La narration dans le jeu vidéo

La narration dans le jeu vidéo

Par Leon9000 Blog créé le 15/09/11 Mis à jour le 03/02/15 à 18h43

Bienvenue sur ce blog explorant le vaste monde de l'écriture interactive. Dans mes articles, je me focaliserais principalement sur la narration et l'émotion véhiculées par les œuvres présentées, qu'elles proviennent du cinéma, des jeux vidéos ou d'autres médias. Je vous souhaite une bonne visite!

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Catégorie : Cinéma

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Cinéma (Cinéma)

  Derrière son apparence naïve et attendrissante, le Hobbit est pourtant le fruit d'un perpétuel paradoxe. Un paradoxe déjà ancré dès sa fabrication où entre le tournage maintes fois reporté, le désistement inattendu de Guillermo Del Toro et le retour inespéré de Peter Jackson, le projet semblait déjà de ne plus savoir sur quel pied danser. Un paradoxe considérablement aggravé avec la décision tardive de scinder cette adaptation cinématographique en trois parties, affirmant en parallèle la volonté d'offrir une fresque épique digne du Seigneur des Anneaux quitte à dénaturer la portée intimiste du conte initial. Et un paradoxe définitivement ancré dans l’½uvre finale, témoignant pourtant d'une affection toujours sincère envers ses personnages mais diluant avec une telle démesure le récit initial de Tolkien qu'il parvient à lui faire perdre son essence.

 

  Ce troisième opus ne fera malheureusement pas exception et témoigne du même contraste permanent tant en terme d'écriture que de fabrication visuelle dont seule votre potentielle affection pour le cinéma de Peter Jackson pourra vous permettre de l'outrepasser. Récit bien trop court pour être transposé en trois films distincts, l'émouvant conte initiatique du Hobbit se voit à nouveau confronté à une surcharge de nouveaux protagonistes et d'enjeux dramatiques, censés apporter de la densité à l’½uvre originelle. Si comme dans les précédents volets, ces apports ne sont pas tous condamnables dans leur exécution, ils provoquent malheureusement un effet pervers dans leur adaptation de Tolkien : celle d'omettre complètement que l'impact émotionnel du roman provenait du point de vue intimiste de Bilbon, personnage fragile et apeuré perdu dans l'immensité du monde.

  Et un éparpillement narratif qui trouve dans cet ultime chapitre son paroxysme en commettant l'irréparable pour les fans du roman: faire de Bilbon un personnage secondaire de l'histoire. Figure bien fragile au milieu des armées démesurées qui s'entrechoquent autour de lui, le Hobbit est hélas délaissé par Peter Jackson qui ne juge pas primordial de jouer sur le contraste attachant de ce petit être évoluant courageusement dans une guerre apocalyptique pour lui privilégier les figures guerrières qui dominent sur le champ de bataille. Un peu comme si le Seigneur des Anneaux avait focalisé son attention sur Aragorn en oubliant que le c½ur de son récit était le périple désespéré de Frodon et Sam.

  Ces multiples personnages qui volent la vedette à Bilbon ne sont pourtant pas inintéressants au demeurant et bénéficient d'un développement personnel qui leur confère une originalité voir un caractère attachant dans le meilleur des cas. Mais le problème de Bilbon s'applique également à eux aussi, le film alterne tellement de points de vues différents que les héros n'ont jamais le temps d'exister réellement à tel point qu'il est difficile de déterminer quels sont les rôles véritablement importants dans le récit (et ceux vraiment empathiques pour le spectateur), à l'exception du toujours incroyable Gandalf qui semble incarner le seul lien consistant dans toute cette confusion narrative.

  Quant au fameux découpage du récit en trois films, son erreur n'a jamais été aussi explicite qu'à présent. L'incompréhensible cliffhanger grossier du second volet était déjà une aberration en soit mais l'introduction de ce troisième film ne parvient pas à adoucir ce jugement tant elle avait davantage sa place en conclusion du deuxième opus. Un constat d'autant plus frustrant que son exécution visuelle est superbe mais comme de nombreuses autres scènes du film, c'est son placement narratif qui la dénature. Enfin la fameuse Bataille des Cinq Armées, qui donne son titre au film, souffre de la même confusion structurelle, débutant de manière formidablement épique elle suit un décrescendo constant au lieu du crescendo attendu pour s'achever de manière moins épique que son commencement, étant ainsi loin de rivaliser avec la tension maitrisée du Gouffre de Helm.

  Un perpétuel contraste narratif qui trouve logiquement écho dans la construction visuelle du film. D'un côté, Richard Taylor et son équipe parviennent à offrir une nouvelle fois un pur émerveillement d'Heroic Fantasy dont certains designs influenceront certainement les futurs choix de customisation des joueurs de RPG Occidentaux. Mais comme d'habitude avec Weta Digital, le revers de la médaille s'illustre dans l'inégalité des effets spéciaux où les principales créatures impressionnantes sont accompagnées de sbires bien plus médiocres sur le plan visuel, inégalité évidemment renforcée par la surenchère numérique du Hobbit, déjà largement décriée depuis le premier volet.

  Et qu’en est-il de ce brave Peter Jackson dans tout ça ?

  L’un des grands rois du blockbuster de cette génération voit également son trône vaciller tant sa mise en scène se retrouve légitimement en panne d’inspiration après six voyages en Terre du Milieu. D’une part, le cinéaste témoigne toujours d’une générosité décomplexée et d’une folle inventivité dans ses cadres aériens improbables et ses péripéties surréalistes dont il ne cesse de mettre l’accent sur leur improbabilité. Mais ce plaisir enfantin et pur du cinéma se voit lui aussi confronté à son manque de cohésion où à force d’accumuler les ralentis dramatiques et les gros plans hypnotiques, le réalisateur parvient à rendre son ½uvre indigeste.

  Bref, tout cet ensemble matérialise une sacrée confusion créative dans laquelle le spectateur ne sait jamais sur quel pied danser vis-à-vis d’un récit qui tente d’exploiter tellement de protagonistes en même temps, étire tellement d’enjeux narratifs différents pour finalement s’achever sur un dernier paradoxe en donnant le sentiment d’offrir un dénouement expéditif. Et dans un tel contexte, les nombreuses critiques adressées au Hobbit sont légitimes.

  Les fans râleront encore pendant des années sur l’abandon du projet par Guillermo Del Toro, qui aurait d’une part permis à Peter Jackson de consacrer son immense talent à des projets diversifiés où il aurait retrouvé une créativité visuelle tandis que l’ami Del Toro aurait apporter la nouvelle sensibilité dont la Terre du Milieu avait besoin pour son retour cinématographique. Le mercantile montage en trois films sera maudit encore longtemps et nul doute que des passionnés entreprendront d’offrir le montage initialement prévu en deux parties qui sera d’ailleurs intéressant à analyser. Enfin, il est hélas probable que le Hobbit sera retenu dans l’imaginaire collectif comme la GeorgesLucasition du cinéma de Peter Jackson où la surenchère numérique empiète sur l’humanité des personnages, ce chapitre final allant même jusqu’à offrir son propre Jar Jar Binks absolument insupportable.

  Mais pourtant, à titre personnel, je ne peux pas m’empêcher d’apprécier ce film.

  Peut-être qu’à l’image d’Interstellar, il s’agit d’une certaine affection par dépit vis à vis de la médiocrité généralisée des blockbusters. Ces derniers versent en effet tellement dans la facilité stylistique et le cynisme complaisant qu’il m’est difficile de ne pas apprécier un film, aussi imparfait soit-il, où la notion de divertissement n’est pas vulgarisée à des effets de mode passagers, où le récit ne met pas en place un abrutissement des personnages pour que le spectateur se moque de leur ridicule en délaissant tout potentiel dramatique. Parce qu’au milieu de ce fourmillement créatif, il subsiste malgré tout quelques éclairs de génie où l’épique démesuré n’est pas dissocié d’une émotion attendrissante, rappelant que la réputation de Peter Jackson en la matière n’était pas usurpée. Parce que même si l’ensemble structurel est chaotique, plusieurs scènes individuelles laissent un agréable souvenir à l’image de cette touchante image de deux personnages, portés par de formidables acteurs, qui trouvent enfin un calme mérité après une harassante bataille.

  Alors certes, les adieux finaux du Hobbit sont loin de prétendre égaler l’émotion sincère du Seigneur des Anneaux et finalement je ne garderais une véritable affection qu’envers le premier Hobbit qui, en dépit de son manque d’originalité, était le seul à se focaliser véritablement sur les empathiques héros de son histoire plutôt que les intrigues épiques qui gravitent autour d’eux. Mais j’ai finalement fait le choix d’outrepasser tous ces défauts persistants pour me concentrer sur ses qualités réelles qui restent discernables derrière ce perpétuel paradoxe. Un choix que je pourrais difficilement vous reprocher de ne pas avoir fait.

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Cinéma (Cinéma)

  Comme je le disais en introduction des meilleurs films de Christopher Nolan, si j'ai toujours eu une certaine affection pour ce cinéaste grâce à la richesse narrative de ces films et son attachant côté vieille école dans sa fabrication cinématographique, j'ai aussi souvent été gêné par le manque d'inspiration de sa mise en scène, souvent bien peu inventive au-delà d'une classique efficacité. Le réalisateur allait presque me donner tort cette fois ci tant la première partie d'Interstellar se révèle justement à la fois intelligente et inspirée dans la réalisation comme dans l'écriture, cette dernière trouvant un parfait équilibre entre son exposition du background et la construction de son personnage principal.

  Le récit réussit à basculer subtilement le spectateur du film contemporain vers l'anticipation et contrairement à tout le reste du film, sans avoir besoin de faire des tonnes d'explications pour clarifier la situation au public, parvenant à présenter l'univers dépeint par l'intermédiaire du récit personnel du héros. Cette introduction est d'ailleurs digne d'un grand film de science-fiction tant elle parvient à synthétiser tous les degrés de lecture pour que les spectateurs puissent y intégrer leur sensibilité. Il y a le récit personnel d'un père frustré de ne pas avoir su exploiter ses compétences, son récit familial marquée par l'absence difficile de son épouse et surtout la confrontation entre son scepticisme scientifique et l'imaginaire débridée de sa fille qui se veut un miroir du cynisme actuel de l'humanité incapable de faire confiance à son imaginaire et à sa capacité d'améliorer sa condition, préférant comme le résume le héros "baisser la tête vers la poussière plutôt que lever les yeux vers les étoiles". L'ensemble étant de plus saupoudré d'une évidente dimension écologique et d'une portée symbolique qui n'est pas encore malmené par les explications rationnelles à venir. Bref, tout est concrètement réuni au départ pour faire d'Instertellar un classique de la science-fiction.

  Et ensuite ça se gâte.

  Il n'est pas nécessaire de s'attarder sur le choix de Nolan d'avoir complètement écarté la préparation des explorateurs pour leur voyage spatial, décision surprenante à première vue mais compréhensible vu la densité du récit. La véritable imperfection d'Interstellar survient rapidement après en faisant brutalement revenir l'action sur Terre au lieu de demeurer dans l'espace, instaurant une rupture désagréable dans l'immersion émotionnelle auprès de ses voyageurs interstellaires. Une erreur que le film ne cessera de renouveler faisant en permanence revenir le récit sur Terre pour mieux malmener l'implication du spectateur au sein du voyage spatial. Un procédé qui se justifie bien sûr par la volonté d'orchestrer l'intrigue autour de la relation du père et sa fille tout comme dépeindre l'agonie croissante de la Terre renvoyant ainsi à l'urgence de la mission du héros. Mais tout le concept d'un film comme Interstellar repose à mon sens sur l'implication émotionnelle du spectateur auprès de l'impossible odyssée qu'entreprend le héros: sa phobie angoissante du vide mortel qui l'entoure, sa solitude accablante loin de ses proches, ses tensions inévitables avec ses partenaires qu'il croise inlassablement, sa curiosité enfantine sur ce qui l'attend de l'autre côté de la galaxie. Autant d'éléments qu'Interstellar n'exploitera jamais à son paroxysme voir pire vulgarisera à cause de ce choix de rupture incessant comme si Nolan n'avait pas eu l'audace d'assumer concrètement son concept ou plutôt n'avait pas eu assez confiance dans la capacité du public à l'assimiler.

  Car il en découle l'autre défaut principal d'Interstellar, pour le coup bien plus familier aux détracteurs de Nolan, son insupportable tendance à rationaliser l'imaginaire et perdre un temps précieux dans des explications interminables au spectateur. Un effet particulièrement prononcé dans ce dernier film et qui provoque le double effet pervers de rendre d'une part le récit inutilement pompeux quand les personnages se sentent le besoin de rappeler en permanence à haute voix l'importance de leurs actions (alors que le récit l'a déjà très bien fait comprendre auparavant) et d'autre part de faire passer le spectateur pour un idiot incapable d'assimiler le moindre symbole métaphorique sans que des explications rationnelles ne viennent lui expliciter.

  Le comble de cette démarche absurde est certainement atteint dans la dernière partie du film, dans la droite lignée de la conclusion existentialiste de 2001 du Saint Kubrick, où alors que le récit conclut sa boucle métaphorique d'une manière formidablement touchante, le personnage principal va perdre un temps considérable à expliquer concrètement les évènements dont le spectateur est témoin plutôt que lui laisser la liberté de se l'approprier. Exactement comme si durant la Salle du Temps, l'explorateur de 2001 avait perdu son temps à clarifier la situation plutôt que laisser le spectateur s'imprégner de cette atmosphère surréaliste. Un constat accablant qui pose une interrogation inattendue:

  Nolan a t-il donc si peu confiance dans la force émotionnelle du cinéma?

  Ne sait t-il donc pas qu'une image vaut tous les mots? Que la puissance évocatrice d'un plan judicieusement choisi est supérieure à tous les discours qui pourraient le décrire? Il est tout de même temps de se poser concrètement cette question tant une partie considérable des 3h d'Interstellar est perdue en clarifications plutôt qu'enrichir la charge émotionnelle du film. Si encore le scénario était d'une finition absolue, ce procédé pompeux pourrait être plus facile à digérer mais en dépit de son exceptionnelle introduction, l'intrigue démontre aussi rapidement ses faiblesses.

  A commencer par la construction perfectible des protagonistes, le récit se focalisant tellement sur le personnage principal qu'il en éclipse totalement les autres pour lesquels le spectateur ne ressent jamais d'empathie et ne s'implique donc pas dans les nombreuses péripéties, souvent surréalistes, du voyage spatial. Et il est temps d'évoquer l'anomalie de la 5ème dimension qui s'est introduite dans l'intrigue, j'ai nommé Matt Damon. Pourtant plutôt bien introduit dans le récit et porteur d'un renouvellement narratif intéressant, le personnage est tellement bâclé et ridicule qu'il en devient incroyable d'avoir donné un rôle aussi mauvais à une star Hollywoodienne, et au demeurant un acteur qui a ma sympathie. Le pauvre n'est en plus pas aidé par une mise en scène bâclée et une direction d'acteurs perfectible qui nous ferait presque rappeler une certaine Marion Cotillard dans Dark Knight Rises. La pire demi-heure du film est clairement celle consacrée à son personnage, véritable boulet du récit, désolé Matt mais là il y a vraiment un gros soucis.

  Pour le reste, l'aspect surréaliste de nombreuses péripéties du voyage spatial n'aide pas vraiment à prendre le récit au sérieux ou à ressentir de la tension dans l’odyssée du héros (tension de surcroît malmenée par les nombreux allers retours de l'action sur Terre), je pensais que l'extincteur de Wall E dans Gravity était déjà un peu limite mais Interstellar est allé bien plus loin à ce sujet. Enfin l'insupportable Happy Ending, aussi invraisemblable que conventionnel dans son traitement, n'aide pas à calmer les réticences sur le film dans sa globalité. Car oui je me suis principalement attardé sur les nombreux défauts d'un film que j'ai au demeurant apprécié (si, si) parce que non seulement de nombreuses personnes sont déjà là pour mettre en avant ses qualités mais surtout parce que ses lacunes ternissent un film qui avait tout pour devenir un chef d'oeuvre absolu.

  Lorsque le récit rationnel n'empiète pas sur la puissance évocatrice des images, lorsque Nolan prend un minimum de temps pour se focaliser sur le récit spatial de son héros, l'immersion fonctionne, la mise en scène est juste et surtout surtout le jeu d'acteur est juste. Car c'est bien cet exceptionnel Matthew McConaughey qui parvient à outrepasser tous les défauts du film tant son interprétation, tantôt cynique, enfantine, émouvante ou ironique, est toujours bien adaptée à la scène. La meilleure séquence du film tient d'ailleurs dans un simple gros plan, la classique efficacité de Nolan, dans lequel l'acteur parvient à insuffler tellement d'émotions qu'il compense toutes les lacunes narratives du film. C'est un acteur doué, le saligaud, qui n'a clairement pas volé le buzz autour de son come-back et Nolan a comme d'habitude eu l'intelligence de savoir bien s'entourer.

  Au final, j'en reviens toujours au même constat concernant la filmographie de Nolan, celle d'apprécier surtout ces films en raison du déplorable contexte actuel des blockbusters Hollywoodiens. Il est suffisamment rare aujourd'hui qu'un film à grand budget ne rejoigne pas le bidon de lessive lobotomisé pour apprécier son ambition même si elle passe par une vulgarisation du concept et une simplification auprès du grand public. Mais dans le contexte global des odyssées spatiales, en terme de phobie oppressante Gravity faisait bien mieux, sur le sentiment oppressant de solitude Moon faisait mieux à sa manière, sur les tensions psychologiques entre les astronautes Sunshine de Danny Boyle était plus développé et sur la dimension existentialiste de ce voyage impossible 2001 peut toujours dormir en paix. Bref Interstellar n'est simplement qu'un bon film de science-fiction parmi tant d'autres là où son indéniable potentiel aurait pu l'amener à devenir un classique instantané. Et c'est tout de même dommage.

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Cinéma (Cinéma)

Réalisateur du film d'animation le plus déprimant de l'Histoire, Isao Takahata semble vouloir rappeler qu'il maitrise avec brio l'art de susciter la nostalgie et l'émotion chez le spectateur. Comme beaucoup d'autres films contemporains en cette période de crise financière et de modernisation outrancière, le récit exploite sans retenue la mélancolie de la séparation, le regret des joies simples et l’amertume face à une innocence perdue. L'attendrissement extrêmement touchant des premiers pas de l’héroïne est à la hauteur de sa tristesse adulte et il devient douloureux pour le spectateur de voir un personnage aussi débordant de vitalité glisser inexorablement vers une passivité dépressive. A tel point qu'il ne semble pas pouvoir se passer une scène sans une nouvelle crise de sanglots, laissant planer peu de doutes sur la tonalité amère du film en dépit de sa gaieté initiale.

Ce récit initiatique n'est pourtant pas avère en rêveries idéalistes et grâce à l'ingéniosité de sa mise en scène et son exceptionnelle esthétique, l'intrigue quitte en quelques secondes l'amertume du présent pour retrouver une virtuosité incroyable. Le style visuel épuré et crayonné a surtout le mérite, au delà de son attendrissement immédiat, d'être toujours en cohésion avec les sentiments de l’héroïne devenant confus et frénétique sous l'impulsion de sa colère tout comme apaisant et onirique lors de ses instants d'innocence. Une prouesse visuelle, n'ayons pas peur des mots, qui parvient à compenser la narration hélas largement perfectible du film, accusant des conséquentes lacunes de rythme face à une adaptation laborieuse d'un conte qui se prêtait difficilement à une transposition cinématographique. Si l'humour apporte par moments une légèreté bienvenue dans la mélancolie pesante du récit, il occasionne également quelques ruptures de ton pas toujours des plus habiles.

La puissance émotionnelle du final vient toutefois balayer ses défauts pour laisser librement exprimer une émotion sincère. Preuve en est, qu'une fois le récit achevé, un enfant s'est mis à pleurer devant le générique de fin toutes les copieuses larmes que les adultes autour de lui avaient la retenue de ne pas extérioriser, se contentant d'émettre des reniflements approbatifs. Une belle fable onirique mais bien trop chargée de mélancolie pour la regarder un jour de ciel gris.

 

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Cinéma (Cinéma)

 

Et si le meilleur film d'heroic fantasy de l'année n'était pas la conclusion du Hobbit mais un film d'animation? Le premier Dragons avait crée la surprise en proposant un film d'animation dynamique, attachant et superbement réalisé sur fond de récit initiatique à en faire baver les amateurs de Joseph Campbell. Et pour le plus grand bonheur des grands (peut être moins des petits) la tendance s'est ici inversée et cette suite se présente majoritairement comme un récit initiatique sur fond de film d'animation. Ne perdant jamais de vue la construction identitaire de son émouvant héros quitte à en délaisser le dynamisme et l'humour de son récit, Dragons 2 a la volonté explicite de créer un mythe fédérateur à l'égal de Star Wars et se donne les moyens de concrétiser ses ambitions. Mariant avec brio l'intime et le spectaculaire, le film alterne des touchantes scènes personnelles aux moments de bravoures décomplexés portés par une dimension épique totalement libérée.

Paysages magnifiques à en faire rêver les amateurs de mythologie nordique, 3D vertigineuse amplifiant la virtuosité des séquences aériennes, mise en scène dynamique sans être épileptique et qui sait se montrer plus posée quand il le faut, le spectacle visuel de Dragons 2 est ébouriffant mais sait pourtant s'effacer lorsque l'humain revient au premier plan. De nombreuses qualités qui font aisément pardonner les lacunes persistantes de la série avec en premier lieu un humour pas toujours subtil (franchement lourdingue par moments) et une exploitation laborieuse des personnages secondaires à commencer par un antagoniste à la personnalité trop vite expédiée.

Il y a les sagas mercantiles qui ne cherchent qu'à exploiter leur filon commercial quitte à se dénaturer et celles dont la richesse thématique ne demande qu'à être développée à nouveau. Dragons s'impose définitivement comme la deuxième catégorie et le temps va sembler bien long avant de retrouver à nouveau Harold et son attachant dragon. Car après tout, leur monde n'a jamais été aussi vaste.

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Cinéma (Cinéma)

 

A la manière du mésestimé Guerre des Mondes de Spielberg, Godzilla prend le parti aussi audacieux que casse gueule de délaisser le gigantisme de ses créatures pour adopter le point de vue plus intimiste des pauvres humains aux pieds de ses dieux vengeurs. Originalité déjà symptomatique dans Monsters, expérimentation intéressante mais tournant rapidement à vide, Gareth Edwards s'efforce à nouveau de montrer le plus souvent possible les ravages démesurés des monstres à travers le regard des humains spectateurs quitte à frustrer par moment les attentes du public en manque d'action. Une intention louable appuyée brillamment par une mise en scène redoublant d'inventivité mais dont la portée émotionnelle se retrouve hélas rapidement limitée par un récit devenant au fur et à mesure de sa progression proprement calamiteux. Dans son incapacité croissante à gérer la multitude de ses personnages, l'intrigue n'est en effet jamais capable de reproduire sur le plan narratif la tension apocalyptique que le cinéaste s'efforce de faire apparaître sur le plan visuel. Le cadre est pourtant déjà en place avec ces magnifiques ambiances bibliques mais rien n'y fait, l'écriture patine de plus en plus et fait basculer l'action vers un spectacle convenu et formaté là où la réalisation voudrait y apporter une nouvelle sensibilité.

Entre les militaires qui ô surprise vont faire des conneries et empirer la situation, des scientifiques à l'air toujours très concerné murmurant "My God Unbelievable" et la sempiternelle blonde en danger implorant son mari de rentrer au plus vite car "tu comprends chéri je suis pas assez forte pour prendre une voiture et m'enfuir avec mon gosse même quand trois monstres géants se dirigent vers la ville" aucun cliché n'est épargné au spectateur, le tout acheminant vers un final tellement grotesque qu'on le croirait sorti du navet de Roland Emmerich. Et en parallèle de tout cela où sont les victimes sauvagement tuées dans l'affrontement des monstres? Où sont les familles déchirées, tétanisées par leur impuissance devant les catastrophes naturelles? Où est le stupéfiant amoncellement de cadavres qui était mis en avant dés le premier trailer du film? Aucun de ces éléments n'est présent dans le produit final dont l'ambition initiale semble finalement n'être qu'une vaste supercherie au profit d'un résultat bien plus traditionnel. Un constat bien amer surtout en considérant que même le décevant Pacific Rim de Guillermo Del Toro, à l'ambition pourtant plus décomplexée, parvenait davantage à montrer le chaos terrifiant de ces Kaiju à travers une scène d'enfance traumatisante.

Paradoxalement, la meilleure partie du film se retrouve ainsi être la première, celle où le monstre donnant son titre à l’½uvre y est absent, car c'est le seul moment où le récit ne vulgarise pas son propos et reste focalisé sur sa dimension humaine, à travers la relation touchante entre un fils fuyant désespérément son passé et un père ne pouvant y renoncer, le tout mené par un Bryan Cranston à nouveau brillant. Pour le reste, l'ingéniosité de la mise en scène parvient à assurer une immersion suffisamment importante pour ne pas être totalement dégouté par le récit, parvenant même à véhiculer plusieurs moments de bravoure dans son final dont une scène de parachutage à faire bander tous les cinéphiles. Mais il est toujours frustrant de voir autant de talent cinématographique gâché au service d'un produit bien trop formaté pour rendre justice au potentiel de son cinéaste. Godzilla n'est finalement rien de plus qu'un bel exercice visuel mais dont l'absence d'émotion et de consistance narrative laisse le sentiment amer d'un pétard mouillé.

Voir aussi

Jeux : 
Godzilla : Unleashed
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Cinéma (Cinéma)

 

Si le reboot des comics DC intitulé New 52 fut une réussite marketing incontestable, son accueil critique reste encore aujourd'hui en demi teinte. Certes Batman, le héros ultra populaire, eut droit à une belle invitation dans la Cour des Hiboux mais dont le mérite n'était pas de réaliser un véritable reboot du Dark Knight mais de mettre en scène une nouvelle mythologie de Gotham en retournant contre le chevalier noir la ville qu'il s'était juré de protéger. Le reboot de Justice League affichait pour sa part une réelle volonté d'émancipation mais qui s'avérait rapidement perfectible en dépit du chara-design orgasmique de Jim Lee. Le scénariste Geoff Johns faisait preuve d'initiatives intéressantes mais s’avérait rapidement dépassé par l'ampleur de la tâche de part son incapacité à développer efficacement ses super héros, d'une part sur le plan individuel mais surtout dans leur collectivité où les relations tendues entre les super héros apparaissaient fades et superficielles. Le tout baignant dans un enjeu global ultra simpliste et une agressivité excessive voulant trop explicitement rompre les stéréotypés sur le pacifisme des super héros.

Visiblement conscient de ses lacunes, le scénariste de cette adaptation animée a opéré quelques changements mineurs ne transformant pas le récit en chef d’½uvre de réflexion super héroïque mais enlevant suffisamment de lourdeurs de l'intrigue initiale pour rendre l'ensemble divertissant. Le personnage de Shazam s'intègre parfaitement au récit et ,accompagné du traitement plus enfantin et naif de Wonder Woman, apporte la touche de légèreté et d'humour qui manquait au récit originel. Les autres personnages sont privés des répliques les plus médiocres du comic et deviennent plus supportables. Si le chara design s'éloigne malheureusement beaucoup du dessin de Jim Lee, l'animation et la mise en scène font des merveilles et offrent des affrontements jouissifs et violents dans la lignée de ceux de l'animé Flashpoint. Pour le reste, il n'y a pas de bouleversement et il faudra donc faire avec une invasion extraterrestre d'une caricature absolue et d'une violence décomplexée qui pourra légitimement passer pour une trahison de l'icône de ces super héros.

Rien de bien transcendant dans l'univers des super héros mais une adaptation qui surpasse sans difficultés son modèle original en proposant un divertissement vraiment jouissif et un départ efficace pour la nouvelle série de films animés DC. Et rien que pour entendre à nouveau l'excellent comédien de Batman, c'est un plaisir qui ne se refusera pas.

PS : je vous invite également à découvrir le web comic absolument génial et touchant consacré à l'enfance des super héros DC dont cette page offre une critique pertinente du reboot New 52 : https://www.facebook.com/photo.php?fbid=252031054917527&set=a.191314654322501.42323.126319720821995&type=3&theater

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Cinéma (Cinéma)

 

Il est toujours délicat d'assister à l'achèvement d'une carrière cinématographique foisonnante encore plus lorsqu'il s'agit de l’½uvre d'un cinéaste devenue un pilier de l'imaginaire grâce à l'incroyable sentiment de pureté et d'humanité de ces créations. C'est avec un inévitable frisson nostalgique et une affection sincère que la dernière ½uvre d'un génie se dévoile à nos yeux, un homme dont le talent lui aura permis de transcender l'animation pour s'imposer comme un cinéaste majeur du septième art.

Et en dépit des louanges mérités accumulés au fil des années, Hayao Miyazaki se refuse jusqu'à son dernier film à se complaire dans la stagnation, insufflant une nouvelle vitalité à son imaginaire quitte à désorienter son public. La plus grande réussite du Vent se lève, ½uvre gorgée d'émotion pure, réside dans l'incroyable capacité du film à associer la dimension poétique et onirique de Miyazaki dans le cadre d'un récit plus réaliste et bien plus ancré dans l'Histoire Japonaise. La réussite de cette démarche est double. Sans éluder l'isolement mental du héros qu'il implique, le rêve est ici magnifié comme un carburant vital, un désir de s'accrocher à l'existence et non comme une souffrance névrotique comme cela devient trop fréquent avec cette thématique. Et surtout ce récit n'est plus une invitation vers un autre univers possible mais un rappel à notre propre humanité où les instants du quotidien retrouvent leur beauté onirique, à l'image de la plus belle scène du film ne nécessitant que deux amoureux, un avion en papier et le Vent pour faire rêver.

Mais ce procédé a également un prix, le film est le plus sobre et intimiste d'Hayao Miyazaki, entrainant ainsi un rythme lent et posé intensifiant l'identification aux personnages mais pouvant déplaire en comparaison de l'intensité habituelle de ses films. Quelques longueurs bien insignifiantes au regard de la charge émotionnelle du film. Histoire d'amour bouleversante, récit initiatique magistral, magnificence de la beauté du monde et regard amer sur les guerres humaines, le Vent se lève est tout cela à la fois et bien plus, l'ultime prodige d'un magicien dont il faudra bien des années pour saisir toute l'ampleur de sa création. Et c'est avec le c½ur serré et des larmes dans les yeux qu'il faut maintenant quitter l'imaginaire d'un homme qui, à l'image des plus grands, aura montré le meilleur de la créativité humaine.

Adieu Hayao Miyazaki, tu nous as donné bien plus que des rêves.

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Cinéma (Cinéma)

 

Albator provoque un un effet assez étrange . En dépit d'une première partie satisfaisante, le film est tellement plombé par des grossièretés narratives, l'éparpillement du récit et une mise en scène assez clichée qu'il en devient grotesque mais laisse en dépit de ces lacunes une bonne impression, malheureusement davantage de l'ordre du plaisir coupable dont les qualités te font accepter les défauts que du space opera épique auquel le film prétendait. Ses qualités sont rapidement repérables, la direction artistique est globalement excellente en dépit d'une certaine occidentalisation, plusieurs plans sont sincèrement impressionnants (notamment le premier moment où Albator prend les commandes de l'Arcadia), le rythme maitrisé et le récit très généreux en péripéties le tout enrobé dans cette dimension épique décomplexée et ce mélange des genres caractéristiques de l'imaginaire Japonais.

Pour le reste, entre le ridicule salto arrière dans la douche façon bande-mon-geek, le combat d'infirmes, l'invulnérabilité grotesque de l'Arcadia qui anéantit toute intensité dramatique, les stratagèmes bidons façon DBZ le tout servie par une mise en scène beaucoup trop convenue à grands coups de ralentis et d'iconisation super héroïque, une chose est sûre: le ridicule ne tue pas dans ce film. Et malheureusement le traitement des personnages se révèle assez calamiteux en parallèle. Certes il était très intéressant de sublimer dans la première partie l’icône d'Albator en le présentant d'un point de vue extérieur mais qu'il en devienne un personnage secondaire au profit d'un héros insipide entouré d'une galerie de personnages plus médiocres les uns que les autres, c'était l'erreur à ne pas faire .

Il s'agit principalement d'un film enthousiasmant pour le nouveau potentiel de l'animation Japonaise qu'il laisse percevoir et une possible alternative aux blockbusters traditionnels mais pour le reste c'est un spectacle aussi ridicule que divertissant, où parallèlement à sa qualité visuelle, les scénaristes apparaissent rapidement comme des escrocs. En espérant que le prochain film Saint Seiya Legend Of Sanctuary bénéficiera d'un traitement plus réfléchi.

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Cinéma (Cinéma)

 

 

  Merveille de fabrication où Alfonso Cuaron déploie un génie sidérant dans sa gestion de l'espace cinématographique, oeuvre poussant l'immersion visuelle dans ses derniers retranchements à grands renforts de plans séquences impressionnants, de caméra subjective ridiculisant les FPS vidéoludiques de ces dernières années et bien évidemment 3D vertigineuse exploitant à merveille la profondeur de champ, pas de doute : Gravity est bien la révolution technique qu'il était possible d'espérer. Une oeuvre cinématographique où, à la manière des multiples promesses de la performance capture, la caméra semble enfin libéré de toute contrainte matérielle et peut voguer librement poussée par la créativité du réalisateur sans pourtant jamais perdre la clarté de son action . Un exploit ici louable et surtout d'autant plus efficace que contrairement au Tintin de Spielberg et aux extraterrestres de James Cameron, ce sont de vrais acteurs de chair et de sang qui circulent au sein de cet océan visuel, un élément renforçant considérablement l'empathie du spectateur à leur égard et offrant un rappel bienvenu que l'humanité des acteurs ne doit pas être sous estimée au profit de la sacralisation technologique.

  Toile de fond de cette ascension visuelle, le récit de Gravity est indéniablement minimaliste mais possède une qualité considérable jouant grandement dans l'impact émotionnel de l'oeuvre : son point de vue. Refusant la facilité de multiplier les regards sur son action, malgré les possibilités innombrables que cela offrirait en terme de spectacle, l'intrigue se dévoile exclusivement à travers les yeux du protagoniste féminin. Même lorsque de nombreuses scènes tendraient naturellement à alterner le point de vue, le cinéaste se refuse à quitter d'une seconde son personnage qui sera le lien émotionnel avec le spectateur dans cet univers dénué de vie. Un choix extrêmement courageux et risqué mais qui se révèle bénéfique et renforce l'immersion sensorielle au sein de ce périple asphyxiant.

  L'audace de cette démarche permet également au film de se faire pardonner quelques facilités narratives. Contrairement à ce que son concept pourrait laisser craindre, le rythme du film n'est pas trop contemplatif mais parfois trop expéditif et aurait gagné à laisser ses personnages exprimer leur humanité entre deux péripéties renversantes, des dangers qui surviennent également de manière trop systématique et un brin ridicule. Des lacunes toutefois pas assez significatives pour briser l'émerveillement suscité par ce prodige visuel, du moins jusqu'à ce que le dénouement de cette vertigineuse initiation se mette en place et vulgarise grossièrement son propos.

  Dire que la conclusion de Gravity est en décalage avec sa démarche constitue un doux euphémisme. Alors que le film s'évertuait à conserver une dimension intimiste et humaine au sein de son foisonnement cinématographique, le dénouement cède malheureusement à la facilité et chute littéralement dans un conformisme Hollywoodien absolument aberrant. Stratagème improbable, musique grandiloquente, émotion exacerbée, inévitable valorisation du pouvoir de la foi religieuse, le film semble se décider à condenser en quelques instants les écueils qu'il avait su jusqu'à alors éviter et si la mise en scène demeure grandiose, l'action dépeinte se dénature grandement.

Mais peu importe la conclusion du voyage, l'important est le chemin parcouru. Gravity demeure ainsi une expérience sensorielle stupéfiante et s'impose comme un modèle à suivre pour les cinéastes de demain. Mais si l'audace de sa démarche et son génie cinématographique lui assurent instantanément une place dans l'Histoire de la science fiction, la maladresse de son dénouement l'empêche de devenir le chef d'oeuvre indéniable dont il avait pourtant le potentiel. Et en dépit de la sincère réussite du film, c'est franchement bien dommage.

 

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Cinéma (Cinéma)

 

   

"-Capitaine Kirk, je vous suggère de ne pas vous approcher plus de not' planète sinon vous allez y goûter !

- Et moi j'vous répond que vous avez un visage qui ressemble à un trou du cul !"

 

   A titre purement personnel, J.J Abrams a toujours fait parti des personnalités surestimées du monde des geeks. Auteur de deux séries prometteuses dont l'éloge hâtif n'a eu d'égal que leur déception sur le long terme, réalisateur du Mission Impossible le moins intéressant de la série, le cinéaste à la mode avait pourtant réussi à convaincre avec son interprétation de Star Trek, en parvenant à crédibiliser et rendre attachant un mythe de la science fiction à la réputation kitch et démodée. Évidemment les puristes de la saga pleurent encore sur l'abandon de sa dimension métaphysique et sa réflexion philosophique qui étaient parvenus à souder une communauté passionnée en dépit de son budget minimaliste tandis que les cinéphiles questionnaient à juste titre une mise en scène maladroite et une direction artistique parfois douteuse dans son abus des lens flares mais ces lacunes étaient pardonnables devant l'efficacité du spectacle présenté, principalement grâce à son excellente gestion des personnages.

 

   Usant intelligemment de son expérience des séries télévisées, JJ Abrams était parvenu à exploiter efficacement la multiplicité de ses protagonistes en parvenant non seulement à les faire exister individuellement mais également collectivement. Cette exploitation ingénieuse des personnages, alliée à un humour décomplexé et une dose d'action maitrisée, conférait ainsi au premier Star Trek un attachement immédiat donnant simplement au spectateur l'envie d'explorer les étoiles, une efficacité directe dans le divertissement que peu de blockbusters parviennent à atteindre. Toutes ses qualités sont heureusement présentes dans la majorité de sa suite intitulée Into Darkness (tout un programme). A nouveau Abrams fait évoluer intelligemment ses héros dans une continuité logique du premier opus où le réalisateur se refuse de négliger et vulgariser ces personnages, à l'exception regrettable d'une blonde insipide seulement présente pour apparaître en soutif dans la bande annonce. Ces héros, suscitant immédiatement l'affection et la sympathie du spectateur, évoluent de surcroît dans un univers beaucoup plus riche visuellement où la présence toujours dominante des lens flares s'accompagne des plus beaux paysages de science fiction vus depuis plusieurs années au cinéma.

 

Pas de blague sur Sherlock...Pas de blague sur Sherlock...Pas de blague sur Sherlock...

 

   Toutes ses qualités auraient dû être suffisantes pour assurer un nouveau spectacle immédiat, malheureusement depuis le triomphe de Christopher Nolan avec sa trilogie Batman il est de coutume pour être à la mode d'instaurer de la noirceur et de l'ambiguïté dans les blockbusters, une démarche qui peut être louable si elle est réellement maitrisée. Ce n'est hélas pas le cas de ce Star Trek Into Darkness qui tente laborieusement d'insérer une gravité supplémentaire dans son récit sans jamais parvenir à l'exploiter efficacement, finissant par nuire à la qualité de l'ensemble. Non seulement cette noirceur atténue le rythme du récit et sa dimension épique mais elle se révèle finalement assez vaine car l'intrigue n'a jamais l'audace de développer jusqu'au bout ses nuances préférant retomber dans un classicisme incohérent avec la démarche adoptée.

 

   Opérer une approche plus intimiste et ambiguë au détriment du spectaculaire avait permis à Empire Strike Back de devenir le véritable chef d'oeuvre de StarWars, la même démarche n'aura toutefois pas eu le même effet avec Star Trek le rendant inutilement prétentieux et moins divertissant, d'autant plus que l'incapacité de JJ Abrams à filmer correctement des scènes d'action devient rébarbative. Les qualités héritées du premier opus et son excellente direction artistiques font certes de ce Star Trek Into Darkness un blockbuster agréable et clairement supérieur à la moyenne, mais il n'arrive toutefois pas à susciter le même engouement que le précédent volet. Quant à ceux qui attendaient ce Star Trek Into Darkness pour apaiser leurs inquiétudes vis à vis des futurs StarWars, leurs doutes pourront légitimement subsister.

 

 

Bitch please i'm fabulous! (bientôt en version Jedi)

 

 

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Édito

Un cinéphile, un gamer qui partage depuis longtemps sa passion à travers le net et arrive maintenant sur Gameblog. Outre mes critiques traditionnelles, vous trouverez dans la rubrique "articles principaux" des écrits de réflexion, ceux m'ayant demandé le plus de temps. Dans le soucis d'accorder plus de lisibilité aux articles (étant l'essence même d'un Blog) j'ai décidé de ne poster que mes vidéotests les plus importants dans ces pages.

Les liens ci dessous vous permettront de retrouver mes autres activités sur Internet, mes vidéotests et mes anciens articles sur mon premier Blog. Je vous souhaite une bonne visite sur ce site!

 

Mes vidéotests focalisés sur la narration dans les jeux vidéos

 

 

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"Tous les films sont des rêves. Mais certains un peu plus que d'autres." David Lynch

 

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