À Contre-Courant

Par Fersen Blog créé le 17/01/11 Mis à jour le 31/12/13 à 13h38

Ajouter aux favoris
Signaler
Réflexions

Cet article a été rédigé il y a plus de 3 semaines, sur mon iPhone. Ayant eu quelques problème pour le rapatrier sur mon ordinateur, je ne le publie que maintenant, et un peu en catimini (à 3h00 du matin) car il n'est plus d'actualité. Voici le lien vers l'article d'origine : http://www.gameblog.fr/article-lecteur_2085_de-l-humanisme-au-fils-de-la-liberte-metal-gear-manifeste-po

Une petite mise au point avant de commencer.

Même si j'aime le genre infiltration, je n'ai jamais été un grand mordu de Metal Gear Solid. À une époque où je tripais grave sur Tenchu, MGS m'apparaissait alors comme une version moderne des aventures de Rikimaru et Ayame. C'est en y jouant que je m'aperçus que j'avais affaire à autre chose. Je doit même être un des rares joueurs que le doublage français n'ai pas effarouché. Comparé aux autres productions de l'époque (Tenchu, donc), il était plutôt honnête et renforçait l'ambiance série B, façon films d'action des années 80. Malgré un discours intéressant et documenté sur l'arme nucléaire, MGS1 s'est complément ridiculisé avec ses propos délirants sur la génétique. Il m'était alors impossible de prendre cette série au sérieux.

Vint MGS2 et ses interminables séquences de bavardage, ses références lourdingues et sa fin complètement abracadabrante. À l'exception de Shenmue, ce Sons of Liberty est peut-être le jeu vidéo le moins ludique auquel j'ai pu joué. Pourtant, ça avait plutôt bien commencé, avec ce passage sur le tanker.

Je crois que j'ai abordé MGS3 sans m'attendre à grand chose. Et je ne fut pas déçu... Vraiment ! J'ai bien aimé ce jeu même si je ne l'ai pas fini. The Boss fait sans doute parti des personnages les mieux écrits du jeu vidéo. Pourtant, il gardait toujours, comme héritage de ses ainés, cette jouabilité vieillotte et assez peu intuitive. Je ne parlerais pas des autres jeux car je n'y ai pas touché (sauf Ghost Babel sur GBC qui reste mon Metal Gear préféré à ce jour).

Même si je ne déteste pas cette série, je la trouve très surfaite. Le génie de Kojima réside moins dans ses qualités de "game designer" que dans sa capacité à se foutre de la gueule de ses fans (qui en redemandent). C'est un expert en esbroufe et en communication ; il sait parfaitement jouer avec les attentes, comme en témoigne la communication autour de MGS2 ou l'actuel délire autour de Joakim Migren... Mogren, pardon. Niveau game design, scénario, etc... Rien, finalement, ne le différencie d'autres producteurs. Il n'est pas mauvais, ni médiocre ; il serait même plutôt bon. Mais mérite-il d'être autant adulé, autant adoré ? Je ne le pense pas.

Revenons-en à l'article de Sensui. Il est très intéressant et apporte un regard assez inédit sur l'univers MGS même s'il ne me fera pas aimer d'avantage cette série. Je n'ai rien à dire sur le fond de l'article car, comme je l'ai dit, je ne me suis pas plus intéressé que ça à MGS. Cependant, je vous livre ici un mélange de critiques, de remarques et de réflexions de fond sur les idées développées dans l'article.

Les deux principales tendances politiques sont nées de la dichotomie du Libéralisme Philosophique hérité des Lumières, à savoir d'une part le Libéralisme Politico-Culturel (qu'on nomme couramment "La Gauche") et son pendant parallèle, le Libéralisme Economique (situé lui à "Droite").

Le libéralisme est d'abord né en réaction contre l'absolutisme du pouvoir royal. Cette philosophie se base sur différents concepts tel que l'individualisme (la souveraineté de l'individu), la liberté, la propriété (à commencer par la propriété de soi-même) et la responsabilité (c-à-d assumer les conséquences de ses actes). De ces concepts dérivent un bon nombres de principes comme le principe de non-agression ou la limitation des pouvoirs, quelque soit leur origine. Il s'oppose donc, d'une certaine manière, au conservatisme. De plus, il n'y a pas de dichotomie entre le libéralisme économique et le libéralisme politique car l'un ne va pas sans l'autre et inversement. Garder la liberté d'expression tout en supprimant la liberté économique, par exemple, est un non sens. C'est juger que les gens sont suffisamment adulte pour savoir faire la part des choses dans les propos d'une personne mais, ces mêmes gens deviennent économiquement inaptes et incompétents au point qu'il faille qu'une autorité supérieure choisisse à leur place ce qu'ils doivent produire et/ou consommer. Comme disait le philosophe Max Stirner : "La liberté ne peut être que toute la liberté ; un morceau de liberté n'est pas la liberté." Il n'y a donc qu'une seul liberté et la couper en petits morceaux revient à la supprimer purement et simplement. D'où le constat que ni "gauche" ni "droite", tel que défini dans l'article, ne sont réellement libérales, ni même d'inspiration libérale. Certaines philosophies politiques (comme le fascisme, par exemple) se sont même constituées en opposition au libéralisme. D'ailleurs, "gauche" et "droite" se retrouve dans une même critique des idées de liberté, comme l'a bien montré Gustave de Molinari dans ses "Soirées de la rue St-Lazare".

Enfin, les catégories de droite et de gauche ne désigne en elles même aucune pensées politiques réelles. Ce ne sont que l'endroit où siègeaient les députés lors de la Révolution Française. Ainsi, les députes libéraux ont longtemps siégé à gauche avant de se faire "pousser à droite" avec l'essor du socialisme.

Che Guevara (...) humaniste désirant étendre la lutte pour la Liberté aux pays du tiers monde.

"Nous avons fusillé, nous fusillons et nous continuerons à fusiller tant que cela sera nécessaire. Notre lutte est une lutte à mort." Déclarait-il le 11 décembre 1964, devant l'Assemblée générale des Nations-Unies. Plus tôt, le 5 février 1959, il déclarait : "Les exécutions sont non seulement une nécessité pour le peuple de Cuba mais également un devoir imposé par ce peuple." Difficile, dans ces conditions, de faire de lui un militant de la liberté et encore moins un humaniste quand toute sa vie fut consacrée à violer les droits les plus fondamentaux de l'être humain.

De même, il est assez hasardeux de mettre sur le même plan la Révolution Française et la Guerre d'Indépendance américaine tant l'une et l'autre ont eu des conséquences diamétralement opposé. La Révolution Française proclama, en 1789, les droits de l'homme, parmi lesquelles on trouvais le droit de propriété et la résistance à l'oppression. Puis, bien vite, les révolutionnaires s'assirent sur leurs belles déclarations en nationalisant les biens du clergé (négation du droit de propriété) et en massacrant les vendéens (négation du droit de sûreté et de résistance à l'oppression). Elle n'aboutit, au final, qu'à la Terreur et son cortège de massacres gratuits et au rétablissement d'une nouvelle monarchie.

mercenaires non-professionnels

Belle oxymore... À la base, un mercenaire est un professionnel. Alors, un mercenaire non-professionnel, c'est quoi ? La conscription par des sociétés privées ?

Plus sérieusement, le mercenariat a longtemps été une manière normale de faire la guerre ; les armées nationale n'étaient que l'exception. Le mercenaire, historiquement, est un membre d'une force armée qui n'est pas celle de son état d'origine. C'est un soldat qui touche un salaire (merces en latin) et qui choisis ses causes et ses chefs. Dans l'univers de MGS, Big Boss et son Outer Heaven correspondent parfaitement à cette définition. On en trouve les premières mention dans l'Anabase de Xenophon où les armées de l'Antiquité étaient constituées de nobles et de mercenaires, la seule exception étant Sparte. D'ailleurs, l'archerie étant une activité militaire mal vu par la noblesse (on ne tue pas à distance), elle était l'apanage de mercenaires crétois. 

Autres exemples historiques :

  • Les corsaires ne sont pas autre chose que des mercenaires.
  • Louis XIII était défendu par des archers écossais.
  • Avant la Révolution, l'armée royale est constitué au 1/3 de régiment étrangers (bavarois, suisse, etc).
  • La Suisse s'est longtemps fait une spécialité du mercenariat. Aux Tuilerie, les gardes suisses ont défendu Louis XVI jusqu'à la mort. Encore aujourd'hui, ils assurent la garde du Vatican.
  • René Descartes, Georges Orwell, Arthur Rimbaud, Ernst Junger et Ernesto Guevara furent mercenaires.

La conscription accompagne la naissance de l'idée de nation. En France, elle ne date que de la Révolution, la république n'ayant plus les moyens de se payer des mercenaires. Au final, les sociétés militaires décrites dans MGS4 ne seraient-elle que le dernier avatar d'un phénomène vieux comme le monde ?

...l'Economie de Guerre, comme son nom l'indique, est non plus basé sur le prix du baril comme au 20ème siècle mais sur La Guerre qui devient objet de spéculations financières Les guerres (...) sont bien au centre de la vie économique et régulent tous les marchés adjacents (...) rôle autrefois attribué au Pétrole.

La "krieg wirtschaft" décrite ici n'a absolument aucune chance d'être créatrice de richesse sur le long terme pour plusieurs raisons. Tout d'abord, on ne peut comparer la guerre et le pétrole. Le pétrole est une marchandise physique qui peut s'échanger contre d'autre produits. À l'inverse, la guerre est contraire à tous les principes du commerce (basé sur le consentement mutuel et l'échange libre). C'est le règne de la violence et de la coercition ; en bref, de la négation des droits humains les plus fondamentaux. Une économie saine et prospère ne peut exister en temps de guerre, ne serait-ce parce qu'un pays en guerre est un pays instable et que l'économie a d'abord besoin d'une situation stable. Mais également parce que le commerce nécessite le droit : le respect de la propriété et de la liberté.

De plus, si l'économie actuel est basé sur le pétrole, c'est que ce dernier est une source d'énergie qui permet justement au reste de l'économie de fonctionner. Or, la guerre n'est pas génératrice d'énergie mais en est consommatrice. Si la guerre remplace le pétrole, avec quelle source d'énergie faire fonctionner l'économie ? Comment la guerre peut-elle continuer ? Avec quelle source d'énergie ? Une dynamo reliée à un vélo ? Une sphère de Dyson ? Du soleil vert ?

Le système économique décrit dans l'article ressemble à s'y méprendre à un système corporatiste, sinon fasciste. Il ne s'agit plus de compagnies privées aux ordre de l'État ni même d'État au service de compagnies privées mais d'une sorte de mélange entre les deux : un système économique où les intérêts de ces groupes coïncident avec les intérêts des États. Et là, on peut faire le parallèle avec la crise de la dette publique où les patrons des grandes banques sont copain comme cochon avec les politiciens (souvent issus des mêmes sérails type ENA). Des patrons de banques, anciens haut-fonctionnaires des finances qui passent dans le "privé", non pas pour leur compétence dans le milieu de la banque mais pour leur carnet d'adresse et leur connaissance du maquis législatif. Le croony capitalism comme disent les américains ou capitalisme de connivence en bon français... Mais je m'emporte. Revenons à nos moutons.

Bref, l'économie de guerre est une économie corporatiste voir fasciste dans laquelle la collusion entre les hommes de l'état et les grands groupes armés se fait au détriment des populations et des droits les plus fondamentaux de celles-ci. Cette société n'est finalement que la résultante de l'État léviathan si cher à Hobbes (cité dans l'article) car, par définition, la guerre est le fait d'états. "Dans tous les temps la guerre sera, pour les gouvernements, un moyen d'accroître leur pouvoir." nous dit Benjamin Constant. Donc, la guerre ne produit pas de richesse mais en consomme.

Pourtant, il est courant d'entendre que les destructions engendrées par la guerre créeront de l'emploi, et donc de la richesse, lorsque viendra le moment de reconstruire. C'est peut-être cela qu'il faut comprendre par "économie de guerre" ? Malheureusement, il s'agit d'un sophisme économique très répandu (comme ce prix Nobel souhaitant une invasion extraterrestre pour relancer l'économie) qu'on appelle "sophisme de la vitre cassé". Il postule qu'une destruction est bonne pour l'économie puisque la réparation qui s'en suit est censé bénéficier au réparateur et, par la même, à toute l'économie. Or, les sommes mises en jeu pour la réparation auraient quand même bénéficié à l'économie s'il n'y avait pas eu destruction. Elles auraient été simplement allouées ailleurs. On peut généraliser en disant qu'une société perd la valeur des objets inutilement détruits ou plus brièvement : "destruction n'est pas profit." Il reste l'autre option de l'économie de guerre : le pillage. Mais là aussi, impossible de créer de la richesse puisqu'il s'agit de violer le droit de propriété. Pourquoi s'ingénier à produire plus si le fruit de notre travail nous est, intégralement ou en grande partie, volé par d'autres ?

Les Patriotes diffuseront un afflux massif d'argents et de capitaux qui irrigueront la société

Un afflux massif d'argent et de capitaux provoquera immanquablement une augmentation de la masse monétaire et donc une baisse de son pouvoir d'achat*, ce qui provoquera une hausse des prix généralisés. C'est ce qu'on appelle l'inflation ! L'inflation est une baisse durable de la valeur de la monnaie, entrainant une hausse généralisée et persistante du niveau général des prix, se répercutant sur les anticipations des agents économiques. C'est un peu comme si tout le monde gagnait l'euro million. Tel que présenté, la politique des Patriots est une politique ruineuse. Elle finira comme la République de Weimar ou, plus proche de nous, le Zimbabwe : une monnaie si faible qu'elle ne vaut plus rien.

Je laisse à Ernest Hemingway le soin de conclure cette partie économique : "La première panacée d'une nation mal gouvernée est l'inflation monétaire ; la seconde, c'est la guerre. Toutes deux apportent une prospérité temporaire ; toutes deux apportent une ruine permanente."

Contrôle généralisé ou Liberté totale?

Comme nous l'avons vu plus haut, ce choix est faux. L'article, d'ailleurs, le souligne. Que ce soit le Major Zero ou Big Boss, leur projets sont équivalents sur le résultat : il s'agit, fondamentalement d'un totalitarisme. Totalitarisme violent et militaire pour Big Boss et Outer Heaven, totalitarisme mou et démocratique pour Major Zéro et les Patriots. Mais toujours un totalitarisme. Enfin, le projet politique de Solidus peut sembler séduisant. Pourtant, en prenant comme modèle deux totalitarisme, il n'aboutira qu'à la ruine et au désastre. Après tout, une société juste et morale ne peut naître d'actes injustes et immoraux comme ceux dont on est témoin dans MGS2 !

 

 

Art by Arkeis

* Pour les monnaies, on ne parle pas de prix mais de pouvoir d'achat. L'expression a été largement galvaudé et à perdu son sens original.

Voir aussi

Groupes : 
Metal Gear
Ajouter à mes favoris Commenter (0)

Commentaires

Archives

Favoris