Le Blog avec une saveur de Toulouse

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Par Jehlahd Blog créé le 13/03/14 Mis à jour le 21/06/16 à 16h02

Parce que dans le Sud, il se passe des choses bien pour les gamers, autant en parler régulièrement =)

Et de l'univers vidéo-ludique en général aussi.

Et de choses diverses, pas forcément intéressantes mais marrantes =D

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Articles de fond (Divers)

Le handicap dans le jeu vidéo

  Dans les lignes qui suivent, ne vous attendez pas à avoir une analyse d’un expert du handicap et/ou d’un professionnel du jeu vidéo, c’est juste l’avis d’un joueur de longue date qui a remarqué que, depuis quelques années, le sujet du handicap et la place des personnes victimes d’handicap ont fortement évolué (dans le bon sens) dans le monde vidéo ludique. Ah oui, et il y a des spoilers donc gaffe à vous si vous souhaitez lire la suite !

  Cet article a pour but de mettre en avant les mises en situation du handicap dans certains jeux (ses formes, ses conséquences dans le jeu en lui-même…) ainsi que le rôle que jouent les personnes souffrantes de ces différents handicaps dans les jeux (héros, acolyte…) par le biais de quelques exemples précis.

1) Le side-kick rigolo mais en cristal de Murano (Spoil léger)

  Le premier personnage auquel j’ai pensé est celui de Joker dans la saga Mass Effect (jeu de rôle/action-aventure futuriste en 3 jeux ayant pour particularité d’impliquer le joueur à haut niveau car les décisions prises dans un épisode influent sur la suite de l’aventure). Il occupe le poste de navigateur spatial (pilote quoi) et souffre d’ostéogénèse imparfaite, communément appelé « maladie des os de verre » (on te tord le bras, PAF ! tout cassé dedans).

  En prenant le temps de discuter avec lui au début du premier Mass Effect, Joker nous apprend que c’est une maladie génétique rare, qu’il est classé dans la catégorie « moyen à sévère » (ses os se brisaient déjà dans le ventre de sa mère mais en faisant attention, il peut marcher et vivre sans « trop » d’assistance) et que, malgré sa maladie, il a terminé major de sa promotion à l’école de pilotage.

  Pour parvenir à ce résultat, il a travaillé dur, très dur car il ne voulait pas de la charité à cause de sa maladie, ce qui est admirable et crée chez le joueur un respect immédiat pour le personnage de Joker. Ce qu’il est intéressant de remarquer, c’est qu’en plus d’avoir un sens de la répartie très travaillé, Joker ne se laisse jamais abattre.

  Au début de Mass Effect 2, lors de la destruction du vaisseau, Shepard (le héros/l’héroïne de Mass Effect) extirpe Joker de son fauteuil un peu brusquement et Joker lui dit en gémissant « Gaffe au bras ! » et dans Mass Effect 3, Joker peut avoir une romance avec EDI (l’intelligence artificielle du vaisseau qui possède un corps robotique) et se pose beaucoup de questions sur la viabilité de cette relation du fait des contraintes auxquelles ils sont tous les deux confrontés (sa maladie pour lui et…bah sa nana, c’est un robot quoi. Pas moche certes, mais un robot donc bon, la douceur de la peau, il peut oublier le bonhomme !).

  Il est intéressant de voir l’évolution de Joker au fil des jeux car les développeurs font tout leur possible pour « gommer » son handicap aux yeux du joueur, sans pour autant le faire disparaitre, car elle définit qui il est et c’est en partie parce qu’il est malade qu’il en est là où il est dans sa vie.

2) La meilleure amie qui appelle au secours (GROS SPOILER !)

  Le deuxième personnage qui m’est venu en tête est celui de Chloé dans Life Is Strange (jeu narratif sous forme épisodique sur la théorie du chaos qui raconte l’histoire de Max, une jeune Américaine revenant dans sa ville natale pour étudier la photo et qui se découvre la capacité de « voyager dans le temps », et de Chloé, sa meilleure amie qu’elle n’a pas vu depuis plusieurs années).

  À la suite d’un changement opéré par Max dans le passé de Chloé, cette dernière se retrouve complètement paralysée suite à un accident de voiture (Explication pour faire simple : dans le « vrai » monde, le père de Chloé est décédé. Max décide de changer ça et du coup, se retrouve dans un « faux » monde où Chloé est en chaise roulante motorisé).

  Plus que le personnage de Chloé (qui passe de l’ado rebelle fan de rock qui fume, à l’ado studieuse, bien sous tous rapports mais handicapée à vie), c’est le bouleversement total de situation qui est intéressant : Chloé vit comme n’importe quelle autre fille de son âge, a un beau-père et une mère qui travaillent et qui s’en sortent pas trop mal dans le « vrai » monde, tandis que dans le « faux » monde, son père et sa mère se saignent aux quatre veines pour couvrir tant bien que mal les frais médicaux divers (équipement adapté chez eux, médecins de haut niveau…) pour que leur fille vive le mieux possible.

  Vous trouvez que c’est déjà assez moche comme ça parce que c’est votre faute d’avoir fait mumuse avec le temps ? Eh bien accrochez-vous, le jeu vous en fout une magnifique dans la tronche : après avoir passé l’après-midi et la nuit chez Chloé, cette dernière vous demande purement et simplement de « mettre fin à son calvaire et à celui de ses parents ». Et pour couronner le tout, le jeu vous laisse le choix d’exécuter la demande de votre meilleure amie…ou non ! (Oui, c’est salaud, ça fout les boules, j’ai chialé comme une merde pendant 10 minutes avant de prendre ma décision mais c’est ça tout l’intérêt du jeu, j’y viens.)

  Ce qui est très fort de la part des développeurs du jeu, c’est de faire vivre au joueur (qui connait très bien le personnage de Chloé vu que ça fait 3 épisodes qu’on passe tout notre temps avec et qu’on a vécu des trucs cools et d’autres beaucoup moins) un tel choc émotionnel qui le pousse à la réflexion sur ce que vivent les gens en proie à une souffrance psychique et émotionnelle (la souffrance n’est pas « physique » dans le cas présent, du fait de la perte quasi-totale de sensation à cause de l’accident) et sur les modifications de vie de la personne concernée mais aussi de son entourage proche.

3) L’innocence et l’héroïsme au quotidien (Spoil léger)

  Le dernier personnage qui m’a donné envie de rédiger tout ça, c’est Raé, l’héroïne du tout petit mais tout beau Beyond Eyes (jeu narratif d’aventure qui nous met dans la peau de Raé, une petite fille de 10 ans qui perd la vue suite à un accident et qui, alors qu’elle s’est isolée du monde, va se lier d’amitié avec un chat qu’elle appellera Nani. Et le jour où Nani disparait, Raé décide de sortir de chez elle pour partir à la recherche de son seul ami.)

  Ce jeu, c’est une prise de conscience qui prend entre 1h et 3h sur le quotidien des aveugles, et plus particulièrement des enfants que ne le sont pas de naissance. Tout est fait pour vous permettre de comprendre ce qu’est la cécité de façon simple et jolie : vous ne pouvez pas courir et tout est blanc jusqu’à ce que vous touchiez ou entendiez quelque chose, ce qui semble bête en soi mais…c’est exactement ce que les non-voyants vivent au début de leur cécité, le temps de s’adapter à leur condition et à leur environnement.

  Dans Beyond Eyes, le joueur se fait parfois « prendre au piège » de ce que le jeu lui montre : Raé est habituée au bruit de l’eau qui coule car il y a une fontaine dans son jardin. Lors de son exploration du monde extérieur, elle entend le même son que celui de la fontaine…sauf qu’il s’agit d’une évacuation d’eaux usées…mais le joueur y a vu une fontaine sur son écran car c’est ce que connait Raé.

  Ce qui fait toute la beauté et l’intérêt de ce jeu, c’est encore une fois la prise de conscience qui naît chez le joueur sur le quotidien d’une personne non-voyante (traverser une route, un environnement inconnu…) et c’est aussi la magnifique leçon de courage qui fait le corps de Beyond Eyes : quitter la sécurité, faire face au danger, pour l’amitié et l’affection que l’on a pour quelqu’un d’autre, agir sans réfléchir aux conséquences, pour faire quelque chose de bien.

Des gens « différents » qui ont des vies « différentes » mais qui sont tout ce qu’il y a de plus « normal »

  À la fin de Beyond Eyes, je me suis senti vidé (bon, surtout parce que la fin m’a fait pleurer et m’a complètement saccagé le c½ur pendant 10-15 minutes un peu comme la fin de Brothers : A Tale of Two Sons, mais pas que !).

  Je venais de jouer 1h30 à un jeu vidéo où j’incarnais une petite fille aveugle. Je venais de vivre « dans le blanc » et ça m’a bouleversé. Je joue à beaucoup de jeux, de tous types, de tout âge, mais même les meilleures productions ne me font que rarement perdre le contrôle de mes émotions.

  Pourtant, certaines scènes, certains jeux, me retournent l’esprit, me retournent le c½ur et me font avancer dans la vie. Les jeux vidéo, et surtout les gens qui les créent, ont atteint une maturité, un poids économique et un impact médiatique qui leur permettent, à l’occasion, de glisser des pistes de réflexions sur l’Homme (qui on est, d’où on vient, pourquoi, comment…).

  Certes, il y a des gens qui passent à côté de ces messages et ce n’est pas grave. Mais, encore une fois, tout ce texte ne reflète que mon avis personnel et n’existe pas pour juger les gens. Je voulais juste poser un constat, donner des exemples, sur une évolution d’un produit culturel qui grandit et qui, pour moi, grandit bien car il permet maintenant d’aborder des sujets comme celui-ci.

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Commentaires

SlimCognito
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SlimCognito
Y'a aussi Bentley dans Sly 3 ! :)
Pimousse_Fraise
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Pimousse_Fraise
Merci pour ce bel article qui traite d'un sujet peu évoqué. Je n'ai joué pour le moment à aucun des jeux cités, mais c'est un thème qui mériterait d'être plus souvent développé.
jetsetwilly
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jetsetwilly
Excellent article pour un sujet délicat! Personnellement je joue aux jeux vidéos depuis 35 ans et je ne me souviens absolument pas avoir vu le handicap abordé de près ou loin... Pourtant bien des héros handicapés ont marqué la télévision et le cinéma : l'homme de fer, Jesse Mach dans Tonnerre mécanique, Daredevil, Forest Gump, Avatar, intouchables et tant d'autres. Merci pour cette prise de conscience.
Mr.B
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Mr.B
Excellent article, totalement d'accord avec tes propos !
oliveroidubocal
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oliveroidubocal
Je pense aussi à Munch Odyssee ... dans le cas de ce personnage, c'est le besoin d'aide pour un level design qui lui est inadapté qui prime. Une belle idée aussi. Sinon, c'est un excellent sujet, que j'aurais aimé aborder, mais je ne sais pas par quel bout commencer...

Édito

Mon blog, c'est n'est pas le blog d'un mec qui veut absolument devenir journaliste. C'est plutôt le carnet de voyage d'un joueur passionné qui a envie d'écrire (des tests, des critiques, des articles de fond, des blagues à deux ronds et des jeux de mots bidons) sur le monde du jeu vidéo et d'autres sphères geeks =)

C'est un blog où le sérieux a sa place...mais il est en colocation avec la déconne =D

Bref, un cyber-carnet d'un joueur avec ses chouchous, ses némésis, ses goûts, ses égoûts, son sens critique et son sens de la désorientation.

J'espère que vous y passerez, ne serait-ce que par curiosité =)

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