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Par lantiblog Blog créé le 16/04/11 Mis à jour le 14/06/11 à 17h23

L'antiblog, c'est un blog pas comme les autres. Un blog qui vous permettra de suivre pas à pas la grande étude que je souhaite mener à propos de la culture. La culture sous influence(s) ? Voilà le sujet.

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Essai, Culture sous influence(s) ?

Dans le dernier billet rédigé, j'analysais le film de John Chu, Never Say Never. Film idéologique autrement dit film de propagande. L'occasion pour ce nouveau billet de revenir sur le mot même de propagande car toute analyse reposant sur de telles notions mérite un éclaircissement des-dites notions et donc, comme point de départ, un recours à l'étymologie des mots utilisés.

 

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L'affiche du film, Le Juif Süss

 

Le mot « propagande » vient du latin propaganda. Si l'on se réfère au wiktionary, voici la définition qu'on y trouve : « Le mot a connu une diffusion universelle du fait du nom latin d'une branche du Saint-Office, Congregatio de propaganda fide ou « congrégation pour la propagation de la foi » (très exactement : « congrégation á propos de la foi comme devant être propagée »), un comité de cardinaux établi en 1622, par Grégoire XV, pour superviser les activités missionnaires de l'Église catholique romaine. Le gérondif a été adopté et substantivé tel-quel dans les langues vernaculaires des peuples catholiques, pour en faire le synonyme de propagatio ; il n'a pris un sens péjoratif, dans la plupart de ces langues, qu'à partir de la Première Guerre mondiale, avec un sens politique ».

 

Que retenir ? Que la propagande provient d'un mouvement religieux, que son but est de propager la foi et qu'il prendra son sens négatif, dans l'imaginaire populaire, après la première guerre mondiale. Bref, en soi, la propagande c'est propager une parole. La connotation péjorative ne provenant que du jugement des critiques, après un événement militaire, n'est donc pas dans l'essence même de l'acte que la propagande évoque.

 

En revenant ainsi à l'étymologie du mot propagande, on fait mentir la définition que Régis Dubois, essayiste français se spécialisant dans l'idéologie au cinéma, nous donne du film de propagande : « Rappelons que par « film de propagande », nous entendons les films qui ont pour vocation de servir le pouvoir en place en manipulant (« endoctrinant », « embrigadant ») les foules ». La définition est pour le moins restrictive. Ne concevoir le film de propagande, certes film mais de propagande tout de même, que comme un service au pouvoir dans le but de manipuler les foules est une vision disons sélective.

A la lumière de l'étymologie même du mot propagande et d'une analyse des films de propagande, on ne peut que concevoir une définition élargie du film de propagande, une définition qui fait mentir Régis Dubois. De cette analyse de films, une typologie. Une première typologie, avec tout ce que cela comprend comme la possibilité de la critiquer, améliorer ce cadre. Car il s'agit bien d'un cadre. Nécessaire pour poser des balises modifiables par la suite, après des études précises. Pas de progression sans point de départ.

L'idée de typologie me semble nécessaire puisqu'en s'intéressant aux différentes documentaires français sur le sujet, L'Histoire mondiale du film de propagande, La Projection nationale..., on s'aperçoit d'un traitement de la notion même de « film de propagande » dense et sans nuance. Il y a le film de propagande, traité par pays, par type de propagande. Mais rien que le film de propagande.

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Pourtant, si l'on prend la peine de se pencher sur ce type de film, on constate des tendances renvoyant à des formes, des idéologies, les unes aux services des autres. Du fait de ces tendances, on ne peut alors que constater que le film de propagande est à considérer plus largement que le fait Régis Dubois. De la propagande au service d'un pouvoir politique certes, mais pas seulement. C'est ce que nous verrons dans le prochain billet avec l'ébauche d'une première typologie des films de propagande.

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Essai, Culture sous influence(s) ?

On a souvent tendance à voir dans l'idéologie au cinéma la face visible de l'iceberg. Tout le monde réalise, même si cela reste à nuancer si l'on rentre dans les détails comme le fait l'excellent livre Le Cinéma des années Reagan, qu'un film comme Rocky IV est une ode aux Etats-Unis. Il suffit de se rappeler la scène introduisant le titre du film. Ces deux gants de boxe, chacun portant un imprimé du drapeau russe et américain, qui se rencontrent et explosent au contact l'un de l'autre, posent un manichéisme idéologique qui dépassent le simple combat sur le ring. Ce sont bien deux idéologies qui s'affrontent à travers deux boxeurs. De même, la promotion d'une hégémonie américaine sur le monde est claire dans des films comme Independance Day. Le monde va mal, il est menacé par une intervention extraterrestre mais les U.S.A. survivent et finissent par terrasser le Mal. Seulement, des films beaucoup plus consensuels, musicaux, sentimentaux et j'en passe, ne sont pas dénués de messages idéologiques. Pour démontrer cela, un peu comme une grande introduction avant une étude plus dense, voici une analyse critique du film Never Say Never de Jon Chu. Film/clip mettant en scène le jeune Justin Bieber. Ado préféré de bien des jeunes filles américaines. Quoi de plus consensuel qu'un film musical sur un adolescent chantant des bluettes ? Voilà un exemple parfait de la face cachée de l'iceberg.

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I) Résurgence du rêve américain 

Le titre en lui-même est symbolique. Il ne s'agit pas d'une « Histoire de Justin Bieber » ou d'un sobre « Justin Bieber », titre éponyme. Le choix porte sur une phrase résonant à nos esprits comme un slogan, une sorte de philosophie de vie condensée en une phrase un peu comme ces propos de comptoirs, pour philosophes du dimanche, consistant à retailler quelques grands philosophes : « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort » et compagnie. On connait la chanson.

On traduirait ce titre par « Ne dis jamais « jamais » » ou, avec reformulation, « N'abandonne jamais », « Persévère toujours ». Deux moments clés dans le film viennent soutenir cette quasi profession de foi. Celle où Justin se baladant dans la rue, retrouvant le music-hall, les marches plus précisément, où il commença à chanter en public croise une jeune fille jouant du violon. Notre chanteur s'arrête, la regarde, la fille est surprise, s'arrête aussi, est émue. Justin lance une pièce dans l'étui de son instrument tout en ajoutant que lui aussi, avant d'être célèbre, jouait ici et qu'il ne faut jamais abandonner ses rêves. En clair, « Never Say Never ».

A la toute fin du film, moment d'apothéose puisque Justin se retrouve dans le Madison Square Garden. Salle mythique et symbolique aux Etats-Unis où sont passé des gens comme Michael Jackson. Justin, en guise d'introduction, se lance dans un petit speach. A nouveau, la rengaine de la persévérance, du travail contre tous les maux. Tout cela pour conclure par le fameux slogan, soutenu par un effet spécial nous imposant en géant (et en 3D lors de sa sortie en salle), « Never Say Never ». Le ludique entourant l'idéologique, comme pour mieux faire passer la pilule.

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A travers ce côté battant, lui le petit Canadien vivotant dans un village neigeux et ordinaire, fils de parents divorcés, Justin Bieber réactive auprès des jeunes et très jeunes générations (des ados, pré-ados voire des enfants comme on le voit dans le film. Certaines fans ayant à peine cinq ans) le mythe du rêve américain. Tout est possible pour qui le veut, la simple volonté, le travail, permettant de surpasser toutes les contraintes ethniques, sociétales, économiques. Une ode au volontarisme si américain, base de la libre entreprise, de la concurrence acharnée, de cette notion de la liberté cherchant à s'éloigner de tout contrôle étatique ou autre.  On est déjà loin du simple film musical, clip pour jouisseurs juvéniles. Derrière les chansons, un discours, la tradition d'un mythe.

II) Les mouvements de masse sont virtuels. Ode à Internet.

Ce qui fait également la singularité de ce Never Say Never, c'est cette vision d'Internet.  Moyen de communication démocratique par excellence. Plus qu'un moyen de communication, il s'agit là d'un tremplin pour tous. Le net permet à chacun d'avoir sa chance, d'être soutenu, de réussir, de transcender sa condition initiale. Les mouvements de masse se font sur Internet, virtuellement, non plus dans la rue. Belle illusion, utopie diront certains, que cette vision d'une sorte de démocratie pure, non dévoyée par son application concrète.

Au niveau de Justin Bieber, ce que le film nous vend, au-delà de cette idéalisation d'Internet, c'est non par notre slogan républicain « La république du peuple, par le peuple, pour le peuple », mais « L'artiste du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Justin Bieber provient du peuple, lui l'enfant d'une famille modeste, est découvert par des citoyens ordinaires qui le félicitent, le soutiennent, l'encouragent (commentaires, vues sur les vidéos youtube...), et ce dernier n'oublie pas son public, ce « peuple », puisqu'il communique avec en permanence et le remercie sans cesse. La fierté, évoquée par un membre de l'équipe durant le film, est d'avoir découvert « avant les majors » le jeune Justin. Que l'on se rassure, le talent en herbe sera bien vite remis sur les rails d'un schéma plus conventionnel, soutenu par le chanteur Usher et autres producteurs renommés. L'intermédiaire artisico-économique n'est pas mort.

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C'est là qu'interviennent les réseaux sociaux. Twitter pour avoir un contact quasi immédiat entre l'idole et la foule adorant. Justin Bieber a mal à la gorge à un moment donné. Après examen, le docteur constate que ses cordes vocales sont enflées. Il est forcé au repos, il annule même un concert. La mise en scène exploite au maximum le pathos. On voit un Justin mutique, la musique au piano surligne allégrement le ton déjà grave du diagnostic. Réfugié dans sa chambre, quasiment dans le noir, le montage nous montre, jusqu'à une profusion sur tout l'écran, des dizaines, centaines de tweets de soutien. Ils prient pour lui, lui souhaitent un bon rétablissement. Justin répond par un remerciement, disant qu'il est triste de les délaisser. La fusion est totale. Il y a cohésion, le groupe suit le meneur. Et tout cela, grâce à Internet.

III) Un peu de puritanisme

Trait caractéristique de l'américain moyen, cette faculté de recourir régulièrement à la religion et son imagerie. On le voit dans le film, le staff prie avant le concert, Justin prie également lorsqu'avec des amis il s'apprête à manger une pizza.

Mieux, lorsque Justin a mal à la gorge, on voit sa mère prendre dans ses bras son fils tout en demandant l'aide de Dieu pour la guérison du filston. La moindre contrariété, le moindre obstacle se doit d'être franchit avec l'aide de Dieu. Il y a une grande hypocrisie dans ce recours à la religion car d'être ce puritanisme de façade on dénombre bien des comportements immoraux. Rappelons-nous, autre cas de la pop culture, Britney Spears et sa position marketing à ses débuts. Pas d'acte sexuel avant le mariage, dans les faits tout cela fut bidon, mais des tenues hautement aguicheuses pour n'employer que des termes polis.

Conclusion

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Never Say Never est un film intéressant pour ce qu'il symbolise. Non pas un énième film produit de la chaîne MTV, même s'il en est un, promouvant un jeune artiste, formaté, lisse, jouant impeccablement le jeu du plan marketing, mais la preuve qu'un long métrage anodin, un film musical pour adolescents, peut véhiculer des éléments idéologiques. La face cachée de l'iceberg en somme.

Tout cela nous conduit à nous questionner plus largement. Pourquoi le film consensuel peut être considéré aujourd'hui comme le meilleur film de propagande qu'il soit ? Disons la forme la plus adéquate pour cet exercice. Tout simplement parce qu'il est innocent (pas de soupçons pour une bluette, un film musical, une comédie) donc très efficace puisqu'insidieux. Il est également ludique (beaucoup de passages musicaux, gags, ou autres procédés séduisant). Ainsi, en étant ludique et innocent, le film consensuel, qu'il s'agisse d'un film sentimental, musical ou d'une comédie est un cheval de Troie d'une grande efficacité.

On est loin des films de propagande comme ces films anti-nazis réalisés par les Américains durant la seconde guerre mondiale ou, à l'inverse, les films de propagande nazis. L'idée était de promouvoir une idéologie, de façon claire, en s'attaquant à d'autres systèmes de pensée. C'est pour cette raison que j'étudierai la comédie, forme éminemment populaire chez nous, pour la partie de cette grande étude concernant le cinéma français, car au fil des ans c'est le type de film qui me semble être le plus apte à véhiculer des éléments idéologiques.

L'article d'origine : http://lantiblog.over-blog.fr/article-essai---analyse-critique-du-film-never-say-never-de-jon-chu-74668881.html

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Recherches

Je pensais inclure Spinoza au début de la partie consacrée aux bibliothèques. J'ai finalement écarté l'homme et ses références, j'espère provisoirement. Pour le moment, je garde la pensée spinoziste sur la liberté pour plus tard. Cette dernière me semble pourtant incroyablement pertinente et en lien, encore un peu flou dans mon esprit, avec mes recherches sur l'influence idéologique dans la culture. Spinoza critique le libre arbitre, cette vision de la liberté que tout le monde a a priori. Celle consistant à dire que la liberté c'est le choix. Faire ci ou ça, le faire ou pas. Le philosophe italien était rigoureusement hostile à une telle conception de la liberté, il critique le libre arbitre car le choix se fait sans que l'on sache les raisons de ce choix. C'est en s'interrogeant sur les causes, et en les découvrant, que l'on devient enfin libre. Libre car la connaissance de notre côté. Voici l'extrait qui explicite cette vision.

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« Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent. Un enfant croit librement appéter le lait, un jeune garçon irrité vouloir se venger et, s'il est poltron, vouloir fuir. Un ivrogne croit dire par un libre décret de son âme ce qu'ensuite, revenu à la sobriété, il aurait voulu taire. De même un délirant, un bavard, et bien d'autres de même farine, croient agir par un libre décret de l'âme et non se laisser contraindre. »

Lettre à Schuller, Lettre LVIII

L'article d'origine : http://lantiblog.over-blog.fr/article-recherches---spinoza-et-le-libre-arbitre-74489965.html

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Recherches

J'ai déjà cité aux cours de premiers pages de l'essai Pascal et surtout son concept de la « seconde nature ». Je pense que citer Pascal et un tel principe dans une telle réflexion a beaucoup de sens. Il ne s'agit de pas de citer pour citer, faire preuve d'une érudition un peu clinquante mais de démontrer, par le raisonnement du philosophe français, que nos évidences d'aujourd'hui peuvent être le fruit d'une coutume. Et que cette coutume, cette habitude quelque quelle soit, devient notre seconde nature. De là, les thèses ou théories défendues, plus ou moins consciemment par nos soins, sur tel ou tel sujet, ne sont plus des points de vue mais des vérités.

A l'époque des médias de masse, dans un monde où l'école peut être considérée comme un « appareil idéologique » pour reprendre la notion d'Althusser, il paraît simple de former, ou plutôt de façonner les esprits, de leur imposer cette seconde nature. En conformité avec quoi ? La question mérite réflexion. Bref, au lieu de trop en dire, ou trop m'avancer, je tenais à apporter ici la citation précise de Pascal expliquant ce fameux concept histoire d'expliciter cette notion évoquée dans l'essai mais non développée.

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"Qu'est-ce que nos principes naturels, sinon nos principes accoutumés ? Et dans les enfants, ceux qu'ils ont reçus de la coutume de leurs pères, comme la chasse dans les animaux ? Une différente coutume nous donnera d'autres principes naturels, cela se voit par expérience ; et s'il y en a d'ineffaçables à la coutume, il y en a aussi de la coutume contre la nature, ineffaçables à la nature, et à une seconde coutume. Cela dépend de la disposition. Les pères craignent que l'amour naturel des enfants ne s'efface. Quelle est donc cette nature, sujette à être effacée ? La coutume est une seconde nature qui détruit la première. Mais qu'est-ce que nature ? Pourquoi la coutume n'est-elle pas naturelle ? J'ai grand'peur que cette nature ne soit elle-même qu'une première coutume, comme la coutume est une seconde nature."

 

Blaise Pascal, Pensées (1657-1662), fragments n° 92 et 93 de l'éd. Brunschvicg, Garnier-Flammarion, 1976, pp. 77-78.

L'article d'origine : http://lantiblog.over-blog.fr/article-recherches---pascal-et-la-seconde-nature-74335305.html

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Recherches

J'évoquais il y a quelques jours, oups semaines, de cela l'influence idéologique dans la littérature jeunesse avec le Capitaine Danrit. Comme je suis du genre à aller à la source, à empiler les citations, à assimiler différents ouvrages pour être sûr d'être exhaustif, je vous apporte ici une petite citation révélatrice du message principal véhiculé par le roman jeunesse L'Invasion Jaune. Le titre est clair, mais les propos le sont tout autant. Le narrateur évoque le personnage Yukinaga. Asiatique cherchant à mobiliser le "monde jaune" contre les "blancs". Vision racialiste à l'extrême censée nous montrer l'hostilité des pays asiatiques (Japon, Chine...) à l'encontre de l'Occident, de façon large des Blancs.

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« ...la haine de l'étranger s'était développée partout dans l'immense Empire avec une acuité extrême ; un violent désir de lutte reprenait soudain ces descendants des hordes dévastatrices qui avaient si souvent jadis pris le chemin de l'Occident...Le mot d'ordre se répandit, s'étala, fit tache d'huile « Guerre aux blancs » .

Cet extrait est retrouvable à la page 24 de l'édition illustrée par G.Dutriac. Voici le lien gallica pour les curieux.

L'article d'origine : http://lantiblog.over-blog.fr/article-recherches---capitaine-danrit-dans-le-texte-74184753.html

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Recherches

J'ai l'impression que mes recherches tombent dans une période prolifique, l'actualité même semble me fournir des outils de réflexion. La preuve avec cette exposition dans le cadre du salon du livre ancien de Paris. La thématique est la suivante, « Politiquement correct ». Le texte de présentation, lisible sur le site du salon, est on ne peut plus clair : « Durant plus de cinq siècles, le livre a été le véhicule historique des grands courants de pensée, à la fois gardien des temples mais aussi complice de toutes les avant-gardes. C'est pour rappeler cette vérité première que la thématique Politiquement correct ? a été choisie pour l'édition 2011. »

SalonLivreAncien2011-200x300.jpg

 

La chose est tellement évidente qu'on semble l'oublier. Le livre est le reflet des pensées dominantes d'une époque. Le site fluctuat.net proposait, pour poursuivre l'annonce d'une telle exposition, un petit florilège sur le sujet montrant à quel point des ouvrages conformistes en leur temps sont aujourd'hui considérés comme des oeuvres profondément incorrectes. La morale d'une époque évoluant au fil des décennies, le curseur de l'acceptable lui aussi se veut mouvant. De la bonté chrétienne du XIXème siècle au racisme, le temps passe et les courants d'idées également. La culture sous influences ? Définitivement, oui.

 

L'article d'origine : http://lantiblog.over-blog.fr/article-recherches---le-salon-du-livre-ancien-de-paris-73761661.html

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Essai, Culture sous influence(s) ?

J'ai l'impression que mes recherches tombent dans une période prolifique, l'actualité même semble me fournir des outils de réflexion. La preuve avec cette exposition dans le cadre du salon du livre ancien de Paris. La thématique est la suivante, « Politiquement correct ». Le texte de présentation, lisible sur le site du salon, est on ne peut plus clair : « Durant plus de cinq siècles, le livre a été le véhicule historique des grands courants de pensée, à la fois gardien des temples mais aussi complice de toutes les avant-gardes. C'est pour rappeler cette vérité première que la thématique Politiquement correct ? a été choisie pour l'édition 2011. »

La chose est tellement évidente qu'on semble l'oublier. Le livre est le reflet des pensées dominantes d'une époque. Le site fluctuat.net proposait un petit florilège sur le sujet, montrant à quel point des ouvrages conformistes en leur temps sont aujourd'hui considérés comme des oeuvres profondément incorrectes. La morale d'une époque évoluant au fil des décennies, le curseur de l'acceptable lui aussi se veut mouvant. De la bonté chrétienne du XIXème siècle au racisme, considéré actuellement, le temps passe et les courants d'idées également. La culture sous influences ? Définitivement, oui.

L'article d'origine : http://lantiblog.over-blog.fr/article-essai-bibliotheque-sous-influence-un-documentaire-charge-73593572.html

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Recherches

Découverte récente, et fort intéressante dans le cadre de mes recherches, un livre qui n'est rien d'autre que la retranscription, améliorée tout de même, de l'exposition sur la littérature jeunesse qui se déroula entre octobre 2008 et avril 2009 à la Bibliothèque François Mitterrand. Babar, Harry Potter et cie. Livres d'enfants d'hier et d'aujourd'hui proposait aux visiteurs un historique dense de ce pan de la littérature. Un domaine vaste avec ses genres, ses sous-genres et surtout ses évolutions.

Babar

 

L'affiche de l'exposition

C'est ce dernier point qui attira mon attention. Ayant eu la chance de visiter cette rétrospective, me replonger dans cette somme confirma mes intuitions. Même un domaine comme la littérature jeunesse porte les marques de l'idéologie dominante d'une époque. La pensée unique n'existe pas, comme nous le rappelle Frédéric Taddeï, mais parmi les idéologies d'un temps bien souvent une prend le dessus sur les autres. Pour des raisons diverses, là n'est pas le but de ce billet.

En feuilletant donc cette somme, on découvre qu'après 1870 un auteur comme le Capitaine Danrit (Emile Driant de son vrai nom), militaire de carrière qui mourut durant la guerre 14-18, écrivit à destination des enfants (avec succès) plusieurs ouvrages de vulgarisation concernant l'Histoire. Vulgarisations ou anticipations. Dans sa trilogie, La Guerre de demain, Emile Driant vante les mérites de l'armée française. Le discours est militariste et nationaliste. Quoi de plus logique comme attitude après la défaite, cuisante, de 1870 pour la France. Il faut resserrer les rangs, faire corps en attendant la revanche.

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Couverture de L'Invasion jaune du Capitaine Danrit

Les oeuvres du bon Capitaine Danrit ne sont plus publiées aujourd'hui, une idéologie en chassant une autre, les idées du brave Emile Driant ne correspondent pas au discours dominant actuel. Preuve, s'il en est, que même la littérature pour enfants est marquée par les idéologies de son temps.

L'article d'origine : http://lantiblog.over-blog.fr/article-recherches-la-litterature-jeunesse-et-le-capitaine-danrit-72442434.html

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Essai, Culture sous influence(s) ?

B) Les professionnels des bibliothèques s'indignent

 

. Orange, la bibliothèque pervertie, une professionnelle parle

            Une ville versatile, la rigueur

En mars 1997, dans un numéro du BBF(Bulletin des Bibliothèques de France), T. 42 numéro 4, Catherine Canazzi, ancienne responsable de la bibliothèque d'Orange jusqu'en mars 1996, rédigeait un article nommé Orange, la bibliothèque pervertie. Il s'agissait, quasiment un an après avoir quitté son poste, de critiquer la gestion de l'établissement public par les élus frontistes.  

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Un exemplaire du BBF

En guise de préambule, Catherine Canazzi évoque la ville d'Orange et son caractère versatile, « elle change de couleur politique tous les six ans ». Ville communiste, socialiste, RPR, quasiment tous les courants ont siégé dans cette ville du sud-est. Dont le Front National que l'ancienne responsable côtoya l'espace de neuf mois.

 

Catherine Canazzi parle, du fait d'un changement de maire, et de cette nouvelle couleur politique qui recouvre la ville d'Orange, d'une sorte de « gel » en ce qui concerne les affaires culturelles. « Aucun achat entre juin et septembre » dit-elle pour les acquisitions de la bibliothèque, la raison étant une analyse pointilleuse des finances de la ville de la part de la nouvelle équipe municipale. Un projet de médiathèque vient tout juste de se mettre en place, les impôts locaux sont élevés. Catherine Canazzi ne critique pas cette attitude, elle semble même comprendre ce pragmatisme économique.

 

L'indignation sans fondement

 

Jusqu'ici, tout va bien. L'ancienne responsable n'est pas hostile à la nouvelle équipe municipale, le gel est justifié vu la conjoncture économique. Le problème, « les prémisses du conflit » comme elle l'écrit, commence avec une affaire de dons. Des dons transitant par le cabinet du maire rappelle-t-elle. Les livres donnés sont choquants pour Catherine Canazzi. « compilation de jugements à l'emporte-pièce d'une rare violence verbale ne reposant sur aucune analyse critique prétendument sérieuse, contenu ouvertement xénophobe, révisionniste et anti-gauche dans l'acception la plus large et la plus caricaturale du terme, telles étaient les lignes directrices de la plupart de ces ouvrages. ».

 

Devant de tels propos, on n'est prêt à acquiescer. Aller dans le sens de Catherine Canazzi. Après tout, chacun est libre d'avoir ses indignations, de juger tel propos, tel traitement, écoeurant selon sa sensibilité. Seulement, premier problème, à aucun moment, dans son long billet, l'ancienne responsable de la bibliothèque d'Orange ne cite les ouvrages concernés.

 

On ne sait pas qui sont ces auteurs violents, ces ouvrages xénophobes ou révisionnistes. Des noms ? Des titres précis ? Un chiffre pour évaluer la masse totale de ces dons ? Des dons qui bouleversent les collections ou un pourcentage, par rapport aux documentaires présents dans la bibliothèque, insignifiant ? Si l'on rentre un peu plus précisément dans le sujet, on ne trouve non pas « aucune analyse critique » comme Catherine Canazzi le précise pour les dons mais aucune base solide. Où sont les statistiques ? Les comparaisons de ces relevés ? Les listes d'ouvrages pointés du doigt ? A part un grand flou, quelques paroles qui s'apparentent plus à des jugements sommaires qu'à des arguments, puisque sans bases, le lecteur curieux et exigeant ne trouve pas son compte. Platon nous enseignait la rigueur du questionnement, on ne trouve pas cette rigueur dans de tels propos.

 

Les dialogues platoniciens ou l'apprentissage de la rigueur du questionnement

 

Bien souvent, on débute l'apprentissage de la philosophie, en terminale, par les dialogues platoniciens. Pourquoi ? Parce qu'il s'agit d'oeuvres de l'antiquité et que, d'un point de vue chronologique, on tient là la base d'une réflexion occidentale. Oui, d'une certaine manière, seulement plus qu'une simple question de chronologie c'est bien cette rigueur du questionnement que nous transmet Platon qu'il faut conserver. 

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  Le philosophe Platon

 

Le philosophe grec met en scène, dans la plupart de ses dialogues, son maître à penser, Aristote. Il s'agit, la majeure partie du temps, de l'opposer à d'autres penseurs prétendument initiés dans des domaines précis : le langage (Cratyle), la vertu (Ménon), etc. Chaque dialogue permet ainsi une confrontation des idées, de proposer, en filigrane, une réflexion cohérente. Les questions d'Aristote structurent l'échange, permettent à chacun d'approfondir son propos. L'idée étant, par ces perpétuels renvois, de pousser chacun des interlocuteurs dans ses retranchements. Un bon moyen pour tester la fiabilité, la force plutôt, des concepts mis en avant.

 

Pourquoi cet écart sur les dialogues platoniciens ? Quel est le rapport avec l'article de l'ancienne responsable de la bibliothèque d'Orange ? Il est simple, ce procédé platonicien est primordial pour celui qui veut exercer sa pensée. A celui qui réfléchit, il deviendra, un peu comme le dit Pascal dans ses Pensées, une « seconde nature ». Comme un automatisme, lors d'une quelconque confrontation avec un texte critique, on interrogera directement la source afin d'apporter une contradiction. Contradiction que l'on espère dépassée dans la suite du texte lu. Mais c'est également à soi-même qu'on appliquera ce cheminement fait d'interrogations pour tester la solidité de nos idées Même si Catherine Canazzi ne propose pas une réflexion philosophique, c'est sa démarche qui souffre de l'épreuve des interrogations. Affirmations sans bases. Si l'on doit se rattacher à un figure philosophique, Catherine Canazzi se rapproche plus du sophiste que du philosophe. Forcément, la crédibilité chute.

 

Des dons dirigés par la mairie, des acquisitions compliquées

 

En fait, le vrai problème que soulève Catherine Canazzi tient à l'introduction des dons et surtout à la vision véhiculée par une telle méthode. Selon elle, le maire les impose à l'équipe de la bibliothèque prétextant ne pas avoir à subir de censure de la part de la responsable, que les jugements littéraires de Me Canazzi ne sont pas viables et que ces livres, des dons donc, ne couleront pas le budget puisqu'ils ne coûteront rien. Sur ce dernier point, rien à redire, seulement en jouant le forcing, en déresponsabilisant le statut de Catherine Canazzi, le maire d'Orange noircit son image en contournant littéralement les professionnels du livre.

 

Pour ce qui est des acquisitions, là encore Catherine Canazzi s'offusque et parle d'un contrôle des achats par l'équipe municipale. « listes retournées biffées, refus de signature d'engagements de dépenses, puis prescription d'achats », écrit-elle. Là encore, le problème vient de l'ingérence du politique dans le culturel. Ce n'est pas aux élus de gérer les acquisitions, s'il y a des professionnels du livre c'est bien parce que l'on considère qu'un tel domaine doit être géré par des initiés, formés pour cela.

 

On retrouve, si l'on se fie aux propos de l'ancienne responsable, cette volonté de se passer de ces employés qualifiés. Cette méthode renvoie à une vision négative du métier. Pourquoi ? Tout simplement parce que l'équipe municipale renie certains principes comme les fiches de poste. A chaque embauche,  précaire ou non, un profil de poste est établit pour définir clairement le rôle de chacun. On peut être plus accés sur les acquisitions, le catalogage, le service public, etc. Il faut bien répartir les rôles, la fiche de poste est là pour ça. Elle peut d'ailleurs évoluer au fil des années. Normalement, les acquisitions sont faites par des fonctionnaires catégories B et A, dont Me Canazzi à l'époque. Le maire, ou l'équipe municipale, en intervenant ainsi dans des acquisitions qui doivent être réalisées par des professionnels du livre, selon les fiches de poste, rejettent ce principe même des rôles.

 

La méthode de la mairie frontiste porte également un coup au principe des entretiens annuels. Comme la fiche de poste, ces derniers permettent de fixer des objectifs pour l'année à venir à chacun des employés. L'entretien permettant aussi d'évaluer si les visées de l'année précédente se sont couronnées de succès. Ces entretiens, dans le cas de la bibliothèque d'Orange, sont caducs ou du moins faussés puisqu'une tierce personne, la mairie, s'introduit dans un processus professionnel qui ne concerne que les employés des bibliothèques.

 

Et puis, au-delà de ce mépris de principes essentiels permettant de structurer une bibliothèque, c'est le métier en lui-même qui est touché par une telle politique d'ingérence. Le professionnel du livre, formé, initié dans son domaine, n'est plus utile ? On peut se passer de lui pour des opérations comme les acquisitions ? La légitimité de la profession est malmenée avec une telle méthode.

 

Des acquisitions moralement inacceptables

 

Mais revenons aux propos de Catherine Canazzi. Même si elle formule, sans expliciter comme on peut le lire ci-dessus, une critique pertinente concernant l'ingérence du politique dans le culturel, sa démarche pose un second problème. Non plus un manque de bases mais un souci quant au référent critique. L'ancienne responsable donne, pour les acquisitions pas les dons, enfin des références. Des références qui soutiennent son indignation première. « Les usagers de la bibliothèque ont pu découvrir sur les rayons des ouvrages d'Alain de Benoist, de Julius Evola, de Jean Mabire, de Carl Schmitt, d'Henri Coston, etc ».

 

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L'italien Julius Evola

 

La question à se poser est la suivante : Pourquoi ces auteurs posent problème ? Sur quel critère se base Catherine Canazzi ? Celui de l'idéologiquement viable ? Elle considère que, selon sa propre sensibilité, cela ne rentre pas dans le cadre de l'acceptable ? N'est-ce pas ironique pour quelqu'un parlant de censure que de constater une telle attitude consistant justement à refuser à son tour des ouvrages ? Le censuré devenu censeur.

 

Ce détail n'est pas anodin puisqu'il renvoie à un concept plus profond qu'une simple question d'acquisitions pour une bibliothèque municipale. Il s'agit de liberté d'expression, et donc de circulation des savoirs puisque s'exprimer c'est aussi réfléchir aux moyens de communication, qui est ici en jeu. Deux conceptions s'affrontent, une d'inspiration anglaise, une autre plus française. Explications.

 

Une certaine conception de la liberté d'expression

Voltaire était, ce n'est un secret pour personne si l'on prend la peine de relire Les Lettres philosophiques, un adorateur de l'Angleterre. Pays libéral par excellence, la liberté d'expression y est vue bien différemment qu'en France. Chez les Anglais, interdire n'est pas une solution viable si l'on cherche à résumer une telle conception.

On attribue souvent à notre philosophe français la phrase suivante, sorte de synthèse de la liberté d'expression à l'anglaise, « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. ». Cette citation proviendrait comme le rappelle Norbert Guterman d'une lettre du 6 février 1770 de Voltaire à l'abbé Le Riche. Seulement, il n'existe ni lettre ni citation.

Néanmoins, pas de quoi jeter la fameuse citation aux oubliettes. Cette phrase apocryphe proviendrait probablement d'un article du Dictionnaire philosophique de Voltaire, l'article Homme, « J'aimais l'auteur du livre De l'Esprit [Helvétius]. Cet homme valait mieux que tous ses ennemis ensemble ; mais je n'ai jamais approuvé ni les erreurs de son livre, ni les vérités triviales qu'il débite avec emphase. J'ai pris son parti hautement, quand des hommes absurdes l'ont condamné pour ces vérités mêmes. ». Au final, la formulation change mais l'idée reste.

En se basant sur une telle conception de la liberté d'expression, non restrictive, hors appels explicites aux meurtres qui ne constituent plus vraiment une production littéraire ou documentaire, l'attitude de Catherine Canazzi est condamnable. Non pas du point de vue de la morale, restons plutôt du côté du savoir car la bibliothèque même si elle évolue vers un service de loisirs depuis quelques années ou devient un outil du lien social comme l'évoque certaines formations à l'usage des professionnels (le fameux colloque de Villiers-le-Bel le 11 décembre 2008), elle est encore, du fait de ses collections déjà, un lieu de savoir.

S'indigner et refuser des ouvrages d'auteurs, même d'extrême-droite, c'est priver chaque usager d'un large spectre de connaissances. On bride, on réduit, on censure. Curieux, désirant apprendre, je ne peux me contenter d'un savoir amputé, quelque soit le motif de l'amputation. D'un savoir orienté car occultant certains courants.

Avec une vision de la liberté d'expression à l'anglaise, le but est de proposer le maximum, ne pas censurer car le censure n'est pas légitime en ce sens qu'elle fait intervenir un intermédiaire.

L'intermédiaire et le libre arbitre

L'attitude du censeur est une attitude foncièrement gênante car infantilisante. Au fond, le censeur n'est qu'un intermédiaire. C'est celui qui juge, pour les autres, de ce qui est bon ou pas. Comme si le lecteur n'était pas apte à lire, ou non, juger comme il le souhaite, par lui-même, son passif, sa culture, de tels auteurs. Une telle attitude ne peut que nous rappeler, avec le sourire, le fameux mot de Léo Ferré, « Le problème dans la morale, c'est que c'est toujours la morale des autres ». La morale des autres pour tous.

 

Le censeur incarne au fond l'argument d'autorité par excellence. Il semble scander, du haut de son piédestal, tel un Dieu autoproclamé, auto-légitimé, « Je te dis que cela est méprisable et cela non. Que là est le Bien et là le Mal ». Quand on sait que l'argument d'autorité est le niveau zéro de l'argumentation, il vaut mieux se méfier.

L'argument d'autorité, c'est éviter un développement intellectuel se basant sur des arguments, des exemples, une progression logique. On ne voit qu'une figure qui s'élève et d'un doigt divin nous somme de bannir tel ou tel comportement, telle ou telle parole. Nietzsche a, paraît-il, tué Dieu. Il serait temps de se débarrasser de ces intermédiaires et d'enfin penser par soi-même. Seul maître à bord d'une certaine manière.

Ainsi avec une conception anglaise de la liberté d'expression, et donc avec un rejet de l'intermédiaire qui n'est rien d'autre qu'une incarnation du degré le plus bas de l'argumentation, l'argument d'autorité (un argument de force et non intellectuel), une bibliothèque idéale, dans le champ des livres politiques, irait du Mein Kampf d'Hitler au Capital de Marx en passant par Proudhon l'anarchiste, le socialisme de Jaurès, Mao et son livre rouge, etc. Pourquoi se priver de telle ou telle connaissance ? Sur quel motif ? Que vient donc faire la morale lorsqu'il est question de réflexions politiques ?

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Mein Kampf, d'Adolf Hitler

            Le pluralisme a ses limites

            Terminons avec cet article de Catherine Canazzi, bon préambule à l'affaire qui nous intéresse. Voici ce qu'elle dit à propos des acquisitions d'une bibliothèque, la politique à mener : « Gérer une politique d'acquisition, c'est faire entrer dans la balance du choix des paramètres de tous ordres : la satisfaction des demandes du public actuel et du public potentiel, objet de toutes nos attentions ; l'idée, qu'avec un budget donné, on va offrir à ce public un reflet aussi pertinent que possible de la production éditoriale, dans sa diversité, son foisonnement, son actualité, son originalité, son audace parfois ; l'équilibre d'un fonds, matière vivante à modeler, non en fonction de critères à proprement parler idéologiques, mais en fonction de l'existant et du patrimoine de demain. »

 

            Catherine Canazzi parle de « diversité », de « foisonnement », d'  « équilibre d'un fonds » à modeler en fonction de « l'existant ». On ne peut que souscrire à une telle définition, seulement si l'on s'attarde sur ses indignations pour les auteurs cités dans les acquisitions, et donc les refus prévisibles sans le forcing de la mairie, ce fameux équilibre n'existait pas à Orange. La diversité s'arrêtait avant tous les courants d'extrême droite, du nationalisme français à l'école traditionnelle italienne. D'une certaine manière, l'ancienne responsable de la bibliothèque d'Orange nous vante un pluralisme qui a ses limites, loué dans l'absolu pour un billet dans une revue professionnelle mais concrètement impraticable. Beau paradoxe, non ?

 

            Pour clore son long billet, Catherine Canazzi rejette le problème du devoir de réserve, obligatoire normalement pour un fonctionnaire mais non respecté dans le cas présent par tant d'employés des bibliothèques lors de ces scandales politico-culturels, et celui du pluralisme comme on vient de le voir ci-dessus.

 

Le grand problème sous-jacent, en découvrant une telle attitude, c'est l'influence implicite qui se fait. Une bibliothèque occultant des ouvrages politiques de Julius Evola par exemple, c'est se priver de la vision traditionnaliste de la société. Refuser les écrits d'Alain de Benoist, c'est retirer automatiquement de notre champ de réflexion le spectre de la nouvelle droite dont il est un des représentants. En occultant, on oriente forcément. Au lieu de proposer un large panel, la bibliothèque ne soumet à ses lecteurs que des savoirs potentiels triés sur le volet pour des raisons, justement, idéologiques. L'idéologique non viable, le référent dans ce cas étant le fonctionnaire de l'établissement, n'aura pas droit de cité. Etrange conception de la liberté d'expression et du pluralisme.

 

L'article d'origine : http://lantiblog.over-blog.fr/article-essai---catherine-canazzi-une-professionnelle-parle-72229199.html

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Essai, Culture sous influence(s) ?

Cette partie consacrée aux bibliothèques se compose de deux grandes sous-parties. Tout d'abord, un retour sur l'affaire des bibliothèques des villes Front National dans les années 90, celle d'Orange plus précisément, puis une étude à l'échelle d'un département, le Val d'Oise, des collections de ces établissements de lecture publique afin d'y analyser ce prétendu « déséquilibre » évoqué à l'époque par les élus frontistes et à l'origine de nombreuses querelles entre artistes et politiciens. Le premier axe s'ouvrira avec un rappel du contexte politique au moment où de telles affaires éclatèrent, il sera ensuite question d'analyser les critiques des professionnels du livre concernant la gestion des bibliothèques par les municipalités FN et le regard porté par les médias de masse sur le sujet. Le second axe se composera de plusieurs études statistiques, relevés comparatifs, concernant les écrits politiques, la presse politique et les fictions d'auteurs rattachés aux extrêmes pour les bibliothèques du département du Val d'Oise. Y avait-il censure de la part des élus Front National sur les bibliothèques municipales ? Pouvait-on parler d'influence politique ? Ce rééquilibrage vanté par les politiciens frontistes était-il justifié ? Aujourd'hui, à l'échelle d'un département, constate-t-on des déséquilibres au niveau des collections ? Si oui, lesquels ? Dans quelle proportion ? Et surtout quelle influence, quelles influences, se dégage après une telle étude ?

I)                   Les bibliothèques et le Front National

A)    Des victoires pour le Front National

    Juin 1995, le sud-est de la France vit un bouleversement politique. Le Front National remporte trois villes au second tour des élections municipales : Marignane, Orange et Toulon. Presque deux ans plus tard, en février 1997,  lors d'une élection partielle, une nouvelle ville rejoint cette dynamique frontiste : Vitrolles. Période de grande réussite pour le parti présidé à l'époque par Jean-Marie Le Pen. Le Front National s'insère ainsi dans la vie politique, il n'est plus simplement ce mouvement de contestation purement oral, en gérant plusieurs villes, seul à la tête de l'exécutif. Des villes de plus de 25 000 habitants à l'époque, Toulon atteignant même un peu plus de 160 000 habitants. Il confirme ainsi, au niveau local, le bon scoredes présidentielles de 95 (23 avril et 07 mai 1995) : 15%, et celui des Européennes un an plus tôt : 10,52%. La suite logique d'une dynamique électorale allant de l'Europe à la ville.

Jacques Bompard, ancien dentiste et adhérent de divers mouvements politiques issus de l'extrême-droite française (Occident, Ordre Nouveau...) durant sa jeunesse, se voit à la tête de la mairie d'Orange. C'est avec la liste « Orange espoir » qu'il obtient la majorité relative des voix lors d'une triangulaire l'opposant au maire sortant socialiste et au candidat RPR. C'est avez seulement 87 voix d'avance que le candidat Front National l'emporte. Ci-dessous, un extrait du JT de 20H, sur France 2, relatant le 19 juin 1995 cette victoire.


            Pour la ville de Marignane, c'est Daniel Simonpieri, ancien cadre de banque, qui est élu avec plus d'un tiers des suffrages (37,27%) au cours d'une triangulaire l'opposant à divers listes de droite. Il succède à un long règne de l'UDF incarné à l'époque par Laurent Deleuil. Toujours le 19 juin, le JT de 20h de France 2 évoque cette élection, ainsi que les autres victoires du Front National durant ce second tour des élections municipales.


            Dernière ville du sud-est gagnée par le Front National en ce mois de juin 95, la plus importante démographiquement parlant : Toulon. Jean-Marie Le Chevallier, ancien assistant technique à la chambre de commerce de Rennes, sort victorieux d'une triangulaire l'opposant à l'UDF et au Parti Socialiste en cumulant 37,02% des votes. Le 18 juin, lors d'un duplex de Toulon, l'élu frontiste commente sa victoire.

L'article d'origine : http://lantiblog.over-blog.fr/article-essai-contexte-politique-les-municipales-de-1995-72036635.html

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Édito

Le coeur du blog consistera en la publication de ce grand tout, que l'on peut nommer essai, résultat de nombreuses recherches et réflexions. Directement sur le blog et au format pdf et epub pour les possesseurs de liseuses ou lecteurs préférant lire calmement chez eux un texte relativement long.

A côté de ces grandes parties, quelques éditos, des réponses aux lecteurs et des mises au point sur la progression de l'écriture du livre ainsi que l'avancement de mes recherches.

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