Le coin coin du Celim

Le coin coin du Celim

Par Celimbrimbor | Blog créé le 11/01/10
Dernière modification le 08/05/12 @ 19h57

Le blog sans image d'un mec qui n'aime rien et qui le fait savoir.

Autre - 8 Mai 2012 @ 21h00 -
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Tout d’abord, voici la liste des personnes ayant participé : 

 

1 : Fachewachewa  

2 : Karas  

3 : Chipster  

4 : Seblecaribou  

5 : Onink  

6 : Chocolat  

7 : Locutus  

8 : Antoinesk8  

9 : Anfalmyr  

10 : Gregeek  

11 : Killerad  

12 : Démarreur  

13 : Legen_Dary  

14 : Benoitm_us  

15 : ProfesseurOz  

16 : Chrisleroux  

17 : Devilnexus  

18 : MisterMinister  

19 : Subby Kun  

20 : Chew1e  

21 : Spades  

22 : Sheep  

23 : Krunkenstein  

24 : Liehd  

25 : Megamanuu  

26 : Anadim  

27 : Kakao  

28 : My_name_is_John_Marston  

29 : Orebon  

30 : Albundynosaur  

 

Un grand merci à ces trente fous qui pensent gagner. Je vais maintenant procéder au tirage au sort, par une méthode infaillible : les dés. Alors, il faut savoir que j’ai hésité longuement. Allais-je lancer trois dés dix ou un dé dix et un dé vingt ? Après quelques essais, je me suis dit que des dés dix, c’était quand même vachement plus pratique et que cela laissait des chances égales à tout le monde. Après avoir décidé cela, j’ai fait quelques jets de test, pour vérifier. Bien m’en a pris, j’ai pu constater ce qui aurait dû me frapper dès le début. Avec une telle configuration, trois D10, il est impossible d’obtenir un ou deux, attendu que le zéro vaut dix : trois zéros valent donc trente, deux vingt et un, dix.

Après une remise en cause de mon univers personnel, j’ai décidé de changer de méthode, ou plutôt, de dés. On repart sur du D100, qui va m’obliger à faire beaucoup de lancers, mais au moins, rien n’est exclu.

 

Voici donc les dés utilisés pour trancher de votre sort : 

 

 

Alors, visiblement, on ne voit pas bien, sans doute la faute aux photos prises à l’arrache depuis la webcam de l’ordinateur. Mais, cela fera l’affaire. Je vous prie donc de bien vouloir croire que je ne truquerai pas les jets. Nous ne sommes pas autour d’une table de jeu de rôle, allons. Les règles sont simples. Le D à dizaine sera ignoré pour tout résultat supérieur à trente. Son double zéro vaut… Zéro, surprise. La même chose va pour le dé des unités. Il est donc possible d’obtenir les résultats impossibles précédemment. Youpi.

 

Vous êtes priés de vous mettre toutes réclamations concernant l’équité et la formule de ce tirage au sort dans un fondement proche.

 

Et maintenant, le premier lancer !



 

Résultat : 22. Le premier gagnant est donc ce mouton violeur de Sheep ! Félicitations !

 

Second lancer.

 

 

Résultat : 14. Le second gagnant est Benoîtm_Us ! (Il va enfin connaître mon adresse, je n’ose imaginer sa joie.)

 

Troisième lancer.




Résultat : 24. C’est donc Liehd qui gagne le dernier exemplaire ! Bravo au fou aux mains pas rondes !

 

Félicitations aux trois gagnants et mes excuses pour tous les autres. Je contacterai les gagnants par M.P. dans la semaine afin de leur demander de me communiquer leur adresse. Les colis seront expédiés après.

 

D’autre part, dès que je connaîtrais combien me coûte l’envoie d’un exemplaire, je serai prêt à les envoyer à ceux qui les voudrais quand même. Je ne sais pas encore selon quelle formule (sans doute contre remboursement des misérables frais postaux ou de la reliure cradingue ou une contribution libre – very unlikely), laissez-moi vos avis à ce sujet dans les commentaires.

 

Merci encore à tous d’avoir participé et félicitations à Sheep, Benoît et Liehd !

Et, pour le râleur au fond, là, toi, oui, je t’ai vu : « Non, je n’ai pas truqué les jets. Mince quoi, Sheep a gagné ! »

 

 

 Encore une fois, la mise en page est due à ce génie de Krunk'. Les photos sont issues de l'Internet. Sauf quelques unes. Saurez-vous les retrouver ?


 
Ça va se voir vous croyez ?
 
Alors, non, je ne tapine pas pour gagner des « j’aime ». En fait, j’ai tapiné pour gagner des « j’aime » pour justement pouvoir me débarrasser de ce poste. L’idée s’est mise à trottiner dans ma cervelle relativement bien rangée et a tout foutu en bazar. Ce qui m’agace au plus haut point. Or, vu que nous ne profitons pas encore des poubelles à pensées, les pensines, elle accomplit un carnage considérable et je ne retrouve plus rien, notamment pas mes citations du roman Far from the Madding Crowd de Thomas Hardy, que je vous déconseille de lire.
Cela dit.
Bon, donc, non, je ne tapine pas. J’ai michetonné avant. Là, c’est une sorte d’accomplissement. Forcément ridicule comparé aux ténors que sont Serial Butcher, Anfalmyr, Seb ou le Joueur aux mains carrés – à propos duquel ne n’ai de cesse de me demander de comment il fait pour ne pas subir le même sort que les pauvres chameaux qu’on castre – qui sont autant de sympathiques personnes avec des points de vues fort amusants. Et je passe les Zig’ et autres dézingueurs du « j’aime ».
 
"ZigEnfruke dézinguant du j'aime", ZigEnfruke ©
 
 
Alors, si je ne racole pas pour du « j’aime », pourquoi ce concours ?
 
Ben, parce que j’avais envie, tout simplement. Et que cela me fera une raison d’imprimer ces foutus contes, les relier et les protéger.
Et puis surtout, cela me fait plaisir et cela ne coûte pas cher. Vraiment plaisir. Le principe d’un texte fini, qu’on ne retravaillera plus, c’est de finir en livre et de passer de mains en mains. Voici donc une première étape.
 
Maintenant, la récompense : je mets en jeu trois exemplaires dédicacés et reliés des contes, préfacés de manière autographe. Cela ne paraît rien, mais quand je serai célèbre et reconnu et académicien, cela vaudra de l’or. Surtout pour pointer du doigt que ces vieux croulants, dans leurs jeunes années, étaient incapables d’écrire sans faute. Il ne s’agira pas, forcément, des contes comme ils ont été publiés sur ce blog. Je reprendrai la mise en page et corrigerai les fautes qui me sauteront le plus aux yeux. D’autre part, les petits paragraphes introductifs présents sur le blog n’y figureront pas, remplacés par… Hum, autre chose. Eh oui, pas de jeux en jeu. Désolé.
 
Ensuite, le principe : que vous aimiez ou non ce poste de blog, peu m’importe, en fait. Si vous souhaitez participer, laissez simplement un commentaire qui dise, par exemple, le conte que vous avez préféré et pourquoi, une analyse stylistique de ce dernier dans une perspective formaliste. Tout cela en trois parties, sans oublier l’introduction ou la conclusion.
 
Pour les plus faignants d’entre vous, laissez simplement un commentaire avec le nom d’un personnage qui apparaisse dans les contes ou dans Celim – ceci juste pour m’assurer que vous avez lu le truc – et ça ira.
Puis laissez un « j’aime » aussi. Qu’on puisse dire que j’ai tapiné finalement. Je précise que le « j’aime » suffit à valider la participation. Je me dépatouillerai de tout moi-même.
 
 
 
"Vous avez jusqu'au Lundi 7 Mai mes lapins." dit-il/elle, d'un regard insistant.
 
Ps : Toutes les éléments graphiques de ce poste ont été intégrés par ce guerrier de Krunk' dont je ne saurais trop vous recommander de visiter l'antre. All images courtesy of the Internet.

Contes - 22 Avril 2012 @ 15h00 -
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Conte 6
 
 
Il sera une fois, dans un pays pas si lointain, un enfant déjà grand qui réussira de hauts faits et dont le nom sera célébré dans tout le royaume. Un matin de printemps, avec le cœur lourd de laisser sa maison, il quittera ses parents, oh, pour peu de temps pensera-t-il. Sur son dos il n’aura rien que ses affaires du jour et son sac léger, pour transporter de quoi manger le temps de son voyage. En outre, tout son courage il aura, toute sa fierté aussi.
Pourquoi partira-t-il, cet enfant plus si jeune ? Il faut savoir qu’en ce pays, il y’aura un monstre, dragon ou ogre, vouivre ou sorcière, une princesse à sauver, un château à délivrer, des maléfices à lever, des méchants à punir. Qu’importe, en fait, ce qu’il y’aura, mais il y’aura quelque chose, car sinon l’enfant ne partira pas, et s’il ne partait pas, il ne serait pas une fois.
 
Il marchera dans ce pays enchanté tout le jour, se reposant souvent, admirant les eaux vives des torrents, les beautés de la nature. Un instant, même, lassé de son voyage, il s’arrêtera sous un arbre et profitera quelques heures de la quiétude du végétal vénérable. Sous les feuilles, il musera avec les écureuils, les oiseaux et le vent.
Et puis la nuit tombera, le saisissant marchant, et sur lui s’abattra la froide main de la peur. Il ne tremblera pas, cependant, et ira son chemin, sursautant au moindre bruit, mais courageux pourtant. Chaque ombre lui semblera une horrible bête, un piège terrifiant. Chaque son de la nuit fera flancher son cœur, mais après un recul, il se ressaisira, et encor avancera. La nuit, finalement, lui semblera amie. Sorti de la forêt – car forcément, il sera entré dans une forêt tard dans l’après-midi pour couper court à son long trajet – il trouvera sur lui la lueur scintillante des étoiles, et la lune lui murmurera des paroles rassurantes. Alors il sourira de tout son cœur d’enfant et se mettra à courir vers la maison qu’il apercevra au loin.
 
Voici l’étape de son voyage. Il fera grincer dans la nuit bienveillante les gonds du portillon léger lorsqu’il le passera. Les graviers du chemin craqueront sous ses pas et le bois de la porte rendra un son sourd quand il frappera. Non, il ne saura pas ce qui l’attendra dans cette maison. Il connaîtra seulement ce qu’en disent les rumeurs. Il saura seulement qu’ici il doit dormir, s’il veut continuer son chemin le lendemain.
Une femme, magnifique, lui ouvrira la porte, lui sourira doucement, mais ne dira rien. Elle l’invitera à entrer en sa demeure, où l’attendra un plantureux repas, auquel, bien entendu, il fera plus qu’honneur. Ensuite, elle lui montrera le lit qu’elle lui aura préparé et, tandis qu’il se glissera sous les draps satinés, elle remettra du bois dans l’âtre de la cheminée et se préparera à le veiller. Tranquillement, la nuit se passera, sans aucun incident, et, au matin, l’enfant quittera la maison, plein de courage encore.
 
Il lui semblera avaler les lieues sous ses pas et aller plus vite que le vent. Il lui semblera voler, presque, et il manquera de passer à côté du campement du roi. Car oui, rien moins que le roi et sa cour se seront déplacés pour attendre le héros qui chassera le monstre. L’enfant recoiffera sa tignasse en désordre, lissera ses vêtements, et plein d’humilité et de timidité entrera dans le camp.
Les chevaliers hautains ne le remarqueront pas et manqueront plusieurs fois de l’écraser sous leurs chevaux. Les servants l’apercevront à peine et le chasseront sans jamais rien lui dire. Les gamins seuls le verront vraiment, ainsi que son courage. Ils lui indiqueront la tente du roi et quand il pourra être sûr que celui-ci l’écoute. L’enfant les remerciera et ira trouver le roi, juste avant son repas.
L’endroit sera très beau, mais d’une beauté clinquante, complexe, trop belle pour être honnête. Le roi et ses hommes les plus proches seront attablés et discuteront tête basse, plein de deuil. Ils pleureront leurs compagnons tombés contre le dragon – car, je ne l’avais pas dit, mais le monstre sera bien un dragon – et se lamenteront sur le sort du pays. L’enfant se montrera devant cette assemblée. Ils riront, tout d’abord, de voir ce moucheron sans épée prétendre les aider. Ils riront, mais bien vite les rires s’estomperont. Un enfant aussi sérieux, il faut le prendre en considération.
Ils protesteront, défendront, argueront, tenteront d’empêcher l’enfant d’aller chercher le montre. Ils lui diront, oh, plein de choses raisonnables et vraies. Mais jamais l’enfant ne perdra son courage. Jamais ses yeux ne perdront leur lueur. Il restera droit et humble devant le souverain, sa décision prise depuis longtemps.
Devant tant de valeur, le roi finira par céder. Il proposera à l’enfant de l’accompagner, de lui allouer l’aide de ses chevaliers, pour le protéger, pour l’assister au cœur du combat. L’enfant, toujours droit, toujours refusera. Il dira que les chevaliers effraieront le dragon, que le roi le mettrait en colère. Il dira cependant « Vous pouvez venir, mais restez bien derrière. »
Alors l’étrange troupe se mettra en marche vers la colline où demeurera le dragon. Ce ne sera pas un paysage ravagé, brûlé, un antre obscur dans le flan creusé. Cela ne sera pas un fort, ou un volcan où se retrancher. Mais une simple colline, comme il y’en a partout.
 
Non. Ce qui sera remarquable, ce sera le dragon. Il sera gigantesque, et son corps couvrira le dôme de la colline entier. Ces ailes légères reposeront le long de son torse, qui se soulèvera au rythme majestueux et lent de sa respiration. Sa gueule, bardée de crocs, laissera échapper des volutes de fumée blanche et sera pareille à une œuvre d’art qu’un forgeron aura passé des années à créer amoureusement. Ses yeux, mi-clos, laisseront voir de fines pupilles félines et un ambre gracieux sous de lourdes paupières. Il sera beau, d’une beauté sans pareilles, et non pas rutilante. Il sera beau, beau et terrifiant.
Terrifiant, car dès qu’il aura aperçu l’équipage venir, il se sera courroucé, il aura fait voir des flammes, sorti ses griffes. Il rugira et sa voix portera le tonnerre et charriera des éclairs. Il dardera sa langue dans une mimique gourmande. Et puis, ses yeux tomberont sur l’enfant. Aussitôt, sa colère s’estompera, comme chassée par le vent.
 
Sur la colline régnera le silence et le temps semblera s’être arrêté. Entre l’enfant qui n’aura pas quinze ans et le dragon plusieurs fois millénaire s’engagera alors un silencieux dialogue, un échange muet, entre une conscience apurée d’avoir trop vécu et une trop jeune pour être entachée. Et puis, alors que le vent miaulera timidement dans le silence, l’enfant s’avancera vers le dragon, à pas lents contournera le corps gigantesque. Le monstre bougera avec mille précautions, déplacera son poids pour révéler son ventre sans écraser l’enfant.
Devant les yeux ébahis des chevaliers et du roi, l’enfant se glissera sous le lourd animal. Là, tandis que le torse du dragon se soulèvera et s’abaissera comme un soufflet ; là, dans un bruit de forge ; là, l’enfant contemplera mille merveilles. Et puis, coincé sous une écaille, il trouvera ce qu’il sera venu chercher. Une pierre, une simple pierre pointue qui, alors que le dragon frôlait de trop près des montagnes, s’était logée au point faible de la bête et le faisait souffrir à le rendre fou. De sa main habile, l’enfant ôtera la pierre, et l’immense soupir du dragon retentira sur la plaine.
L’enfant s’extirpera de sous le ventre du dragon et se plantera devant lui. À nouveau régnera le silence et le roi et les siens seront exclus encore de l’échange entre ces deux belles âmes.
 
Soudain, le dragon approchera sa gueule de l’enfant et les hommes aussitôt trembleront et sortiront leurs armes. Sans rien dire, l’enfant s’approchera aussi, et s’aidant des écailles saillantes du dragon, grimpera sur sa tête et se logera tranquille, à l’aise entre ses cornes.
Alors, dans un rugissement grandiose, le dragon étendra ses ailes qui recouvreront sa colline. D’un battement puissant, il s’élèvera dans les airs, puis de plus en plus haut, et son ombre planera sur la plaine sur les hommes effrayés. Il se mouvra dans le ciel avec grâce et beauté. Il portera l’enfant aux plus beaux points du monde. Il lui montrera les plus hautes montagnes, les plus glorieuses chutes d’eau, les plus belles forêts. Il lui fera respirer l’air des étoiles, et s’abreuver aux rivières de la lune.
Et quand le jour finira, quand la nuit étendra son ombre reposante sur les pays du monde, le gracieux dragon déposera l’enfant chez lui.
 
Là, avec ses affaires du jour, son sac plus léger encore et les yeux pleins d’émerveillements et de fantaisie, il rentrera en sa maison, heureux, tout simplement.
Ainsi sera-t-il une fois, dans ce pays pas si lointain, un enfant jeune encore qui réussira de hauts faits, et dont le nom sera célébré dans tout le royaume.

Contes - 16 Avril 2012 @ 23h02 -
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(Le conte qui va suivre n’est pas banal. Il est en effet d’une prétention qui me laisse moi-même pantois. Prétentieux parce qu’en le relisant, je me dis qu’il n’a aucun autre but que de montrer que, nom d’un chien, c’est pas parce que j’avais pas vingt ans et un bouc immonde que je n’avais pas de vocabulaire. Il en résulta cette chose, que je ne sais pas comment considérer.
En effet, l’histoire n’a aucun intérêt. Elle essaie de taper dans des fonds mythologiques connus de tous et de raconter quelque chose de manière différente, mais je crains que cela soit un échec. Les personnages sont inexistants. Et ce qui fait le sel de mes écrits à présent, l’ambiance, me semble ne pas exister. Bref.
Je ne sais pas vraiment comment le considérer. Il est un peu bâtard, mais je l’aime bien néanmoins. De manière générale, ces contes sont une de mes rares œuvres que je n’arrive pas à regarder avec un total dégoût. J’ai toujours ce petit sourire heureux à la relecture. Peut-être que la simplicité, finalement, n’était pas une si mauvaise idée.
Et vous, qu’en pensez-vous, dites-moi ?)
 
Conte 5
 
 
Il était une fois le père de tous les contes, ou du moins se prétendait-il comme tel auprès de tous ceux qu’il rencontrait et à qui il narrait avec passion les chants et les chansons, les contes et les légendes, les histoires et les mythes, les souvenirs et les mémoires, le vent et l’or, le vermeil et l’argent, la boue et les charniers, le cœur de tout homme et les cheveux des dieux. Sa harpe déliée aux accents mélodieux était un accord juste avec sa voix posée, qui s’emparait des hauts faits du passé, et s’enflammait avec eux, montant à l’assaut des tours merveilleuses avec les héros d’autrefois, qui chutèrent dans l’oubli des temps bien après que tombées fussent ces mêmes citadelles, devant lesquelles ils voulurent gagner gloire et renommée pour les siècles à venir et les siècles passés.
Vieillards chenus et jeunes gens élancés, dames de noble stature et putains régulières, curés aux crânes tondus et chastes paroissiennes, gentilshommes de fortune et princes de hautes cours, paysans illettrés et savants professeurs, astres et animaux ; jamais audience plus vaste ne se réunissait que pour l’écouter lui, le vagabond, l’errant, l’inconnu de passage, le mendiant accueillant, le travailleur d’une mémoire possédée par tous, n’appartenant qu’à lui.
Son bâton ferré au pommeau travaillé de mille et mille figures toujours renouvelées par un sculpteur génial que nul ne connaissait l’annonçait sur les routes, et quand il venait à passer par des chemins obscurs, les fées et les diables, les lutins et les trolls, les sangliers et les ogres, les princesses et les crapauds, les sorcières et les feux follets, les démons et les anges, les foudres et les esprits lui faisaient un cortège joyeux, chantant les dits d’un univers autre dont il les tirait dans sa rêverie solitaire.
Ses chaussures crottées aux cailloux des chemins salissaient tous les sols, mais qui en avait cure, sinon les ignorants pour jamais délaissés dans leurs abîmes lumineux de ténébreuses sottises, abandonnés aux mains de leurs petits démons, sans espoir d’évasion du réel étriqué dont les rêts étouffant par eux étaient tressés, sans cesse filés, re-tressés, et re-filés encore.
Fête donc, et tristesse de devoir le voir partir au soir venu, remportant avec lui créatures merveilleuses et fabuleux accents, poèmes joyeux et lais languissants, amoureux sonnets et rondeaux larmoyants, épopées grandioses et flamboyantes tourments. Mais les brandons légendaires qu’il laissait derrière lui étaient fournaise suffisante à tenir sans son souffle ardent des semaines et des mois, des saisons et des ans, des siècles s’il le fallait, avant qu’ils ne reviennent pour réveiller des braises neuves dans le tapis de cendres à peine rougeoyantes qu’il retrouvait toujours.
Mais où s’en allait-il, ce voyageur du jour, de la nuit et du temps ? Quels étaient ses chemins ? Les astres et les cieux, les routes et les cailloux, les pavés et les feux ? Mystérieux bonhomme au sac plein d’étrangetés qu’il ramassait dans ses errances continuelles deçà, delà, au milieu des étangs ou dans les mines profondes, dans les pierres des carrières ou les mers océanes, sur les terres englacées ou celles enfiévrées. Infatigable marchand, il troquait ses mots contre un simple sourire, et, heureux, s’en allait disparaître dans la nuit, rejoindre sa compagne, sa fille ou bien son frère.
Et qui était-il, ce bonhomme au sac vide et toujours plein pourtant ? Cet être mystérieux qui hivers, et étés, et printemps, et automnes, assurait les esprits d’un passé advenu, d’un présent advenant, d’un futur à venir. Les légendes et les mythes, les histoires et les contes, les chants et les mensonges, les poèmes et les chansons, les fables et les merveilles jamais ne furent d’accord sur ce personnage qui toujours après avoir touché les cœurs regagnait les esprits, sièges de la mémoire.
Conteur, diseur, réciteur, vieillard, jeune, aède, poète, scalde, shaman, femme, enfant, ange inspirateur, démon tentateur, succube infernale, archer amoureux… Polymorphe infatigable, habitant les esprits, renouvelé sans cesse, sans cesse reformulé, travaillé et repris, le récit habite avec joie tout ceux qui écoutent sans crainte ses mensonges, ses histoires, ses contes, ses vérités parfois, et toujours ses merveilles.

Contes - 10 Avril 2012 @ 16h00 -
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(Et maintenant, un rapide intermède pour aller jusqu’au sixième conte. Les deux qui vont suivre sont assez passables. Bonne lecture !)
 
Conte 4
 
 
Il était une fois, dans un lointain pays, un roi qui régnait noblement, car il était dans la nature des rois de ce monde de régner noblement, et tous ses sujets étaient contents de lui. Le royaume n’avait plus connu de guerre depuis des années, les finances étaient bonnes et les gens étaient heureux. Rien ne venait ternir ce joli tableau.
Si ce n’est que le roi dépérissait. Sa santé déclinait, comme la lune dans le ciel aux premières lueurs du matin. Comme si, fatigué, il voulait se reposer un peu, et s’éloigner du monde, épuisé d’avoir trop vécu.
Car ce roi était vieux. Il avait vu les premiers feux s’allumer dans le cœur des hommes au début du temps, et ne semblait pas vouloir les voir s’éteindre. Il avait combattu trop souvent, pour réussi à forger un pays de conte de fée, et à présent que cette idée avait pris vie, il pouvait partir, le cœur en paix.
Ainsi, comme souvent cela arrive quand le malade ne souhaite pas guérir, aucun remède ne fonctionnait, et toujours le roi se mourait. Tous les médecins qui avaient tenté leurs arts sur lui étaient repartis battus. Et le roi toujours se mourait.
On ne voyait plus dans ses yeux l’éclair vivace qui les animait il y a un an encore. On ne voyait plus sur son visage le sourire ouvert qu’il arborait voilà encore un an. On n’entendait plus résonner son rire dans les couloirs, comme on l’entendait dans les coins les plus inattendus l’an passé.
Plus depuis que sa femme l’avait quittée pour un monde peut-être meilleur. Plus depuis que ses enfants étaient partis dans divers pays sans donner de nouvelles. Plus depuis que le petit page qui lui tenait compagnie et l’amusait avait grandi. Il était seul, désormais.
Et malade. Il le savait. Comme tout le monde le savait autour de lui. Lui qui avait été un héros allait glisser hors de cet univers, soufflé par le vent comme une bougie.
 
Et puis un jour, un drame. Un vol dans l’enceinte même du château. Du sceptre du roi qu’il avait lui-même forgé aux commencements, nulles traces. Comme du voleur. Tout le monde fut horrifié par un tel méfait. Seul le roi pouvait toucher le sceptre. Et donc seul lui pouvait partir à se recherche.
Alors il se leva de son lit lorsqu’il apprit la nouvelle, et son dos lui fit mal. Il s’habilla seul pour la première fois depuis un an, et ses bras le firent souffrir. Il descendit des escaliers froids qui avaient oublié son pas depuis un an, s’aventure dans des couloirs tortueux qui le revoyaient tristement changé durant cette année, et ses jambes le mirent au martyr. Il enfila, seul, son armure de plate, et ses genoux plièrent violemment sous ce poids. Il ceignit fièrement son épée, et crut tomber lorsqu’il ne la tint plus. Les jointures de sa main blanchirent lorsqu’il serra la poignée de son arme, et son bras manqua faillir lorsqu’il la sortit du fourreau pour la première fois depuis très, très longtemps.
Ainsi armé, il s’éloigna du château, vers la forêt avoisinante. Car en son esprit, un voleur ne pouvait se cacher que dans la forêt. Il s’en allait donc explorer celle toute proche du château. Au fur et mesure qu’il marchait, ses forces lui revenaient, et l’éclat de ses yeux avec elles. Un sourire se dessinait peu à peu sous son heaume quand il entra dans la forêt, enfin.
Il la battit toute la journée, et toute la nuit, et toute la journée encore. Il entendit le chant délicat des oiseaux qui enchanta ses oreilles. Il revit des animaux qu’il avait oublié : sangliers, biches, écureuils… Il vivait, et il était heureux. Son pas était rapide, il arpentait la forêt comme un jeune homme.
 
Finalement, il arriva dans une clairière doucement ombragée où l’herbe verte fredonnait doucement sous le souffle du vent, et où brillait, juste en son milieu, le sceptre ouvragé forgé de ses mains voilà bien longtemps. Radieux, il s’avançait pour le prendre quand un homme masqué s’interposa, l’arme au clair. Ils s’affrontèrent, sans répits, longtemps, mais sans jamais se blesser, comme s’ils se battaient pour rire, pour de faux, comme deux enfants qui s’amusent.
Le roi, plein de sueur, ôta bientôt son heaume, et la belle lueur du soleil réchauffa son front. Petit à petit, il prenait le dessus du combat, dépassant son adversaire en force, en technique, en ardeur. Chaque coup porté le rapprochait du temps où il était fringant encore. Quand il était encore un héros, et qui peut vaincre une légende ?
Et c’est ainsi qu’à la suite d’une feinte audacieuse du roi, l’autre se retrouva par terre, sur les fesses, l’épée loin de lui. Le roi, par le droit du vainqueur, lui ordonna d’enlever son masque.
Alors, tandis qu’il voyait le visage de son fils se dévoiler, il parti d’un grand rire inextinguible. Dans cet éclat fantastique,  un sourire merveilleux aux lèvres, il s’assit. Dans son fou rire, il s’allongea sur le sol, ramenant son épée et ses bras sur sa poitrine. Ses yeux contemplaient le ciel si bleu, si bleu…
Le fils se releva, pendant que son père riait. A pas prudent, il ramassa le sceptre et s’éloigna de la clairière en direction du château, le rire s’éteignant doucement derrière lui.
 
Un roi règne toujours sur le royaume, et la paix est toujours là. C’est un bon roi, noble et brave et joyeux. Et quand la mélancolie et la tristesse l’assaillent, il monte sur les murailles, et tourne son regard vers la petite forêt, là-bas, au loin. ‘‘Je mourrai en riant.’’ Fait-il alors silencieusement.

Contes - 5 Avril 2012 @ 22h01 -
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(Surprise ! En fait, l’œuf de Pâques, le voici. Car les contes ne sont pas finis. Il y en a encore quelques uns dans mes cartons. Peu, mais tout de même.
Celui qui suit est mon second favori. Second, car il se détache de tous les autres, je trouve, tant pour l’histoire que pour le style. Malheureusement, je n’ai pas réussi à me sortir du format et il reste très classique. On trouve même une pseudo morale à la fin. Je le trouve néanmoins agréable à parcourir de temps en temps. Je vous souhaite donc une excellente lecture.)
 
Conte 3
 
 
Il était une fois un arbre. C’était un grand arbre, plus grand que n’importe quel autre dans ce monde et les autres. Ses racines plongeaient dans les tréfonds de la terre, s’enfonçant dans la glaise, passant dans maintes cavernes, côtoyant moult veines dorées, jusqu’à, de leurs extrémités pointues, gratter la barbe des dragons qui dorment au centre de la Terre depuis le début des temps. Son tronc était massif, et trente hommes ensembles se tenant par la main ne pouvaient en faire le tour. L’essence, inconnue, faisait l’écorce dure, difficilement perçable, rugueuse et lisse tout à la fois. Il était majestueux son splendide feuillage allait chatouiller la voûte céleste de ses ramilles charnues, et en soutenir les étoiles. Parfois, l’une d’elles, filante, se prenait dans les branches, et rayonnait joyeusement avant de repartir, plus tard, appelée plus loin.
Il était un village aux toits de chaume autour de cet arbre magnifique, où la vie était rythmée par les saisons et la grande fête de l’été, quand l’on refaisait les toitures, et brûlait les anciennes, pour ensuite, en une sarabande endiablée, danser autour des flammes jusqu’à ce que tout le monde tombe de fatigue, et s’endorme à même le sol. L’existence y était douce et chaleureuse, et les gens mouraient tard, après une vie bien remplie bonheur, s’éteignant calmement dans leur lit, soufflés comme le vent souffle une bougie.
Il était une merveille dans ce village, si extraordinaire que nulle part ailleurs chose pareille n’était visible : lors de la naissance d’un enfant, on ne le nommait pas, et il restait sans véritable nom jusqu’au jour où il allait, de sa propre volonté, dormir sous l’arbre, et attendre, une nuit, deux, trois nuits parfois, qu’une feuille, tombée d’une branche dans l’obscurité feutrée, se pose délicatement sur son front. Alors, et alors seulement, l’enfant avait un nom : celui que la feuille portait entre ses nervures. Dès lors, l’enfant la gardait précieusement, comme le plus grand des trésors. Et quand il mourait, bien des années après, elle tombait en poussière, et aussitôt se faisait emporter par une brise légère.
Il était un enfant dans ce village sous l’arbre, qui ne voulait pas aller dormir sous les branches. Les noms qui tombaient ne lui plaisaient pas vraiment. Aucun d’eux n’avaient la grandeur, la noblesse qu’il ressentait en lui. Tous ces amis avaient passé ces nuits, et tous avaient un nom désormais. Qui Arthur, qui Gérome… Le Sale, Le Rieur, les anciens surnoms n’avaient plus cours. Seul lui restait Le Roi, nom qu’il s’était lui-même donné, et que ses pairs lui avaient laissé. Et Le Roi était jaloux. Il voulait un nom lui aussi. Mais un vrai, un beau. Pas un du commun. Aussi, chaque jour, il trépignait, portant ses yeux, tristes et rageurs, vers l’arbre qui trônait au centre du village, étendant son ombre moqueuse sur les toits jaunes.
Il était une légende qui se murmurait chez les vieux de ce village. Une légende qui parlait de noms mystérieux, cachés dans le faîte de l’arbre, parmi les plus hautes branches, sur les feuilles les plus inaccessibles. Il se murmurait que ces noms apportaient gloire, richesse, à ceux sur qui ils tombaient. Il se disait aussi que ces noms ne tombaient que rarement dans une vie d’homme et qu’ils choisissaient leur porteur plus que celui-ci ne les choisissait. Le dernier à en avoir reçut un pareil avait quitté le village et était aujourd’hui un sage respecté, susurrant des conseils à l’oreille des plus grands rois dans des pays lointains. Il se racontait que, peut-être, une personne hardie, téméraire, pouvait, avec beaucoup de chance, montre, grimper jusqu’en haut de l’arbre, et se cueillir un nom. Peut-être…
 
Le Roi la connaissait bien, cette légende. Depuis qu’il se savait, intimement, promis à un grand destin, à une fantastique destinée, il avait amassé tous les savoirs possibles sur cette rumeur. Et une belle nuit, alors que la Lune musait entre les branches, il se décida. En catimini, il sortit de chez lui, et se planta devant l’arbre. Il le défia du regard, et commença son ascension. Le début, pour atteindre les premières branches basses, fut le plus difficile, et il s’écorcha maintes et maintes fois. Mais il ne se découragea pas, et un sourire de joie enfantine éclaira son visage lorsque enfin il posa le pied sur la première branche. Dès lors, ce fut facile, et il grimpa sans voir le temps s’écouler. Parfois, il croyait voir une lueur entre les branches, mais il se frottait les yeux, et elle disparaissait. Souvent, il regardait les noms sur les feuilles, puis il repartait. Il grimpa, encore, toujours plus haut. Enfin, le tissu constellé du ciel se trouva de nouveau au dessus de lui. La Lune, plus bas, discutait avec une étoile posée sur une branche. Il était en haut. Au plus haut. Il sourit, très lentement, précautionneusement, savourant l’instant, ne voulant pas mettre fin à cette fraction infime d’éternité. Puis, un rai de lune vint heurter une feuille, alors que l’astre assurait sa position sur la branche. Une feuille. La feuille. Sa feuille. Il avança prudemment sur la branche, fine, fragile, et s’approcha de sa feuille, de son nom. Il posa la main dessus, et l’arracha délicatement de la branche, avant de la lever vers ses yeux, sa silhouette se découpant nettement devant les étoiles muettes, qui attendaient, retenant leur souffle.
 
Il y eut un craquement sinistre, et la branche céda. L’enfant se mit à tomber. Sans crier, ni rien. Il voulait juste lire le nom sur la feuille. Tous ses muscles étaient tendus dans ce but. Le nom. Son nom. Le seul qui lui conviendrait jamais. Celui qu’il s’était choisi. Il ne pouvait se raccrocher sans lâcher la feuille, alors il n’essayait pas. Les branches le battaient violemment, et lui essayait tant bien que mal de lire son nom qu’il ne connaissait pas encore. Il heurta, soudain, une branche de plein fouet, et sa chute se ralentit grandement, tandis que son dos criait de douleur, et que lui, des larmes plein les yeux, tentait encore vainement de lire. Enfin, en désespoir de cause, alors que son cœur hurlait, que son être se révoltait, il serra doucement sa feuille contre sa poitrine, se roula en boule, et ferma les yeux, triste, terriblement triste.
Il y eut un bruit sourd et l’enfant heurta le sol. Allongé, ses membres formant des angles étranges et contre natures avec le reste de son corps, il bougea lentement un bras horriblement détruit vers la feuille tombée tout près de lui. Sa respiration de fit haletante. Il pouvait presque lire le nom. Sa main toucha la courbure douce de la feuille. L’enfant eut un sourire, et son corps cessa de trembler.
Il y eut une brise légère, et la feuille en poussière se dispersa dans l’aube, emporté par le vent…
 
Espoir, voila le nom qui est désormais écrit sur la seule tombe anonyme du village. Espoir, qui malgré tout, malgré les intempéries, malgré la morsure du temps, malgré l’encre qui depuis longtemps aurait du disparaître, ne semble pas vouloir quitter sa place. Espoir, soufflé par le vent dans les feuilles des arbres. Espoir au début et à la fin de la nuit. Espoir en épitaphe et le monde pour demeure.

 


Contes - 26 Mars 2012 @ 19h39 -
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(Il s’est écoulé pas mal de temps depuis que j’ai posté quelque chose ici. Voici donc un œuf de Pâques en avance, sauf qu’il n’a pas la gueule d’un œuf, et qu’il n’est pas en chocolat. Donc, rien à voir. Le conte qui suit est plus court que le précédent et, à bien des égards, un poil moins intéressant. Le sujet en est connu (vous le devinerez vous-mêmes assez vite je suppose) et je ne pense pas avoir traité le thème avec toute l’ampleur qu’il demande. À la relecture rapide, il m’a cependant surpris. Sans doute un canevas qu’il faudrait que je reprenne, mais la brièveté, ici, me semble parfaitement adaptée.
Disons un mot ou deux sur ces contes, cependant. Je crois les avoir écrits alors que je fréquentais une classe préparatoire. L’idée de les écrire m’est venu je ne sais plus trop comment. Aujourd’hui, pour donner le change aux brumes du souvenir, je dirai que je les ai écrits parce que le programme de l’année comprenait les Contes de Perrault – sans la pantoufle de vair, je vous assure, édition érudite et originale à la main, je vous crame si vous me cassez les pieds – et que leur forme et leur allure m’a donné envie de m’amuser un peu. Évidemment, ils n’ont rien en commun avec leurs illustres modèles : pas de morale, pas d’envie de donner à apprendre quelque chose, pas de but sinon de raconter.
En même temps, ce dire pour le dire – dire quelque chose plutôt que faire dire, un combat assez vieux maintenant, que j’ai encore du mal à définir, mais qu’il me semble lire, affleurer, chez des gens comme Barthes ou Genette – est quelque chose qui me tient particulièrement à cœur. Depuis que mes goûts de lecteur se sont forgés à l’aune de À la Poursuite des Slanns de A.E. Van Vogt – le meilleur roman du multivers – je crois n’avoir pas réussi à comprendre cette injonction qui demande qu’un livre, qu’une œuvre veuille dire quelque chose. Il est évident qu’elle dit quelque chose, une œuvre étant forcément un regard sur un temps précis, déformé par un prisme précis. Mais pourquoi vouloir lui faire dire ? Pourquoi ne pas se contenter de la lire ? Questions que je n’ai pas encore résolu aujourd’hui.
Il serait bien impoli de vous laisser sur cette aporie et pourtant, une certaine élégance flotte autour de cette idée. Après tout, parler autour d’un texte, c’est dégager des pistes. C’est tracer des routes. Lui faire dire quelque chose, l’empêcher de dire. Je pense qu’un auteur n’est jamais aussi utile que quand il est muet ou qu’il brouille les signaux avec humour. Aussi me contenterai-je à présent de laisser ce texte entre vos mains et de vous souhaitez la meilleure des lectures possibles.)
 
Conte 2
 
 
Il était une fois, près d'une rivière qui coulait depuis la plus haute montagne, pilier du ciel, jusqu'au grand océan qui borde les terres du monde, une petite maison, à peine une cahute, où vivait un passeur. Vieillard chenu à la chevelure grise et à la barbe bien fournie, il demeurait là, dans la quiétude des ans. Il possédait pour seuls biens sa barque et la perche pour la propulser, une table pour manger et le tabouret pour s'asseoir devant, et un lit pour s'étendre le soir et demeurer seul dans le noir. Car solitaire il était, et seul il allait, sans autre compagne que son antique barque.
D'une rive à l'autre du fleuve, dans la tempête et la neige, sous le vent et sous le soleil, malgré le courant souvent furieux, vaillamment, le vieil homme poussait sa barque, transportant femmes, enfants, hommes, et tout ce qui pouvait être transporté dans ce monde et les autres.
Il connaissait son fleuve. Chaque vague, chaque gerbe d’écume, chaque petit galet déposé au fond, il savait d'où il venait, et comment s'en servir. Il savait où passer à charge, comment traverser pour aller plus vite, pour gagner sur le temps. Et le rythme précipité du traître courant, il s'en jouait avec malice, et toujours immobile sur le torrent déchaîné, il avançait en droite ligne, de sa cahute à la berge en face, sans dévier d'un pouce, avant de revenir attacher sa barque à son ponton, et de rire chaque soir, seigneur dérisoire du fleuve.
Et puis une nuit, on toqua à sa porte. Quatre coups fortement assénés, puis quatre autres encore qui achevèrent de le réveiller. Sortant de sa couche, tout précipité, il enfila bien vite ses haillons de tissu gris, et sa cape de passeur, toute grise elle aussi. Il ouvrit la porte, à peine réveillé. Devant lui se tenait, droit et haut sur son cheval, un cavalier tout noir, qui se découpait mal dans la lueur vacillante des étoiles. Le passeur inclina brièvement la tête, et conduit le cavalier jusqu'à la barque. Le cheval, admirablement maîtrisé, y monta sans hennir. Le passeur s'y glissa à sa suite, défit l'attache d'un geste rendu rapide par l'habitude, et d'une vigoureuse poussée, lança l'esquif dans le courant.
Il l'y immobilisa, au milieu du fleuve. La silhouette du cavalier se découpait nettement sous la lune, et son visage était masqué par une capuche où toute lumière semblait s'éteindre pour jamais, et où brillaient seulement deux éclats d'opale froids. Le passeur se tourna vers lui alors que la voix sombre de son passager lui parvenait, et qu'une main squelettique lâchait les rênes pour tendre ses doigts décharnés vers le vieil homme :
« Je crois que c'est à vous, plutôt, de me payer ce voyage. »
Le vieillard blanchit. Il fouilla dans sa cape pour en sortir deux pièces d'or qu'il déposa avec prudence dans la main tendue. Puis, reprenant sa perche, il propulsa de nouveau la barque. Ils atteignirent enfin l'autre rive. Le cavalier s'éloigna lentement dans la nuit. Le passeur le regarda un instant, avant de retourner au milieu du fleuve. Tournant la tête vers sa cahute, il poussa un long soupir de lassitude teintée de mélancolie, puis lâcha sa perche et s'allongea dans sa barque qui s'enfuit aussitôt dans le courant furieux.
 
 
Il est de ces rivières que l'on ne veut traverser, et quand voila le temps de s'y résigner, parfois le prix est trop grand à payer. Vivre sa vie d'un trait, sans trop s'y attarder, et ne pas trop longtemps au même endroit rester.

Contes - 12 Mars 2012 @ 10h04 -
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(Il me semble nécessaire, avant de poster les quelques contes qui vont suivre, d’apporter des précisions. Ces histoires ont été écrites après la publication de Celim 1, pour la plupart, et ne possèdent aucun lien entre elles. Il ne faut donc pas y voir de suite, même si certaines pourraient participer d’une même logique. D’autre part, ce sont des choses beaucoup moins ambitieuses, qui me changèrent un peu. Des récréations où apparaissent, néanmoins, des essais, déjà. Voilà pour l’introduction générale.
Pour le premier conte, il n’y a pas grand-chose à dire. Il est relativement clair. Je crois cependant qu’il offre un caractère différent de la Ligne droite. Mais cela, c’est à vous de le dire. Bonne lecture à tous.)
 
 
 
Conte 1
 
 
Il était une fois, dans une contrée et un temps si lointain qu'ils se perdent dans la mémoire des hommes, une demeure. Un manoir, plutôt. Grand, luxueux, magnifique, orné d'or et d'argent, de mirthil et de diamant. Il était si beau, que le temps lui-même semblait ne pas vouloir le toucher, et les ages passaient sur lui comme autant de vagues invisibles et inoffensives, sans jamais le changer. De mémoire d'homme, il avait été là, ainsi, et le serait pour jamais.
 
Bien sûr, dans le village voisin, des questions se soulevaient, on s'interrogeait, on pensait, on pinaillait, on s'inquiétait. Quel pouvait être le maître du lieu? D'où venait-il? Qui était-il? Pourquoi ne sortait-il jamais? Tant de questions, et tant autres encore, et si peu de réponses... Le seul qui les possédait, Hans, le livreur, était muet. C'est d'ailleurs pour ça qu'il avait été choisi comme livreur. Le comte, ou baron, on ne sût jamais vraiment, ne voulait point d'un bavard dans ses rangs. On avait bien tenté de le faire écrire, mais le pauvre homme était analphabète, et avait des principes. Aussi secret qu'une tombe.
 
Et il finit par en être une, un jour, un soir plutôt, où il avait trop bu. Un rixe un peu violente, des horions un peu drus, un mauvais coup qui part, et le voila à terre, étendu, raide, mort. Le village s'en trouva tout tourneboulé. Qui, désormais, allait porter les colis au comte, ou au baron? Qui serait assez fou pour y aller? Car, en plus d'intriguer, le propriétaire de la demeure, du manoir en fait, faisait un peu peur. On le disait un peu magicien, un peu druide. A moitié fou, à moitié sorcier, à moitié troll, à moitié humain, et à demi mage. Qui irait affronter sa colère ?
 
La volonté de savoir les secrets s'émoussa rapidement. Finalement, le manoir, la demeure, n'attirait plus vraiment les consciences. Après tout, l'hiver approchait, et il fallait couper le bois, faire des provisions, enfin, plein de choses utiles, nécessaires, et se déroulant de préférences à cent lieues de la demeure. Finalement, ce fut Pierre qui se décida.
 
Un brave jeune homme que ce Pierre. Toujours prêt à rendre service, affable, aimable, gentil. Toutes les qualités du monde réunies en lui. A ce détail près qu'il avait le soucis maniaque de la ponctualité. Pour lui, l'heure, c'était l'heure. Avant, c'était être sot, après, c'était être grossier. Les gens l'aimaient bien, et l'on finit par se dire que, s'il fallait que quelqu'un y aille, il était pas mal qualifié, après tout.
 
On lui confia donc les colis pour le comte, ou le baron, et lui les déposa dans sa carriole, et alla jusqu'à la demeure, le manoir plutôt. Il en trouva la grille grande ouverte, et il entra dans le jardin. Il avait prévu d'être de retour chez lui dans une heure, il ne voulait pas traîner. Il frappa à la porte avec le heurtoir. Deux coups forts et lents. Comme une horloge qui sonne. Et la porte s'ouvrit, comme il est d'usage pour la porte de s'ouvrir, dans ce monde et dans tous, hors celui d'Aersten, mais c'est un cas un peu particulier.
 
Or donc, il pénétra dans la demeure, ou le manoir, avec les colis. Le comte, ou baron, l'attendait. Un homme, ni jeune, ni vieux, ni beau, ni laid, assez quelconque, en fait, et qui ne faisait pas tant peur que ça. Il lui dit d'une voix neutre:
 
« Allez donc déposer les colis dans le grand salon, là-bas. Je vous y rejoint avec le paiement. »
 
Pierre s'exécuta. Il marcha lentement sur le superbe tapis aux couleurs éclatantes, passa sous le trophée d'un animal fabuleux, parfaitement conservé, effleura du regard les tentures magnifiques, et posa les colis sur la table massive, préservée du temps. Et là, il attendit. Longtemps. Son regard vagabonda, et tomba sur une horloge. Une grosse horloge. La mère de toutes les horloges du monde. Mais elle était arrêtée. Pierre, toujours serviable, se dit qu'il serait de bon aloi de la remettre en route, de réparer les problèmes. Après tout, l'horlogerie, c'était son métier.
 
Il fouilla donc dans la poche de son long manteau, et en tira les outils de son métier. Il ouvrit le grand et lourd panneau de la massive horloge, et regarda à l'intérieur avec attention. Tout était dans un état plus que parfait. Il suffisait juste de remonter le mécanisme, là, comme ça, puis de tirer sur la chaîne, pour qu'elle se remette en route.
 
Il entendit le son d'une lourde charge tombant au sol alors qu'il tirait sur la chaîne. Il se retourna, et vit le comte, ou le baron, blanc comme un linge. La petite aiguille de l'horloge fit un "clic" charmant en commençant à se déplacer sur le cadran. Puis un autre, et un autre encore. Et de plus en plus vite, plus vite que tout, comme si elle était folle de rattraper le temps perdu. Et le comte, ou le baron, vieillit, vite, plus vite, trop vite. Et la maison aussi...
 
Le temps, le maître temps, le père de tous les temps, reprenait son droit. Il s'abattait sur la maison comme un bûcheron abat sa cognée sur un chêne centenaire : avec violence et sans discernement. Pierre courut, sans prendre garde à la table qui s'effondrait en poussière. Sans prendre garde aux sièges qui n'étaient plus qu'une armature branlante de métal rouillé. Il foula la couche de poussière qu'était autrefois le tapis. Il passa sous le trophée décrépit, qui disparut aussi. Il franchit la porte qui tombait en lambeaux, et s'enfuit de la demeure, du manoir, en hurlant, alors que le jardin redevenait sauvage, alors que le grillage tournait à la rouille. La dernière chose qu'il vit, quand, plus bas sur le chemin, son regard se porta de nouveau sur la maison, c'est la silhouette d'un vieillard, qui fut soufflé par le vent en poussières d'étoiles.
 
Depuis, Pierre n'est plus horloger. Il n'aime plus la ponctualité, n'est plus serviable, plus rien. Pierre est un passeur, aux cheveux blancs avant l'âge, traversant un fleuve, d'une rive, à l'autre, s'appuyant lourdement sur sa perche, allant sans vraiment revenir, avec la monotonie et la rigueur du temps.
 

Celim 1 - 10 Mars 2012 @ 12h13 -
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Fin ?
 
 
 
Quelque chose dont personne ne m’avait    prévenu et que je n’avais jamais expérimenté auparavant – car une copie rendue est forcément moins investie – est ce sentiment bizarre de mettre un point final définitif à quelque chose. J’entends tout ce que l’expression « point final définitif » peut avoir d’oxymorique, mais elle perd cette qualité quand on la prend dans son sens plein. Il n’y a rien de plus illusoire qu’un point final pour moi. C’est-à-dire que rien n’est jamais vraiment terminé et seule la pression – rendre le papier, manque de temps et ainsi de suite – me fait parfois apposer un point final à un travail. Et pourtant, ce travail, insidieusement, va se continuer de tourner, tourner, encore et encore, en fond sonore, en théâtre intérieur. Des remaniements vont venir s’agencer, des idées nouvelles se créer, se confronter, disparaître ou s’entredévorer. Le point final, le réel point final, pour moi, suggère qu’on s’arrête, pour toujours et à jamais. Il est la couverture du tombeau, le rideau de ciment qui termine le bunker ; et je suis incapable de terminer quelque chose.
 


 
Aussi, quand je mis ce point final à Celim 1, à Une ligne droite, en me jurant de n’y jamais revenir, la sensation qui me submergea est délicate à décrire. Après tout, finir Une ligne droit comme il est fini, sur la mort du personnage principal, c’était mettre à mort une part de moi – avec le succès que l’on sait, attendu que je n’ai pas disparu, à moins que tout ceci ne soit issu d’un solipsisme insensé incroyablement étiré alors que je suis à l’article de la mort, mais laissons cela à la science fiction – et cela n’avait rien d’agréable.
Ne soyons pas bégueule : je connaissais, dès la fin du premier chapitre, quelle serait la fin de l’ensemble. Et sans doute ai-je voulu construire l’ensemble comme ce tombe

Pour l’instant, c’est ce point qui m’agace, qui m’intrigue, que j’ai envie de gratter pour voir ce qui se cache dessous. Forcément, de la fierté. Non seulement le jeu sur lequel ce récit fut publié pour la première fois n’en avait jamais connu de pareil. En terme d’ampleur, d’abord – et il n’en a pas connu depuis, je l’affirme sans orgueil – et, à l’époque, me plaisais-je à penser, en terme de qua
au dont je parlais plus haut. Je reviendrais peut-être sur ce point plus tard.
lité. Aujourd’hui, cette idée pleine de morgue s’est affadie quelque peu, surtout à la relecture.
 

Je me dois de vous avouer, à vous qui avez pris la peine – ou non, et j’imagine alors que ces lignes vous sont d’un ennui incroyable, passez votre chemin, si vous êtes arrivés jusqu’ici ! rien d’intéressant, que du cryptique – de lire cette histoire, que le temps n’a pas été sympathique avec mon jugement sur elle. Si, à l’époque, je fus suffisamment plein de fierté pour la présenter à mon professeur de littérature, je n’aurais, aujourd’hui, pas le front de la faire lire à quiconque qui me connaîtrait réellement. C’est amusant comme l’orgueil le plus haut peu se transformer en honte à peine déguisée.
Il y a des raisons à cela, les défauts du texte, qui sont légions. Voici que je fais mon mea culpa, dirait-on.
Expédions d’abord le plus fâcheux, le plus rédhibitoire : les fautes. Une ligne droite est un recueil de perles à ne pas imiter. Les accords sont foireux une fois sur deux, l’usage de l’auxiliaire « avoir » dénote une absence effrayante de maîtrise de la grammaire, des « é » sont mis à la place de « er » et réciproquement. Peu de fautes pures d’orthographe, la faute au correcteur de word qui, s’il manque de grammaire, sert au moins de dictionnaire potable. Ces fautes, que je stigmatise ici, ne sont pas assumées, contrairement à ce que pourrait faire croire l’absence de correction dans la publication. J’ai simplement eu la flemme de les reprendre toutes, notamment à cause de mon emploi du temps. Elles marquent cependant un point – voyez comme nous y revenons – de départ, à l’aune duquel juger ce qui suivra après. Préparer son auditoire au pire, lui montrer le meilleur. Ou quelque chose d’approchant.
La composition, le schéma narratif du récit est, lui aussi, d’une vulgarité confondante. Hormis les quelques escapades métadiégétiques du premier chapitre ou les souvenirs de Celimbrimbor, la ligne est droite. Avec ces affrontements finaux pour point d’orgue. Pas de méandres, pas d’intelligence. Une flèche. Peu complexe, certes, efficace quand Hemingway s’y livre, mais ici, sans intérêt.
Parlons-en un peu de l’intérêt, d’ailleurs. L’histoire n’en présente que peu, à mon sens. Hormis pour celui que j’étais à l’époque, qui en faisant de son double de papier l’égal d’un dieu, satisfaisait à ses problèmes personnels, sans doute. Je n’en parlerai pas beaucoup plus, mais mon égo vous remercie, il passe encore les portes.
 
Il y a aussi des éléments avec lesquels je ne sais pas trop sur quel pied danser. Par exemple, la nature purement agonistique des événements. Rien ne se passe, que des batailles. Comme si j’étais incapable de raconter quoique ce soit d’autre qu’un combat qui, très mécaniquement, prend sa place au milieu du chapitre. Sans doute – et c’est l’écriture de ce qui a suivi qui me le montre – un défaut pris dans l’écriture périodique, destiné à la publication en épisode. Tenir le lecteur en haleine. Aujourd’hui, sur une œuvre plus ambitieuse, les choses ont changé. Et les lecteurs sont partis. Ah, diable.
 
Et des choses à sauver, bien sûr. Une fois l’histoire un peu trop droite, les personnages caricaturaux – je pense qu’aucun ne présente de profondeur, même Celim, malgré tous mes efforts – et longueurs, que reste-t-il ? Eh bien, certaines puissances de la jeunesse. Certaines envies, certaines saillies.
La montagne, par exemple. Ce fut un cauchemar à écrire, car il fallait trouver l’équilibre entre la pause narrative et, justement, la description narrativisée. Évidemment, dans ce cas précis, c’est un échec. Mais je la considère encore aujourd’hui comme la mère de toutes les descriptions que j’ai pu écrire ensuite.
La joie aussi. La joie d’écrire. Ce texte fut rédigé à une époque où j’étais beaucoup moins armé qu’aujourd’hui en terme d’analyse littéraire. Où je me fichais de ce qu’on pouvait dire du texte. Où je me fichais de ce que, moi, je faisais dire à mon texte. Même pas situé dans le « dire » tout à fait – comme je le suis par contre de plus en plus, mais cela ne vous intéresse pas – mais plutôt dans l’insouciance primaire. Dans le « ouais, j’écris et je t’emmerde. » Chose que j’ai perdu aujourd’hui – les dégâts du nombrilisme – et qui me manque un peu, à l’occasion. Je n’en suis pas nostalgique pour autant. J’ai gagné plein de choses sans vraiment perdre la spontanéité.
Par-dessous tout, aussi, ce sentiment génial d’avoir enfin mis un terme à quelque chose, qui, à l’époque, me paraissait grand. Moi qui ne finissait guère que mes repas, voilà que, tout à coup, je terminais une œuvre. Eh bien, mes amis, quelle sensation grisante. Un pas en avant de fait. Un chemin d’exploré. L’inconnu s’ouvrait alors. Grisante, mais désagréable dans le même temps. Certes, c’était fini. Mais c’est moi que j’avais tué.
 
Celimbrimbor, je l’ai déjà dit, c’est moi. Et moi, c’est lui. Or, voici qu’il fallait que je m’en sépare. Alerte à la révélation : je ne l’ai pas fait. Comme quoi, on a beau essayer de tourner des pages, on revient souvent au même livre.
 
 
Tels sont mes impressions aujourd’hui alors que je parcours d’un œil distrait la ligne droite. J’en ai dit beaucoup, trop, sans doute. Le babillage insupportable de Barthes. Cessons-là. Et ouvrons. À votre tour, adonc, à vous qui avez lu, vous qui n’avez pas lu, vous qui lirez peut-être, de dire ce que vous pensez, avez pensé, penserez. Parce que, finalement, écrire un texte, c’est simple. Ce qui est beaucoup plus important, c’est le recevoir. Et je dois vous avouer que rien ne m’intéresse plus que de savoir comment vous l’avez reçu.
 
À vous donc ?
 
 
 Images ramenardes ajoutés par Krunk', qui a eu la gentillesse extrême de me prêter son talent.
 
 
 
 
 

Celim 1 - 7 Mars 2012 @ 07h47 -
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« Il me semble que l’un d’entre nous est de trop ici.
- Et il me semble que c’est toi, misérable insecte. Lui répondit une voix d’outre tombe. Sais-tu seulement à qui tu t’adresses pauvre fou ?
- Sans doute à Dergonath, le dieu du chaos et de la destruction.
- Lui-même. Enfin… Il en aura fallut du temps… Comprends-tu les enjeux de la bataille ? Non, sans doute pas. Même lui, qui était pourtant mon plus fidèle serviteur ne les avait même pas entrevus. Enfin, cela n’a rien de grave. Tu as vécu ignorant, tu mourras ignorant. Mon pouvoir va t’écraser. Fit le dieu, calmement.
- Votre pouvoir ne peut plus fonctionner ici. La sorcellerie est interdite dans cette pièce désormais, sans vouloir vous contrarier outre mesure, dieu… Dit Celimbrimbor, la voix railleuse et insultante.
- Alors, le géant fit un mouvement et une épée apparut en sa main, alors il va falloir que je te batte à l’épée… Rien de plus simple encore. Bats toi ! » Rugit le dieu en chargeant Celimbrimbor.
 
La lutte s’engagea, terrible. Il n’y avait plus de lumière dans la salle, sauf quelques feux qui brûlaient dans leur coin, sans rien demander à personne, et qui faisaient la salle en demi teinte. Mais aucun des deux combattants ne se préoccupait de lumière ou de visibilité. L’un était un dieu, et donc voyait, sans avoir besoin de voir, l’autre était aveugle et avait apprit à se passer de lumière depuis longtemps. Les coups pleuvaient, et les étincelles provoquées par le contact des lames étaient nombreuses. Tant qu’elles finirent par embraser la tenture posée derrière le trône. Tout ce mit à flamber. Les vouloirs étaient puissants dans la pièce, et tendu à l’extrême. Ce n’était pas un combat de parade, ni un combat normal, dans une batailles commune. La mort ici n’était même pas une issue terrifiante, pour l’un comme pour l’autre. C’était la colère qui menait la danse. Colère d’avoir perdu trop de fois trop d’ami pour l’elfe, colère d’être tenu aussi longtemps en échec par un insecte pour le dieu. Les lames se heurtaient avec violence et fracas, et toujours Celimbrimbor reculait. Il fuyait devant le dieu, comme quiconque, mais sans fuir vraiment, ne voulant pas sortir de la pièce sans être mort ou vainqueur. Las, même devant la plus grande détermination, la force d’un dieu fini par triompher. Et le premier coup de lame qui toucha au but, qui perça la garde, qui vint frapper l’adversaire fut pour Glarthung. Sa gigantesque épée vint frapper Celimbrimbor dans un coup tranchant à l’horizontale, le touchant au niveau du ventre, lui faisant cracher du sang. Le tranchant de l’épée du dieu du chaos, nous disent les légendes, est plus effilé que la lame d’un rasoir, plus affûté que celui du plus affûté des couteaux. Elle tranche sans discernement papier, métal, rocher, planètes et étoiles. C’est la lame absolue, et rien ne peut l’arrêter. Elle a été forgé dans les abysses de l’univers, et trempé dans les batailles qu’a mené le dieu. Elle peut abattre les autres dieux. Par elle, Glarthung est craint. Pour elle, il est respecté. Pourtant, cet événement seul mit fin aux légendes. La lame ne coupa pas Celimbrimbor en deux, comme elle aurait du. Elle ne lui cassa que quelques côtes. Elle ne pu trancher le sortilège de protection qu’il avait passé autour de lui. Glarthung contempla l’insecte un moment.
 
« Comment est-ce possible ? Comment ! La magie ne peut plus fonctionner ici, et mon épée tranche même le temps si je le veux ! Comment ? Cria-t-il.
- Tu fais… Tu fais erreur, répondit Celimbrimbor, à genoux par terre, du sang se répandant par les commissures de ses lèvres. J’ai dit la sorcellerie. Pas la magie. Ce n’est pas à un dieu que je vais apprendre la différence profonde et intime entre les deux, n’est-ce pas ?
- Cela n’explique pas tout, insecte ! Ragea l’être, abattant son épée sur Celimbrimbor qui disparut. Le sort qui tu emploies pour me contrer n’est connu que des meilleurs mages, du meilleur mage même, d’un dieu seulement ! Mon frère ! »
 
Celimbrimbor était derrière le géant, et soufflait comme un bœuf. Le coup lui avait fait plus que très mal. Il n’avait pas ressentit une telle douleur depuis… Il n’avait jamais ressentit une douleur aussi forte en fait. Jamais, malgré toute son expérience, il n’avait été aussi près de la mort. Une déchirure se fit jour sur sa tunique, et un mince filet de sang apparut sur son ventre, à l’horizontale. Son sort avait beau être le meilleur de tous, l’épée restait ce qu’elle était. Le miracle surtout, c’était que ses lames à lui ne se brise pas sous les chocs. Mais elles tiendraient. Il en était sur. Forgé par le meilleur forgeron à partir du meilleur métal. Elles ne pouvaient que tenir. Il disparut encore une fois pour éviter un coup de Glarthung, et s’accrocha à une fissure du plafond. Il ahanait plus que jamais. L’effort pour maintenir le sort était terrifiant, et il commençait à sentir le résultat de ses combats contre Dergonath. De plus, les assauts furieux qu’il avait fait avec Glarthung n’avaient pas été de tout repos. Celimbrimbor sourit. Il semblait bien que, pour une fois, il ne soit pas le plus fort du champ de bataille. Qu’importe, il n’avait pas peur. Il sauta à bas de sa corniche, évitant encore un coup du dieu :
 
« Vas-tu enfin te tenir tranquille ! Ce n’est pas parce que mon frère t’as sous sa protection que je n’ai pas le droit de te tuer. Et toi, tu as le devoir de mourir aujourd’hui ! »
 
Le coup pénétra transperça le sol, et l’épée du dieu s’y enfonça profondément. Celimbrimbor voulut passer à l’attaque, pensant que l’épée coincée ralentirait le dieu. Un nouveau coup qui le frappa en pleine poitrine lui prouva le contraire. Il alla percuter un mur de la pièce, crachant une nouvelle fois du sang autour de lui.
 
« Abandonne insecte ! Rends toi que je te tue vite ! Tu n’en souffrira que moins ! » Ricana le dieu.
 
Celimbrimbor était à moitié assommé contre le mur, assis, tenu droit juste par ce mur providentiel. Le combat ne durerait plus très longtemps. Il le savait. Il était plus qu’épuisé. Plus que faible. Son sort demandait trop d’énergie pour être maintenu.
 
« Ainsi tu te rends compte de la vanité de tes actes ? Parfait… » Dit le dieu en s’approchant de Celimbrimbor à pas lents.
 
Il ne savait plus quoi faire. Ses forces le quittaient peu à peu, et bientôt le dieu serait sur lui. Il évita le coup avec peine, et tout son côté gauche fut touché, enfonçant quelques côtes dans son poumon. Celimbrimbor rampait pour échapper à la puissance du dieu, s’accrochant à ses lames encore, même si elles étaient inutiles désormais. Il avait perdu. Sa meilleure défense ne lui servait à rien… Des larmes de sang s’écoulèrent depuis les orbites vides de ses yeux. Perdre… Perdre… Le rire de Glarthung emplissait la pièce, il était sur de sa victoire. Celimbrimbor était à ses pieds. Ses perceptions étaient troublées par sa colère, sa haine de lui-même, la haine contre son impuissance. Pourtant… Il devait bien rester une lueur d’espoir quelque part ! Un espoir insensé… Il y en a toujours ! Pourtant…
 
« C’est une lame magnifique Celimbrimbor. Tellement tranchante et solide qu’elle pourrait tuer un dieu. »
 
La voix d’Asamune résonna dans l’esprit de Celimbrimbor. Ses lames… Ses lames n’étaient pas inutiles. Il ne s’en était juste pas servi de la bonne manière. Un espoir fou le prit. Plus fou que jamais. Il s’y accrocha, et s’en servit. Au moment où le coup final de Glarthung s’abattait sur le sol, il disparut une dernière fois.
 
« Mon frère ! Il n’était pas prévu que tu l’aides en ce combat ! Mais je te pardonne… Après lui viendra ton tour… » Rugit Glarthung.
 
Celimbrimbor se releva. Le champ bleuté qui l’entourait disparu. Il tenait ses lames le long de son corps, au repos. Il respirait avec plus de facilité, plus d’aisance. Glarthung ricana :
 
« Oh… Ce sort… Décidément, tu crois vraiment pouvoir me battre. Idiot. Même en utilisant ce sort interdit tu ne peux rien faire contre moi. Je suis plus grand, plus fort, plus…
- Trop bavard surtout. » Murmura Celimbrimbor, qui avait bondit et frappé le dieu au côté droit.
 
Une entaille apparut, et le dieu rugit de colère. Celimbrimbor avait laissé tomber la défense et passait à l’attaque. Il ne lui restait plus beaucoup de temps à vivre. Une demi heure tout au plus. Son organisme se consumait maintenant plus vite que la normale, et son éternité d’elfe était aspirée pour mettre un terme à ce combat, pour augmenter sa puissance et lui permettre de gagner. Désormais, chaque seconde comptait, et c’est Celimbrimbor qui menait les assauts. Sa dague en main gauche lui permettait de contrer les coups violents que ses sens décuplés par le sort lui permettaient de prévoir, et sa force augmentée de même manière lui permettait de ne plus flancher. Son épée, plus rayonnant que jamais, cherchait la faille chez Glarthung, sans jamais la trouver. L’erreur d’inattention n’allait pas se reproduire, il fallait se créer une occasion. Un coup plus puissant que les autres vint mettre son bras gauche en charpie, mais cela n’était pas grave. La magie faisait tenir. Les secondes défilaient à toute vapeur dans l’esprit enfiévré de Celimbrimbor. Ses sens analysaient la situation comme jamais. Les rouages de son mental tournaient au rouge. Il cherchait, cherchait et cherchait encore. Le dieu reculait enfin. Sa blessure le tenaillait à droite, et la colère, qui tout à l’heure le motivait se trouvait matinée de peur, sentiment qu’il n’avait jamais connut. Qu’un mortel osa s’opposer à lui, c’était normal. Mais qu’un mortel continu le combat alors qu’il était pareillement blessé, cela n’était pas normal. Et c’était encore moins normal que ce même mortel, dans un état lamentable, arrive à le toucher, et qui plus est à le blesser avec une simple épée… Le dieu tremblait. Celimbrimbor accentua ses assauts. Le temps défilait avec l’impatience d’un métronome réglé sur un rythme trop rapide. Soudain, il s’arrêta. L’impatience est la mère des plus grosses bêtises. Il se mit en garde à nouveau. Le dieu interpréta mal cet arrêt, et crut pouvoir en profiter pour annihiler l’elfe. Mal lui en prit. Son épée ne trancha que le vide, et il eut à peine le temps de retirer sa tête pour éviter le coup mortel de Celimbrimbor. Il sentit quand même la douleur d’avoir le visage scarifié d’un bout à l’autre. Celimbrimbor, dans son élan, se mit à tourner sur lui-même, et par une contorsion, réussit à se trouver au niveau de l’épaule gauche de Glarthung. Il planta sa dague profondément dans les chairs du dieu, et s’en servit comme appui pour repartir dans les airs. Ce faisant, il arrache la dague, provoquant une nouvelle fois la douleur du dieu. Celimbrimbor virevolta dans les airs, son épée serrée contre son corps, et atterrit juste derrière le dieu. Il ploya les genoux, et d’un coup circulaire, trancha dans le pied du dieu. Celui-ci hurla de douleur et tomba à genou, sa jambe gauche désormais inutilisable. La peur se lisait sur son visage. Ses certitudes de victoire facile et rapide, de triomphe final s’envolaient. Il tenta de se lever en s’appuyant seulement sur sa jambe droite, mais à peine eut-il esquissé un geste qu’il hurla de douleur, l’épée de Celimbrimbor venait de s’enfoncer dans sa jambe au niveau du genou, lui déchirant quelques tendons au passage. Il s’effondra sur le sol, faisant trembler légèrement le sol de la salle. Des larmes de peur ruisselaient sur son visage.
 
« Pitié ! Pitié l’elfe ! Laisse moi vivre ! Je ferai de toi l’elfe le plus craint et le plus respecté au monde ! Gémit-il, dans un effort pour sauver sa vie.
- Que m’importe. La vie me quitte déjà. Celimbrimbor gardait à l’esprit que le temps jouait contre lui. Je n’ai plus qu’à te tuer. »
 
Il s’approcha de la tête du dieu, et leva l’épée et la dague hautes. La main du dieu jaillit tel un serpent et l’enserra.
 
« Imbécile ! Je peux encore te tuer ! Rugit-il.
- Non. Fit laconiquement Celimbrimbor. C’est trop tard à présent. »
 
Celimbrimbor lança ses armes en l’air, alors que le dieu serrait à en faire craquer les côtes valides qu’il lui restait. Les deux lames, rapides comme l’éclair, s’enfoncèrent dans le crâne du dieu, propulsées par les dernières étincelles de magie de Celimbrimbor. Le dieu serra encore quelques secondes, puis relâcha son étreinte. Il était mort, et Celimbrimbor avait triomphé. Il roula hors de la main de son adversaire, sur le sol, et contempla le plafond. Quel dommage que de n’avoir pas la voûte céleste comme linceul… Enfin… Le sort commença à se dissiper, et Celimbrimbor ressentit la douleur l’envahir peu à peu. Tout était raté, ou presque. Même le final… Une douce torpeur succéda vite à la douleur. Celimbrimbor ferma ses sens et se laissa envahir par le sommeil.
 
« Demandé, exaucé. Une belle nuit, n’est-ce pas Celimbrimbor ? »
 
Celimbrimbor se redressa, sortit de sa mort par le son de cette voix.
 
« Vous… Vous ! Mais… Comment ? Pourquoi ?
- Trop de questions, trop de questions… Répondit la voix en riant. Laisse moi le temps de finir un détail. Le vieillard s’assura que son frère était bien mort, et le renvoya dans sa demeure d’un simple mot de pouvoir, dans un léger soupir, avant de se retourner vers Celimbrimbor. N’avais-je pas dit que nous nous reverrions ? Sous cette forme, ou sous une autre… »
 
Il se changea, et c’est Carlyle qui apparut à la place, le même sourire moqueur aux lèvres.
 
« Je suis le même pourtant, tu ne sais juste toujours pas ressentir correctement… Enfin, rien n’est grave. Contemple le ciel Celimbrimbor, contemple le bien, que tes yeux voient les étoiles avant ton dernier soupir. »
 
Il fit un geste magistral de la main, et le plafond, et tous les obstacles entre Celimbrimbor et les cieux s’évanouirent. Celimbrimbor tendit ses sens, et s’enivra à loisir. Carlyle, ou l’être qu’il était, se pencha et murmura quelque chose à son oreille. Alors l’elfe ouvrit les yeux, sourit et se gorgea d’étoiles. Ce spectacle lui avait tant manqué… Il se noya dans l’immensité du ciel, et s’éteignit, dans la douceur de la nuit.
 
L’être regarda tristement la dépouille de Celimbrimbor, souriant tristement. Il fallait, pour une légende à venir de cette envergure, un tombeau digne des plus grands. Il effaça toutes traces du château dans ce paysage de froidure et provoqua la prise du corps de Celimbrimbor par les glaces. Sur ce tombeau de neige, il planta la fière épée qui avait défait son frère, son adversaire par force, et écrivit ces mots :
 
« Ci-gît celui qui fut le dernier grand de son temps. Que son tombeau soit respecté, et sa mémoire honorée. Adieu Celimbrimbor, gloire des temps anciens. »
 
 
 
FIN

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Édito

Bonjour,

Ne faites pas gaffe à la déco surtout. Des ruines, rien d'autre. Des ruines de vie, des ruines de textes.

Et parfois, des pages, un peu partout, ne voulant pas forcément dire grand chose, mais le disant tout de même.

Un seul espoir là-dedans - ne pas peser.

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