toutes ces contraintes ne sont pas surveillées par une instance en charge du bon respect du roleplay. Les rôlistes jouent le jeu et forment une communauté qui accepte de « faire semblant ». C'est donc à chaque rôliste de veiller à respecter ces règles. Il est possible que les plus assidus rappellent à l'ordre certains égarements. Néanmoins, les pratiques du roleplay sont multiples et il est tout à fait possible de détourner les codes évoqués plus haut pour justement pratiquer un roleplay parodique. Même si les règles sont nombreuses, on constate des degrés de souplesse dans le respect de ces règles. Il ne faudrait pas oublier que derrière ces fondements théoriques il s'agit avant tout d'un plaisir.

Un plaisir qui doit être partagé. Je vis un soir une scène illustrant une rupture de ce contrat tacite au coeur du roleplay. Le joueur Xremington était à la taverne d'Astrub, toujours provoquant, il posa son personnage sur une estrade, devant un autre joueur(Pisio)dont le personnage était une femme. La surplombant, Xremington commença à tenir un propos volontairement outrancier en demandant à Pisio s'il voulait vendre son corps contre quelques Kamas (monnaie du jeu). Pisio, au lieu d'entrer dans le jeu, en s'offusquant ou non, rompit toute volonté de roleplay en affirmant qu'il était « un gars ». Xremington jouait un rôle, Pisio refusa d'entrer dans l'échange. Il parla en tant que joueur et non en tant que personnage.

Si le roleplay reste majoritairement une pratique textuelle, on note que dans Wakfu, il peut utiliser différents canaux. A côté des dialogues écrits, et visibles via des bulles, il existe en effet des émoticônes. Ils sont nombreux et permettent, si l'on clique sur l'un d'entre eux, de faire agir notre personnage. On y trouve une matérialisation de la colère, le fait de pointer du doigt, voire de lâcher une flatulence.

Voici un exemple d'une utilisation pour le roleplay de ces émoticônes. Un soir, je découvris un joueur, Kills Heal, à la taverne d'Astrub. Ce dernier ne parlait pas mais son comportement relevait du roleplay. En effet, son personnage lisait la gazette de Wakfu. Seulement, au lieu de laisser son personnage seul, sans mise en scène, il l'avait laissé à une table, assis sur un tabouret, un journal à la main. L'avatar reproduisait la pratique réelle du joueur, ce qui n'était pas obligatoire si Kills Heal voulait lire la gazette en tant que joueur sur son ordinateur.

D'autres outils sont proposés par les développeurs pour aider les rôlistes à vivre leurs histoires. Par exemple, en utilisant « ** » au début de son message, notre texte prendra la forme d'une bulle de songe. A côté de ces facilités pensées par les développeurs, on note également l'émergence de conventions d'écriture inventées par les rôlistes. La pratique du rôle-play a entériné certains codes. Par exemple, en entourant son texte de « * », le joueur signale une action comme : *frappe le Iop*. On ne verra rien à l'écran, on exprime simplement le désir de l'action. L'autre joueur peut faire « comme si » l'action s'était véritablement déroulée. Ainsi, le rôliste pallie l'absence de possibilités physiques offertes par les développeurs en rédigeant du texte, un texte qui fait sens pour ceux qui pratiquent le roleplay. Certaines actions ne peuvent se faire via les émoticônes alors les rôlistes rusent en usant de conventions d'écriture.

C) Le roleplay et les concours littéraires

Après cette présentation, interrogeons-nous plus spécifiquement sur la littérarité de cette pratique. En assistant à plusieurs sessions de roleplay, on se rend compte tout d'abord qu'il s'agit d'une pratique de groupe, puis d'une pratique orale, improvisée ou non, retranscrite par du texte dans le jeu. Par la volonté de créer des fictions à plusieurs en racontant des histoires ou en incarnant des histoires (personnage avec un passif imaginé), on se rend compte que le roleplay est une pratique qui s'éloigne du simple chat (IRC : Internet Relay Chat)[61].


En regardant cette pratique dans une perspective littéraire, on perçoit plusieurs analogies avec des pratiques littéraires anciennes marquées par l'oralité. En effet, la littérature n'a pas toujours été le fait de l'écrit, pas exclusivement. Même si l'écrit de fiction a connu une expansion forte grâce à la popularisation de supports (des écrits égyptiens sur papyrus aux imprimés sortant des imprimeries à caractères mobiles type Gutenberg, voire aujourd'hui la dématérialisation avec la popularisation des formats .pdf ou .epub), il y a toujours eu en parallèle l'existence d'une littérature orale ou du moins d'une oralisation de la littérature (sous-entendu oralisation d'un texte transposé sur support physique).

Au temps de la Grèce antique, les grandes cités organisaient de nombreux concours artistiques, comme le rappelle Jean-Charles Moretti dans son livre Théâtre et société dans la Grèce antique[62].Les rhapsodes, par exemple, étaient des spécialistes de la déclamation de poèmes sans accompagnement musical[63]. Artisan de la déclamation, le rhapsode choisissait un poème qu'il psalmodiait en public et participait parfois à des concours artistiques[64].

Les adeptes du roleplay dans Wakfu aiment à créer des événements (« events »). Ces évènements consistent bien souvent en une réunion de plusieurs personnes afin de créer une histoire, élaborer un concours, etc.

Pour étudier ces filiations, on se focalisera sur le forum officiel de Wakfu. Ce dernier possède une rubrique nommée « Évènements entre joueurs »[65]. En consultant plusieurs pages de cette rubrique, via diverses recherches par mots-clés (« poésie », « concours », « poèmes », « théâtre », etc.), on tient la preuve que les rôlistes de Wakfu réactivent plusieurs pratiques antiques de la littérature.

Cette section dans le forum ne sert, le plus souvent, qu'à annoncer un événement et préciser les conditions de participation, voire les récompenses. Comme, par exemple, Le Festival du Theatrotron,initié par po91, qui propose aux participants de « faire une pièce (de théâtre) qui dure maximum 10 minutes »[66]. On ne peut quasiment pas lire de retranscription de l'événement terminé. Il ne demeure que des échanges entre l'organisateur et les joueurs intéressés à propos de détails du concours (les récompenses, etc.). Evoquons maintenant la nature de ces concours et leurs analogies avec des pratiques littéraires anciennes.

Jean-Charles Moretti parlait de concours artistiques pour la Grèce antique. On retrouve des concours du même type sur Wakfu. Un phénomène récurrent reste le concours de poésie. Certains rôlistes emploient des termes très techniques, comme « barde »[67], ou encore des références littéraires (comme Cyrano de Bergerac[68]) ce qui semble signaler une certaine culture littéraire. On verra dans l'annexe 3 que les fanfiqueurs avaient eux aussi une culture littéraire classique à côté d'une culture plus spécialisée dans la fantasy.

La notion de réussite est toujours présente dans ces concours. Elle se matérialise par des cadeaux comme des sommes d'argent (pas d'argent réel mais la monnaie du jeu, les kamas), des habits, des objets que notre avatar pourra porter. Il ne s'agit plus de réussir en combattant des monstres et en augmentant les statistiques de son personnage mais d'être le meilleur conteur, dialoguiste, poète, etc. Donc d'être élu par un jury, d'être applaudi par une assistance.


Grâce à l'existence de ce monde imaginaire qu'est Wakfu, et grâce à la marge de manoeuvre allouée par les développeurs, il est tout à fait possible de créer des réunions artistiques au sein du jeu. Il suffit aux joueurs de se positionner autour d'une des estrades du monde de Wakfu (chaque état en possède plusieurs), de laisser la place à un joueur sur l'estrade et de faire asseoir les autres devant le participant. Il faut noter que les estrades dans Wakfu ne sont pas similaires aux théâtres grecs. Il n'y a pas de gradins en arc de cercle ou d'autel centré. L'estrade est souvent seule, en bois, et entourée d'herbe sur laquelle vont s'asseoir les joueurs. Cette architecture a le mérite de mettre tous les joueurs au même niveau. Il n'y a pas de décalage lié à la richesse (comme les balcons donnant sur la scène dans les théâtres à l'italienne par exemple) ou l'expérience des uns et des autres. Chacun est libre de s'asseoir où il veut. Le mieux placé sera le premier arrivé.

Certains concours sont parfois le fait des développeurs. Un bon exemple est le concours Une note de tendresse[69], où le but était de déclamer son amour aux membres de Clan. Afin de comparer pertinemment ces concours à ceux de l'Antiquité, il serait intéressant de se demander comment se déroule précisément ce type de réunion poétique.

Le concours poétique qui se déroula en mars 2012, rapporté par Bananeblonde[70], nous renseigne sur plusieurs éléments. Tout d'abord, le concours se déroula sur une estrade à Sufokia (une des nations de Wakfu), « J'arrive sur l'estrade de l'artère sans arrêtes accompagnée par certains participants de ma réunion » écrit Bananeblonde. On constate ici une appropriation par les joueurs d'un matériel imaginé par les développeurs mais sans but fixe ou exclusif.Les rôlistes décident d'en faire un espace délimité pour un concours artistique.

Le message, annonçant le concours, est véhiculé par des « tofus voyageur » (créature de Wakfu ressemblant à des poussins qui ont la faculté de voler), « portant des affiches ». On apprend également que le concours se solde par une récompense en Kamas (la monnaie du jeu). Bananeblonde explique :« Un lot de 30 Kamas sera donné au vainqueur, un Lot de 10 Kamas au second et 5 kamas au troisième...Plus ! Une bourse de 5 Kamas pour un prix...Spécial ! ».

Le déroulement du concours fut particulièrement simple. Les participants, une dizaine, passèrent les uns à la suite des autres sur l'estrade pour déclamer leur poème. Le jury, dont le gouverneur de l'Etat organisant ce concours, décerna les prix. Les poèmes furent retranscrits dans le sujet dédié à ce concours sur le forum officiel de Wakfu. On trouve également dans le sujet la liste des participants.

Un bémol est à relever, celui de l'accord de tous les participants. En effet, comme ce genre de concours est organisé par quelques-uns, qui attendent la participation, et la bonne volonté, d'autres joueurs, rien n'empêche l'intrusion de joueurs refusant de « faire semblant ». Bananeblonde rapporte ainsi « dommage que certains ne cherchent pas à jouer le jeu ». Connaissant désormais précisément ce type de concours, quelles analogies peut-on y déceler par rapport aux pratiques artistiques grecques ?

Tout d'abord, l'organisation de l'événement est rattachée à un lieu précis. Ici, une estrade. En parcourant plusieurs sujets portant sur des concours poétiques du même type, j'ai pu constater que les joueurs privilégiaient souvent le havresac. Il s'agit là d'un sac magique que possède chaque joueur. Il est possible d'entrer dedans et d'aménager son espace comme une maison (qui grandit avec l'expérience du personnage). Le fait que ce lieu soit privé, et ressemble à une maison, est propice au calme et à la création d'un café-théâtre[71]. En effet, il est tout à fait possible de faire entrer plusieurs personnages à l'intérieur d'un havresac. Cet isolement permet de ne pas subir le parasitage de certains joueurs, comme Bananeblonde le remarquait plus haut. Il est d'ailleurs possible pour l'organisateur de la soirée de filtrer les entrées dans son havresac en acceptant ou non les demandes de joueurs se trouvantà l'entrée. Un filtre qui rappelle les videurs des boîtes de nuit. Je n'ai par contre pas relevé l'existence de théâtres comme durant l'Antiquité, au mieux des havresacs aménagés comme des tavernes[72].

On trouve également, comme au temps de la Grèce antique, l'existence de prix en or. Chaque concours trouvé sur le forum officiel de Wakfu proposait comme récompenses des lots plus ou moins conséquents d'argent. Cet or provient majoritairement de l'organisateur du concours, voire du responsable politique de l'état où se déroule l'événement. La monnaie de Wakfu est une monnaie que l'on doit frapper soi-même. Il faut collecter certains minerais et se rendre à un endroit précis pour créer, à partir de cette matière première, des pièces d'or. Les personnes organisant ces concours, des joueurs ordinaires, distribuent ainsi une partie de leurs richesses pour récompenser des performances artistiques (poétiques, théâtrales, etc.) Cette attitude ressemble à celle du mécénat comme on pouvait le voir au temps de la Grèce antique. Les prix en or peuvent également être distribués par la société Ankama lorsqu'elle propose un tel événement.Néanmoins, malgré ces analogies, on ne retrouve pas la richesse des concours artistiques de l'Antiquité dans ces initiatives au sein de Wakfu.

Par exemple, on ne retrouve pas d'utilisation d'instruments comme la cithare, de costumes (masques, vêtements), de mécènes type chorège ou agonothète, etc. Il est possible que ces absences tiennent aux limitations techniques. Les joueurs pratiquent le roleplay avec les outils fournis par les développeurs. Même s'il est possible d'en détourner certains, de se les approprier, comme les estrades, très rapidement les joueurs vont buter sur les limites des matériaux disponibles. De ce fait, un concours artistique prendra le plus souvent la forme d'une réunion entre personnages parlant chacun leur tour dans un lieu précis (souvent isolé, pour le calme, tel un havresac aménagé). Mais les joueurs utilisent-ils forcément toutes les possibilités offertes par les développeurs ?

Il semble difficile d'être tout à fait affirmatif, d'annoncer que les rôlistes utilisent tous les moyens possibles et réclament toujours plus de facilités. Par exemple, le jeu permet de faire agir de différentes manières son personnage, via les émoticônes évoquées plus haut. Il est possible, si encore on possède ces actions (donc si les statistiques de notre personnage sont suffisamment élevées), de faire chanter pendant quelques secondes notre personnage, ou de lui faire jouer de la guitare, de le faire siffler, etc.[73]A chaque fois, le personnage s'agite, avec une guitare par exemple, et émet du bruit. Bien entendu, ces actions prédéfinies sont limitées et il n'est pas possible de modifier les sons choisis par les développeurs.Notre avatar effectuera toujours la même micro-action à partir du moment où l'on appuiera sur le bouton approprié.

Pourtant, malgré ces opportunités, je n'ai pas assisté à l'utilisation de ces actions prédéfinies dans le cadre d'un concours de poésie, ce qui contribue à simplifier les concours poétiques par rapport aux concours ou pratiques fictionnelles du passé, comme par exemple les troubadours du Moyen Age utilisant des instruments. A noter tout de même, pour les émoticônes, que des discussions peuvent naître sur le sujet, voire des demandes[74], malheureusement ce phénomène reste marginal.

En se référant au travail de Jean-Charles Moretti, on peut dire que les concours poétiques organisés dans Wakfu sont surtout d'ordre chrèmatique (non sacrées, avec récompenses numéraires) et les participants s'apparentent essentiellement à des rhapsodes (déclamation d'un texte sans accompagnement musical).

Comme ces concours se restreignent le plus souvent à la déclamation d'un texte, il n'est pas rare de voir également naître ce genre d'initiatives sur le forum de Wakfu. Certains sujets sont spécialement créés pour cela, il ne s'agit plus de comptes-rendus d'un événement qui se serait déroulé dans le jeu mais d'un événement imaginé spécialement pour le forum[75].

A noter que l'identité des participants peut varier entre le forum et le jeu. En effet, en créant son avatar, le joueur imagine un pseudonyme mais ce n'est pas forcément ce pseudonyme qui apparaîtra sur un forum. Il est donc possible pour le joueur de s'amuser avec une pluralité d'identités : l'identité réelle, celle sur les forums et dans le jeu, ce qui confirme la spécificité même des jeux de rôles : brouiller les pistes conduisant au réel.

Même si l'on ne retrouve pas la complexité des concours artistiques de l'Antiquité, il n'empêche que les rôlistes de Wakfu tentent plusieurs projets consistant à réactiver d'anciennes pratiques littéraires. A côté des poésies mentionnées plus haut, on observe également des concours d'écriture de contes[76] qui se déroulent essentiellement sur le forum. Malgré une recherche approfondie par mots-clés dans les événements entre joueurs sur le site de Wakfu, je n'ai pas relevé de session de roleplay s'apparentant à une veillée de contes dans le jeu. Pourtant, une telle initiative existe dans d'autres MMORPG comme Warcraft[77].

Dans Wakfu, ces concours de contes ressemblent surtout à des concours d'écriture classique. Il s'agit de proposer son texte, souvent avec un nombre de signes déterminé, sur un thème précis, et d'attendre le jugement du jury qui décidera des vainqueurs et des récompenses.

Enfin, on relève également une autre pratique artistique ancienne dans ces événements de roleplay dans le jeu : le théâtre de rue. Sur le forum, certains rôlistes cherchent à engager des volontaires pour créer des pièces de théâtre[78]. Ce théâtre peut-être improvisé et fait parfois l'objet de captations vidéos[79].

Les rôlistes peuvent choisir de se cacher des autres pour créer leur propre histoire, qui sera montée par la suite et postée sur Internet. Mais le roleplay théâtral peut également prendre la forme d'une improvisation collective.

En se promenant dans les tavernes des différents lieux de Wakfu, il n'est pas rare de rencontrer des personnes pratiquant du roleplay au regard de tous. J'ai personnellement assisté, à plusieurs reprises, à des échanges, souvent dramatiques (il était régulièrement question de troubles amoureux), entre personnages à la taverne d'Astrub.

Bien souvent, les autres joueurs se posent à côté des rôlistes, les regardent, voire interviennent à certains moments (de façon délicate ou non). C'est ainsi que cette pratique fictionnelle peut émerger un peu partout dans le monde de Wakfu. Il suffit que deux rôlistes qui se connaissent se rencontrent pour que naisse un échange théâtral improvisé.

Ainsi, on observe une plus grande flexibilité dans cette reprise de pratiques littéraires anciennes. Là où l'Antiquité gagnait en complexité, avec des costumes, des décors, des concours de différents types (sacrés ou non), le monde imaginaire de Wakfu gagne en spontanéité.

Il n'est plus question de mécénat, de lieux spécifiques (même s'ils peuvent exister de manière temporaire), mais plus d'un état d'esprit qui peut éclore un peu partout. Au fil des rencontres, les rôlistes, ces amoureux du verbe et de la fiction, peuvent créer des histoires en échangeant entre eux. La part d'improvisation est difficile à cerner tant ces personnes peuvent se retrouver ailleurs (sur le forum, dans la vraie vie) et élaborer des embryons d'intrigue. On pourrait, afin de poursuivre cette réflexion, analyser de possibles rapprochements avec l'écriture de scénario, de pièces de théâtre voire de bandes-dessinées.

Il n'en demeure pas moins, que cette spontanéité est constatée et peut-être éprouvée à tout moment, à toute échelle. J'ai moi-même joué le jeu à plusieurs reprises. Me promenant dans la taverne d'Amkana ou d'Astrub, j'ai à plusieurs moments joué un rôle, celui d'une brute épaisse, afin d'enrôler d'autres amateurs de théâtre improvisé. Cette invitation fut le plus souvent bien reçue et entraina quelques joutes verbales, voire quelques veillées (de contes, de poèmes). La seule restriction à cette spontanéité reste l'accord des autres, l'acceptation de jouer un rôle un temps donné.

Les fanfictions, et autres fictions textuelles, de Wakfu se rapprochent de la littérature propriétaire sur plusieurs aspects. Il peut autant s'agir du choix d'un média, le texte, que de l'usage de genres littéraires. Il ne s'agit jamais pleinement d'oeuvres rigoureuses qui seraient en tout point similaires aux recueils publiés par des éditeurs littéraires classiques ou aux anciennes pratiques issues de l'histoire de la littérature. Il s'agit surtout de rapprochements qui démontrent une parenté forte entre ces écrits de fans et la littérature propriétaire. On ne peut pourtant s'arrêter là. Si des rapprochements sont visibles dans le cadre d'une étude comparée, de texte à texte, il convient désormais d'aller plus loin et d'interroger la spécificité même des fanfictions par rapport à la littérature propriétaire.



[1] Fan-Fiction.net, Books - Twilight [en ligne], http://www.fanfiction.net/book/Twilight/, page consultée le 16/05/2013
[2] Fan-Fiction.net, Books - Harry Potter [en ligne], http://www.fanfiction.net/book/Harry-Potter/ page consultée le 25/03/2013
[3] Hpfanfiction.org, Harry Potter Fanfiction. Page d'accueil [en ligne]. Disponible surhttp://www.hpfanfiction.org/fr/browse.php?type=categories&catid=69 [21/05/2013]
[4] The Lemon Repertoire. Page d'accueil [en ligne]. Disponible sur, http://thelemonrepertoire.skyrock.com/[21/05/2013]
[5] Fanfiction.net, Naruto [en ligne], http://www.fanfiction.net/anime/Naruto/, page consultée le 19/05/2013
[6] Fanfic-fr.net, Naruto [en ligne], http://www.fanfic-fr.net/fanfics/animes-mangas/n/naruto.html, page consultée le 19/05/2013
[7] Wonaruto.com. Page d'accueil [en ligne]. Disponible sur http://www.wonaruto.com/fanfictions/[21/05/2013]
[8] Wakfu.com, fan-fictions [en ligne], http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions, page consultée le 19/05/2013
[9] AlbynnB, Menestrel en actions [poesie], wakfu.com [en ligne], 2012, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/245162-menestrel-actions
[10] Afin de faciliter la lecture, j'ai décidé de corriger les fautes de chacune des citations
[11] Laetia, Wakfu : l'histoire parallèle, wakfu.com [en ligne], 2012, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/283784-wakfu-histoire-parallele
[12] Muledecogere, L'histoire d'un homme (presque) ordinaire, wakfu.com[en ligne], 2012, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/285322-histoire-homme-presque-ordinaire
[13] Laetia, Wakfu : l'histoire parallèle, wakfu.com[en ligne], 2012, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/283784-wakfu-histoire-parallele
[14] Wakfu.com, forum - fan-classes [en ligne], http://www.wakfu.com/fr/forum/80-fan-classes, page consultée le 16/05/2013
[15] Florianseptantee, [Fan-Classe] L'Alchimie de Rixilia, wakfu.com [en ligne], 2009, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/80-fan-classes/41183-fan-classe-alchimie-rixilia
[16] LaSecteDesBonbons, La Cuisine de Baklawa, wakfu.com [en ligne], 2009, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/80-fan-classes/56024-cuisine-baklawa
[17] Razlaf, Le Silence d'Emim, wakfu.com [en ligne], 2011, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/80-fan-classes/157452-silence-emim
[18] Lycotycold, La Gadgetologie d'Etil, wakfu.com [en ligne], 2009, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/80-fan-classes/269762-gadgetologie-etil
[19] Dyalon-alias-D, Kopy, la Khraméléonne [en ligne], 2009, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/80-fan-classes/56882-kopy-khrameleonne
[20] Dans le texte de présentation d'une bande dessinée Wakfu, Les Larmes de sang, on peut lire : « Découvrez une série magnifiquement sombre autour d'un univers heroic fantasy exceptionnel. », Ankama-editions.com, « Wafku - Les larmes de sang », ankama-editions.com [en ligne], [21/05/2013], URL : http://www.ankama-editions.com/fr/catalog/destinations/31-wakfu-larmes-sang.html
[21] Stalloni, Yves, Les Genres littéraires, Paris, Armand Colin, 2008, 125 p.
[22] Baudou, Jacques, La Fantasy, Paris, « Que sais-je ? », PUF, 2005, 128 p.
[23] Op. cit., p.3
[24] Op.cit., p.4-5
[25] Op.cit., p. 6
[26] Op.cit., p. 6
[27] Op.cit., p. 39
[28] Op.cit., p. 39
[30] Op.cit., p.40
[31] Op.cit., p. 55
[32] Op.cit., p. 56
[33] Op.cit., p. 58
[34] Wakfu.com, « Le Dragon cochon », wakfu.com [en ligne], [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/serie/personnages/ennemis/dragon-cochon
[35] Wakfu.com, « Grougaloragran », wakfu.com[en ligne], [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/serie/personnages/amis/grougaloragran
[36] Wakfu.com, « Ogrest déclenche son chaos dans Wakfu ! », wakfu.com [en ligne], 2012, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/mmorpg/communaute/news/286073-ogrest-declenche-chaos-wakfu
[37] Otakia.com, « Ogrest, la Légende (épisode HS - Résumé) », wakfu.com [en ligne], 2011, [21/05/2013], URL : http://www.otakia.com/28853/produit/serie-tv/serie-tv-danimation/ogrest-la-legende-episode-hs-resume/
[38] Wakfu.com, « Les mains d'Eniripsa », wakfu.com [en ligne], [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/mmorpg/jeu/classes-personnage/7-mains-eniripsa
[39] Wakfu.com, « La vapeur du Steamer »[en ligne], [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/mmorpg/jeu/classes-personnage/15-vapeur-steamer
[40] « Parallèlement, s'esquisse un « courant » - on ne peut guère l'appeler autrement - qui, en raison de son apparition concomitante au mouvement cyberpunk, est qualifié de steampunk (de steam : vapeur). Il est initié par trois écrivains californiens amis qui vouent une même passion à l'Angleterre victorienne et imaginent des intrigues s déroulant dans un Londres du XIXe siècle qui doit beaucoup à Dickens et utilisent des éléments de science-fiction archaïque et fantastiques », Baudou, Jacques, Science-Fiction, Paris, « Que sais-je ? », PUF, 2003, p.40
[41] Genette, Gérard, Figures II, Paris, « Points Essais », Seuil, 1979, 193 p.
[42] Nicolitcho, Couples Wakfusien, wakfu.com[en ligne], [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/72159-couples-wakfusien
[43] SeigneurDenger, [Fan-fiction] Satires diverses et variées sur la société Eliatrope, wakfu.com[en ligne], 2010, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/94-generalites-emrub/62987-fan-fiction-satires-diverses-variees-societe-eliatrope
[44] Fanosa, L'épopée des races perdues, wakfu.com[en ligne], 2009, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/44162-epopee-races-perdus
[45] Tatii-Mimii, Wakfu Saison 3, The Last Fight of the World, wakfu.com[en ligne], 2012, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/281206-wakfu-saison-3-last-fight-world
[46] Motokolas, Partenaires ?, fanfiction.net[en ligne], 2011, [21/05/2013], URL : http://www.fanfiction.net/s/7596172/1/Partenaires
[47] Lasconix, Les contes du monde des 12, wakfu.com[en ligne], 2012, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/255906-contes-monde-12
[48] Ravagouille, La fable d'un Noke : l'héros Luka, wakfu.com[en ligne], 2012, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/137-histoires-jeu-role/278122-fable-noke-heros-luka
[49] Gui-Pac, Au temps du Wakfu, wakfu.com [en ligne], 2009, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/44453-temps-wakfu-poesie
[50] Boyer, Alain-Michel, La Paralittérature, « 128 », Armand Colin, 2008, 123 p.
[51] Celui-qui-aimait-miner, Une nouvelle histoire. Le manoir du cauchemar, wakfu.com [en ligne], [21/05/2013], URL :http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/45298-nouvelle-histoire-manoir-cauchemar
[52] Ughlkzhsfiouy, La trame de l'espace, wakfu.com[en ligne], 2010, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/65179-trame-espace
[53] oOXxBossxXoO, [Fan-Enigmes] enquêteurs, à vos enquêtes !, wakfu.com[en ligne], [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/94-generalites-emrub/69462-fan-enigmes-enqueteurs-vos-enquetes
[54] Princessed, Nocturne, fanfiction.net [en ligne], 2011, [21/05/2013], URL : http://m.fanfiction.net/s/7125973/1/
[55] Annexes 2
[56] Van Merwan, « Role-Play - L'Encyclopédie », wakfu-world.com [en ligne], [21/05/2013], URL : http://www.wakfu-world.com/guides/guide-1231
[57] Bowman, Sarah Lynne, The Functions of role-playing game, McFarland and Co Inc, 2010, 208 p.
[58] Mackay, Daniel, The Fantasy Role-Playing Game : A New Performing Art, McFarland and Co Inc, 2001, 201 p.
[59] Annexes 3, dans cette annexe on pourra voir précisément, grâce à plusieurs captures d'écran, ce qu'est le roleplay dans Wakfu.
[60] Wakfu.com, « La pièce d'Ecaflip », wakfu.com [en ligne], [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/mmorpg/encyclopedie/classes-personnage/6-piece-ecaflip
[61] C'est l'informaticien Jarko Oikarinen qui décrira en premier le principe même du chat en 1993. Oikarinen, Jarko, « Internet, échanges textuels », tools.ietf.org [en ligne], [21/05/2013], URL : http://tools.ietf.org/html/rfc1459
[62] « Les Grecs distinguaient deux types de concours. Les uns, qualifiés de sacrés offraient comme principale récompense aux vainqueurs des couronnes defeuillage, d'où leur nom de « stéphanites », stéphanos désignant, en grec ancien, la couronne. Les autres mettaient en jeu des objets de valeur ou des espèces numéraires ; ils étaient dits « chrèmatiques », « chrèmatiques », « thématiques » ou « thématites », adjectifs dérivés de deux termes désignant des sommes d'argent. », p.41, Moretti, Jean-Charles, Théâtre et société dans la Grèce antique, Paris, Livre de poche, LGF, 2001, 321 p.
[63] « Les rhapsodes étaient spécialisés dans la déclamation de poèmes sans accompagnement musical. Ion d'Ephèse, l'un des plus illustres représentants de la profession à l'époque classique, limitait son répertoire aux poèmes homériques. », op.cit. p.31
[64] « Dans les concours chaque rhapsode devait choisir dans un poème, un passage de quelques centaines de vers ayant une unité thématique. Tout son art consistait à l'apprendre par coeur et à le psalmodier devant un publier qui en connaissait souvent le texte. », op.cit. p.31
[65] Wakfu.com, Evénements entre joueurs [en ligne], http://www.wakfu.com/fr/forum/64-evenements-joueurs, page consultée le 17/05/2013
[66] Po91, Le festival du Theatrotron, wakfu.com [en ligne], 2013, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/64-evenements-joueurs/314682-rp-festival-theatrotron
[67] Bananeblonde, [Sufokia] Concours de poèmes, wakfu.com[en ligne], 2012, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/64-evenements-joueurs/220878-sufokia-concour-poemes
[68] Dark-Glix, [HRP] Le duel rimé, wakfu.com [en ligne], 2012, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/64-evenements-joueurs/227224-hrp-duel-rime-rixme
[69] Le texte d'introduction explique : « Sortez vos plus belles plumes, les plus émouvants, drôles ou charmeurs d'entre vous pourraient se voir récompensés de leur dévotion », wakfu.com, [Concours] Une note de tendresse [en ligne], 2010, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/mmorpg/communaute/news/272649-concours-note-tendresse
[70] Op.cit.
[71] L'Auberge du Moskito est un bon exemple d'un lieu créé spécifiquement pour le roleplay, ici axé sur le théâtre. Néanmoins, cette création tient plus du fourre-tout que du théâtre antique avec ces codes et sa complexité. Krigorn, L'Auberge du Moskito, wakfu.com[en ligne], 2008, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/64-evenements-joueurs/31676-auberge-moskito
[72] Ici un havre-sac taverne sur Emelka, Wellsley, Havre-Sac taverne sur Emelka, wakfu.com [en ligne], 2009, [21/05/2013], URL :http://www.wakfu.com/fr/forum/64-evenements-joueurs/57353-havre-sac-taverne-emelka. Ou la taverne du Dragon Chantant, Stirio, La Taverne du Dragon Chantant, wakfu.com[en ligne], 2011, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/137-histoires-jeu-role/87903-taverne-dragon-chantant
[73] Wakfu-world.com, « Emotes », wakfu-world.com [en ligne], [21/05/2013], URL :http://www.wakfu-world.com/objets/types/emotes-1
[74] Lagotar, « Un nouveau système pour les Emotes », wakfu.com [en ligne], [21/05/2013], URL : www.wakfu.com/fr/forum/69-autres/35395-nouveau-systeme-emotes
[75] Dark-Glix, Aggro, poèmes et bêtises..., wakfu.com [en ligne], 2010, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/137-auberge-bouftou-croustillant/219998-aggro-poemes-betises
[76] Le texte introductif est particulièrement clair, il s'agit d'écrire des « conte(s) pour enfants ». Kazioopea, [Event-Sufokia] Raconte nous une histoire, wakfu.com[en ligne], 2012, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/64-evenements-joueurs/231526-event-sufokia-raconte-histoire
[77] Limenos, [Evenement role play] La veillée des contes, kirintor-rp.forumsrpg.net [en ligne], 2009, [21/05/2013], URL : http://kirintor-rp.forumsrpg.net/t1548-evenement-role-play-la-veillee-des-contes
[78]Nagataka, [Bonta] Inscriptions pour les pièces de théâte, wakfu.com[en ligne], 2011, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/forum/64-evenements-joueurs/96598-bonta-inscriptions-pieces-theatre
[79]Quelques exemples : Copaingato, « Le petit théâtre du Maimag (improvisation) », youtube.com [en ligne], 2010, [21/05/2013], URL : https://www.youtube.com/watch?v=q3_YzqOlMBI; Copaingato, « Une improvisation d'histoire sur Dofus », youtube.com [en ligne], 2010, [21/05/2013], URL : https://www.youtube.com/watch?v=hMEEDXuif74&feature=relmfu; Copaingato, « Etre bien avec un vampire - partie 3 », youtube.com [en ligne], [21/05/2013], URL : https://www.youtube.com/watch?v=2dQMK8imSYM&feature=relmfu
 
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Réflexions

On a pu le voir dans l'introduction, la définition de « fanfiction » est assez large. Il convient donc, pour tenter de mieux cerner ce type de création, de regarder du côté de l'histoire des fanfictions.

On a tendance à considérer qu'Henry Jenkins fut le premier chercheur à s'intéresser aux phénomènes des fanfictions. Son livre, deuxième essai publié, Textual Poachers : Television Fans and Participatory Culture[1] parut en 1992. Jenkins s'intéresse aux pratiques culturelles des fans, les fanfictions font naturellement parties de son sujet d'étude. Ils les regroupe d'ailleurs sous un terme plus générique, « fandom »[2].

Les fanfictions, ou « fanfic » pour les initiés, naissent dans les années 60 aux États-Unis. Ce sont des séries télévisées, comme Star Trek, qui amènent une foule de fans à se passionner pour un univers imaginaire mais également à tisser des histoires à partir de ce canevas. Les publications de fanfictions se font d'abord via des fanzines[3] comme le précise Joan Marie Verba à propos de Star Trek.

Comme les technologies évoluent, la publication des fanfictions évolue également. Joan Marie Verba évoque cette évolution du papier vers Internet à la fin de son ouvrage Boldy Writing : A Trekker fan and zine history[4].

Joan Marie Verba

Malgré ces changements de mode de publication, les fanfictions continuent d'exister, encore aujourd'hui. Le principe reste le même, il s'agit toujours d'une fiction écrite par un fan à partir d'un univers qu'il apprécie. Il ne faudrait pas non plus oublier l'aspect communautaire, très important pour ce mode d'écriture. Élodie Oger le précise dans son mémoire en expliquant que « fanfiction » comprenant le mot « fan », on trouvera forcément l'idée d'un rassemblement (même virtuel) entre différentes personnes partageant une même passion[5].

Les fanfictions prennent différentes formes. Elles peuvent emprunter des formes éprouvées de la littérature, comme la nouvelle ou le roman, ou inventer leurs propres modèles comme la « song-fic » qui est une histoire courte intégrant « les paroles d'une chanson dans le texte »[6]. On s'attardera plus en détail sur cette question des formes dans la première partie de ce mémoire.

Le grand vainqueur, actuellement, d'un point de vue quantitatif et en se restreignant au très populaire site fanfiction.net, reste la saga Harry Potter de J.K. Rowling, avec 65 563 fanfictions[7].

Le site etude.fanfiction.free.fr a réalisé un relevé statistique, en décembre 2011, qui montre que c'est surtout à partir de livres ou de séries télévisées que les fans écrivent. L'étude s'est basée sur le site fanfiction.net, le site de fanfictions le plus populaire. Les instigateurs de cette enquête ont compté le nombre total des fanfictions de chaque catégorie (Books : livre; Anime : animation, etc.) pour ensuite calculer un pourcentage par rapport au nombre total des fanfictions publiées sur le site. Avec de tels pourcentages, on constate que les jeux vidéo n'arrivent qu'en quatrième position[8].

 


[1] Jenkins, Henry, Textual Poachers : Television Fans and Participatory Culture, Routledge, 1992, 352 p.
[2] Joan Marie Verba donne la définition suivante dans son livre Boldly Writing : A Trekker fan and zine history : "Fandom (sf) - collectively, fans and their fan activities fanfic (sf)", que l'on peut traduire par "les fans et leurs activités de fans", p.100
[3]"In September 1967, as fanzine called title page Star Trek, which Gene Roddenberry had brought to the convention, to put out a fanzine devoted to Star TrekSpockanalia began its second season, a appeared in New York City. They called it "a one shot published by Devra Langsam and Sherna Comerford"" / « En septembre 1967, Gene Roddenberry avait ramené un fanzine à la convention, consacré à Star Trek. La seconde saison commençait à paraître à New York City. Ils l'appelèrent « un one shot publié par Devra Langsam et Sherna Comerford » », Verba, Joan Marie, Boldy Writing : A Trekker fan and zine history, 1967-1987, FTL Publications, 1996, 101 p.
[4]"A large amount of fan fiction regularly appears on newsgroups, e-mail groups (listservs), or web sites. A growing number of  fans have never read a paper fanzine, and express no desire to, preferring the instant accessa and instant feedback of online publishing. Fanzines printed on paper have become rare." / "Une grande partie des fanfictions apparait régulièrement sur des groupes dédiés à l'actualité, des groupes de discussion, de courriels, des sites internet. Un nombre grandissant de fans n'a jamais lu un fanzine papier et ne le souhaite pas, préférant l'immédiateté d'accès de la publication internet. Les fanzines papiers ou imprimés devenus rares", p.7. Verba, Joan Marie, Boldy Writing : A Trekker fan and zine history, 1967-1987, FTL Publications, 1996, 101 p.
[5] Oger, Elodie, Littérature et Internet : la fanfiction. Enjeux littéraires et éditoriaux[en ligne], 2012, [21/05/2013], URL : http://www.cavi.univ-paris3.fr/phalese/documents/MEMOIRE%20E.%20Oger%20version%20publique.pdf
[6] Op. cit., p.35
[7] Chiffre relevé le 15/05/2013, fanfiction.net, Search : Harry Potter [en ligne], http://www.fanfiction.net/search.php?keywords=harry+potter&ready=1, page consultée le 15/05/2013
[8] Etude.fanfiction.free.fr, « Répartition des histoires par catégorie et fandom », etude.fanfiction.free.fr [en ligne], 2012, [21/05/2013], URL : http://etude.fanfiction.free.fr/stats_ffnet_gen.php
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Il est compliqué de parler de Wakfu sans parler de Dofus. Dofus est la précédente création transmédia d'Ankama. Le terme « dofus » désigne des oeufs de dragons aux pouvoirs magiques. Ils sont au nombre de six, dispersés à travers un monde imaginaire que l'on peut nommer par extension le monde Dofus. Cet univers est composé de deux continents, sept îles, quinze villes et d'un bestiaire varié[1]. Le joueur évoluant au sein de Dofus, via un avatar, choisit une classe à incarner (autrement dit, une race).

 

Chaque classe a ses spécificités. Certaines classes sont plus orientées vers la magie, d'autres vers le combat au corps à corps, etc. En incarnant un personnage, le joueur pourra se battre avec des monstres mais également mener à bien des quêtes, gagner de l'expérience ou s'acheter de nouveaux équipements. Il s'agit de mener une vie parallèle dans un monde imaginaire qui existe vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il suffit de s'y connecter pour le visiter. Cette seconde vie que peuvent se modeler les joueurs trouve néanmoins ses limites dans les possibilités fixées par les développeurs.

 

Presque un an après la mise en ligne de Dofus, le premier octobre 2005, Ankama commençait la construction de son univers transmédia autour du jeu en ligne avec la publication du premier tome du manga Dofus[2]. Les joueurs, devenus lecteurs, retrouvaient au scénario (selon le générique) un des scénaristes du jeu. Ce manga offrait la possibilité à Ankama d'explorer d'une autre manière son univers imaginaire. Poursuivant cette expérience transmédia, Dofus deviendra un film courant 2013[3].

Après quelques années sur Dofus, Ankama proposa à ses fans une suite : Wakfu[4]. Après plusieurs phases de bêta-test (jeu disponible mais non finalisé), le jeu fut entièrement disponible le 29 février 2012[5].

Du point de vue scénaristique, cette suite se déroule mille ans après l'époque de Dofus. Le monde imaginaire a changé à cause des pleurs d'un ogre dénommé Ogreste qui provoqua de terribles inondations[6]. Le joueur continue de choisir une classe pour son personnage, de se battre, de choisir un métier, etc.


Avec Wakfu, Ankama a cherché à pousser plus loin la logique de la création transmédia. Tout d'abord, un dessin animé fut diffusé sur France 3, le premier épisode, L'Enfant des brumes, vit le jour le 31 octobre 2008[7]. Après le dessin animé, de nombreuses bandes dessinées (Wakfu Heroes, etc.), comics (Les Larmes de sang, etc.) et mangas (Wakfu) participèrent à l'édification de l'univers transmédia Wakfu, chaque oeuvre ayant pour rôle de se focaliser sur un élément du monde imaginaire.

 

Article d'origine : http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=269:reflexions-developpement-prealable-presentation-de-wakfu-alexis-hassler&catid=35:reflexions&Itemid=29


[1] Dofus.com. Page d'accueil [en ligne]. Disponible sur  http://www.dofus.com/fr/mmorpg-gratuit/caracteristiques [21/05/2013]
[2] Ankama-editions.com, « Wakfu - Les larmes de sang », ankama-editions.com [en ligne], [21/05/2013], URL : http://www.ankama-editions.com/fr/catalog/destinations/31-wakfu-larmes-sang.html
[3] Dofus.com, « Dofus, le film », dofus.com [en ligne],2010, [21/05/2013], URL : http://www.dofus.com/fr/mmorpg/news/275873-dofus-film
[4] Jeuxvideo.com, « E3 : Line-up Ankama », jeuxvideo.com [en ligne], 2006, [21/05/2013], URL : http://www.jeuxvideo.com/news/2006/00016407.htm
[5] Wakfu.com, « 29/02/2012 : Sortie officielle de Wakfu », wakfu.com [en ligne], 2012, [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/mmorpg/communaute/news/284232-29-02-2012-sortie-officielle-wakfu
[6] Wakfu.com, « Jeu : L'Histoire de Wakfu », wakfu.com [en ligne], [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/mmorpg/jeu/histoire-wakfu
[7] Wakfu.com, « Liste des épisodes », wakfu.com [en ligne], [21/05/2013], URL : http://www.wakfu.com/fr/serie/episodes
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Le 23 août 2004, Ankama, société française de création numérique située à Roubaix, proposait sur le marché du jeu vidéo un MMORPG[1] (jeu de rôle en ligne massivement multijoueur) du nom de Dofus[2]. Rapidement, le jeu connut un grand succès[3], une communauté importante de fans ne tarda pas à se former autour de ce jeu en ligne. Lors de la convention Ankama de 2010, la société annonçait un total de 3,5 millions d'abonnements payants. Le 29 février 2012, Ankama mettait en ligne dans sa version définitive un nouveau MMORPG du nom de Wakfu. Il s'agit du même monde que dans Dofus mais vu mille ans plus tard[4].

A partir de l'univers de ces jeux, Ankama s'appuya sur d'autres médias (au sens de « support ») pour étoffer ce monde imaginaire. C'est ainsi que se développèrent des créations transmédia. Par cette expression, on entend un univers imaginaire qui est raconté par des oeuvres issues de divers médias. Le monde imaginé par Ankama se nourrit donc de bandes dessinées, d'un dessin animé, de romans ou encore de cartes à jouer[5].


 

Tout cela constitue l'univers officiel de Wakfu[6]. Seulement, à côté de ces productions signées Ankama, on découvre également une production officieuse. Ces oeuvres sont le fait des joueurs qui eux-mêmes alimentent ce monde parallèle en créant, par exemple, ce que l'on nomme des fanfictions.

« Fanfiction » est un terme anglophone. Il s'agit de la juxtaposition[7] des mots « fan » et « fiction ». Par ce terme, on définit les productions textuelles que les fans rédigent en s'inspirant d'un univers aimé.


Cette étude portera sur les fanfictions et autres écrits fictionnels dans la production des fans de l'univers de Wakfu. C'est en pratiquant assidument le jeu Wakfu que je découvris la variété des fictions textuelles des fans. Certains écrits s'apparentent à des fanfictions, et sont classés sous cette appellation, mais d'autres échappent à une telle catégorisation. Il peut s'agir aussi bien de background[8]de roleplay[9]sur le forum officiel de Wakfu que d'improvisations théâtrales au sein du jeu. Afin de ne pas négliger ces créations textuelles, il semblait donc important de ne pas se restreindre aux fanfictions, même si ces dernières constituent la majeure partie du corpus étudié.

Les fanfictions sont des productions textuelles très populaires, depuis les années soixante jusqu'à aujourd'hui. Néanmoins, ce champ d'étude est encore peu fréquenté en France dans le domaine des Lettres. Les fanfictions s'approprient tous les univers, tous les médias. On trouve des fanfictions liées à des films, des romans, voire à des jeux vidéo. C'est ce dernier aspect qui attira mon attention car il me permettait d'approfondir la réflexion sur les créations transmédia, à partir d'un angle littéraire, que j'avais commencé à mener l'année dernière avec le mémoire Un cas de transmédialité : l'oeuvre de Jules Verne en jeux vidéo[10]. Il ne s'agissait plus d'étuder le passage du roman au jeu vidéo mais la place du roman et du jeu vidéo dans un ensemble transmédia.


L'idée d'un tel sujet d'étude me vint après la lecture du mémoire d'Elodie Oger sur les fanfictions, Littérature et Internet : la fanfiction. Enjeux littéraires et éditoriaux[11]. L'étude se voulait générale et, mis à part un exemple de fanfictions portant sur le jeu vidéo, n'abordait pas le domaine qui nous intéresse ici. Des recherches approfondies sur diverses bases de données (Sudoc, theses.fr, catalogue de la BNF, Google Scholar) me confirmèrent la nécessité à mener une telle étude. En effet, aucune réflexion abordant cette thématique sous cet angle ne fut trouvée.

Le choix de Wakfu pour une étude sur les fanfictions n'est pas anodin. Il s'agit tout d'abord d'une production française, autant le MMORPG, qui demeure le point de convergence de cette création transmédia, que les produits dérivés mentionnés plus haut. Les fanfictions affiliées à cet univers sont elles aussi, majoritairement, en langue française. Il me fut alors possible d'étudier toutes les productions textuelles pertinentes en me basant directement sur le texte d'origine et non sur une traduction.

La popularité du jeu Wakfu est également un des critères qui motiva ce choix. En effet, avec des millions de joueurs, le jeu d'Ankama est une création populaire. Du fait de cette popularité, le corpus d'oeuvres à étudier fut important, ce qui est bénéfique pour l'étude d'un phénomène textuel de masse. Étudier les fanfictions de Wakfu revient à observer une création transmédia française mais également un phénomène culturel, voire générationnel, hexagonal.

Enfin, la question de l'accessibilité rentra également en compte pour cette question du sujet d'étude. Wakfu est un jeu vidéo jouable sur PC et Mac avec des configurations relativement basses par rapport aux dernières productions vidéoludiques sortant sur ordinateur. Je n'eus donc aucun problème pour jouer au jeu ou même pour accéder aux différentes fanfictions puisqu'une connexion Internet suffit pour lire ces textes.


Comme Wakfu est une création vaste, il ne suffit pas de choisir cet univers comme objet d'étude, il faut encore le restreindre pour ne pas se perdre dans un flot d'informations. Le corpus des oeuvres étudiées viendra majoritairement du forum officiel de Wakfu. Ce site regorge de publications et d'échanges. Il est le principal lieu de vie, en dehors du jeu, de la communauté. Néanmoins, via plusieurs recherches ciblées sur Internet, l'étude portera par moments sur des écrits fictionnels de fans provenant de blogs personnels ou de forums de sites spécialisés dans les jeux vidéo.

Ne seront étudiés que les textes assimilés à des fictions. Il existe des billets se rapportant à Wakfu qui concernent essentiellement l'expérience des joueurs. Ce qui nous importe d'étudier pour ce mémoire, ce ne sont pas les commentaires des joueurs en tant que joueurs mais des joueurs s'assimilant à leurs avatars. Le jeu du « faire-semblant », qui amène à la production de fictions, sera un critère essentiel pour trier les résultats de nos recherches. On pourra alors plus facilement effectuer un travail d'analyse comparative avec la littérature, le domaine par excellence des fictions textuelles.

La question centrale que soulève une telle étude est : « les productions textuelles autour de Wakfu relèvent-elles de la littérature ? ». Avec les nouveaux médias numériques, Internet et ses supports variés (blogs, forums, etc.), on a constaté l'émergence de productions écrites nombreuses et populaires. Un phénomène proche, a priori, de la littérature mais qui doit être interrogé.

Pour répondre à cette interrogation, notre étude s'articulera en trois parties. Dans un premier temps, on étudiera de manière générique les fanfictions par rapport à la littérature. Il sera question de formes, de genres littéraires mais également des résurgences de pratiques littéraires anciennes dans Wakfu.Puis, on s'attardera sur la spécificité des fanfictions, la transfictionnalité, toujours par rapport à la littérature. Ce sera également l'occasion d'étudier le statut de l'auteur ou encore le processus d'écriture. Enfin, on terminera cette étude en analysant la finalité des écrits, pour les fanfictions et la littérature, en s'attardant plus spécifiquement sur les processus de légitimation des écrits ou encore, comme une ouverture du sujet, sur le constat d'une dilatation du champ littéraire.

Seulement, avant de se lancer dans cette étude, on présentera rapidement en guise de développement préalable le monde de Wakfu ainsi que l'histoire des fanfictions. Ces deux domaines sont à connaître un minimum pour faciliter la compréhension de la réflexion qui va suivre.



[1] Wikipédia, « Jeu de rôle en ligne massivement multijoueur », Wikipédia, l'encyclopédie libre [en ligne],2013, [21/05/2013], URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeu_de_r%C3%B4le_en_ligne_massivement_multijoueur

[2] Jeuxvideo.com, « Dofus », jeuxvideo.com [en ligne], 2013, [21/05/2013], URL: http://www.jeuxvideo.com/jeux/pc/00013232-dofus.htm

[3]Cognet, Jérôme, « Dofus : un succès français dans les MMO », otakia.com [en ligne], 2010, [21/05/2013], URL: http://www.otakia.com/10361/actualites/dofus-un-succes-francais-dans-les-mmo/

[4] Miniblob, « Wakfu, aperçu », jeuxvideo.com [en ligne], 2008, [21/05/2013], URL: http://www.jeuxvideo.com/articles/0001/00010075-wakfu-preview.htm

[5] Au début de l'article, un schéma résume parfaitement la logique d'une création transmédia comme l'entend le chercheur Henry Jenkins. Un monde fictif alimenté par différentes créations de différents médias. RV, « Islands of Wakfu », interlignage.fr [en ligne], 2011, [21/05/2013], URL: http://interlignage.fr/2011/04/islands-of-wakfu/

[6] On pourra voir plusieurs clichés du jeu dans Annexes 1

[7]On trouve la définition suivante dans l'article Wikipédia dédié à la fanfiction; Wikipédia, "fanfiction", Wikipédia, l'encyclopédie libre [en ligne], 2013, [21/05/2013], URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fanfiction

[8] Background : "arrière-plan", anglicisme désignant la toile de fond, l'univers du jeu ; dans le cas particulier d'un personnage, cela désigne son passé, ce qu'il a vécu avant le temps de la partie, Wikipédia, « Lexique du jeu de rôle », Wikipédia, l'encyclopédie libre [en ligne], 2013, [21/05/2013], URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Lexique_du_jeu_de_r%C3%B4le

[9] Wikipédia, « Interprétation du rôle »,Wikipédia, l'encyclopédie libre [en ligne], 2013, [21/05/2013], URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Interpr%C3%A9tation_du_r%C3%B4le

[10] Hassler, Alexis, Un cas de transmédialité : l'oeuvre de Jules Verne en jeux vidéo [en ligne], 2012, [21/05/2013], URL : http://www.cavi.univ-paris3.fr/phalese/documents/Memoire_Hassler.pdf

 
 
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Levelfive.fr est un peu mort depuis quelques semaines. Je reviens donc pour lui donner un peu de vie. En effet, pas mal d'événements personnels m'ont conduit à m'écarter un peu du site. Je vais de nouveau m'y consacrer mais je ne tiens plus à m'investir à 100% dedans. Le site sera alimenté par mes propres billets, j'espère ceux de collaborateurs extérieurs mais je vais opter au final pour la qualité plus que la quantité. Moins de billets mais des billets réfléchis et "durables". Le but du site n'est pas la course à l'audience mais proposer une base de données intéressante pour penser le média jeu vidéo.

Normalement, en octobre, je pourrais participer à un festival sur les jeux vidéo dans la ville de Cergy. Je présenterai mon travail sur Wakfu et les fanfictions pour montrer comment le fan/joueur peut s'emparer de matériaux qui ne sont pas sa création pour en faire quelque chose de personnel. C'est encore un peu vague mais le projet est intéressant, je risque de faire ma petite conférence à la bibliothèque de Visages du monde, grand établissement dédié aux arts numériques à Cergy le Haut (95).

Revenons à notre sujet, ce fameux mémoire. J'ai tenu pendant des mois un journal pour vous raconter la progression de cette réflexion. Je voulais m'investir plus dans ces chroniques mais le temps m'a manqué terriblement au cours de cette année (Capes Lettres Modernes, Master 2, travail de bibliothécaire à temps plein). Je suis quand même content du résultat, il s'agissait d'une première pour moi, les participations furent nombreuses, les remarques parfois réellement pertinentes. Montrer une pensée en mouvement était un souhait de ma part et je ne suis pas déçu au final.

Avant de vous proposer le mémoire découpé en plusieurs parties et adapté au format blog, je vous soumets cet enregistrement sonore de la soutenance qui se déroula mi-juin 2013 à l'université Paris Censier. Le jury fut élogieux, on souhaita que je poursuive en tant que chercheur en me focalisant sur une thèse, etc. Résultat, 17/20. Je suis vraiment heureux du résultat accompli. Certes, tout cela est améliorable mais je pense avoir produit une réflexion intelligente qui apporte de nouvelles lumières sur la question de la transmédialité, l'intertextualité plus généralement et autres notions propres à la littérature ou au jeu vidéo.

Cliquez sur l'image suivante pour entendre la captation sonore.

Les intervenants : Michel Bernard et Sophie Rabau (jury) + Alexis Hassler (étudiant soutenant son mémoire).

 

L'article d'origine : http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=267:reflexions-captation-sonore-de-la-soutenance-du-memoire-qles-fanfictions-de-wakfuq-alexis-hassler&catid=35:reflexions&Itemid=29

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Je l'avais promis il y a quelques temps, voici la captation de la présentation de mon travail lors du séminaire "Le littéraire, du papier au numérique" à l'université Paris Censier.

 

PS : Le début commence un peu brutalement mais vous ne ratez rien. Le dernier quart d'heure n'a malheureusement pas d'image.

Cliquez sur l'image pour accéder à la vidéo

L'article d'origine : http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=266:reflexions-journal-dun-memoire-captation-video-presentation-du-memoire-lors-du-seminaire-qle-litteraire-du-papier-au-numeriqueq-paris-censier&catid=35:reflexions&Itemid=29

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J'ai présenté mon travail mardi 09 avril devant une assemblée d'étudiants lors d'une nouvelle séance du séminaire "Le littéraire, du papier au numérique" géré par le professeur Michel Bernard. Avant de pouvoir, je l'espère, vous présenter une captation de cette présentation, je tenais à vous diffuser l'échange que j'ai eu, indirectement, avec les scénaristes de Wakfu. Des réponses très intéressantes pour comprendre le mode de fonctionnement de cette création transmédia mais également la relation entre les créateurs officiels d'Ankama et les productions officieuses des fans.

 

 

•    Comment travaillez-vous avec les scénaristes des productions rattachées à l'univers Wakfu comme le dessin animé, les bandes dessinées ?


Nous avons mis en place un process : au début d'un nouveau projet rattaché à l'univers Krosmoz, les différents intervenants et notamment les créatifs (scénaristes, écrivains, dessinateurs, story-boardeurs et réalisateurs) doivent venir nous consulter pour comprendre et se familiariser avec l'historique des personnages qu'ils ont choisis, mais aussi connaître les décors et les lieux qui correspondent à l'époque où se passe l'action.

Nous essayons de leur fournir tout ce dont ils peuvent avoir besoin : des outils narratifs transmédia, la storyline de leurs personnages (où se situe tel personnage à tel moment), les références graphiques des personnages et de tous les lieux où va se dérouler l'histoire (habitation, ville, île, etc.).

Ensuite, le scénariste doit nous envoyer une première ébauche de son travail : un synopsis ou un découpage par exemple, afin que nous puissions nous assurer de la bonne compréhension de l'univers et du respect du background préexistant. Nous sommes très attentifs par exemple au respect du ton et de l'humour de l'univers, au fait que chaque histoire soit une histoire originale et aussi au caractère des différents personnages et aux interactions entre ces derniers.

Une fois la première étape de travail validée, nous faisons au scénariste les retours nécessaires pour l'aider dans son processus de création et lui permettre de développer au mieux son histoire tout en restant en accord avec l'univers.

S'ensuit alors plusieurs échanges, des allers-retours entre le scénariste et l'équipe background. Ce travail de suivi des auteurs et de validation de leur travail est notamment géré par le coordinateur d'écriture de notre équipe. Étant lui-même scénariste, il connaît parfaitement les contraintes et les difficultés de cet exercice de style « imposé » qu'est l'écriture d'une histoire au sein d'un univers transmédia où tout est interconnecté.

•    Organisez-vous des réunions ? Transmettez-vous à ces scénaristes une « Bible interne » retraçant l'histoire totale du Krosmoz pour qu'ils puissent se situer dans ce monde imaginaire ?
Dans un premier temps, nous proposons aux auteurs (scénaristes, écrivains...) de nous rencontrer afin de pouvoir leur présenter l'univers Krosmoz dans son ensemble et plus particulièrement l'époque et les personnages sur lesquels ils seront amenés à travailler.


Nous leur fournissons ensuite les supports médiatiques correspondant (DVD de la série Wakfu, BD ou manga portant sur tel ou tel personnage) afin qu'ils puissent poursuivre par eux-mêmes leur immersion dans cet univers. Et nous restons 'en veille' s'ils ont des questions, besoins de précisions, etc.

Nous mettons aussi à leur disposition un certain nombre d'outils que nous avons créés (bibles transmédia, piliers narratifs, fiches de personnages, etc.) dont ils ont besoin ainsi qu'une storyline globale qui retrace dans les grandes lignes les 11 000 ans de l'histoire du Krosmoz connus à ce jour, afin qu'ils puissent garder une vision macro de l'univers.

•    Usez-vous d'un droit de regard sur ces productions annexes pour vérifier la cohérence, ou la qualité, des scénarios par rapport à l'ensemble qu'est le Krosmoz ?

Nous nous efforçons de rendre toutes les narrations cohérentes, qu'elles puissent s'intégrer parfaitement dans l'univers global et venir l'enrichir de nouveaux contenus.

Mais il faut bien comprendre que le rôle de l'équipe BG ne prédomine pas sur le travail des créatifs. Nous avons avant tout un rôle d'accompagnement, de conseil et de consultation, pas un rôle décisionnaire. Les créa ont le dernier mot et il est parfois difficile, pour pouvoir maintenir la cohérence de l'univers, de faire entendre raison à un scénariste qui a envie « de se faire plaisir ». C'est le plus gros challenge de l'équipe : réussir à maintenir un univers transmédia cohérent tout en composant avec un grand nombre de créatifs (narratifs et graphiques) sans que ces derniers ne se sentent frustrés par nos recommandations.

Quant à la qualité des productions, ce n'est pas du ressort du BG, nous n'intervenons pas sur cet aspect. Cela dépend plus du directeur d'écriture et des réalisateurs pour les projets animés, et des éditeurs pour les projets éditions.

•    Pourquoi cet anonymat de votre part ?


Pour préserver nos familles des paparazzis...

Plus sérieusement, ce sont les projets et leurs auteurs qui sont mis en avant, c'est tout à fait normal. Nous sommes les historiens du Krosmoz, nous oeuvrons dans l'ombre et cette position nous convient parfaitement.


•    Pourquoi n'intervenez-vous pas dans le devblog de wakfu.com ? Pourquoi mettre en avant les game designer ou communicants professionnels et non les scénaristes eux-mêmes ?


En ce qui nous concerne, certainement par manque de temps. Nous sommes très occupés avec toutes les productions Dofus et Wakfu qui sortent régulièrement. Et puis chacun son métier... comme expliqué ci-dessus, nous sommes les hommes - et femmes - de l'ombre. Quant aux scénaristes, c'est une très bonne question qu'il faudrait leur poser !


•    Les productions textuelles des fans vous inspirent-elles ? (Background des rôlistes, fanfictions, tracts politiques...)


Nous essayons de suivre ce que la communauté produit et le moins qu'on puisse dire c'est que les fans sont très productifs ! Bien entendu nous gardons un oeil sur ce que fait la communauté et les sujets qui l'intéressent.

Quant à savoir si cela inspire les créatifs, très probablement, que ce soit conscient ou non. Parfois la bonne trouvaille d'un fan peut faire écho à un scénariste ou à un réalisateur par exemple qui va pouvoir rebondir dessus pour la réinterpréter ou au contraire prendre le contre-point.

Un bon exemple est celui de Tot qui, à la fin de la saison 1 de Wakfu, avait prévu de faire revenir Tristepin grâce à l'horloge de Nox. Mais, en lisant sur les forums les nombreux commentaires des fans persuadés que c'était ce qu'on allait faire, il a décidé de modifier le script à la dernière minute pour créer la surprise : quand Nox parvient à remonter le temps, on peut penser qu'à cet instant Pinpin est encore vivant, sauf que l'horloge n'a reculé dans le temps que de quelques minutes et Pinpin est déjà mort.


•    J'ai constaté que certaines fanfictions étaient évoquées dans l'émission Inside Ankama ou publiées dans Wakfu magazine. Cette mise en avant des productions textuelles des fans va-t-elle plus loin ? Reprise d'idées pour le jeu ou d'autres oeuvres professionnelles rattachées à Wakfu ?


C'est une idée intéressante en effet qui pourrait être davantage développée, mais qui nécessiterait un important travail de lecture et de recensement sans parler de la faisabilité des idées. Les productions des fans sont pour nous à la fois un moteur et aussi une source d'inspiration. On peut citer l'exemple du Boufbowl, qui a été repris et développé par nos équipes après avoir été créé par des joueurs de Dofus qui, à l'époque, s'amusaient à lancer des sorts pour déplacer un bouftou jusqu'à une zone d'embut improvisée.

Le jeu boufbowl


•    Constatez-vous des contestations des fans sur l'évolution du Krosmoz ? Incohérence soulignée ? Plainte sur telle ou telle évolution ?


Il y a toujours des contestations et c'est normal. On ne peut pas plaire à tout le monde, même quand on essaye de contenter un maximum de personnes, il y aura toujours une part d'insatisfaits. De manière générale, nous essayons d'abord de nous faire plaisir, partant du principe que si on s'amuse dans nos créations, ce sera de même pour notre public.

Quant aux incohérences signalées par le public, cela nous amuse et c'est intéressant de voir que certains fans « hardcore » suivent attentivement et décortiquent tout ce que nous développons. Mais ils ne savent pas tout, car lorsqu'un nouveau projet est présenté au public, il y a une partie du background lié qui n'est pas diffusée. Nous en dévoilons les grandes lignes mais pas les détails qui rendent l'ensemble cohérent, ce qui laisse place à bien des spéculations de la part de fans. Nous conservons certaines données secrètes, à la fois pour pouvoir les ajuster aux besoins d'une future production, mais aussi pour pouvoir dévoiler du contenu BG exclusif le moment venu.

Ce qu'il faut retenir, c'est que le background de l'univers Krosmoz n'est pas figé. Il n'a pas été écrit et posé en amont des productions - tel un outil de référence - mais évolue et s'enrichit constamment à chaque nouveau projet : chaque créateur apporte sa pierre à l'édifice Krosmoz et c'est à nous de réussir à faire tenir l'ensemble dans un univers cohérent.

En tout cas, nous sommes toujours agréablement surpris de voir combien nos fans se creusent les méninges pour tenter d'expliquer les aspects BG qui ne sont pas encore dévoilés : ils débattent, argumentent, se contredisent parfois... le fait que ça les intéresse à ce point est pour nous la plus belle des récompenses.


•    Imposez-vous des limites à l'utilisation de votre propriété intellectuelle par les fans ? Fanfictions érotiques ? Utilisation de l'univers Wakfu pour développer des thèmes sérieux (homosexualité, etc.) ?

C'est plutôt gratifiant de voir certains fans s'approprier nos personnages pour leur inventer de nouvelles histoires et généralement ils le font avec beaucoup de respect pour notre univers et les valeurs qu'il véhicule.

Nous gardons bien entendu un oeil sur l'utilisation faite des personnages et de tout ce qui touche au Krosmoz. Nous n'intervenons pas, sauf si cela peut nuire à l'image de notre univers, et à notre connaissance, cela n'est jamais arrivé.

Quant aux fanfictions érotiques, nous avons eu droit l'année à une parodie d'un passage du dessin animé Wakfu en version érotique. Ça a fait sourire les équipes de l'animation qui ont d'ailleurs salué la prouesse technique. Ils ont plutôt pris ça comme un hommage que comme un affront fait à leur travail et à la série.

Enfin, il est toujours délicat de traiter des sujets sérieux dans un univers destiné notamment aux enfants. Mais notre volonté a toujours été d'aborder ces thèmes qui font aussi partie de la vraie vie. Sans aller jusqu'à une volonté pédagogique de notre part, nous sommes conscients qu'un dessin animé et les thèmes qu'il aborde peuvent jouer un rôle important dans la vie d'un enfant, pour l'aider à se construire et à définir son identité.

Tout dépend de la façon de présenter les choses au public. Vous parliez d'homosexualité dans votre question, le sujet est présent dans la série Wakfu à travers l'humour et la caricature. Mais ce sujet se retrouve aussi dans la série animée 'Aux Trésors de Kerubim', de façon très suggérée. Il est ici abordé comme un non-sujet, considéré comme parfaitement naturel, et ce message est peut-être plus fort que si on en avait fait le thème principal d'un épisode.

 

L'article d'origine : http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=265:reflexions-journal-dun-memoire-echange-avec-les-qhistoriens-du-krosmozq&catid=35:reflexions&Itemid=29

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Réflexions

B)    Le statut de l'auteur et les processus d'écriture

Le statut de l'auteur, et son appréhension de l'écriture, soulève plusieurs questions dans le cadre des fictions de fans. Existe-t-il des différences importantes entre l'auteur en littérature traditionnel et le fanfiqueur ?  Le fanfiqueur recourt-il à un processus d'écriture similaire à celui de l'écrivain traditionnel, seul face à sa page blanche ou son ordinateur ?

Pour aborder cette question de l'auteur, on peut déjà commencer en constatant que l'auteur de fanfictions de Wakfu, donc qui s'inscrit dans une création transmédia, est différent de l'auteur de fanfictions se rapportant à d'autres univers (par exemple, Harry Potter, Twilight).

Le fanfiqueur de Twilight ou d'Harry Potter est en premier lieu un lecteur qui devient fan d'une série et qui par la suite écrit sur cette série. Théoriquement, on retrouve ce même processus pour un fanfiqueur de Wakfu. L'auteur peut être à la base un lecteur de mangas ou bandes dessinées se rapportant à cet univers, devenir fan et écrire à son tour sur ce monde imaginaire. Seulement, le fanfiqueur de Wakfu n'est pas qu'un lecteur devenu écrivain, et accessoirement fan. Il peut également être un spectateur (regardant le dessin animé d'Ankama) mais surtout un joueur. Le MMORPG Wakfu demeure le centre convergent de cette oeuvre transmédia.

 

 

Alors qu'un fanfiqueur d'Harry Potter, de Twilight ou même de Naruto est surtout un lecteur qui devient écrivain, on observe une multiplicité de statuts chez le fanfiqueur de Wakfu. Il a un usage de médias variés qui tous alimentent un univers fictif, là où les autres fanfiqueurs se contentent le plus souvent, s'il y a consommation de médias différents à propos de leur série favorite, de transpositions (le premier film Harry Potter traduisant en langage cinématographique le premier livre de la saga, etc.). Focalisons-nous plus spécifiquement sur ce statut double qui fait la spécificité du fanfiqueur de Wakfu : joueur et écrivain.

Il y a, dans ce double statut, une contradiction forte chez l'auteur de fanfictions de Wakfu. La contradiction est que ces pratiques sont, par définition, opposées pour ce qui est du rapport à autrui. Écrire est, a priori, une activité solitaire. Prenant à contre-pied cette capacité à créer seul avec du texte, jouer à Wakfu (donc à un jeu de rôle en ligne) est une activité éminemment collective. Jouer, c'est construire son personnage, son destin, découvrir des mythes dont regorge le monde de Wakfu. Il ne s'agit pas que d'un plaisir de l'esprit comme les échecs, le récit demeure important et se déroule, pour chaque joueur, via une narration qui lui est plus ou moins propre (une marge de manoeuvre est autorisée par les développeurs mais des balises existent comme les quêtes données par certains personnages qui ne sont en réalité que des robots).

Il est certes possible de jouer seul à Wakfu mais c'est occulter de nombreuses possibilités et passer ainsi à côté de l'essentiel du jeu : le groupe. Il faut être en groupe pour mener à bien des donjons et gagner de l'expérience, pour participer à des événements, etc. Ainsi, la création de son personnage, l'élaboration d'une mythologie passe par un contact étroit avec autrui.

Il y a donc, a priori, deux postures bien différentes entre celle de l'écrivain (qui compose de manière solitaire) et celle du joueur de MMORPG (affilié à un groupe ou du moins en contact, plus ou moins fort, avec une communauté qui construit sa propre histoire au sein de la grande Histoire officielle, rédigée par les scénaristes). On ne va pas créer pareillement une fiction en tant que joueur et fanfiqueur. Pourtant, ces deux activités, antagonistes à ce niveau-là, peuvent s'alimenter l'une et l'autre. Le joueur vivant des aventures qu'il relatera dans des fanfictions, ou le fanfiqueur se bâtissant une identité à l'écrit à laquelle il donnera vie dans le jeu.

Ce postulat est une base qu'il convient d'interroger plus en profondeur. Pour ce faire, on effectuera plusieurs recherches sur Internet en se basant sur différentes sources comme le forum officiel de Wakfu (1), des sites spécialisés dans les jeux vidéo dont une partie traite de Wakfu (2), des blogs personnels sur Wakfu (3). Avec un tel corpus, on cherchera à interroger les processus d'écriture des fanfictions. Cette enquête permettra de savoir comment écrit un fanfiqueur, si ce processus d'écriture est différent d'un auteur traditionnel, mais également si le dualisme évoqué plus haut (écrivain et joueur) a une incidence sur le processus d'écriture.

Blog personnel sur les fanfictions de Wakfu

Deux tendances semblent en premier lieu se dégager après l'étude de plusieurs fanfictions émanant des sources évoquées plus haut. Tout d'abord, on observe une écriture solitaire. Cette écriture demeure en tout point semblable à l'écriture traditionnelle d'un romancier publié par une maison d'édition. En effet, l'auteur imagine son texte seul, le rédige puis le publie (sur le forum officiel de Wakfu, un blog personnel, etc.). Certes, il ne s'agit pas d'une publication physique (roman, revues, etc.) que l'on trouvera en librairie mais numérique, visible sur Internet via un ordinateur, un smartphone ou une tablette. Sur ce point, les fanfictions de Wakfu se rapprochent grandement des romans auto-publiés (4) sous forme d'ebooks puisqu'elles ne passent quasiment jamais, comme exception on peut mentionner la publication de fanfictions dans le magazine Wakfu Mag, par la case imprimerie. Il s'agit donc à chaque fois d'une écriture solitaire mais cette solitude supposée est-elle totale ?

Il est difficile de répondre de manière définitive à cette question. En effet, le processus d'écriture est parfois solitaire mais se double toujours d'une réception critique. Aujourd'hui, Internet permet une réactivité forte des lecteurs et leur offre la possibilité d'intervenir rapidement. Les commentaires sont souvent nombreux pour commenter la fanfiction proposée, particulièrement pour le forum officiel de Wakfu. Cette réception critique pose une question par rapport à l'écriture solitaire, cette dernière est-elle influencée par les commentaires ? Si oui, peut-on dégager des types d'écriture solitaire ?

A côté de cette ambiguïté, on observe une autre tendance concernant le processus d'écriture : l'écriture à plusieurs. Le récit prend forme sous l'impulsion de plusieurs auteurs. On peut donc, à ce stade, dégager deux modes d'écriture pour les fanfictions de Wakfu : l'écriture solitaire et l'écriture à plusieurs.

Avant d'aborder l'écriture collective, poursuivons notre étude de l'écriture solitaire. Après avoir étudié différentes fanfictions émanant du corpus, on remarque que, pour cette première tendance, l'écriture d'une fanfiction peut se faire avant toute publication (un poème ou une nouvelle est mis en ligne dans son intégralité en une fois (5)) ou de manière progressive (par exemple, un roman qui est publié, et rédigé, au fur et à mesure (6)). Il semble alors important de distinguer dans l'écriture solitaire le récit clos ou progressif ainsi que le phénomène de l'écriture et de la publication de l'écrit.

Des nuances interviennent lorsque l'on se penche sur ce sujet. Par exemple, une publication progressive (en chapitres et non d'un bloc) peut renvoyer à un écrit clos (déjà terminé avant publication mais publié en plusieurs chapitres) ou progressif (que l'on rédige quasiment en même temps qu'on le publie).

Dans le cas d'un récit progressif, il est intéressant de se pencher sur la solitude, et donc l'indépendance, de l'auteur. En effet, du fait même qu'il rédige, et publie, petit à petit sa fiction, l'auteur d'un récit progressif est-il encore un écrivain solitaire comme le romancier traditionnel ? En observant les fanfictions de ce type, on remarque une grande perméabilité entre les fanfiqueurs et les commentateurs.

En effet, le fanfiqueur porte une grande attention aux commentaires. Il y a un véritable regard de l'auteur sur les critiques de ses lecteurs alors que le récit est entrain de se construire au fur et à mesure. Afin de mieux cerner les rapports qui se tissent, tentons de formaliser plusieurs aspects de cette relation. Voici tout d'abord, après étude des cinq premières pages de fanfictions du forum officiel de Wakfu (durant le mois de janvier 2013), les types de commentaires que l'on retrouve le plus souvent :

•    Remarques sur l'orthographe, la conjugaison (les commentateurs reprennent l'auteur sur des fautes d'accord ou d'orthographe)
 (7)

•    Louanges (les lecteurs félicitent l'auteur, les commentaires se résument à des phrases du type « c'est bien », « Continue », etc.)
 (8)

•    Critiques sur l'écrit (des remarques sur la cohérence de l'intrigue, le style, etc.)

Comme il s'agit d'observer les relations entre le fanfiqueur et ses lecteurs pour un récit progressif, il est intéressant de s'attarder sur les critiques de lecteurs portant sur l'écrit lui-même. En partant du même corpus, on remarque une grande variété de remarques. Ce qui montre que l'intervention des lecteurs n'est pas que d'ordre technique (l'orthographe ou la grammaire) ou affectif (louange) mais peut contenir des remarques propres à une critique littéraire.

Dragodinde skeulette dans le jeu Wakfu

•   Taille de l'écrit (certaines critiques se plaignent de la taille des chapitres. Comme il s'agit d'un récit progressif, souvent, le fanfiqueur publie vite mais publie peu.)
 (9)

•    Cohérence par rapport au monde de Wakfu (dans l'exemple suivant, un lecteur fait remarquer qu'un animal de Wakfu, le Dragodinde, n'a pas de sabots mais des pattes d'autruche) (10)

•    Demande d'éclaircissement sur le texte (les lecteurs sont avides de réponses d'où une impatience qui se traduit par des questions variées sur les personnages le plus souvent. On lira ainsi des questions du type : « Lequel est bon ? », « Pourquoi tel personnage agit ainsi ? », « M'enfin c'est vrai que pour se cacher derrière un masque, faut avoir des choses à cacher, aussi, nan ? » (11). Il est intéressant de noter que le lecteur n'est pas passif, il s'interroge et fait part de ses interrogations).

•    Critiques de choix de narration ou d'éléments du récit comme des péripéties, des descriptions psychologiques de personnages, etc. (par exemple, dans une fanfiction plusieurs lecteurs n'apprécient pas la justification avancée par l'auteur pour faire renaître un personnage mort dans le dessin animé. On lira « c'est facile », « Le caractère de Nox ne correspond absolument pas à un aide-soignant et la situation dans laquelle Tristepin (est) ne permet pas une résurrection Express 11.95$ TTC ! » (12), ou à propos des combats, « les combats sont trop courts »).

•    Critiques sur le style (un exemple, « Ce que je vous reproche toutefois, c'est la surenchère de dialogue qui font planer l'action sans la faire se mouvoir. Votre style de dialogue ne prend vraiment une certaine profondeur qu'en fin de discussion (je l'ai noté sur les chapitres premier et second), c'est un choix certes mais qui, je pense, nuit plus qu'il n'aide au bon déroulement du récit. » (13))

•    Demandes sur la suite du récit (On lira par exemple, « Sinon l'histoire bien mais décris plus »)
 (14)

•    Conseils d'écriture (certains lecteurs n'hésitent pas à donner des conseils d'écriture, pour une fanfiction un lecteur explique qu'il serait bien de rester en mode « description en détail » un peu plus longtemps pour « qu'on soit bien dedans » (15).). La frontière est ténue entre le style et l'écriture. On pourrait tenter de dissocier les deux en notant que les remarques sur le style s'attardent à critiquer une écriture personnelle, tandis que les conseils d'écriture cherchent plus à faire office de manuel objectif d'écriture (rapport au schéma situation initiale/élément perturbateur, etc.).

•    Propositions d'aides (Assez proche des conseils d'écriture, on trouve également des lecteurs qui cherchent à aider directement l'auteur pour améliorer son écrit. Certains proposent de corriger les fautes (16) (orthographe, grammaire, etc.), ou d'imaginer des illustrations (17)).

Comme on peut le constater, les interventions des lecteurs/commentateurs sont variées et touchent de nombreux points. Il peut être autant question du style, que du récit en lui-même ou de la conduite de ce dernier (la narration) voire de l'orthographe. On est donc loin d'une image que l'on peut avoir a priori à propos des échanges sur les forums entre jeunes adolescents. Le plus souvent les lecteurs rédigent des commentaires critiques, réfléchis, et ne se contentent pas d'un simple « j'aime/j'aime pas ».

A côté de cette complexité constatée dans la nature des interventions, il semble tout aussi intéressant de se questionner sur l'impact de telles interventions sur l'écriture progressive du récit. En effet, bien que cette écriture soit a priori solitaire (le récit, même s'il est en cours de construction, reste l'oeuvre d'une personne), ne constate-on pas des modulations de l'écrit du fait d'une critique variée et rapide ? Pour étudier cet aspect, on mettra de côté les entraides orthographiques et autres demandes de co-écriture comme la réalisation de dessins. En effet, ces aspects sont soit techniques, soit du ressort d'une écriture collective que l'on étudiera plus loin dans ce chapitre.

En examinant ces fanfictions issues du forum officiel de Wakfu, on constate que la majorité des réponses de l'auteur, qui publie à chaque fois un bout de son récit après les commentaires des lecteurs, comprend une part de réaction aux critiques puis le nouveau chapitre de la fanfiction. Il est très rare de relever un message de l'auteur ne comprenant que le nouveau chapitre rédigé.

S'il y a réaction aux critiques, c'est qu'il y a bien une interaction entre l'auteur et les lecteurs. On peut même parler d'influences. Pour mieux appréhender ces influences, il semble intéressant de tenter une formalisation des types de réaction du fanfiqueur. Il ne s'agit, encore une fois, pas d'une classification définitive mais d'une première approche avant un potentiel affinage.

Focalisons-nous pour ce cas d'étude sur la fanfiction Le Passé d'Evangéline (18). Pourquoi cette fanfiction ? Principalement du fait de sa popularité. A l'heure de la rédaction de cette partie du mémoire (26 mars 2013), cette fiction s'étale sur quinze pages. Les premières datent d'avril 2011 et les dernières d'octobre 2012. On tient donc un écrit qui s'étale sur plus d'un an et nourrit bien des commentaires. La plupart des fanfictions n'atteignent pas de telles statistiques.

Du fait d'un tel foisonnement, à la fois au niveau du nombre de chapitres et de commentaires, ce récit est susceptible de fournir un nombre important et varié de types de réaction de la part de l'auteur. A noter que lorsque les commentaires sont nombreux après la publication d'un chapitre, l'auteur publiant une nouvelle partie de son récit cite le lecteur à qui il répond. Une convention adoptée sur Internet par la plupart des utilisateurs de forums. Cette indication permet une meilleure lisibilité et évite tout quiproquo.

Voici plusieurs types d'intervention de l'auteur observés au cours de cette fanfiction fleuve :

•    Remerciement (l'auteur adresse un remerciement à un commentaire posté)
 (19)

•    Jeu avec les fans sur la publication à venir (le prochain chapitre sera-t-il publié le soir même ? Le lendemain ? L'auteur, qui se fait éditeur d'une certaine manière, entretient un suspense qui peut aussi concerner des éléments énigmatiques du récit : qui est « r » (un personnage) ? (20))

•    Annonce sur les publications à venir (proche du type décrit ci-dessus, il s'agit ici non plus de jouer avec l'impatience des lecteurs mais d'annoncer, comme un publicitaire, les suites de son récit. Ces annonces peuvent porter sur une date : « la suite lundi » (21), par exemple)

•    Explication sur le rythme des publications (il est parfois possible que l'auteur ne puisse publier à la date prévue. En général, le fanfiqueur se fend d'une explication sur ces imprévus, retards... (22))

•    Explication sur l'écriture du récit (il est également observable à certains moments que l'auteur évoque son appréhension de l'écriture. Il peut alors parler du nombre de parties déjà rédigées (23), du nombre de chapitres envisagés, etc...)

•    Anticipation sur l'écrit qui est publié plus bas dans le même message (l'auteur peut annoncer que la partie publiée dans le message sera la fin de l'introduction (24), etc.)

•   Mention de corrections suite à des commentaires

•   Réponses directes aux critiques

Le dernier type de réaction du fanfiqueur nous concerne directement. Néanmoins, il serait fastidieux de lister tous les cas rencontrés. En effet, ces réactions forment la plupart du temps une symétrie parfaite par rapport aux critiques des lecteurs listées plus haut. Ainsi, le fanfiqueur s'expliquera sur les remarques concernant la narration, le récit en lui-même (pour le cas de la résurrection de Pinpin, l'auteur avancera l'argument qui consiste à dire qu'il s'agit d'une « réalité alternée »), le style, etc.

L'élément le plus intéressant à interroger ne réside donc pas dans les types de réponse mais dans l'argumentation développée par l'auteur. Seulement, les stratégies de défense semblent, après l'étude de plusieurs fanfictions émanant des cinq premières pages des fanfictions du forum officiel de Wakfu, moins complexes que chez des auteurs classiques et reconnus comme le décrira Gérard Genette dans Seuils. On dégage le plus souvent une position d'acquiescement ou d'argumentation consistant à expliciter sa vue de départ.

Dans le cas de la fanfiction Le Passé d'Evangéline, l'auteur (LilyChoco) ne peut qu'acquiescer et reconnaître son erreur lorsque le lecteur Madride soulève une description en partie fausse des Dragodindes. La reconnaissance de la faute peut être très nette comme c'est le cas ici : « Effectivement, le coup des sabots pour les dragodindes, j'avais pas remarqué dsl » (25).

Au-delà de ces réponses, qui sont globalement le signe d'un vif échange sur l'écriture, on peut parfois observer une modification de l'écrit par l'auteur après des critiques de lecteurs. Ainsi, dans la fanfiction Le Passé d'Evangéline, on remarque que l'auteur LilyChoco modifie le retour de Pinpin (personnage mort à la fin de la saison 1 dans le dessin animé) car plusieurs lecteurs jugèrent ce retour assez peu réaliste et rapidement éludé. On peut ainsi lire comme commentaire préalable à la réécriture du chapitre incriminé : « Pour commencer, suite aux remarques sur le retour peu réaliste que j'avais fait à Pinpin, j'ai décidé de changer sa résurrection en essayant de l'accorder avec l'histoire en cours. J'ai donc modifié son retour dont je parlais lors de la remise des dagues. Mais la suite, vous l'apprendrez plus tard. Eh, Eh ! » (26).

Cette réécriture suite à des critiques n'est pas un cas isolé. On retrouve d'autres exemples de ce type ailleurs sur le forum officiel de Wakfu. Ainsi, Tatii-Mimii, auteur de la fanfiction Wakfu saison 3 - The Last fight of the world, reviendra sur son premier chapitre suite à des critiques. Le lecteur Ioslesombrean notera « trop rapide ce prologue. Ajoute du détail, de la profondeur, du style mais on te retrouve avec quelques fautes mais cela passe ». De ce fait, Tatii-Mimii remaniera son premier chapitre en annonçant : « Bon vu que c'était trop rapide, j'ai rectifier mon premier chapitre, je l'est refait de A à Z et voilà ce que sa donne, en espérant que vous aimerez » (27).

De même, on relève dans les commentaires de l'auteur certaines remarques adressées à des lecteurs. Il ne s'agit plus de répondre simplement à une critique, comme un échange traditionnel auteur/lecteur observé plus haut, mais de faire une sorte de clin d'oeil. Ainsi, à l'annonce du chapitre 15 de la fanfiction Le Passé d'Evangelyne, l'auteur LilyChoco annonce : « Voila un nouveau chapitre qui devrait plaire à Akuo pour le coté sous entendu et prise de tête. » (28). Cette remarque est intéressante car elle prolonge les cas de réécriture après lecture de critiques. Bien que l'auteur soit seul pour écrire, en lisant de telles phrases, on peut se demander s'il y a ou non réécriture, même partielle, après la lecture de critiques. En effet, le chapitre était-il écrit au préalable, avant publication, ou vit-il le jour après les premiers chapitres publiés et donc les premiers commentaires  lus ?

Dans ce cas précis, on peut affirmer que le chapitre 15 était déjà rédigé. LilyChoco affirme page 1 : « Pour ce qui est du faite d'écrire vite, j'ai aucun mérite, j'avais déjà écrit les 17 premiers chapitres quand j'ai posté le premier » (29). Pourtant, cette remarque ne signifie pas que les commentaires répétés d'Akuo n'ont pas influencé l'écriture, ou plutôt la réécriture, du chapitre s'il y eut remaniement, même léger, avant publication sur le forum.

On ne peut pas toujours être catégorique à propos des processus d'écriture de ces écrits. On peut néanmoins constater une tendance à la perméabilité entre l'auteur et les critiques lors de la publication de fanfictions solitaires à l'écriture progressive. Les commentaires nombreux et variés, les réponses de l'auteur et, au-delà de ça, les possibles relations en tant que joueurs (pour le critique et l'auteur) dans le jeu révèlent beaucoup de promiscuité. On est loin de l'image d'Epinal de l'auteur écrivant seul dans son coin et publiant son récit terminé.

D'ailleurs, cette image doit être questionnée. En littérature traditionnelle, on conçoit en effet l'écrivain comme un être produisant seul une oeuvre. On exclut, pour le moment, de cette vision les exercices littéraires d'écriture collective comme en proposèrent les surréalistes. Pour ces derniers cas, il s'agit d'oeuvres collectives reconnues et présentées comme telles. A côté de ces écrits à plusieurs, on relève donc le statut du créateur solitaire. Seulement, ce statut n'a rien de systématique.

Même si une oeuvre est le fait d'un auteur, dont le nom est lisible sur la couverture du livre, sur la page de titre, lui seul médiatisé dans les médias, il existe de nombreux cas dans la littérature de nègres littéraires. Des auteurs comme Alexandre Dumas utilisèrent des assistants pour rédiger des parties de romans qu'ils signaient pourtant de leurs noms.

Pour le cas de Dumas, c'est le pamphlétaire Eugène de Mirecourt qui dénoncera et critiquera la supercherie dans son pamphlet Fabrique de Romans : Maison Alexandre Dumas & Cie (30). Le collaborateur de l'ombre le plus célèbre de Dumas reste Auguste Maquet.

Eugène de Mirecourt

Pour rester dans la littérature, mais en prenant un cas plus récent, on peut également citer les nègres de Maurice Druon, que certains médias évoquent sous le terme « d'atelier littéraire » (31), comme Edmonde Charles-Roux, qui aidèrent l'ancien immortel à la réalisation de sa grande saga Les Rois maudits. Le plus souvent des historiens, ces personnes qui pourtant contribuèrent à l'édification des différents tomes de cette série à succès ne verront jamais leur nom sur les livres.

Le cas du nègre littéraire est loin d'être un procédé ancien, et encore moins méconnu. En effet, la plupart des lecteurs ne sont pas dupes et savent, par exemple, que derrière les livres de politiciens ou de stars de la télévision se cachent le plus souvent un écrivain professionnel de l'ombre. De plus, de nombreuses affaires à scandale surgissent, régulièrement, dévoilant au grand jour ce rapport entre l'ombre et la lumière (32).

Pourtant, le cas du nègre littéraire perdure. Il y a comme une sacralisation, en France mais un tel état de fait nécessiterait une étude comparée avec d'autres pays, de l'auteur solitaire en littérature traditionnel, une image d'Epinal qu'il ne faut pas ébranler quitte à jeter dans l'ombre les artisans d'un projet. Cette sacralisation, ce statut de l'auteur solitaire, est pleinement ébranlée avec les fictions de fans de Wakfu. Un auteur de fanfictions ne cherche pas à se draper dans une gloire personnelle, il cherche à écrire une histoire, à s'améliorer et rendra grâce aux commentateurs qui l'aideront. Il est moins important pour les fictions de fans de faire par soi-même que de bien faire. L'esprit collectif demeure comme un écho à cette pensée de groupe qui irrigue la création transmédia Wakfu, et encore plus précisément le MMORPG.

Allant de pair avec ce statut de l'écrivain solitaire, il convient également d'interroger le rapport imperméable entre l'auteur et ses lecteurs que l'on suppose en littérature traditionnelle. Malgré un caractère plus rigide, des interactions moins fortes que sur les forums d'Internet, il est tout de même possible que des remarques de lecteurs (par courriers, lors de séances de dédicace, etc.) amènent à des corrections d'un ouvrage pour de futures réimpressions. Même en littérature traditionnelle, le romancier n'est pas dans une tour d'ivoire

Ce rapport de promiscuité observé pour les fanfictions de Wakfu rappelle surtout une certaine littérature plus que ce domaine dans son intégralité.  Au cours du XIXème siècle, les auteurs de romans-feuilletons entretenaient souvent des relations épistolaires avec leurs lecteurs. Cette promiscuité, et donc interaction, se trouve accrue avec l'évolution des technologies, Internet en tête. Il ne s'agit plus d'échanges de courriers mais d'échanges virtuels, sur un forum, permettant une réaction quasiment immédiate du lecteur.

Pour creuser un peu l'exemple des feuilletonistes, on peut citer le cas le plus fort d'interaction entre auteur et lecteurs : Eugène Sue. Le romancier fut particulièrement populaire avec sa grande saga Les Mystères de Paris publiée au Journal des Débats. Du fait d'une correspondance abondante, Sue publia parfois des témoignages à coté de son feuilleton ou modifia son propre récit après lecture du contenu de certaines lettres. On peut citer le cas d'une lectrice qui demanda à Sue de peindre la douleur du personnage Rodolphe apprenant la mort de sa fille. Afin de se rendre compte de la richesse de cet échange, on se reportera à l'étonnante compilation de Jean-Pierre Galvan intitulé Les Mystères de Paris. Eugène Sue et ses lecteurs(33)。

Ce phénomène est assez unique, dans cette proportion, pour la littérature et même pour le domaine plus restreint des romans-feuilletons. En effet, Alexandre Dumas ou Pierre Alexis de Ponson du Terrail reçurent eux aussi une correspondance abondante mais ces courriers n'entraînèrent pas d'interactions aussi fortes que chez Sue et ses lecteurs. Et surtout pas de véritables modifications du récit.

En poursuivant sur cette perméabilité entre l'auteur et ses lecteurs, il est intéressant de noter que les échanges ne sont pas uniquement le fait de ces deux instances pour le cas de fictions de fans de Wakfu. Les discussions dépassent cette relation à double sens et peuvent parfois se faire entre critiques. Ainsi, un véritable débat sur l'écriture peut émerger dans le fil de discussion de certaines fanfictions. Les lecteurs évoquent des théories, se lancent dans des interprétations du texte qu'ils commentent d'abord avec l'auteur avant de poursuivre entre eux. Le forum officiel de Wakfu n'est plus simplement un lieu de publication mais de discussions littéraires voire de débats.

Reprenons pour exemple la fanfiction Le Passé d'Evangéline. Au fil des publications de ce récit, on observe un échange entre Akuo et Machinima (deux lecteurs) à propos de l'histoire. L'auteur donne des pistes mais laisse le champ libre à des hypothèses. Ce sont ces hypothèses qu'émettent les lecteurs/critiques en abordant des thèmes comme, par exemple, l'inceste, le viol pour expliquer le caractère troublé d'Evangéline (34).

L'écriture solitaire, dans le cadre de fanfictions liées à un univers transmédia comme Wakfu, est donc un phénomène textuel complexe autant dans sa production que sa réception. On se rend bien compte que les lignes sont fragiles et que la porosité est importante entre l'auteur et le lecteur. Cette relation influence l'auteur, de manière plus ou moins soutenue, ce qui n'est pas toujours facilement déductible. Elle fait également naître des débats littéraires entre lecteurs. Il semble ainsi compliqué de parler encore d'écrivain solitaire tant le mode de publication conduit à de nombreux échanges et peut potentiellement influencer l'auteur dans son écriture ou sa réécriture. Seulement, à côté de ces créations solitaires, il ne faut pas non plus oublier les cas d'écriture à plusieurs.

En effet, on a tendance à réduire la littérature à une activité solitaire. Or, en observant les fictions à travers les siècles, on se rend compte à quel point l'écriture fut parfois l'oeuvre de plusieurs auteurs. On peut évoquer pour l'Antiquité le cas d'Homère qui divise les spécialistes. Ce nom renverrait-il à plusieurs auteurs ? Ou plus près de nous, et de manière plus sûre, des oeuvres à quatre mains comme celles d'Erckmann-Chatrian ou des frères Goncourt.

Le XXème siècle fut particulièrement prolifique en matière d'écriture à plusieurs. Les surréalistes explorèrent plusieurs jeux collectifs d'écriture comme le cadavre exquis (tous les participants écrivent tour à tour une partie de phrase sur une feuille sans connaître ce que les prédécesseurs ont rédigé), le jeu des définitions (un jeu qui se joue à deux, un des participants écrit une question du type « qu'est-ce que... ? », l'autre rédige une définition sans connaître la question), le jeu de l'un et de l'autre (sorte de devinettes) ou encore le jeu des syllogismes (jeu qui se joue à trois et qui repose sur une subversion du syllogisme traditionnel : Majeure/Mineure/Conclusion : « Tous les hommes sont...Or...Donc... »). Tous ces jeux collectifs d'écriture sont définis dans le Dictionnaire abrégé du surréalisme (35)d'André Breton et Paul Eluard. Les fanfictions de Wakfu jouent-elles elles aussi sur ces principes d'écriture à plusieurs ? Poussent-elles ces logiques plus loin que la littérature traditionnelle comme on a pu l'observer pour les relations auteur-lecteur ?

Cette partie de l'étude se focalisera sur le forum officiel de Wakfu. En effet, le forum est la forme la plus adéquate pour un échange et donc, potentiellement, pour une écriture à plusieurs. Bien plus qu'un blog personnel. En interrogeant les cinq premières pages des fanfictions, et en effectuant quelques recherches via l'utilisation de mots-clés comme « plusieurs », « collectif », on recense plusieurs cas d'écriture collective. Afin de mieux comprendre ce processus, il est important de formaliser les types d'écriture collective rencontrés. Quelles formes trouve-t-on ? Quelles organisations se mettent en place pour une telle écriture ?

On note tout d'abord des divergences au niveau du nombre. Certaines fanfictions collectives se réduisent au strict minimum avec l'existence d'un binôme. L'auteur Tatii-Mimii, par exemple, le précise dans le titre même de son sujet : Une fanfiction seulement à deux (36). Le nombre est un objectif précis sur lequel on ne transigera pas. Le reste du message donne des indications, comme le rythme de publication « tout les deux trois jours », mais avec moins de précision et d'exigence. Sans s'étaler sur le nombre de participants, qui peut fluctuer, on remarque que certains appels à contribution pour l'écriture collective ne mentionnent pas de limite de participants. Ainsi, la fanfiction Black Moon et ses légendes (37)peut potentiellement accueillir une infinité d'auteurs. Le cadre de la fiction plantée, chaque intervenant n'a plus qu'à s'imaginer un profil et écrire. On retrouve là encore ce caractère collectif et résolument tourné vers l'oeuvre, et non l'égo d'une célébrité littéraire, déjà soulevé plus haut pour le cas des écritures solitaires.

Il convient également de noter l'origine de l'écriture collective. En effet, un écrit collectif peut faire l'objet d'un recrutement, comme on a pu le voir plus haut avec Une fanfiction seulement à deux. Il s'agit d'une écriture progressive, et d'une publication également progressive. Mais il existe également des cas d'écritures à plusieurs où la publication montre une oeuvre terminée. C'est le cas de la fanfiction The end of the beginning, duo avec LMS (38)postée par Tatii-Mimii. Comme pour les fanfictions solitaires, il faut distinguer l'écriture de la publication. Une écriture à plusieurs peut être progressive ou non.

Plus haut, nous abordions la question du nombre. Il s'agissait parfois d'une contrainte d'écriture. D'autres contraintes existent et conditionnent l'écriture collective pour les fictions de fans de Wakfu. On peut ainsi trouver une exigence concernant le ton du récit. Certains cherchent un ton humoristique comme Flabra-le-sacrieur qui propose un casting de fanfictions portant le nom Une petite fanfiction humoristique, ça vous tente ? (39), d'autres veulent un « style assez gore » (40).

A côté de ces contraintes de ton, on observe quelques fois des projets d'écriture à plusieurs s'inspirant de jeux littéraires. Ces cas restent plus isolés, la plupart du temps l'écriture collective est peu contraignante. On peut tout de même évoquer quelques traces de cet héritage littéraire, comme ici avec le cadavre exquis (41), mais ce rapport reste bien souvent lointain et rare.

Cadavre exquis sous la forme d'un dessin

Les fanfictions relèvent d'un mode d'écriture riche, qui la plupart du temps se rapproche de certaines pratiques propres à la littérature. Seulement, il ne s'agit jamais véritablement, pour le cas des fanfictions de Wakfu, de reproduire un schéma classique mais de le dépasser du fait d'outils de communication, comme le forum internet, facilitant l'échange et la mise en commun. Les relations sont diverses et variées entre l'auteur et ses lecteurs. L'isolement est rare. Le plus souvent, c'est un processus d'écriture lié au groupe que l'on constate même si le rapport à la littérature est plus souvent inconscient que conscient. Les fanfiqueurs ne mentionnent que très rarement des auteurs classiques ou des jeux d'écriture de la littérature traditionnelle. Ils écrivent et échangent sans connaître cet héritage mais en réactivant parfois, voire en dépassant dans certains cas, certains des schémas de la littérature.

Encore une fois, sur la question du statut de l'auteur, ou sur les processus d'écriture, les analogies sont nombreuses entre la littérature traditionnelle et les fictions de fans mais jamais totales. De ce fait, on ne pourrait clore cette étude sans regarder du côté de la légitimation. Un écrit relève de la littérature parce qu'il s'inscrit en tant que texte dans des genres, des formes d'écritures, des processus d'écriture mais également parce qu'il est légitimé en tant que texte littéraire par différentes instances. Un texte n'est pas obligatoirement littéraire, par exemple une recette de cuisine est didactique et non littéraire. Ainsi, on abordera pour la dernière partie de ce mémoire cette question de la légitimation en se posant cette question : les instances évoquées plus haut sont-elles les mêmes en littérature traditionnelle que pour les fictions de fans ?


 

(1)Forum officiel de Wakfu : http://www.wakfu.com/fr/forum, page consultée le 23/12/2012

(2)Site spécialisé, jeuxvideo.com, partie dédiée à Wakfu http://www.jeuxvideo.com/jeux/pc/00016130-wakfu.htm, page consultée le 23/12/2012

(3)Quelques blogs personnels : http://wakfu-les-gardiens-fic.skyrock.com/ ; http://kagura-no-manga.over-blog.com/categorie-12447974.html, page consultée le 23/12/2012

(4)On note une expansion de ce mode d'écriture/publication avec, par exemple, la version française du Kindle Direct Publishing d'Amazon : https://kdp.amazon.com/self-publishing/signin?ie=UTF8&language=fr_FR, page consultée le 23/12/2012

(5)Petite histoire, un peu de tout, poème et histoire, forum officiel de Wakfu, auteur forevercassie, http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/42515-petite-histoire, page consultée le 23/12/2012

(6)Le Destin rouge sang, forum officiel de Wakfu, auteur -Semper-Fidelis-, http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/291774-destin-rouge-sang, page consultée le 23/12/2012

(7)Exemple le premier commentaire de Snoopy196 qui reprend l'auteur, Moka62, sur quelques points d'orthographe comme "aucun est invariable, jamais de s" : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/275766-jour-pluie, page consultée le 23/12/2012

(8)Redspanx qui répond au premier chapitre publié par un "Le début est encourageant, j'attends de voir la suite" : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/256080-vengeance-amere, page consultée le 23/12/2012

(9)Eva-du-73 qui dira "Petit chapitre mais cool" pour la fanfiction Aurore et Fleurette : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/253826-aurore-fleurette

(10)Madride fait remarquer "Il ne me semble pas non plus que les Dragodindes ont des sabots, elles sont des grosses pattes d'autruches", http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne

(11)Ce dernier commentaire émane de AlbynnB à propos du personnage de la fanfiction Bomber-Bat : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/288070-bomber-bat-renouveau

(12)Commentaire de Tempus-Sanctus à propos d'un élément de la fanfiction Le Passé d'Evangelyne : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=2

(13)Commentaire de Tempus-Sanctus à propos du style employé dans la fanfiction Le Passé d'Evangelyne : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=2

(14)Prestigo pour la fanfiction Wakfu, le chemin de la destinée : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/280404-wakfu-chemin-destinee

(15)Floflora pour la fanfiction Le Passé d'Evangelyne : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=2

(16)LMS pour la fanfiction Le Passé d'Evangelyne : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=2, page consultée le 26/03/2013

(17)Proposition de Copyright6 pour la fanfiction Le Passé d'Evangelyne : http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=3, page consultée le 26/03/2013

(18)Le passé d'Evangelyne, Lilychoco, forum officiel de Wakfu, http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=1, page consultée le 26/12/2012

(19)LiLyChoco remerciant LMS pour son premier commentaire, "Merci LMS, je pensais pas avoir un commentaire aussi rapidement : ça fait plaisir", http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=1, 
page consultée le 26/12/2012

(20)LMS qui demande à l'auteur, "C'est qui ? C'est qui qui dit moi ? Huhu, je veux le savoir", http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=1, page consultée le 26/12/2012

(21)http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=2, page consultée le 26/12/2012

(22)LilyChoco qui explique la raison d'un retard par "Désolée pour le retard : petits problèmes avec Internet", http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=2,  page consultée le 26/12/2012

(23)LilyChoco explique "j'avais déjà écrit les 17 premiers chapitres quand j'ai posté le premier", http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=1,  page consultée le 26/12/2012

(24)http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=1, page consultée le 26/12/2012

(25)http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=1, page consultée le 26/12/2012

(26)http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=2 page consultée le 26/12/2012

(27)http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/281206-wakfu-saison-3-last-fight-world page consultée le 26/12/2012

(28)http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=2 page consultée le 26/12/2012

(29)http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=1 page consultée le 26/12/2012

(30)Eugène de Mirecourt, Fabrique de romans : maison Alexandre Dumas et compagnie [archive] : XIXe ‑ XIXe siècle : 1802-1845, Paris, Editions, 1845

(31)http://www.lefigaro.fr/livres/2009/04/09/03005-20090409ARTFIG00653-maurice-druon-un-seigneur-des-lettres-.php, page consultée le 27 mars 2013

(32)Un exemple de best-seller non rédigé par l'auteur pourtant mis en avant sur le livre, Ocean's songs de Kersauson : http://www.lalettrine.com/article-kersauson-n-a-pas-ecrit-ocean-s-songs-retour-sur-un-best-seller-45726327.html, page consulté ele 27/03/2013

(33)Les Mystères de Paris. Eugène Sue et ses lecteurs, Paris, L'Harmattan, 1998

(34)http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/89249-wakfu-passe-evangelyne?page=2 page consultée le 26/12/2012

(35)Dictionnaire abrégé du surréalisme, Paul Eluard et André Breton, José Corti, août 1989

(36)http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/281376-fanfiction-seulement-deux-petit-casting page consultée le 26/12/2012

(37)http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/272026-black-moon-legendes-rp-multi?page=1 page consultée le 26/12/2012

(38)http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/282674-end-beginning-duo-lms page consultée le 26/12/2012

(39)http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/282414-casting-petite-fanfiction-humoristique-tente page consultée le 26/12/2012

(40)http://www.wakfu.com/fr/forum/81-fan-fictions/282294-appel-collaboration page consultée le 26/12/2012

(41)http://www.wakfu.com/fr/forum/30-fan-arts/42768-eh-bien-existe-cadavre-exquis-wakfu page consultée le 26/12/2012page consultée le 26/12/2012

 

L'article d'origine : http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=264:reflexions-journal-dun-memoire-ii-b-le-statut-de-lauteur-et-les-processus-decriture&catid=35:reflexions&Itemid=29

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Réflexions

II) A) La transfictionnalité en littérature


Après avoir constaté plusieurs analogies entre la littérature traditionnelle et les fictions de fans, via une étude comparée entre différents textes à propos de divers points comme les genres littéraires, la question de la littérarité n'est pas pleinement résolue.

En effet, comparer des fictions est une chose, comparer leurs spécificités en est une autre. Ce qui singularise les écrits de fans, comme les fanfictions, c'est qu'il s'agit de fictions empruntant les personnages et l'univers à une oeuvre déjà existante. Les écrits de fans ne font qu'utiliser un matériau créé par d'autres. C'est ce que font perpétuellement les fans de Wakfu lorsqu'ils imaginent des nouvelles ou romans. Ils vont réutiliser des personnages du dessin animé comme Adamaï ou des classes de personnages du jeu tels les Sacrieurs pour les plonger dans de nouvelles histoires. Cette singularité trouve-t-elle un écho dans la littérature traditionnelle ou est-elle le signe d'un dépassement ?

Adamai (personnage du dessin animé Wakfu)

 

Il existe un phénomène au sein de la littérature traditionnelle que l'on nomme la transfictionnalité. Le spécialiste francophone sur cette question, Richard Saint-Gelais, en donne une définition très précise (1). Une oeuvre transfictionnelle ne se contente pas de citer des personnages d'une autre fiction, comme Emma Bovary évoquant les personnages de Paul et Virginie de Bernard de  Saint-Pierre, elle les fait vivre, agir en tant que personnages. Richard Saint-Gelais insiste également sur la différence entre l'intertextualité et la transfictionnalité.

Cette définition de la transfictionnalité en littérature vaut également pour les fanfiqueurs de Wakfu. Il s'agit bien de la même mécanique qui est décrite. La seule différence qui opposerait une oeuvre transfictionnelle de la littérature traditionnelle à une fiction de fan serait qualitative et reposerait alors sur un jugement d'initié (une critique littéraire donc). A ce stade, aucun élément ne permet d'objectivement dissocier les deux types de texte.

En partant d'une telle définition, et en constant une similarité, plusieurs questions se posent. Alors que les écrits de fans comme les fanfictions sont par essence transfictionnels, ce phénomène est-il courant ou marginal dans la littérature traditionnelle ? Quel statut prennent ces oeuvres ? De simples hommages ? Des continuations ? Des oeuvres indépendantes, trouvant une identité propre leur permettant de se détacher de l'oeuvre originelle qui fut inspiratrice ?

On a tendance à penser, en littérature traditionnelle, qu'une oeuvre est le fait d'un homme et que cette oeuvre ne doit supporter aucune modification en dehors de celles apportées par l'auteur d'origine. Il y a là un rapport d'exclusivité et d'achèvement qui semble admis par tous. Le Rouge et le noir est un roman de Stendhal, a un début et une fin, il semble difficile d'imaginer une suite.

L'auteur mort, l'oeuvre tombe après soixante-dix ans dans le domaine public en France. Suite à une directive européenne du 29 octobre 1993, l'ensemble des pays adhérant à l'Union Européenne ont accepté de s'aligner sur ce nombre d'années (2). Pourtant, malgré cette libération au niveau du droit, le rapport à une fiction du passé semble, a priori, toujours plus patrimonial que vivant. On réédite les oeuvres, on les traduit. On mène, en somme, un travail de communication pédagogique plus que de création littéraire. On ne tente pas de sortir du caractère figé de l'oeuvre, on se focalise sur la diffusion.

Pourtant, en regardant du côté des autres arts, on se rend compte à quel point ce rapport d'exclusivité entre l'auteur et sa propriété intellectuelle, et d'achèvement de l'oeuvre une fois l'auteur d'origine mort, est une tendance propre à la littérature. En effet, en musique on ne sera pas aussi restrictif dans l'usage de l'oeuvre d'un autre. La musique classique est l'exemple le plus criant. Les grands compositeurs comme Bach, Beethoven ou Mozart sont joués dans de multiples festivals locaux, enregistrés régulièrement par de nouveaux compositeurs. Il y a dans ce processus à la fois un hommage, l'envie de faire perdurer et connaître de grandes oeuvres à un nouveau public mais également un travail de création pur car toute interprétation est une création (par le choix des instruments, de l'acoustique pour l'enregistrement ou la prestation, etc.).

Au-delà de la musique classique, tout en restant dans le domaine de la musique, on retrouve ce passage aisé d'une propriété intellectuelle d'un artiste à un autre dans la variété française ou le rock. De nombreux artistes n'hésitent pas à s'accaparer la chanson d'un autre pour l'interpréter ou plutôt la ré-interpréter. Des émissions comme La Nouvelle Star (3) reposent sur ce principe, ou des albums hommages du type Putain de toi (hommage à Brassens) (4).

Putain de toi(Album hommage à Brassens)

Reprendre n'est pas abolir le lien qui existe entre une oeuvre et un artiste, au contraire on souligne le propriétaire de l'oeuvre. La création personnelle se niche alors dans la réorchestration, l'interprétation vocale. Pour reprendre l'exemple d'un chanteur français comme Brassens, le texte demeure mais l'enrobage lui changera.

Il est impossible pour la littérature traditionnelle de rentrer dans une telle dissociation. La littérature est un média exclusivement textuel. On ne peut donc pas jouer sur des décalages (vocaux,  instrumentaux). En ne se fondant que sur le texte, une oeuvre utilisant le phénomène de la transfictionnalité devra donc se contenter de produire un nouveau récit tout en maintenant un nombre suffisant de liens avec l'oeuvre originelle (style, ambiance, personnage, univers). Toute la difficulté revient donc à user d'un canal précis et unique, le texte, tout en conservant (pour que l'oeuvre relève bien de la transfictionnalité et qu'il ne s'agisse pas d'une oeuvre autre, coupée du récit inspirateur) et en innovant suffisamment (pour ne pas être dans la copie). C'est cet équilibre complexe du respect et de l'innovation qui semble délicat en littérature, plus que pour la musique par exemple.

Pourtant, certains arts avec une base textuelle, comme la bande dessinée, proposent plusieurs cas de continuations d'une oeuvre via différents auteurs. Des séries comme Spirou et Fantasio reposent totalement sur le principe de la transfictionnalité. A chaque fois, on utilise les mêmes personnages, Spirou et Fantasio entres autres, pour leur faire vivre de nouvelles aventures. La série, née en 1938, est passée par plusieurs mains. De Rob-Vel, le créateur, à Franquin jusqu'à récemment Yoann et Vehlmann. Ce qui est intéressant à noter ici c'est que la dissociation entre la propriété intellectuelle et l'auteur originel est total. Il n'importe plus de garder cette filiation, comme le fait que Le Rouge et le noir est un récit de Stendhal, mais de faire vivre un personnage comme si ce dernier était un être plausible d'un monde possible.

Spirou et Fantasio

Seulement, la littérature traditionnelle n'est pas la bande dessinée et, une fois encore, repose sur un média restrictif : le texte contre le texte et l'image. Si l'on devait mener à bien cette étude de la transfictionnalité dans la littérature traditionnelle afin de répondre aux questions posées plus haut, il conviendrait de commencer à partir de l'Antiquité, pierre angulaire de la création littéraire.

Les oeuvres de l'Antiquité datent de plusieurs siècles et comptent parmi les traces les plus anciennes de la littérature occidentale. OEuvres fictionnelles, ou non, elles ne cessèrent d'influencer à travers le temps bien des auteurs. Sophie Rabau explore justement à ce sujet la figure d'Homère dans son livre Quinze (brèves) rencontres avec Homère (5).

Pour ne pas se perdre dans ce champ d'étude si vaste, il convient de restreindre notre observation. Il serait vain d'étudier la littérature antique dans sa globalité, on se focalisera donc sur le théâtre. Plus particulièrement, sur les tragédies de la Grèce antique (les récits et plus précisément les personnages centraux mis en scène), des grands auteurs comme Eschyle, Sophocle ou Euripide. On se contentera d'étudier les continuations de ces pièces dans le domaine du théâtre. Pour le cadre spatio-temporel, on se limitera au théâtre français, du XVIIème au Xxème sicèle.

En analysant ce corpus, on constate que plusieurs des créations antiques ont traversé les siècles. Voici une rapide formalisation :


•    Antigone (Henry Bauchau (6), Jean Cocteau (7), Jean Anouilh (8))
•    OEdipe (Pierre Corneille (9), Voltaire (10), André Gide (11), Jean Cocteau (12))
•    Alceste (Marguerite Yourcenar (13))
•    Médée (Pierre Corneille (14), Anouilh (15), Max Rouquette (16))
•    Andromaque (Jean Racine (17))
•    Orphée (Pierre Corneille (18), Jean Cocteau (19), Jean Anouilh (20))
•    Electre (Jean Giraudoux (21), Marguerite Yourcenar (22))

Antigone, de Jean Anouilh

Comme on peut le voir, le théâtre du XXème siècle fut particulièrement prolifique dans cette réutilisation des types. Des dramaturges comme Cocteau ou Anouilh s'emparèrent de personnages de l'Antiquité pour proposer de nouvelles versions. Mais comment fait-on pour créer sans copier ? Comment peut-on insuffler une originalité créative sans dénaturer l'oeuvre d'origine ?

Prenons le cas d'Antigone. La pièce de Sophocle a connu trois grandes réécritures au cours du XXème siècle. Jean Anouilh écrit son Antigone pour répondre à l'occupation allemande durant la IIème guerre mondiale (23). Il utilise ses mots mais s'empare de ce type, cette figure du refus (dans la pièce de Sophocle, Antigone s'oppose à l'ordre de Créon et va recouvrir le corps de son frère, Polynice, banni et conspué, de terre), pour en faire une caisse de résonance par rapport à l'actualité de l'époque.

Dans ce cas-ci, c'est le contexte qui change et qui apporte donc un éclairage nouveau au type Antigone. On peut noter également des différences de fond comme le fait, pour Anouilh de ne pas insister sur l'aspect religieux ou de faire de Créon non un dictateur mais une victime de sa souveraineté.

Par ces détails, tout en gardant l'essentiel du déroulement et les types principaux, on assiste à une réactualisation dans la continuité d'une oeuvre ancienne. L'auteur réutilise des éléments de l'oeuvre passée, en la modifiant un peu, souvent pour faire écho à un contexte historique ou pour coller à une pensée théorique.

Pour l'illustration d'une théorie littéraire, on peut citer, en sortant un temps du cadre français, l'Antigone de Bertold Brecht. Le dramaturge allemand, fondateur de la distanciation au théâtre, a justement choisi d'écrire son Antigone car la pièce étant historiquement très lointaine elle pouvait créer l'effet de distanciation recherché par Brecht. Le but pour l'homme de théâtre était de créer une analogie entre la situation d'Antigone et la chute du IIIème Reich. Brecht modifiera lui aussi des éléments de la pièce de Sophocle comme l'ajout d'un avant-propos situé pendant la guerre 39-45 ou une nouvelle fin montrant Thèbes écrasée par les forces militaires d'Argos.

Antigone, de Bertold Brecht

A côté de ces oeuvres réécrites faisant écho à une théorie littéraire ou un contexte historique précis, on retrouve également avec ces types antiques des actualisations pures. Le message diffusé par la pièce d'origine est jugé encore valable, les pièces parlent d'amour, de relations humaines, seulement ce contexte de Thèbes, et ces relations entre rois et reines, peut sembler lointain pour le public du XXème siècle. C'est ainsi que l'on observe plusieurs recontextualisations de ces oeuvres antiques. On peut citer par exemple Eurydice d'Anouilh où l'histoire se déroule à l'époque moderne (XXème) puisqu'on y trouve des bus, des hôtels ou des gares. Autre exemple, toujours chez Anouilh, avec Médée où le dramaturge installe Médée dans une roulotte.

La transfictionnalité en littérature se réduit-elle à cette seule modernisation ? Un auteur réutilisant un type antique le fait-il forcément pour le rendre moderne ou proche de ses aspirations ? Cette réutilisation de types antiques montre clairement l'intemporalité des écrits antiques. Au fond, Antigone sera toujours une figure du refus et de la protection de la famille face à la loi, Polynice dans Electre sera toujours une figure de la vengeance. La force des écrits antiques est qu'ils incarnent des types et que ces types parlent de l'humain, d'une telle manière que les vices et vertus décrits sont intemporels. Comme ce sera le cas pour les écrits moralistes du XVIIème siècle (Tartuffe de Molière, Les Caractères de La Bruyère, Maximes de La Rochefoucault).

Ce qui intéresse les dramaturges du XXème siècle comme Jean Anouilh est l'intemporalité du message des textes antiques. Seulement, cette vision correspond-t-elle encore aux exemples de transfictionnalité se basant sur des textes plus contemporains. Pourquoi faire une suite à Madame Bovary ? Les Misérables ? Don Quichotte ? Autant en emporte le vent ? Orgueil et préjugés ?

Ce qui est intéressant en observant de près ces suites constatées dans le champ littéraire, c'est tout d'abord que la réception critique n'est pas toujours positive. Alors que les dramaturges du XXème siècle ne connurent pas de levers de boucliers pour leur réutilisation de types antiques, on note que lorsque la transfictionnalité s'attarde sur des oeuvres plus récentes, la réception critique est parfois mitigée voire hostile.

Tout d'abord, le problème est souvent juridique. Même si l'oeuvre d'un auteur est tombée dans le domaine public, il n'en demeure pas moins que le romancier qui décide de s'emparer d'une oeuvre ancienne pour la poursuivre, la compléter, peut s'exposer aux descendants du romancier inspirateur. Le droit moral reste lui permanent et il est possible pour tout descendant légal de porter en justice l'oeuvre transfictionnelle s'il juge que cette dernière n'est pas conforme à l'oeuvre originel.

Certains cas illustrent les divergences dans la réception critique d'oeuvres transfictionnelles par les descendants du romancier d'origine. Par exemple, le roman Scarlett d'Alexandra Ripley fut répudié par les héritiers de Margaret Mitchell alors que le livre Le Clan Rhett Butler de Donald Craig fut lui approuvé par ces mêmes héritiers (24).

C'est probablement un des éléments expliquant la frilosité de certains romanciers à poursuivre une oeuvre ancienne par la voie de la transfictionnalité. La peur du procès est plausible si le romancier inspirateur est mort plus ou moins récemment et si des héritiers sont encore vivants et reconnus. Les héritiers peuvent craindre un manque à gagner ainsi qu'une atteinte à l'oeuvre originelle. Ce fut le cas avec une suite des Misérables de Victor Hugo qui provoqua un long procès en France (25). On ne trouve pas ce même problème pour des ouvrages antiques comme les pièces de Sophocle.

De même, on peut imaginer une crainte d'un auteur à reprendre une oeuvre ancienne de peur de perdre sa personnalité, de se faire éreinter par une communauté de fans ou de s'attaquer à plus grand que soi (la paralysie face au géant littéraire).

Plus intéressant encore, on remarque que les suites ou préquelles (récit se situant avant l'histoire inspiratrice), deux modes de la transfictionnalité, se déroulent en grande partie au niveau de la littérature anglophone. On recense peu de cas dans la littérature française, si l'on se focalise sur la production romanesque des dix dernières années, alors que pour la littérature américaine et anglaise, ce jeu entre l'ancien et le nouveau est plus courant et pose moins de problèmes judiciaires et de réception critique. Évoquons quelques cas dans l'univers du roman, de 2000 à aujourd'hui, relevant de la transfictionnalité.

Citons par exemple Pride and Prejudice and Zombies de Seth Grahame-Smith ou La Mort s'invite à Pemberley de P.D. James (tous les deux se basant sur Orgueil et préjugés de Jane Austen). Le premier est une variation de genre du roman de Jane Austen (version horrifique et fantastique), le second est une suite criminelle, un roman policier. The House of Silk de Anthony Horowitz, une suite de Sherlock Holmes qui reçut la permission des descendants de Conan Doyle (plus précisément de la Conan Doyle Estate, société gérant les droits relatifs à la série Sherlock Holmes (26)), Peter and the Starcatchers de Dave Barry et Ridley Pearson qui propose une préquelle au Peter Pan de J.M. Barrie, Gertrude and Claudius de John Updie qui est une préquelle au Hamlet de Shakespeare ou encore Wicked de Gregory Maguire qui est là encore une préquelle à The Wizard of Oz de Frank Baum.


Quelles premières conclusions peut-on énoncer ? On ne peut pas dire que la littérature traditionnelle n'est pas adepte de transfictionnalité. En dehors des types antiques qui voyagent à travers les siècles, on observe également plusieurs cas de préquelles ou suites, qui restent néanmoins minoritaires par rapport au total de la production littéraire. De plus, la plupart de ces cas relevant de la transfictionnalité sont le fait d'auteurs anglais ou américains. On peut même ajouter que de nombreux auteurs sont connus et reconnus par la critique littéraire moderne, comme John Updike ou P.D. James. Il ne s'agit pas d'auteurs de seconde main mais bien de romanciers réputés se prêtant un temps au jeu de la suite ou de la préquelle.

Même si l'on peut comprendre le faible nombre d'oeuvres relevant de la transfictionnalité dans le champ de la littérature traditionnelle, il est plus complexe de comprendre cette différence entre la littérature francophone et anglophone. Cet écart tient-il à un rapport différent aux livres, aux auteurs ? Une telle question mériterait une étude à part entière.

Pour des oeuvres romanesques récentes, on observe donc diverses formes de transfictionnalité que l'on peut tenter de formaliser ainsi :
•    La préquelle (imaginer un avant à l'oeuvre originelle) (Ex : Peter and the Starcatchers de Dave Barry et Ridley Pearson, préquelle de Peter Pan)
•    Une suite (Ex : La Mort s'invite à Pemberley de P.D. James, suite d'Orgueil et préjugés de Jane Austen)
•    Une variation de genre (réécrire le roman inspirateur en le transposant dans un autre genre ou sous-genre littéraire) (Ex : Pride and Prejudice and Zombies de Seth Grahame-Smith, version horrifique de Orgueil et préjugés de Jane Austen)
•    Imaginer un terme à ce qui n'en a pas (Ex : les tentatives pour finir The Mystery of Edwin Drood, le roman inachevé de Dickens).
•    Réécriture de l'intrigue originel (Ex : Emma, oh ! Emma ! de Cellard où Emma Bovary ne se suicide pas à la fin).

La transfictionnalité prend diverses formes, touche différemment les littératures traditionnelles, ou autrement dit « institutionnelles », de tous les pays et provoquent diverses réceptions critiques. Ainsi, la transfictionnalité, qui semble bien être la spécificité même des écrits de fans, comme les fanfictions de Wakfu,  existe autant pour la paralittérature que la littérature institutionnelle. Malgré des modes de transfictionnalité, on observe toujours un jeu sur une propriété intellectuelle. Un auteur décide qu'on ne peut laisser en l'état tel récit car ce dernier est tellement riche qu'il ne peut se réduire à un roman. Les caractères sont si fascinants qu'ils nécessitent des prolongements comme des préquelles ou des suites.

Ce fil rouge qui semble traverser les types de transfictionnalité, un récit si riche qui nécessite d'y revenir, fait écho à une vision éclatée de la fiction. La fiction n'est pas seulement un récit cloisonné à un livre mais un monde imaginaire que l'on explore un temps via un livre. Autrement dit pour paraphraser une théorie littéraire résumant cette manière de penser, il s'agit là d'un « monde possible ».

La théorie littéraire des mondes possibles, que l'on appelle pour commencer de manière générique mais qu'on affinera par la suite, semble la théorie la plus pertinente pour expliquer la transfictionnalité. Un concept que l'on retrouve autant en littérature traditionnelle que dans des oeuvres protéiformes, s'étendant sur différents médias, comme Wakfu et ses fictions de fans.

Ainsi, la transfictionnalité observée au début de ce chapitre semble s'inclure dans une dynamique théorique plus vaste. Dans l'ouvrage collectif La Théorie littéraire des mondes possibles, dirigée par Françoise Lavocat, Richard Saint-Gelais évoque ce principe des mondes possibles dans son article « Le monde des théories possibles : observations sur les théories autochtones de la fiction » (27).

A l'origine, la théorie des mondes possibles provient du domaine scientifique. C'est pour cela que l'on parle de « la théorie littéraire des mondes possibles ». Dans la troisième partie de son livre La Théodicée, Leibniz évoque le rêve de Théodore, prêtre de Delphes. Ce dernier affirme que les mondes possibles sont les chambres-bibliothèques d'une pyramide infinie qui contient les variantes de la vie de Sextus Tarquinus s'il avait choisi d'écouter le conseil de Jupiter de renoncer au trône.

A travers cette histoire, l'auteur veut nous dire, comme on peut le lire dans le chapitre I, « Les genres de la fiction - Etat des lieux et propositions » de Françoise Lavocat, de l'ouvrage collectif La Théorie littéraire des mondes possibles : « cette séduisante fiction corrobore l'intuition commune selon laquelle le monde aurait pu être différent, à des degrés variables, de ce qu'il est, qu'un petit événement aurait pu changer les cours des choses » (28)

Des cas de romans jouant la carte de la transfictionnalité, variante horrifique ou réécriture divergente par exemple, rentrent pleinement dans une telle définition. A ce stade, on ne note aucune réelle différence entre les fictions de fans de Wakfu et la transfictionnalité d'oeuvres littéraires. Les fictions de fans s'inscrivent dans un univers et telles les variantes de la vie de Sextus Tarquinus proposent des variations.

La divergence entre ces deux ensembles d'écrits tient aux médias, au sens de support, employés et inspirateurs. Wakfu est une création pluri-médiatique, ou création transmédia si l'on devait regarder du côté d'Henry Jenkins (plus précisément le transmedia storytelling (29)), là où les oeuvres littéraires évoqués précédemment sont, bien entendu, le simple fait de la littérature donc du canal texte.

Une oeuvre littéraire qui se veut une suite d'un classique par un autre auteur demeure dans le système clos de la littérature. Il s'agit d'un roman poursuivant un autre roman. La source d'inspiration sera toujours littéraire et le résultat le sera tout autant.

Cette cohérence et linéarité dans l'échange n'est plus aussi évidente dans le cas des écrits de fans de Wakfu. En effet, les fanfictions et autres formes de fictions amateurs peuvent prendre pour base autant le jeu vidéo que les bandes dessinées ou le dessin animé d'Ankama. Les sources d'inspiration sont variées, plus variées que pour la transfictionnalité littéraire.

Seulement, en dépit de cette divergence de support, il est toujours question de s'inscrire par une fiction dans un univers imaginaire. L'exploration du monde possible sera différente à chaque fois car d'une exploration sonore, graphique et interactive, on passe pour le cas de la littérature à une exploration essentiellement textuelle.

Pour le cas de créations transmédia, comme Wakfu, la question de la littérarité se trouve diluée dans une série d'autres interrogations. Le texte n'est plus clos sur lui-même, vu comme une finalité mais bien comme un moyen. Un moyen d'expliquer, d'expliciter, un monde imaginaire. La fiction littéraire qui est autosuffisante d'une certaine manière, support unique dans un système centré sur un type de création, change de statut pour le cas des fictions de fans d'une création transmédia.

Si l'on ne se focalise que sur la question de la littérarité. On se rend compte à quel point la fiction d'un fan et l'oeuvre littéraire d'un romancier professionnel, usant du procédé de la transfictionnalité, sont proches. Les points communs sont nombreux. Dans les deux cas, on explore un monde imaginaire, on s'inscrit dans un schéma de conservation et de continuité, on réutilise un matériau d'origine qui n'est pas le nôtre, etc.

Néanmoins, cette exploitation textuelle d'un monde possible reste le fait d'un auteur en littérature. Il s'agit de P.D. James, de Dave Barry et d'autres. A chaque fois, on tient lien un romancier professionnel, travaillant seul une propriété intellectuelle qui ne vient pas de lui. La littérarité des oeuvres transfictionnelles tient aussi au statut de l'auteur. Même si le procédé de la transfictionnalité n'est pas le plus commun dans les pratiques littéraires, on retrouve toujours un schéma très classique : un auteur - une propriété intellectuelle - une oeuvre qui en découle. Ce schéma classique, qui semble se retrouver dans tous les domaines de la littérature, est-il aussi pertinent et courant dans le cadre des fictions de fans ?


(1) « (la transfictionnalité) doit être distinguée de l'intertextualité, dont elle constitue un cas particulier opérant selon des mécanismes et une économie propres. L'intertextualié repose sur des relations de texte à texte, que ce soit par citation, allusion, parodie ou pastiche. La transfictionnalité, elle, suppose la mise en relation de deux ou de plusieurs textes sur la base d'une communauté fictionnelle : constituent un ensemble transfictionnel, non pas les textes qui mentionnent un personnage comme Sherlock Holmes (par exemple celui que je suis en train d'écrire), mais bien les textes où Holmes figure et agit comme personnage. Il en va de même pour les univers fictifs considérés dans leur ensemble. Un auteur qui situerait une histoire dans MiddleEarth, le monde imaginé par Tolkien dans The Lord of the Rings, créérait du coup un ensemble fictionnel dans lequel le texte de Tolkien serait rétrospectivement inclus », Saint-Gelais, Richard, La Fiction à travers l'intertexte : pour une théorie de la transfictionnalité, page 2 http://www.fabula.org/forum/colloque99/PDF/Saint-Gelais.pdf, page consultée le 20/03/2013

(2)  Directive 93/98, 29 octobre 1993, relative à l'harmonisation de la durée de protection du droit d'auteur et de certains droits voisins. En ligne : http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=CELEX:31993L0098:fr:HTML, page consultée le 20/03/2013

(3) « Nouvelle Star 2013 : revivez la reprise rock de « Gangnam Style » par Flo : http://www.metrofrance.com/culture/nouvelle-star-2013-revivez-la-reprise-rock-de-gangnam-style-par-flo/mmaw!OZsb6Nc5ps426/, page consultée le 20/03/2013

(4) Putain de toi, album collectif, http://musique.fnac.com/a1888984/Hommage-a-Georges-Brassens-Putain-de-toi-CD-album, page consultée le 20/03/2013

(5) Rabau, Sophie, Quinze (brèves) rencontres avec Homère, Paris, L'Antiquité au présent, Belin, 336 p., 2012

(6) Bauchau, Genry, Antigone, Paris, J'ai lu, 314 p.

(7) Cocteau, Jean, Antigone, Paris, Folio, Gallimad, 111 p

(8) Anouilh, Jean, Antigone, Paris, La petite vermillon, La Table Ronde, 128 p., 2008

(9) Corneille, Pierre, Théâtre III, Paris, Garnier Flammarion, 511 p., 1999

(10) Voltaire, Théâtre complet de M. de Voltaire V1, Kessinger Publishing, 422 p.

(11) Gide, André, Théâtre, Paris, Gallimard, 1942

(12) Cocteau, Jean, La Machine infernale, Paris, le Livre de Poche, 154 p., 1992

(13) Yourcenar, Marguerite, « Le Mystère d'Alceste », Théâtre II, Paris, Gallimard

(14) Corneille, Pierre, Médée,  Paris, Classico Lycée, Gallimard, 160 p., 2012

(15) Anouilh, Jean, Médée,  Paris, La petite vermillon, La Table Ronde, 91 p., 1997

(16) Rouquette, Max, Médée, Paris, Classiques et contemporains, Magnard, 158 p., 2008

(17) Racine, Jean, Andromaque, Paris, Librio Théâtre, Editions 84, 96 p., 2001

(18) Corneille, Pierre, La Toison d'or, Kindle édition

(19) Cocteau, Jean, Orphée, Paris, Librio Théâtre, J'ai lu, 94 p., 2003

(20) Anouilh, Jean, Eurydice, Paris, La petite vermillon, La Table Ronde, 176 p., 2012

(21) Giraudoux, Jean, Electre, Paris, Petits classiques, Larousse, 286 p., 2008

(22) Yourcenar, Marguerite, « Electre ou la chute des masques», Théâtre II, Paris, Gallimard

(23) « L'Antigone de Sophocle, lue et relue, et que je connaissais par coeur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi pendant la guerre, le jour des petites affiches rouges1. Je l'ai réécrite à ma façon, avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre », Anouilh, Jean, 4e de couverture de la première édition, Antigone, La Table Ronde, 1946.

(24) L'express Culture, Scarlett, http://fiches.lexpress.fr/livre/scarlett_426069, page consultée le 21/03/2013

(25) « Suite et fin de l'affaire des Misérables - Cour d'appel de Paris du 19 décembre 2008 », http://www.sacd.fr/Suite-et-fin-de-l-affaire-des-Miserables-Cour-d-appel-de-Paris-du-19-decembre-2008.1188.0.html, page consultée le 21/03/2013

(26) « Le roman d'Horowtiz est la première suite de Sherlock Holmes a avoir été écrit avec l'accord de la « Conan Doyle estate », « Horowitz's novel is the first Sherlock Holmes addition to have been written with the endorsement of the Conan Doyle estate », Sansom, Ian, The House of Silk by Anthony Horowitz - review, http://www.guardian.co.uk/books/2011/oct/27/house-silk-anthony-horowitz-sherlock-holmes, page consultée le 19/03/2013

(27) « Postuler que les textes de fiction renvoient à des mondes possibles, c'est en effet admettre que le principe d'une corrélation entre texte et hors-texte, mais préciser aussitôt que ce hors-texte, loin de se confondre avec la réalité empirique, est en fait une construction abstraite dont le fonctionnement interne est largement tributaire du texte », Saint-Gelais, Richard, « Le monde des théories possibles : observations sur les théories autochtones de la fiction », La Théorie littéraire des mondes possibles¸ Paris, CNRS Edition, p.102

(28) Lavocat, Françoise, « Les genres de la fiction - Etat des lieux et propositions », La théorie littéraire des mondes possibles, Paris CNRS éditions, p.15

(29) Gallarino, Aurore, « Henry Jenkins explique sa vision du transmedia et de l'engagement des publics », http://www.transmedialab.org/autre/henry-jenkins-explique-sa-vision-du-transmedia-et-de-lengagement-des-publics/, page consultée le 21/03/2013

 

 

Article d'origine : http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=263:reflexions-journal-dun-memoire-ii-a-la-transfictionnalite-en-litterature&catid=35:reflexions&Itemid=29

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Réflexions

Le plan du mémoire a changé à de multiples reprises, il prend peu à peu sa forme définitive. Je vous offre donc un rapide billet vous livrant l'état actuel du squelette.

La première grande partie du mémoire se focalisera sur une étude comparée de textes, de la littérature traditionnelle et des fictions de fans. En cherchant à analyser la littérarité des fictions de fans, les différentes sous-parties exploreront divers points relevant de la littérature traditionnelle (genres littéraires, modes d'écriture...).

 

 

 

•    A) Formes des fanfictions et écrits de fans (formes des fictions relèvent-elles de modèles littéraires classiques ?)
•    B) Genres littéraires (les écrits de fans s'inscrivent-ils dans une démarche de réutilisation de genres littéraires, d'hybridation ou d'invention ?)
•    C) Pratiques littéraires au sein de Wakfu (les fictions de fans qui émergent dans le jeu Wakfu, et non plus sur le forum officiel, font-elles écho à des pratiques littéraires anciennes comme le théâtre, la causerie des salons...?)
•    D) Portrait/sondage du fanfiqueur par rapport à la littérature (conclusions d'un sondage cherchant à comprendre le rapport du fanfiqueur à la littérature : lit-il beaucoup, que lit-il ?)

La seconde grande partie va s'axer sur la notion de transfictionnalité. En effet, en cherchant à analyser la littérarité des fictions de fans, on ne peut s'empêcher d'affiner l'approche de ces textes. Après une prise en compte générale, I), il faut reconnaître que les écrits de fans comme les fanfictions se caractérisent par la transfictionnalité (réutilisation de la propriété intellectuelle d'un auteur par un autre auteur). Cette spécificité relève-t-elle également de la littérature ou non ?

•    A) Transfictionnalité dans la littérature (Ce phénomène est-il d'ampleur dans la littérature traditionnelle ? Sous quelles formes se manifeste-t-il ? Quelles sont les réceptions critiques ?)
•    B) Cas moderne de transfictionnalité : la novélisation (Après une étude de la transfictionnalité via des exemples relativement anciens, tragédies antiques réécrites au XXème siècle avec par exemple Jean Anouilh et son Antigone, observons plus précisément un cas moderne de transfictionnalité qui se veut populaire et inclut les jeux vidéo : la novélisation. Quelle popularité ? Formes ? Réception critique ?)
•    C) Similitudes et dépassements de la transfictionnalité entre la littérature traditionnelle et les écrits de fans (j'aborde là aussi les modes d'écriture, écriture collective, solitaire etc., tout en distinguant les modes d'écriture et les écrits, parfois solitaires, jouant sur la transfictionnalité. Il s'agit d'observer en quoi le phénomène étudié de la transfictionnalité dans la littérature traditionnelle et la novélisation est similaire et différent de ce que l'on constate avec les fictions de fans.)

La troisième grande partie parlera surtout de la légitimation des écrits (en littérature traditionnelle et pour les écrits de fans) et de la dilatation du champ littéraire.

•    A) Légitimation de l'écrit en littérature traditionnelle et pour écrits de fans (j'aborde là, entres autres, la question du mode de diffusion qui est liée à cette thématique de la légitimation de l'écrit. Il s'agit d'observer en comment les écrits de fans modifient le principe de légitimation littéraire classique, un auteur édité par un éditeur).
•    B) Jonction littérature/écrits de fans, dilatation de l'espace littéraire (suite logique de la sous-partie précédente, il s'agit là d'observer les influences des écrits de fans sur la littérature traditionnelle. D'analyser comment les écrits de fans participent à une dilatation du champ littéraire plus qu'à une segmentation nette et franche).

 

Article d'origine : http://levelfive.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=262:reflexions-journal-dun-memoire-squelette-de-memoire-qui-saffine-encore&catid=35:reflexions&Itemid=29

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Édito

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