Le Dojo de Kenji

Le Dojo de Kenji

Par Kenji Seang Blog créé le 20/06/12 Mis à jour le 18/05/16 à 12h01

Neo Geo, Shenmue, Berserk, Ghibli, Tests, Vidéo-tests etc.
Du pixels, du polygones... saupoudrés de tout comme de rien !

Ajouter aux favoris
Signaler
Japanimation-Manga (Cinéma)

Après les Chrono-Test qui s'attardent sur mes ressentis à propos de jeux vidéo (en tous genres et de toutes époques), voici le 1er billet Chrono-Critique qui s'attardera sur des films. Précisons qu'il s'agira ici majoritairement de films d'animation japonais ou, plus rarement, de cinéma asiatique (mes domaines de prédilection).

L'annonce du film live eut lieu en 2011 mais ce sont les deux OAV de 2012 qui ont véritablement relancé la carrière de Kenshin au Japon.

Après 10 ans de léthargie (depuis les fabuleuses OAV Tsuioku et Sensou HEN), la série Kenshin a connu un soubresaut avec la révélation en 2011 qu'un film live était en préparation. Mais c'est avec la sortie de nouvelles OAV sur l'arc Kyoto (Rurouni Kenshin : New Kyoto Arc OAV) en 2012 que les fans ont eu quelque chose à se mettre sous la dent. S'en est suivi une inéluctable vague de produits dérivés (je retiendrais uniquement les statues G.E.M. Series de MegaHouse : Kenshin, Saito, Shishio). Sans nouvelle, l'ombre du film live planait toujours, et moi le premier, dubitatif devant l'idée elle-même et les premières fuites sur le casting, n'accueillis pas l'idée avec beaucoup d'enthousiasme mais qu'importe. Et ce n'est pas la vue des premiers trailers un peu plus tard qui fit changer mon terne ressentiment. 

Véritable succès au box-office japonais en 2013, j'ai appris il y a peu qu'un 2e et 3e film étaient sortis au Japon en août et septembre de cette année 2014 et qu'ils bénéficiaient d'un budget conséquent (traduisant pas mal de crédit accordé au 1er film). Bon, plutôt que de rester sur un préjugé qui me taquine, pourquoi ne pas me faire un avis sur cette adaptation histoire de rire... ou pleurer.

Le film s'attarde sur les 2 premiers tomes du manga... autrement dit pas les meilleurs. Cela dit, les scénaristes (en coopération avec Nobuhiro Watsuki, l'auteur du manga) ont su tirer ce qu'il y avait de mieux dans l'histoire du sabreur roux à la cicatrice : le passé sombre du héros, ses tourments, la rencontre avec Kaoru, les incidents avec Jinei etc. Les thèmes les plus intéressants du manga ont été également traités avec beaucoup de tact comme la réflexion sur l'Art du sabre qui a perdu de son sens sous l'ère Meiji (qui se veut paisible, moderne et tournée vers l'Occident), réflexion parfaitement incarnée par l'idéologie fantasque de l'école Kamiya Kasshin de Kaoru confrontée à la vision traditionaliste de Jinei (et Saitô).

Scène très réussie où l'idéaliste Kenshin tue pour la première fois un chef du gouvernement ainsi que sa garde. Difficile de ne pas la comparer à l'exceptionnelle même scène dans les OAV Tsuioku Hen.

Du côté du scénario, on est donc sur une très bonne adaptation, reprenant les meilleurs enjeux narratifs et thématiques du manga. Elle se permet même des petits remaniements/ajouts plus que bienvenues qui densifient d'une bien belle manière l'univers de l'oeuvre originale (ex: le fameux kimono pourpre de Kenshin serait en fait celui que Kaoru gardait de son défunt père, l'intrusion de Saito dans toutes les ficelles de l'histoire qui donne lieu à des dialogues bien sentis et engendre même une scène monumentale totalement inédite où il teste Kenshin).

Je regrette toutefois l'emphase sur Kanryu Takeda qui ne m'a jamais passionné (je trouve le personnage caricatural du mec pourri engendré par l'ère Meiji), ou encore le manque de profondeur de l'histoire de Megumi (qui a un gros potentiel sur le papier). Quelques changements et ellipses malvenus sont à relever comme ceux effectués sur le personnage de Sagara Sannosuke, totalement raté dans le film. C'est bien simple, il a été dépouillé de toute sa substance et c'est fort dommage. Fini l'ex-membre du Sekihôtai meurtri par la mort de son mentor et trahi par l'ancien camp de Kenshin, place au simple bagarreur au bon coeur complètement plat.

Ci-dessus, l'exemple de la scène inédite extrêmement bienvenue durant laquelle Hajime Saito titille la détermination de Kenshin à renier son ancien lui.

Au niveau du casting (point extrêmement sensible dans les adaptations d'oeuvres papiers), je dois franchement avouer que j'ai été fort surpris sur la qualité des choix. En premier lieu, Kenshin transpire la crédibilité (très bonne prestation au sabre) et l'acteur a su capturer la personnalité si délicate et torturé à la fois du personnage. Jamais dans le surjeu imbuvable, ni dans le tapage de poses pas naturelles et encore moins dans les manières forcées, l'acteur incarne selon moi à merveille Kenshin et j'en suis premier étonné (j'étais pas bien sur les 1er trailers ^^).

Je citerais également sur le podium la performance de Jinei, vraiment excellent dans son rôle de psychopathe nostalgique du passé emporté dans sa folie meurtrière. Tout le reste du casting est bon voir très bon, sauf bien évidemment Sannosuke qui en plus d'avoir été saccagé au niveau de son background ne correspond pas beaucoup au surpuissant combattant svelte et élancé du manga (et pire, j'ai trouvé le jeu d'acteur de l'espièglerie complètement forcé, à la limite de l'insupportable).

Jinei, en plus d'être fidèle au design original, joue parfaitement le rôle du personnage perdu dans sa folie meurtrière. LE méchant du film (Takeda n'est qu'un clown).  

Niveau mise en scène, c'est du propre. Les plans sont beaux, bien composés, souvent prolongés sauf en combats où ils sont beaucoup plus dynamiques, presque un peu trop d'ailleurs (pour moi, nul besoin de 1000 plans pour un combat si la performance martiale des acteurs est bonne). Hors rixes de sabres, ces plans fixes (souvent agrémentés de doux travellings) dotent le film d'une esthétique picturale assez marquée et j'ai apprécié ce côté posé qui distille une ambiance assez flegmatique teintée de mélancolie (l'humour du manga ayant été totalement éludé ici, à raison).

La crainte principale que j'avais portait sur les chorégraphies de combat : eh bien elles s'avèrent très réussies : toujours lisibles, et à 98% réalistes, la technique Hiten Mitsurugi Ryu de Kenshin est crédible à l'écran avec de beaux mouvements, des enchaînements prenants et une vitesse bien rendue qu'il s'agisse des combats en duel ou contre plusieurs adversaires. En contrepartie, les massacres de Jinei sont saisissants : pas de demi-mesure, ça tranche en un coup, c'est vif, violent, réaliste. Très bonne balance entre la surpuissance romanesque du style esthétisant de Kenshin et la sanglante réalité crue de l'Art du sabre

Après visionnage du film, je dois bien avouer que mes présomptions étaient au final assez peu justifiées. Kenshin le Film évite les pièges dans lesquels sont tombés bien des adaptations de manga en évitant farouchement le fan-service creux et cela fait plaisir à voir. D'une part, la qualité de réécriture du scénario et des dialogues fait que cela ajoute une véritable plus-value pour les fans du matériau original. La psychologie torturée de Kenshin est retranscrite avec retenue et les thèmes les plus intéressants du manga ont été traités avec grand soin. D'autre part, la réalisation solide et la représentation de l'action qui sonne étonnamment juste pour un style de combat si burlesque sur papier font que c'est parfaitement regardable pour le manant (et jouissif pour les autres). Une bonne surprise que je conseille avant tout aux fans de Kenshin qui trouveront ici une transposition tout aussi plaisante que profondément intéressante.

PS : Mais QUE FONT LES EDITEURS français ? Cela fait des plombes que l'on attend une sortie bluray des OAV New Kyoto Arc de 2012 et aucune nouvelle du film live... que font-ils, à quoi pensent-ils ? La fanbase de l'oeuvre originale est assez présente en France, cette lenteur, que dis-je ce mutisme est parfaitement injustifié en 2014. Et plus le temps passe, plus ces productions perdent de leur potentiel commercial (les fans auront vite fait de se procurer les bluray japonais ou américains, voire de se tourner vers des méthodes "alternatives").

Ajouter à mes favoris Commenter (0)

Commentaires

Édito


 

Archives