Bréviaire des vaincus - Expérimentations littéraires

Bréviaire des vaincus - Expérimentations littéraires

Par maitrenanar Blog créé le 30/04/10 Mis à jour le 26/07/14 à 13h50

Le Bréviaire des vaincus vous proposent une plongée originale dans la littérature : science-fiction, romans noirs, fantastique ou oeuvres inclassables. Nous sommes ouverts à toutes les propositions, ceci est un terrain propice aux expérimentations littéraires !

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Extrait

Céline est certes l'auteur de romans denses, empruntant à la chronique et au genre du roman picaresque, commeVoyage au bout de la nuit ou Mort à crédit. Qu'il parle de la guerre, de l'enfance ou plus tard avec sa trilogie allemande (D'un Château l'autre...) d'une Europe plongée dans le chaos, Céline reste un écrivain massif. Ces récits ne sont jamais courts et demandent une attention soutenue du fait d'une écriture qui se complexifie au fil des écrits.

Entretiens avec le Professeur Y, de Céline

Seulement, Céline a également rédigé un court essai sous la forme d'un dialogue entre son double de papier et un interviewer (le professeur Y) : Entretiens avec le professeur Y. Un peu plus de cent pages pour un enchaînement de digressions truculentes au sein d'un seul entretien. On passe d'un sujet à l'autre avec la fougue de Céline, parfois excessif, pessimiste mais touchant souvent juste derrière des airs de carnavals littéraires. Céline critique le public, son mauvais goût tout en se moquant, en pastichant, le style de l'interview littéraire.

celine

L'extrait qui suit évoque tour à tour la crise de l'industrie du livre (déjà à l'époque) et la figure (ou le cliché) de l'écrivain qui enfante dans la douleur. Drôle et forcément singulier, du Céline en verve.

"La vérité, là, tout simplement, la librairie souffre d'une très grave crise de mévente. Allez pas croire un seul zéro de tous ces prétendus tirages à 100000 ! 40000 ! ... et même 400 exemplaires ! ... attrape-gogos ! ... Alas ! ... Alas ! ... seule la « presse du coeur »... et encore ! ... se défend pas trop mal... et un peu la « série noire »... et la « blème »... En vérité, on ne vend plus rien... c'est grave ! ... le cinéma, la télévision, les articles de ménage, le scooter, l'auto à 2, 4, 6 chevaux, font un tort énorme au livre... tout « vente au tempérament », vous pensez ! et les « week-ends » ! ... et ces bonnes vacances bi ! trimensuelles ! ... et les Croisières Lololulu ! ... salut, petits budgets ! ... voyez dettes ! ... plus un fifrelin disponible ! ... alors n'est-ce pas, acheter un livre ! ... une roulotte ? encore ! ... mais un livre ? ... l'objet empruntable entre tous ! ... un livre est lu, c'est entendu, par au moins vingt... vingt-cinq lecteurs... ah, si le pain ou le jambon, mettons, pouvaient aussi bien régaler, une seule tranche ! vingt... vingt-cinq consommateurs ! quelle aubaine ! ... le miracle de la multiplication des pains vous laisse rêveur, mais le miracle de la multiplication des livres, et par conséquent de la gratuité du travail d'écrivain est un fait bien acquis. Ce miracle a lieu, le plus tranquillement du monde, à la foire d'empoigne, ou avec quelques façons, par les cabinets de lecture, etc..., etc... Dans tous les cas l'auteur fait tintin. C'est le principal ! Il est supposé, lui, l'auteur jouir d'un solide fortune personnelle, ou d'une rente d'un très grand parti, ou d'avoir découvert (plus fort que la fusion de l'atome) le secret de vivre sans bouffer. D'ailleurs toute personne de condition (privilégiée, gavée de dividendes) vous affirmera comme une vérité sur laquelle il n'y a pas à revenir, et sans y mettre aucune malice : « que seule la misère libère le génie... qu'il convient que l'artiste souffre ! ... et pas qu'un peu ! ... et tant et plus ! ... puisqu'il n'enfante que dans la douleur ! ... et que la Douleur est son maître ! ... » (M. Socle) ... au surplus, chacun sait que la prison ne fait aucun mal à l'artiste... au contraire !"

Entretiens avec le professeur Y, Louis-Ferdinand Céline

L'article d'origine : http://www.breviairedesvaincus.com/louis-ferdinand-celine-et-la-crise-du-livre/

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Commentaires

maitrenanar
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maitrenanar
Oui Voltaire ce n’est pas Céline dans son propos par rapport aux Juifs. Voltaire est un être complexe qui est rusé et n’hésite pas à adapter son discours en fonction de son auditoire, de ses intérêts. Se faisant passer pour le chantre de la tolérance tout en persécutant et salissant la personne de Rousseau, etc. Bref, on va pas rentrer dans la psychologie de Voltaire, il n’en demeure pas moins que, comme je le disais, on retrouve des points communs entre Voltaire, Céline, etc. Des points communs, ça ne veut pas dire « ce sont les mêmes ».

Je ne suis pas d’accord sur ta distinction anti-judaïsme chrétien et antisémitisme, enfin pas tout à fait. Encore une fois, la référence à la figure de l’usurier ou plus largement le rapport de la communauté juive (une partie) à l’argent se retrouve chez de nombreux auteurs que j’ai déjà cité avant. Certes, chez certains la critique du Juif est une critique en lien avec la question religieuse mais ce serait faux de dire que la critique portant sur l’argent n’existe pas chez Voltaire, Montesquieu and co. C’est pour cela que je préfère parler de textes judéophobes ou anti-judaïques (ils le sont) pour commencer et affiner ensuite au cas par cas en dégageant des points communs comme je l’explique plus haut.

Je ne m’illusionne pas sur Céline. Il détestait les Juifs, tu ne m’apprends rien mais là encore la personnalité de Céline n’est pas aussi primaire que l’on veut bien le dire. Il y a un côté opportuniste (il veut faire son trou quand même dans le monde des lettres, même s’il joue les modestes), bouffon, etc. Je ne l’excuse pas, encore une fois j’essaie de montrer un portrait plus complet que la charge « il est antisémite, point ». En évoquant les aspects (qu’on évoque jamais) de ses pamphlets comme son rapport réel à Vichy. Pas d’excuse ou de nuance, juste un portrait complet pour ne pas tomber dans la charge idéologique.

Je ne suis pas à pleurer comme un type justifiant Israël par la souffrance, la rhétorique du « on a beaucoup souffert » et compagnie, je constate juste que les Juifs ont eu des problèmes un peu partout. Mais ce qui est la conséquence, à mon avis, du repli sur soi de la communauté (les ghettos ont confirmé simplement un fait ; la partie attachée au Talmud refusant tout autre texte : on imagine que face à l’unification du royaume, ça pose problème au roi) et au rapport à l’argent (que les chrétiens dédaignèrent en Europe et qui offrit aux Juifs qui acceptèrent cette charge un pouvoir refusé dans d’autres domaines : pouvoir politique, etc.).
Ces pamphlets, je reviens à Céline, ont une valeur historique (témoignage d’époque) et littéraire (explosion du style de Céline). Deux raisons justifiant la réimpression ou diffusion numérique des œuvres. Je suis pour la liberté d’expression, sauf appel explicite du type : rdv à telle heure pour faire péter une bombe, car les textes que j’évoque sont littéraires et parce que je ne supporte pas l’image du censeur qui n’est en rien légitime à mes yeux. Qui est-il pour dire que je dois me taire ? Qui est-il pour dire que la frontière est dépassée ? Tout cela est bien trop subjectif. Il y aurait à mon avis beaucoup moins de frustrations et d’alimentation des extrêmes avec une réelle liberté d’expression. La censure évoquée n’amenant que légitimation des persécutions évoquées par certains.
Blinis
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Blinis
[quote name='maitrenanar' timestamp='1375291492' post='2571328']
Voltaire dans son Dictionnaire philosophique, articles "Les Juifs" :
"Vous ne trouverez en eux qu’un peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice à la plus détestable superstition et à la plus invincible haine pour tous les peuples qui les tolèrent et qui les enrichissent. Il ne faut pourtant pas les brûler.". Il ne parle pas des Juifs actuels là ? Il est vrai que la plupart de ses saillies contre les Juifs concernent l'Ancien Testament, le Juif du passé comme tu dis. Mais il serait un peu naïf de penser qu'avec de tels jugements sur ce que Voltaire pense être l'essence du peuple juif, il ne pense plus de même pour les Juifs actuels. Cette citation en est la preuve.
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Oui, en regardant mes fiches, je suis retombé sur cette citation classique, et aussi sur le contre-exemple classique, dans lequel Voltaire discute avec un type qui se présente juif, et qui regrette les effets de la superstition, notamment celle qui amène au massacre des juifs...

[quote name='Voltaire je-sais-plus-où']
"La superstition est le plus abominable fléau de la terre ; c’est elle qui, de tous les temps, a fait égorger tant de juifs et tant de chrétiens ; c’est elle qui vous envoie encore au bûcher chez des peuples d’ailleurs estimables. Il y a des aspects sous lesquels la nature humaine est la nature infernale.
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On est bien loin d'un Céline qui durcit un peu le ton, demandant la disparition de tous les juifs.

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Ce que j'essaie de dire, c'est simplement que l'on peut trouver dans les écrit anti-judaïques (que ce soit Voltaire, Zola et autres) des convergences. Je ne suis pas d’accord avec ton idée du « c’est différent ». Il y a de nombreux points communs.
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J'ai bien compris, et dès lors que ces textes sont anti-judaïques, effectivement ils convergent. La différence entre Voltaire, Zola, compagnie, et Céline, c'est précisément celle du contexte, qui inscrit les premiers dans ce qu'on a appelé un anti-judaïsme chrétien ou déiste, et le dernier dans ce qu'on désigne et désignait comme un antisémitisme. Je maintiens l'usage du concept, car s'il est incorrect étymologiquement (et ce n'est pas le seul, c'est la convention qui fait les mots, on le sait depuis... pfiou longtemps), il a une réalité (à laquelle Lazare a participé), notamment soit par l'appel aux actes (ce que fait Céline), soit par le complot, souvent par les deux.

Après, tu peux rire de tout, et tout trouver bouffon. Si tu ne sais pas si Céline pense 1, 50, 99 ou 100% de ces écrits pamphlétaires, s'il exagère un peu, beaucoup, ou passionnément, c'est un peu inquiétant. On peut apprécier l'écrivain (et je l'apprécie) sans pour autant s'illusionner sur ses idées et positionnements politiques. La diffusion de ces pamphlets n'a rien à voir avec la choucroute.

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Le complot c’est quelque chose qui peut venir après Voltaire mais il n’en demeure pas moins que dans les critiques adressées aux Juifs il y a plusieurs points communs à travers les siècles (dont le rapport à l’argent). Dans la citation précédente les « les enrichissent » est une référence à la figure de l’usurier, figure qu’on retrouve chez Zola, chez Balzac (19ème), Céline (20ème), ou pour remonter dans le temps (Montesquieu : 17ème), Erasme (16ème), etc.
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Oui, et on sait que cette figure de l'usurier en Europe s'est progressivement mise en place au Moyen-Âge, et elle n'existait que peu avant, c'est un fait bien documenté, et quelque chose devenu une norme après 1000 ans de lavage cerveau.

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Tu évoques, en parlant de Lazare, probablement l’introduction de L’antisémitisme, son histoire…La dernière fois déjà tu évoquais à demi une référence, j’attends la référence exacte et le passage démontrant l’inverse de « partout où se sont installés les Juifs, ils ont sollicité la haine ».
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Ouvre n'importe quel ouvrage d'histoire du peuple juif un peu sérieux, ou même le bouquin de Poliakov même s'il n'est pas le plus approprié pour ce faire. Il faut bien sûr slalomer entre la rhétorique d'extrême droite israëlienne, qui a tendance à dire "toujours persécutés partout" (légitimant ainsi la nécessité d'Israël) et la rhétorique d'extrême droite antisémite (utilisant Lazare).

Voir si peu de dates sur plus de 3000 ans me réjouit, en fait, si ce n'est l'ampleur de certains désastres. Grosso modo, partout où il n'y a pas de conflit, il y a peu d'anti-judaïsme. C'est problématique partout avant 1800 dans une Europe dans laquelle le territoire est très important, et le juif est partout considéré comme un étranger. Aujourd'hui, on peut dire que l'antisémitisme est très minoritaire dans un très grand nombre de pays, notamment aux USA. Quand je vois ce que se prennent encore aujourd'hui les membres d'une autre communauté "étrangère", les Roms pour ne pas les citer, je trouve que ça va.

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Concernant les citations de Céline, comme tu le dis « ce ne sont pas des appels au meurtre ». Qu’ajouter ? Ca reste un pamphlet, avec le ton incisif du pamphlet + le délire de Céline et compagnie. Mais, ça reste un pamphlet.
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Encore une fois, il n'était ni obligé de le penser, ni obligé de l'écrire.

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Céline n’était pas à un poste à Vichy à signer des ordres de déportation.
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Ok, il n'appuyait pas sur le bouton. Est-ce suffisant pour nuancer (oui oui j'insiste) son antisémitisme ?

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Beaucoup de bruit pour pas grand-chose et je pense qu’il y en aurait encore moins si une maison d’édition classique diffusait ces écrits normalement. C’est le mystère et la censure qui attirent la curiosité. Mauvaise stratégie.
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Oui, tu as raison, on ferait mieux de libérer la liberté d'expression pour permettre à tous les petits nazillons de délirer dans leur grande parade... Cet argument m'énerve, parce que la liberté, ce n'est pas le libre arbitre : je ne dois pas dire ce qui peut offenser ou nuir à l'autre. En l'état, ces pamphlets tombent sous le coup de la loi contre la provocation à la haîne raciale, ce qu'ils sont, et c'est bien comme ça.
Zinzolin
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Zinzolin
Merci à vous ^^
maitrenanar
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maitrenanar
Trojan - Je me suis trompé, coquille en effet. Zola est dreyfusard.

Blinis - L'usage est erroné alors. Comme je l'ai expliqué, ce terme (« antisémitisme ») englobe des communautés humaines dont certaines ne sont pas visées par les écrits dits "antisémites". Il est donc stupide de parle d’écrits antisémites quand les écrits ne visent pas le Sémite mais le Juif (ce qui n’est pas la même chose). Il serait plus juste de parler d'écrits anti-judaïques ou « judéophobes » pour avoir un terme plus juste permettant de désigner plus clairement la réalité des écrits.

Voltaire dans son Dictionnaire philosophique, articles "Les Juifs" :
"Vous ne trouverez en eux qu’un peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice à la plus détestable superstition et à la plus invincible haine pour tous les peuples qui les tolèrent et qui les enrichissent. Il ne faut pourtant pas les brûler.". Il ne parle pas des Juifs actuels là ? Il est vrai que la plupart de ses saillies contre les Juifs concernent l'Ancien Testament, le Juif du passé comme tu dis. Mais il serait un peu naïf de penser qu'avec de tels jugements sur ce que Voltaire pense être l'essence du peuple juif, il ne pense plus de même pour les Juifs actuels. Cette citation en est la preuve.

Ce que j'essaie de dire, c'est simplement que l'on peut trouver dans les écrit anti-judaïques (que ce soit Voltaire, Zola et autres) des convergences. Je ne suis pas d’accord avec ton idée du « c’est différent ». Il y a de nombreux points communs. Quand je dis l’usurier juif, c’est un raccourci, pas faux mais c’est pour faire comprendre. En clair, dans ces écrits, on trouve souvent la critique d’un peuple refermé sur lui-même, refusant le mélange et de nombreuses critiques liées à leur contrôle de l’argent (contrôle abusif, etc.). Le complot c’est quelque chose qui peut venir après Voltaire mais il n’en demeure pas moins que dans les critiques adressées aux Juifs il y a plusieurs points communs à travers les siècles (dont le rapport à l’argent). Dans la citation précédente les « les enrichissent » est une référence à la figure de l’usurier, figure qu’on retrouve chez Zola, chez Balzac (19ème), Céline (20ème), ou pour remonter dans le temps (Montesquieu : 17ème), Erasme (16ème), etc.

Je ne résume pas l’antisémitisme de Dreyfus à « une cristallisation autour de l’usurier ». Je dis que c’est une figure que l’on retrouve « souvent » (voir exemples ci-dessus). Tu travestis mes propos. C’est quelque chose de facilement vérifiable en prenant un peu de Voltaire, Zola, Balzac, Verne, etc…

Tes citations de Céline ne prouvent qu’une chose : le délire de Céline que j’évoquais déjà plus tôt. Oui Céline est anti-judaïque et s’exprime de manière bouffonne et outrancière puisque comme tu le démontres « tout est juif ». Du coup, on retrouve la critique de l’usurier, le peuple qui ne se mélange pas (comme chez les autres d’avant) et en plus ce côté complètement fou de Céline qui me fait dire, c’est ma lecture, que Céline en fait des caisses emporté par son style et qu’au fond il n’y croit pas à 100%. Honnêtement, parfois c’est tellement « too much » que ça en devient drôle, et je ne pense pas que son humour soit forcément involontaire.

Tu évoques, en parlant de Lazare, probablement l’introduction de L’antisémitisme, son histoire…La dernière fois déjà tu évoquais à demi une référence, j’attends la référence exacte et le passage démontrant l’inverse de « partout où se sont installés les Juifs, ils ont sollicité la haine ».

Moi je relève des persécutions un peu partout : en France, en Suisse, en Espagne….Il y a eu des manifestations de haine envers les Juifs dans divers pays, à diverses époques et avec des religions d’état différentes (ce qui confirme le propos de Lazare). D’ailleurs, Lazare en évoquant ça fait un constat, il constate de nombreuses persécutions, ce qui l’amène à chercher le pourquoi et à se dire que, peut-être, les Juifs ont une part de responsabilité dans ces persécutions. Là encore, on est pas tout à fait dans l’axe « la source de l’antisémitisme chez les Juifs eux-mêmes ». La démonstration de Lazare prouve d’ailleurs que les Juifs ont leur part de responsabilité dans ces persécutions mais ne sont pas les seuls fautifs.

C’est un site pro-israélien mais le relevé des dates prouve ce que je viens de dire (et ce que dit Lazare, des faits listés là sont rapportés dans le livre de Lazare d’ailleurs) : http://www.dreuz.inf...epuis-2000-ans/ De plus, des rabbins comme Rav Ron Chaya reprendront cette théorie dans des séminaires (carte à l’appui).

Concernant les citations de Céline, comme tu le dis « ce ne sont pas des appels au meurtre ». Qu’ajouter ? Ca reste un pamphlet, avec le ton incisif du pamphlet + le délire de Céline et compagnie. Mais, ça reste un pamphlet. Céline n’était pas à un poste à Vichy à signer des ordres de déportation. Céline est resté un écrivain pondant trois petits pamphlets, mal diffusés (pénurie de papiers à l’époque : il est d’ailleurs difficile d’avoir un pamphlet de l’époque en papier car le papier était fait avec de la sciure de bois ce qui provoque une dégradation rapide du document, preuve de la pénurie : anecdote issue d’une relieur à l’ancienne sur Paris) et censurés à un moment par le régime de Vichy. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose et je pense qu’il y en aurait encore moins si une maison d’édition classique diffusait ces écrits normalement. C’est le mystère et la censure qui attirent la curiosité. Mauvaise stratégie.

Zinzolin - Ce que j'aime dans le Voyage ? Le style de Céline, une petite révolution à l'époque, traduire l'oralité par l'écrit, le fait de casser les phrases, d'amener de l'argot, etc. Après, la philosophie qui traverse le livre, en gros c'est toujours les petits qui en prennent plein le cul (c'est rapidement dit mais en gros c'est ça, théorie vérifiable de nos jours), c'est la beauté des descriptions (l'arrivée à New-York, sublime), le côté moraliste de Céline (il fait une peinture de l'homme particulièrement virulente mais, à mon avis, juste. Comme La Bruyère et autres) : à lire le passage où Bardamu est médecin, je pense que sa vision sans concession de la médiocrité de l'homme est sublime, c'est cette grande aventure de Bardamu qui traverse les continents, etc. Bonne lecture.
Blinis
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Blinis

Désolé de débarqué entre deux slaves de tir, mais qu'est-ce que vous aimez dans Voyage au bout de la nuit ? Comment je dois orienter ma lecture ? L'édition que je possède n'a pas de préface et j'aime bien les lire quand j'ignore les raisons de la renommée d'un livre...


C'est un grand livre ! Pour beaucoup, Céline est le dernier grand styliste de la langue française (bon, ça reviendrait à ne rien avoir lu depuis 1960, mais quand même !), dans un paysage qui se borne à plus ou moins bien imiter Descartes. C'est un exercice de style autant qu'une peinture pessimiste de son temps, une critique de l'héroïsme guerrier, de l'héroïsme tout court, de la misère, de toutes les misères en réalité, et d'une folie tourbillonnante à laquelle Bardamu ne semble jamais échapper. Du point de vue de la narration, on peut le lire comme une épopée, même si la nature de Bardamu en fait en réalité une anti-épopée...

Et maintenant, il faut lire ;)
Zinzolin
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Zinzolin
Désolé de débarqué entre deux slaves de tir, mais qu'est-ce que vous aimez dans Voyage au bout de la nuit ? Comment je dois orienter ma lecture ? L'édition que je possède n'a pas de préface et j'aime bien les lire quand j'ignore les raisons de la renommée d'un livre...
Blinis
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Blinis
[quote name='maitrenanar' timestamp='1375264476' post='2570580']
Je vais te rejoindre un peu. Comme je le disais dans mon propos précédent j'utilise "antisémitisme" par convention (on l'utilise tout le temps, médias, citoyens...) or je rejette ce terme car encore une fois le sémite comprend des personnes qui ne sont pas les cibles des écrivains "antisémites". Aujourd'hui, on désigne par "Sémites" les peuples arabophones, peuple Juif et partie de l'Afrique de l'Est. Bref, ça ne veut rien dire.
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Un mot n'est pas sa définition, mais son usage... Beaucoup de concepts ne sont pas fidèles à leur étymologie.

[quote name='maitrenanar' timestamp='1375264476' post='2570580']
Voltaire est anti-judaïque, il vomit littéralement, et principalement, sur la figure de l'usurier.
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Je ne m'en souviens pas, ce dont je me souviens surtout est qu'il déteste particulièrement les juifs passés, et les prétentions d'être le peuple élu etc. bref, tout ce qui vient distinguer, dans le passé, le peuple juif. Je me souviens aussi précisément que ses arguments ne caractérisent en rien ses contemporains, qu'il n'est pas dans "le complot juif" dans lequel se complaira Céline, qui l'amènera à dire que la seconde guerre mondiale est provoquée par les juifs (théorie du complot qui est une caractéristique de l'antisémitisme...) etc.

[quote name='maitrenanar' timestamp='1375264476' post='2570580']
Céline de même et évoque également la domination juive dans l'espace français (c'est différent mais c'est logique, le monde a changé). Mais au fond les deux désignent une élite de cette communauté car il y a des strates comme le démontrait Maurice Rajsfus dans son livre Des Juifs dans la collaboration, L'U.G.I.F. 1941-1944 (préface du facho Vidal-Naquet). Donc au fond, il s'agit toujours de critiquer une élite, de critiquer une domination par des pratiques peu nobles (le plus souvent, le pouvoir que cette élite tire de l'usure). Tout ça se cristallise souvent autour de la figure de l'usurier juif qu'on retrouve aussi bien chez Zola (de gauche et anti-dreyfusard) que chez Verne, Bernanos (de droite).
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Résumer l'antisémitisme de Céline à une cristallisation autour de l'usurier est ta grande thèse, et elle est fausse... Je viens de rouvrir (grâce à toi, merci) le seul pamphlet que j'avais sous la main, c'est l'École des Cadavres, et force est de constater que dans cet tout ce qui est juif est naturellement détestable, mais en réalité TOUT est juif, depuis les grandes écoles jusqu'au pouvoir, ce qui est vraiment plus large que la question de l'usure...

[quote name='École des Cadavres, L-F Céline, 1938']
"les Juifs possèdent déjà toute la puissance. Banques, Industries, Ministères, Commerce, Loges… Tous les leviers, tous les profits, tous les privilèges, toutes les immunités, toutes les cartes blanches."
[/quote]

Céline peint un tableau de la société française rongée par les juifs "négroïdes", racistes des "Aryen", qui vont même jusqu'à provoquer la guerre pour pouvoir en tuer une cinquantaine de millions, contre les "français de souche" (je cite). En réalité, ce qui frappe le plus dans ce pamphlet, c'est à quel point le discours antisémite n'a pas beaucoup changé, jusque dans son vocabulaire. Et l'ironie n'est pas seulement un effet de style, elle est aussi une arme :

[quote name='École des Cadavres, L-F Céline, 1938']
Je trouve, pour ma part, que les Juifs n’en feront jamais assez. Je voudrais qu’il soit décrété une bonne fois, définitivement, que toutes les Grandes Écoles, les Grands Corps de l’État, Académies, Polytechniques, Internats, Électorats, Hôpitaux, Radios, Théâtres subventionnés, Théâtres ordinaires, Banque de France, sont absolument réservés aux Juifs (comme en U.R.S.S.) strictement interdits aux Goyes. Dans la pratique évidemment, c’est déjà bien entendu. Mais enfin la chose n’est pas encore officielle et ça me choque.
[/quote]

[quote name='maitrenanar' timestamp='1375264476' post='2570580']
Oui j'aime lire Lazare et j'attends toujours le démenti de son L’antisémitisme, son histoire et ses causes. Dire qu'il dit des conneries, c'est rester au stade de l'insulte, ce qui ne m'intéresse pas.
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Ce n'est pas un démenti, c'est une progression de la connaissance historique. Il y a une très très large littérature, qui critique, nuance et revient sur ce qu'a écrit Lazare (et c'est normal, c'est un travail important), et en particulier sur l'idée (reprise d'ailleurs par Soral et qui sort directement de Lazare) qui dit que "partout où se sont installés les juifs, ils ont sollicité la haine" (mes souvenirs, toujours, mais ça doit venir vite dans le bouquin). Ce constat, en plus d'être largement discuté et réfuté (je ne sais pas si c'est chez Poliakov, je n'en suis pas sûr, je pars en vacances trois semaines et si j'y pense j'y reviendrai, m'enfin le web, JSTOR et Persée sont pleins de références...), met la source de l'antisémitisme chez les juifs eux-mêmes, ce qui est une hypothèse de travail pour le moins discutable.

[quote name='maitrenanar' timestamp='1375264476' post='2570580']
Céline est virulent envers les Juifs, c'est sa méthode il amalgame, la bouffonnerie tout ça, mais je n'ai pas souvenir d'un seul appel aux meurtres. J'attends l'extrait. Il y a une différence entre "vomir sur" et "demander la mort de".
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Il ne s'agit pas de "demander la mort de", il s'agit d'appeler aux actes. En particulier, lorsque les accusations se font vis-à-vis de ses contemporains, l'appel aux actes est en réalité sous-jacent (cf. ma deuxième citation en signature). Puisque tu veux une citation, j'ai retrouvé ça en cinq minutes dans le pamphlet mentionné ci-dessus :

[quote name='École des Cadavres, L-F Céline, 1938']
S’il avait envie de “redresser”, comme il annonçait, Daladier, il avait pas besoin pour ça de se répandre en 500 décrets. Trois suffisaient, très largement. Des bons, des effectifs :
1° L’expulsion de tous les Juifs.
2° Interdiction, fermetures de toutes les Loges et Sociétés Secrètes.
3° Travaux forcés à perpétuité pour toutes les personnes pas satisfaites, dures d’oreilles,
etc…
Le jour où ces choses-là seront dites, écrites, promulguées noir sur blanc, ça sera possible de se rendre compte que le Président du Conseil est redevenu l’un des nôtres, que les Français sont de nouveau, maîtres chez eux. Pas avant.
[/quote]

Et un peu plus loin, dans quelques pages consacrées à Hitler :

[quote name='École des Cadavres, L-F Céline, 1938']
Les Juifs, racialement, sont des monstres, des hybrides loupés, tiraillés, qui doivent disparaître. Tout ce qu’ils trafiquent, tout ce qu’ils manigancent est maudit. Dans l’élevage humain, ce ne sont, tout bluff à part, que bâtards gangreneux, ravageurs, pourrisseurs. Le Juif n’a jamais été persécuté par les Aryens. Il s’est persécuté lui-même.
[/quote]

Outre "les juifs doivent disparaître", on retrouve aussi que ce sont les victimes qui sont en réalité les coupables (à aussi mettre en miroir avec la rhétorique actuelle d'extrême droite, qui ne cesse de dire que les vrais racistes sont les associations anti-racistes, que les vrais antisémites ce sont les juifs, qui fait des pétitions pour la dissolution de la LICRA etc.)

Ah, et si ce n'était pas clair, un peu plus loin :

[quote name='École des Cadavres, L-F Céline, 1938']
Nous nous débarrasserons des Juifs, ou bien nous crèverons des Juifs, par guerres, hybridations burlesques, négrifications mortelles.
[/quote]

Ce ne sont donc pas des appels au meurtre (quoique chacun est libre de choisir de quel manière on "se débarrasse" de quelqu'un), mais au moins des appels à agir... C'est d'ailleurs la fonction du pamphlet.
Trojan
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Trojan
J'interviens uniquement pour que maitrenanar, nous explique ce qu'il veut dire par "chez Zola (de gauche et anti-dreyfusard)".

Pour moi Zola est dreyfusard sur le tard certes (si on se dit dreyfusard par le simple fait de défendre publiquement Dreyfus) mais il est intervenu en faveur d'un retour à un climat apaisé en publiant "Pour les juifs" où il dénonce les différentes manifestations antisémites et la complaisance de la presse un peu plus d'un an avant "J'accuse".

En tout cas rien de démontre, à ma connaissance, qu'il fut anti-dreyfusard.
Est-ce une coquille?
maitrenanar
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maitrenanar
Je vais te rejoindre un peu. Comme je le disais dans mon propos précédent j'utilise "antisémitisme" par convention (on l'utilise tout le temps, médias, citoyens...) or je rejette ce terme car encore une fois le sémite comprend des personnes qui ne sont pas les cibles des écrivains "antisémites". Aujourd'hui, on désigne par "Sémites" les peuples arabophones, peuple Juif et partie de l'Afrique de l'Est. Bref, ça ne veut rien dire.

Maintenant qu'on dépasse cette convention ridicule, on peut parler plus intelligemment (car le fond du problème n'est pas le terme mais la réalité désignée). Voltaire est anti-judaïque, il vomit littéralement, et principalement, sur la figure de l'usurier. Céline de même et évoque également la domination juive dans l'espace français (c'est différent mais c'est logique, le monde a changé). Mais au fond les deux désignent une élite de cette communauté car il y a des strates comme le démontrait Maurice Rajsfus dans son livre Des Juifs dans la collaboration, L'U.G.I.F. 1941-1944 (préface du facho Vidal-Naquet). Donc au fond, il s'agit toujours de critiquer une élite, de critiquer une domination par des pratiques peu nobles (le plus souvent, le pouvoir que cette élite tire de l'usure). Tout ça se cristallise souvent autour de la figure de l'usurier juif qu'on retrouve aussi bien chez Zola (de gauche et anti-dreyfusard) que chez Verne, Bernanos (de droite).

Oui j'aime lire Lazare et j'attends toujours le démenti de son L’antisémitisme, son histoire et ses causes. Dire qu'il dit des conneries, c'est rester au stade de l'insulte, ce qui ne m'intéresse pas.

Céline est virulent envers les Juifs, c'est sa méthode il amalgame, la bouffonnerie tout ça, mais je n'ai pas souvenir d'un seul appel aux meurtres. J'attends l'extrait. Il y a une différence entre "vomir sur" et "demander la mort de".

Personnellement, je recommande les pamphlets pour connaître Céline en profondeur, pour découvrir que les pamphlets comme Les Beaux Draps ne sont pas exclusivement "antisémites" et aussi pour voir, stylistiquement parlant, le basculement de Céline dans un style haché à son paroxysme.
Blinis
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Blinis

Parce qu'il y a un antisémitisme anachronique, l'antisémitisme d'avant, d'après, pas la même valeur ? Que les pamphlets de Céline sont pire que ceux de Voltaire parce qu'ils surgissent à l'époque du nazisme ? Je suis en total désaccord avec cette vision et ce souci du grain de sable. On emmerde beaucoup moins certains auteurs, parfois de la même époque que Céline (je vais dans ton sens : Cendrars, Anouilh...), qui ont pourtant rédigé des textes antisémites. De plus, les pamphlets de Céline étaient mal vus sous Vichy, voire censurés car, il faut lire les pamphlets, Céline a la dent dure contre l'armée française, raille aussi les Allemands et Vichy. Je ne nuance pas Céline, j'en donne un tableau plus complet donc plus juste. A chaque fois on ressort "il était antisémite" alors qu'il n'est pas le seul et le "Juif" de Céline relève quasiment du délire, il y a un côté bouffon dans les pamphlets (de l'humour, si si). De plus, l'antisémitisme est un terme impropre. Le plus souvent les auteurs antisémites parlent à travers ça de l'usurier juif (j'en ai parlé, je sais), le Sémite c'est large or la cible des auteurs antisémites ce n'est souvent pas le Juif mais l'usurier. Et puis merde, c'est un extrait qui parle de la crise du livre et on me ressort "il était antisémite", si je mets un extrait de Micromégas tu me fais le même coup Blinis ?

Sinon, X-K, je te conseille Le Voyage, son meilleur. Après, Céline pousse son style de plus en plus loin, voire trop loin. Sa trilogie allemande c'est brillant parfois mais aussi un peu pénible à lire (une littérature par fragments pour moi). Mais c'est une vision absolument passionnante de la débandade allemande. Je crois que c'est dans Nord où il y a une scène d'intro sublime où tout le monde baise dans le château de Sigmaringen (il me semble), jouissance avant la mort. On ne les trouve pas facilement mais ses pamphlets sont passionnants car ils permettent d'avoir une vision plus juste de Céline. On découvre un Céline prédisant la domination de la Chine et progressiste au niveau du travail (les 35 h avant l'heure).


Je ne suis pas celui qui "t'a fait le coup", je rebondis seulement. Et pour quelqu'un qui s'intéresse à l'histoire et à la méthode historique, tu tombes - et tu n'es pas le seul, Poliakov l'a fait avant toi - dans le piège de l'anachronisme: non, Voltaire ne peut pas être antisémite, puisque l'antisémitisme ne nait pas avant les années 1880. (De même que les négriers ne peuvent être sionistes, puisque le sionisme nait aussi à la fin du XIXe, c'est une petite "quenelle" au passage pour Dieudonné.) Ce que Voltaire reproche aux juifs est assez éloigné de que ce que les antisémites nazis ou Céline (qui convergent largement) leurs reprochaient à leurs tours. Toi qui aime lire Lazare, qui a dit beaucoup de conneries, il ne s'est pas trompé là dessus : tout écrit antisémite (et c'est le cas des écrits antisémites de Céline) est un appel à l'acte, ce que ne sont pas les écrits de Voltaire. Et je passe les fortes attirances de Céline pour l'Allemagne nazie et Hitler (ce qui expliquera sa distance avec l'Occupation, entre autre), que tu ne retrouves pas chez Cendrars, puisque tu le cites, bien que ce dernier ait effectivement eu des opinions largement antisémites (il n'était pas d'extrême droite pour rien...).

Enfin, bien sûr que le juif des pamphlets relève du délire et du bouffon, c'est le style de Céline, et c'est surtout le délire antisémite standard. Personnellement ces pamphlets me fatiguent, mais je parierais bien une petite pièce qu'ils seront prochainement réédités par une maison d'édition récente et qui se fait en ce moment des couilles en or sur cette littérature antisémite (sinon, ils sont disponibles facilement sur internet). Je ne les recommande pas, car c'est surtout une perte de temps et ça ne sert qu'à parler de Céline, mais tout adulte consentant et préparé (qui ne viendra pas hurler "regardez ce qu'on pouvait dire avant et qu'on ne peut même plus penser") peut les lire pour se faire sa propre opinion, si toutefois il arrive à bout...
X-K
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X-K
Bien. C'est parti pour Voyage au bout de la nuit alors :) .
maitrenanar
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maitrenanar
Parce qu'il y a un antisémitisme anachronique, l'antisémitisme d'avant, d'après, pas la même valeur ? Que les pamphlets de Céline sont pire que ceux de Voltaire parce qu'ils surgissent à l'époque du nazisme ? Je suis en total désaccord avec cette vision et ce souci du grain de sable. On emmerde beaucoup moins certains auteurs, parfois de la même époque que Céline (je vais dans ton sens : Cendrars, Anouilh...), qui ont pourtant rédigé des textes antisémites. De plus, les pamphlets de Céline étaient mal vus sous Vichy, voire censurés car, il faut lire les pamphlets, Céline a la dent dure contre l'armée française, raille aussi les Allemands et Vichy. Je ne nuance pas Céline, j'en donne un tableau plus complet donc plus juste. A chaque fois on ressort "il était antisémite" alors qu'il n'est pas le seul et le "Juif" de Céline relève quasiment du délire, il y a un côté bouffon dans les pamphlets (de l'humour, si si). De plus, l'antisémitisme est un terme impropre. Le plus souvent les auteurs antisémites parlent à travers ça de l'usurier juif (j'en ai parlé, je sais), le Sémite c'est large or la cible des auteurs antisémites ce n'est souvent pas le Juif mais l'usurier. Et puis merde, c'est un extrait qui parle de la crise du livre et on me ressort "il était antisémite", si je mets un extrait de Micromégas tu me fais le même coup Blinis ?

Sinon, X-K, je te conseille Le Voyage, son meilleur. Après, Céline pousse son style de plus en plus loin, voire trop loin. Sa trilogie allemande c'est brillant parfois mais aussi un peu pénible à lire (une littérature par fragments pour moi). Mais c'est une vision absolument passionnante de la débandade allemande. Je crois que c'est dans Nord où il y a une scène d'intro sublime où tout le monde baise dans le château de Sigmaringen (il me semble), jouissance avant la mort. On ne les trouve pas facilement mais ses pamphlets sont passionnants car ils permettent d'avoir une vision plus juste de Céline. On découvre un Céline prédisant la domination de la Chine et progressiste au niveau du travail (les 35 h avant l'heure).
Blinis
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Blinis
Voyage au bout de la nuit est, selon moi, à la fois le meilleur, le plus accessible et le plus reconnu (pour en discuter en salon). J'aime beaucoup aussi D'un château l'autre, qui est mon préféré, et si tu cherches le bouquin dans lequel le style de Céline est à son firmament, c'est vraisemblablement Mort à Crédit. Sinon, je trouve la plupart des autres bouquins (sauf peut-être Nord) assez ennuyeux.

Et je trouve particulièrement efficace la comparaison de ces bouquins de la fin du conflit avec d'autres, par exemple La Trêve, de Primo Levi. Ces années 44-45-46 ont vraiment du avoir une saveur très particulière.
X-K
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X-K
Quelle bouquin de Céline conseillerais-tu en premier pour quelqu'un qui souhaites s'y intéresser ? J'ai vu 2 ou 3 de ses livres hier dans ma librairie, j'ai failli en prendre un, hésitant sur celui à choisir. Puis en parcourant les rayons, j'ai fini par acheter autre chose.
Blinis
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Blinis
On en a déjà parlé : pas la même époque, pas le même contexte, et loin de là. Faut pas tomber dans l'anachronisme (pour Voltaire), ni dans la nuance (pour Céline).
maitrenanar
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maitrenanar
Et je tiens à rajouter qu'il faut arrêter avec cette manie "il était antisémite", je peux sortir une liste énorme d'écrivains antisémites, de l'antiquité au 20ème siècle. Est-ce que l'on dit de Voltaire, conteur génial mais il était antisémite...? Pourtant il l'était, et pas qu'un peu.
maitrenanar
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maitrenanar
Je pourrais dire l'inverse pour Malraux. J'ai jamais aimé le romancier, pour l'homme j'apprécie le souffle qu'il voulait donner au ministère de la culture (ou plutôt "ministère des affaires culturelles" à l'époque).
Blinis
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Blinis
" Sans doute un pauvre type, certainement un grand écrivain ", disait Malraux.
maitrenanar
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maitrenanar
Le Voyage c'est une expérience, pas évident à aborder mais avec un peu d'effort et si on rentre dans cette grande aventure, c'est sublime. Et, je rejoins Bbali, on le sait depuis des décennies que Céline était antisémite, faut-il le rappeler à chaque fois ? Pitié.
Zinzolin
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Zinzolin
J'ai Voyage au Bout de la Nuit qui veut être lu au coin de mon étagère. Mais dés les premières pages, je suis sur le banc.
Bbali
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Bbali
C'est fatigant de voir toujours cette même remarque dès qu'on parle de Céline.
daviddosensei
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daviddosensei
et rien. c'est une info à donner je trouve et cette auteur me gene par certains de ces propos. maintenant ce n'est pas une critique négative envers ceux qui l'aiment.
maitrenanar
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maitrenanar
Et ? On parle de l'écrivain là, surtout que les Entretiens ne comportent aucun passage antisémite contrairement aux pamphlets (qui ne sont plus édités).
daviddosensei
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daviddosensei
surement un grand écrivant mais un antisémite notoire...............

Édito

Oeuvrant sous le pseudonyme d'Alfoux, je vous propose ici de découvrir les talents d'hier (oubliés) et les talents d'aujourd'hui et de demain. Des personnes intelligentes et proposant des écrits sortant des sentiers battus.

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