Le 26 octobre 2010 :

Une semaine très fugace s'annonce : en effet, cette semaine, je n'ai que deux blocs, dont un en septique... Arrivé en retard au staff à cause de l'excellent diner donné par Roman et Didier à l'occasion du pot de départ des internes (oui, il était bien accompagné, on va dire), je suis le staff d'un œil éteint.

Ah, et pas de bloc septique aujourd'hui. Chouette ! Je retourne dormir...

Le 27 octobre 2010 :

Bon, encore en retard. J'ai mal réglé mon réveil (toujours blâmer tout et n'importe quoi sauf soi !).

Premier bloc : avec Roman et CH, pour une rotule surélevée. Ils me déconseillent de m'habiller, et pour cause : CH ouvre superficiellement l'articulation, donne quelques coups de ciseaux pour sectionner les tendons coupables, et c'est fait : moins de 15 minutes.

En attendant la suite, je regarde l'opération de l'autre salle : une intervention de Latarjet.

Mais qu'est-ce que c'est que ce truc ?

Avant tout, il faut préciser à qui elle se destine : aux récidivistes de luxation d'épaule, pour qui le traitement orthopédique s'est révélé être un échec.
Elle consiste à scier un morceau d'omoplate, sur lequel s'insère le muscle coraco-brachial (un muscle du bras), pour le fixer à l'aide d'une vis devant la glène humérale et ainsi bloquer physiquement l'humérus qui a de trop grandes velléités de liberté.




Ici représenté le bout d'apophyse coracoïde avec son insertion du coraco-biceps...



...Et son vissage à la glène humérale.

Et après, normalement, les luxations deviennent de l'histoire ancienne.
C'était intéressant à voir, en plus de ne pas être commun dans le service. J'aimerai bien voir quelque chose de différent, moi aussi...

Il suffisait de le penser pour que mon souhait soit exaucé : la seconde opération du jour est une discectomie T8/T9.
Le patient, un cinquantenaire dans la force de l'âge, avait un morceau de disque intervertébral qui lui comprimait la moelle et l'avait, à force, rendu incapable de marcher.


Pour illustration, une hernie discale L4/L5.

Vu qu'on ne peut pas passer par le dos (des structures osseuses et musculaires rendent la tâche impossible pour ce type d'acte), que fait-on ?
Première chose : on réveille l'anesthésiste (ceci est une boutade).
Deuxième chose : on lui ouvre un flanc, on sectionne quelques muscles pour se frayer un passage, on écarte les côtes avec un Finocchietto (dans le cas présenté, on lui a plus cassé quelques côtes qu'écarté, mais nous n'avions pas le choix). Et là, s'offre à nous une vue magnifique sur un poumon de Parisien... Et c'est à ce moment que l'anesthésiste sort du bois !
Son rôle : retirer l'air du poumon gênant afin d'avoir le champ libre pour accéder aux vertèbres.
Dès que le poumon ressemble à un sac en papier vidé de son air, on coupe la paroi arrière du thorax et nous sommes arrivés à destination (après vérification à la radio mobile).

Ensuite, c'est simple. Le docteur P. prend une curette et gratte, gratte, gratte, le disque pour s'en débarrasser.
De mon côté, je tiens la caméra qui permet de se repérer ; Roman aspire les morceaux.
Régulièrement, on contrôle la progression à coups de rayon X.
L'opération est longue : vers 12h30, on me propose de partir, mais je décide de faire du zèle, excité par l'enjeu. Une heure plus tard, je m'en vais, exténué de porter cette caméra. Avec quelques remords.

Le lendemain, j'apprends qu'ils ont commencé à refermer le patient aux alentours de 16h30. Et que tout s'est apparemment bien passé. Reste à savoir si le patient récupèrera ses fonctions...

Le 28 octobre 2010 :

Cours sur les lésions ligamentaires et méniscales du genou.
Je vous l'épargne...

Source images Latarjet : https://www.maitrise-orthop.com/