Rappelez-vous, c'était au milieu des années 90 : le CD débarquait pour remplacer nos bonnes vieilles cartouches et disquettes si étriquées. Alors qu'ils ne disposaient que de quelques mégas, les développeurs se retrouvèrent subitement avec un espace de stockage de plus de 650 mégas ! C'était Byzance quoi ! Une question se posa alors : avec quoi allait-on remplir cette galette si fine et pourtant si vaste ?

 

C'est grand chez vous !

L'utilisation des jeux sur CD-rom se fit en plusieurs étapes. La bande-son des jeux fut la première à profiter de cet énorme espace de stockage. Un jeu sur CD-Rom était souvent quasiment identique à sa version disquette ou cartouche mais bénéficiait subitement de véritables musiques à la qualité parfaite, bien loin des mélodies antédiluviennes (mais au charme fou) que crachaient les chipsets de nos bonnes vieilles machines. En mettant le CD dans un lecteur audio, on pouvait même souvent écouter les pistes musicales à sa guise. C'était un bon début mais ça ne justifiait pas vraiment l'achat du support CD.

Que faire de plus alors ? Pourquoi ne pas rajouter de véritables voix sur nos personnages ? Le célèbre Manoir de Mortevielle sorti en 1987 avait marqué les esprit avec ses voix robotiques toutes rigolotes, alors imaginez un peu si de véritables acteurs, quand c'était pas le responsable de la machine à café qui s'en chargeait, venaient s'exprimer de leurs belles voix dans un jeu vidéo ? Les point'n click, très à la mode alors, étaient la cible idéale pour cette nouvelle direction. Encore une fois, bien que très agréable, cette option ne révolutionnait guère les jeux, toujours identiques aux versions cartouches ou disquettes. Surtout que les voix étaient souvent en anglais, et que le jeu des acteurs laissaient pour le moment bien à désirer.

La prochaine étape fut donc la suivante : l'ajout de belles et longues cut-scènes, soit en image de synthèse (bien moches aujourd'hui mais qui à l'époque étaient fabuleuses ) soit carrément en vidéo filmée. Ainsi on peut nommer la version CD de Dune qui regroupa les 3 étapes : des musiques à tomber (le CD était même sorti dans le commerce), des acteurs pour les voix (françaises en plus) et une introduction en Full Motion Vidéo tiré du film de David Lynch. Si l'expérience n'était pas complètement bouleversée par rapport à la version disquette, l'immersion était quand même bien sympa.

 

Beau mais c...

Et puis on s'est dit qu'on pouvait combiner encore mieux toutes ces caractéristiques. Plutôt que de se contenter de simples cut-scenes, autant faire tout un jeu en film ! Ce n'était pas complètement nouveau puisque des jeux comme Space Ace et Dragon's Lair avaient profité du support Laserdisc une dizaine d'années auparavant. Mais Une telle qualité était réservée à l'Arcade. Mais là on pouvait enfin retrouver tout ça à la maison. On se souvient néanmoins que si visuellement c'était exceptionnel, question gameplay c'était souvent aussi passionnant qu'un épisode de Derrick.

C'est ainsi qu'on vit débarquer un tas de jeux en full motion, que ce soit en arcade ou sur nos machines. En Arcade, impossible de ne pas citer Mad Dog Mac Cree, produit par American Laser Game et qui fit le bonheur des joueurs d'alors. Malgré un gameplay limité (un simple shoot), c'était si beau et l'immersion si grande (rappelez vous des étuis en cuir des revolvers) que ça ne pouvait que marcher. Mais puisqu'il s'agissait d'un film, les ennemis sortaient, à quelques exceptions prêts, toujours au même endroit et toujours dans le même ordre. Et comme une seule balle suffisait à nous tuer, le syndrome du par cœur si cher à Dragon's Lair, refaisait bien vite surface. Qu'importe, l'expérience était superbe mais il était évident que le Full Motion ne pouvait en rester là sous risque de bien vite lasser les foules.

S'il y eut un jeu Full Motion qui divisa, ce fut bien le très connu Night Trap, superbe nanar vidéo-ludique sorti sur Mega CD et 3DO pour le bonheur/malheur des joueurs. Il fallait zapper entre plusieurs caméras pour suivre le film (débile à souhait) et défendre de jeunes teenagers d'une famille de vilains vampires. Des pièges étaient dissimulés dans chaque pièce et il fallait les activer pour capturer des vampires un peu bizarres à la démarches pingouinesque. Si on en ratait trop, le film s'arrêtait brutalement (sans véritable transition) et on était bon pour tout recommencer depuis le début. C'était, il faut l'avouer, très limité. Et pourtant on s'amusait bien malgré tout. Le jeu coûta d'ailleurs très cher (on se demande pourquoi) et Dana Plato (la regretté Olivia de la série Arnold et Willy) faisait même parti du casting. Il y eut même une grosse polémique sur la prétendue violence et des soit disant scènes de sexe dans le jeu. Ceux qui y ont joué n'ont pas fini de rigoler en repensant à ces accusations. Perso, j'avais la joie de posséder Night Trap sur ma belle 3DO et, même si les voix anglaises non sous-titrés furent un handicap pour comprendre la complexité du scénario (lol), j'avoue m'être bien régalé à l'époque. A noter que la version Mega CD, bien moins belles avec son manque de couleurs, était disponible en version française. Je vous conseille d'ailleurs d'aller faire un tour sur Youtube pour aller l'écouter. Doublée au Québec, cette VF est une véritable catastrophe ce qui la rend du coup totalement culte ! Quand je pense qu'aujourd'hui de nombreuses personnes se plaignent de nos VF...

Force est de reconnaître que, jusqu'à présent, on aimait surtout ces jeux pour leur beauté. Forcément, c'était des films. Bon ok, des films un peu pourris mais bon, des films quand même ! Mais le gameplay était à chaque fois bien moins évolué que n'importe quelle autre jeu de l'époque. Le jeu full motion était-il destinés à n'être que poudre aux yeux pour nous autres joueurs ?

Des étoiles plein les yeux

Bien que les véritables scènes de gameplay ne soient pas en Full Motion, impossible de ne pas parler de Wing commander III et IV qui montrèrent enfin que les vidéos pouvaient être bénéfiques au jeu vidéo. Lorsqu'on se baladait et qu'on discutait, tout était en full motion et l'on avait même la possibilité de choisir diverses réponses lors des dialogues. Ces très nombreuses scènes donnaient une grande épaisseur aux personnages et le jeu d'acteur était de qualité (le casting était composé de second couteaux ou anciennes gloires du cinéma dont Mark "Skywalker" Hamill). Tout ceci permettait au joueur de se sentir bien plus impliqué que durant des cut scènes tirées d'un moteur graphique ou, comme il était coutume à l'époque, de simples screens (animés ou pas). Tout bonnement exceptionnel, cet enrobage en Full Motion rendait le jeu indubitablement meilleur et permettait à la saga Wing Commander de passer un cap. Encore parfaitement jouables et agréables aujourd'hui, ces deux jeux démontrent que Full Motion ne rime pas forcément avec déception.

Ne croyez surtout pas qu'il s'agissait de l'exception qui confirme la règle. Car s'il y a bien une catégorie de jeu qui a pu s'embellir grâce aux vidéos, ce sont bien les jeux d'aventure. Comment ne pas citer la saga Tex Murphy qui sortit de son anonymat à partir de son sublimissime 3eme épisode Under a killing Moon ? Encore une fois, le jeu n'était pas complètement composé de vidéos, les déplacements se faisant dans de superbes environnements en vue subjective en 3D, mais le cœur du jeu était bien entendu basé sur ses acteurs en chair et en os ainsi que ses vidéos. Encore une fois, grâce à un casting bien choisi, le jeu se révélait d'une qualité exceptionnelle. A noter que l'excellent Chris Jones qui joue le rôle de Tex Murphy est l'un des créateur du jeu. Il y eut trois autres suites. Tout d'abord Pandora Directive, l'aboutissement de la saga et peut-être le plus grand chef d’œuvre que la full motion ait pu nous offrir puis le remake du premier épisode initialement sorti en 2D, se nommant Overseer. Il se finissait sur un énorme cliffhanger et aurait dû connaître une suite. Mais Overseer étant sorti à une époque où la full motion battait déjà de l'aile et ne connut pas le même succès que les précédents. La fin de l'histoire fut heureusement dévoilé en épisodes radiophoniques. Puis un miracle eut lieu : en 2012, une campagne Kickstarter fut lancée pour que soit enfin réalisé la suite des aventures de notre détective préféré ! Le jeu sorti dans un relatif anonymat deux ans plus tard mais fit le bonheur de ses fans.

Nombreux sont les jeux Full Motion plus que recommandables. Souvent des jeux d'aventure ce qui n'est guère étonnant vu l'importance des dialogues et de la mise en scène. On peut ainsi citer le très difficile Black Dahlia et ses 6 Cd, le brillant Gabriel Knight 2, le meilleur de la série malheureusement gâché pour nous par une VF honteuse, le "terrifiant" Phantasmagoria et sa suite et bien entendu le précurseur The Seven Guest... Il y eut bien d'autres jeux de qualités moindre mais de qualité tout de même. Je pense ainsi à Urban Runner, Une poupée pleine aux as, ou encore The Ripper. A noter qu'il y eut même un très bon jeu X-Files. Si on ne dirigeait pas Mulder et Scully, les deux acteurs avaient pourtant participé à l'entreprise et apparaissait dans le jeu. Franchement c'était la classe. X-Files c'était quand même THE série des années 90. On se rend d'ailleurs compte que de très nombreux acteurs plutôt connus ont participé à ces jeux vidéo. S'il s'agissait rarement de véritables stars, Dennis Hopper,Christopher Walken ou encore Malcom Mac Dowell se sont quand même laissés tenté et ce n'est pas rien. Clive Owen joua même dans un épisode de Wing Commander au côté de notre Mathilda May nationale, alors qu'il n'était pas encore célèbre.

Pour finir, je me dois de nommer Twisted sur console 3DO, tout simplement le meilleur party game auquel j'ai jamais joué. Véritable jeu de société sur écran télévisé, Twisted, bien que totalement méconnu, n'a encore aujourd'hui aucun équivalent possible. L'utilisation du Full Motion dans un party game était une idée brillante mais à l'exception des encore moins connus Station Invasion et Zahdnost the people party (toujours sur 3DO) , je n'ai pas le souvenir que d'autres jeux du genre se soient lancés dans cette voie. Dommage...

 

Coupez !

Comme vous pouvez le constater, tous les jeux Full Motion ne méritent pas vraiment leur sale réputation. De plus, on se rend compte que les meilleurs sont encore parfaitement jouables et grandement appréciables aujourd'hui. Si certains ont prit un petit côté cheap, souvent à cause des décors qui étaient en images de synthèse, c'est bien peu de chose compte tenu de leur immenses qualités. S'ils sortaient aujourd'hui et que l'on remplaçaient les vidéos par des images de synthèse, ils perdraient beaucoup de leur charme. Difficile de remplacer un véritable acteur en chair et en os, surtout un bon. Ainsi, parfois je me met à rêver d'un retour du Full Motion avec les moyens et la technique d'aujourd'hui. Puisque des acteurs sont sans arrêt employés pour utiliser leurs mouvements et leurs voix, pourquoi ne pas revenir tout simplement à de la véritable vidéo ? Mais les coûts seraient vraiment élevés et c'est sans doute en partie ce qui a condamné cette catégorie de jeu il y a bien des années. Pourtant, récemment, un très bon jeu en FMV est enfin sorti après des années d'absences : Her Story, un jeu d'investigations où le joueur doit résoudre une enquête en visionnant une série d'interrogatoire filmés. Sans doute pas le meilleur jeu en FMV, mais l'un des plus originaux.