Bréviaire des vaincus - Expérimentations littéraires

Bréviaire des vaincus - Expérimentations littéraires

Par maitrenanar Blog créé le 30/04/10 Mis à jour le 26/07/14 à 13h50

Le Bréviaire des vaincus vous proposent une plongée originale dans la littérature : science-fiction, romans noirs, fantastique ou oeuvres inclassables. Nous sommes ouverts à toutes les propositions, ceci est un terrain propice aux expérimentations littéraires !

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Extrait

 

La question de l'utilité de l'Art est probablement aussi vieille que la notion d'art. Au fond, pourquoi créons-nous ? Quelle est la raison d'être d'un roman, d'une nouvelle, d'une oeuvre de fiction ? Certains prônèrent l'utilisation de la littérature comme une arme politique (Sartre), d'autres se dégagèrent de tout critère d'utilité comme le mouvement du Parnasse.
 
 
Théophile Gautier, dans sa fameuse préface du roman Mademoiselle de Maupin, popularisera la formule, et par extension la position, de "l'Art pour l'Art". Par cette expression, le romancier et poète français cherchait à nous signifier que l'Art n'a d'autre utilité que l'Art. Un poème s'apprécie pour la beauté du poème, comme une oeuvre qui contient en elle-même sa finalité, contrairement à un marteau qui s'accomplit dans une utilisation sur d'autres matériaux. 
 
Même si aujourd'hui la critique de l'utilité de l'Art par Gautier est justement critiquable, il prétend par exemple que la suppression des fleurs ne serait pas un problème or ce serait un véritable problème car cette disparition mettrait à mal l'écosystème dont l'homme dépend (et sous lui : les abeilles, donc les fruits, etc.), il n'en demeure pas moins que ce représentant du Parnasse a encore un fond de vérité.
 
Il est bon de remettre la littérature à sa place. Oui, il est possible de vivre sans littérature; non, il est impossible de vivre sans eau, nourriture, vêtements (pour les périodes rudes), etc. Néanmoins, en dépassant cette opposition un peu simpliste sur laquelle s'attarde et s'amuse Gautier, il faut avouer que la littérature a un rôle essentiel dans la vie des hommes.
 
Pourquoi ? Car la littérature est une activité stimulatrice qui peut permettre au lecteur de s'évader, de se projeter un temps dans un monde imaginaire. Cette déconnexion est nécessaire pour supporter un monde parfois bien rude. D'autres arts peuvent accomplir cela, la littérature s'inscrit simplement via le texte dans cette idée générale. L'homme se recentre sur lui-même, non plus en tant que consommateur, travailleur, machine humanisée s'incorporant dans un processus de productivité, dans un système marchand, mais en tant que cerveau, être sensible. La littérature pour la beauté du geste et non le rendement, redevenir homme pensant.
 
De plus, en passant de l'autre côté, la littérature peut parfois être un exutoire. Après un deuil, après une séparation, il est parfois bénéfique d'accoucher son ressenti sur la papier. Un poème, une nouvelle, un roman. Sans rentrer dans l'écriture-thérapie, où ton malheur est prétexte à une fiction, la littérature peut offrir à certains cette distance de dire sans dire en son nom, de transcender sa douleur pour la magnifier et donc la combattre. 
 
Même si Gautier affirme que "ce qui est utile pour l'un ne l'est pas pour l'autre", je reste convaincu que la littérature est utile pour n'importe qui, du moment que cette personne prend le temps de se poser et de creuser ce vaste domaine. La littérature n'est pas utile qu'au poète contrairement à ce que Gautier sous-entend.
 
"Non, imbéciles, non crétins et goitreux que vous êtes, un livre ne fait pas de la soupe à la gélatine; - un roman n'est pas une paire de bottes sans couture; un sonnet, une seringue à jet continu ; un drame n'est pas un chemin de fer, toutes choses essentiellement civilisantes, et faisant marcher l'humanité dans la voie du progrès. 
 
De par les boyaux de tous les papes passés, présents et futurs, non et deux cent mille fois non.
 
On ne se fait pas un bonnet de coton d'une métonymie, on ne chausse pas une comparaison en guise de pantoufle; on ne peut se servir d'une antithèse pour parapluie ; malheureusement, on ne saurait se plaquer sur le ventre quelques rimes bariolées en manière de gilet. (...) Il y a deux sortes d'utilité, et le sens de ce vocable n'est jamais que relatif. Ce qui est utile pour l'un ne l'est pas pour l'autre. Vous êtes savetier, je suis poète. - Il est utile pour moi que mon premier vers rime avec mon second. - Un dictionnaire de rimes m'est d'une grande utilité ; vous n'en avez que faire carreler une vieille paire de bottes, et il est juste de dire qu'un tranchet ne me servirait pas à grand-chose pour faire une ode (...)
 
Rien de ce qui est beau n'est indispensable à la vie.  - On supprimerait les fleurs, le monde n'en souffrirait pas matériellement; qui voudrait cependant qu'il n'y eût plus de fleurs ? Je renoncerais plutôt aux pommes de terre qu'aux roses, et je crois qu'il n'y a qu'un utilitaire au monde capable d'arracher une plate-bande de tulipes pour y planter des choix (...) Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut serir à rien ; tout ce qui est utile est laid, car c'est l'expression de quelque besoin et ceux de l'homme sont ignobles et dégoûtants, come sa pauvre et infirme nature (...) L'on a donc inventé la critique d'avenir, la critique prospective. Concevez-vous, du premier coup, comme cela est charmant et provient d'une belle imagination ? La recette est simple, et l'on peut vous la dire. - Le livre qui sera beau et qu'on louera est le livre qui n'a pas encore paru. Celui qui paraît est infailliblement détestable. Celui de demain sera superbe ; masi c'est toujours aujourd'hui (...)
 
Ne serait-c pas quelque chose à faire que la critique des critiques ? car ces grands dégoûtés, qui font tant les superbes et les difficiles, sont loin d'avoir l'infaillibilité de notre saint père (...)
 
Préface, Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier
 
 
 
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Commentaires

maitrenanar
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maitrenanar
Il est fort possible que je ne vois pas où Bourdieu veut aller, je n'ai pas lu (ou peu) Bourdieu. Je me basais sur le commentaire de Célim qui me semblait poser un systématisme. Il faudrait que je lise plus en profondeur son oeuvre.
Blinis
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Blinis
Peut-être est-ce parce que tu ne vois pas vraiment où Bourdieu veut en venir. Ce que je vais écrire est très imprécis, mais je vais quand même l'écrire.

Bourdieu ne dit pas que tous les auteurs vivent pour le gain matériel, ou peut-être pas seulement : il y a d'autres gains à récolter, dans la vie, que des gains matériels. On peut penser au prestige, par exemple, ce qui est largement envisageable dans l'environnement de la littérature aristocratique. Notons que Bourdieu n'aurait certainement jamais employé le mot "prestige" sans prendre beaucoup de distance et y adjoindre beaucoup de précisions.

De plus, la théorie de l'habitus explicite bien qu'il ne s'agit pas nécessairement d'une recherche rationnelle ou réflexive. On peut écrire pour le plaisir d'écrire, on peut écrire en disant qu'on y prend uniquement ce plaisir, sans chercher une position de domination quelconque, en étant de toute bonne foi... et pourtant se retrouver en dominant dans le champ. C'est la raison pour laquelle il faut manier la théorie bourdieusienne (et la sociologie en général) avec précaution : les arguments mobilisés dans le champ pour justifier sa propre position n'ont souvent rien à voir avec le regard sociologique, qui lui s'acharne à montrer la structure du champ (ici littéraire) et ses logiques de domination.

Pourquoi Bourdieu étudie le milieu de l'art ? En partie pour répondre à Kant (avec plus ou moins de justesse) et se poser là, et en partie aussi parce qu'il n'y a pas de milieu qui prétende réfléchir le plus sur lui-même : Bourdieu veut rappeler qu'au delà des question de l'art et autres joyeusetés, qui sont des questions proprement internes au champ, on peut comprendre le champ littéraire aussi en faisant de la sociologie, et probablement bien mieux qu'en restant à l'intérieur du champ.

Quand au systématisme, faudrait voir ce que tu sous-entends par là, mais ce n'est sûrement pas un déterminisme, pour aller vite.
maitrenanar
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maitrenanar
Excellent commentaire de Célim, en plus j'ai un "excellent article" comme introduction donc je ne vais pas faire mon mufle.

Bref, je suis d'accord avec le raisonnement qui est une lecture très intéressante de la littérature, de l'utilité de l'art et de la position de Gautier, des littératures contre la littérature.

Je me permets par contre de critiquer la position de Bourdieu. je ne suis pas certain qu'un adepte de "l'art pour l'art" soit un "artiste cherchant à gagner sa pitance en se faisant prêtre que quelque vérité inaccessible au commun des mortels". Je pense que certains auteurs, rentiers and co, n'avaient absolument pas besoin de la littérature pour vivre et qu'ils pouvaient alors avoir une vision aristocratique de la littérature. Je n'ai pas d'exemple précis en tête, c'est mal, mais j'exprime un doute l'aspect systématique de la réflexion de Bourdieu. Je crois en l'existence d'auteur rentier, ou bourgeois n'ayant plus à travailler, et ayant une vision aristo de la littérature.
Celimbrimbor
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Celimbrimbor
Très bon billet. Plusieurs choses à dire.

D'abord, sur la question de l'utilité de l'art. Celle-ci me semble récente. Platon et Socrate s'en fichent, par exemple, et excluent le poète de la cité car il corrompt. Enfin, disons que la mimesis qu'il propose ne correspond pas à la pratique qu'attendent les deux compères de la part des jeunes des cités. La question ne se pose pas. De même, les mystères du moyen-âge transmettaient la croyance en dieu, le théâtre élizbéthain un certain ordonnancement cosmogonique. Passons rapidement sur les cahiers bleus colportés dans les campagnes françaises et dont Perrault tira ses contes. Soulignons le rôle de la peinture dans la transmission des idées (le passage du plat à la perspective vous en dit plus sur une civilisation et sa pensée que mille ouvrages) ou l'importance de l'oralité dans la transmission du savoir. L'art est.
La question de l'utilité d'icelui-ci (oui, bon, je vous présente mes excuses pour ce démonstratif foireux) me semble apparaître au XIXème siècle, autour du Parnasse, mais aussi du Réalisme. Pour raffiner encore un peu, je dirais que je n'ai pas aperçu cette question dans l'art anglais. De là à dire qu'il s'agit d'une question fondamentalement continentale ou latine, il y a un pas que je ne franchirai pas.

Sur Twilight. J'avais écrit quelque chose de vachement intéressant là-dessus en commentaire d'un de mes articles, mais il a disparu dans la frénésie destructrice. Bien, maintenant que je me suis fais mousser.
Il faudrait, en accord avec G. Genette et Borgès (et dans une moindre mesure Barthes) faire disparaître ce "L" majuscule de la Littérature. Il n'existe pas de Littérature mais la littérature voire, plus exact, des littératures. Une notice d'utilisation pour une montre casio fait partie, au même titre que la Recherche du Temps Perdu, de la littérature, de la grande bibliothèque de Babel où gisent toutes les choses écrites présentes, passées et à venir.
Ce qui pose la question, sous-jacente dans les commentaires précédents, de la relativité de l'art.

En fait, ce que Gauthier me semble faire, c'est tenter de donner une valeur précise à l'art. En lui donnant une utilité ou, précisément, en l'excluant du champ du l'utile (Le tour conceptuel est simple, mais remarquable. Depuis Marx, la valeur est mesurée par l'utilité d'une chose dans le cycle capitaliste [Ah, pourriez-vous, lorsque vous citez ainsi un auteur, mettre la date de parution de l'ouvrage s'il vous plaît ? Ce serait autrement plus pratique]. Le temps de travail est mesuré à l'aune de ce qu'il rapporte. L'ouvrier aussi. Le temps de loisir permet la reproduction de la force de travail, je ne vous ferai pas l'injure de balancer la vulgate. Cela dit. Dans ce cycle capitaliste, la rareté d'une chose conditionne sa valeur [Et c'est le cas depuis la mondialisation du commerce, dès le XVIème siècle si je ne me trompe pas {Oh, dear me, je mets des parenthèses dans mes parenthèses, je vous présent mes excuses}]. De sorte que si l'art est inutile, il sort de ce cycle. Mais pas tant que cela. En devenant inutile, il devient la plus grande des richesses. Le temps, la société capitaliste est une société où tout est investi. La nullité devient donc la suprême récompense. L'oisiveté, en somme, est le but ultime. Donc, Gauthier, en désinvestissant l'art de tout autre valeur que sa valeur intrinsèque (art pour art) le place comme le parangon des valeurs, celui à l'aune duquel tout doit être pesé), Gauthier fait de l'art la valeur suprême.

Il est donc hors de la relativité de l'art, il le mesure par rapport au reste et le pose comme valeur fondamentale. Ce qui permit, ensuite, de joyeusement enculer les mouches et de diviser l'art en choses bonnes, vraies et belles (Platon, indépassable) et en choses fausses, laids et mauvaises. Sauf que voilà. Ce positionnement correspond aussi à ce que décrit Bourdieu dans les règles de l'art. C'est-à-dire que l'art pour l'art n'est rien d'autre qu'un artiste cherchant à gagner sa pitance en se faisant prêtre de quelque vérité inaccessible au commun des mortels. Et de là, l’aréopage de parasites (auteurs et critiques confondus) qui viennent dire ce qui est valable ou ne l'est pas.

Tout cela pour dire : oui, je trouve que Twilight, c'est de la merde. Mais c'est de la littérature, que nous le voulions ou non.

La littérature comme quête de sens. La vie est une quête de sens. La littérature, un miroir que l'on promène le long d'un chemin (Stendhal, Le rouge et le noir, chap XIII). 'Nough said.
Blague à part, encore une fois, je pense qu'il s'agit d'une notion de valeur. Or, la valeur fausse considérablement les choses. La littérature, la peinture, la musique, en un mot, l'art, est. Avec toute la force existentialiste de ce verbe.


Je pense que l'art est fondamentalement gratuit. Certes, il est commercial, il peut être dirigé, motivé, il peut rapporter de l'argent, en faire perdre, etc. Mais l'art est, à mon avis, un geste de partage fondamentalement gratuit. Une balle envoyée vers l'Autre (pour le coup, la majuscule me semble inévitable) qu'il lui appartient de saisir ou non. Peu importe la définition de cet autre. Il était grec à une époque, noble à une autre, féminin en Angleterre vers le XIXème siècle, etc.
L'art est gratuit. C'est un don, qui espère un retour mais qui n'en attend pas. Qui ne rend rien obligatoire. C'est juste une lubie.

Alors, une valeur ? Il peut en revêtir des milliards. Mais il restera gratuit. Navrant que le système mercantile brise tout cela.

Bien, je vous renouvelle mes excuses : il est tard et je suis incroyablement fatigué. Je pense avoir fait sens, quelque peu, par endroit. N'hésitez pas à me taper dessus pour des éclaircissements ou des précisions. Et surtout, contredites-moi !

Celim, qui va squatter ailleurs.
Fersen
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Fersen
Ce "débat" sur la qualité littéraire de Twilight me fait penser à une phrase de Desproges : "Je ne suis pas écrivain, je suis écriveur".
D'ailleurs, qui décide de ce qu'est une oeuvre d'art ? A notre époque, c'est, semble-t-il, l'artiste qui fait l'oeuvre alors qu'il n'y a pas si longtemps, l'oeuvre faisait l'artiste. C'est à dire qu'avant, pour être artiste, il fallait faire une oeuvre d'art pour être considéré comme un artiste alors qu'aujourd'hui, il faut être d'abord adoubé artiste pour faire des oeuvres d'art.
maitrenanar
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maitrenanar
Twilight c'est de la littérature si l'on considère que le roman est un genre littéraire donc qui se rattache à ce domaine artistique qui est de la littérature, une forme d'art. Après, je suis d'accord sur le fait que l'ensemble des oeuvres produites dans un domaine n'a pas la même valeur. Twilight c'est un roman de genre (fantastique + romance). Bref, on combine l'histoire d'amour à la Arlequin et un peu de fantastique (loup and co). On peut mépriser cette littérature, de genre. Alors il faudra m'expliquer pourquoi la paralittérature (nom savant pour désigner la littérature de genre : policier, sf, etc...) n'est pas de la littérature. En général, la paralittérature suit un schéma précis, là où la littérature "non-genrée" non. Mais je ne vois pas une explication pertinente excluant la littérature du genre du domaine générique de la littérature. "Roman de divertissement" ? Où est le mal ? Dumas c'est du roman de divertissement mais c'est de qualité et pour moi de la littérature, comme Jules Verne. Le divertissement peut se nicher dans plusieurs endrotis et sous plusieurs formes.

Pas d'accord sur la littérature comme "quête de la vérité". Ca me semble un brin pompeux. Je suis admiratif d'une littérature de pure imaginaire, qui dépasse la raison, qui emporte vers un certain onirisme...et qui parfois en dit beaucoup sur mon réel à moi. La poésie du Parnasse, c'est tout sauf une quête de la vérité, une compréhension rétrospective du réel. C'est au contraire un art recroquevillé sur lui-même, jouant sur des formes, etc. Bref, vision trop restrictive de la littérature.

Gamer - C'est votre vision qui décide que ce fond est plus intéressant que les autres. Il n'y a rien d'absolu ici. Je pense que chaque billet du bréviaire a sa pertinence et analyse différentes facettes de nos vies, des facettes qui sont loin d'être isolées (politique, art...).

En tous les cas, heureux de voir que des questions comme celles-ci passionnent encore.
Blinis
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Blinis

L'art est une quête de vérité, comme la science. On ne lit pas de la littérature pour s'évader, mais pour revenir au réel, pour le comprendre, le saisir, car dans la vie de tous les jours on le perçoit mal, comme l'a parfaitement souligné Liedh, et certains plus mal que d'autres.

Lorsque tu regardes un film ou lit un livre, tu perçois parfaitement les mécanismes humains (jalousie, haine, séduction, etc.), ça semble évident, alors que dans la vie tout ça est facilement embrouillé parce qu'on est directement plongé dedans.


Bof.

EDIT : je préciserai quand/si j'aurai/j'ai le temps. Je suis plutôt avec Gautier pour le coup.
BlackLabel
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BlackLabel

Twilight, ils ont pris une fille sans personnalité comme héroïne pour que chaque fille s'imagine l'histoire d'amour impossible. Je crois pas que ces filles ont acquis un quelconque recule, elle ne s'extirpe pas de leurs réalités, elles s'y confortent.


Twilight c'est pas de la littérature, c'est du roman de divertissement.

C'est ça que comprennent pas les joueurs qui veulent absolument dire que le jeu vidéo c'est de l'art. L'art n'est pas une médaille, et toute création n'est pas forcément de l'art.

L'art est une quête de vérité, comme la science. On ne lit pas de la littérature pour s'évader, mais pour revenir au réel, pour le comprendre, le saisir, car dans la vie de tous les jours on le perçoit mal, comme l'a parfaitement souligné Liedh, et certains plus mal que d'autres.

Lorsque tu regardes un film ou lit un livre, tu perçois parfaitement les mécanismes humains (jalousie, haine, séduction, etc.), ça semble évident, alors que dans la vie tout ça est facilement embrouillé parce qu'on est directement plongé dedans.
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
Je suis resté avec une vision assez idéalisée de la littérature, héritée de mes lointaines études. Je faisais évidemment référence à ce que je considère comme tel, et Twilight ou Warhammer 40000 n'en font pas partie (même si je veux bien leur accorder le droit d'exister, et le droit de plaire, même s'ils n'ont pas d'attraits pour ma personne). Ceci étant, toute entreprise créative implique forcément une mise à distance, même minime. C'est la nature même du processus créatif qui veut ça. On doit s'approprier la réalité, même superficiellement, pour la transposer en mots ou en traits. Mais je t'accorde qu'en ce qui concerne la production "divertissement de masse", ça ne se voit pas franchement au final. :)
Zinzolin
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Zinzolin
C'est contestable, je dirais. Je ne nie pas les chef-d’œuvre, mais il y a bien des torchons où l'auteur se contente de présenter son point de vue. La focalisation interne est un début, il présente uniquement sa vision et ne prend aucune hauteur. Les lecteurs peuvent se réconforter dans leurs propres réalités qui est tout aussi proche de celle de l'auteur. Twilight, ils ont pris une fille sans personnalité comme héroïne pour que chaque fille s'imagine l'histoire d'amour impossible. Je crois pas que ces filles ont acquis un quelconque recule, elle ne s'extirpe pas de leurs réalités, elles s'y confortent.

Je viens de me rendre compte que je diabolise un peu la théorie énoncée en haut... En voulant contre-dire la tienne.... *mindfuck*
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
Ben l'écriture, en gros, c'est une double mise à distance du réel : d'abord, par l'écriture. L'écrivain s'extirpe de sa réalité pour pouvoir la poser, directement ou indirectement, sur le papier. Il la digère, en quelque sorte. Ou plus prosaïquement, il est contraint de prendre de la hauteur. Or c'est justement de cette hauteur dont nous manquons souvent, que ce soit dans nos choix, nos opinions ou notre façon d'envisager la vie. Nous sommes "en plein dedans", pris dans un tourbillon, et nous manquons donc de perspectives, nous voyons les choses comme filmées en gros plan, en plan resséré, ce qui nous joue souvent des tours; L'écriture permet d'élargir sensiblement ce plan, elle donne de la profondeur au champ.
La lecture, ensuite, extirpe pareillement le lecteur de sa réalité immédiate, et l'invite (l'oblige, parfois) à en faire autant.
Ainsi peut-on analyser, considérer, comprendre plus facilement le tourbillon. Et d'une certaine manière, partiellement et à notre échelle, s'en rendre maîtres.
Zinzolin
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Zinzolin
Tu pourrais t'expliquer Liehd ? On dirait que ton dernier paragraphe a besoin d'exemple pour être saisi par la masse d'inculte dont je fais partie.
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
Etonnament, c'est quand votre fond se fait plus intéressant, comme ici, que votre forme se fait trop lâche, trop tâtonnante.
Etrange. Mais l'un dans l'autre, ça reste préférable.

Reste un oubli de taille, je pense : la littérature, indispensable en ce sens qu'elle est "mise en perspective", et que c'est cette mise en perspective seule qui permet, j'en suis convaincu, à l'homme d'agir à l'échelle historique, là où la plupart d'entre nous se contente de réagir.

Celui qui ne lit pas de littérature vit dans un monde d'effets entraînant d'autres causes.
Celui qui lit, a contrario, peut (après réflexion) revenir aux causes intiales et, ainsi, peut obtenir du pouvoir sur elles, et influer sur leurs effets.

Édito

Oeuvrant sous le pseudonyme d'Alfoux, je vous propose ici de découvrir les talents d'hier (oubliés) et les talents d'aujourd'hui et de demain. Des personnes intelligentes et proposant des écrits sortant des sentiers battus.

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