À Contre-Courant

Par Fersen Blog créé le 17/01/11 Mis à jour le 31/12/13 à 13h38

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Réflexions

L'écoute du podcast de cette semaine, sur le tout connecté, m'a interpellé. Et surtout la partie sur la prochaine fin de l'occasion. Je ressort, à ce sujet, un article que j'avais écris il y a un bon moment mais que je n'avais jamais publié...

Les nombreuses rumeurs autour de la prochaine génération de console ne cessent d'inquièter les joueurs. À les croire, la nouvelle console de Microsoft disposerait d'une fonctionnalité permettant de lier un jeu à la console. Celle-ci servirait à lutter contre le marché de l'occasion. J'affirme haut et fort que, dans cette lutte, tout le monde sera perdant. Comme le dirait l'économiste, il y a ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas. Car, si les éditeurs se focalise sur le manque à gagner qu'ils voient, ils en oublient ce qu'on ne voit pas, c'est à dire les effets dit "pervers" mais parfaitement prévisibles de ce système.

Dans un premier temps, la situation des boutiques spécialisées se dégradera pour des raisons plus qu'évidentes. L'occasion représentant une part non négligeable de leur commerce et surtout de leurs bénéfices, ce seront les premières à y laisser des plumes. Inutile de vous faire un dessin.

Ensuite, ce seront les joueurs. Nombreux sont ceux d'entre nous à avoir pu profiter d'un bon jeu pas cher ou à avoir revendu un jeu pas terrible. À titre d'exemple, l'auteur de ces lignes a pu se procurer une PS1 ainsi qu'un exemplaire de FF7 de seconde main (ainsi qu'une carte mémoire) en revendant sa Saturn et ses jeux. Supposons à présent que l'on supprime l'occasion. Ne pouvant se débarrasser d'un jeu quelconque acheté au prix fort sur un coup de tête (ou en ayant suivit les conseils pas très avisés de quelques ménestrels célesto-cosmiques), notre joueur dépensera moins de sous et achètera donc en priorité des jeux qu'il est certain d'apprécier. À l'autre bout de la chaîne, un acheteur un peu pingre (ou ne désirant pas payer 70€ pour un jeu sympa mais médiocre) se verra priver la possibilité de jouer à vil prix et donc gardera son argent pour lui, pour un jeu qui vaudra son prix ou pour tout autre chose.

Enfin, les éditeurs seront également perdants. On vois bien le raisonnement qu'ils tiennent ; ils se disent : "Si on vend un jeu à 100.000* exemplaires et qu'il s'en vend 20.000 en occaz, supprimons l'occasion et on en vendra 120.000 !". Il s'agit là d'une raisonnement purement mathématique et non économique. Comme nous l'avons dit plus haut, il n'est pas certain que les joueurs ayant acheté un jeu d'occasion l'achèteraient en neuf. C'est même peu probable. De l'autre côté, il est également peu probable que ceux ayant acheté le jeu neuf pour ensuite le revendre (pour des raisons qui ne regarde qu'eux) l'ai acheté quand même s'ils avaient su qu'ils ne pouvaient pas s'en débarrasser comme ils le souhaitaient. Ainsi, sur les chiffres donnés en exemple, ce n'est pas 120.000 unités, ni même 100.000 unités que l'éditeur vendra mais 80.000. On peut imaginer sans peine qu'il en résultera un appauvrissement de l'offre : les éditeurs, de plus en plus frileux, se rabattront sur des recettes qui on fait leur preuve. S'en suivra une homogénéisation des productions qui, pour attirer l'acheteur, répéterons ad-nauséam les mêmes recettes. Un peu comme maintenant mais en pire...

On peut raisonnablement penser que tous les jeux n'utiliseront pas obligatoirement ce système anti-occaz. Dans ce cas, il y a fort à parier que ceux-ci se vendront mieux que d'autres, à l'image des livres numériques sans DRM qui se vendent mieux que ceux avec**.

Enfin, on l'oublie souvent mais il est bon de rappeler qu'un jeu d'occasion a d'abord été un jeu neuf. Un jeu d'occasion a donc été payé à l'éditeur. Ajoutons à cela que l'occasion fait partie de la vie d'un jeu. Il n'est pas rares que des joueurs s'achètent des jeux neufs en en revendant des plus anciens. Ceci peut expliquer le succès des franchises sportives annuelles type FIFA ou autres : les amateurs revendant la version n pour se procurer la version n+1.

Tout ceci pose un problème de taille : à qui appartient un jeu vidéo ? À l'éditeur ou au joueur ? On serait tenté de répondre "au joueur". Pourtant, avec le système que nous promet Microsoft (toujours d'après les rumeurs), le jeu n'appartient plus à celui qui en a fait l'acquisition. Le joueur ne peut plus revendre un jeu qui, pourtant, dans les fait, lui appartient. Ce problème déjà présent avec la dématérialisation, prendra une autre ampleur.

Ce système, s'il est avéré, est donc contre-productif et économiquement idiot ! Il est voué à l'échec car c'est une formidable incitation au piratage.

* Le chiffre donné iciest purement pifomètrique et ne sert que d'illustrations à mes propos.

** L'éditeur Bragelonne, après avoir abandonné les DRM sur ses ebooks, a vu les ventes de ceux-ci s'envoler jusqu'à en devenir le leader français sur ce support.

Voir aussi

Plateformes : 
Xbox One
Sociétés : 
Sony Computer Entertainment, Microsoft
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