

LE CELESTO-BLOG DE JULIENC
BIGZONE : Le Blog de Bigquick #4
Le Coin du SérievoreBienvenue au marché culturel Tourangeau. Le Zocalo ouvre une succursale sur GameBlog. Toujours des séries, des bd, des films, peut-être un peu de jeu vidéos, beaucoup de Babylon 5 et toujours un type aux commandes qui se réjouira toujours autant de vous faire découvrir ce qui lui à fait plaisir.
De par sa nature, Captain America est un super-héros qui prête souvent à sourire quand il ne suscite pas le mépris voire le rejet pur et simple. Pourtant la lecture des bd qui lui sont consacrées nous montre un personnage différent des clichés qui lui sont accolés. Bien loin de la figure nationaliste qui lui colle à la peau dans notre hexagone, Captain America est probablement l’un des super-héros par excellence. Défenseur de valeurs et d’idéaux, il n’a de cesse de lutter contre ceux qui voudraient les bafouer tels que les ennemis charismatiques que sont Crâne Rouge, le Baron Zemo ou bien les organisations tentaculaires comme l’Hydra ou l’A.I.M. Sous la plume et les pinceaux d’auteurs de talents, Captain America se révèle être tout simplement, une formidable série d’action et d’espionnage dantesque ainsi qu’une tribune politique pour certains auteurs. On pense notamment à l’arc que Steve Englehart écrivit durant le scandale du Watergate où Captain America lutte contre un Empire Secret dont le chef s’avère être le Président des Etats-Unis.
Avec la sortie du film Captain America – The First Avengers, l’occasion est trop belle pour découvrir véritablement le personnage et profiter de la lecture de passionnantes aventures. Petite sélection des (pas forcément) récentes sorties.

Captain America – L’intégrale 1964/1966 par Stan Lee et Jack Kirby
Jack Kirby ressuscite le personnage qu’il avait crée en 1940 et le fait vivre au sein de l’univers Marvel tel qu’il l’a bâti quelques années plus tôt. Cette intégrale regroupe le début de la série. Un ensemble d’histoires courtes (la série était publiée dans le mensuel Tales of Suspense avec Iron Man) où Captain America va lutter contre des dizaines d’ennemis plus terribles les uns que les autres. Une entrée en matière de choix pour qui veut connaitre le personnage et un ouvrage indispensable du fait du talent de son dessinateur.

Marvel Classic N°3 par Stan Lee, Jack Kirby et Steranko
Ces épisodes suivent de près ceux édités dans l’intégrale 1964/1966. La série acquiert son propre mensuel. Cap va trouver dans la personne de Rick Jones un nouveau partenaire et va combattre le Dr Faust, L’hydra et Hulk. Les épisodes de Steranko sont magnifiques et les histoires offrent de purs moments de baston assez incroyables.

Captain America – La légende vivante par Roger Stern et John Byrne
Réunissant tous les épisodes du duo, ce volume offre son lot de baston homérique (notamment contre Mr Hyde et Batroc) tout en mettant plus en avant la vie privée de Captain America. Le sommet de ce volume se trouve dans l’épisode où, suite à une manœuvre médiatique, Captain America est plébiscité pour devenir candidat à l’élection présidentielle. L’occasion de constater que le personnage n’est pas un outil de propagande d’un gouvernement mais l’étendard de nobles valeurs et le miroir de tout ce qu’il y a de bon en l’homme.

Captain America, le retour par Mark Waid et Ron Garney
Mark Waid fait partie des auteurs qui ont marqué le personnage durant toute la période où il écrivit ses aventures. Ce volume compile les premiers épisodes faisant suite à l’événement Heroes Reborn* dans lesquels un Captain America que tout le monde croyait disparu doit lutter contre l’Hydra et doit faire face à une Capmania d’ampleur gigantesque et aux conséquences catastrophiques quand un ennemi l’utilisera pour provoquer un chaos national. Si la deuxième partie du run de Waid et Garney est considérée comme moins bonne que la première, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une très bonne histoire ainsi qu’une excellente porte d’entrée dans l’univers d’un Captain America plus moderne.

Marvel – Les Grandes Sagas par Mark Waid et Andy Kurbert

Captain America par Ed Brubaker, Steve Epting et Mike Perkins
Bonjour Yann et merci à toi de combler ma curiosité en répondant à mes questions. Je précise qu'au moment où nous discutons je n'ai pas encore lu ton livre et qu'il est probable que certaines de mes questions trouveront leurs réponses dans ton ouvrage. Dans ce cas tu as le droit de me répondre : "lis le bouquin connard". Pour les personnes qui ne te connaitrait pas tu as 33 ans, tu as une formation d'archiviste, tu as été libraire, tu as collaboré à la revue Versus et tu traines tes guêtres depuis des années sur la toile où tu nous conseille notamment en lecture super-héroïque. Récemment tu as mis en ligne sur le site superpouvoir.com une analyse foisonnante de Batman de Grant Morisson on pourrait donc dire que Grant Morrison : (R)évolutions et la suite logique de ces écrits.
Avant tout de choses je renvoi le lecteur à l'entretien que tu as accordé à l'excellent site France-Comics qui revient très bien sur la genèse et l'aspect créatif de l'ouvrage.
A la veille de la sortie du livre et après tout ce travail, ma première question va être très bateau. Alors heureux ?
Réponse bateau : oui, bien sûr :)
Grant Morrison a une réputation d'auteur aux œuvres difficiles à lire car très foisonnantes et composées de multiples niveaux de lecture. Réputation infondée ?
Oui et non. Oui, parce qu’il y a effectivement plusieurs niveaux de lecture, qu’il aime brouiller les pistes entre réalité(s) et fiction(s), et qu’il utilise souvent des styles à contre-courant de la production régulière. Néanmoins, je pense qu’une grande partie de cette réputation vient du fait qu’il brise les habitudes de lecture : on est souvent en présence d’œuvres finies, complètes… des cycles. Du coup, c’est souvent au dernier épisode que se révèlent certains aspects importants du récit. Mais de plus en plus de lecteurs « saisissent » la démarche : il n’est qu’à voir tous les blogs qui cataloguent les références cachées ou non dans ses histoires. Donc je dirais qu’il a un aspect ardu mais qui est bien moins présent à la lecture. La réputation est comme d’hab’ un peu exagérée.
Je trouve que l'une des forces de la collection est que les ouvrages qui la compose arrivent à s'adresser autant au néophyte qu'au fan et qu'isl donnent vraiment l'envie de découvrir les oeuvres des auteurs traités. Dans le cas de Grant Morrison tu conseillerais quelle oeuvre pour découvrir le bonhomme ?
C’est toujours une question risquée parce qu’il a évolué dans différents styles et s’est renouvelé au gré des époques. Le Morrison des 80s n’est pas le même que celui des 2000s : c’est pourquoi la 1e partie est divisée suivant ses différents « avatars ». Un peu comme David Bowie qui s’est recréé au fil des époques.
L’un dans l’autre, je dirais qu’Animal Man a plusieurs aspects pratiques : non seulement, il n’y a que 26 numéros (trois TPB), mais le dessin est clair et efficace même si peu stylisé et il a le mérite d’expliquer la « méthode Morrison » par le biais du scénariste lui-même qui s’invite dans le titre.
Toi même tu te rappelles la première histoire que tu as lue de lui ?
Arkham Asylum, comme à peu-près tout le monde à la même époque, après la sortie du film de Tim Burton.
Ce fut le coup de foudre immédiat ou le talent du bonhomme s'est imposé à toi peu a peu ?
Oh non, ce qui m’intéressait, à sa sortie, c’était moins l’auteur que de pouvoir enfin « racheter du Batman ». Après la disparition de Sagédition dans les années 80, j’étais en manque :)
Et c’est encore aujourd’hui, une de ses réalisations qui me parle le moins (même si j’adore ce que fait McKean). Ca reste néanmoins un bon album de cette période de frénésie autour du « graphic novel », cette recherche de respectabilité : « hey, on parle de nous dans la presse, si on montrait qu’on a lu des livres ? »
J’ai raté la sortie des Invisibles et c’est un article d’Olivier Thierry dans Scarce qui m’a fait découvrir la série. La première série à laquelle j’ai vraiment accroché, c’était JLA. C’était pile dans mes obsessions de l’époque : j’en avais plein le dos de cette période foireuse pseudo-adulte, qui tournait encore plus à vide avec les premières séries Image, et il y avait toute cette atmosphère, particulièrement chez DC Comics, de frénésie créatrice. La baisse des ventes avait été libératrice : les auteurs testaient sans essayer de singer Miller ou Moore, c’était une bouffée d’air frais : Busiek, Waid, Peyer, James Robinson et son excellent Starman… ça n’a pas duré longtemps, bien sûr, ça a été repris par le système, mais c’était vraiment plaisant à lire et à suivre.

J'ai l'impression qu'à part dans le cercle des amateurs de comics, Grant Morrison est moins connu que ne l'est Alan Moore. Le fait que la majorité de sa production actuelle soit consacrée aux super-héros mainstream ne le dessert-il pas ?
Y a deux points dans ta question.
Pour ce qui est d’Alan Moore, je pense que « le problème » de Morrison, c’est qu’il arrivera toujours en second, Moore a le privilège de l’ancienneté. Sans Moore, on n’aurait pas eu Morrison, même s’il bossait déjà sur les mêmes thèmes dans ses premières séries, c’est Moore qui a permis que plusieurs scénaristes se disent «OK, on enlève les gants maintenant ! ».
Pour ce qui est du « cercle des amateurs de comics », c’est malheureusement un cercle qui se restreint au fil des années pour plein de raisons. Malgré les références aux anciens épisodes, je pense que Morrison sur plusieurs séries, peut arriver à toucher d’autres publics que les lecteurs ayant débuté y a trente ans avec Strange ou Superman poche. Le fait d’avoir des cycles, comme je le disais plus haut, ça permet au lecteur de sentir que l’histoire vaut le coup d’être racontée donc d’être lue.
Maintenant, oui, l’aspect super-héros qui est très présent (même dans les séries Vertigo) est peut-être un frein : ce qui expliquerait les choix en vf de présenter plutôt Mystery Play ou Kill your boyfriend que Seaguy ou Vimanarama… Je ne sais pas quoi te répondre sur ce point : le concept de super-héros rameute les foules dans les salles mais continue de rebuter dans les librairies, c’est une vraie question et il y a plein de facteurs à prendre en compte…
Grant Morrison et les dessinateurs ça fonctionne comment ? Je crois savoir qu'il fut lui-même dessinateur. Pourquoi ne s'est-il consacré qu'à l'écrit ?
Pour des raisons de santé au départ : il a expliqué dans une interview qu’il a chopé un glaucome à l’œil au début de sa carrière, quand il réalisait l’intégralité de ses bandes (il réalisait notamment un strip de presse : les délais de productions étaient assez intenses). Il n’a publié que quelques pages depuis, par exemple dans un numéro des Invisibles en 2000.
Par contre, il continue à dessiner et notamment des essais de couvs, de costumes, de designs pour ses séries (tu peux trouver quelques exemples dans les TPB Final Crisis ou Batman &Robin). Dans le documentaire de Patrick Meaney, Talking with Gods, il explique ainsi qu’il réalise des croquis en amont puis les « traduit » en mots pour ses scripts. L’extrait est passionnant puisqu’il y montre un carnet d’esquisses, remplis d’idées, de notes…
Il n’est pas rare de trouver des scénaristes ayant eu une expérience du dessin : Steve Englehart ou Alan Moore, par exemple… Ca explique également pourquoi leurs réalisations sont si prenantes : ils pensent également en termes d’images. La narration coule plus facilement, le lien entre les dessins et les descriptions ou les bulles visent plus l’efficacité. C’est pour cela que Morrison peut chercher à condenser énormément d’infos dans une case (voire comme dans Final Crisis, des pans entiers de sagas cosmiques). C’est la recherche d’une forme complexe à l’origine de la BD.
Grant Morrison est souvent associé à Frank Quitely et ils font souvent des merveilles à tel point que j'en viens à croire que seul ce dernier arrive à retranscrire les propos de Grant Morrison. Je me trompe ?
En fait, dans l’élaboration du livre, Raphaël Colson a donné une place importante aux illustrations de Quitely et je termine le livre sur une analyse d’All-Star Superman… on peut dire que oui, c’est le dessinateur parfait de Morrison : le talent de Quitely c’est de pouvoir être entre le réalisme (les décors méticuleux, la recherche dans les gestes et les expressions) et la fantaisie (les corps sont déformés, les pouvoirs sont mis en valeur comme « naturels »). Les allers-retours de Morrison entre les deux styles, souvent au sein de la même BD, sont vraiment matérialisés par le dessin.
L’un de mes regrets au niveau du livre, c’est de ne pas avoir pu décrire plus en avant le dessin de Steve Yeowell, notamment sur la phase III de Zenith, dans laquelle il prend une esthétique de photo de mode des années 80, et donne l’impression que certaines cases sont des pochettes de vinyle. C’est impressionnant.

Morrison préside à la destinée de Batman depuis sept ans il me semble. Actuellement il écrit Batman Incorporated. Tu le vois encore longtemps se consacrer au personnage ? Tu sais s'il a des projets dans ses cartons qui ne demandent qu'à être concrétisés ? J'ai notamment entendu parler d'une suite à All Star Superman ?
Ca fait déjà deux fois qu’il doit quitter Batman et qu’il relance une intrigue, alors pourquoi pas une troisième ? Il a parlé de Multiversity qui explorerait les terres parallèles de DC, et que ses « suites » à All-Star Superman, consacrées aux enfants de Superman et Batman (pas ensemble, hein !), y seraient intégrées, je crois.
Mais il a surtout dit au cours d’une interview qu’il avait une histoire sous le coude concernant Flash. Et ça, ce serait un vrai bonheur.
Le parcours de Captain America depuis la reprise par Ed Brubaker ressemble beaucoup à celui de Batman. Coïncidence ?
Oui, je pense ; Brubaker a aussi comme méthode de revenir aux sources et de sortir des personnages ou concepts obscurs du passé des séries qu’il reprend. Et en ce moment, on est dans une période floue pour les auteurs de comics : les personnages sont connus, les BD ne se vendent pas… Il y a une volonté encore plus grande que dans les années 80 de « déconstruire/reconstruire » les héros, voir ce qui fonctionne et ce qui peut-être rénové. Maintenant, je me demande si le voyage dans le temps de Captain America dans « Reborn » était bien celui prévu au départ (y avait des indices sur un pistolet qui fait voyager dans la zone négative mais Civil War a du modifier certains plans). L’important c’est surtout qu’on a droit à deux très bonnes séries sur ces personnages.
Tu es un immense fan de Frank Miller. A ton avis, y a t-il des points sur lesquels ces deux artistes se rejoignent ou ils sont plus opposés qu'autre chose ?
Y a un peu des deux : Morrison a taclé plusieurs fois Miller sur le côté macho-homo refoulé du style Miller, mais plus sur un ton rigolard qu’autre chose (il pastiche très bien ce style). Il l’a aussi allumé sur ses opinions, puisqu’ils sont aux antipodes pour ce qui est de l’échiquier politique. Ils ont un fond de contestation anar’ et ils viennent de milieux modestes, ce qui leur a donné une vraie conscience de la lutte des classes mais, pour caricaturer, on peut dire que Miller chie sur les hippies et Morrison vient de ce milieu baba-cool.
Par contre, on retrouve des motifs similaires (et le livre de Jean-Marc Lainé est à ce titre passionnant dans ce qui est de l’étude de la vision politique de Miller). Par exemple, le thème de l’éducation et de la transmission : il y a cette idée que les actes présents vont avoir des répercussions sur les générations futures, qu’on risque d’aller droit dans le mur (la fixette sur l’Apocalypse), et qu’on s’inquiète de la jeune génération, qui apparait toujours plus violente/bizarre…
Ensuite, Miller est plus pessimiste que Morrison, je pense : Miller a une vision très noire, jusqu’au-boutiste. Par contre petit à petit, Morrison est devenu plus « optimiste » avec le temps (passée l’ère Thatcher en fait), plus indulgent avec ses personnages… plus détaché aussi : c’est pas le choix binaire « happy end »/ « fin déprimante », on trouve souvent des fins ouvertes. Toute fin est un recommencement.
Dans l'itw de France-Comics, j'ai beaucoup aimé ta réponse quand on t'a demandé si tu avais tenté de contacter Grant Morrison. Toutefois maintenant que l'ouvrage est sorti et si tu avais l'occasion de le rencontrer tu lui demanderais quoi ?
Je ne sais pas… « Voilà le bouquin, j’espère que j’ai pas dit trop de conneries » ? :)
Et si tu rencontrais Joe Michael Straczynski ?
« Ca dérange si on commence Babylon 5 sans avoir vu les 4 premiers ? », et ensuite je m’enfuirai en courant et en riant à gorge déployée…
Parmi les prochaines sorties des Miroirs quels sont les ouvrages que tu attends le plus ? Pour ma part j'ai hâte de lire celui sur Stan Lee mais quelque chose me dit que celui consacré à Ditko retient plus ton attention.
Oh, tous les ouvrages prévus m’intéressent : Wally Wood, Ditko, Stan Lee, Ellis… C’est juste du bonheur.
En parlant du futur, tu as confirmé que ton prochain ouvrage serait consacré à John Byrne. Une approche différente que celle sur Grant Morrison ?
Oui, complètement : l’avantage de Byrne, c’est qu’il a été énormément traduit en France. Même ses Next Men l’ont été il y a peu dans deux très imposants albums (c’est rudement conseillé d’ailleurs). Et puis Byrne, c’est différent : c’est du pur comics traditionnel dans le sens où pour lui, la ligne d’horizon c’est Lee & Kirby. Avec le livre sur Morrison, l’optique c’était de défricher pour le plus vaste public possible, avec celui sur Byrne, ce sera surement plus intime, plus personnel, plus « ancien lecteur de Strange ».
C’est aussi pour cette raison que j’étais content de débuter par Morrison : c’est de la lecture plus tardive, moins lié à l’enfance. J’y suis moins attaché émotionnellement. Dans le livre de Jean-Marc sur Miller, il y a cet aspect-là que j’ai trouvé vraiment émouvant.

Une ou deux questions d'ordre plus général si tu veux bien. Depuis que tu lis des comics tu as constaté une évolution positive de l'image du comics-books en France ou beaucoup de choses restent à faire ?
Pffffffffff…. C’est compliqué. Il y a un potentiel fort de lecteurs de comics, mais qui sont rebutés par l’aspect « cercle d’initiés/communauté sectaire » qui n’est pas à mon avis présent chez les lecteurs de mangas (je me trompe peut-être, faudra confirmer ou infirmer). Et j’en parle avec d’autant plus d’honnêteté que je fais partie des vieux râleurs.
Ce qu’ils ont réussi à faire, notamment en jouant sur les sorties des films, c’est faire revenir des anciens lecteurs, en leur disant « ce que vous aimez, plus jeune, existe encore et s’est adapté aux changements sociaux et politiques. Et en plus, on vous rééditera ce que vous aimiez à l’époque ». Mais je continue de penser qu’il y a beaucoup à faire pour attirer des publics différents et notamment le public féminin. Et ça passe par des éléments qui nous paraissent anodins, parce qu’on a le nez dedans depuis longtemps : des questions de format, de présentation, d’informations.
Rayon Cinéma. T’as pas l'impression qu'on arrive au bout de l'adaptation des films de super-héros ?
Je ne sais pas, ça a l’air de cartonner pas mal. Mais c’est vrai que cette année, on est dans la surdose : on en est à quatre, cinq films par an... Mais là, on va en reprendre pour dix ans, avec les nouveaux Superman, Spider-Man, les Vengeurs et je mets ma main au feu que le prochain Batman va atomiser le box-office. Faut pas oublier que nous, on est vieux : que les spectateurs se renouvellent constamment. On n’est pas le premier cœur de cible.
Tu lis quoi en ce moment que tu nous conseillerais ?
J’aime beaucoup ce que font Rick Remender, Jonathan Hickman et Gail Simone. Je suis un gros fan de Mark Waid depuis longtemps. Mais ces temps-ci j’ai eu moins le temps de lire des nouveautés : j’ai relu des Justice League International, des Legion of Super-Heroes de Giffen et je me suis mis à Coyote d’Englehart.
Merci beaucoup Yann et à bientôt
Merci à toi :)

Grant Morrison - (R)évolutions de Yann Graf en vente dans toutes les, très, bonnes librairies et sur les sites des Moutons Electriques.
J’adore les
comics-books et plus particulièrement les comics-books de super-héros.
Je pense que ca ne vous étonnera pas si vous fréquentez un peu ce blog.
Mes premières relations avec les types en collants date de la petite
enfance mais ces histoires d’amours étaient éphémères. J’avais beau
regarder L’araignée à la télé je lui préférais les aventures spatiales de Cobra et si j’ai appris à lire avec les bandes dessinés ce n’étaient pas avec celles qu’on pouvait trouver dans Strange.
De 4 à 11 ans j’étais un ferveur lecteur des journaux de Mickey, des
Pif Gadget et toutes les autres revues où apparaissait le canard le plus
malchanceux de la planète, le chat avec un sparadrap sur la joue et
tous leurs amis. Je ne lisais pas que ça bien sûr, Tintin, Les
Schtroumpfs, Gaston, Astérix, Lucky Luke et bien d’autres encore,
squattaient également ma bibliothèque. Mon univers se nourrissait aussi
de dessins animés (japonais pour la plupart) et de séries que je
regardais religieusement à la télé. Les super-héros ? Je me rappelle de
la série Batman avec Adam West, des quelques épisodes d’Hulk et de Wonder-Woman et de ma terreur face à la vision de la femme-robot dans Superman 3.
Je me souviens qu’à un Noël j’ai eu des figurines de super-héros
provenant de la série des Guerres Secrètes mais je ne le savais pas à ce
moment là. Pour moi ces jouets n’étaient pas plus spéciaux que mes
Transformers, mes Mask et les autres qui étaient les acteurs d’histoires
que je m’inventais le mercredi après-midi dans ma chambre.
Après avoir délaissé mes bd d’enfance c’est vers les jeux-vidéos et les revues qui leurs étaient consacrées que je me dirigeais. Les super-héros, sans être absent de mon imaginaire, n’étaient que des figurants de mes passions. Des personnages que je ne méprisais pas mais qui ne m’intéressaient pas outre mesure. Sans chercher à être précis sur les dates, je me rappelle qu’au moment où je lâchais mes amours d’enfance pour me plonger dans les passions d’adolescent, nous étions en pleine Batmania suite à la sortie du film Batman de Tim Burton. Ce film fut l’une des deux premières cassettes vidéos que j’ai louée quand ma famille a eu un magnétoscope (la deuxième étant Robocop*) pourtant le coup de foudre n’eut pas lieu à ce moment là mais quelques années plus tard, quand un copain de classe me mit entre les mains une bd qu’il venait d’acheter. C’était peut-être le dernier numéro de Spécial Strange, de Serval (le nom français de Wolverine que j’ai toujours préféré à l’original) ou bien encore d’X-Force dont mon pote était friand à l’époque, je ne m’en rappelle plus, et cela n’a pas vraiment d’importance. Je me souviens par contre que l’histoire me plut et pourtant pendant les mois qui suivirent je ne me plongeais pas dans cet univers. En fait je me contentais des récits que me faisait mon ami à la pause ou pendant les interminables heures de cours. Aussi étrange que cela puisse paraître c’est par le récit oral que je commençais à me passionner pour les super-héros.

Et puis vint le jour où je farfouillais dans les rayons de la librairie du coin et que je découvrais les revues de super-héros. Ce jour là j’achetais un Strange special origines qui était consacré à Hulk à l’occasion des trente ans du personnage. Je pris également le dernier numéro de sa série régulière dans laquelle le titan vert (alors bien loin de l’image qu’on a généralement de lui) se battait dans une guerre civile aux cotés de personnages s’inspirant des héros de la mythologie grecque, et également un album des X-men où ceux-ci combattaient une équipe de super-héros canadiens sans savoir à l’époque que cette épisode était une ré-édition du run le plus célèbre des supers-héros mutants.
Je crois que ce qui m’a plu d’emblée ce sont les dialogues, l’humour et la répartie des personnages et notamment ceux de Hulk et de Serval. J’ai adoré également le dessin de John Byrne et j’ai été bluffé par un article relatant les problèmes psychologiques de Bruce Banner. Moi qui en étais resté au petit humain malingre qui se transforme en géant vert parce que lui pas content, j’ai découvert avec intérêt que tout était une bataille sans fin entre le moi et le surmoi de Banner, nourri des traumatismes liés à l’enfance. Je crois que la véritable prise de conscience eut lieu à ce moment là. Par delà les batailles de héros costumés il y avait également des êtres « normaux » qui tentaient de résoudre des problèmes quotidiens comme vous et moi. Peut-être que ce qui m’a le plus plu ce n’est pas qu’ils avaient des super-pouvoirs, c’est qu’ils avaient également une identité secrète. C’est cette double vie qui m’attira, j’aimais les X-men parce qu’ils sauvaient le monde mais aussi parce que ce monde était une menace pour eux, et je me sentais proche de Peter Parker non pas parce qu’il aidait ses concitoyens, mais parce qu’il tentait d’avoir une vie normale et d’être accepté par ses camarades au lycée. Une chose me subjugua d’emblée, le fait que tous ces héros évoluaient dans le même univers. Aussi étrange que cela puisse paraître cela rendait celui-ci beaucoup plus crédible à mes yeux. Le fait de pouvoir voir Hulk et le Punisher se battre contre le Dr Octopus alors que ce dernier venait de se faire corriger par l’homme araignée le mois dernier renforçait la réalité de ce monde. Un monde où des grands événements peuvent avoir des répercussions sur l’ensemble des personnages. Laissez-moi faire un peu de psycho de bazar : je me dis que l’adolescence est une époque remplie de bouleversements et qu’il est très difficile pour une jeune personne de comprendre et cerner le monde qui l’entoure. Alors qu’il se rend compte que la plupart de ses certitudes d’enfants ne sont que des illusions, il n’arrive pas encore à se définir dans ce nouvel environnement. Quoi de plus rassurant alors qu’un univers aux frontières bien définies et avec des personnages porteurs de valeur fortes ? Peut-être que par certains côtés les comics de super-héros ont le même rôle éducatif que les contes pour un enfant.
Bref, toujours est-il que je me suis plongé dans les histoires de super-héros à ce moment là. Tous les mois je dépensais mon argent de poche dans les revues de l’époque éditées par Semic (Strange, Nova, Titans, Spécial Strange etc etc) ; je profitais également des marchés et des brocantes pour acheter des vieux numéros si bien que j’ai pu me faire une bibliothèque très honorable et que j’ai pu découvrir des récits anciens. J’ai fait la connaissance des X-men de la grande époque, je suis allé explorer l’espace grâce aux sagas cosmiques de Jim Starlin, j’ai pu voir voltiger le tisseur sous les traits de John Romita, j’ai apprécié le travail de son fils sur Iron Man, j’ai été subjugué par les Fantastic Four de Stan Lee et Jack Kirby et le Daredevil de Frank Miller, et j’ai tremblé de joie devant les centaines d’aventures que je lisais. Pourtant j’ai rompu avec eux quelques années après. L’histoire classique, la lassitude, l’envie de passer à autre chose et les problèmes d’argent. J’avais toujours de la tendresse mais entre eux et moi ce n’était plus la fougue des premières années et nos chemins se sont séparés sans disputes ni claquement de porte. Peut-être que le coup fatal fut quand Semic perdit les droits d’édition des œuvres Marvel malgré la reprise immédiate par Panini et le fait que le travail de Semic pouvait être très discutable, ce n’était plus la même chose et mon cœur est parti voguer vers d’autres contrées.
Pourtant je ne cassais pas les ponts avec mon ex. Durant cette « traversée du désert » je découvris que les comics du super-héros ne furent pas qu’édités par Semic, je découvris que les aventures de Daredevil qu’ils n’avaient pas pu publier étaient disponibles ailleurs. C’est aussi à ce moment là que j’ai découvert le travail d’Alan Moore et que j’ai dévoré From Hell, V pour Vendetta et Watchmen. De plus je découvrais les oeuvres des maisons concurrentes de Marvel et je me régalais aux aventures du Dark Knight croqué par Frank Miller.

Pourquoi je vous raconte tous cela au juste ? A la base cela ne devait être que quelques lignes pour introduire un texte qui devait être consacré à la série Captain America d’Ed Brubaker, et puis sans le savoir les mots se sont accumulés au fur et à mesure que les souvenirs revenaient. Tant pis je laisse comme cela et je vous parlerais de Cap une autre fois. En écrivant ces lignes je me faisais la réflexion que si la bd dite européenne et le manga avait acquis une certaine forme de respectabilité, le comics-books de super-héros est encore mal perçu dans nos contrées. Il n’a certes pas été la victime des croisades ridicules qu’a subi la bande dessinée japonaise (quoique si on remonte un peu dans le temps on se rend vite compte que ce n'est pas vraiment le cas), mais en restant dans son carcan il n’a pu démontrer la richesse de son œuvre en dehors de quelques auteurs que beaucoup se plaisent à dire qu’ils font des romans graphiques et non pas du comics-books.
Donc pour conclure ce qui sera une introduction à une rubrique où l’on dira beaucoup de bien des super-héros : lisez des comics-books, n’hésitez pas à vous plonger dans ces univers et je suis certain que vous trouverez des œuvres qui vous enchanteront.
* En fait ce ne sont même pas mes premières cassettes prises dans un vidéoclub je me souviens avoir loué quelques années avant celles-là Le retour du Jedi et l’avoir regardé 3 ou 4 fois d’affilée chez les parents d’un copain.
Je vais aller voir Thor. Ca vous la coupe hein ? Je vais aller voir Thor. Je vais aller voir Thor.
Je vais me bouger le cul, aller jusqu'à mon cinéma, sortir un bifton de
10 euros en rajoutant certainement un peu plus pour cette putain de 3D
que huit réalisateurs sur dix sont incapables de bien maîtriser et qu’un
seul projectionniste sur quarante arrive à bien projeter. Je vais aller
voir Thor. Purée j’ai beau
me répéter cette phrase je n’arrive pas à m’enthousiasmer à cette idée.
N’allez pas vous faire des idées, je ne suis pas un masochiste ou un
cinéphile compulsif qui a besoin d’aller voir tout ce qui sort. Thor
fait parti des films qui m’intéressent de part son sujet parce que
j’aime les super-héros, et de part son réalisateur. Certes j’ai autant
de sympathie ou d’antipathie pour Brannagh que j’en aurais pour une
moule marinière mais le simple fait d’avoir un metteur en scène
catégorisé comme « auteur » et non pas un réalisateur interchangeable
dont les compétences sont brimées par la standardisation (voir un
nivellement par le bas) de Marvel Production, titille ma curiosité.
Après tout on n’est pas à l’abri d’un opus aussi contesté que le Hulk
d’Ang Lee. Je ne me fais toutefois pas d’illusion, de l’eau a passé
sous les ponts depuis 2003 et dorénavant il semblerait que, d’un commun
accord, tous les studios aient décidé de faire des films d’actions sans
action et des films de super-héros sans super-héros.
A l’heure actuelle un des films les plus attendus de l’année prochaine est le projet d’adaptation cinématographique des Avengers, un film racontant les aventures d’un groupe de super-héros composé des stars de Marvel à savoir Iron Man, Thor, Captain America, Hulk et quelques autres. Ce film ressemble méchamment aux grosses séries événementielles que Marvel distille régulièrement. Un projet pachydermique qui parasite les œuvres annexes. Pour prendre un exemple, le scénariste Ed Brubaker dut restructurer son récit sur le comics Captain America à cause des événements survenus dans Civil War. De la même manière il apparaît assez clairement que la médiocrité d’Iron Man 2 est due en partie à la volonté de Marvel de présenter des éléments pour le film Avengers transformant ainsi la suite d’une oeuvre éminent sympathique en une indigeste et inutile introduction au futur film de Joss Whedon. Les personnages d’Iron Man, de Captain America et de Thor étant les protagonistes de ce gros événement ciné, il est à craindre que les films qui leur sont consacrés ne soient eux aussi parasité par cet événement. En effet la réunion de personnages (et acteurs) déjà vus dans les précédents succès de la firme (du moins tel que l’espère Marvel) au sein d’un même film est en soi un buzz potentiellement tellement gigantesque de part son caractère inédit qu’il fait reléguer les autres films (Iron Man 2, Captain America et Thor) au rang d’œuvres satellites et promotionnelles pour The Avengers. Le sous-titre du film Captain America : « The First Avengers » n’est à ce titre pas anodin.
Que ces films ne soient donc que des relais promotionnels pour les suivants et non pas conçus comme des projets indépendants justifiant ainsi une certaine uniformisation (et par delà une certaine pauvreté) visuelle et narrative, ne m’inspire donc pas confiance quant à la qualité de Thor et ce d’autant plus que ce dernier est un personnage dont l’intérêt et l’impact dépendent fortement de son média. Ceux qui se sont plongés avec délectation dans les aventures du fils d’Odin à travers les récits de Kirby ou de Simonson savent à quel point un personnage qui vole grâce à un marteau magique risque grandement de perdre de sa superbe en passant sur la toile. Pour un peu la manière dont Thor volera dans le film pourrait être un exemple assez parlant pour illustrer la différence fondamentale entre la bande dessinée et le cinéma. Plus que le traitement d’Asgard, plus que la performance de Chris Hemsworth c’est bien ce point qui titille le plus ma curiosité. Donc…..Je vais aller voir Thor.
Je vous ai déjà dit
que j’adore Tours, ma ville d’adoption depuis bientôt deux ans ? C’est
une ville très jolie, on y mange bien, il y a des bons vins, deux très
bons cinémas complémentaires, de très bonnes boutiques de jeux vidéos et
quatre excellentes boutiques pour étancher ma soif de bandes dessinées.
Il ne manque en fait que mes potes et ça serait le pied total. Message à
eux : vous me manquez les amis. Tours propose beaucoup de festivals,
d’expositions et d’autres activités qui en font une ville très animée et
parmi toutes ces manifestations il y a le Festival Mauvais Genre, un festival de films fantastiques qui a débuté le 21 avril avec en ouverture le magnifique Balada Triste de Trumpeta du réalisateur Alex de La Iglesia.
Je vous ai dit que j’adore Alex de La Iglesia ? Non je ne crois pas, tout simplement parce que j’ai vu trop peu de ses films. En fait avant la petite perle que j’ai vu ce jeudi 21 avril, je n’avais vu que Le Crime Farpait. Une brillante comédie qui est entrée dans mon top 10 de mes films anti blues. Je ne connais donc le bonhomme que de part sa - très bonne - réputation et il est clair qu’à la vision de son dernier film je vais aller découvrir ses précédentes œuvres.
Balada Triste de Trumpeta est une comédie, un drame psychologique, une chronique familiale, un film de monstre, un récit historique, une histoire d’amour, un film d’action, une œuvre remarquable qui nous conte le périple de Javier un jeune homme qui a vu son père, un clown très populaire, emprisonné par les hommes de Franco pendant la révolution espagnole. Des années plus tard, en 1973, Javier va devenir à son tour un clown et va intégrer un cirque. Au sein de cette ménagerie il fera la connaissance de toute une galerie de personnages aussi décalés que crédibles et notamment, Sergio et Natalia. Sergio est la star du cirque, un auguste qui fait rire les enfants à gorge déployée, elle, Natalia, est la belle trapéziste dont Javier va tomber immédiatement amoureux. Le problème est que Sergio et Natalia vivent une relation destructrice et sadomasochiste, et que Javier va être pris dans les mailles de ce couple quand Natalia verra en lui un excellent moyen d’augmenter sa peur en attisant la jalousie de son homme.

Ce qui pourrait être l’idée pour une comédie classique se révèle être seulement le point de départ pour un voyage dans un train fantôme monstrueux et le socle sur lequel De la Iglesia va développer ses personnages par delà leurs masques pour en faire ressortir toute la beauté de leur monstruosité. Avec un talent que seules quelques rares personnes possèdent, il va nous faire passer tour à tour du rire aux larmes, de la joie à la peur, de la beauté à l’horreur. Parfois le tout dans un même plan. Le rire naissant alors de l’horreur de la situation et réciproquement, jusqu'au plan final qui est l’apothéose de ce jeu d’équilibriste. Il y’a peu de films qui arrivent à atteindre ce subtil mélange et ceux qui y parviennent sont à savourer avec délectation. Héritier des œuvres de Buñuel et de L’homme qui Rit, Balada Triste de Trumpeta fait partie de ces œuvres.
J’avoue sans honte que j’ai beaucoup de mal à écrire sur ce film tellement il est foisonnant et sans une connaissance plus développée de la filmographie du cinéaste. Ce n’est pas important au final car le plaisir est bien là, quand on se laisse prendre la main dans cette montagne russe et qu’on accepte de perdre pied. Ne vous y trompez pas, le 22 juin plutôt que L’élève Ducobu et Omar m’a tuer, c’est ce film qu’il faudra aller voir en salle.

S'il fallait qu'une seule raison pour voir ce film : Carolina Bang

Quelle blague pas drôle. Nous faire croire qu’on allait voir une suite aussi bien, si ce n’est meilleure, que le premier film pour nous refourguer à l’arrivée une espèce de truc pas terminé d’être écrit et réalisé. Si à l’époque j’accablais Favreau pour le désastre de l’entreprise il semble, avec le temps et la découverte d’info sur la production des films, que le réalisateur ait davantage limité la casse qu’autre chose. Le premier Iron Man fut un très bonne surprise et un chouette film dont les qualités faisaient vite oublier les quelques défauts. Je pense que Favreau et son équipe ont bénéficié d’un certain désintérêt de la Marvel pour pouvoir bien travailler et offrir un film correct, et je pense que le très bon accueil critique et public du film en a surpris plus d’un dans la boite. Forcément la production du deuxième allait être plus contrôlée et Favreau allait avoir moins d’influence.
Le changement significatif et révélateur de l’omnipotence des studios se retrouve dans la mise en avant du projet Avengers tout au long d’Iron Man 2. Ce qui était un clin d’œil dans le premier long métrage est devenu durant la période qui sépare la sortie des deux films, un véritable projet cinématographique qui semble avoir échappé à ses créateurs sous l’impulsion du public et des fans assez peu regardants sur l’intérêt de la chose tant que leurs besoins primaires sont comblés. Au final en plus d’être un mauvais film avec des personnages pour le moins stupides et extrêmement mal écrits (Justin Hammer en clone du fils Dassault et Whiplash qui est pas content parce qu’il n’a pas son perroquet) ainsi que des résolutions d’intrigue acadabrantesques et des scènes d’actions aussi peu nombreuses que palpitantes, Iron Man 2 est parasité par une multitude d’éléments servant à introduire les autres films à venir et principalement The Avenger.

Formellement, le film n'est pas si éloigné du premier à la différence que celui-ci avait une scénario bien mieux maitrisé, là où Iron man 2 lance plein de bonnes idées sans jamais aller au bout. La mort programmée de Stark, le S.H.I.E.L.D, la Veuve Noire, Hammer, L'homme Fouet, War Machine et tous les story arc qu'ils entrainent, sont chacune des bonnes idées qui auraient largement suffit pour un film. Mais là non, à vouloir tout traiter on parle de rien. Le plus pitoyable dans le film (et qui commence à devenir une marque de fabrique pour tous les films de ce genre) est qu'on se trouve face à un film qui ne met jamais en avant le caractère super-héroïque du personnage. Tout le film, et le projet Avengers, est ainsi résumé dans la scène avec le bouclier de Cap. Ce qu'on pouvait prendre comme un objet super-héroïque, un symbole puissant de la nature divine et mythique des héros des temps modernes n'est juste bon qu'à faire tenir en équilibre une grosse structure prête à rompre à tout moment.

Quitte à parler d'Iron Man 2, autant le faire avec des images d'un vrai super-héros en action. Histoire de compenser
La colonie agricole Centauris Ragesh 3 est attaquée par des vaisseaux inconnus. La Terre et ses colonies élisent leur président. La station doit gérer une vague de pillage de ses cargos. Le lieutenant-commandant Ivanova semble détester Talia Winters, le nouvel agent du corps psy. Londo Mollari découvre que les Narns sont les agresseurs de la colonie. Bienvenue sur Babylon 5

Malgré un manque évident de moyens dans les décors et les SFX numériques, le premier épisode de la série gomme les erreurs de jeunesse du pilote et place l’ambiance de Babylon 5. Le design est plus affiné et réaliste, les combinaisons ont cédé leur place à des uniformes militaires ; on voit l’apparition d’une technologie propre à la série : Les Starfurys, l’arme de poing PPG, le communicateur sur le dos de la main. Ce qui frappe d’emblée c’est le charisme des personnages : dès le départ, tous les acteurs ont cerné leurs rôles et c’est un réel plaisir que de les voir jouer. Ajouté à cela une très bonne écriture et Midnight on the Firing Line apparaît dès lors comme le véritable départ de Babylon 5. Tous ce qui caractérise la série est présent. Les stratagèmes géopolitiques, les manipulations, la haine entre G’Kar et Londo qui est l’étincelle mettant le feu aux poudres. De plus l’épisode passe par plusieurs registres avec brio : l’intimisme avec l’échange entre Talia et Ivanova, l’épique avec la bataille entre les pirates et les Starfurys, le comique avec Garibaldi initiant Delenn au Toons. L’écriture de Babylon 5 est son point fort et Midnight on the Firing Line est un bon exemple de la stratégie mise en place par Straczynski pour la première saison. En apparence on a là une histoire fermée qui trouve sa conclusion à la fin de l’épisode. Pourtant celui-ci s’inscrit dans la narration de l’histoire grâce au développement de ses personnages et la mise en place de grandes intrigues comme le rêve de Londo, ou de petit élément en apparence anodin telle l’élection présidentielle. Ce procédé perdura tout au long de la saison enrichissant ainsi l’univers de Babylon 5.

« En repensant à l’époque de la compagnie E, je conserve précieusement le souvenir de la réponse que j’ai faite un jour à l’un de mes petits-fils qui me demandait :
- Grand père, tu as été un héros pendant la guerre ?
- Non, mais j’ai servi dans une compagnie de héros ».
Difficile de ne pas avoir le cœur serré et les larmes qui coulent à l’écoute de ces mots qui illustrent une des plus brillantes et des plus émouvantes oeuvres de l’histoire de la télévision. Production prestige par excellence d’HBO, Band of Brothers reste encore aujourd’hui non seulement une grande histoire, mais également un témoignage fort d’une époque pas si lointaine.
Retour en arrière au jour où un génie barbu décida de réaliser un grand film de guerre se passant le jour du débarquement en Normandie (Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg). Une de ses priorités fut de retranscrire toute l’horreur et toute la dureté de ce moment. Une approche réaliste était donc nécessaire et afin de mieux préparer son rôle, Tom Hanks étudia notamment les différents ouvrages de Stephen E. Ambrose un historien américain spécialisé dans la période de la Seconde guerre mondiale. Parmi tous ses ouvrages Band of brothers lui fit l’effet d’une bombe. Alors qu’il recueillait des témoignages sur le débarquement en Normandie, Ambrose rencontra Dick Winters puis d’autres membres de la Easy compagny. Au fur et à mesure qu’il écoutait leur histoire, il fut fasciné par le lien très fort qui les unissait des dizaines d’années après la fin de la guerre. Ce fut l’acte déclencheur qui le conduisit à la rédaction de Band of brothers, l’histoire de la Easy compagnie. Une compagnie aéroportée qui fit preuve de bravoure et de courage depuis le jour du débarquement jusqu'à la prise du nid d’aigle d’Hitler. Oeuvre au service d’un devoir de mémoire auquel collaborèrent la quasi-totalité des anciens soldats, ce livre historique raconte les actes extraordinaires d’hommes ordinaires dans des circonstances incroyables. Bien décidé à adapter l’ouvrage à la télévision, Tom Hanks se rendit à l’évidence qu’un travail de production sans commune mesure devait être nécessaire afin de ne pas amoindrir la grandeur de l’histoire. De plus si l’ouvrage d’Ambrose est exemplaire d’un point de vue historique, l’ambition de Hanks et de Spielberg était de transcender l’ouvrage via l’émotion qu’une bonne adaptation pourrait apporter.
Il fut rapidement décidé que le tournage de la série allait se dérouler sur l’ancien site d’Il faut sauver le soldat Ryan. L’expérience acquise allait se révéler profitable sur tous les points, car si le film de Spielberg fut une production gigantesque, celle de Band of Brothers allait se révéler titanesque. Le projet de la série n’était ni plus ni moins que de se baser sur les écrits d’Ambrose et de raconter le parcours de la Easy Compagny sur plus de trois années en se focalisant sur la période allant du jour du débarquement jusqu'à la fin de la guerre. En terme de logistique il s’agissait de filmer plus d'une dizaines de personnages récurrents évoluant dans d’innombrables décors et cela sans compter les dizaines de scènes de batailles, toutes aussi spectaculaires les unes que les autres, qui parsèment la série. Le réalisme étant la clé de voûte de tout le récit, il était nécessaire d’apporter un soin tout particulier au décorum de la série. Ainsi les différents chars, avions, tanks et autres machines sont identiques à ceux utilisés pendants la guerre. Pour certains, les avions de transports du premier épisode notamment, il s’agit des véhicules authentiques utilisés pendant la Seconde guerre mondiale. Le souci du détail amena aussi les techniciens à reconstruire eux mêmes certaines machines afin que, par exemple, tel tank utilisé par les alliés comporte le bon nombre de roues. Le même soin fut bien entendu apporté aux différentes tenues, armes et décors, le tout sous l’œil vigilant de plusieurs experts et historiens.

Parallèlement à la construction des machines et décors, les acteurs subirent eux aussi un véritable voyage dans le passé. Toute la série reposant sur eux il était nécessaire qu’ils apprennent à vivre comme les soldats de l’époque mais surtout, il était primordial que naisse une alchimie unique entre eux. L’apport de Dale Dye fut alors primordial. Ancien capitaine dans l’armée américaine et vétéran de la guerre du Vietnam, il se reconverti en tant que conseiller militaire pour Hollywood. La vision du journal vidéo de Ron Livingstone (Lewis Nixon dans la série) est à ce titre intéressant pour se rendre compte de ce qu’une semaine de stage intensif dans un camp militaire peut apporter dans un groupe d’individus que rien ne lie. Tous étrangers les uns envers les autres à leur arrivée au camp d’entraînement, les acteurs développèrent très vite un lien fraternel très fort qui allait contribuer à l’empathie que le spectateur allait ressentir pour ces frères d’armes. Outre les exercices physiques habituels (course à pieds, tractions, etc etc) les acteurs devaient apprendre le maniement des armes, savoir comment effectuer un saut en parachute, pouvoir repérer, prendre et tenir une position le tout sous l’œil vigilant des hommes de Dye. Pour ce dernier, il était nécessaire que les acteurs souffrent et en passent par ces moments afin de véritablement savoir ce qu’était la fatigue dans des circonstances où la vigilance devait être constante. Sans cette connaissance leurs prestations auraient perdu en force. Enfin durant toute cette période les acteurs devaient s’appeler par le nom de leur personnage et assumer les fonctions de leur grade. Au final cela permit à cette communauté d’acteurs de véritablement se souder telle une chaîne incassable, afin de donner une des plus belles prestations que la télévision nous a offerte jusqu’à présent. Il faut également saluer la grande implication des comédiens qui n’hésitèrent pas à prendre contact avec les survivants de la Easy Compagny ou bien avec la famille des disparus, afin de mieux apprendre qui ils étaient et comment ils réagirent lors des différents évènements de l’histoire. Les acteurs s’impliquèrent donc dans la production, car se sentant la responsabilité de transmettre l’histoire de ces soldats pour les générations futures comme le souligne Dale Dye lors de son discours de fin de l’entraînement. Ca ne sera d’ailleurs pas un adieu pour autant puisque le vaillant capitaine endossera l’uniforme du colonel Sink dans la série.

La plus grande difficulté de l’adaptation n’allait pourtant pas être d’ordre technique ou logistique mais tout simplement d’ordre narratif. En effet l’ouvrage d’Ambrose est un ouvrage historique et se concentre avant tout sur les faits de manière froide et précise. C’est donc tout un travail de synthèse qui eut lieu afin de créer dix épisodes sur les moments marquants de la compagnie tout en y apportant la chaleur et l’émotion nécessaires. A la vision de la série il semble évident que l’angle d’approche de l’adaptation tient en ces mots : émotion à l’échelle humaine. C’est l’aventure personnelle qui primera et guidera chaque épisode quitte à déformer la réalité. Ainsi les évènements de l’épisode 8 : The Patrol où David Wester retrouve la Easy compagnie à Hagueneau semble se dérouler sur quelques jours alors que le siège dura plus d’un mois en réalité. Cette entorse aux faits est justifiée par le désir de raconter avant tout le désarroi d’un soldat qui retrouve ses compagnons après qu’ils aient enduré une terrible épreuve (la bataille des Ardennes) que lui même n’a pas vécu. Beaucoup d’épisodes de la série se focalisent sur un personnage afin de mettre en évidence un évènement ou des émotions. Ainsi l’épisode 6 : Bastogne met en avant Eugene Roe l’infirmier de la compagnie qui peine à trouver bandage, ciseaux et morphine afin de pouvoir soigner les soldats. De même l’épisode 3 : Carentan traite de la peur chez les soldats via le personnage d’Albert Blithe.

Personnage clé de la série, c’est bien entendu le capitaine Winters qui va avoir le droit au traitement le plus approfondi. Il est notre guide au sein de la Easy et sera le fil rouge de l’histoire pendant toute la série. Brillamment interprété par Damian Lewis, Richard Winters restera à jamais le seul et unique commandant de la Easy compagnie. Il gagnera le respect de ses hommes par son courage et son autorité là où Sobel et Dike la perdront par leurs couardises et leurs incompétences. Si on peut affirmer que Band of Brothers parle pour tous les soldats de la Seconde guerre mondiale via l’histoire d’une compagnie, alors Richard Winters est le soldat qui parle pour tous les hommes de la Easy. A ce titre le fabuleux épisode 5 : Crossroad réalisé par Tom Hanks est un petit bijou. Episode central de la série, il réussit le tour de force de faire un point sur les hommes après les évènements du débarquement et de Market Garden pour les préparer à la terrible épreuve que sera la bataille des Ardennes. Le tout en se focalisant sur Winters qui grâce à son action contre une unité allemande située à un carrefour décisif, se voit promu mais doit abandonner à contrecoeur le commandement de la Easy compagny. A lui seul, Crossroad résume très bien l’approche de Band of Brothers : une approche humaine des événements de plus grande ampleur et des scènes intimistes doublées de batailles épiques.

La série se révèle peu avare en scènes choc, jugez plutôt : parachutage lors du débarquement en Normandie suivi directement du regroupement des troupes en territoires ennemies, prise de canons et enfin libération de la ville de Carentan. Plus tard les soldats vont se battre pour libérer les Pays-Bas puis vont devoir affronter un terrible hiver dans les Ardennes sous les bombardements de l’armée Allemande avant de pouvoir reprendre la ville de Foy. Enfin ils devront tenir le siège de la ville d’Haguenau pour finalement entrer en Allemagne. S’il y a bien un point sur lequel il nous faut insister c’est que jamais le format télévisé n’a limité la grandeur épique de la série et que les épisodes de Band of Brothers tiennent largement la comparaison avec les plus grands films de guerre. Là encore, l’expérience d’Il faut sauver le soldat Ryan s’avéra bénéfique. En effet les scènes de bataille du film et de la série se ressemblent fortement dans leur réalisations basées sur la caméra à l’épaule, des couleurs saturées à la limite du noir et blanc et une violence très crue, ainsi qu’une approche proche du documentaire qui renforce le réalisme de la série. Ce point de vue est également appuyé par le témoignage des véritables membres de la Easy compagny qui ouvre chaque épisode.
L’idée brillante de la série fut de créditer les témoignages à la toute fin de la série. Outre que cette décision permet de conserver le suspense quand au devenir de chaque soldat, cela renforce l’impact émotionnel pour le spectateur qui pendant toute la série tentait de mettre un nom sur chaque visage par rapport au physique des acteurs. Il est très difficile pour le spectateur de retenir ses larmes lors des dernières minutes de la série tant la qualité de celles-ci tend vers ce moment où chacun d’entre nous ressent au plus profond de son coeur un puissant sentiment de respect pour ces soldats. On ne saluera jamais assez tout les comédiens, des figurants jusqu’aux acteurs principaux pour leur performance. On ne félicitera jamais assez HBO d’avoir permis la diffusion de celle-ci. On ne remerciera jamais assez France 2 d’avoir diffusé la série de façon événementielle (bien qu’hélas elle dut couper quelques passages sanglants mais heureusement brefs), on ne se gaussera jamais assez des critiques de la presse de l’époque encore et toujours à coté de la plaque. Mais surtout on ne remerciera jamais assez Tom Hanks et Steven Spielberg d’avoir produit cette série et de rappeler à notre mémoire le courage de ces hommes qui luttèrent un jour contre la tyrannie afin qu’aujourd’hui nous puissions parler de tout cela dans un cadre confortable.
« From this day to the ending of the world, we in it shall be remembered. We lucky few, we band of brothers. For he who today sheds his blood with me shall be my brother”
“ A partir d’aujourd’hui et jusqu’à la fin des temps, on se souviendra de vous. Nous les chanceux, nous les frères d’armes. Car celui qui verse son sang à mes cotés aujourd’hui sera mon frère. » - Henry V

Les pubs et les cafés ce n’est pas ce qui manque à Tours mais celui-ci se démarque par son concept qui est, vous vous en seriez douté, le cinéma. Situé non loin des Studios c’est l’endroit idéal pour se poser, boire un café et discuter après le film. D’une part l’endroit est très chaleureux avec un canapé et un sous-sol rempli de revues, la carte est sympa et variée (pas d’alcool mais pour cela j’ai une autre adresse) et notre hôte, Sylvain, est accueillant. Bref un endroit qui va être en haut de ma liste des lieux où j’aime me poser avec un bouquin et mon mp3. Grace à un rétroprojecteur, le café pourra proposer la projection de court-métrage et sera également un lieu idéal d’échange entre le public et les acteurs et réalisateurs venus présenter leurs films.

Mais le petit plus qui fait la différence c’est que l’Instant Ciné propose aussi des dvd et des blue-ray à la vente et à la location. Moi qui craignais une offre un peu trop restreinte, j’ai eu la joie de constater que les animes côtoyaient des grands classiques et que des films d’horreurs étaient rangés à coté des histoires d’amour. Grâce à l’offre d’abonnement (une carte pour 40 ou 50 euros) la location revient bon marché. A 2 euros la location pour quatre jours (sauf nouveauté) c’est vraiment l’occasion de revoir des films qu’on aime et, en ce qui me concerne, de découvrir des œuvres que je ne connaissais pas. A l’heure où la location d’un film s’effectue via une machine, il est agréable de voir que l’esprit des vidéoclubs d’antan peut renaitre avec ce genre d’initiative.
N’hésitez pas à y aller et à soutenir ces endroits qui sont des véritables relais entre les créateurs et le public, et un vrai lieu d’échange et de vie pour faire découvrir les œuvres que l’on aime.
L'adresse : 3 Rue Bernard Palissy - 37 000 Tours
Le site : http://linstantcine.free.fr/

Le départ vers le soleil couchant d’Indiana Jones dans La dernière croisade semblait brillamment conclure une trilogie de légende. Toutefois si les aventures de l’archéologue prenaient fin au cinéma (du moins jusqu'à aujourd’hui) celui-ci pris un nouveau départ sur d’autres supports notamment le jeu vidéo et la télévision. Alors que l’un, de part son interactivité et sa plus grande liberté d’action se concentrait sur la période la plus connue du héros afin d’offrir au joueur de folles aventures, l’autre allait s’attarder sur une autre époque et se consacrer à atteindre un objectif bien différent. On notera toutefois que tous deux mettent bien en valeur la diversité culturelle des aventures de Jones faisant voler en miettes la théorie qui voudrait que chaque histoire se focalise sur un mythe judéo-chrétien.
Alors que les premières scènes d’Indiana Jones et la dernière croisade tentaient de montrer la création du mythe, Les aventures du jeune Indiana Jones vont se focaliser sur la construction de l’homme. La série nous montre le cheminement qui transformera le petit garçon puis l’adolescent en l’homme que nous connaissons via ses aventures à travers le monde. A ce titre si la trilogie cinématographique cite allègrement les bande dessinées de Tintin, il est intéressant de constater qu’à la même époque de la diffusion de la série, un autre personnage de bande dessinée ayant influencé Spielberg et Lucas pour la construction du personnage d’Indiana Jones, voyait ses origines traitées dans un comics. Pour quelqu’un s’intéressant à La jeunesse de Picsou les parallèles entre le chef d’œuvre de Don Rosa et la série télévisée consacrée à un des mythes du cinéma sont légion. Le plus pertinent étant celui sur la structure même du récit. En effet tout deux fondent la création de leurs héros via une longue et difficile quête initiatique où ils se révèleront peu à peu, prendront conscience de leur potentiel et lutteront contre leur coté obscur. Chaque histoire sera ainsi l’occasion d’une étape franchie dans ce difficile parcours qu’est la vie. En ce qui concerne Les aventures du jeune Indiana Jones, elles mettent le héros en face de choix difficiles et de décisions importantes qui le construiront bien plus intelligemment que la découverte d’un élément de l’imagerie du héros. En clair on se fout ici de savoir comment Jones a eu son fouet, on s’intéresse bien plus à la naissance de son appétit insatiable pour les civilisations anciennes et son goût pour l’aventure.
Néanmoins cette volonté de relater la jeunesse d’Indy n’est en fait qu’un prétexte pour Georges Lucas qui trouve là un bon moyen d’atteindre un autre but. A la fin des années 80, il voulut intéresser les gens à l’histoire via sa fondation pour l’éducation. Son projet était alors d’utiliser le personnage d’Indiana Jones comme témoin du XXème siècle. Même si le projet périclita, l’envie resta et Lucas démarcha alors les networks afin de proposer une série sur la jeunesse d’Indiana Jones. Celle-ci serait un moyen pour intéresser les enfants à l’histoire du monde et principalement de l’Europe. Une initiative louable si elle en est : en effet peu de séries peuvent se targuer d’avoir une vocation clairement pédagogique envers son public. Afin d’y arriver, l’idée fut lancée de centrer la série sur deux époques correspondant à des périodes fastes de l’histoire. Le tout début du XXème siècle et la Première guerre mondiale. Le fil rouge de ces histoires étant Indiana Jones à l’age de 93 ans (George Hall) racontant à qui veut l’entendre le récit de ses exploits passés.

Première époque, Henry Jones Junior (Corey Carrier) a 8 ans. Avec ses parents et sa préceptrice, il parcourt le monde dans les différents endroits où son père donne des conférences. Deuxième époque, Indiana (Sean Patrick Flanery) a 16 ans et ment sur son age pour s’enrôler dans l’armée belge avec son ami Rémy. Dans chacune de ces grandes époques, Indy va vivre des aventures mais va surtout être le témoin des événements cruciaux de notre histoire et rencontrer des personnages illustres tels que Lawrence d’Arabie, Charles de Gaulles, Lénine, Picasso, Roosevelt, Freud, Albert Schweitzer, Joffre, Pétain, Al Capone, Hemingway, Clémenceau, Kafka etc etc. Bien que les rencontres soient évidemment fictives, il n’en reste pas moins que le contexte historique est strictement véridique. En cela Les aventures du jeune Indiana Jones est précurseur de séries historiques tel que Rome. Tout comme cette dernière d’ailleurs, les créateurs ne lésinèrent pas sur les moyens faisant de la série une œuvre de haut standing. Les épisodes se déroulant durant la Première guerre mondiale (Verdun-Septembre 1916, Somme-Août 1916 notamment) sont à ce titre bluffant pour une époque qui va voir dans les mois qui suivent les débuts à la télé de show plus ambitieux visuellement tels qu’Urgence, Homicide, NYPD Blues ou X-files. Enfin la série n’hésitera jamais à confronter Indiana Jones aux pires moments de l’histoire, aux stupidités des actes des hommes, ainsi qu’à son propre orgueil aux conséquences désastreuses. Voir pour s’en convaincre les épisodes Afrique Orientale Allemande-décembre 1916 et Congo-janvier 1917 tout deux écrit par Frank Darabont, l’une des grandes révélations du show, qui se lancera peu après dans la réalisation avec Les évadés.
Malgré les ambitions du show et son relatif confort financier, la série peinera à vivre. La faute probablement à une volonté d’instruire tellement mise en avant qu’elle alourdit le rythme des épisodes (et notamment ceux se déroulant durant l’époque où Indy avait 8 ans). Bien que la volonté de Lucas de ne pas faire une série d’aventure pure pour éviter la comparaison avec les films soit tout à fait compréhensible et légitime, il n’en reste pas moins que ce déséquilibre entre action et instruction causera sa perte. Voila encore une série qui peut retrouver une seconde jeunesse grâce aux dvd. Elle n’a finalement pas pris trop de ride, reste bien au dessus de nombreuses séries de son époque et prouve qu’on pouvait faire des choses ambitieuses sans forcément passer par la case HBO. Et puis franchement, un épisode (Le mystère du blues) avec Harrison Ford dans son rôle le plus célèbre, vous voulez vraiment passez à coté de cela ?

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