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Le Dojo de Kenji

Le Dojo de Kenji

Par Kenji Seang Blog créé le 20/06/12 Mis à jour le 15/05/20 à 12h23

Du pixels, du polygones... appréciés en dehors du prisme de la nostalgie, du temps et des modes.
Journal d'un joueur de jeux vidéo de toutes générations, sur supports d'origine.
Critiques écrites et vidéos, des guides hardware / software, des dossiers divers, etc. saupoudrés de tout comme de rien.

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Contre-Vent (Jeu vidéo)

J'avais déjà abordé l'idée dans un précédent billet mais l'envie d'étayer mon propos et de structurer un peu plus mes pensées me titille depuis longtemps.

C'est donc chose faite avec ce nouvel article, enrichi d'une illustration en support vidéo pour ceux qui préfèreraient.

La thèse soutenue dans cet article n'a aucune orientation critique, tout le monde fait ce qu'il veut comme il veut, c'est une évidence. Mon propos ne vise pas l'échelle individuelle, mais converge plutôt sur un référentiel global, une tendance généralisée très peu discutée. Considérez cela simplement comme une invitation à la réflexion, ou à la remise en question de ce que vous croyez bon pour vous, bon pour les jeux que vous affirmez aimer et bon pour la perception générale du média qui les englobe.

Bon, on ne va pas tergiverser, la nostalgie est partout dès qu'il est question de rétrogaming. Elle suinte, elle dégouline, elle sue pour tous les pores des commentateurs dès lors que l'on aborde de près ou de loin le sujet du Jeu Vidéo dit "rétro". La plupart des blogueurs, youtubeurs, forumeurs n'y échappent pas, comme la presse professionnelle d'ailleurs. Bref, la nostalgie est omniprésente, très souvent pleinement assumée et revendiquée, tel un gimmick sirupeux inéluctable dés lors qu'il s'agit d'oeuvres du passé issus de la création vidéoludique.

Je ne vous le cache pas, je trouve cela aberrant, quelque peu pénible, et malheureusement symptomatique d'un média manifestement encore jeune, voire immature, qui n'a pas encore acquis toute la noble considération culturelle à laquelle il peut prétendre légitimement.

Tourner le dos à la nostalgie

Cela fait longtemps que la question me travaille. Je suis un passionné de Jeu Vidéo au sens large, donc de tous âges, sur tous supports. La nostalgie n'a en soit que peu d'effet sur moi (pour ne pas dire pas du tout), car j'ai tendance à fuir comme la peste les biais cognitifs (celui-ci altère considérablement le jugement), j'aime le présent, je ne suis aucunement mélancolique des temps jadis, et je ne ressens pas ce curieux besoin (continuel) de retour à l'insouciance de l'enfance.

Ceci dit, forcé d'admettre qu'autour de moi, le son de cloche général est tout autre et je ne cesse d'observer une déconcertante glorification de ce sentiment, que certains cultivent avec une fixation peu banale. Je veux dire, la nostalgie chronique est considérée comme un symptôme possible de trouble psychologique, ce n'est pas pour rien, et je ne suis pas certain que l'entretenir, la fertiliser pour l'accroître aussi sciemment soit très sain pour l'esprit ni très bénéfique de manière générale pour son hôte. Mais là n'est pas la question.

Les années 2000, l'âge d'or du rétrogaming sans nostalgie

Rétrogaming = nostalgie, brisons l'automatisme

Cela n'a pas toujours été le cas. Je me rappelle de cette époque, autour des années 2000 sur les forums et des années 2010 sur Dailymotion / Youtube, nous étions avides de titres que nous ne connaissions pas, exaltés à l'emballante idée de dénicher et de partager un super jeu sorti sur un support ancien, peut-être obscur, ou cantonné à un territoire comme le Japon.

Tels de fiers explorateurs intrépides, peu nous importait la date de sortie initiale, ce qui nous intéressait, c'était le jeu, rien que le jeu et ses qualités. Pas de pollution nostalgique, pas de révérence ni d'allégeance à un sentiment fondamentalement passéiste et personnel... le jeu, rien que le jeu et éventuellement le contexte qui va avec. Époque pure, juste et sincère des vidéotests, toi-même tu connais !

Rien ne va plus aujourd'hui !

Toujours est-il que l'on constate actuellement une césure assez nette entre le rétrogaming et le JV actuel (modern gaming), comme si d'un côté, il y avait le camp de la sanctification de la nostalgie, et de l'autre, le JV normal, celui d'aujourd'hui, quoi. Ce schéma, hyper simpliste, qui repose sur un fondement hautement douteux, semble pourtant évident pour beaucoup de joueurs. Avec cette article, je souhaiterais remettre en question cet état de fait extrêmement discutable.

Car n'est-ce pas regrettable ? Cette vision limitée réduit implicitement l'activité vidéoludique légitime à ce qui est forcément "moderne" tout en excluant sciemment le rétrogaming sans nostalgie. Jouer à des anciens jeux, ce n'est pas (et heureusement) qu'une affaire de nostalgie !

Le rétrogaming ne devrait-il pas plutôt relever avant tout de l'appréciation juste d’œuvres réalisées dans des contextes différents, avec des technologies différentes, des savoir-faire différents. Avec son lot d'éminents développeurs débordant de passion, d'amour du travail bien fait et de maîtrise absolue des outils de leur époque (citons les acteurs de chez SNK, Konami, Sunsoft, Treasure, Hudson Soft, Compile, Data East, Irem, RED, Naxat Soft, Tecno Soft, Taito, Namco, Natsume, etc. qui sont aujourd'hui à la retraite ou reconvertis dans d'autres secteurs).

À l'heure où le jeu vidéo se construit difficilement une petite reconnaissance culturelle, jouer aux oeuvres du passé qui présentent des qualités intemporelles (j'entends par là : que le temps ne saurait ébranler) cristallise plus que jamais tout l'enjeu et la portée de ce que l'on appelle communément le "rétrogaming" (le terme anglophone "Classic Gaming" est plus pertinent en ce sens je trouve).

Démystifier la nostalgie

La nostalgie est personnelle à chacun, c'est une affaire subjective qui ne concerne que l'individu et ses souvenirs personnelles idéalisés.

En outre, elle exclue par nature : la jeune génération bien évidemment, mais aussi celles et ceux n'ayant pas connu les titres concernés. En ce sens, elle ne devrait plus être systématiquement brandie comme raison d'être fondamentale à la pratique du rétrogaming. Véhiculer cette fusion partiale (rétrogaming = nostalgie) sans s'interroger sur son réel bien-fondé, cela perpétue l'idée que le rétro n'aurait dans son intégralité aucune espèce d'intérêt ludique en dehors des sphères de ce sentiment questionnable.

Avoir recours systématiquement à la notion de nostalgie dès qu'une oeuvre rentre dans la case "rétrogaming", c'est un peu desservir la démarche qui vise à une plus grande considération de cette pratique (et je pense qu'un passionné de JV au sens large ne devrait pas être insensible à cette idée). Et c'est surtout ne pas faire véritablement honneur aux titres dont vous parlez.

Aimer un jeu car vous vous souvenez de ce doux mercredi après-midi où vous reveniez de carrouf, sur la plage arrière de la voiture, en train de feuilleter de manière euphorique le manuel, avant de rentrer chez vous, de déguster un délicieux chocolat chaud que vous a concocté maman et de l'insérer enfin dans la console... Ok, c'est cool, c'est votre vie. Rien à dire là dessus, cela vous appartient.

Vers un "Classic Gaming" partagé par tous

Mais en quoi cela fait de ce jeu une oeuvre capable de procurer du plaisir à d'autres joueurs ? Quid de ses qualités ? Quid de son potentiel ludique au jour d'aujourd'hui ? Est-ce que d'autres ne peuvent pas, en 2020, se construire à leur tour de merveilleux souvenirs devant ce titre, prendre un plaisir monstre à le parcourir et à le reparcourir à l'envie ? Pour que ce jeu "survive", soit joué encore si vous estimez qu'il le mérite vraiment...

Je ne sais pas vous, mais personnellement, je trouve que la seconde option est beaucoup plus révérencieuse pour l'estime générale que vous pouvez véhiculer sur ce titre qui vous plait tant. Vous lui rendrez honneur de la plus belle et noble des manières qui soient. Après, s'il ne vous plait plus pour quelque raison que ce soit, c'est une autre histoire.

Gare à l'équivoque

En outre, veillons à prendre conscience que de bons souvenirs n'impliquent pas nécessairement de la nostalgie. Loin de là ! Attention à la confusion. Les bons souvenirs ne sont pas teintés en soit de sentiment de "regret", alors que la notion de nostalgie repose par essence sur cette doléance, dont peut découler mélancolie, manque, désir de retour en arrière, amertume voire aliénation. Les mots ont un sens, une portée conceptuelle. Celui de la "nostalgie" (nóstos « retour » et álgos « douleur ») me semble très galvaudé.

Nostalgie et hiérarchie

Parfois, on peut s'interroger sur la nature de la passion de certains commentateurs. Sans jugement aucun ni reproche personnel, prenons un exemple (pour illustrer la hiérarchie en oeuvre) où l'on en viendrait à percevoir négativement, je ne sais pas moi... : un collectionneur qui achèterait un jeu qu'il n'a pas connu enfant... Déjà lu et entendu un peu partout, c'est un classique. Il y a un bien souvent un arôme de hiérarchie implicite qui émerge dans ce genre de situations. Cela me révulse pour ne rien vous cacher : comme si cela avait plus de sens ou de valeur qu'un joueur rachète un jeu de son enfance, par rapport à un autre qui l'achèterait pour le découvrir, et l'apprécier pour ce qu'il est. La célébration de la nostalgie est banalisé à un tel point, et sans forcément y prendre conscience.

C'est à se demander si l'on en serait pas arrivé à une "passion nostalgie" plus qu'autre chose, une passion où le JV rétro ne serait qu'un support pour assouvir ce besoin chronique de retoucher du doigt l'insouciance de l'enfance.

Je veux dire, chacun fait ce qu'il veut, à l'échelle individuelle, je respecte à 100%, ce n'est pas le sujet ici. Ceci dit, je trouve en revanche un peu dommage de ne renvoyer qu'exclusivement ce message lorsqu'il y a prise de parole publique, dans un effet de groupe pas très défini ni très réfléchi, alors que le média vidéoludique est si vaste, pluriel et multiforme.

L'effet de groupe est affriolant, se pose en évidence. Il engrange des modes ainsi que des mouvances qui nous imprègnent parfois inconsciemment. 

Je pense que le rétrogaming sans nostalgie devrait être au moins autant représenté que le rétrogaming madeleine de Proust (qui à mon sens est infécond et de toutes manières voué à disparaitre). Or, la balance penche abusivement d'un côté.

"Mais dans ce cas là, qu'est-ce qui pourrait pousser les gens à partir dans le rétro." dirait un incrédule (Lu dans la section rétrogaming du forum d'un site généraliste).
->Bin exactement pour les mêmes raisons qui font qu’aujourd’hui, on ne se questionne pas sur l’intérêt ni la légitimité de regarder un film des années 80/90 ou antérieur (la technologie “vieillit” et les savoir-faire évoluent, ce qui peut faire son charme d’ailleurs, mais l'intérêt intrinsèque des oeuvres de qualité subsistent).

Si je regarde aujourd'hui "Autant en emporte le vent", "Les Sept Samouraïs" ou "Le Roi et l'Oiseau", et que je souhaite en parler, est-il question de quelconque nostalgie parasite dans les discussions cinéphiles ? Bien évidemment que non, car la culture cinématographique a acquis des lettres de noblesse dont ne jouit pas (encore) le jeu vidéo. Cela avance doucement, mais ce n'est certainement pas en brandissant la pancarte nostalgie dès qu'il s'agit de rétrogaming que cela ira mieux.

Les amateurs de bande-dessinée ont également une approche plus mature envers leur médium. Il ne viendrait à l'idée de personne de parler avant tout de nostalgie lorsqu'il est question de réédition ou d'achat de première édition d'un album du Gang Mazda, de la Quête de l'Oiseau et du Temps, d'un Spirou de Franquin ou d'une intégrale des histoires de Picsou par Carl Barks ou Don Rosa.

Non. Les qualités de ces oeuvres, encrées bien évidemment dans leur temps et façonnées par les standards de leur époque, priment sur le reste, avec un soupçon de dimension culturelle et historique en arrière-plan. Le milieu du JV, avec une majorité de joueurs aux crochets exclusifs de l'actualité frénétique, et des éditeurs qui n'aident pas en surfant à fond sur le marketing de la nostalgie pour vendre un max de trucs, est encore loin de ce genre de considération.

Bien sûr, cela n'empêchera pas tout à chacun d'avoir ses petites madeleines de Proust, ses petites BD fétiches que l'on se rappelle avoir lues sous la couette, ses films doudous que l'on ressort volontiers durant les fêtes de Noël en pyjama chocolat chaud entre les paumes... mais ce n'est certainement pas ça qui motive les discussions publiques populaires lorsqu'il s'agit de bédéphilie ou cinéphilie autour d'oeuvres du passé. (Et punaise heureusement !).

Rétrogamers de tout poil, fans de jeu vidéo de tous horizons, afin d'oeuvrer (sans trop d'effort) pour une émancipation et pleine reconnaissance culturelle de ce média qui nous passionne tant, cessons de brandir la pancarte "nostalgie" à tout va, dés qu'il est question de jouer à une oeuvre vidéoludique ne faisant plus l'actualité.

Tordons les implications de ce sentiment, questionnons-nous sur l'effet de son étalage généralisé. Le monde du Jeu Vidéo est vaste, comme tout média de divertissement de masse, il possède ses classiques, ses oeuvres charnières, et son lot de pépites intemporelles qu'il conviendrait de traiter avec la considération qu'elles méritent.

Certains adoptent déjà cette démarche saine et réellement constructive en parlant de Jeu Vidéo rétro sans le spectre de la nostalgie. (Game Sack, My Life in Gaming, Digital Foundry Retro, Archipel, Gaming Historian, strafefox, Displaced Gamers, Retro Core, KidShoryuken, Game Maker's Toolkit, SNES drunk, Top Hat Gaming Man, Nefarious Wes, Sega Lord X, Ultra Healthy Video Game Nerd, Jeremy Parish, Console Wars, Rétrovision T.V., Gangeek Style, etc.).

Nous sommes acteurs de l'avenir

Pour peu que vous ayez un public, journalistes comme simples particuliers influenceurs, réfléchissez-y et demandez-vous de quelle manière souhaiteriez-vous parler de Jeu Vidéo et de ses oeuvres du passé.

Souhaitez-vous continuer à cultiver insidieusement l'idée que vos jeux préférés ne représentent qu'un tas de reliques désuètes indignes d'intérêt aujourd'hui, que de simples totems qui vous confortent, vous seul, dans une nostalgie passéiste ? Ou préféreriez-vous faire réellement honneur à ces jeux que vous aimez pour ce qu'ils sont et non ce qu'ils étaient, tout en permettant à d'autres de les découvrir et de les apprécier à leur tour ?

Ne serait-il pas préférable de promouvoir la curiosité qui n'a que faire des dates de sortie, de promouvoir la prise de distance vis à vis d'une actualité effrénée et de standards modernes qui nous conditionnent, de promouvoir l'ouverture vers des contrées qui regorgent de trésors intemporels qui ne demandent qu'à être mis en valeur, décortiqués, critiqués proprement.

Séparer le grain de l'ivraie

Afin que les meilleures oeuvres persistent, qu'elles demeurent non pas seulement dans les souvenirs ou l'imaginaire collectif, mais qu'elles subsistent avant et surtout en tant qu'objets ludiques compétents, sur nos écrans, manette en mains.

Je suis désolé, je ne peux m'empêcher de penser que cette démarche dépolluée de nostalgie oeuvre, dans le partage et la transmission la plus complète, pour une réelle émancipation et reconnaissance culturelle du Jeu Vidéo. Jeu Vidéo encore trop souvent considéré comme un médium puéril et inconséquent, cadenassé de manière péremptoire à l'évolution technologique et la seule modernité.

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Commentaires

nikolah
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nikolah

Ah mince, je ne connais pas bien le concept de cerveau reptilien. J'en ai vaguement entendu parlé ici et là, il faudrait que je m'y penche plus en détails.

 

En gros le cerveau humain actuel se serait constitué autour de couches successives, dont la plus primordiale serait le cerveau reptilien qui serait du coup le plus "instinctif". 

 

Mais c'est pas complètement validé non plus par les scientifiques.

Kenji Seang
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Kenji Seang
Ah, un compère aïkidoka, cela fait plaisir ;)
Oui, c'est ça ! C'est d'ailleurs dommage qu'en Occident, au sein des fédérations officielles, le mouvement soit essentiellement considéré comme une finalité. Je préfère l'approche traditionnelle, plus spirituelle, ou le mouvement n'est qu'un moyen.
Ah mince, je ne connais pas bien le concept de cerveau reptilien. J'en ai vaguement entendu parlé ici et là, il faudrait que je m'y penche plus en détails.
nikolah
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nikolah
Dans l'article ils parlaient de "cerveau reptilien" mais c'est un concept qui est très controversé. Pareil j'ai fait de l'aïkido et il y a une vraie différence entre l'apprentissage des mouvement et leur maitrise, il y a indéniablement un truc qui se "débloque" quand on ne réfléchi plus à ce que l'on est en train de faire. Après je pense que ta réponse sur pourquoi est ce qu'on passe généralement par la nostalgie pour transmettre ces oeuvres du passé, notre media est malheureusement plutôt immature et a besoin de simplification.
Kenji Seang
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Kenji Seang
Salut nikolah.
Ce dont tu parles, il me semble que c'est la mémoire du corps. Un élément essentiel dans toutes formes de pratiques nécessitant des mouvements précis, dont le cerveau doit pleinement intégrer les gestes pour libérer de l'attention (pour ne pas être concentré constamment pour rien). Les musiciens connaissent bien, les sportifs de haut niveau, les artisans chevronnés, etc.
Moi-même pratiquant d'Arts Martiaux, la mémoire du corps est essentielle et est au centre du concept de "mushin" (le non esprit) qui permet de "méditer" durant les katas, et d'en tirer un plaisir intense, voire une sensation de bonheur. Le corps bouge, l'esprit est libéré et peut entrer ainsi en résonance avec "la vibration de l'univers" (enfin ça, c'est la vision ZEN traditionnelle japonaise).
Ce que tu dis est pertinent car je me rappelle d'une vidéo d'un shmuppeur qui one créditait un Mushihime Sama, il disait qu'il "récitait une partition" et qu'il en tirait un plaisir intense. Je pense que l'on rejoint un peu ce que tu dis.
Je ne sais pas si c'est cela qui peut intervenir dans l'aspiration généralisée des retrogamers. Surtout que pas mal de nostalgiques se révèlent être juste collectionneurs des jeux de leur enfance (c'est la sensation qui leur importe, pas le plaisir du gameplay), et la nostalgie est aussi présente dans tous les autres médias de divertissement (juste qu'elle est communément contenue plus largement à la sphère privée). Mais il y a peut-être un peu de cela, merci pour ce partage ; )

En fait, les causes me paraissent difficiles à cerner. Cela demanderait des compétences particulières. Ce n'est pas la nostalgie individuelle, personnelle, cantonnée à la sphère privée que je vise ici (à ce propos, j'émets juste des réserves quant au bien-fondé de la cultiver volontairement, je n'ai pas spécialement d'avis tranché sur la question). Avec cet article, je cherche vraiment avant-tout à questionner le recours systématique à cette notion lors des échanges, lors de la transmission de propos d'un individu à un autre dès qu'il s'agit d'oeuvres du passé, et des effets que cela peut produire. Juste pour proposer des pistes de réflexion, ou prendre conscience de certaines choses.
nikolah
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nikolah
Article tres interessant comme d'habitude kenji :)
Alors je vais me faire (un peu) l'avocat du diable mais le coté nostalgique n'est pas complètement évitable, en réalité. Bon ya les facteurs classiques : marketing des éditeurs, structure des sites d'info (qui parlent d'actualité forcement) , youtube game etc. Mais je pense qu'il y a aussi un coté "neurologique" au fait qu'on aime jouer et rejouer à des jeux que l'on connait depuis plusieurs années. Il y a évidement pour les jeux narratifs le coté 'doudou" : on aime bien qu'on nous raconte la même histoire encore et encore. Personnellement je suis plus fan des jeux plus orientés "gameplay" et particulièrement les jeux de combat qui sont à mon avis assez proche de la pratique d'un instrument de musique. C'est là ou je veux en venir : j'avais lu un article qui expliquait que la pratique de guitar hero était tres interessante neurologiquement car elle impliquait différentes parties du cerveau. En simplifiant, au début on est en phase d'apprentissage (et on réfléchi à sa manière de jouer) puis la maitrise du jeu excite d'autres parties (on joue d'instinct) qui serait apparement trés agréables. Du coup, il y aurait un élément scientifique à la "nostalgie" dans le sens ou la répétition devient source de plaisir "chimique", un élément que ne peut produire que le jeu vidéo (contrairement au ciné ou à l'écoute de la musique qui se basent plus sur l'émotion) lié à la maitrise du geste. Alors évidement, dire que le classic gaming n'est un passe-temps de nostalgiques est surtout un argument pour ceux qui pensent que les jeux récents sont intrinsèquement meilleurs que leur prédécesseurs, dans une idéologie d'évolution linéaire et progressiste du média. Mais on ne peut/doit pas non plus en exclure totalement la composante nostalgique, pour le meilleur ou le pire ;)
Kenji Seang
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Kenji Seang
Je ne vois pas en quoi ton exemple n'est pas compatible avec mon propos ^ ^
Je ne peux pas non plus me séparer de mes consoles "rétros", de ce plug&play au charme fou, de ces gameplay à l'essence arcade au fun immédiat et à la profondeur de jeu révélée par la répétition, d'une rejouabilité à toute épreuve (je refais certains titres au moins une fois par an, et je découvre ou re découvre de nouvelles pépites sans cesse).
La nostalgie personnelle m'indiffère, chacun en fait ce qu'il veut (j'émets juste des réserves sur le fait de la cultiver sciemment, mais je n'ai pas d'avis). Mon propos porte essentiellement sur la remise en question de la systématicité de l'appel à la nostalgie (l'automatisme, le consensus) lorsqu'il s'agit de "p.a.r.l.e.r" de jeux vidéo issus du passé à autrui, de la hiérarchisation qu'elle peut induire, et l'impact potentiel que cela peut avoir sur la considération générale du médium ; )
C'est une thèse que j'avance, comme une piste de réflexion pour chaque "rétrogamer". Car pour en avoir discuté avec beaucoup, je constate que la notion de nostalgie est souvent passivement intégrée, et donc machinalement brandie, par habitude et mimétisme, sans que cela en soit réellement, ni ne représente la motivation première à l'acte "rétrogaming".
hiko
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hiko
Excellent article même si je ne partage pas l'entièreté du propos :) Par exemple, me concernant, je ne peux me séparer de ma GBA micro avec ses 5 ou 6 cartouches que je ressors avec grand plaisir car les jeux récents ne m'apportent pas le même plaisir de jeu (Golden Sun avec une autonomie de console de + de 5 heures de jeu sans avoir un gros bousin avec des temps de chargements, maj système & co dans tous les sens ça a du bon)
Kenji Seang
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Kenji Seang
Je suis d'accord avec ce que tu dis Titicopathe, c'est très intéressant, merci !
Et j'irais même jusqu'à penser qu'idéalement, il ne devrait même plus avoir besoin de segmenter les joueurs de JV selon la date de sortie des oeuvres auxquelles ils s'adonnent. Il n'y a aucun concept de "rétro-cinéphile" ou "rétro-bédéphile", c'est insensé !
"Classic Gaming" reste une segmentation (que j'estime arbitraire et qui n'a pas lieu d'être), mais cette désignation (si nous sommes contraint à en garder une par la force des choses) a au moins le mérite de porter en ses termes un sens un peu plus fin.

Après, niveau cinéma, BD, musiques et autres, il y a aussi des journalistes qui ne capitalisent que sur l'actualité et les nouvelles sorties. C'est étonnant ce traitement spécifique dans le milieu du JV. Peut-être que les jeux demandent plus de temps pour être "consommés", plusieurs heures, des dizaines d'heures, parfois des centaines (et d'autant plus aujourd'hui avec le cahier des charges "remplissage" et l'influence du critère critique de la sacro-sainte de la "durée de vie")... du coup, beaucoup moins de temps pour regarder en arrière, et affiner sa connaissance / pratique des classiques. Je n'en sais rien.
Titicopathe
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Titicopathe
Rétro gamer, c'est un gros mot, je suis d'accord. Classic gamer, c'est pas mal mais bof. Non, si il fallait donner un nom à une tendance, ce serait novellus gamer pour ceux qui ne jouent qu'au titres récents en opposition avec tout ce qui est déjà existant. A mais yeux, le terme "rétro-gaming" n'existe qu'en contraste avec cette vision du média que nous propose la presse spécialisé (à fortiori depuis internet) et les éditeurs. La journalisme vidéoludique doit sa vie au renouvellement quotidien de l'information et est résolument tournée vers l'avenir. Une fois un jeu sortie, on passe déjà au suivant. La disparition du format papier à accentué cette boulimie de l'exclu et du buzz, tout en laissant peu de place à l'évocation du passé. Et on le sait, il n'y a pas de culture sans passé. Les éditeurs quant à eux n'ont aucun intérêt à mettre leur patrimoine en valeur s'il n'est pas commercialisable; Et c'est eux avant tout qui ont cloisonné au passé l'immense patrimoine du monde vidéoludique. Les rétros gameurs (sans tomber dans le piège du "c'était mieux avant") sont des défenseurs d'une culture devenue inaccessibe légalement, de manières de jouer qu'on ne met plus en avant, de petits et de grands titres qui ont fait l'histoire. L'évocation de la nostalgie, c'est la conséquence d'un réflexe défensif de vieux passionnés, qui veulent sauvegarder cette mémoire qu'ils ne peuvent plus partager. On peut critiquer tant qu'on veut cette démocratisation des indés old-styles/remakes/remasterisations/consoles minis où autres, mais c'est grâce au retour du passé dans le présent que cette nostalgie réductrice disparaîtra. On a toujours pu lire de vieux livres, voir de vieux films, feuilleter de vieilles bd: on peut de nouveau jouer à d'anciens jeux et c'est tant mieux. Que vive la culture vidéoludique dans sa globalité!
Kenji Seang
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Kenji Seang
Oui, c'est ça !
La composante interactive du JV reste majoritairement utiliser pour servir l'aspect ludique, c'est sûr. Il y a "JEU" dans "jeu vidéo", c'est une limite induite dans le terme même. Alors que l'interactivité peut être un excellent moyen d'impliquer le joueur plus personnellement, de lui transmettre efficacement un propos, ou de lui faire ressentir voire éprouver activement diverses émotions complexes. C'est pour cela que je pense que c'est aux développeurs (aux créateurs) de s'approprier pleinement le média, de proposer des oeuvres qui exploreraient des motivations et finalités "artistiques". Le reste en découlera naturellement, avec le temps et la pratique.
Quant à la transmission, oui, pour moi c'est une évidence que c'est à nous d'en être acteur (enfin, ceux qui le voudraient, qui y voient du sens et un intérêt haha). Enfin perso, je ne vais pas attendre une volonté hypothétique de l'industrie, une improbable politique culturelle, ou me reposer sur le hasard ^ ^
Sinon, c'est prendre le risque que les (bonnes) choses se perdent.
Seth P1C
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Seth P1C
Le problème n'est pas le côté ludique mais le manque de sens et de réflexion dans ce que le joueur est amené à réaliser. Rares sont les jeux qui m'ont "bouleversé" si je puis m'exprimer ainsi. De toute manière, pour que le JV soit considéré comme un art, il ne faut pas convaincre les passionnés mais les autres. Toute la difficulté se trouve là. Après est-ce à nous de transmettre et de faire connaître les jeux classiques aux plus jeunes générations? Pour que ces jeux ne tombent pas dans l'oubli?
Kenji Seang
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Kenji Seang
Non, c'est un sujet intéressant le "JV en tant que forme d'art".
Mais c'est trop complexe et implique trop de choses transversales. Disons que seul l'avenir nous le dira, c'est aux développeurs de s'approprier le média pour en faire un moyen d'expression artistique perçu comme tel.
Est-ce que le JV est immature par nature, à juste raison ? Tu veux dire, de par son côté interactif (donc potentiellement ludique) ? Peut-être, même si je ne pense pas personnellement (jouer pour moi n'est pas le propre de l'enfant, mais le propre de l'Homme).
Ce dont je suis un peu plus sûr, c'est que considérer les oeuvres du passé pour leurs qualités (avant leur pouvoir nostalgique) ne peut pas faire de mal à la reconnaissance culturelle du média JV.
Seth P1C
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Seth P1C
Parce que le média jeu vidéo, malheureusement, est encore perçu comme immature. à juste raison? je ne sais pas. J'ai surtout l'impression que le jeu vidéo doit encore mûrir par rapport à ce qu'il propose avant de pouvoir se revendiquer comme art. Dans ce qu'il propose dans son interaction ,dans la réflexion qu'il peut emmener. Mais je digresse sûrement ^^ en tout cas, continue de publier, j'apprécie ta plume :)
Kenji Seang
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Kenji Seang
C'est un élément qui me taraude depuis longtemps Skoll03.
Je sais que le côté expérience authentique sur support original du JV est un frein quelque part. C'est très juste ce que tu dis ! Il m'est personnellement impossible de prendre plaisir (ou tout du moins, pas aussi intensément) sur un jeu rétro émulé sur un écran HD.
Mais lorsque je vois les méthodes actuelles (consoles mini, émulation officielle sur les stores, everdrives et autres) qui n'ont jamais été aussi abordables pour jouer aux oeuvres vidéoludiques du passé, ainsi que la satisfaction générale qu'elles suscitent, je me demande si cela joue réellement dans la situation actuelle du rétrogaming. Pour le cinéma, il y a également des contraintes d'accessibilité à certaines oeuvres, et des conditions plus ou moins favorables (regarder un bon vieux film remasterisé au cinéma ou en bluray sur un vidéoprojecteur chez soi, ce n'est pas la même choses que de se farcir un rip dvix vhs sur l'écran de son ordinateur portable ^ ^).

Seth P1C : c'est exactement pour cela que j'ai voulu développer la réflexion. Pour "se demander pourquoi", de remettre en question le recours quasi-systématique à la notion de nostalgie et son étalement qui est si valorisé en public (alors que c'est quelque chose de personnel et que cela n'est peut-être pas sans conséquence sur la perception générale que l'on renvoie du média JV).
Je pense que ça serait cool que les meilleurs JV, de notre enfance ou pas, puissent être appréciés par les générations futures. Parce qu'à mes yeux, il y a un paquets de perles que je trouverais dommage de voir sombrer dans les limbes de l'oubli.
Seth P1C
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Seth P1C
Bel article, bien écrit. Comme tu le soulèves clairement dans ton post, on peut faire le parallèle avec le cinéma ou la musique : le poids des années ne compte pas quand une œuvre est bonne. Après, il s'agit d'un ressenti personnel du pourquoi chacun joue à des jeux anciens. Honnêtement, je ne m'étais jamais vraiment posé la question. Est-ce par nostalgie? Ou simplement parce que ce sont de bons jeux avant tout? Un peu des 2 je pense. Je ne joue que très rarement sur le format d’origine (bouh, honte à moi) mais j'aimerai le faire plus souvent pour retrouver les sensations de l'époque (hmm, nostalgie quand tu nous tiens). Je fais partie d'une génération qui a grandi avec les consoles de salon Nintendo/Sega, ça fait partie intégrante de ma culture si j'ose dire. C'est devenu une habitude de ressortir mes vieux jeux ou consoles si possible(celles qui marchent encore :P) au fil des années pour me refaire des parties sur certains de mes jeux préférés d'alors. Chaque génération sera marqué par ses propres jeux/consoles, je ne pense pas que ce phénomène va disparaitre, seulement que les œuvres ludo-numériques appréciées seront différentes.
Skoll03
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Skoll03
Je tiens d'abord à dire que je suis d'accord sur le fond de l'article. Pour faire simple la nostalgie, c'est caca ! Je n'ai aucun doute là-dessus, mais pour me faire l'avocat du diable et pour garder le parallèle avec le cinéma je vais prendre un exemple.

Lors du début de ce confinement j'ai revu avec beaucoup de plaisir les Tontons Flingueurs, je pense que cela faisait plus de 20 que je ne l'avais pas vu, bref, j'ai apprécié le film sans "biais nostalgique" n'ayant pas connu le film "quand j'étais petit" et j'ai pu en profiter sur ma télé 4k de 2019 et pour pas cher (juste la redevance télé quoi). Je pense que vous me voyez venir avec mes gros sabots.
Suivant régulièrement (mais faisant partie de la majorité silencieuse) ce blog, je découvre des jeux que je ne connaissait pas. Mais voilà, aujourd'hui pour profiter de nos jeux classiques sur support d'origine (et j'en suis convaincu, cela ne peut passer que par là) il faut une télé cathodique, bon c'est pas cher mais il faut de la place, la console et le jeu d'origine, et là c'est le drame. Alors chacun mets la barre où il veux mais on passe vite du "bon ok ça va" à "oulà mon rein n'y suffira pas".
Ce que je veux dire dans ce long message, c'est qu'en plus du biais nostalgique, on doit supporter le jeune cadre dynamique qui peut mettre plusieurs centaines d'euros pour un jeu qu'il avait quand il était petit. Et là ça ouvre pas la découverte pour le plus grand nombre.
Une fois de plus, chacun vois midi à sa porte, personnellement je peut mettre 70 euros dans le dernier Platinum, je n'ai pas de problème pour mettre 70 euros dans un jeu megadrive, mais il faut bien admettre que c'est un frein.
Là où pour garder mon exemple des Tontons, les classiques du cinéma, c'est pas le même prix. Juste pour finir sur le prix, je n'ai jamais compris les gens qui achètent un jeu à prix d'or pour le laisser dans son emballage d'origine. Mais je digresse là, donc j'arrête.

Voilà, je trouve que "classic gamer" aujourd'hui, c'est pas simple, mais on s'accroche !

En tout cas, encore merci pour ces billets toujours bons à lire.
Kenji Seang
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Kenji Seang
Il ne doit pas en avoir beaucoup pour Autant en Emporte le Vent, effectivement Tompouce75 ^ ^
La nostalgie va forcément se décaler sur les générations plus récentes (Playstation, Gamecube / PS2, etc.) et ainsi de suite. Mais lorsque le JV aura droit à la même considération culturelle que le cinéma ou la BD, elle sera davantage confinée à l'espace personnel de chacun. Et l'on pourra parler ainsi des oeuvres vidéoludiques du passé sans qu'elle en soit le pivot absolu.

C'est intéressant ce que tu soulèves sur la Playstation Evilmarmotte.
C'est là où le rétrogaming prend son sens, pour identifier clairement les oeuvres qui méritent d'être valorisées sans le poids trop conséquent des années (il y aura toujours des récalcitrants aux "anciennes oeuvres", dans tous les médiums). Sur Playstation, il y a pas mal de jeux qui ont brillamment "vieilli" (des jeux 2d essentiellement mais pas que), mais comme tu l'évoques, la plupart ne font pas partie des jeux à fort pouvoir nostalgique en Europe, et ont tendance à être sous-représentés (et justement, découvrons les, exposons les, recommandons les !).
Evilmarmotte
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Evilmarmotte
Très bon article, très pertinent.
Je trouve qu'avec la ressortie de la Playstation Mini par exemple, on a eu un bon exemple de nostalgie absurde. Beaucoup de jeux de l'ère 32 bit sont devenus injouables ou juste très laids (tomb raider, destruction derby, resident evil...). Des jeux "cultes" que tout le monde connait, mais auxquels personne n'a envie de rejouer.
Alors que sur les rééditions 8 ou 16 bit par opposition, les jeux sont reconnus pour leurs qualités objectives. Un bon mario reste jouissif, même 30 ans après sa sortie alors que tout le monde ne jure plus que par la 3D hyper réaliste.
Perso ça m'a fait prendre du recul par rapport à ma passion pour les jeux rétros.
Tompouce75
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Tompouce75
Bravo très bel article, et excellente liste de programmes sur Youtube & co qui proposent du contenu de qualité sur les jeux des générations précédentes sans verser dans la madeleine de Proust.
La découverte d'un jeu "rétro" doit s'apparenter à la découverte d"un film ou d'un livre "ancien", ni plus ni moins, et la nostalgie ne sera pas éternellement un facteur (qui est encore vivant pour nous parler de la sortie d'Autant en Emporte le vent aujourd'hui ;))

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