L'antre d'Etrigane

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Par Etrigane Blog créé le 16/08/10 Mis à jour le 08/09/10 à 08h12

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Billets d'humeur

Le but de cet article est de réfléchir quelque peu au problème posé par le casual. Pour ceux qui se demanderaient de quoi je parle, voilà le topo : le "casual gamer" est un nouveau type de joueur de jeu vidéo apparu depuis quelques années avec le triomphe monumental de Nintendo avec sa Wii et sa DS. Le joueur occasionnel est donc par excellence un joueur sans skill (=compétences de joueur), pour qui le jeu vidéo est un passe-temps agréable auquel il ne veut associer aucune prise de tête, aucun entrainement particulier, bref, aucun emmerdement. Qui est concerné ? Les très jeunes joueurs et leur opposé, les personnes agées qui n'ont pas connu l'avènement du jeu vidéo, mais aussi dans une certaine mesure toute une population féminine, ainsi que des joueurs garçons peu persévérants pour qui on mâche le travail de joueur. La question qui est soulevée régulièrement sur les forums et qui préoccupe les joueurs, les vrais, est la suivante : le casual gaming est-il en train de ronger le jeu vidéo de l'intérieur, le condamnant à plus ou moins long terme à la facilité et à un apauvrissement réel ?  

  
Le jeu en famille...mamie qui se met au jeu : la fin du jeu vidéo ?

La première chose qui doit être dite, je pense, c'est que le casual gaming ne date certainement pas de l'ère Wii/DS. Tous ceux qui l'affirment se plantent copieusement. Que fait-on de ces joueurs innombrables du solitaire de Windows, des ces acharnés du Tétris (dont une enseigne comme LA Redoute offrait un exemplaire à ses clients à une époque) ? Que penser de l'ancêtre de tous les jeux, le fameux Pong, immédiatement fun et accessible pour toute la famille ? Il ne faut pas se mentir, ces jeux ont connu des succès gigantesques et existent depuis longtemps. Néanmoins, même si Nintendo n'a pas inventé le casual gaming avec la Wii et la DS, il y a pourtant bien eu un changement qui s'est produit avec cette génération de console.

     
Des références absolues comme Pong et Tetris ne sont-elles pas déjà le signe de l'existence de ce qu'on appelle les joueurs occasionnels ?

Ce qui a changé, c'est que le marché a pris soudainement conscience de l'existence de ces joueurs occasionnels, et s'est mis à cogiter sérieusement pour leur proposer des produits adaptés, développés presque spécifiquement pour eux. Là est la différence. De gros investissements, fruits interdits nés de séances de brainstorming sans doute savamment menées, ont été faits pour répondre à un besoin ou le créer, et envahir les étals de jeux de tout un tas de produits aux qualités souvent discutables, et dont le coeur de cible a été sélectionné avec soin.

  
Martine sur DS, Léa Danseuse Etoile, et même Fort Boyard (!), c'est toute une gamme de jeux très médiocres (objectivement) qui s'est mise à pulluler sur DS et sur Wii, obéissant à une logique mercantile à peine cachée.

Et ça marche. Nintendo, d'abord moquée par ses concurrents, a raflé des centaines de millions de dollars, sortant largement vainqueur dans la lutte entre constructeur sur cette génération de console (faut-il rappeler que personne ne croyait en la Wii, ni même en la DS, lorsqu'elles ont été annoncées ?). Pire, et là sont apparues les craintes des joueurs, les autres constructeurs, avides de prendre leur part du gâteau, essaie de refaire leur retard par le biais de jeux et d'accessoires orientés casual. Xbox360 nous prépare le Kinect qui permettra la reconnaissance des mouvements du corps et ouvrira la voie à tout un tas de jeux de type "party-game" (jeux de groupes voués à l'amusement en famille ou entre amis). Sony nous fait le même coup avec le PSMove. Les deux constructeurs baissent donc leur froc bien bas et tentent de transformer quelque peu leurs consoles en Wii, qu'ils conchiaient copieusement, avec un mépris impérial, lorsque cette génération de consoles est apparue.


Le Kinect de la 360 permettra la reconnaissance des mouvements du joueur. Quant au PS Move, il y a de quoi rire, on peut vraiment y voir un plagiat éhonté de la wiimote de Nintendo.

Deux questions restent entières : le casual gaming menace-t-il la frange des joueurs traditionnels, n'existe-t-il vraiment pas de jeux casual de qualité ?
Répondre à la deuxième question est très facile : à l'image de tous les produits de consommation qui existent sur le marché, qu'il soit artistique ou pas, on trouve de tout, et les petits génies existent, ils sont bel et bien là. Et quand ces petits génies se mettent au travail, avec pour mission de déboucher sur un jeu casual, qu'est-ce que cela donne ? Eh ben cela donne jeu casual excellent, tout simplement ! Qu'on s'y intéresse ou pas, le succès phénoménal d'un jeu comme Nintendogs ne peut pas être dû au hasard, le jeu propose nécessairement un concept fort pour avoir emporté une telle adhésion du public. Mieux, cette vague du casual a même engendré de vrais bons jeux. On pensera par exemple à la série des Professeurs Layton sur DS ou encore à la fusion surprenante entre puzzle game et rpg engendrant un jeu comme Puzzle Quest. Il existe même des jeux DS pour gamine de qualité, comme La fée clochette par exemple. Dans l'océan de jeux casuals proposés, de nombreuses pépites se glissent un peu partout, n'en doutons pas un seul instant.


Le professeur Layton, gage de qualité dans l'univers casual...A droite, l'étonnant hybride qu'est Puzzle Quest, entre rpg et puzzle game. Au centre, le fameux Programme d'entrainement cérébral, qui a cartonné dans le monde entier, sans doute à raison.

Un jeu casual n'est donc pas un mauvais jeu, ne nous y trompons pas. Mais alors, où est le problème ? Peut-on vraiment imaginer que les jeux vidéos se réduisent à ces jeux là ? Cette crainte est sans fondement et même absurde. Les chiffres de vente de vrais jeux de joueurs comme GTA IV, le récent Stracraft II, le sublime Assassin's Creed 2, montrent bien que les joueurs sont là et bien là, et qu'on ne risque pas de cesser de penser à eux, car ce sont bien eux qui sont prêts à mettre beaucoup d'argent dans les jeux vidéos.
En fait, le problème ne se situe pas à ce niveau là. Le souci, c'est que c'est bien l'ensemble de la production vidéoludique qui s'est "casualisée", ce qui exaspère parfois les joueurs en quête de vrais challenges.

Autrefois, pendant l'age d'or des jeux vidéos, les jeux étaient vraiment très, très difficiles. Les jeux étaient bâtis autour de l'idée d'une punition permanente du joueur pour les erreurs qu'il commettait. Il fallait donc connaître par coeur les niveaux d'un jeu pour espérer voir le générique de fin, et certains jeux ont leu réputation en ce qui concerne leur difficulté. Certains même étaient presque estimés "impossibles à finir" tellement ils s'avéraient difficiles. Nous parlons ici bien sûr de la production vidéoludique des années 70-80. On associait donc naturellement l'idée du jeu vidéo à celle d'un joueur voué à la maîtrise absolue du jeu, à un joueur "skillé" (=compétent) comme on dit aujourd'hui. Un joueur des années 80 était nécessairement un hardcore gamer, sinon il ne pouvait pas jouer.


De gauche à droite : le redoutable Ghost'n Goblins, qui a donné bien des sueurs froides aux joueurs; le sublime et très difficile R-Type, shoot'em up corsé; et le fameux Rick Dangerous, dont il fallait connaître les niveaux par coeur pour pouvoir s'en sortir. Tous sont issus des années 80.

Les joueurs d'aujourd'hui sont devenus assez paresseux, on sent dans la pratique du jeu vidéo un refus de produire un "effort" qui est malheureusement assez symptômatique de notre époque. Voilà pourquoi les jeux ont tendance, de façon générale, à se casualiser, Y COMPRIS LES JEUX SENSES ETRE DESTINES AUX JOUEURS DURS. Et c'est là où réside le vrai problème de l'attitude casual à mon sens. Comment cela se manifeste-t-il concrètement dans les jeux ? Voici quelques exemples :
- les indicateurs de quêtes dans les jeux de rôles, avec une sorte de GPS dans l'interface, qui vous épargne exploration, découverte, petits triomphes personnels, en vous mâchant le travail.
- un halo de couleur autour des objets à prendre ou à actionner, qui permettent d'éviter au joueur de chercher ce qu'il peut récupérer ou faire bouger à l'écran.
- la visée semi-automatique dans les FPS (=first person shooter), avec le réticule de visée qui se place automatiquement sur une cible afin de faciliter le tir.
- les sauvegardes automatiques qui vont jusqu'à épargner au joueur l'effort de penser à sauvegarder régulièrement !


L'avant dernier Prince of Persia est magnifique visuellement mais ne vous y trompez pas, la difficulté a été incroyablement revue à la baisse. On peut traverser ce jeu entièrement sans mourir une seule fois !! Le côté énigmatiqe des niveaux a presque disparu, les combats sont assistés. Bref, le doigté propre à cette série s'st envolé et avec lui, tout l'intérêt du jeu. Il est là le danger, pas ailleurs.

Je pourrai multiplier les exmples pendant longtemps encore. Tout semble fait pour que le joueur n'éprouve surtout aucune sorte de frustration, ce qui diminue de façon drastique le challenge proposé par le jeu, parfois jusqu'à les rendre inintéressants pour les joueurs chevronnés. Je nuancerai toutefois ce propos en affirmant que certaines évolutions sont vraiment bienvenues. Il y a un juste milieu à trouver je pense. Je joue par exemple à Infinite Space sur DS en ce moment, un rpg spatial très hardcore, et il faut bien avouer que certaines choses sont un peu trop hard, comme l'absence totale de journal de quêtes, qui fait qu'on ne sait rapidement plus où aller et qui nous a dit quoi. Cela implique de prendre son bloc-note et de jouer en prenant des notes. En soi, ce n'est pas une mauvaise chose et relève le challenge, mais c'est un peu oublier qu'un jeu DS est avant tout un jeu nomade, destiné à être joué sur un banc, en train, dans le métro, aux chiottes, et qu'on ne dispose pas forcémment d'un stylo et d'un bloc-notes dans ces moments là.

Conclusion

De façon assez surprenante pour un joueur comme moi, je n'ai rien contre le casual gaming, que je trouve légitime et qui a des vertus évidentes, dont la principale sans doute est de donner une autre image du jeu vidéo, bien plus positive, aux gens. Oublions donc les Léa passion de la mode et autre Deviens une danseuse étoile en dix leçons pourries, ou plutôt, laissons-les à leur place, ils ne font de mal à personne. Le problème, c'est plutôt l'évolution actuelle des jeux destinés aux joueurs endurcis vers une facilité un peu crispante. L'exemple type illustré plus haut avec Prince of Persia montre bien cette tendance détestable qui enlève tout challenge aux jeux, et c'est bien de cela dont il faut se méfier. Le reste, ce n'est que du bonus.

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Commentaires

Etrigane
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Etrigane
Eh bien, voilà un commentaire agréable à lire ! Entre le sectarisme, les questions qui n'ont pas de raison d'être, les amalgames et compagnie, il ne reste pas grand chose de valable dans cet article !! Pour info, tu sauras que le fameux magazine Canard PC se pose la même question dans le dernier numéro paru pour l'été. J'ai plutôt cherché à relativiser le procès que l'on fait à cette tendance casual (notamment, justement, en citant des vieux jeux comme pong ou tetris), alors m'entendre qualifié de sectaire me fait un drôle d'effet ! Puisque tu n'es pas avare en conseil et en remarques en tous genres, je vais t'en donner un : tu devrais peut-être faire un peu attention, toi aussi, aux mots que tu emploies quand tu t'adresses aux gens !
tuntun
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tuntun
Article intéressant, mais rempli de clichés. Mettre le mot "casual" à toutes les sauces, pour tout et pour rien, m'horripile vraiment. Ce mot est collé à tout ce qui est négatif, et ne veut finalement plus rien dire. Et puis parler de "vrais jeux" pour "vrais joueurs", c'est d'un sectarisme à tout épreuve. Je ne parle même pas de ces jolis clichés que tu nous sort pour montrer ce qu'est le public "casual". C'est dommage, parce que dans le fond tu paraît plutôt tolèrent, et je suis d'accord avec toi.

Déjà pour le "casual" gaming, on ne peut pas dire qu'un joueur ou un jeu sont "casual", simplement parce que c'est une façon de jouer. Jouer de façon de "casual" signifie qu'on joue à un jeu de temps en temps, sans faire de grosses sessions, et sans chercher le 100% se contentant de finir l'histoire, en gros. N'importe quel jeu peut donc se jouer de façon "casual" ou "hardcore". Donc non, encore une fois, "casual" n'est pas un genre de jeu mais une façon de jouer.

Du coup les deux questions que tu poses n'ont pas de raisons d'être.

Par contre je suis d'accord avec toi, les jeux sont devenus plus facile. Mais là encore, je ne pense pas qu'ils se "casualisent" (ce qui ne veut rien dire), mais simplement qu'ils sont dus à l'augmentation de la moyenne d'âge des joueurs, qui n'ont plus forcément autant de temps pour jouer, et à une évolution de game design/level design, en bien ou en mal.
Cependant, il faut faire attention à ne pas faire d'amalgames. La difficulté ne fait pas un bon jeu, et la facilité n'en fait pas un mauvais.

Édito

Un vieux briscard du jeu vidéo se décide à déballer les placards pour proposer les tests de quelques 400 jeux. A cela s'ajouteront des billets d'humeur, des commentaires sur l'actualité du jeu vidéo. Bienvenus =)

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