Bréviaire des vaincus - Expérimentations littéraires

Bréviaire des vaincus - Expérimentations littéraires

Par maitrenanar Blog créé le 30/04/10 Mis à jour le 26/07/14 à 13h50

Le Bréviaire des vaincus vous proposent une plongée originale dans la littérature : science-fiction, romans noirs, fantastique ou oeuvres inclassables. Nous sommes ouverts à toutes les propositions, ceci est un terrain propice aux expérimentations littéraires !

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Catégorie : Réflexion

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Réflexion

Dans la saga Astérix, il y a un avant et un après Goscinny. Lorsque ce brillant scénariste meurt, la série poursuit avec Uderzo proposant le dessin et le scénario. Si au niveau graphique, la série n'eut rien à se reprocher, on ne peut pas en dire de même avec les scénarii d'Uderzo. N'est pas scénariste qui veut. C'est avec de telles tentatives que l'on comprend qu'un dessinateur, même très bon, n'a pas forcément les qualités d'un conteur.

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Intervention d'animaux magiques, imagination de personnages creusant la généalogie des gaulois, voire préquelles, Uderzo tente pas mal de choses mais ne réussit jamais véritablement ses essais. C'est pour cette raison que j'ai laissé tomber Astérix. Le pire étant, je pense que les avis seront unanimes, Le Ciel lui tombe sur la tête. Dernière création scénarisée et dessinée par Uderzo, vide créatif absolu : une histoire qui n'en a que le nom où interviennent des caricatures de mangas et de comics. Un raté de A à Z.

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C'était en 2005. 8 ans plus tard, un nouvel Astérix débarque en ce jeudi 24 octobre. La série n'avait jamais connu un tel délais, il faut dire qu'il était difficile de se relever d'un échec (commercial et créatif) comme Le Ciel lui tombe sur la tête. Uderzo, trop âgé, passe le relais : Conrad au dessin (Les Innommables) et Ferri au scénario (De Gaulle à la plage). Deux auteurs talentueux qui nous proposent une nouvelle aventure hors du village (histoire de voir du pays comme dans Astérix chez les Corses ou en Hispanie).

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Que vaut le dernier Astérix ? La peine qu'on l'achète. Tout simplement. Sans être un sommet de la série, comme les plus belles créations du tandem originel (Obélix et compagnie par exemple ou Astérix chez les Corses), on retrouve le sourire. Astérix revient en forme bien que dans une version très, trop, fidèle. Pas d'écart, on n'est pas chez Spirou et ses audaces (excessives parfois), ici on DOIT respecter le matériau d'origine : les personnages, le graphisme, etc.

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Ferri s'en sort bien en proposant ici et là les jeux de mots propres à Goscinny, même si on n'éclate pas de rire ces créations restent d'un bon niveau (j'en avais un bon moi : "Les Pictes-Pockets") ; les anachronismes savoureux et surtout la découverte d'un nouveau peuple il y a des siècles de cela. Sérieux et fantaisie se mêlent, comme au bon vieux temps, avec des noms de dieux véridiques et inventés, etc. On regrette simplement une histoire pas assez dense, qui manque de rebondissements et un peu plus de bagarres aussi.

Pour le dessin, Conrad fait un travail de copiste remarquable. On pourra pinailler sur deux/trois détails, deux/trois personnages secondaires pas idéalement reproduits, il n'en demeure pas moins que le trait de Conrad fait des merveilles.

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La lecture de cette nouvelle aventure terminée, désormais réconcilié avec une série qui déclinait sauvagement durant la période Uderzo seul, j'espère que le tandem Ferri-Conrad continuera et surtout s'écartera un peu plus de la série originelle. Pas de trahison mais des écarts montrant la personnalité de Conrad dans le dessin, l'humour de Ferri complétant le cahier des charges. Il y a un côté trop "cahier des charges" justement dans cette aventure. Les points sont respectés mais il manque un petit quelque chose pour vraiment réjouir le fan d'Astérix que je suis. La prochaine fois...peut-être.

Astérix chez les Pictes - Ferri/Conrad

L'article d'origine : http://www.breviairedesvaincus.com/asterix-chez-les-pictes-ferri-conrad/

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N'oubliez pas d'acheter notre premier ebook, 1er roman d'un jeune auteur : Bad Bite de Dimitri Bednarz !

On réduit souvent Montaigne, à juste titre pour ce qui est l'importance littéraire de l'oeuvre, à ses trois livres des Essais. Les Essais, c'est l'ouvrage d'une vie, sans cesse remanié au fil de son existence, et cela jusqu'à sa mort, Montaigne a cherché à saisir par le texte une pensée en mouvement, en évolution. Point de prêt-à-penser ici, notre philosophe songe, vit des expériences qui modifie sa perception, il est perpétuellement en prise directe avec le réel. Pas de dogmatisme mais une sorte de philosophie à la fois personnelle et nourrie de lectures de l'Antiquité qui migre progressivement vers la sagesse de l'homme mûr.

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On pourrait parler longtemps de Montaigne, je ne peux d'ailleurs que saluer l'initiative de France Culture l'été dernier qui nous offrit une série de podcasts de qualité sur cet auteur incontournable de la Renaissance tardive. Comment aborder Montaigne ? Par pure subjectivité.

En effet, l'extrait que j'ai choisi me semblait particulièrement pertinent et encore d'actualité, c'est là la magie des Essais et de tout grand texte littéraire, être autant dans le particulier d'une époque que l'universalité d'un propos toujours valable malgré l'accumulation des siècles. Dans le chapitre "De la vanité", Montaigne tire une critique de ses voyages à la base médicaux. En parcourant divers pays d'Europe, Montaigne voulait autant guérir que s'instruire.

Ici, il se révolte contre le bêtise du "touriste" pourrait-on dire si l'on ne craint pas l'anachronisme. Quoi de pire en effet qu'un touriste cherchant ailleurs ce qu'il avait chez lui ? C'est ne pas comprendre la richesse du voyage : l'Autre. L'altérité et non la ressemblance. En voyage, c'est ce que je recherche, l'autre dans ce qu'il a de différent de moi : sa langue, sa culture, ses moeurs, etc. D'une part pour découvrir mais aussi pour se retrouver, le contraste est un bon moyen pour affirmer sa propre identité nationale, savoir qui l'on est et d'où l'on vient.

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Certains penseurs actuels vont vite en pensant que l'identité nationale est le terreau des totalitarismes, c'est oublié que toute personne vit dans un lieu et est modelé par la culture d'un pays, son mode de vie...le citoyen lambda est nourri consciemment ou non par l'identité nationale. La différence des identités c'est la richesse, il faudrait plus craindre l'homogénéisation des identités (au profit de qui ? de quoi ?) ou le communautarisme qui participe à la division interne d'un pays (non pas la division géographique naturelle des régions, les Bretons différents des Lorrains, mais l'ajout de fractures ethniques à des villes voire des quartiers).

Bref, même si Montaigne n'évoque, logiquement, pas ces aspects, propres à notre époque et non à la sienne, il faudrait comme lui se plaindre de ces comportements grossiers de touristes français par exemple se plaignant de ne pas retrouver ailleurs ce qu'ils ont chez eux. Le voyage, c'est aussi l'humilité. Apprendre à se dépouiller un temps de son bagage culturel pour se fondre dans l'identité de l'Autre : par respect et pour expérimenter une métamorphose identitaire.

"J'ai honte de voir nos hommes enivrés de cette sotte humeur de s'effaroucher des formes contraires aux leurs : il leur semble être hors de leur élément quand ils sont hors de leur village. Où qu'ils aillent, ils se tiennent à leurs façons et abominent les étrangères. Retrouvent-ils un compatriote en Hongrie, ils festoient cette aventure : les voilà à se rallier et à se recoudre ensemble, à condamner tant de moeurs barbares qu'ils voient. Pourquoi non barbares, puisqu'elles ne sont françaises ? Encore sont-ce les plus habiles qui les ont reconnues, pour en médire. La plupart ne prennent l'aller que pour le venir. Ils voyagent couverts et resserrés d'une prudent taciturne et incommunicable, se défendant de la contagion d'un air inconnu".

"De la vanité", Essais, Montaigne.

L'article d'origine : http://www.breviairedesvaincus.com/montaigne-et-le-touritste/

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Après avoir constaté des interventions très pertinentes des lecteurs du bréviaire, j'ai décidé de poster les plus intéressantes afin de donner à tous de bons compléments par rapport à des questions abordées ici et là dans divers billets. La réponse ci-dessous est une réaction d'un lecteur, Célim, après la diffusion d'un billet consacré à Théophile Gautier et sa conception de "L'Art pour l'Art" dans la préface du roman Mademoiselle de Maupin
 
"D'abord, sur la question de l'utilité de l'art. Celle-ci me semble récente. Platon et Socrate s'en fichent, par exemple, et excluent le poète de la cité car il corrompt. Enfin, disons que la mimesis qu'il propose ne correspond pas à la pratique qu'attendent les deux compères de la part des jeunes des cités. La question ne se pose pas. De même, les mystères du moyen-âge transmettaient la croyance en dieu, le théâtre élizbéthain un certain ordonnancement cosmogonique. Passons rapidement sur les cahiers bleus colportés dans les campagnes françaises et dont Perrault tira ses contes. Soulignons le rôle de la peinture dans la transmission des idées (le passage du plat à la perspective vous en dit plus sur une civilisation et sa pensée que mille ouvrages) ou l'importance de l'oralité dans la transmission du savoir. L'art est.
 
Schéma du théâtre élizabéthain

La question de l'utilité d'icelui-ci (oui, bon, je vous présente mes excuses pour ce démonstratif foireux) me semble apparaître au XIXème siècle, autour du Parnasse, mais aussi du Réalisme. Pour raffiner encore un peu, je dirais que je n'ai pas aperçu cette question dans l'art anglais. De là à dire qu'il s'agit d'une question fondamentalement continentale ou latine, il y a un pas que je ne franchirai pas.

Sur Twilight [cette partie répondait à un lecteur qui stipulait qu'un tel roman n'était pas de la littérature, on glissait ainsi de l'utilité de l'art à la question de la littérarité des fictions textuelles]. J'avais écrit quelque chose de vachement intéressant là-dessus en commentaire d'un de mes articles, mais il a disparu dans la frénésie destructrice. Bien, maintenant que je me suis fais mousser.

Il faudrait, en accord avec G. Genette et Borgès (et dans une moindre mesure Barthes) faire disparaître ce "L" majuscule de la  Littérature. Il n'existe pas de Littérature mais la littérature voire, plus exact, des littératures. Une notice d'utilisation pour une montre casio fait partie, au même titre que la Recherche du Temps Perdu, de la littérature, de la grande bibliothèque de Babel où gisent toutes les choses écrites présentes, passées et à venir.
 
Gérard Genette
 
Ce qui pose la question, sous-jacente dans les commentaires précédents, de la relativité de l'art.

En fait, ce que Gauthier me semble faire, c'est tenter de donner une valeur précise à l'art. En lui donnant une utilité ou, précisément, en l'excluant du champ du l'utile (Le tour conceptuel est simple, mais remarquable. Depuis Marx, la valeur est mesurée par l'utilité d'une chose dans le cycle capitaliste. Le temps de travail est mesuré à l'aune de ce qu'il rapporte. L'ouvrier aussi. Le temps de loisir permet la reproduction de la force de travail, je ne vous ferai pas l'injure de balancer la vulgate. Cela dit. Dans ce cycle capitaliste, la rareté d'une chose conditionne sa valeur [Et c'est le cas depuis la mondialisation du commerce, dès le XVIème siècle si je ne me trompe pas ]. De sorte que si l'art est inutile, il sort de ce cycle. Mais pas tant que cela. En devenant inutile, il devient la plus grande des richesses. Le temps, la société capitaliste est une société où tout est investi. La nullité devient donc la suprême récompense. L'oisiveté, en somme, est le but ultime. Donc, Gauthier, en désinvestissant l'art de tout autre valeur que sa valeur intrinsèque (art pour art) le place comme le parangon des valeurs, celui à l'aune duquel tout doit être pesé), Gauthier fait de l'art la valeur suprême.

Il est donc hors de la relativité de l'art, il le mesure par rapport au reste et le pose comme valeur fondamentale. Ce qui permit, ensuite, de joyeusement enculer les mouches et de diviser l'art en choses bonnes, vraies et belles (Platon, indépassable) et en choses fausses, laids et mauvaises. Sauf que voilà. Ce positionnement correspond aussi à ce que décrit Bourdieu dans les règles de l'art. C'est-à-dire que l'art pour l'art n'est rien d'autre qu'un artiste cherchant à gagner sa pitance en se faisant prêtre de quelque vérité inaccessible au commun des mortels. Et de là, l'aréopage de parasites (auteurs et critiques confondus) qui viennent dire ce qui est valable ou ne l'est pas.
 
 
Tout cela pour dire : oui, je trouve que Twilight, c'est de la merde. Mais c'est de la littérature, que nous le voulions ou non.

La littérature comme quête de sens [cette partie répondait à un lecteur qui tentait de définir ce qu'est la littérature en parlant de "quête de sens"]. La vie est une quête de sens. La littérature, un miroir que l'on promène le long d'un chemin (Stendhal, Le rouge et le noir, chap XIII). 'Nough said.

Blague à part, encore une fois, je pense qu'il s'agit d'une notion de valeur. Or, la valeur fausse considérablement les choses. La littérature, la peinture, la musique, en un mot, l'art, est. Avec toute la force existentialiste de ce verbe.

Je pense que l'art est fondamentalement gratuit. Certes, il est commercial, il peut être dirigé, motivé, il peut rapporter de l'argent, en faire perdre, etc. Mais l'art est, à mon avis, un geste de partage fondamentalement gratuit. Une balle envoyée vers l'Autre (pour le coup, la majuscule me semble inévitable) qu'il lui appartient de saisir ou non. Peu importe la définition de cet autre. Il était grec à une époque, noble à une autre, féminin en Angleterre vers le XIXème siècle, etc.

L'art est gratuit. C'est un don, qui espère un retour mais qui n'en attend pas. Qui ne rend rien obligatoire. C'est juste une lubie.

Alors, une valeur ? Il peut en revêtir des milliards. Mais il restera gratuit. Navrant que le système mercantile brise tout cela."
 
Cette intervention fut dense mais avait le mérite d'apporter de bons compléments à la question de la littérarité, à la définition de la littérature ou encore à l'utilité de l'art plus généralement. Il ne s'agit pas d'une réponse close et définitive mais d'une nouvelle pierre à l'édifice de la recherche. 
 
 
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 Chester Brown est un auteur canadien connu pour une biographie sur Louis Riel, homme politique important dans l'histoire du Canada. Louis Riel fut un grand résistant à l'influence anglophone sur ses terres. Défenseur des Métis, il devint très rapidement le grand représentant de cette communauté.

 

 

 

 

 

Chester Brown livre ici un livre totalement différent. Il n'est plus question de politique mais de l'expérience de l'auteur avec des prostituées. Au lieu de tenir un roman graphique narcissique et complaisant, le travers de l'autofiction qui (même en bande dessinée) devient vite du nombrilisme (se centrer sur soi alors que l'on n'a pas grand-chose à dire, manière de masquer son vide existentiel et sa vacuité intellectuelle, son incapacité à penser), Chester Brown propose une véritable réflexion sur le couple et l'amour. Peut-on vivre sans sexe ? Peut-on dissocier l'amour platonique de l'amour physique ? En allant voir, pour chaque cas, une personne différente ? Comment penser le couple aujourd'hui ? De manière traditionnelle ou éclatée ? Brown ne répondra pas à toutes ces questions mais les lancera subtilement sans tomber dans le travers du didactisme pataud. A chacun de prolonger cette thématique en se rapportant à sa propre expérience.

 

Brown refuse d'érotiser à l'extrême ses relations sexuelles avec les 23 prostituées fréquentées, au contraire le dessinateur évacue les scènes d'amour (levrette et position du missionnaire tiennent en 2/3 cases et résument les ébats) pour favoriser les scènes de dialogue. Chester parle avec les prostituées, avec ses amis (dont le dessinateur canadien Seth, représenté mais non nommé). Un peu comme dans un film de Woody Allen, ou dans un autre registre de Rohmer, on parle beaucoup chez Chester Brown. Une parole discontinue, coupée, reprise, développée. Comme si les personnages avaient besoin d'interroger, de sonder, des problèmes modernes qui semblent à leurs yeux insolubles. Bref, une parole pour comprendre mais aussi une parole pour exister. Dans une société cultivant la solitude, les personnages de Brown comprennent la nécessité du lien social, plus ou moins intime (de l'ami à la petite amie).

 

 

Brown part d'une rupture avec son amie. Cette dernière a trouvé un autre homme. Brown accepte un temps de tenir la chandelle, de subir un ménage à trois au sein duquel il ne participe jamais. Peu enthousiaste pour se jeter dans une nouvelle relation, l'auteur envisage alors de ne fréquenter que des prostituées, dans un premier temps pour soulager sa libido. Attendre, mettre entre parenthèse l'amour avant de le trouver à nouveau, ou avant de se décider à le trouver.

 

Le tour de force de cet album est de rester pudique et tendre sur un sujet a priori scabreux. Un détail, mais qui en dit long, Brown ne montre pas les visages des prostituées et ne divulgue aucunes informations personnelles. Il les présente à grands traits et préfèrent se focaliser sur ce qu'il fait de mieux : le dialogue. Un dialogue pour exorciser le mal, un dialogue là où on l'attend le moins (une chambre de passe). Comme si, au fond, le plus important pour la santé mentale restait une parole honnête, sincère et sans calcul. Parler comme on le veut, de ce que l'on souhaite, sans prendre peur aux conséquences, sans chercher à ménager telle ou telle personne. Même si la liberté de ton et des thèmes abordables n'est pas forcément au coeur de ce roman graphique, Chester Brown esquisse cette problématique. 
 

 

 
On le voit bien, durant ses conversations avec ses amis, ses interventions sont ponctuelles. Il essaie de formuler ses interrogations, d'avancer des conceptions du couple qui sortent du standard, hésite, tente, se tait. Cette parole hésitante, qui peut rapidement tomber sous le coup du jugement d'autrui, sous la sentence plutôt, est une bien belle représentation du problème du parler à l'heure actuelle.

 

Référence : Vingt-trois prostituées, de Chester Brown (Edition Cornélius)

 

 
 
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Même si les humanistes du 16ème siècle ne furent pas de grands critiques du pouvoir politique, ils tentèrent plus de moraliser les princes et par conséquence la politique menée, on relève l'existence d'Étienne de La Boétie dans le rang des insurgés.
 
En effet, son court essai, Discours de la servitude volontaire, est une charge virulente envers le pouvoir mais, plus encore, et c'est bien cela qui lui donne un caractère universel, une peinture juste et puissante de l'homme. De l'homme en société, de l'homme face au pouvoir.

 

 

 

C'est en constatant la justesse d'écrits datant de plusieurs siècles que l'on reconnait la force de la littérature et du monde des idées. La Boétie, à la manière d'un moraliste du XVIIème siècle qui part du particulier pour aller au général (Les Caractères de La Bruyère, Les Fables de La Fontaine, etc.), analyse et critique des traits de caractère du genre humain. Ces traits sont ceux de la servitude, de l'homme qui baisse les bras et accepte le joug des puissants.

La Boétie fustige l'habitude car c'est elle qui amène l'homme a tout accepter. Cette "seconde nature" comme dirait Pascal est en effet l'ennemi de l'homme et l'allié des puissants. Que l'on pense à aujourd'hui, l'individu lambda accepte avec joie l'habitude d'une vie réglée, absolument innocente, il l'accepte et permet ainsi la stabilité d'un système même si ce dernier est verrolé.
 
L'habitude, c'est celle de se poser devant sa télévision la semaine pour regarder une énième connerie, c'est accepter de ne pas réfléchir, de ne pas mettre à mal ses capacités intellectuelles; c'est refuser de se dépasser, de transcender sa condition par l'esprit, de décortiquer l'actualité pour mieux l'avaler tout rond. En clair, c'est cette pensée pantouflarde qui consiste à ne rien faire, à accepter de marcher dans les clous. Aller voter tranquillement, en alternant à chaque fois bien entendu, comme si le pouvoir politique résidait encore dans les mains des partis, comme si la question politique se restreignait aux partis nationaux.
 
L'homme qui vit pleinement dans l'habitude est l'allié du pouvoir car il ne pense pas, il se fond dans le moule, il ne s'insurge pas, il regarde sa télévision et parfois il vote, ou il fait grève. Même ses sursauts sont contrôlés. Jamais il ne déchirera sa carte d'électeur, jamais il n'essaiera de modifier sa vie, bien trop tranquille et flemmarde. L'ennemi de la liberté, c'est l'habitude ; l'allié du pouvoir, c'est l'habitude. La Boétie le disait déjà en son temps.
 
"L'habitude qui, en toutes choses, exerce un si grand empire sur toutes nos actions, a surtout le pouvoir de nous apprendre à servir : c'est elle qui à la longue (comme on nous le raconte de Mithridate qui finit par s'habituer au poison) parvient à nous faire avaler, sans répugnance, l'amer venin de la servitude." 
 
 
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Après avoir posté le lien du bréviaire (de l'auto-promo, je l'avoue) sur la page facebook d'une revue, Tausend Augen, j'ai constaté plusieurs critiques violentes à l'encontre du blog. En partant de ces commentaires négatifs, je vais pouvoir faire une mise au point. Quel est le but du bréviaire ? Pourquoi cette forme ?

Le premier critique se nomme Vincent Joos. Ce dernier reproche au bréviaire son idéologie : "idéologie moderno-droitiste pourrie qui traverse ce site". Je passe sur le "me fait gerber". J'ai tout d'abord du mal à visualiser ce qu'est cette idéologie (le néologisme et la contraction n'aident pas). Si je comprends bien, le bréviaire serait de droite, droite branchée. Le bréviaire donne la parole, cite et commente, différents auteurs. Qu'ils soient de droite, de gauche, du centre, nationaliste ou non. Peu importe. Il ne s'agit pas de créer une officine d'un parti ou d'un courant politique mais au contraire, comme au temps du cercle Proudhon, de faire dialoguer des idéologies a priori lointaines, toutes les idées pertinentes, reposant sur un travail de réflexion sérieux.

Durant les quelques temps d'existence du cercle, on pouvait voir des syndicalistes et des monarchistes se réunir pour discuter, échanger. L'échange demande une ouverture d'esprit, accepter d'écouter l'autre, accepter donc de parfois bouger les lignes. Bref, les auteurs visibles sur le bréviaire sont des auteurs que je juge digne d'intérêt, selon leur domaine. Le critère de sélection n'est pas idéologique mais qualitatif. D'ailleurs, un relevé permet de démontrer qu'il ne s'agit pas d'un site idéologiquement à droite, exclusivement. On relève, par exemple, pour la "gauche" des gens comme René Fallet, Rousseau (plus subtil que le clivage gauche-droite à mon avis), Michel Clouscard (penseur marxiste), Jean-Claude Michéa (professeur de philosophie se classant à gauche, un "socialiste originel"), etc.

Michéa est intéressant pour sa critique du socialisme actuel, René Fallet est séduisant pour son style et sa dénonciation de l'urbanisation massive, Clouscard pour sa critique de la société de consommation. Bref, on est loin d'un recensement exclusivement à droite ou d'une compilation de "bouquins de droite" comme dira Vincent Joos ou, plus grave, en face d'un "site de glissement progressif vers la galaxie facho" comme l'évoquera Jérôme Segal. Premier mensonge.

Autre critique de Vincent Joos, l'absence d'esprit critique : "il n'y a aucun esprit critique ! c'est le Télé Star des bouquins de droite". Rien qu'un exemple pour montrer que la forme du bréviaire est aussi critique et analytique. Prenons le cas de l'article sur Emile Zola et la spéculation boursière. Il y a tout d'abord un constat, l'antisémitisme dans la littérature française (important, même chez les écrivains "respectables"). Partant de ce constat, et plus précisément de l'exemple d'Emile Zola, j'essaie de comprendre ce dualisme : défense de Dreyfus (Zola devenant le pourfendeur de l'antisémitisme anti-dreyfusard, incarné par des gens comme Drumont et compagnie) et un antisémitisme touchant à l'économie et la bourse. Je développe alors une analyse expliquant les natures des antisémitismes, en me basant sur Bernard Lazare, ce qui justifie cette étrange cohabitation. Il ne s'agit pas d' "une suite de constats" comme le dit Vincent Joos. Il y a un constat, une question, une analyse et une réflexion. Le tout reposant sur du texte, car on ne peut réfléchir qu'à partir du texte. S'arrêter à des constats, ça aurait été constater simplement l'existence d'un antisémitisme chez les romanciers français et plus précisément chez Zola. Là, il s'agit de comprendre pourquoi cet antisémitisme, ou  pour être plus clair, pourquoi cette étrange dualité ?

La forme du bréviaire est courte. Il s'agit, en quelques lignes, de présenter un auteur, un extrait mais également d'apporter une analyse à cet extrait. Il est possible que le bréviaire propose, par la suite, des textes de réflexion plus denses. Néanmoins, la forme courte reste la forme privilégiée du bréviaire car elle permet au lecteur de découvrir des auteurs, des idées, rapidement. C'est au lecteur, ensuite, de creuser. D'emprunter, d'acheter, de lire, d'analyser, d'échanger. Le débat est également possible sur le site, dans les commentaires, tout comme le développement d'une grande réflexion par la réunion des billets. Ainsi, la conjugaison des billets sur l'antisémitisme apporte un éclairage, à mon avis, original et intéressant sur cette question. "La vérité, c'est le tout" disait Hegel.

Autre objection de Vincent Joos, "il n'y a rien, c'est creux, c'est dan s le vent du "contre la pensée unique", une aude aux vilains méchants, aux "grands penseurs". Là encore, un simple relevé suffit à faire mentir cette critique. En effet, Roland Barthes est-il un grand vilain ? S'intéresser, via ce penseur, au signe dans la société japonaise, est-ce le symbole d'un combat contre la pensée unique ? Encore une fois, par la variété des billets, le bréviaire cherche à s'intéresser à divers sujets. Il est possible de lire des considérations sur le Beau, comme des réflexions pragmatiques sur l'économie. Encore une fois, l'émotion peut être glorifiée, il ne s'agit pas de ne proposer que des textes cérébraux, mais jamais uniquement. Ce qui fait encore mentir Vincent Joos quand ce dernier affirme "c'est précisément cette vue esthétisante, émotionnelle que combat Tausend Augen".

Autre critique, cette fois-ci provenant de Medhi Derfoufi, "Je ne partage pas du tout l'orientation idéologique de ce site, qui rappelle effectivement les passerelles vers l'extrême-droite (en tout cas ses idées) sur la base de la défense de la liberté d'expression, de la qualité littéraire, et de "politiquement incorrect"". Je renvoie aux remarques ci-dessus pour la question du "politiquement incorrect". Le problème dans cette critique, c'est que l'on parle d'extrême-droite sans la définir (en effet, il y a des différences entre les extrêmes droites en Europe). Encore une fois, le bréviaire ne recense et commente que des références intéressantes d'un point de vue qualitatif. En aucun cas, il ne s'agit d'un travail de drague idéologique.

Les critiques essuyées sont pour le moins malhonnêtes voire très floues. Face à ce flou, et dans un esprit de dialogue car je ne me braque pas comme mes détracteurs, j'ai envoyé des messages privés à deux critiques : Medhi Derfoufi et Vincent Joos.

Voici la réponse de Medhi Derfoufi sur ma demande d'explicitation de son propos :

"Bonsoir Al, je ne suis pas hostile au dialogue non plus. Là, tout de suite, ce n'est pas que je ne veuille pas te donner d'explication, mais je manque de temps pour développer. Globalement je rejoins les critiques sur le fond émises par Vincent. Toutefois, le travail demandé par l'animation d'un tel site est réel, et je respecte cet investissement. Mais les orientations thématiques et bibliographiques que tu donnes vont dans une direction très précise, qui dessine des contours idéologiques assez nets... avec lesquels je suis en opposition."

Encore une fois, beaucoup de flou. On parle de "contours idéologiques assez nets" sans définir ce qu'est cette idéologie attribuée au bréviaire. Et, faute de temps, pas d'explication.

Autre message, et autre réponse, de Vincent Joos cette fois :

"Salut, je ne vais pas argumenter par manque de temps. j'en ai marre des renaud camus et richard millet et des identitaires francais pseudo intellectuels, vois tu. ca sent le mauvais remake des annees 30, des rebatet et consorts qui se laissent seduire par leur culture et la beaute de leur verbe. marre du dialogue. bien a toi"

On retrouve là encore l'argument du manque de temps. Bizarrement, le temps est trouvé pour calomnier, pas  pour expliquer. On m'accuse de sentir les années 30, alors que les références et commentaires (voir explications du début) démontrent une réflexion subtile et dense qui dépasse le cadre d'une pensée réactionnaire comme Vincent Joos le pense. 

Je n'en veux pas à mes critiques, ma volonté d'échanger en est la preuve,  mais force est de constater que la calomnie dont parlait Robespierre est encore bien vivante de nos jours. Une critique sans développement, justifications, c'est une calomnie.

L'article d'origine : http://breviairedesvaincus.blogspot.fr/2012/09/mise-au-point.html


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Édito

Oeuvrant sous le pseudonyme d'Alfoux, je vous propose ici de découvrir les talents d'hier (oubliés) et les talents d'aujourd'hui et de demain. Des personnes intelligentes et proposant des écrits sortant des sentiers battus.

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