(Ouf ! Le tunnel est derrière nous. Quelle idée imbécile de s’être dit, un jour « Je suis sûr que je peux faire une page entière intéressante sans dialogues ! » Vous remarquerez d’ailleurs, ici, comme précédemment, que les dialogues ne sont pas du tout mon fort. Une véritable hantise. Enfin, vous verrez bien. Je vous souhaite, comme de coutume, une bonne lecture.)
La nuit avait bien vite passé sur la montagne endormie et les deux voyageurs. Avec elle était venue le cortège de nuages, de vents froids et de glaces. L’air tremblait de froideur, la vie n’osait s’éveiller, et le soleil peinait à sortir la tête de son antre sacrée. Pourtant Celimbrimbor se leva, s’étirant dans le clair-obscur de la matinée commencée de frais. Son souffle lent dégageait une maigre vapeur dans l’air, frissonnement vivace qui s’éteignait bientôt. Il s’emmitoufla dans son manteau, s’engonçant au plus profond de ses vêtements. Il secoua Lestil, doucement, paternellement presque, ne voulant pas le brusquer, puis il retourna à son sac, rangeant prestement ses quelques affaires, tout en lançant parfois ses sens à vers la montagne, dévoilant parfois sur son visage, en de rapides intermittences, un air inquiet. Le ciel était obscur, assombrit de nuages ; et la neige battait les flancs de la montagne sous l’impulsion d’un coup de vent. Quelquefois, un rayon de soleil, réchappé de l’azur mauvais, venait heurter de plein fouet les plaques de gel brillantes que la nuit avait laissée, et scintillait un instant. Lestil, acheva de seller son cheval, de vérifier ses fontes, puis se tourna vers l’elfe :
« Et maintenant ? Par où passe-t-on ?
- Par la route. Couper à travers les pentes serait moins long, mais plus dangereux, empli de pièges que je ne connais pas. Le mieux est de prendre la route. De plus nous aurons de quoi nous arrêter si jamais, comme je le crains, la tempête menace. Répondit-il, plus pour se persuader lui-même, en montant à cheval. Bon, allons-y, le temps joue contre nous. »
Et il partit au petit trot rejoindre la route serpentant entre les bois. Les premières heures de leur ascension furent, à peu de choses près, sans heurts. La route, dans les soubassements de la montagne, était encore fréquentable, et les chevaux allaient bon train. Seule la température, qui tombait bien bas à mesure de l’élévation, gênait quelque peu les voyageurs, et les faisait se couvrir de plus en plus. Tant et si bien que vers midi, ils s’arrêtèrent, grelottant de froid, sur un lacet de la route, pour faire un feu, manger un peu, mais surtout réchauffer leurs chairs gelées. Celimbrimbor sondait el ciel avec inquiétude, les nuages qui s’étaient encore amassés, le vent qui battait leurs vêtements avec acharnement, rien n’était propice. Ils mangèrent à peine, rapidement, alors que des flocons de neige venaient fondre à leur feu. Ils se remirent en selle le plus vite possible. Mais il était déjà trop tard. Avec toute la violence insidieuse dont elle pouvait faire montre, la tempête leur tomba dessus, dans une délicieuse gradation. Leur pas se trouva ralentit, le vent couvrit tous les mots qu’ils échangeaient jusque là, la neige vient masquer leur horizon. Bientôt la route fut complètement masquée, et la tempête de givre brouillait terriblement les sens les plus aigus de Celimbrimbor. Il descendit de cheval et se tourna vers Lestil.
« Démonte ! Hurla-t-il pour passer par-dessus le vent. Démonte ! On ne va pas plus loin à cheval ! Sa voix diminuait à mesure qu’il se rapprochait de Lestil. Donne moi ton sac, il y’a une corde dedans, qui va nous être utile. Donne la moi. Allez ! Bien. Je m’attache, puis ton cheval, puis toi, puis Nuit. Si jamais la corde se tend plus que de raison, coupe là. Nuit te ramènera dans un coin plus hospitalier. Il frappe le sol de son bâton qui s’éclaira d’une lueur rouge. Ne perd pas cette lueur des yeux. C’est le seul moyen que tu ais de me suivre. »
Celimbrimbor s’encorda, lui et les chevaux, et attendit que Lestil fasse de même. Puis, tenant haut son bâton de façon à ce que la lumière soit bien visible, il s’enfonça dans la tempête comme un marin dans les flots du naufrage. Ses pas étaient plus que durs, son souffle haletant. Il leur avait fait quitter la route il y a bien longtemps, et seuls ses sens, en hyperactivité, explorant chaque parcelle de terrain avant qu’il y pose le pied, les empêchaient de tomber dans quelques crevasses. Leur allure était lente, les chevaux grognaient sous l’effort, hennissaient parfois de peur, quand un gouffre soudain s’ouvrait juste à côté de leurs pattes. Celimbrimbor faisait tous les efforts possibles pour trouver les chemins les plus commodes, mais inlassablement, il était obligé de les lancer à nouveau dans sur pentes nues. De nombreuses fois, il avisa une forêt. Mais jamais il ne pu avancer dedans, des pièges apparaissant tout le temps qu’il essayait de la rallier. Alors ils montaient, toujours dans le même ordre. Ils ne s’entendaient plus, et Lestil ne voyait qu’avec difficulté la lueur rougeâtre s’élevant du bâton de Celimbrimbor. Soudain un grondement se fit entendre, au dessus de leurs têtes. Ils portèrent leurs regards dans cette direction. Une avalanche s’était déclenchée plus haut, et dévalait les pentes à une vitesse incroyable. Le vent malin avait couvert sa clameur, et ils ne pouvaient plus s’en échapper. Lestil, voyant la grande masse blanche s’approcher d’eux, pensait déjà leur dernière seconde venue, et la peur paralysait ses membres. Celimbrimbor, comprenant que tout leur manquait une nouvelle fois, coupa la corde qui rendait ses mouvements malaisés, et se précipita au devant de la coulée de neige. Tout ceci ne prit que quelques secondes, moins même, et il s’en fallut de peu qu’ils ne soient emportés dans la mort blanche. Les mots de pouvoir de Celimbrimbor ne couvrirent pas le vent, mais leur effet fut tangible. Un instant, les hurlements du vent semblèrent s’arrêter. Un instant, une douce musique fut presque perceptible. Un instant, une muraille ondulante et transparente fut presque visible, face à l’avalanche qui arrivait, toujours plus vite. Puis soudain, le choc. La confrontation entre les pouvoirs. La nature furieuse et déchaînée contre la volonté d’un mage. La neige s’accumula contre la muraille, menaçant de la briser tout le temps. Puis la masse se calma. La nature s’épuisait plus vite que l’énergie du mage. La neige se répandit en coulée plus petite, de plus en plus, et finalement Celimbrimbor pu abattre sa barrière. Les hurlements du vent se refirent entendre, mais moins fort. Tout s’était calmé d’un seul coup. Celimbrimbor pouvait de nouveau percevoir le sommet, du moins le col qu’il voulait emprunter. Ils n’en étaient plus loin, et la tempête ne semblait plus vouloir les tuer. Comme si rien ne s’était passé, Celimbrimbor se rapprocha de Lestil, marchant sur la corde qu’il brisa en de nombreux endroits, elle qui était devenue fragile comme du verre.
« C’est bon, le pire est passé. Lui dit-il. Nous serons au col dans une ou deux heures, juste avant la tombée de la nuit. C’est parfais.
- Ah. Euh… Chouette ? Répondit Lestil, qui se remettait lentement de sa frayeur.
- Allons ! Il ne faut jamais se laisser envahir par la peur. Elle est la plus mauvaise conseillère que tu puisses trouver. De plus, elle aura souvent tendance à te faire mouiller tes chausses. S’amusa Celimbrimbor, avant de reprendre d’un air troublé. Cette tempête n’était pas naturelle. Sans parler de l’avalanche. Quelque chose nous attend au col. Et je pense savoir quoi. Vérifie que tes dagues ne soient pas gelées, ce dont je doute. Détache toi, et remonte en selle. Nous repartons.
- Euh, oui… Mais si effectivement là haut on nous attend, pourquoi on ne passe pas par ailleurs ? Demanda Lestil, légèrement inquiet.
- D’abord, parce qu’il faut montrer à l’ennemi que c’est lui qui doit nous craindre, pas l’inverse. Ensuite, ajouta-t-il d’un air sombre, parce que je vais droit à la rencontre de mon destin. Allez ! Dépêche toi. »
Celimbrimbor remonta en selle également, et après avoir retrouvé la route, ils recommencèrent leur ascension. La route, bien que couverte de neige fraîche, était praticable, et les chevaux et les voyageurs la préféraient mille fois aux pentes trompeuses de la montagne. Ils grimpèrent, l’allure rapide et régulière. Peu à peu, l’accalmie qui était déjà conséquente devint de plus en plus effective, et bientôt, c’est le soleil du crépuscule qui les éclaira. C’est encore lui qui dépérissait quand ils firent leur premier pas, de front, sur le col.
« Je vous attendais, déclara hautainement Sylvaanag, assit sur un rocher. Comment avez-vous trouvé mon avalanche ? Et ma petite tempête ? Très réussies, n’est-ce pas ? Il déplia ses jambes et se leva. Non ? Vous semblez en colère. Surtout toi, l’humain. Au fait, sais-tu tout ce qu’il y a à savoir sur l’elfe que tu accompagnes ? Tu n’as pas l’air pourtant. N’as-tu jamais écouté les légendes qui…
- La ferme Sylvaanag, je suis las de tes tourments inutiles. Va rapporter à ton maître que nous sommes passés, va lui expliquer que tu as encore faillit à nous ralentir. Va te faire punir encore une fois. Le coupa Celimbrimbor, lapidairement.
- Tss… Fit l’autre, une étrange grimace sur le visage. Pourquoi faut-il que vous soyez à la fois la source de mes plus grandes victoires et triomphes, et aussi celle de mes plus grandes humiliations. Les dieux sont décidément étranges et mauvais avec moi. Pourquoi, par Glarthung, faut-il que mon maître m’ait attaché à vos pas ? Vous êtes incroyablement lent…
- Par Glarthung ? Je vois enfin d’où toi et ton maître tenez votre puissance. Dit Celimbrimbor, avec lenteur. Et si tu veux que l’on progresse plus vite, emmène nous avec toi, jusqu’au palais septentrional de ton maître.
- Ah… J’ai encore gaffé à ce que je crois. Enfin, nous discutons, nous discutons, mais il faut agir un peu tout de même. Déclara Sylvaanag, avant de bondir de son rocher
- Ouais ! Il n’est que trop temps d’agir ! » Hurla Lestil en se plaçant sur sa trajectoire.
Sylvaanag lui passa littéralement au travers, du moins, son ombre le traversa. Le coup qu’il tenta de mettre à Celimbrimbor fut arrêté par le bâton de celui-ci.
« Tu ne sais décidément pas te battre. Fit Celimbrimbor, en se retournant.
- Sans doute, sans doute, lança l’adversaire, en reculant, mais moi, je n’ai pas passé ma vie à me battre et à essayer d’exterminer les humains.
- Tout cela est du passé. Récitait Celimbrimbor en avançant mécaniquement. Un lointain passé qui n’a plus court aujourd’hui. Et pourquoi me fuis-tu ?
- Moi ? Fuir ? Mais sans doute pour mieux vous piéger ! Ricana Sylvaanag, en bondissant de côté, dévoilant un démon puissamment armé. Je te présente un des démons mineurs de mon Dieu. Zarnak. Il mourrait d’envie de te voir te tordre dans des affres de douleurs.
- Enchanté, fit poliment Celimbrimbor, en s’inclinant. Que me vaut le déplaisir de votre visite ?
- Ta mort prochaine ! » Rugit le démon en se précipitant vers Celimbrimbor.
14/02/2012, 22:59
Mais malgré tes bémols, je n'ai rien à redire, je trouve que les tiens fonctionnent parfaitement bien, équilibrés et dynamiques...
16/02/2012, 18:24
C'est tout bête, je les trouve d'une difficulté hors du monde. Je n'arrive pas à les maîtriser d'une manière ou d'une autre. Ils me font toujours un effet blanc. Je ne sais plus où j'ai pu lire que c'est à ses dialogues qu'on prend la mesure d'un auteur. Les miens me condamnent à n'être qu'un plumitif oiseux et obscur.