Bréviaire des vaincus - Expérimentations littéraires

Bréviaire des vaincus - Expérimentations littéraires

Par maitrenanar Blog créé le 30/04/10 Mis à jour le 26/07/14 à 13h50

Le Bréviaire des vaincus vous proposent une plongée originale dans la littérature : science-fiction, romans noirs, fantastique ou oeuvres inclassables. Nous sommes ouverts à toutes les propositions, ceci est un terrain propice aux expérimentations littéraires !

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Réflexion
Même si les humanistes du 16ème siècle ne furent pas de grands critiques du pouvoir politique, ils tentèrent plus de moraliser les princes et par conséquence la politique menée, on relève l'existence d'Étienne de La Boétie dans le rang des insurgés.
 
En effet, son court essai, Discours de la servitude volontaire, est une charge virulente envers le pouvoir mais, plus encore, et c'est bien cela qui lui donne un caractère universel, une peinture juste et puissante de l'homme. De l'homme en société, de l'homme face au pouvoir.

 

 

 

C'est en constatant la justesse d'écrits datant de plusieurs siècles que l'on reconnait la force de la littérature et du monde des idées. La Boétie, à la manière d'un moraliste du XVIIème siècle qui part du particulier pour aller au général (Les Caractères de La Bruyère, Les Fables de La Fontaine, etc.), analyse et critique des traits de caractère du genre humain. Ces traits sont ceux de la servitude, de l'homme qui baisse les bras et accepte le joug des puissants.

La Boétie fustige l'habitude car c'est elle qui amène l'homme a tout accepter. Cette "seconde nature" comme dirait Pascal est en effet l'ennemi de l'homme et l'allié des puissants. Que l'on pense à aujourd'hui, l'individu lambda accepte avec joie l'habitude d'une vie réglée, absolument innocente, il l'accepte et permet ainsi la stabilité d'un système même si ce dernier est verrolé.
 
L'habitude, c'est celle de se poser devant sa télévision la semaine pour regarder une énième connerie, c'est accepter de ne pas réfléchir, de ne pas mettre à mal ses capacités intellectuelles; c'est refuser de se dépasser, de transcender sa condition par l'esprit, de décortiquer l'actualité pour mieux l'avaler tout rond. En clair, c'est cette pensée pantouflarde qui consiste à ne rien faire, à accepter de marcher dans les clous. Aller voter tranquillement, en alternant à chaque fois bien entendu, comme si le pouvoir politique résidait encore dans les mains des partis, comme si la question politique se restreignait aux partis nationaux.
 
L'homme qui vit pleinement dans l'habitude est l'allié du pouvoir car il ne pense pas, il se fond dans le moule, il ne s'insurge pas, il regarde sa télévision et parfois il vote, ou il fait grève. Même ses sursauts sont contrôlés. Jamais il ne déchirera sa carte d'électeur, jamais il n'essaiera de modifier sa vie, bien trop tranquille et flemmarde. L'ennemi de la liberté, c'est l'habitude ; l'allié du pouvoir, c'est l'habitude. La Boétie le disait déjà en son temps.
 
"L'habitude qui, en toutes choses, exerce un si grand empire sur toutes nos actions, a surtout le pouvoir de nous apprendre à servir : c'est elle qui à la longue (comme on nous le raconte de Mithridate qui finit par s'habituer au poison) parvient à nous faire avaler, sans répugnance, l'amer venin de la servitude." 
 
 
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Commentaires

maitrenanar
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maitrenanar
Commentaire intéressant.

Le principe du bréviaire, c'est de présenter des auteurs, des extraits et donc des idées et de là les mettre dans une perspective actuelle. Je me réapproprie la vision de l'habitude de chez La Boétie. Je parle de l'habitude de la vie quotidienne, de cette habitude qui consiste à régler sa vie selon une mécanique, de chercher par l'habitude une facilité de vie, se laisser porter par le courant et quelques balises rassurantes.

La pensée est un exercice libératoire, émancipateur car il permet de transcender sa condition sociale, de dépasser ses limites intellectuelles. C'est probablement la chose la plus démocratique qui soit. Je peux être un ouvrier mais par un accès à la culture, gratuite via les bibliothèques, je peux transcender ma condition sociale en accédant à un perfectionnement intellectuel. Cela ne changera pas ma condition économique, quoi que, mais aura des conséquences sur mon présent et mon avenir (décisions politiques, professionnelles pourquoi pas ?). C'est en se refusant au défi des idées, en se laissant porter par l'habitude d'une vie quotidienne normée et intellectuellement basse qu'on s'enfermera dans sa condition et que l'on maintiendra le système tel qu'il est, avec ses imperfections.

Je ne mentionne pas une théorie précise, genre le complot, j'essaie de comprendre un système, de la critiquer et de proposer quelque chose.
Blinis
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Blinis
Bon, ce n'est pas pour le plaisir de la contradiction, mais du Discours, que j'ai relu il n'y a pas très longtemps - Dieu que c'est long, je trouve qu'il n'y a plus grand chose à retenir, en tout cas au regard de l'état actuel des sciences politiques et philosophiques.

Dire de l'habitué qu'il ne pense pas me semble être un écart par rapport au texte de La Boétie, mais je peux me tromper puisque je ne l'ai pas sous les yeux : au contraire, l'habitué pense, et sa place dans la pyramide du pouvoir est assuré par l'exercice de cette pensée habituée, par le fait de subir les désirs du supérieur, et d'infliger les sévices à celui qui lui est inférieur. Cette pyramide du pouvoir ne se perpétue pas au dépend des hommes, mais avec leur volonté et leur pensée pleine et entière : ils y ont tout intérêt (même si la notion d'intérêt est anachronique dans le cadre du XVIe). C'est en gros ce que dit Montesquieu : " Le gouvernement le plus conforme à la nature est celui dont la disposition particulière se rapporte le mieux à la disposition du peuple pour lequel il est établi. " (Esprit des Lois, I, 3).

Croire que l'exercice de la pensée est un exercice d'émancipation est une tromperie : à aucun moment on ne précise quelle pensée serait libératrice et laquelle ne le serait pas. La théorie du complot (qui me vient toujours à l'esprit quand je commente tes articles) fait grand cas de cette affaire, en mettant en valeur "l'information vraie" contre "l'information manipulée", en crachant sur "la pensée unique", dont on n'a jamais autant parlé, etc. Or la réalité est que toute information est manipulée (puisque issue d'un travail), toute pensée a une volonté hégémonique... et que toute théorisation cache un impératif. Dans le cas de La Boétie, cet impératif est celui d'une révolte un peu romantique.

Ce que l'habitué ne pense pas, c'est bien cette révolte, la remise en cause de ce pouvoir pyramidal. De là, on peut chercher chez Camus les raisons de la révolte - qui n'est pas propre à cette structure pyramidale - ou chez d'autres philosophes ou politistes la nature de la structure du pouvoir. Toujours est-il que commencer à prêter une rationalité aux exploités et aux opprimés, c'est certes le début de la pensée libérale, mais c'est véritablement le début de la pensée du réel tout court.
maitrenanar
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maitrenanar
Merci Onink.

Oui et non Waldotarie. Je touche chaque fois un peu plus de gens, c'est un travail de longue haleine mais je vois les statistiques qui montent. Le but n'est pas d'avoir le plus de nombre mais de faire un travail de passeur à propos de la littérature, de la penser et d'aborder, de manière réflexive, des thématiques d'actualité : identité, pouvoir, etc...
Onink
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Onink
Je viens seulement de découvrir ce blog alors que ça fait un bon moment qu'il existe... C'est très intéressant tout ça, hop favoris!
Waldotarie
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Waldotarie
Certes. Mais en même temps, je pense que toutes les personnes qui lisent ce blog sont suffisamment clairvoyantes pour s'en rendre parfaitement compte ! :D

Édito

Oeuvrant sous le pseudonyme d'Alfoux, je vous propose ici de découvrir les talents d'hier (oubliés) et les talents d'aujourd'hui et de demain. Des personnes intelligentes et proposant des écrits sortant des sentiers battus.

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