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Tomahawk, sans conteste le projet le plus régulier de Mike Patton (Mr Bungle, Fantômas, Faith No More, etc). Le bonhomme part tellement dans toutes les directions que le simple fait que le groupe soit en encore en vie (et bien vivace) est un exploit. Mais le principal responsable de cette longévité est Duane Denison (The Jesus Lizard), le guitariste toujours là pour amener des idées et motiver les trois autres à écrire un disque. Petit changement après six ans de silence, Trevor Dunn, l'acolyte de Patton devant l'éternel, vient remplacer à la basse un Rutmanis plus très à l'aise dans ses sandales. Enfin, le quatrième album est là et confirme un retour aux fondamentaux après un très inspiré (mais boudé) Anonymous, perdu sur les terres amérindiennes arides.

« Oddfellows » serait le nom d'un ordre secret semblable aux francs-maçons, mais seul le titre éponyme s'inspire de cette sombre organisation. Ce morceau nous embarque d'ailleurs directement en terrain connu, celui d'un rock noisy, teigneux et sournois, celui des deux premiers albums. Une enthousiasmante entrée en matière qui engendrera une tripotée de pistes contenant chacune leur part de déviance et d'ingéniosité. Alors que Dunn apporte son touché aventureux et jazzy à l'ensemble, Denison arpente les chemins sinueux d'un rock expérimental mais ouvert, Stanier nous gargarise de rythmiques à la fois souples et sèches, tandis que Patton fait péter ses vocalises et lignes de chant si reconnaissables mais toujours si grisantes et protéiformes.

Ainsi, Stone Letter - aux relents de FNM - réjouira les nostalgiques ; White Hats/Black Hats et South Paw ramèneront au noise rock à papa pur et dur ; le très jazz Rise Up Dirty Waters se muera en twist furieux par intermittences ; l'inquiétant et dissonant The Quiet Few maltraitera les synapses dans les règles ; Choke Neck et son ambiance bluesy délectable nous placeront au beau milieu d'un polar délirant ; ou bien Waratorium et sa composante reggae surprendront un auditoire pourtant difficile à émerveiller.

Comme à son habitude, Tomahawk explore sans contraintes toute forme d'expression musicale et artistique afin d'alimenter son rock fiévreux et cinématographique. Chaque titre aurait sa place au sein d'une bande originale pensée pour un film pluriel et sans dialogues, ou une comédie musicale complètement cramée, au choix. Cela vaut d'ailleurs pour une grande majorité des perles pondues par ce groupe hors du temps et de l'espace. A ce titre, Oddfellows devient tout aussi indispensable que le reste d'une discographie exemplaire.

 

Tracklist :

  1. Oddfellows
  2. Stone Letter
  3. I.O.U.
  4. White Hats/Black Hats
  5. A Thousand Eyes
  6. Rise Up Dirty Waters
  7. The Quiet Few
  8. I Can Almost See Them
  9. South Paw
  10. Choke Neck
  11. Waratorium
  12. Baby Let's Play
  13. Typhoon

 

Clip en images live de "Stone letter" :

 

En écoute sur spotify.

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Manhattan-DIY, qu'est-ce que c'est ? Selon les sources de nos sources, il s'agirait d'un duo en provenance de Rouen. On n'en est pas tout à fait certains car des signes troublants semblent indiquer que la mixture chiptune 8 bits / math-rock / noisy post-hardcore ici présentée provienne d'un autre monde, plus exactement d'une exo-planète peuplée d'êtres bipolaires et pixelisés.

Le premier objet non identifié qui nous est parvenu prend la forme d'une galette complète, au nom matheux, comme pour mieux brouiller les pistes, comme si les sonorités dégagées ne se suffisaient pas d'elles-mêmes. Nous voici donc en présence d'un objet plat et circulaire composé de six parties distinctes. Six chapitres d'une durée moyenne de 6 minutes chacun. Part I introduit la chose par le son très reconnaissable d'une Gameboy bidouillée. Cela nous conforte dans une certaine nostalgie geek rassurante mais passagère, la guitare bruyante et déglinguée surgissant alors que nous revivions les plus beaux instants du "Zelda" originel. La déflagration est telle que les sons huit bits en deviennent oppressants, jusqu'à nous vriller les tympans à plusieurs reprises (Part II, Part IV), se mêlant aux loops de guitares abrasives et à la voix écorchée, en instance de rupture constante, screamesque (All Parts), balbutiant divers mots en français. La batterie reste étonnamment terrienne, maniée par un humain vraisemblablement, mais ses capacités à casser les rythmiques en symbiose avec la guitare éveillent quelques soupçons.

L'ensemble demeure extrêmement construit, viscéral, parfois même planant et mystique (Part VI), dans une atmosphère à l'apparence improbable et déstructurée. ∞ - 15 = ∞ est peut-être le premier message véritablement concret venu de l'espace fort lointain, à décrypter soigneusement sur la durée cependant. Cela fait, nous retournerons observer les étoiles en attendant un second message au moins aussi consistant que le premier.

 

Tracklist :

  1. Part I
  2. Part II
  3. Part III
  4. Part IV
  5. Part V
  6. Part VI

 

Message audible dans son intégralité sur bandcamp.

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Made Out Of Babies, Battle Of Mice, Spylacopa, etc, la petite mère Noël a bourlingué pas mal et s'est fait une pelletée de potes dans le milieu. Il était temps pour elle de mettre plus en avant son organe à travers un album solo. L'objet voit le jour en 2010, c'était un mardi, mais pas le 25 décembre. Sur ce disque, on nous a signalé la présence de valeureux musiciens : John LaMacchia (Candiria, Spylacopa, Poison The Well) et Mel Lederman (Victory At Sea) à la composition ; Joe Tomino (Dub Trio), Tony Maimone (Pere Ubu, Tom Waits) et autres à la participation. Le résultat se nommera The Bad Wife et bien que le visuel, chargé de rose, risque d'en faire déglutir certains, Julie Christmas appuiera ici ses atouts vocaux avec force et conviction, exacerbés par une production fraîche et équilibrée.

Avec The Bad Wife, on a affaire à une galette aussi voluptueuse que vicelarde, et, portés par la voix puissante et fragile de Christmas, nous succombâmes du début à la fin. July 31st débute brillamment l'objet, révélant une instrumentation épique, variée et subtile qui laisse juste ce qu'il faut de place à la miss pour s'exprimer à gorge déployée. A partir de là, l'entièreté de l'album en découlera dans une ambiance semi-plombée, semi-aérienne. Le tout pourra sembler un poil homogène sur l'aspect rythmique notamment. Un sentiment de linéarité entre certaines pistes qui n'est pas désagréable, participe même à la cohérence de l'ensemble et renforce la mélancolie ambiante, poussée au cul par quelques relents sludge. Au fur et à mesure de l'écoute, on pensera forcément à MOOB et Battle Of Mice en premier lieu, dans une approche un peu plus mélodique. Tellement mélo qu'on aura droit à une ballade maladive acoustique (Secrets All Men Keep (Salt Bridge, Part II)), ainsi qu'à un A Wigmaker's Widow faisant valser l'accordéon avec le piano puis avec la trompette ; mais tellement intense que des morceaux tels que Bow, Six Pairs Of Feet And One Pair Of Legs et son (autre) piano malsain, ou le point d'orgue final When Everything Is Green, scotcheront littéralement les oreilles. On notera la plaisante reprise gorgée de spleen du If You Go Away (Ne Me Quitte Pas) de Jacques Brel, une influence évidente pour Christmas lorsque l'on constate l'implication émotionnelle de la demoiselle, en permanence sur la brèche de la justesse.

Voilà l'oeuvre bien personnelle d'une chanteuse essentielle dans le domaine des musiques énervées, et même au-delà. Julie Christmas étale toutes ses gammes intelligemment en y injectant son âme et ses tripes, sublimées par des musiciens inspirés. Je défie quiconque, peu importe son orientation sexuelle, à ne pas tomber sous le charme de la belle en parcourant The Bad Wife.

Clip de "Bow" :

Tracklist :

  1. July 31st
  2. If You Go Away
  3. Bow
  4. Secrets All Men keep (Salt Bridge, Part II)
  5. Six pairs Of Feet and One Pair Of Legs
  6. Headless Hawks
  7. A Wigmaker's Widow
  8. I Just Destroyed The World
  9. When Everything Is Green

 

Objet en écoute + achat sur bandcamp.

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On ne l'attendait pas tellement ce disque, enfin je ne l'attendais pas spécialement, n'ayant pas eu d'expérience auditive approfondie sur le groupe en question. C'est l'occasion d'en avoir une avec ce troisième long format des bisontins. Un bloc de quarante minutes, animé d'une puissance démesurée, dévale une pente vertigineuse et prodigieusement accidentée. La chute est contrôlée, un synthé sci-fi l'accompagne de son début à sa fin. Les guitares sont le fruit d'un mariage polygame entre Breach, Converge et Neurosis. Le hurleur vomit tout ce qu'il peut tant qu'il en reste sur sa glotte, avec précision et musicalité toutefois. Le frappeur, bien que sensiblement étouffé parfois, apporte un groove persistant sur tout l'objet, chaque morceau proposant des structures post-hardcore métallisées, légèrement alambiquées, propres au quintet. Voici la valeur ajoutée d'Asidefromaday, une déflagration quasi-permanente, mesurée, réfléchie, posée.  De ce fait, sur ce Chasing Shadows, le travail de production semble avoir été particulièrement minutieux, le résultat n'en est que plus éblouissant. Sept titres survolés par cet étrange et fameux synthé dont la greffe aux compositions fut décidément une brillante idée, tant cet instrument - et surtout la sonorité qu'il génère - donne à l'ensemble un souffle épique tout à fait inédit, le monumental Wolf's Tears Are Falling Stars en tête.

En cet album résident une mélancolie et un désespoir constants, pas bien dépaysant pour du post-hardcore me direz-vous, seulement ces émotions inhérentes au genre sont ici complètement justifiées, portées par une communion instrumentale infaillible. Tout le monde va dans la même direction, les plans s'enchaînent avec une fluidité déconcertante. Il sera d'ailleurs inconcevable pour certains (dont celui qui écrit ces lignes) de lancer le disque sans se le farcir entièrement.

Chasing Shadows est un monolithe d'émotions texturées, agencées par des musiciens inspirés de bout en bout. Et malgré cette impression de se manger un gros parpaing bien compact en plein faciès, chaque morceau, qu'il dure quatre ou huit minutes, est chargé ras la gueule de variations et d'ambiances surprenantes. Asidefromaday signe un troisième effort long ingénieux et ambitieux, profitant de l'intégration du synthé analogique pour emmener l'auditeur adepte de lourdeur mélodique vers de plus cosmiques contrées, toujours ombragées.

 

Tracklist :

  1. Process Of Static Movement
  2. Death, Ruins&Corpses
  3. Wolf's Tears Are Falling Stars
  4. Through The Eye Of The Beholder
  5. Black Sun
  6. Endless Prophecy
  7. Chasing Shadows

 

Ce disque s'écoute et/ou s'achète sur bandcamp.

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Tiens, tiens. Les bostoniens nous ont habitué depuis Jane Doe à pondre un album tous les trois ans en moyenne, un rythme de croisière en somme. Et on aura beau dire, la qualité a toujours été au rendez-vous. Quoi qu'il advienne, Converge s'arrache régulièrement les tripailles afin de nous envoyer à chaque offrande une décharge de violence profonde et purement intense. Ce fut peut-être un peu moins le cas avec le dernier objet long en date (Axe To Fall), garni en featurings relativement dispensables et qui semblait hésitant dans son approche créative, agrémenté de sonorités metal plus ou moins affirmées dans ses compositions. Malgré ce léger coup de moins bien, ce hardcore-là reste une valeur sûre et absolue, les prestations scéniques des bonhommes en attestent toujours généreusement, après une petite vingtaine de piges d'activité ininterrompue.

All We Love We Leave Behind pointe le bout de ses crocs, respectant le laps de temps naturel entre chaque sortie, cette fois sans invités aucun. Il faudra peut-être un petit moment à certains sceptiques pour apprécier le titre d'entame (Aimless Arrow) à sa juste mesure. Morceau qui finalement apparaîtra comme le viol auditif essentiel dans le cadre d'un début d'album convergien. Ballou s'est d'ailleurs surpassé à la production pour le groupe de sa vie. Un travail qui rappellera celui effectué sur You Fail Me mixé à celui de No Heroes, un poil rehaussé sur les guitares et foutrement bien équilibré, précis et organique, enregistré en direct, sans effets ajoutés.

Désormais, ces messieurs assument totalement leurs accointances métallisées et intègrent fréquemment des éléments thrash, death tirant sur le grindcore, ou même stoner. Des séquences exécutées de manière impériale sur le furibard Trespasses, l'intransigeant et somptueux Sadness Comes Home, le militarisé Empty On The Inside, le crasseux Shame In The Way ou encore le massif et mélodique Coral Blue sur lequel Bannon nous susurrera quelques mots doux. N'apparaissant  que sur l'édition "Deluxe", les grinçants et véloces On My Shield et Runaway méritent également un bon point, tout comme No Light Escapes, sorte d'introduction au viril et crusty Vicious Muse. Le bien nommé Precipice fera office de respiration dépressive bienvenue avant d'attaquer un titre éponyme flamboyant, investi par la voix écorchée de Bannon et le martèlement tribal de Koller, continuellement bluffant et bouleversant dans son jeu. Ballou et ses guitares prennent aussi de l'ampleur, s'alourdissent en alignant des plans et soli judicieusement dosés à faire pâlir un chevelu un tant soit peu agile de ses phalanges. Les cordes épaisses de Newton s'expriment tout aussi grassement sur la totalité de l'objet et le garçon en profite pour expulser toujours plus de bile vocale granuleuse ici ou là. Predatory Glow, assez proche du To The Lions de No Heroes dans sa structure, achèvera l'auditeur dignement, sans s'étaler, sans tenter de reproduire le morceau-fleuve et chef d'oeuvre incontesté Jane Doe. Faire tourner All We Love We Leave Behind en boucle deviendra alors un geste simple quasi inconscient, un automatisme.

Comme s'il en avait encore besoin, le hardcore bien à lui de Converge semble se libérer davantage et bouffe à tous les râteliers, tout en gardant son identité, son intégrité. L'inspiration et l'émotion sont là, plus que palpables, prêtes à exploser à la gueule de nos esgourdes au moindre virage impromptu, à la moindre cassure... L'ombre de Jane Doe plane sur ce disque. On y retrouve une spontanéité et une fragilité sensiblement émoussées après You Fail Me, et la surprise demeure inaltérable malgré un nombre incalculable d'écoutes. Ce dixième long format prouve que les ressources ne manquent pas au fameux quartet de Boston, illustrant brillamment sa capacité évidente à se renouveler. Le verdict est sans appel : Converge demeure plus que jamais indétrônable, transpirant la sincérité, tutoyant l'excellence.


Tracklist :

  1. Aimless Arrow
  2. Trespasses
  3. Tender Abuse
  4. Sadness Comes Home
  5. Empty on the Inside
  6. Sparrow's Fall
  7. Glacial Pace
  8. No Light Escapes (Bonus)
  9. Vicious Muse
  10. Veins and Vails
  11. Coral Blue
  12. Shame in the Way
  13. On My Shield (Bonus)
  14. Precipice
  15. All We Love We Leave Behind
  16. Runaway (Bonus)
  17. Predatory Glow

L'édition "Deluxe" d'All We Love We Leave Behind est disponible à l'écoute sur deezer et spotify.

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11 ans de hiatus interminable pour un groupe qui nous aura laissés gisants-là tels des connards émerveillés, décontenancés, ou bien carrément dégoutés par un From Bliss To Devastation qui, quoi qu'on en jacte, débordait de créativité malgré une orientation mélodique planante assumée et joliment assurée. Et voilà qu'on nous annonce soudainement, à grands coups de promo inopinée, un nouveau disque de Vision Of Disorder. La chose se nomme The Cursed Remain Cursed, mais pas l'ombre d'une malédiction au-dessus des caboches new-yorkaises, bien qu'on ait pu y songer durant ces onze années de disette musicale.

Que les aficionados des premiers émois de VOD se rassurent, la violence est on ne peut plus présente, renforcée et augmentée d'un son énôrme, quoique sporadiquement lisse. Le tubesque Loveless est là pour en témoigner, et le reste de l'album aussi. Que les adeptes du virage mélodieux sèchent leurs larmes de grands sensibles, le chant clair se fait entendre dès l'entame, un brin calibré "hard FM" parfois, ce qui est plutôt irritant mais ça ne s'étale pas trop. Et puis, il faut tout de même avouer que l'agencement de ces deux aspects est plutôt remarquable sur l'ensemble des compositions, comme Blood Red Sun qui fait la transition à merveille, ou bien l'ultime titre Heart And Soul, un petit bijou auditif de hardcore sirupeux entrecoupé de phases mélodiques étranges et incongrues, dont la voix évoquera...Bono (U2).

Ce disque comporte une ribambelle de riffs assassins pétés de rythme (Hard Times, The Enemy, New Order Of Ages), de lignes de basses destructrices, de frappes aussi fluides que sèches, et on peut reconnaître que Tim Williams a toujours son putain de coffre, saturé de variations multiples, alternant subtilement entre clarté et viol de cordes vocales (Skullz Out (Rot In Pieces), ou l'étonnant Be Up On It). Le reste de l'équipe ne démérite pas, maintenant la pression instrumentale du début à la fin, sans coup de mou, avec précision et dextérité. Le quintet semble avoir avalé toute sa discographie pour la digérer en matière sonore de premier choix. L'on peut regretter un léger manque de spontanéité sur les premiers titres, qui n'obstruera point le plaisir instantané ressenti à l'écoute de ce hardcore métallisé mutant, se révélant finalement comme un consistant hommage aux scènes induites. Ça flaire bon les nineties et ça ajoute une belle ingéniosité dans les structures et textures. Non, le poids des années n'a vraisemblablement eu aucun effet négatif sur l'énergie, la puissance et le groove souple de Vision Of Disorder, c'est même tout à fait l'inverse.


 

Clip de "Set To Fail" (pas très intéressant visuellement mais bon) :


Tracklist :

  1. Loveless
  2. Set To Fail
  3. Blood Red Sun
  4. Hard Times
  5. Annihilator
  6. Skullz Out (Rot In Pieces)
  7. The Enemy
  8. The Seventh Circle
  9. New Order Of Ages
  10. Be Up On It
  11. Heart And Soul

 

The Cursed Remain Cursed en écoute sur deezer.

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Jack et ses barbus pêcheurs d'eau douce et trouble sont originaires de Besançon, une ville dotée d'une scène énervée ayant accouché de talents non négligeables dans le prisme d'un label DIY local plutôt efficace : Impure Muzik (Sofy Major, Membrane, Brume Retina, Aside From A Day et j'en passe). Le quintet bisontin injustement méconnu dans le monde débarque en 2011 avec un second vrai disque sous le bras - un EP, un album et un split (avec Hombre Malo) plus loin - bien décidé à foutre une sévère branlée sonique à ses contemporains.

Déjà, une production d'une densité époustouflante signée Serge Moratel (Overmars, Year Of No Light, Zatokrev, Headcharger, etc.), ensuite une classification légèrement prise de tête, tant les inspirations abondent et copulent inopinément. On pourra détecter un peu de stoner gras, augmenté d'une intensité post-hardcore, violé par des plans noisy, adouci par une voix régulièrement claire et fragile typée post-punk évoquant Appollonia, ou bien garage, agrémenté de quelques subtilités post rock, le tout imprégné d'un feeling rock n' roll majestueux. Scenario place les choses et son stoner hybride classieux lié à la fragilité des mélodies exécutées, débordant sur une lourdeur post-hardcorisée typique. Un schéma qui se répétera plus ou moins sur Roam Until The End, le furieusement groovy et clavierisé Beginner ou bien le frénétique 42 Minutes Later, Jack et les barbus veillant toujours à nuancer leur propos sonore tout en conservant une assise rock lourde sur la plupart des titres.

Ainsi, aucune lassitude n'est à signaler, la spontanéité des compositions fait qu'on ne s'emmerde jamais, tout coule de source. On prendra le temps d'errer entre les fantômes, portés par un certain psychédélisme, des guitares aériennes, dispersées, évasives et puissantes. Et ce n'est pas le sympathique sample du Immigrant Song  de Led Zep' sur Invisible Song (tiens donc) qui viendra cracher dans la soupe de poisson, au contraire, elle est brillamment accompagnée, la six-cordes grasse et rampante entamant l'affaire, vite soutenue par la basse tout aussi proche du sol... Haut les mains, vieil homme, tu es cerné, cette batterie te forgera un second trou du cul, aidée dans sa tâche par des guitares "heavy as fuck"... Bref, Places To Hide clôt ce patchwork musical sur une fine montée en puissance, envoyant tout valdinguer au sommet pour s'éteindre naturellement dans le bruit et la rouille.

Voilà un groupe et un disque qui méritent une attention certaine, par cette finesse de jeu, cette fluidité constante, cette profondeur de son étonnante, ce cassage de nuques sournois mais agréable, ou encore cette émotion indécise, parfois planante, entre fragilité et détermination. Du grand Art.


Tracklist :

  1. Scenario
  2. Roam Until The End
  3. Closed
  4. Beginner
  5. DF Code
  6. Between The Ghosts
  7. Invisible Song
  8. 42 minutes Later
  9. Hands Up, Old Man
  10. Places To Hide

 

Places To Hide s'écoute et s'achète par là.

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Toujours adeptes des beaux objets, les italiens de Putiferio reviennent à la surface après un Ate Ate Ate tortueux et virevoltant, bourré d'imagination et de variations en tout genre. Le très logiquement nommé Lovlovlov fait donc suite aujourd'hui et il se trouve qu'il a une tripotée d'arguments sonores à transmettre à la jeunesse lui aussi, le bougre.

Les mêmes inspirations viennent en tête à l'écoute de ce témoignage d'amour incandescent, à savoir The Ex, Neurosis, Dead Elephant ou Oxbow, mais aussi un peu d'Ephel Duath dans l'approche créative. Des guitares qui s'emballent et s'entêtent à tour de rôle ou bien en simultané, une assise rythmique plus ample et plus posée qu'auparavant, une voix schizophrène soit hallucinée, soit aérienne, lointaine, soit incertaine, en équilibre sur l'hypnotique Can't Stop The Dance, You Chicken. Ici s'introduit une boîte à rythmes fulgurante et un synthé kitch à souhait, glissant plutôt bien dans l'oreille étrangement. Putiferio s'efforce à ne ressembler à aucun autre en injectant une bonne dose de lignes mélodiques et rythmiques parfois fluides et précises, parfois bringuebalantes et maladives, mais la plupart du temps celles-ci se croisent, se décroisent, se déconstruisent, se reconstruisent avec aisance. Comme une évidence.

Les bonhommes ralentissent la cadence quelquefois, profitant de l'ouverture temporelle pour introduire certains beats electro crasseux et bien agencés (Loss Loss Loss et son passage vocal à la Thom Yorke), s'éloignant du noise rock pour lorgner allègrement vers des contrées post-hardcore (Hopileptic!, True Evil Black Medal), via des guitares vénéneuses, spongieuses, frappées d'un psychédélisme ambiant. Une idée s'avérant belle après un léger (minuscule) effort d'écoute. La profondeur du son - lui-même suffisamment clair et équilibré - participe à cette orgie de feeling, où les détails fourmillent ; où la batterie semble léviter tout en martelant dans les règles ; où les guitares se meuvent et se cassent la gueule avec grâce, nonchalance et puissance ; où la voix, fragile et joliment approximative, nous pénètre le coeur par son timbre particulièrement intense et texturé (My Pitch Black Heart). Sans omettre les quelques infiltrations électroniques sur la fin de l'objet, renforçant l'aspect grinçant et parfois tribal des compositions.

Lovlovlov est l'une des plus généreuses déclarations faites à ce jour au noise rock, voire également au post-[...], voire (osons) à la musique de manière globale. Rares sont les groupes énervés maniant autant d'éléments, d'ambiances, d'instruments ou de sonorités tout en conservant une telle cohérence sur la totalité d'un album. La scène transalpine a décidément toujours un bon stock d'amour bruyant à partager.


Tracklist :

  1. Void Void Void
  2. Amazing Disgrace
  3. Hopileptic!
  4. Can'T Stop The Dance, You Chicken
  5. Now The Knife Is My Shrink
  6. My Pitch Black Heart
  7. Loss Loss Loss
  8. True Evil Black Medal

 

Ce disque s'écoute amoureusement sur le bandcamp du groupe.

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Oxbow est à part, Oxbow vient d'ailleurs... Bon, Eugène et ses musiciens désaxés sont de San Francisco, mais bien que ce bled ait souvent fait preuve d'originalité ou d'exubérance culturellement, peu importe le fief d'origine. Depuis ses débuts, le quartet développe et peaufine minutieusement son labeur, de telle manière qu'il parvient à toucher viscéralement l'auditeur attentif, usant d'une approche littéraire, dramatique. De ce fait, la démarche créative présentée ici n'a pas d'équivalent.

The Narcotic Story raconte l'expérience trouble et injectée de sang d'un certain Frank, visiblement en totale perdition, entre le poids de la société, le sexe, la violence, la drogue, et tous ces éléments qui reviennent régulièrement dans toute forme d'expression artistique... Les plusieurs niveaux d'écoute de cet album se calquent sur les différents degrés de réalité vécus par Frank. La voix qu'on entend, c'est la sienne, mettant à nu toutes ses personnalités, triturant ses cordes vocales dans toutes les directions, le plus souvent vers le spleen, l'obscurité, voire la folie autodestructrice. Frank est malade, les notes de piano incertaines et la guitare régulièrement dépressive sont là pour soutenir ce propos et le rappeler constamment aux oreilles distraites. Mr. Johnson était très clair, c'est du sérieux. Frank va souffrir. Une souffrance nécessaire pour se libérer d'une paranoïa rampante. On l'enferme dans une sombre pièce, petite et insonorisée, souillée par les déjections des précédents locataires, de sorte qu'il n'adresse la parole qu'à lui-même, qu'il trouve le moyen désespéré de s'extirper du gouffre psychologique dans lequel il s'est volontairement noyé.

Il faudra probablement tenter de franchir une étape symbolique. Soutenu par un martèlement clinique constant mais aérien (Down A Stair Backward), Frank se met à léviter et pense à elle (She's A Find), toujours dans la douleur malgré un sentiment d'apaisement passager. Puis il se renferme, éructe et vomit le dégoût de sa personne sur fond de blues cradingue (Frankly Frank). Éreinté, usé, vidé, Frank subit profondément la torture permanente qu'il s'inflige, mais réagit soudainement de manière physique, gagné par la tentation de faire se percuter sa boîte crânienne avec les murs qui l'entourent, encouragé par un bruit insidieux et persistant. Mais il se reprendra plusieurs fois, esquivant et repoussant ainsi l'issue fatale, calmé par de subtiles mélodies faussement lumineuses (A Winner Every Time). Frank entrevoit le jour un instant et affiche un succinct rictus de joie béate sur son visage creusé. Comme un ultime orgasme avant de rendre une âme qui ne demandait qu'à se libérer d'un corps meurtri et gangréné, désormais cadavérique.

The Narcotic Story est certainement le disque qui a récolté le plus de succès parmi la collection d'objets pondue par l'entité Oxbow, mais il reste surtout une oeuvre majeure, unique, signée sur un label dont on regrettera définitivement la récente disparition, Hydra Head.


Tracklist :

  1. Mr. Johnson
  2. The Geometry Of Business
  3. Time, Gentlemen, Time
  4. Down A Stair Backward
  5. She's A Find
  6. Frankly Frank
  7. A Winner Every Time
  8. Frank's Frolic
  9. It's The Giving, Not The Taking

 

En écoute introspective sur deezer.

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Ouais, c'est le moment de lâcher de l'énergie, de la fougue et de l'inspiration. Time For Energy l'a plutôt bien compris, déjà en sélectionnant ce blase explicite, ensuite en confectionnant son premier EP, enregistré en 2011 et sorti cette année. Un amalgame d'inspirations nineties des plus improbables sur le papier (Deftones, Envy, Glassjaw, Hatebreed, Arcturus, Billy Talent, Foo Fighters, entre autres) mais un résultat qui demeure assez cohérent, même si un poil bordélique et agaçant par endroits. Six titres plus ou moins bien agencés et animés par une certaine énergie hardcore, incontestablement, des premiers instants de Second Life aux ultimes secondes de It's Time. Ceci malgré un chant clair assez déroutant, pas tout à fait assuré parfois et rappelant quelques heures du neo-metal peu glorieuses (Jack In A Box, My Dream). Un facteur qui en fera frissonner plus d'un, dans le mauvais sens du poil du terme.

Mais il serait bien dommage de s'arrêter là, tant la présence d'un groove deftonien reste flagrante et permanente (Behind, My Dream), sans occulter des hurlements écorchés et furax impressionnants, n'ayant pas à rougir aux côtés de ceux d'un Will Haven ou My Own Private Alaska par exemple. Alors oui, à l'écoute de ce premier objet on pourrait aisément penser que le groupe s'est quelque peu égaré en plein milieu des années 90, ingurgitant et digérant le meilleur, comme le pire. Dans l'optique d'un disque plus long, on serait presque tentés de conseiller aux bonhommes de faire un chouïa le tri dans leurs influences...

Dans tous les cas, les nantais affichent une volonté et une maîtrise de leurs instruments à toute épreuve (à constater en direct) et l'on reste forcément impatients de découvrir la suite. En attendant, il est temps de prendre le thé avec le diable.



Tracklist :

  1. Second Life
  2. Jack In A Box
  3. Behind
  4. My Dream
  5. The Devil Drinks Tea
  6. It's Time

 

Un EP qui s'écoute volontiers et se télécharge librement sur bandcamp.

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Recommandé par mon blogologue

Par herEgen Blog créé le 21/05/11 Mis à jour le 18/03/14 à 18h53

Zone autogérée, prioritairement musicale.

Tang Cé (Tang @Metalorgie)

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Zone à priorité musicale autogérée.

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