Leamundis

Leamundis

Par Haseo Blog créé le 28/12/09 Mis à jour le 04/10/14 à 12h19

Ajouter aux favoris
Signaler

Tout le monde ici a certainement eu vent de la triple affaire de photos et vidéos (très) personnelles dérobées à diverses stars sur leurs comptes iCloud, et diffusées sur le Web, en particulier via 4Chan. Les journaux télévisés se sont largement fait l'écho de cette affaire, accentuant certainement au passage le nombre de personnes partant à la recherche de ces documents sur le net, mais c'est un autre débat.

Le fait est que si Apple est globalement reconnu comme étant au moins en partie responsable (un bug d'iCloud aurait facilité l'utilisation de bruteforce pour craquer les mots de passe), et si la principale défaillance ayant permis cette fuite serait la faiblesse des mots de passe des comptes iCloud, il est aujourd'hui relativement suprenant de voir Google assigné en justice dans cette affaire.

En effet Google ferait l'objet d'une plainte déposée à son encontre, accusant le moteur de recherche de ne pas avoir supprimé les images et d'avoir facilité leur diffusion (en ne filtrant pas les requêtes par exemple).

Et c'est là qu'il y a clairement problème. Certes, on pourrait repprocher à Google de ne pas filtrer les requêtes du type "Jenifer Lawrence nude fapening", mais dans la mesure où Google est un moteur de recherche, pas un gestionnaire de contenu, il n'est finalement qu'un accès à des données qui sont présentes et accessibles de toute façon. Il y a un débat possible sur l'éthique de Google : le moteur de recherche doit-il filtrer à priori des contenus ? Je ne pense pas que ce soit son rôle. Les plateformes telles que Google, Facebook ou Twitter passent déjà suffisament de temps pour décider à notre place de ce qui est bien pour nous  ou pas, que je suis personnellement totalement opposé à ce filtrage, qui reste fortement dépendant d'une subjectivité, qui ouvre la porte à un contrôle de l'information, une manipulation même, et qui est totalement contraire aux principes fondateurs d'internet.

Mais ce n'est finalement là que le moindre problème soulevé par cette affaire. En effet, qu'entendent exactement les plaignants lorsqu'ils reprochent à Google de ne pas avoir "systématiquement effacé les clichés volés" ? La réponse est simple, ces personnes sous-entendent que Google est reponsable des données trouvées sur Internet, et qu'il a le droit, et ici même le devoir, de modifier ce contenu à sa guise. Les personnes à l'origine de cette plainte créent un amalgame très dangereux entre Google et Internet. Si cet amalgame fait sourir bon nombre d'entre nous lorsqu'il s'agit de voir des gens peu instruits du numérique parler " d'installer internet" sur leur poste ou confondre "chercher sur internet" et "chercher sur Google" (même si celui-ci fait de moins en moins rire), il présente là un problème majeur.

En effet, si une cour de justice considère cette plainte recevable, voire pire encore si cette plainte aboutit en l'état à une condamnation de Google, cela signifie que la justice reconnait à Google le droit de disposer du contenu d'Internet. Google devient implicitement pour la justice propriétaire de l'ensemble des données auquel il donne accès, c'est à dire l'ensemble des données accessibles sur Internet.

Il est absolument impensable de tenir Google responsable de la présence de ces données personnelles sur Internet, et encore moins responsable de leur non-suppression. Après que l'Europe ait autorisé les particuliers à façonner leur image numérique à volonté avec un droit à l'oubli ridicule, l'aboutissement de cette plainte créera un précédent grâce auquel Google pourra à loisir décider du sort d'un contenu numérique sans le moindre contrôle.

Dans un contexte où Google dispose déjà d'un pouvoir considérable et inconsidéré sur notre vie numérique, où il étend à une vitesse impressionante ce pouvoir dans chaque aspect de notre vie quotidienne (déplacements, santé, travail...), il est primordial que cette plainte ne puisse aboutir sans quoi Google deviendra par la voie de la justice (une justice qui mondialement s'est déjà montré très peu compétente dans ce domaine) une entité toute-puissante sur Internet.

Il est bien sûr naturel et éthiquement indispensable que les victimes des ces fuites de données personnelles cherchent et punissent les coupables, mais la validation des propos tenus dans cette plainte par la justice donnerait à Google un droit légalement légitime de regard et de modification de l'ensemble de nos données.

Le rêve pour cette entreprise, le cauchemar pour la liberté de chacun d'entre nous.

 

MAJ

Le rapport fait de la plainte par Les Numériques m'a induit en erreur et j'ai mal compris la portée de la plainte, qui vise uniquement les services herbergés par Google. Dans ces conditions, Google doit bien sûr être condamné. Cependant je ne souhaite pas modifier cet article, car l'omniprésence de Google reste inquiétante et j'espère amener les lecteurs à réfléchir sur les problèmes que cela peut poser.

Ajouter à mes favoris Commenter (0)

Commentaires

Archives