Au XVIIe siècle, bien avant l'invention des premiers jeux vidéo, Blaise Pascal déclarait déjà : « Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne pas savoir rester au repos, dans une chambre ». Trois cents ans plus tard il n'y a qu'à nous observer 30 secondes pour s'en convaincre : en chacun de nous se cache un grand malade accroc à la souffrance. Regard vide, mains crispées sur sa manette, l'écume aux lèvres, prêt à maudire tout et n'importe quoi dans un flot incessant mais toujours inventif d'insultes en tout genre, le joueur n'a rien à envier aux plus grands adeptes des combinaisons en latex et autres cravaches en cuir. Petit tour d'horizon des tortures que l'on s'impose.

  

Le joueur qui travaille même quand il joue.

Quoi de mieux après une dure journée de labeur que de s'affaler dans son canapé, d'allumer sa console et... de se remettre à bosser gratuitement dans un but purement virtuel ! Sans parler de serious games, il existe de vrais jeux vendus à des millions d'exemplaires qui arrivent à nous fatiguer autant que le plus pénible des patrons. On a même inventé des mots pour décrire ses activités complètement chiantes mais nécessaires pour progresser dans un jeu : farming et levelling. C'est ainsi que vous enchainerez dans la joie la plus absente 50 combats contre la même plante carnivore dans votre RPG favori pour pouvoir enfin battre ce boss level 10 000. Dans le même style, vous pouvez tuer tout un dimanche (facile) à récolter suffisamment de ressources pour construire la ville ou l'armée de vos rêves ou pour acheter les plus belles voitures d'un jeu.

Les meilleurs jeux pour passer aux 135 heures : Final Fantasy, World of Warcraft, Diablo, SimCity,... Souriez, vous n'êtes pas seuls : les adeptes du tricot, les accrocs au ménage et les internautes qui fournissent du contenu gratuitement sont comme vous.

 

Le joueur qui veut se prendre la tête.

Pour tous ceux qui trouvent que la vie est trop simple, il y a le genre « casse-tête / réflexion ». Ou comment s'inventer des problèmes improbables du genre « Comment réussir à sauver toutes ces créatures d'une mort certaine sachant qu'il me reste 30 secondes et que j'ai à ma disposition 1 creuseur, 1 bâtisseur et 3 poseurs de bombes ? » ou encore « Comment sortir d'ici avec mon canon à impulsions quantiques alors qu'une mitrailleuse rêve de me trouer la peau de l'autre côté du mur ? ». Le genre de questions auxquelles une personne saine d'esprit répondrait « Ben j'éteins la console et je m'amuse vraiment ». Mais pas le joueur, nooooon...

Plus fort que le sudoku, le solitaire et les échecs réunis : Lemmings, Portal, Professeur Layton, Braid, The Cave... Souriez, vous n'êtes pas seuls : les inconditionnels de la carte routière à l'heure du GPS et ceux pour qui une bonne grosse encyclopédie en 15 volumes sera toujours mieux qu'internet sont comme vous. 

 

Le joueur qui aime avoir peur.

L'obscurité devient oppressante, un étrange silence s'installe, vous êtes à l'affut du moindre mouvement, les mains serrées sur votre arme de fortune et... BOUH ! Une sale bestiole ressemblant vaguement à un humain atrocement mutilé vous saute à la gorge et vous frappe avec tout l'acharnement dont elle est capable dans d'horribles hurlements. Même l'écran saigne, c'est dire ! Bon ok, dit comme ça, ça ne fait pas peur mais vous voyez de quoi je veux parler. Et bien sachez qu'il y a des gens pour qui être en stress non-stop pendant 10 heures est un vrai plaisir. Des gens qui n'hésiteront pas à augmenter le niveau de difficulté s'ils estiment ne pas avoir assez souffert. Il parait même qu'ils se fouettent avec le câble de leur manette pendant les temps de chargement, oui madame...

Les jeux qui vous feront remettre des couches : Silent Hill, Condemned, Dead Space, Siren Blood Curse,... Souriez, vous n'êtes pas seuls : les accrocs aux montagnes russes et aux trains fantômes, ainsi que les fans de la Xbox One sont comme vous.

 

Le joueur adepte du scoring.

On a tous essayé au moins une fois de battre son meilleur score, c'est gratifiant. Mais quand on se chronomètre pour finir le plus vite possible Super Mario en passant par tous les raccourcis existants alors là je dis qu'il y a un problème. Quand atteindre le top 10 mondial n'est plus un objectif mais une obsession, quand on refait 200 fois le même tour de circuit pour battre son ghost d'un centième de seconde ou quand on devient si fort qu'une partie dure 10 heures et que le moindre point de vie perdu est un échec, alors là il y a clairement quelque chose qui a cramé dans le cerveau du joueur. Cela dit il faut reconnaître que ces hardcore gamers font preuve d'une résistance à la frustration et d'une abnégation assez admirables.

Comment chopper des ampoules sous les ongles : tous les jeux, pourvu qu'on soit suffisamment tordu. Souriez, vous n'êtes pas seuls : les personnes qui construisent d'immenses fresques de dominos et certains sportifs sont comme vous.

 

Le joueur qui ne sait pas s'amuser sans écran.

Chez ce type de joueur la notion d'amusement n'existe plus une fois la console éteinte. Bon, ok, se mettre au volant de la dernière Ferrari sur le Laguna Seca c'est plus facile à faire sur Gran Turismo qu'en vrai. Mais jouer au ping pong ?! Vous allez quand même pas me dire que c'est difficile de trouver une table, 2 raquettes et une balle ?! Ben non, ce joueur préfèrera jouer à grand coup de stick ou de capteurs de mouvements plutôt que de sortir de sa chambre. Pourquoi avoir de vraies sensations quand on peut faire des grands gestes dans le vide devant sa télé ? Mieux, l'ultime insulte au bon sens : pourquoi partager un jeu de société en famille ou entre amis quand on peut le télécharger et y jouer tout seul contre une magnifique IA bien virtuelle ?

Les meilleurs jeux pour ôter toute saveur à la vie : les versions téléchargeables de Uno et de Monopoly, les jeux de billard, de babyfoot et de bowling, Sport champion, Table Tennis, le Home... Souriez, vous n'êtes pas seuls : ceux qui préfèrent écouter un CD plutôt qu'aller à un concert, ceux qui mettent de l'aspartame dans leur café et ceux qui courent sur un tapis et font du vélo d'appartement sont comme vous.

 

Le joueur qui refait sa vie pour de faux.

Si vous êtes dans la catégorie précédente, logique que vous ayez des envies de suicides envie de changer de vie. Le jeu vidéo est certainement la meilleure échappatoire pour cela - ou comment devenir un super héros, un aventurier charismatique ou un sportif de haut niveau en deux coups de sticks. Trop facile ou trop fun surement pour certains qui s'efforcent de poursuivre leur vie monotone à travers l'écran. Leurs activités préférées ? Nettoyer leur maison virtuelle, cuisiner, aller chez le coiffeur ou encore sortir leur chien. Le genre de joueurs qui te diront : « Non mais dans Heavy Rain tu peux ouvrir la porte du frigo et boire un jus d'orange ! Tu peux même te raser devant la glace! :priceless: » --> TU SORS ! Mais non, pas les poubelles !  Putain de boulet...

Comment retrouver les joies de la routine quotidienne : Les Sims, Animal Crossing, le début d'Heavy Rain, Nintendogs, Cooking Mama,... Souriez, vous n'êtes pas seuls : les personnes âgées non plus n'aiment pas changer leurs bonnes vieilles habitudes.

 

Le joueur qui crise online.

Jouer en ligne c'est s'ouvrir aux autres, faire des rencontres, vivre des victoires épiques et des défaites cuisantes. Mais il y a des joueurs qui ne supportent pas l'échec, des joueurs pour qui vous n'êtes qu'une IA qui pourra enfin comprendre toutes leurs insultes. Ce sont ces joueurs qui se déconnectent lorsqu'ils sont sur le point de perdre et c'est grâce à eux que l'option « mute » existe dans les jeux en ligne. Dans un souci de clarté, ils iront même jusqu'à vous envoyer des messages privés pour s'assurer que vous avez bien compris tout le bien qu'ils pensaient de vous ou de votre maman. Charmant. Le mot exutoire prend tout son sens pour ces personnes qui ne jouent que pour se défouler sur vous.

Comment se faire de nouveaux amis : Call of Duty, Battlefield, Fifa, PES, Tekken (si vous utilisez les lasers de Jin ou Kazuya)... Souriez, vous n'êtes pas seuls : les kaïras dans leur téci et certains de nos députés à l'Assemblée Nationale sont eux aussi d'une courtoisie et d'un sang-froid à toute épreuve.

 

 

Et encore, je suis sûr que j'en oublie. Mais, au-delà de ces exemples à peine caricaturés, de vraies questions se posent. Par exemple, si jouer est si amusant alors pourquoi les cinématiques et les crédits de fin, le seul moment où on pose la manette, sont vécus par beaucoup comme des récompenses ? Pourquoi se sent-on obligé de finir un jeu une fois commencé, là où ça devrait être une véritable envie ? Et si un jeu a été si « énorme » alors pourquoi une fois fini, si peu de joueurs décident de le recommencer depuis le début ? Combien de jeu se sont retrouvés stockés à vie sur une étagère sans avoir été finis ou après avoir été retournés une seule fois ? Si l'expérience était si belle, pourquoi ne pas y retourner encore et encore ? 

Certainement parce que l'un des plus grand plaisir dans un jeu vidéo c'est la découverte. Mais pour la mériter on s'impose des règles et des obstacles pas toujours amusants. Une fois le but atteint, tout est connu et la découverte disparait, seules les contraintes restent. Dès lors le jeu n'en vaut plus la chandelle. C'est peut-être, entre autres, pour ça que regarder un film est plus facile et plus populaire que jouer à un jeu vidéo.