La narration dans le jeu vidéo

La narration dans le jeu vidéo

Par Leon9000 Blog créé le 15/09/11 Mis à jour le 03/02/15 à 18h43

Bienvenue sur ce blog explorant le vaste monde de l'écriture interactive. Dans mes articles, je me focaliserais principalement sur la narration et l'émotion véhiculées par les œuvres présentées, qu'elles proviennent du cinéma, des jeux vidéos ou d'autres médias. Je vous souhaite une bonne visite!

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Cinéma (Cinéma)

 

 

  Merveille de fabrication où Alfonso Cuaron déploie un génie sidérant dans sa gestion de l'espace cinématographique, oeuvre poussant l'immersion visuelle dans ses derniers retranchements à grands renforts de plans séquences impressionnants, de caméra subjective ridiculisant les FPS vidéoludiques de ces dernières années et bien évidemment 3D vertigineuse exploitant à merveille la profondeur de champ, pas de doute : Gravity est bien la révolution technique qu'il était possible d'espérer. Une oeuvre cinématographique où, à la manière des multiples promesses de la performance capture, la caméra semble enfin libéré de toute contrainte matérielle et peut voguer librement poussée par la créativité du réalisateur sans pourtant jamais perdre la clarté de son action . Un exploit ici louable et surtout d'autant plus efficace que contrairement au Tintin de Spielberg et aux extraterrestres de James Cameron, ce sont de vrais acteurs de chair et de sang qui circulent au sein de cet océan visuel, un élément renforçant considérablement l'empathie du spectateur à leur égard et offrant un rappel bienvenu que l'humanité des acteurs ne doit pas être sous estimée au profit de la sacralisation technologique.

  Toile de fond de cette ascension visuelle, le récit de Gravity est indéniablement minimaliste mais possède une qualité considérable jouant grandement dans l'impact émotionnel de l'oeuvre : son point de vue. Refusant la facilité de multiplier les regards sur son action, malgré les possibilités innombrables que cela offrirait en terme de spectacle, l'intrigue se dévoile exclusivement à travers les yeux du protagoniste féminin. Même lorsque de nombreuses scènes tendraient naturellement à alterner le point de vue, le cinéaste se refuse à quitter d'une seconde son personnage qui sera le lien émotionnel avec le spectateur dans cet univers dénué de vie. Un choix extrêmement courageux et risqué mais qui se révèle bénéfique et renforce l'immersion sensorielle au sein de ce périple asphyxiant.

  L'audace de cette démarche permet également au film de se faire pardonner quelques facilités narratives. Contrairement à ce que son concept pourrait laisser craindre, le rythme du film n'est pas trop contemplatif mais parfois trop expéditif et aurait gagné à laisser ses personnages exprimer leur humanité entre deux péripéties renversantes, des dangers qui surviennent également de manière trop systématique et un brin ridicule. Des lacunes toutefois pas assez significatives pour briser l'émerveillement suscité par ce prodige visuel, du moins jusqu'à ce que le dénouement de cette vertigineuse initiation se mette en place et vulgarise grossièrement son propos.

  Dire que la conclusion de Gravity est en décalage avec sa démarche constitue un doux euphémisme. Alors que le film s'évertuait à conserver une dimension intimiste et humaine au sein de son foisonnement cinématographique, le dénouement cède malheureusement à la facilité et chute littéralement dans un conformisme Hollywoodien absolument aberrant. Stratagème improbable, musique grandiloquente, émotion exacerbée, inévitable valorisation du pouvoir de la foi religieuse, le film semble se décider à condenser en quelques instants les écueils qu'il avait su jusqu'à alors éviter et si la mise en scène demeure grandiose, l'action dépeinte se dénature grandement.

Mais peu importe la conclusion du voyage, l'important est le chemin parcouru. Gravity demeure ainsi une expérience sensorielle stupéfiante et s'impose comme un modèle à suivre pour les cinéastes de demain. Mais si l'audace de sa démarche et son génie cinématographique lui assurent instantanément une place dans l'Histoire de la science fiction, la maladresse de son dénouement l'empêche de devenir le chef d'oeuvre indéniable dont il avait pourtant le potentiel. Et en dépit de la sincère réussite du film, c'est franchement bien dommage.

 

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Commentaires

Leon9000
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Leon9000
A titre personnel, je ne suis pas croyant mais cela ne m'a pas empêché de beaucoup apprécier Signes de Shyamalan car il jouait habilement sur la croyance ébranlée de son héros. Ce que je n'ai pas aimé dans Gravity est la soudaineté de ce traitement, le film ne pose aucune problématique religieuse avant de l'introduire plutôt grossièrement par ce gros plan sur la carte du Christ qui découle sur une valorisation du pouvoir de la prière (je me serais bien passé de la sempiternelle réplique "je n'ai jamais prié mais hop magie"). Peut être que si cette thématique avait été au moins abordée par brides dans le reste du film, sa mise en valeur m'aurait moins gênée et paru décalée avec le reste de l’œuvre. A contrario, la scène de "la chienne" qui semble faire couler beaucoup d'encre ne m'a pas du tout gêné car il met bien en valeur l'indifférence du reste de l'humanité qui continue sa vie tranquillement malgré le désespoir de la situation de l’héroïne.

La mise en scène des scènes d'action ne me gêne pas en elle même, mais l'absence de pause entre elles beaucoup plus, le rythme presque effréné surtout dans la deuxième partie du film dénaturait un peu son ambiance intimiste. Concernant la musique j'y prêterais davantage attention dans mon deuxième visionnage mais l'espèce de musique épique à la Lord Of The Rings au dénouement m'a un peu surpris. Merci pour ton commentaire!
Take Shelter
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Take Shelter
Je suis le premier à raler devant le classicisme, la stupidité et la redondance des morales judéo chrétiennes au cinéma et notamment dans les blockbusters US de ces dernières années, mais pourtant ça m'a pas empêché d'apprécier la démarche métaphorique de Gravity, malgré son certain manque du subtilité.

Et j'ai trouvé la fin très forte(la musique puissante est là dès le début), comme elle se relève, c'est plein d'espoir, c'est humaniste, c'est certes un peu poussif mais tout ça n'est pas l'apanage de la religion, dont je n'ai pas ressenti de pression particulière, un peu comme dans Signes de Shyamalan : C'est un film sur la foi, pourtant on ne parle jamais de dieu ou de chrétienté ou autre au sens connu, la foi c'est quelque chose qu'on a en nous meme, qu'elle soit catalysée par une religion ou par un truc personnel, unique, et c'est ce que j'ai vu dans Gravity. La renaissance, redescendre sur terre, se relever, c'est pas que biblique, c'est humain.
Il n'y a pas de vraie prégnance de la religion dans le film, mais il y a des moments un peu ridicules, embarassants, discutables, mais aussi terriblement humains.

Je n'aime pas voir Bullock faire la "chienne" (!) pendant une minute, j'aurais jamais fait ça à la place de Cuaron, et quand elle se lance dans le sentimentalisme de bas étage, je trouve ça dommage, mais c'est ce qui la rend faillible, en contraste avec sa force et la démesure de la situation, j'ai trouvé ça facile mais pas nul.

Pour les séquences d'actions, on est tout le temps sur la corde du too much, mais je trouve que ça fonctionne parce que le film joue ses cartes franchement : les enjeux sont clairs, toutes les 1h30 il y aura une nouvelle salve, et TOUT est touché par cette tempête, l'analogie avec la difficulté de vivre avec le deuil d'un enfant (les éclats pouvant être les souvenirs, les installations humaines la psyché) est évidente mais belle. La retrouver dans tous les détails du film reste appréciable, même si c'est pas ultra original ni très fin. Le manque de vertige psychologique est balancé par le déluge de vertige spatial.

Le film est tellement sensoriel qu'il n'y a jamais assez de péripeties. La sensation de vide est tellement bien rendue et terrifiante!

Bonne critique!

Édito

Un cinéphile, un gamer qui partage depuis longtemps sa passion à travers le net et arrive maintenant sur Gameblog. Outre mes critiques traditionnelles, vous trouverez dans la rubrique "articles principaux" des écrits de réflexion, ceux m'ayant demandé le plus de temps. Dans le soucis d'accorder plus de lisibilité aux articles (étant l'essence même d'un Blog) j'ai décidé de ne poster que mes vidéotests les plus importants dans ces pages.

Les liens ci dessous vous permettront de retrouver mes autres activités sur Internet, mes vidéotests et mes anciens articles sur mon premier Blog. Je vous souhaite une bonne visite sur ce site!

 

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