Un peu de tout, beaucoup de rien et un soupçon de n'importe quoi !
Si
jeune mais déjà si riche, le monde vidéo-ludique chemine de machine en
machine, de jeu en jeu, à une vitesse folle, illuminant nos écrans
noirs de milliers de pixels chargés de souvenirs.
Depuis
maintenant plusieurs années, nombreuses sont les voix (de plus en plus
insistantes) poussant le jeu vidéo, sa culture et son histoire, en
quête d’une réelle reconnaissance.
Et
pourquoi pas un musée du jeu vidéo ? C’est une des volontés de la
formidable association MO5, qui, avec MuseoGames, marque une première
étape réussie et pleine de promesses.
Hall of fame
Exposition
temporaire siégeant aux Musée des Arts et Métiers de Paris, MuseoGames est une des premières “grandes” incursions des jeux vidéo dans le
paysage culturel français. Dans un cadre sympathique, l’exposition se déroule en trois véritables étapes.
Une
fois un hall paré d’écrans fourmillant de oldies franchi, le visiteur
se retrouve dans un couloir de quelques mètres, encerclé des machines
de la (riche) collection de MO5. Des plus anciennes aux plus jeunes,
des plus connues aux plus originales, cet étalage, dans un état tout simplement extraordinaire vu l'âge de certains supports, viendra
probablement raviver la flamme nostalgique chez bon nombre de gamers.
Le néophyte, lui, sera sans doute un peu perdu, si ce n’est perplexe, devant cette masse de carcasses plastiques dissimulant moults circuits imprimés. De plus, face au (relatif) manque d'informations sur les machines, l'avidité de détails logiquement éveillée par la collection présentée risque de causer chez certains quelques frustrations.
Intéressante, mais sans doute un peu élitiste et insuffisamment détaillée, cette première phase du voyage au cœur du jeu vidéo sert en fait de mise en bouche, un préliminaire à la si enrichissante suite qui nous attend. Car, au bout du court couloir peuplé de machines se trouve une étendue vivante de souvenirs. Atari 2600, MSX, NES, NeoGeo, Saturn et j’en passe, et tout celà est jouable !!!
Une histoire à rejouer
Et
c’est là que MuseoGames prend toute son ampleur et puise son charme.
Car le jeu vidéo n’est pas une œuvre culturelle comme les autres.
Inertes, les loisirs vidéo-ludiques sont vides de sens, et n’existent
finalement que pour être vivants et interactifs.
La
première chose qui m’a réellement frappé en pénétrant dans l’espace
jeu, c’est la mixité des publics présents. De Marcus (que je remercie
d’ailleurs pour sa gentillesse) au grand-père venu accompagner ses
petits-enfants, hommes et femmes de tous âges se mélangent. Et nul ne
semble rester indifférent devant toutes les petites boites en
plastiques crachant leurs pixels criards.
MuseoGames m’a plus que jamais démontré le pouvoir fédérateur du jeu vidéo. J’ai croisé le fer à Pong avec un jeune hollandais qui ne connaissait le jeu que de renom (et le français tout autant d’ailleurs !) et avec qui j’ai passé quelques enthousiasmantes minutes. J’ai observé deux enfants d’une dizaine d’années découvrir Mario Kart sur Super Nintendo et se lancer dans une interminable et joviale joute à coups de carapaces. Mais l’apogée de la magie vidéo-ludique s’est manifestée quelques minutes plus tard.
Tranquillement en train de jouer à Boulder Dash,
j’observe, sur ma gauche, deux jeunes enfants en train de découvrir
Tetris, accompagnés de leur grand-mère, probablement sexagénaire et
clairement extérieure au monde des jeux vidéo. Les minutes passent, et
cette sympathique mamie, semblant trouver le temps long à regarder les
bambins pianoter sur les manettes, commence à observer avec une
certaine curiosité les écrans de la machine voisine de la mienne.
Quelques hésitations plus tard, la voila qui décide pourtant de s'asseoir,
et une fois manette en main de presser quelques boutons, jusqu’à voir
ce cher Mario vagabonder sous ses yeux. Ce n’est finalement qu’une
bonne dizaine de minutes plus tard que cette chère dame lâchera la NES,
apparemment ravie de son expérience, pour retourner surveiller les deux
bambins.
J’ai,
à ce moment précis, compris la réelle puissance du média jeu vidéo,
qui, par sa diversité et son aspect avant tout ludique (on parle en
effet bien de jeu) semble capable de capter toute attention, si bien
qu’il semble impossible que quelqu’un puisse déclarer ne pas aimer le
jeu vidéo, tellement polymorphe celui-ci peut être.
L’exposition
avait donc dors et déjà gagné, en me procurant une décharge
émotionnelle aussi inattendue qu’agréable. Je n’étais pourtant pas au
bout de mes surprises, car une fois l’espace jeu expérimenté, je me
dirigeais vers ce que je pensais être la sortie : l’espace Game Over.
Et
pourtant, rien n’est fini ! Cet espace regroupe en effet plusieurs
bornes d’arcade des plus sympathiques, dont le mythique Space Invaders,
le saisissant Outrun (et surtout son retour de force !) ou encore une
borne (malheureusement limitée à un joueur) de Capcom vs SNK. Mention spéciale au fascinant Time Traveler de Sega, qui à lui seul mérite de se déplacer au Musée des Arts et Métiers !
C’est ainsi sur une note forte agréable que je quittais MuseoGames.
Conclusion
Finalement, que penser de MuseoGames ? Vous l’aurez compris, j’ai été conquis. Par tant par l’exposition en elle-même que par ce qu’elle a véhiculé en moi. Soyons francs, quelques machines exposées dans un hall seront bien peu intéressantes pour le quidam, les informations fournies restent relativement légères et les 600 m² de l’exposition se révèlent tellement petits !
Conséquence sans doute d'une certaine fébrilité au niveau informatif, la mise en avant des grands créateurs n'est qu’implicite. La salle de jeu regroupe Miyamoto (avec Mario et Mario Kart), Mizuguchi (avec Sega Rally et surtout Rez), Kamiya (avec Okami), etc..., mais sans jamais les citer. L’initié aurait tellement aimé en voir plus (même si quelques sympathiques documentaires nous présentent les géniaux Raynal, Chahi, Ulrich, etc...), le néophyte lui n’aura pas forcement conscience que derrière bien des grands jeux se cachent de grands messieurs. Reste à espérer que la curiosité suscitée par l’exposition suffira à le faire aller plus loin, et à découvrir les visages sous les pixels !
Mais MuseoGames va au delà des apparences en étant interactif. L'exposition présente le jeu vidéo tel qu'il a été pensé : pour être joué ! Et c'est finalement là qu'on se rend compte que l'information réelle, celle qui importe, que l'on retient et qui fait la richesse culturelle, on l'obtient manette en main.
MuseoGames est donc loin d’être parfait, mais MuseoGames est vivant, émouvant, transpire la passion du jeu vidéo et donne envie d’en voir plus. Essai réussi, l’exposition augure du meilleur pour la suite, tout en laissant une grande marge de progression. On a tout simplement hâte de l’avenir qui, sous l’impulsion de MO5 et de tous les autres acteurs de MuseoGames, s’annonce très jeu vidéo !
MuseoGames - Une histoire à rejouer.
Du 22 Juin au 7 Novembre 2010 au Musée des Arts et Métiers de Paris.
Entrée à 5.5€ (3.5€ en tarif réduit) de 10h à 18h (21h30 le jeudi), fermé le lundi.
http://museogames.com/


